jeudi 5 février 2015

L'Etranger de Camus au Théâtre 14 dans la mise en scène de Benoît Verhaert

Les comédiens occupent la scène avant l'entrée du public. Leur présence est forte. Benoit Verhaert scrute les spectateurs avec me semble-t-il presque avec la volonté d'en découdre ... qui se confirmera bientôt.

On aura compris que l'on va assister (j'allais écrire participer) à un spectacle engagé.

Le décor est plus que dépouillé, restreint à quelques meubles, une table, deux chaises, un seau, des gobelets et puis un banc. Le contraste est saisissant avec l'agitation de la salle à moitié pleine de lycéens. Il faut dire que l'Etranger est au programme.

La lumière baisse en même temps que montent les chut, chut ... On croit que le spectacle va commencer, mais non, pour le moment c'est Stéphane Pirard qui remercie le public d'être là.
Nous venons de Belgique francophone, un tout petit pays dont nous avons fait plusieurs fois le tour. Nous sommes heureux d'avoir dépassé les frontières. On a vu le spectacle. On vous le recommande.
Et il renverse l'eau de son gobelet sur sa tête. Nous sommes saisis. L'interrogatoire commence : Avez-vous tué cet arabe ? Les questions fusent aussi vite que des balles. Flash-back ...
Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.
Tout va vite. Benoit Verhaert enchaine les rôles sans répit. On retiendra quelques répliques plutôt que d'autres, comme celle qui est tirée du Spoutz de Marcel Pagnol (que j'ai vu récemment interprété par une troupe flamande) : Tout condamné à mort aura la tête tranchée !

Aucun homme n'est assez coupable pour que Dieu ne lui pardonne pas.

Voulez-vous que ma vie n'ait pas de sens ?

Mes besoins physiques perturbent mes sentiments. J'aurais préféré que ma mère ne meure pas.

Meursault ne triche pas, répondant à toutes les questions avec une honnêteté déroutante : dans un sens cela m'intéresse de voir un procès, je n'en ai jamais eu l'occasion. Mais j'ai l'impression d'être de trop. (...) Je parle seul. Je ne crois pas en Dieu.
Et puis, cette dernière phrase : j'ai senti que j'avais été heureux.

Le spectacle est terminé mais nous n'en avons pas fini avec la troupe. Les comédiens expriment leur regret de n'avoir pas la possibilité de prolonger la soirée avec nous. Un autre spectacle va bientôt démarrer sur ce même plateau.

On nous rappelle qu'Albert Camus était un auteur philosophique et pas un auteur de polar. La question n'est donc pas tant de savoir s'il a tué ou non. Nous sommes tous "condamnés à mort". C'est déprimant mais cela donne matière à réfléchir.

Le metteur en scène estime qu'il aura bien travaillé s'il a réussi à nous empêcher un peu de dormir. Pour cela il nous envoie deux questions que nous méditerons seuls (mais il aura proposé aux lycéens d'aller à leur rencontre dans leur établissement pour en reparler).

La première a trait à l'étrangeté de Meursault : Vous sentez-vous étranger à Meursault ? Vous reconnaissez-vous un peu en lui ?

La seconde : Admettriez-vous un Meursault dans votre environnement ou n'est-ce qu'un personnage de roman ? La seule solution est-elle de l'éliminer comme dans le bouquin.

L'Etranger, selon Camus lui-même, est l'histoire d'un homme condamné à mort pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère.
L'Etranger d'Albert Camus, mise en scène de Benoit Verhaert et Frédéric Topard.
Avec Stéphane Pirard, Benoit Verhaert et Lormelle Merdrignac.
Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Du 9 janvier 2015 au 13 février 2015.
Du lundi au vendredi à 19h

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