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samedi 6 décembre 2025

Le classement de La Liste 2026 et ses Prix Spéciaux

On compare souvent La Liste à d’autres classements. Quel aurait été l’intérêt de dupliquer ? Avec le risque de positionner le même chef à des rangs différents que peu de choses justifieraient.

La Liste est un classement des meilleurs restaurants du monde qui depuis sa création en 2015 est devenue au fil des éditions bien davantage qu'une énumération de grandes tables. Il est élaboré par agrégation grâce à un algorithme traitant des avis publiés par des guides gastronomiques, articles dans la presse spécialisée, blogs et avis en ligne à propos de 38 000 établissements sur 200 pays, près de 8000 hôtels et entre 5 et 6000 pâtisseries

Plus de 1 100 sources internationales ont été analysées pour la création de La Liste 2026, qui dévoilait le 24 novembre le "classement des classements " des 1000 meilleurs restaurants du Monde – en plus de célébrer son 10ème anniversaire. Ce guide digital mobile est disponible en 9 langues où les adresses sont reconnaissables selon trois codes couleurs :
- Doré : Top 1 000 des meilleurs établissements du monde
- Argent : Grandes tables locales
- Rouge : Pépites et talents émergents

Le classement a été lancé avec le soutien du Quai d’Orsay et pour sa dixième édition, un seul chef français figure parmi les dix meilleurs mondiaux, tous ex-aequo à la première place. C'est Guy Savoy (ci-contre) qui, avec une note de 99,5/100, grimpe pour la neuvième fois sur la première marche du podium.

Installé à la Monnaie de Paris, cette personnalité prouve qu'on peut perdre une troisième étoile Michelin (en 2023) et demeurer parmi les meilleurs qui sont avec lui, à savoir Le Bernardin (New York), Schwarzwaldstube (Baiersbronn, Allemagne), Lung King Heen (Hong Kong), Cheval Blanc by Peter Knogl (Bâle), Matsukawa (Tokyo) et SingleThread (Healdsburg, USA), et trois restaurants qui rejoignent ce classement pour la première fois Da Vittorio (Brusaporto, Italie), Martin Berasategui (Lasarte-Oria, Espagne) et Robuchon au Dôme (Macau, Chine).

Le chef a rappelé à Hélène Pietrini, Directrice Générale, qu'il est le seul cuisinier à siéger à l’académie des Beaux-arts. En élisant Guy Savoy, l’Académie des beaux-arts a non seulement salué l’un des plus éminents représentants de la gastronomie française mais aussi un humaniste et passionné d’art contemporain qui contribue au rayonnement international de notre pays, ainsi que l’a démontré son engagement pour l’inscription du repas gastronomique au patrimoine immatériel de l’Unesco, avait déclaré Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts le jour de son élection en novembre 2024, au fauteuil V de la section des membres libres.
Et Heiner Finkbeiner (à droite) était soulagé que le Schwarzwaldstube, 3 étoiles Michelin à 1h de Strasbourg reste sur ce podium alors qu'il a tant souffert de l'incendie subi le 4 janvier 2020 qui a entrainé 18 mois de travail. Il a exprimé sa joie en soulignant que la France était sa seconde patrie depuis longtemps.
Philippe Faure, fondateur et président de La Liste, Jörg Zipprick, co-fondateur et rédacteur en chef sont également intervenus. Le premier a déploré que la haute cuisine vive aujourd’hui entre le luxe et la faillite si on considère les 16 % des restaurants distingués d’une étoile ou d’une toque qui ont fermé. Mais l'heure était à la réjouissance pour les 13 tables françaises qui sont sur les deuxième et troisième marches du podium. La canadienne Stéphanie Kim, directrice Internationale, a fait le point sur l'excellence.

En effet se trouvent sur la seconde marche La Vague d’Or à Cheval Blanc (Saint-Tropez), premier l’an dernier, qui perd 0,5 point, tout comme Plénitude (Paris 1er). Les deux restaurants d’Arnaud Donckele partagent le podium avec 16 autres restaurants, dont les Français Kei (Paris 1er), L’Assiette Champenoise (Tinqueux), Régis et Jacques Marcon (Saint-Bonnet-le-Froid), ainsi que le Louis XV Alain Ducasse à Monaco.

En troisième position, avec une note tout de même très élevée de 98,5/100, six autres chefs français: La Marine (Noirmoutier-en-l’Île), Le Pré Catelan (Paris 16e), L’Oustau de Baumanière (Les-Baux-de-Provence), Maison Pic (Valence), le Pavillon Ledoyen Yannick Alléno (Paris 8e) et Le Bois sans feuilles - Troisgros (Ouches).

Une cérémonie a eu lieu dans la soirée au Quai d’Orsay le 24 novembre 2025. Elle était précédée d’un moment convivial, organisé à la Société de Géographie, au 184 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris, au cours de laquelle les organisateurs ont remis -après un buffet déjeunatoire sur lequel je reviens en fin d'article, jolies photos à l'appui- une quinzaine de prix spéciaux, avec parfois une double sélection, France et international.

Une fois tous les prix égrenés les participants ont pu laisser éclater leur joie, échanger avec leurs confrères/consoeurs des embrassades, des poignées de main, faire des selfies et communiquer leurs coordonnées personnelles avec sans doute la promesse d'aller visiter les uns et les autres, sous les auspices de Galilée, Bougainvillé, lapérouse, Humboldt, Lesseps, Albert 1er de Monaco, Charcot, David-Néel … dont les noms cernent le superbe plafond de l'amphithéâtre oniriquement décoré par Evelyne Chapsal.
Si ce classement est sans nul doute moins arbitraire que d’autres, on devine l’importance des enjeux et le soulagement était palpable d'avoir réussi à se maintenir parmi les premiers, ou à gagner en reconnaissance pour ceux qui n’étaient pas encore dans le podium de tête l’année précédente.
Pour ma part j'ai quasiment pris rendez-vous avec le chef Santiago Muñoz Moctezuma (ci-dessous) qui a fondé Maizajo en 2016 dans le quartier de la Condesa, à Mexico (Fernando Montes De Oca 113, Condesa, Cuauhtémoc, 06140, Mexique), distingué parmi les chefs étrangers pour sa volonté de mettre en valeur les variétés indigènes de maïs et la fabrication artisanale de tortillas à partir de nixtamal.
Sa carte met à l’honneur la cuisine mexicaine traditionnelle, revisitée avec des ingrédients locaux et des techniques modernes et démontre que la cuisine de rue peut aussi avoir sa place dans un cadre plus raffiné. Il prépare dans son restaurant des tacos de qualité, avec des viandes telles que le rib-eye, la longaniza ou le brisket, ainsi que par ses spécialités comme les volcanes et les gorditas.

Son établissement s'organise en deux espaces, la taqueria du rez-de-chaussée qui ne propose que des places debout, et le Maizajo à l'étage, où les clients sont invités à s'asseoir dans une salle au style industriel chic affirmé. Parmi les incontournables de sa carte : la tostada de maïs bleu rôti au four, garnie de purée d'avocat et de tranches de thon albacore cru, arrosé d'une vinaigrette à l'huile de sésame noir et au soja, ainsi que le tamal de boda, un tamal végétarien au maïs farci de piment poblano mijoté, de poireaux et de blettes, le tout nappé d'une salsa à l'achiote, à la tomate et au habanero, et garni de fines tranches de tubercules pour un plat à la fois sucré et terreux.

D'ici là je réviserai les recettes classiques en rouvrant le livre de Mercedes Ahumada que je fais régulièrement, entre deux séjours au Mexique.

Moins loin, ce pourrait être une des 5 tables françaises parmi les dix lauréats des Tables à Explorer 2026 qui méritent d’être découverts pour la singularité de leur expérience gastronomique et l’interprétation inspirée de leur terroir ou culture comme Laurent Chabert (en photo ci-dessus), le chef de L’Art de Vivre, le restaurant gastronomique du Château L’Hospitalet, route de Narbonne-Plage, à Narbonne précédemment distingué par une étoile verte Michelin, et très heureux de la reconnaissance ainsi accordée au travail qu’il y effectue depuis 11 ans avec son équipe.

Et peut-être découvrirai-je une autre de ces 5 tables : Benjamin Schmitt (Paris 9 ème), Le Valucien avec Franco Bowanee et Karina Laval (Vault-de-Lugny), La Table de la Butte de Nicolas Conraux (Plouider), Ombellule de Tabata et Ludovic Mey (Lyon).

A noter également cette année, la mise en lumière de professionnels via la création 14 Prix Spéciaux, célèbrent dans le monde entier des talents, une vision, un artisanat et une cuisine d’auteur. A ce titre Danny Khezzar, chef depuis mai 2023 du restaurant Bayview, de Michel Roth et Danny Khezzar à Genève (note de 88) est un des Talents de l’Année 2026. L’établissement brille aussi d’une étoile Michelin, et d’une note de 18/20 au Gault & Millau.

Malgré cette reconnaissance le jeune chef reste modeste, heureux de pouvoir exercer un "métier de passion", estimant qu’il n’a pas encore mis au point son plat-signature, qu’il aimerait voir s’approcher du gratin dauphinois transparent de son arrière-grand-père, chef chez Lucas Carton. Nous avons eu une conversation très gourmande. Il m'a suggéré d'associer la fève tonka au panais alors que je lui conseillais de la râper sur du melon.
John Williams MBE, The Ritz London, Royaume-Uni reçoit le Prix de l’excellence classique. 

Il faudrait citer aussi un autre talent de l’année, Bertrand Noeureuil (L’Observatoire du Gabriel, Bordeaux), de pâtissier à Léandre Vivier (Le Baudelaire) et de salle et sommellerie à la légende Denis Courtiade (Plaza Athénée).

Le Pays basque est la destination France à suivre - représentée par la Table des frères Ibarboure à Bidart. Cybèle Idelot de La Ruche - domaine Les Bruyères (Gambais) reçoit le prix de la responsabilité éthique et environnementale, Casa Amor (Saint-Tropez et Dubaï), celui du restaurant festif et Clément Bouvier, celui de l’authenticité et l’artisanat pour le Panoramic (Tignes).
Enfin le très sympathique chef français Daniel Boulud, installé à New York depuis plus de 40 ans, notamment à la tête du restaurant étoilé Daniela remporté également le prix de la "rayonnance gastronomique". Manifestement ému et heureux le plus américain des chefs français, qui est aussi le plus français des new-yorkais, n’a pas caché sa joie : Je n'avais jamais eu un prix qui me félicite sur le travail que j'ai fait pour la cuisine française à l’étranger.

Ce fut aussi l’occasion pour La Liste de publier un Carnet de tendances 2025/2026 permettant de mieux comprendre et appréhender les mutations de la gastronomie aux quatre coins du monde en mettant en lumière les dynamiques structurantes pour 2026 parmi lesquelles on a pointé :
  1. Le retour remarqué du modèle Robuchon
  2. L’influence déterminante des pays nordiques, en matière de haute cuisine contemporaine, s’appuyant sur un écosystème solide : innovation, design, excellence technique et une vision long-terme largement soutenue par les acteurs publics et privés, ce qui est confirmé par l'attribution du Prix de l’Innovation 2025 au Björn Frantzén / Frantzén Group  (Stockholm)
  3. La progression constante de la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, le Royaume-Uni et l’Italie du Nord qui enregistrent une progression constante et s’affirment comme les forces tranquilles de l’Europe.
  4. La casualisation du luxe et un retour à la nostalgie de la simplicité.
  5. La montée en puissance de l'Asie qui n’est plus une périphérie gastronomique, mais un centre majeu, loin de l’exotisme bon marché qui qualifiait les cuisines chinoise, japonaise ou coréenne. Une deuxième vague asiatique se dessine déjà, portée par l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines indiquant que l’Asie du Sud-Est pourrait devenir la prochaine destination majeure. Ce mouvement est très net pour Jörg Zipprick, après l'analyse de dix ans de données, la carte mondiale du goût se redessine, et l’Asie avance au centre du graphe.
  6. Les États-Unis continuent d’imposer un modèle fondé sur l’hybridation entre gastronomie et créativité entrepreneuriale, tandis que le Moyen-Orient (Dubaï, Riyad, Doha) façonne un marché où hospitalité internationale, architecture spectaculaire et budgets ambitieux redéfinissent la notion de destination gastronomique.
  7. La montée en puissance des restaurants intégrés à de grands hôtels indépendants ou internationaux. Portés par des budgets solides et une vision globale de l’expérience client, ils transforment la table en destination et redéfinissent le rapport entre hospitalité, culture et haute cuisine :  : si auparavant on allait chez un chef, c’est aujourd’hui l’expérience qui est recherchée (…) et on mange de plus en plus avec les yeux.
Ces conclusions sont renforcées par le fait que La Liste est une entreprise privée indépendante, financée exclusivement par des partenaires privés, ne vendant pas de données utilisateurs et défendant une approche objective, transparente et mondiale de la gastronomie.
Comme je le disais au début, l'annonce des prix a été précédée d'une réunion conviviale autour d'un buffet généreusement constitué par quelques chefs et partenaires de La liste qui, je le rappelle, est une entreprise privée indépendante, financée exclusivement par des entreprises privées, qui ne vend pas de données utilisateurs et défend une approche objective et transparente.

Grandiose soutient La liste depuis deux ans, consolidant ainsi l’ancrage de la Maison au cœur de l’excellence gastronomique. Le projet initial de Mourad Ouali, lorsqu'il quitta le monde de la finance, en 2016, était de redonner du sens à l’alimentation à travers une charcuterie plus pure, plus noble, plus engagée, et tout d'abord 100 % bœuf, portée par une rigueur quasi scientifique et une obsession permanente du goût.
Mais aussi de poulet et d'agneau. J'ai particulièrement été étonnée et séduite par la saveur d'un "jambon d'agneau". La dégustation a été la preuve qu'il y avait une place pour la charcuterie d'exception dans le domaine du luxe, avec un affinage pouvant atteindre 18 mois.
Nous avons eu également le grand privilège de découvrir le plat signature de Guy Savoy, en l’occurence la soupe d'artichaut à la truffe noire, et parmesan, brioche feuilletée aux champignons que tout le monde n'avait pas eu la chance de connaitre et qui fut réchauffée par les élèves de l'école Ferrandi. Et parce qu'un bonheur ne doit pas arriver seul, comme le dit le chef, la brioche est tartinée de beurre de truffes.
Coté boissons, il y eut des cuvées intéressantes, qu'il n'était pas envisageable de toutes découvrir. Je consacrerai un article spécial à ce vin des Corbières Bio Mémoire d'Alaric Pech-Latt qui a été largement apprécié pour son côté croquant, sur le fruit. Le domaine est partenaire de la Liste depuis 4 ans.
Pour ce qui est des blancs, le Château Villemajou Gérard Bertrand qui est un AOP Corbières, a fait l'unanimité.
On pouvait sans souci, mais avec modération, l'associer à l'un des desserts que Pierre Hermé avait eu la gentillesse de faire livrer, tous dans des boites individuelles ménageant la surprise. Celui qui me fut attribué était un "Arya". C'est un macaron s'inspirant du gâteau "Saint-Honoré", que le chef a imaginé à l'occasion de la Fête Nationale de l'Etat du Qatar et de l'Année Culturelle Qatar - France 2020.
Il connait bien ce pays où il a inauguré une première boutique à Doha en 2013 et a voulu combiner des saveurs franco-qatariennes, entre les notes parfumées de la fleur d’oranger et le goût suave de la pistache. Il est composé d'une pâte sablée craquante, crème onctueuse à la pistache et à la fleur d’oranger, praliné à la pistache et à la fleur d'oranger, crème mascarpone à la fleur d’oranger. Il est déjà annoncé que pour il sera décliné en galette.
Retrouvez l’intégralité de La Liste sur www.laliste.com/fr et constatez par vous-même, ne notant vos propres expériences que le classement devient au fil des éditions bien davantage qu'une énumération de grandes tables.

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