samedi 10 novembre 2012

Orsay mis à nu par Louise Bourgoin et Edwart Vignot

Je connaissais Louise Bourgoin comme actrice. Elle a tourné dans une douzaine de films. Elle a été choisie par Luc Besson pour incarner l'héroïne des Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec en 2010. Elle avait été auparavant la Miss Météo du Grand Journal de Canal +

J'ignorais qu'elle fut peintre, qu'elle avait fait des études aux Beaux-Arts de Rennes, et même qu'elle enseigna les arts plastiques. Cette fois c'est sur la plastique des plus belles femmes peintes au XIX° siècle qu'elle se penche, en échangeant son point de vue avec Edwart Vignot. Cet homme, historien de l'art, a l"habitude de faire tandem avec une personnalité puisqu'il a déjà publié le Louvre à cheval avec un acteur passionné par ces animaux, Jean Rochefort.

Il n'est pas dans mes habitudes de chroniquer un livre sans l'avoir entièrement lu. J'ai fait plus cette fois-ci en retournant à Orsay. Ce fut l'occasion de découvrir la nouvelle muséographie des lieux, très réussie, même si je me suis suis un peu perdue et que je n'ai pas retrouvé toutes les oeuvres que j'avais pointées. Le passage derrière les aiguilles de la grande pendule procure des sensations. On se croirait presque dans les décors d'Hugo Cabret, le premier film que Martin Scorsese a conçu pour des enfants. La vue sur le Sacré-Coeur est prodigieuse.

L'espace de restauration le café Campana est absolument sensationnel en terme de décoration. Une association d'orange et d'argent assez pimpante. Ne cherchez pas de 4ème ou de 3ème étage. Vous passerez directement du 5ème au 2ème. Et vous aurez l'impression de marcher sur des poutrelles.

Grâce à cet ouvrage j'ai remarqué des toiles devant lesquelles j'ai eu envie de m'arrêter alors que je ne l'avais pas prévu. Je vous conseille donc de vous imprégner des oeuvres avant d'entreprendre d'aller les voir en "chair et en os" en quelque sorte. Vous serez alors davantage intéressé de confronter vos émotions à celles des auteurs.

Sur la vingtaine des oeuvres que j'avais pointées et que je désirais absolument voir ou revoir je n'ai pu retrouver qu'une petite moitié. J'étais venue pour les nus, j'ai essayé de ne pas me laisser distraire. Il fut difficile de résister à l'Ours blanc de François Pompon, désormais déplacé près du bar, point de repère fort utile pour ceux d'entre vous qui chercheront longuement l'escalator pour accéder au cinquième étage, aux Dindons de Claude Monet, à la dureté de la Femme à la cafetière de Paul Cézanne, à l'église d'Auvers-sur-Oise de Van Gogh, à la transparence des îles d'or de Henri Edmond Cros et à la femme à l'ombrelle au bord de la mer d'Aristide Maillol qui fut longtemps l'icône de ce musée.
Il m'a semblé que le Peignoir de Bonnard était le cousin du Baiser de Klimt. L'Hallali du cerf de Gustave Courbet m'a coupé le souffle. Cette toile immense, que j'avais regretté de ne pas trouver dans le musée d'Ornans cet été lors de mon périple en Franche-Comté est en présentation exceptionnelle en ce moment. elle fait face à l'Atelier du peintre, elle aussi une oeuvre gigantesque. C'est la première illustration du livre de Louise. Le modèle, nu, drapé dans un tissu de satin se tient derrière le peintre alors qu'un chiot impétueux gigote aux pieds de l'artiste. Le même que l'on retrouve nez à nez avec une jolie demoiselle dans la Femme nue au chien (page 58). La Source, toujours de Courbet (page 157) semblait avoir été prêtée à un autre musée.

Vous serez peut-être plus chanceux que moi en trouvant l'Origine du monde avec lequel Courbet a fait scandale en 1866 (page 57). Personne n'avait osé avant lui peindre le sexe féminin en très gros plan.
Je n'ai pas davantage pu admirer le Chevalier aux fleurs de Georges-Antoine Rochegrosse qui fait la couverture du livre. Par contre j'ai repéré dès mon arrivée au cinquième étage l' Etude, torse, effet de soleil de Pierre-Auguste Renoir (page 41) qu'Edwart renomme buste de jeune fille radieuse.
Je n'avais pas retenu Et l'or de leurs corps de Paul Gauguin, estimant "trop" le connaitre. Ce tableau de format presque modeste a néanmoins attiré mon oeil, provoquant une redécouverte.
Le choix de la Naissance de Vénus de William Bouguereau (page 81) s'imposait. Difficile également d'oublier la Source de Jean-Auguste Dominique Ingres (page 203)
Même chose avec Diane de Jules-Elie Delaunay (page 70) qui me surprendra avec ses proportions quasi parfaites. J'ai reconnu l'Espérance de Pierre Puvis de Chavannes (page 20) à son rameau d'olivier. Quelques mètres plus loin la Dame au jardin clos de Maurice Denis m'a semblé manqué parmi les belles sélectionnées par les deux compères. Il est vrai que c'est une récente acquisition.
Si je vous dis Charmeuse de serpent, vous me répondrez sans doute Douanier Rousseau (page 44) mais si je vous propose la Jeune fille au lézard l'attribuerez-vous à Gustave-Jean Jacquet ( page 77) ?
Impossible de débusquer Florence Peterson nue devant un paravent (page 109) de Paul Burty Haviland. Pas plus que la délicate Poyette d'Armand Rassenfosse (page 161) et sur ce point le livre génère de la frustration. Il faudrait consacrer une journée entière pour réussir à parcourir chaque salle avec l'oeil en alerte.

J'aurais aimé voir de près les tons bleus et verts du Nu dans un jardin d'Henri Edmond Cros (page 175) et ces mêmes tonalités pour la Vénus au bord de la mer de Ker-Xavier Roussel (page 191). Le Nu bleu (page 103) comme le Nu rose, tête ombrée de Pierre Bonnard (page 173) m'ont tout autant échappé. La chambre à coucher de Victor Lecomte (page 141) 
Mais quel bonheur de remarquer les Poseuses de Georges Seurat dont la petitesse étonne. La Poseuse de dos est page 171 et la Poseuse de face page 182. Elles sont cote à cote à Orsay, avec une troisième, de profil.
Et puis le dos magnifique de la Rousse, ou la Toilette d'Henri de Toulouse-Lautrec (page 125) que l'on prendrait pour un Van Gogh si on n'y regardait pas à deux fois.
Je ne souhaitais pas m'attarder sur Seule (page 99) parce que je l'estimais trop violente. Mais la fragilité du tracé était suffisamment émouvante pour forcer le regard à se poser sur ce tout petit tableau.
Des sculptures aussi ont été retenues par Louise et Edwart comme Méditerranée d'Aristide Maillol (page 189), qu'on nomme aussi la Pensée.
Un des intérêts du livre est de mettre des oeuvres face à face, comme la Femme au bain d'Alfred Stevens (page 120-121) avec Marat assassiné qui se trouve, lui, au musée du Louvre. On remarquera aussi la similitude de la position du bras avec la sculpture ci-dessus.
Je terminerai avec le Déjeuner sur l'herbe d'Edouard Manet (page 51) qui est mis en relation avec le Jugement de Pâris de Marc-Antoine Raimondi en attirant votre attention, non pas sur le nu mais sur un personnage dont on se demande ce qu'il fait là.

Ce déjeuner fait immédiatement penser à celui de Claude Monet que vous admirerez dans  l'exposition temporaire consacrée à l'Impressionnisme et la mode qui est présentée jusqu'au 20 janvier 2013. Le tableau, qui est en fait composé de trois morceaux est au centre d'une salle recouverte d'une moquette verte qui donne l'illusion d'un jardin. des bancs invitent au repos et des chants d'oiseaux investissent les lieux.

C'est à une exceptionnelle comparaison que le spectateur est invitée puisque les vêtements figurent à proximité des tableaux. On remarque que les peintres pouvaient utiliser les robes plusieurs fois. James Tissot utilise la même pour un portrait en 1876 et un autre tableau (avec une femme différente) deux années plus tard.

A cette époque les tenues étaient si onéreuses qu'il était courant de les porter plusieurs fois et même de se les transmettre de grand-mère à petite fille, en passant par la mère.

Dans quelques salles des rangées de chaises au velours cramoisi sont disposées comme pour un défilé avec d'immenses tableaux, mettant en valeur des robes blanches, ou au contraire des robes noires au centre d'un jeu de miroirs très astucieux.

Les hommes ne sont pas oubliés ainsi que les accessoires, chapeaux, ombrelles, escarpins ... et malles Vuitton puisque le groupe LVMH soutient cette exposition.
Orsay mis à nu, effeuillé par Louise Bourgoin en compagnie d'Edwart Vignot, éditions Place des Victoires, octobre 2012, 220 pages, 39 € 95 

1 commentaire:

divorcer a dit…

Louise Bourgoin et Edward Vignot, nous offrent là un beau voyage à travers leurs passions “la peinture“. C’est un beau cadeau pour les fêtes de Noël.

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