
Je me suis amusée à repérer (a posteriori car ce n'était pas un critère de visite au préalable) s'il était possible de trouver dans les allées les marques qui se trouvaient en accord avec le thème, sachant bien entendu que cela ne pouvait pas être intentionnel de la part de leurs dirigeants.
Se traduisait-il dans les quatre manifestes qui avaient été annoncés: ?
- Métamorphose : ne rien jeter, tout transformer
- Mutation : la nature inspire les styles de demain
- Baroque recomposé dans un élan re-théatralisé
- Néofolklore : regarder hier en appliquant des gestes de demain.
Curieusement, ce sont majoritairement celles qui ont le plus retenu mon attention. Et je vais commencer par Fudoon qui est devenue une marque quasi iconique en provoquant l'engouement avec un vêtement-accessoire qui me faisait d'ailleurs très envie.
Marguerite Vergne et Capucine Tortel ont sympathisé sur les bancs d'une école de commerce en 2008, mais ont poursuivi chacune leur trajet, dans la branche commerciale ou dans le textile. A force de se déplacer à vélo, et d'avoir froid, Marguerite fut la première à avoir l'idée d'une capuche qui "couvrirait mais pas trop, et qui protégerait de la pluie". Ainsi est née le fuudo-doudoune qui fut baptisé Fudoon, sachant que fuudo signifie capuche en japonais.Les deux amies se sont associées et lancées en 2020 tout en conservant leur job dans un premier temps. Avec la vente à la Samaritaine qui fut la première enseigne à les commercialiser, le succès de leur capuche à enfiler les a décidées à se consacrer à plein temps au développement de la marque qui se décline en une infinité de coloris et de matières (notamment un gris argenté hyper tendance et festif), avec toujours un côté déferlant, et avec par exemple des moufles hyper bien conçues car convertibles en mitaines … si bien qu'on peut en sortir le pouce pour scroller sur son smartphone … mais sans lâcher le vélo de l'autre main.
Marguerite m'a déjà montré un prototype d'imperméable, lui aussi un peu "technique" mais très joli, en taille unique, fermé avec des zips étanches (et ce n'est pas un détail).
Dans ce domaine textile, il y a bien sûr Maekake alliant héritage et modernité avec ses tabliers dont le nom signifie littéralement "suspendu devant". Initialement utilisé depuis plus de quatre siècles par les riziculteurs, les brasseurs de saké, de sauce soja et les fabricants de pâte miso ce tablier brodé leur servait aussi d'essuie-mains. Il est apprécié des commerçants et des artisans depuis des siècles car il réduit les tensions dans le bas du dos et aligne correctement le bassin pourvu qu'on noue très serrée son épaisse sangle lors des manipulations d'objets lourds. Et sa toile est résistante aux fortes chaleurs, ce qui en fait aussi un tablier de cuisine.
C'est encore le Japon qui a inspiré Violette à créer en 2017 Atelier St Eustache (anagramme de chaussette), et depuis la marque monte, monte, monte … Dans ce pays où on se déchausse régulièrement au cours de la journée elle y a découvert le culte de la chaussette transparente … et solide pendant son année d'études en architecture à Tokyo.
Ce type de produit n'existait pas en France. Il a fallu expliquer le concept mais aujourd'hui le passé n'est plus démodé et au contraire ultra tendance. Le best-seller reste le motif petits pois inspiré des fleurs de cerisier (que la créatrice porte dans ses mains). Je consacrerai prochainement un article complet à ce type de produit qui mérite un coup de projecteur.
J'ai été très touchée par la démarche de I was a sari fondée par Stefano Funari il y a 14 ans déjà qui a découvert l'artisanat indien à l'occasion d'une année sabbatique et d'un travail avec les enfants des rues pour une ONG. On porte beaucoup de saris dans ce pays. Sachant qu'il faut au moins 5 mètres de tissu on peut aisément imaginer le volume de déchets textiles que représente leur usage par 1 milliard et demi d'habitants que compte l'Inde quand ils ont les moyens de renouveler leur garde-robe.Stefano a eu l'idée de proposer une solution sous les angles environnemental et sociétal. Alors que les artisans sont majoritairement des hommes il confie le travail à des femmes qui coupent et cousent d'autres vêtements dans les métrages de soie récupérée. Chaque pièce, ou presque, est unique puisque les saris ne sont pas récupérés en plusieurs exemplaires.
La collection est éclatante de couleurs et de motifs. On y trouve des peignoirs, des chemisiers, des robes, des pantalons, des vestes etc … mais aussi des foulards, housses de coussin, sacs cabas, pochettes, cache-pots … carte postale jusqu'à s'intercaler comme ci-dessus avec des bandes de plastique dans le même matériau que celui des sacs Gadgi que j'ai présentés il y a deux ans. C'est une manière complémentaire de recycler ce qui ne peut pas facilement l'être. Et dans la mesure où la soie est souvent mélangée à des fibres synthétiques, du polyester ou de la viscose qui sont malheureusement (ici) très résistants donc non putrescibles, c'est la mention "mix fibers" qui figure le plus souvent sur l'étiquette.
I was a sari entretient une collaboration de coeur depuis 8 ans avec Gucci pour lequel elle fabrique les "corporate gifting" destinés à leurs employés à Noël, souvent à partir des "chindies" car le plus petit bout de "déchet" peut devenir bijou ou ornement de sapin de Noël.
Dans l'univers des métiers d'art qui est un des secteurs en progression sur le Salon, j'ai rencontré Géraldine Venet, ici pour la première fois. Tout est parti pour elle du difficile deuil de sa grand-mère qui possédait une énorme quantité de tissus qu'elle a décidé de sublimer en enroulant des bandes pour les métamorphoser en perles précieuses. Elle travaille à la main dans son atelier de Saint Consorce près de Lyon, dans une démarche de recyclage en privilégie autant que possible les fournisseurs locaux.
Elle sublime ainsi des cravates et des carrés de soie en les tirant de leur sommeil. Son insatiable curiosité pour l’histoire des soyeux et canuts l'a conduite à des collaborations avec des maisons prestigieuses et des musées.Ayant reçu en cadeau du papier perforé d’anciens métiers à tisser de marque Verdol datant des années 1800, elle décide, là aussi, de leur donner une seconde vie en les transformant en pochettes d'emballage pour ses bijoux en soie. Ses cartes de visite pouvant être utilisées comme marque-pages s’inspirent de la matière première des cartons perforés Jacquard. Chacune d’entre elles est créée à la main par la créatrice, tamponnée et nouée d’une bande de soie ou d'une passementerie du parc du Pilat.
Sur son stand se dressait une drôle de sculpture composée d'un ancien rouleau de métier à tisser avec un restaing de chaque côté afin de former les lisières et on peut admirer la danse de ses perles au bout des lisses, que les canuts appellent maille car on y passe le fil de chaine.
L'atelier d'ambiance Chehoma, grossiste en articles de décoration, avait une profusion d'anciens sacs de farine recyclés en sacs à linge sale qui, même vides, sont d'un poids impressionnant.
Objet de curiosité incarne parfaitement le concept avec ce véritable scaphandre spatial russe de 1997 provenant d'un collectionneur américain. L'entreprise, spécialisée dans les objets de décoration insolites est connue pour ses collections de globes, de papillons et aussi de météorites.
Ce ne sont pas moins de 27 tranches qui ont été faites dans un "caillou" dont on voit un exemplaire dans la photo ci-dessus et qui est un morceau de lune éclaté par une météorite.
Pierre-Emmanuel Grange et Lilau Grange-Jaricot sont fans de voyages et d'insectes. Ils ont rassemblé plus de 1500 pièces avec un plaisir infini et sans se fixer de limites dans leur entreprise située près de Lyon, dans les anciens locaux d'ébénisterie de la famille de Pierre-Emmanuel. Leur stand met en valeur quelques propositions baroques et uniques … réservées aux professionnels, en particulier des décorateurs.
Le studio hollandais Mineral series était sélectionné dans l'espace What's New in Retail. L'artiste Isaac Monté était présent sur le stand pour expliquer comment toutes ses pièces uniques -qui sont des objets autant esthétiques que fonctionnels- sont réalisées, entièrement en cristal naturel. Il a recours à un procédé unique de dissolution de 5 à 7 minéraux et oxydes dans de l'eau bouillante, qui, une fois refroidis formeront des cristaux organiques, sans colle ni adhésif. Parmi ses clients, des marques de luxe comme Dior.
Le point de départ de Pepin Plantcare, est la technique ancestrale d'irrigation par des ollas, utilisant la porosité naturelle de la céramique pour hydrater les plantes, directement aux racines, de façon optimale et autonome. J'ai l'habitude d'utiliser de grands pots dont je bouche le trou d'évacuation et que j'enterre entre deux rangées de légumes dans le potager et que je recouvre avec leur cache-pot pour limiter l'évaporation. Une fois remplis d'eau ils assurent un arrosage passif des cultures.
Les mini ollas sont adaptés aux plus petites plantes et utilisables en appartement, soit pendant une période d'absence, soit pour assurer une hydratation lente mais continue et ainsi favoriser la croissance.L'entreprise, fondée il y a 4 ans, est installée dans la région lilloise, et travaille avec des céramistes portugais pour leurs versions décoratives. Les matériaux sont recyclables et renouvelables, de l’emballage au produit final, avec l’ambition de minimiser au maximum l'impact environnemental.
J'ai beaucoup aimé leur idée de bobèches à utiliser pour soutenir des tiges au-dessus d'un "vulgaire" pot de conserve en verre ou comme support pour du bouturage.
J'ai été touchée par la proposition artistique de Sanae Laghouat une jeune artiste marocaine, inspirée par l'océan qui borde un petit village où ont lieu des compétitions de sur, et soucieuse de valoriser du bois de noyer de l'Atlas. Chimiste de formation, elle fait des recherches sur la manière d'évoquer l'écume avec une résine. Chacune des pièces signées S’Arts est unique et conçue dans un dialogue entre création contemporaine et artisanat marocain.
Dans le domaine des matériaux je signalerai aglaé et Originalhome. Carla et Valentin ont choisi le nom de la déesse de la splendeur, aglaé, qu'il faut écrire avec un a minuscule faute d'être orienté vers une entreprise travaillant dans l'évènementiel. Ils sont implantés à La Rochelle. Ils proposent surtout des bougies parfumées rechargeables dans des pots upcyclés qui sont fabriqués à partir de déchets devenus une ressource née de la fusion de verre et de pare-brises recyclés, mais aussi de travertin, pierre bleu, sable de fonderie, porcelaine et briques, coquilles de moules ou d’huîtres issues des côtes atlantiques …
Si vous allez dans leur boutique-atelier, une verrière vous permettra assister à la fabrication comme si vous y étiez.
Originalhome (dont j'ai photographié quelques mugs) est la première marque qui propose une collection de décoration d'intérieur 100% écologique et socialement durable. D'origine hollandaise elle utilise des matériaux dits eco-friendly (80% de la collection est fabriquée à partir de matériaux recyclés et de déchets. 20 % est en fibre végétale rapidement renouvelable), revendique une production à faible impact, presque entièrement faite à la main et requérant peu d'eau, d'énergie, de CO2 et de produits chimiques
Mais il faut aussi parler, et la liste est loin d'être exhaustive, de Gwemon, première entreprise à valoriser les algues brunes en biomatériaux pour l'architecture et le design. Elle est installée dans la Baie de Morlaix et est soutenue depuis 2024 par la Région Bretagne et BPI France grâce à son procédé innovant sans colle synthétique et sans chauffage haute température.
Adaozañ est un terme breton signifiant "revaloriser". La société propose un revêtement décoratif naturel innovant, valorisant le de marc de pommes, issu du recyclage des déchets de cidrerie, pour un aménagement intérieur plus écologique.
J'ai applaudi les innovations de pierreplume qui créé des matériaux acoustiques en textile recyclé, mais à l'aspect minéral, pour l’architecture et le design, par exemple le collection Plush à partir de peluches. Et ce n'est pas négligeable quand on sait que plus de 5000 tunes de peluche hors d'usage sont enfouies ou incinérées chaque année en France. Tous leurs produits sont fabriqués en France, près de Tourcoing, découpés sur mesure, et composés à plus de 70% de fibres recyclées issues de l’industrie et de l’habillement.
Ils peuvent se poser sur des murs, ds plafond, sont traités anti-feu. C'est l’agence de design et d’architecture intérieure Premices and co qui est à l’origine du projet. Elle rassemble trois designers formés à l’école Boulle, qui depuis 2013 mettent leurs compétences en design au service des enjeux de l’économie circulaire. L’agence se déploie sur trois activités : la conception, la sensibilisation et la fabrication. Chacune de ces activités sert à leur manière la mission principale de l’agence : créer en employant comme des ressources les rebuts produits par notre société.
Le premier robinet d'eau bouillante instantanée du monde a été inventée par un physicien néerlandais en 1970. Ce passé n'est pas si lointain mais il représente tout de même plus d'un demi-siècle et ce n'est qu'aujourd'hui qu'il arrive en France avec un robinet unique par lequel passe aussi bien de l'eau réfrigérée ou de l'eau pétillante, avec la double promesse d'économiser l'eau et l'énergie. Et même de générer moins de déchets plastiques. Qooker démontre que le passé révèle le futur.
Beaucoup d'autres entreprises pourraient être citées, comme Filt, la fabrique de filets et de cordons qui a maintenant une très large gamme de filets à provisions (ou à autre chose) vendue jusque dans la boutique de l'Elysée. Et qui fait désormais aussi des porte-bébés, des hamacs et des filets de rangement.A l’origine Filt1860 est une coopérative de paysans Normands fondée dans le Calvados en 1860 à Saint-Sylvain et qui s'appelle Honneur. La manufacture est hélas saccagée le 6 juin 1944 en même temps que Caen est bombardée. La production ne reprendra qu'en 1948 après beaucoup d’efforts. A cette période, environ 30% de la fabrication est destinée à l’export, environ 50 ouvriers et plus d’une centaine travaillent à domicile. Elle est vendue en 1990 et devient Filt. Les nouveaux dirigeants, Jean-Philippe et Catherine Cousin développeront cette entreprise, labellisée EPV, Entreprise du Patrimoine Vivant. Ils ont déplacé les machines à Mondeville qui est plus proche de Caen.
Vacavaliente est une marque axée sur le design, spécialisée dans la création d’accessoires de voyage et de loisirs durables en cuir recyclé. Alliant savoir-faire artisanal, innovation et engagement environnemental, leurs collections transforment les surplus de cuir issus de l’industrie du meuble et de la mode en objets élégants et fonctionnels, empreints de modernité. Chaque pièce est conçue à Buenos Aires et fabriquée à Alicante, garantissant qualité, créativité et responsabilité dans les moindres détails.
L'équipe est allée plus loin en imaginant un nouveau matériau à base de chutes de cuir avec lequel on peut aussi bien faire des sets de table que des assiettes qui vont intéresser les cafés, les restaurants, et pourquoi pas les boutiques des musées. Ils composent la collection Beach Resort.
Au Bain Marie n'en finit pas de puiser dans le passé pour inventer le futur. Si les coraux rouges vif et verts avec quelques touches de bleu de la série Corail en porcelaine fine a maintenant quelques années elle répond à la collection Ouessant, désignée elle aussi par Aude Clément à motifs marins de poissons et crustacés inspirés de l'île bretonne. En mélanine deux fois plus épaisses que ce qu'on trouve habituellement elles sont évidemment incassables et idéales pour un déjeuner raffiné en plein air. Lavables au lave vaisselle jusqu'à 95°C
C'est presque la moitié du catalogue du Salon qui pourrait être cité, démontrant que la cohérence de l'axe choisi avec l'évolution des marques.
Je consacrerai des billets spécifiques à certaines autres que j'ai particulièrement appréciées.



























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