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vendredi 12 décembre 2025

Œuvres Inédites de Manuel Álvarez Bravo à la Galerie Carole Lambert

Quand j'ai appris que la Galerie Carole Lambert présentait une exposition exceptionnelle consacrée au maître de la photographie moderne Manuel Álvarez Bravo (1902–2002),  je n'ai eu de cesse que de m'y rendre puisque je revenais d'un séjour au Mexique.

J'avais eu la chance de pouvoir déambuler dans sa maison, ses ateliers, son grand jardin et j'étais interrogative de découvrir des oeuvres inédites.

Effectivement, je n'avais vu aucun de ces tirages sur les murs de ce qui est aujourd'hui un musée-archives, dans le quartier de Coyoacan, et que je décris iciMême l'autoportrait qu'expose Carole Lambert n'y figurait pas et dieu sait que l'artiste en a faits très peu.
Il m'a semblé avoir été réalisé le même jour que le célèbre selfie qu'il a pris à travers les barreaux de la fenêtre du rez-de-chaussée de sa maison en 1980. En tout cas, ce cliché date manifestement de la fin de sa vie.
En réunissant une quarantaine de tirages vintage inédits, Johann Mergenthaler, qui est le commissaire de l'exposition, est parvenu près d’un quart de siècle après sa disparition, à démontrer l’actualité persistante de son regard et la puissance intacte d’une œuvre toujours capable de dialoguer avec notre présent.
La première photographie, Puesto de pepitorias y alegrías, 1980-90 est aussi intrigante que d'un modernisme qui inciterait à la date d'avant-hier. Un visiteur y a vu tout à l'heure des piles de journaux coincées entre des parpaings.

Il est vrai que le noir et blanc (et l'absence de traduction des titres) n'aide pas au décryptage. Et si je vous dis que la signification est Stand d'obleas d'amarante il vous faudrait encore savoir que ce sont des galettes en pâte d'hostie faite à partir de graines d'amarante pour avoir une idée de ce que cela peut réellement être, surtout si vous n'avez jamais croqué dans ces gourmandises fines et aériennes.

Ayant retrouvé dans mes archives une photo de cette spécialité, je la joins pour faciliter la compréhension.

Beaucoup d'autre clichés sont liés à la gastronomie mexicaine, comme ces jarres de "mole", cette sauce extrêmement populaire et pourtant inconnue en France, y compris des amateurs de guacamole qui ne savent pas que le terme signifie sauce d'avocat, ou si vous préférez purée d'avocat.

Le mole est composé d'une trentaine d'ingrédients et demande des heures de préparation. Il accompagne les viandes et les poissons. Il en existe des dizaines de versions, de goûts différents. Quiconque a visité le Mexique se rend compte que la cuisine y est très importante, peut-être encore plus qu'en France, avec des spécificités régionales ultra-marquées. Rien d'étonnant donc à ce que Manuel Álvarez Bravo s'en soit fait le porte-parole.

Tous les tirages ont été réalisés de la main de l’artiste dans son propre laboratoire, comme il aimait le faire lui-même, et qui est resté tel après sa mort.

Ce contexte confère à ces pièces une authenticité rare et la valeur d’objets originaux pleinement intégrés au corpus de l’auteur. Loin d’être de simples reproductions posthumes, ces œuvres apparaissent comme des fragments demeurés longtemps en retrait de la sphère publique, aujourd’hui portés à la lumière. 
C'est au cours de la préparation d'une exposition au Pasadena Art Museum en 1971, que Bravo dut tirer seul un grand nombre d'œuvres et, pour apaiser les tensions, il installa plusieurs pancartes dans son atelier avec la phrase : "Il y a du temps, il y a du temps." Celle-ci devint emblématique de sa philosophie. Elle n'a jamais été décrochée.
Les photographies de Manuel Álvarez Bravo ne "capturent pas l'instant", comme on le dit souvent, mais le rendent évident. Avec lui, la composition précède le portrait et le photographe attendra, pour déclencher l'objectif, le moment où la réalité épousera la composition qu'il traque. Voilà sans doute pourquoi tant de ses clichés s'apparentent à des natures mortes.

Les visuels exposés ici dressent un portrait à la fois concret et onirique du Mexique, entre ombre et lumière, empreint de mystère et de beauté. En redonnant vie à ces tirages rares, le commissaire de l’exposition, Johann Mergenthaler, propose une plongée dans l’histoire d’un regard singulier, aussi moderne qu’intemporel et offre l'occasion de poser un regard renouvelé sur l’un des plus grands photographes du XXᵉ siècle. On comprend à travers cet accrochage que ce photographe demeure l’un des créateurs les plus influents de son temps. 

En quelques saisons seulement, la Galerie Carole Lambert s’est imposée comme une adresse précieuse pour la photographie d’auteur·ice. Situé au fond d’une cour pavée du Marais, l’espace offre une atmosphère propice au déploiement des regards. Depuis son ouverture en 2022, Carole Lambert y défend une programmation exigeante où se croisent figures historiques et découvertes contemporaines.

Manuel Álvarez Bravo - Œuvres Inédites
Sous le commissariat de Johann Mergenthaler
Du 11 novembre au 18 décembre 2025
A la Galerie Carole Lambert
81 rue du Temple, 75003 Paris, fond de cour gauche
Tél. + 33 1 55 74 84 84 
carole@lambert-lambert.com 
Du lundi au vendredi, de 14h à 18h 

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