mardi 10 février 2015

Les mots qu'on ne me dit pas de Véronique Poulain chez Stock

J'ai rencontré Véronique Poulain au premier Salon Lire c'est libre du 7ème arrondissement. Je connaissais beaucoup des auteurs présents. Alors le temps de bavarder avec chacun, de suivre une forte intéressante causerie (le mot n'est pas péjoratif) de David Foenkinos à propos de Charlotte, ... et je songeais à partir quand Lorraine Fouchet m'a quasiment intimé l'ordre de m'intéresser à Véronique et elle a grandement eu raison. Comme quoi on peut écrire "J'ai rendez-vous avec toi" et songer à en organiser pour les autres.

Ce qui surprend en premier c'est l'éclat du sourire qui éclaire son visage. Quant à son livre c'est une véritable tornade. Il se lit très vite, comprenez par là qu'on gambade d'un chapitre à l'autre en reconstituant ce que fut sa vie de bébé, d'enfant, d'adolescente et de femme au sein d'une famille composée majoritairement de sourds, père, mère, marraine et oncle.

Aucune langue de bois sous sa plume. On appelle un sourd un sourd. Le handicap n'est pas atténué derrière le terme de "malentendant". Elle y va crûment pour raconter des situations que l'on ne soupçonne pas. Et pourtant je croyais en connaitre un rayon depuis le film La famille Bélier qui, déjà, avait jeté un énorme plouf dans la mare lisse de la bienséance.

L'article que j'ai consacré à ce film a longtemps été en tête des plus fortes consultations sur le blog. Ce n'est que justice. Je pense que Les mots qu’on ne me dit pas méritent amplement le même sort.

Si le sujet est le même, et pour cause, puisque le scénario est tiré de sa propre histoire, ce livre ne fait aucunement double emploi. Il est mince mais dense. Et qu'est-ce que j'ai ri, me surprenant à faire autant de bruit qu'un sourd. Si on croit que les sourds vivent dans le silence qu'est-ce qu'on se goure. Libérés en quelque sorte des mots et des convenances ils se lâchent dans tous les sens du terme.

A tel point que, paradoxalement, Véronique a développé une capacité exceptionnelle à s'isoler du monde quand le raffut devient insupportable.

Tout ce qu'elle raconte suinte de vérité et d'amour, même dans les brefs sursauts de colère ou de honte face à des situations gênantes qu'elle nous livre aussi, ne censurant rien. Ce n'est pas facile de vivre dans une maison où les sonneries font clignoter les lampes, où les lapsus créent des quiproquos, où pour communiquer il ne faut jamais se perdre des yeux, ce qui est très fatiguant et empêche de faire autre chose en même temps.

Elle glisse aussi quelques faits historiques, notamment l'année décisive de 1977 avec le développement de la langue des signes (qui pourtant était née en France longtemps avant). Ses parents ont joué d'ailleurs un rôle capital dans cette affaire et elle a toutes les raisons d'en être fière.

J'ajouterai l'année 2014 qui a permis de considérer les choses autrement, grâce au film bien sûr puisqu'il a été vu par des millions de spectateurs. Grâce à elle en premier car beaucoup l'ignorent mais si elle n'avait pas fait de confidences à la fille de Guy Bedos celle-ci n'aurait jamais trouvé toute seule matière à écrire un scénario.

Miracle du web qui conserve tout, j'ai retrouvé un extrait d'une émission où le père, Guy Bedos, vante le livre de son ex-assistante (ils ont travaillé quinze ans ensemble). Je le cite : elle s'apprête à faire un tabac et j'en suis très heureux, déclarait-t-il en septembre 2014 sur le plateau de Vivement Dimanche.
Bizarrement il ne parle pas du film de sa fille qui était pourtant bouclé depuis longtemps même s'il n'était pas encore sorti sur les écrans. Celle-ci aurait écrit son scénario toute seule. Secret de polichinelle, je suis passée à coté parce que j'ai vu le film en avant-première, l'ai chroniqué et n'ai rien lu à son sujet. Sinon la coïncidence ne m'aurait pas échappé. Quand on sait que Victoria Bedos a publié un livre sur le déni (chez Plon en 2007) on pourrait attendre d'elle un vrai rapport à la vérité.

Véronique ne pourra pas se plaindre : entre Bélier et Poulain il faut reconnaitre qu'il n'y a aucune ressemblance ... et puis elle a été sollicitée pour faire de la figuration en jouant le rôle d'une cliente sur le marché. C'est ce qui s'appelle bien s'entendre.

En tout cas son livre est réjouissant. Il faut le lire sans modération.

Les mots qu'on ne me dit pas, de Véronique Poulain, Stock, décembre 2014

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