Le palais Galliera est plus que jamais le Musée de la mode. Avec Tisser, broder, sublimer, cette institution inaugure une série d’expositions consacrées aux savoir-faire avec l'objectif d'aborder les métiers et techniques de la mode sous différents angles, et de mettre en lumière la richesse des collections en proposant un nouveau regard sur l’histoire de la mode du XVIII° siècle à nos jours.Pour le plus grand bonheur du public ces installations resteront une place un peu plus longtemps que les expositions temporaires. Vous disposerez de 10 mois pour visiter ce premier opus, mais ce n'est pas une raison pour ne pas vous hâter. Les oeuvres exposées sont de toute beauté et on apprend beaucoup de choses sur ce qui appartient tout de même à notre patrimoine national et mérite d'être protégé.
Après celle-ci consacrée à l'ornementation, suivront une deuxième où il sera question de coupe et de mise en volume, et enfin une troisième consacrée aux matières et que nous verrons en décembre 2027.
Le présent article est sans doute trop long car trop détaillé mais je l'ai conservé en l'état afin qu'il puisse servir de guide de visite. De plus Blogger permet, à condition de cliquer doucement sur la première photo, de faire défiler ensuite toutes les illustrations, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture.
Pour dévoiler les savoir-faire de la mode l’équipe a choisi comme affiche une création de Comme des Garçons, Prêt-à-porter, automne-hiver 2016. Elle marque aussi l’entrée de l’exposition comme si le visiteur était invité à regarder sous la robe … d’abord dans la Galerie des Techniques, ensuite dans la Galerie des Métiers.
Les savoir-faire en question sont des techniques regroupées dans ce qu'on appelle l’ornementation – tissage, impression, broderie, dentelle, fleurs artificielles – qui permettent d’ennoblir et de décorer vêtements et accessoires. Elles sont abordées à travers le thème de la fleur, motif incontournable dans l’art du textile et la mode depuis le XVIII° siècle.
Ses multiples déclinaisons permettent d’apprécier les jeux de matières, le traitement des couleurs, des volumes, ou le placement des motifs qu’il inspire au gré des saisons. Du textile broché d’un gilet du XVIII° siècle à l’impression au laser d’un ensemble Balenciaga, d’une dentelle de Chantilly au camélia de Gabrielle Chanel, la grande variété des techniques est mise en avant, tout en interrogeant leur symbolique et leurs usages.
Riche de plus de 350 œuvres (vêtements, accessoires, photographies, arts graphiques, échantillons, outils…), le parcours révèle à la fois des créations de maisons de haute couture et des pièces de jeunes créateurs, dont certaines ont été spécialement réalisées pour l’exposition. Des échantillons de textiles et des tables équipées de loupes invitent le public à observer, scruter et contempler les œuvres pour comprendre la complexité des gestes qui se cachent derrière chaque création – l’occasion unique de plonger au cœur des savoir-faire de la mode.
Le Palais Galliera met également à l’honneur les auteurs de ces savoir-faire souvent oubliés ou effacés derrière le nom prestigieux d’un couturier. Qu’il s’agisse de maisons historiques telles que Lesage ou Hurel, de nouvelles figures contemporaines comme Baqué Molinié ou Aurélia Leblanc, l’exposition revient sur les métiers souvent méconnus de la mode : créateur textile, brodeur, plumassier, parurier floral, qui ont fait de Paris, capitale cosmopolite, un territoire privilégié de ces savoir-faire d’exception, sans cesse renouvelés.
Même si je les mentionne au fil de cet article, Marie-Laure Gutton, responsable des collections accessoires et commissaire de l'exposition, a insisté sur la volonté de ne pas mettre en avant le nom des maisons de couture à la manière d'un étendard. Le choix des vêtements obéit davantage à une préoccupation didactique encourageant une large lecture de l'histoire de la mode, en particulier dans la première partie consacrée à chacune des cinq techniques.
La galerie des métiers, comme son nom l'indique, s'intéressera davantage aux personnes pour comprendre à travers elles la spécificité de leur métier :
- les créateurs textiles
- les plumassiers et les fleuristes
- les dentelliers
- les paruriers (boutons et bijoux)
- les brodeurs
Il va de soi que lorsqu'une pièce exceptionnelle est présentée dans la première section il est possible d'y faire une nouvelle fois référence au moment où l'on aborde un de ces métiers. Vous pourrez donc retrouver la même photo en plusieurs endroits car un vêtement est rarement ornementé par une seule technique. Il est fréquent de voir de magnifiques boutons et de la dentelle pour en citer qu'un exemple.
En premier lieu ou à la toute fin, petits et grands seront invités à dessiner leur collection et à créer leur fleur en origami dans un salon ouvert, fort accueillant (ci-dessus).
Commençons la découverte par les aspects techniques. C'est un immense bouquet de fleurs de Baqué Molinié qui accueille le visiteur, se déployant dans un vase - 2024, composé d'une structure en métal soudé, broderie 3D de sequins, perles en verre, cristal et éléments en cuir moulé, peint et rebrodé. On retrouvera cette maison parmi les brodeurs.On est immédiatement saisi par la beauté des vêtements, éblouissants malgré la relative pénombre (pour des raisons de conservation). Les pièces présentées dans cette première salle ont été choisies pour leurs motifs de fleurs, démontrant que les fleurs décorent les vêtements et les accessoires des hommes et des femmes depuis le XVIII° siècle.
Pour les dessiner, les artistes s'inspirent de la nature et des fleurs cultivées dans les jardins. Et alors que la culture des fleurs s'est diffusée à travers le monde, les techniques pour les représenter ont suivi un chemin comparable : venant d'Inde ou de Chine, elles sont arrivées en France et en Europe.
Cette robe du soir Haute couture, printemps-été 2019 de Chanel par Karl Lagerfeld, où le talent de l'Atelier Montex (broderie) et de Lemarié (plumasserie) est évident, donne le ton du niveau retenu.
Elle est en organza de soie, broderie au crochet de Lunéville de paillettes guillochées, broderie de pétales en plâtre céramique moulé est en mousse caoutchouc découpée, peints à la main, galon rembourré brodé de paillettes, cuvettes, perles et tubes au crochet de Lunéville, applications de plumes d'autruche.Pour sa dernière collection haute couture avant sa disparition, Karl Lagerfeld s'est inspiré du XVIII° siècle. La couleur rose poudré rappelle le goût de l'époque, les plumes d'autruche évoquent les volumes des manches pagode et les paniers des robes à la française. Quant aux fleurs brodées, elles imitent la porcelaine de Vincennes et de Sèvres. Les broderies (1205 heures de travail) intègrent les technologies 3D et l'infographie pour sculpter des volumes en haut-relief.
De l'autre côté, les rehauts brodés sont l'œuvre de la maison Métral, spécialisée dans la broderie mécanique de haute qualité. Il embellissent cet ensemble robe et boléro du soir Haute couture, printemps-été 1947 de Cristobal Balenciaga en crêpe de soie imprimé au cadre 8 couleurs dont un coup de fond, broderie de paillettes en gélatine (?), taffetas de fibres artificielles, taffetas de soie, métal.
Cet ensemble est issu de la garde-robe de Daisy Fellowes, héritière de la fortune Singer et chroniqueuse pour le magazine Harper's Bazaar. Extravagante et mondaine, elle fascinait les plus grands photographes, à l'instar de Man Ray. Le choix de cette tenue témoigne du goût de sa propriétaire pour les couleurs vives et les motifs foisonnants. L'imprimé floral rappelle les dessins du soyeux lyonnais Ducharne.
Approchons de la grande vitrine. De gauche à droite, voici d'abord une Robe du soir en deux parties ayant appartenue à la comtesse Greffulhe, vers 1900, attribuée à A. Beauchez, qui l'a réalisée en velours de soie, tulle de soie, mousseline de soie, broderie de paillettes en métal doré, paillettes en gélatine et perles de verre, dentelle mécanique de fil de coton et de filés métalliques dorés, dentelle mécanique de soie type Chantilly.
A sa droite, une Robe de bal costumé 1937-1939 de Paul Poiret, en chintz (toile de coton imprimée et apprêtée) datant de la fin du XIX° siècle et velours de soie.
Juste à côté, dans la même vitrine, et à gauche sur la photo, une Robe du soir Poker d'as Jean Patou par Christian Lacroix, Haute couture, automne-hiver 1986-1987, collection "Là-bas" en sergé de soie façonné liseré, taffetas de soie, tulle de Nylon, toile de coton enduite, film plastique, métal.
Au centre un ensemble chemisier, jupe et paire de cuissardes, prêt-à-porter, automne-hiver 2016-2017 Balenciaga par Demna Gvasalia, en crêpe de viscose imprimé, natté de soie, broderie au passé et point de tige en fibres synthétiques et Lurex, satin de fibres artificielles, cuir, matières plastiques
A droite Walter avec un ensemble veste, chemise, pantalon, cravate et chaussures, Automne-hiver 2001-2002, collection "Révolution" de Van Beirendonck, en feutrine de laine, toile de coton imprimée, corne, cuir
En face, une autre vitrine met en regard 4 robes de périodes différentes. La plus ancienne est une Robe d'été, vers 1832 en toile de coton fileté imprimé de motifs d'indienne 5 couleurs à la planche de bois et au rouleau. On constate que la silhouette des années 1830 dessine les femmes en papillons légers ou en fleurs graciles. Elle joue sur le déploiement d'amples volumes de part et d'autre d'une taille particulièrement fine. Les manches dites "gigot" sont gonflées à l'épaule et resserrées aux poignets, la jupe est en cloche, la taille de guêpe. Ici, les motifs fleuris (œillets, tulipes, etc.) se déploient en dessins continus à effets de fondu. Le charme printanier des imprimés masque opportunément les structures échafaudant cette silhouette artificielle.
A droite, la Robe du soir Nuit fraîche Haute couture printemps-été 1954 Christian Dior signée Ducharne (textile) et Rébé (broderie) en cannelé de soie, broderie de fils de soie au passé empiétant, au point de noeud, au point de tige et au plumetis rehaussés de paillettes. Elle illustre la collaboration étroite entre brodeurs et couturiers dans les années 1950. Les broderies à disposition, concentrées sur le buste et le haut de jupe, créent un équilibre qui allège la silhouette. L'exécution mécanique de la broderie, sur pièces découpées avant montage, permet un gain de temps sans rien ôter au soin apporté au décor floral. Les motifs orientalisants, inspirés des "arbres de vie" des cotonnades indiennes du XVIII° siècle, dissimulent les coutures et s'adaptent aux pinces, à l'image de la feuille découpée et appliquée, enjambant la couture centrale du buste.
Devant, l’incroyable robe Lilium with droplets of morning rain, collection "Winter Garden", Haute couture automne-hiver 2014-2075 de Dice Kayek en crêpe de laine contrecollé, broder main au fil de Nylon de globes de verre soufflé irisé, satin de soie, cuir, métal.
Dice Kayek est fondée à Istanbul en 1992 par Ece et Ayse Ege. La même année, les deux sœurs présentent leurs premières créations en France, où leurs silhouettes romantiques sont immédiatement repérées par la presse. En juillet 2014, Dice Kayek intègre le calendrier de la haute couture parisienne et présente sa collection "Winter Garden" (Jardin d'hiver), véritable ode à la fleur. Cette robe évoque, par sa coupe, ce que désigne son titre en anglais : un lys recouvert de gouttes de rosées. Une broderie de petites sphères en verre soufflé et nacré, récupérées dans un marché aux puces, en crée l'illusion.
Derrière, ensemble haut et jupe, prêt-à-porter, printemps-été 2015 de Comme des Garçons, en satin de polyester et toile de coton, chacun contrecollé sur toile de coton, tulle de Nylon, maille de fibres synthétiques, matières plastiques cuit, métal.
L'artiste Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) qui diffuse largement ses planches illustrées, travaille ainsi au Muséum d'histoire naturelle et à l'Académie des sciences. Le succès de ses recueils démontre combien la mode et ses métiers sont particulièrement friands de ces motifs pour orner parures et accessoires au fil des saisons. En 1805, une classe spécialisée appelée "classe de la fleur", qui est traitée dans une seconde salle, a pour mission principale de penser l'application des dessins et peintures aux besoins des soyeux de la ville, dès l’ouverture de l'École de beaux-arts de Lyon. Les peintres spécialisés dans la représentation des espèces botaniques y sont désignés sous le terme de appelle "fleuristes". Le genre dérive de la nature morte et requiert un haut niveau de technicité, ainsi qu'une connaissance approfondie des espèces végétales.
Le passage de l'art à l'industrie apporte un certain nombre de contraintes. L'équilibre du décor, des couleurs et des volumes s'étudie avec attention pour un devant de veste comme pour un revers de poche. L'étape de la mise en carte, pour composer le bon entrecroisement des fils, ou encore la division en couleurs permettent d'encoder le dessin pour les besoins de la machine. Devenue matière à tisser et imprimer, la fleur est un motif dont il reste à régler mécaniquement la reproduction. C’est ce dont témoignent les pièces présentées dans cette salle :
Veste ou gilet en pièces, vers 1740-1750 en gros de Tours à poil traînant broché, fils de soie, filés, lames, ondés d'argent doré, plomb ; décor à disposition, Plombs de la douane royale pour les soies établie à Lyon.
Ce lé (largeur d'une pièce de tissu entre ses deux lisières) façonné présente un décor de feuillages et de fleurs se détachant sur un fond enrichi de fils d'argent doré. Ce traitement naturaliste sur fond métallique caractérise la production des années 1740-1750. La largeur inhabituelle du lé (54,5 cm) et la stylisation particulière des motifs suggèrent une provenance étrangère. La présence de plombs de douane lyonnaise le confirme. Il témoigne ainsi des échanges commerciaux européens et de la diffusion des modèles décoratifs au XVIII° siècle.
A gauche, Jupe vers 1790 en toile de coton matelassée, impression à la planche de bois, fond blanc, 6 couleurs, doublure en toile de coton imprimée de la Manufacture de Christophe Philippe Oberkampf, Jouy-en-Josas.
Fondée en 1760, cette manufacture Oberkampf (à laquelle j’ai consacré un article très approfondi) se spécialise dans la production d' indiennes. Celles-ci imitent les toiles imprimées ou peintes produites aux Indes et importées en Europe depuis le XVIl° siècle. A la fin du siècle suivant, les dessinateurs de la manufacture créent le motif "ananas" en raison de l’engouement de la cour de Versailles pour ce fruit. Largement copié par les indienneurs du sud-est de la France, le motif est repris, dans la seconde moitié du XVIll° siècle, par des ateliers indiens qui l'introduisent dans leur propre production.
Au fond, jupe démontée ou bas de robe, vers 1750 en toile de coton peinte et teinte, fond blanc, quatre couleurs, doublure, toile de lin crème ; décor à disposition. A droite, robe de chambre, vers 1890, cachemire provenant de Paris, sergé de laine cachemire, taffetas de soie imprimé, cordonnet de fil de laine guipé, boutons en nacre, boutons modernes en matière plastique.
Qu'il provienne du Cachemire ou qu'il soit tissé par les fabricants français à l'imitation des étoffes dites "indiennes", le châle cachemire, coûteux, indique une position sociale et se transmet de génération en génération. Ainsi, quand passe la vogue du châle comme accessoire, l'on assiste, dans la seconde moitié du XIX° siècle, à son réemploi en vêtement. Voilà pourquoi cette robe de chambre a été taillée dans un châle long tissé à Paris vers 1815. Au-delà de la présence classique des boteh (palmettes), les motifs floraux trahissent une réinterprétation parisienne des fameuses "indiennes".
Ensemble chasuble Carmas, jupe Salby et bottes, prêt-à-porter, automne-hiver 2023-2024 de Dries Van Noten, comportant des broderies provenant de Calcutta. Taffetas de soie, crêpe de viscose, broderie de flottés de fils de soie polychrome, broderie au passé et point de chaînette, tulle de polyamide, matière plastique, bottes en cuir verni.
Châle de Manille, vers 1900-1920, provenant de Chine, en crêpe de soie, broderie au passé de fils de soie, franges en fils de soie.
Le châle de Manille réalisé en soie, et caractérisé par ses longues franges, est brodé de motifs floraux inspirés de la tradition orientale. Il naît au XVIII° siècle du commerce entre l'Asie et l'Europe via la route du galion reliant Manille à Acapulco. puis transite vers l'Espagne où il devient un symbole d'élégance féminine.
Ce châle mêle raffinement asiatique et goût espagnol : franges longues, couleurs vives, broderies de pivoines, oiseaux et dragons. Pièce emblématique du costume andalou, né des échanges maritimes entre la Chine, les Philippines et l'Europe, il a également trouvé sa place dans le vestiaire des élégantes parisiennes au début du XX° siècle.
A l'extrême-droite, une pèlerine, vers 1870 en sergé de laine, broderie au passé de fils de soie, toile de laine, passementerie en tresse de fils de coton recouverts de fils de soie, bois teinté.
Cette courte pèlerine résulte d'un double réemploi. Elle a été taillée dans un vêtement ayant appartenu à l'impératrice Eugénie, conservé après la chute du Second Empire. Lui-même avait été coupé dans un textile chinois, attestant du goût pour l'Orient, à une époque friande d'influences esthétiques lointaines. La forme occidentale de la pèlerine rencontre les motifs floraux asiatiques tandis que la délicatesse du tissu brodé révèle les soins de la main qui l'a remployé. Des ravaudages minutieux, visant à effacer les outrages du temps, masquent en divers points de l'objet les trous qui s'y trouvaient.
Au centre une traîne de manteau de cour dite "robe égyptienne" ayant appartenu à l'impératrice Marie-Louise, vers 1810 en sergé de laine type cachemire, broderie au fil de soie de cannetilles, paillettes métalliques, lames métalliques (dont certaines gaufrées), passementerie de lames et tresses dorées, satin de soie.
Offerte par le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali à l'impératrice Marie-Louise lors de son mariage avec Napoléon ler, le 2 avril 1810, cette traîne constitue un luxueux cadeau diplomatique. Les motifs brodés de soie et de perles reprennent les fleurs stylisées et les rinceaux végétaux traditionnels des arts décoratifs du Maghreb. Destinée à être portée à l'occasion de cérémonies officielles, elle répond, par sa couleur pourpre et la richesse de son ornementation, au code vestimentaire établi par l'étiquette, tout en flattant l'égyptomanie ambiante à la cour impériale.
Au mur, on devine deux éventails dont un éventail cabriolet aux "cent visages", provenant de Canton, vers 1850 en papier peint à la gouache, applications de nacre et de soie peinte (sur la face), bois laqué.
Les éventails pliés chinois d'exportation connaissent un grand succès en Europe au XIX° siècle. Produits majoritairement à Canton, ils sont appréciés pour la vivacité de leurs coloris et la préciosité des applications d'ivoire peint et de soie. Reconnus pour la richesse de leurs décors représentant souvent des scènes de palais, qui réunissent une importante assemblée de personnages (expliquant leur nom d'éventails aux "cent visages"), ils sont ornés au dos de décors foisonnant de fleurs et d'oiseaux.
A côté un éventail plié, provenant de Chine, vers 1880, en papier peint à l'encre, applications de nacre, nacre sculptée, métal doré, glands en fils de soie, perles de bois et de nacre
Dans les années 1920, les ombrelles japonaises, ou wagasa, connaissent un véritable succès en Occident et particulièrement en France. Fabriquées en bambou et en papier huilé, elles symbolisent l'élégance d'un Japon idéalisé. L'ombrelle présentée ici (en toile de coton imprimée, bois verni sculpté, ivoire, métal, vers 1925) s'en inspire par la ligne de sa couverture, son manche en bois sculpté imitant le bambou et son décor fleuri. Les dahlias qui ornent cette ombrelle sont, au Japon, le symbole du raffinement et de la sophistication.
Tout au fond sur la photo précédente, en gros plan ci-dessus, une visite Dieulafait, vers 1880 en tissu façonné fond satin de soie imprimé, broderie de fils de soie et filés de papier doré, satin de soie, galon à franges de fils de soie gaufrés et filés métalliques.
En 1854, avec la signature de la convention de Kanagawa, le Japon s'ouvre à nouveau au monde après plus de deux siècles d'isolement commercial et diplomatique. Le pays exporte alors vers l'Occident des étoffes que la mode française transforme en vestes, sorties de bal ou visites. Cette pièce, taillée dans un kimono de femme de samourai, arbore des motifs de branchages et de fleurs (prunus, chrysanthème, pivoine) évoquant les saisons dans l'iconographie japonaise. La coupe particulière de la visite, avec les coudes repliés contre le buste, est, en revanche, propre à l'Occident.
Corsage, 1944 en crêpe de fibres artificielles (rayonne ?), broderie de fils de coton au point de chaînette, dentelle de coton mécanique dont les broderies ont été exécutées par Mme Legris.
Ce corsage aux motifs tricolores (croix de Lorraine, drapeaux français, américain et anglais, coquelicots, bleuets, marguerites) fut porté par la donatrice le jour de la Libération de Paris, le 25 août 1944. Le décor au point de chaînette fut exécuté pendant l'Occupation et achevé le jour de la Libération par Mme Legris, brodeuse, avec l'ajout de "Victoire 1944" et "Vive Leclerc". Des textes brodés en référence à la guerre de 1914-1918, des chants français et anglais (La Marseillaise, Its a Long Way to Tipperary) complètent ce décor, témoin de la portée patriotique de certains travaux d'aiguille durant la guerre.
Robe et chaussures, prêt-à-porter, automne-hiver 2016-2017, collection "18th Century Punk" en tissu façonné, fond cannelé imprimé chaîne soie et trame laine, Lurel, fibres synthétiques, sergé de coton, velours de coton de Comme des Garçons.
Pour sa collection "18th Century Punk", Rei Kawakubo imagine ce qu'aurait pu être l'esprit punk au XVIII° siècle, tout en s'inspirant d'un répertoire floral. Pour ce modèle, elle propose trois volumes sculpturaux superposés, rappelant les larges paniers des robes à la française. S'y déploient de grands motifs imprimés sur des étoffes tissées de Lure, qui revisitent celles, façonnées et brodées de fil d'or, du siècle des Lumières. Jouant sur la déstructuration du vêtement, Kawakubo évoque autant la rupture de la Révolution française que l'esprit du mouvement punk.
Le tisserand utilise une machine qu'on appelle "métier à tisser". Il entrecroise des fils de trame (dans le sens de la largeur du tissu) avec des fils de chaîne (dans le sens de la longueur).
L'entrecroisement des fils peut être plus ou moins complexe. Il peut même permettre de créer des motifs, notamment des fleurs. Selon le type de fibre et la complexité du textile, le tisserand réalise entre 30 centimètres et 10 mètres de tissu en 10 heures de travail. Cela signifie 4 mètres en moyenne par jour, beaucoup plus dès lors que le métier s'est mécanisé depuis le début du XIX° siècle.
Robe de jour en deux parties, vers 1855, Taffetas de soie changeant damassé dit "damas-robe" à décor liseré et incrustations de tissu façonné, franges de fils de soie, boutons recouverts, doublure en tarlatane.
Stimulée par les commandes impériales comme par l'essor économique que connaît alors le pays, l'industrie lyonnaise de la soie vit un véritable âge d'or sous le Second Empire. Les tissus façonnés en constituent la production la plus prestigieuse. Le décor de cette robe naît du tissage même ("armure") et non de l'impression, révélant une grande maîtrise technique. Réalisée grâce au métier Jacquard, elle arbore des motifs floraux sophistiqués : guirlandes d'hortensias, roses, chrysanthèmes et volubilis. Le dégradé de bruns joue sur les textures, les ombres et la lumière pour créer un relief saisissant sur la jupe à crinoline.
Au second plan, robe à la française, vers 1755-1765 en satin liseré latté, passementerie de soie
Gilet d'homme à manches, 1730-1740, cannetillé, liseré, broché, fils de soie, lames et filés métalliques; doublure en taffetas de soie, toile de coton et toile enduite, triplure en cuir, boutons de bois recouvert de fils métalliques.
Les années 1730 sont décisives dans l'essor artistique des soieries produites à Lyon. Les volumes et les coloris des fleurs, des fruits, et des branchages se déploient selon des dégradés inconnus jusqu'alors, les couleurs jouant sur des contrastes vifs. Les grandes compositions florales, autrefois obtenues par la broderie sur soie, assurent la réputation des soyeux lyonnais en France et dans le reste de l'Europe. Les dessinateurs et les fabricants comme Jean Revel, suivi de Philippe de Lasalle, ont su répondre au goût pour les fleurs et la nature qui caractérise la société du siècle des Lumières.
Paire de bottines, prêt-à-porter, printemps-été 2020 de Dries Van Noten, en collaboration avec Christian Lacroix Bucol (textile), en brocart imitation XVIIIe siècle, lamé argent, cuir de veau, métal argenté, gomme
Cette paire de bottines est recouverte d'un tissu du soyeux lyonnais Bucol. Il est réalisé à partir d'un coupon, daté vers 1740-1745, entré dans les archives de Bucol suite au rachat de la maison Vassoiles, héritière de la maison Mathevon et Bouvard, fondée en 1750. L'échantillon d'origine est un taffetas de soie broché à décor de fleurs non réalistes, très apprécié dans la deuxième moitié du XVIII° siècle. Reproduit sur un brocart, il orne ainsi ces chaussures à plateforme d'un répertoire décoratif tiré du siècle des Lumières.
Robe, prêt-à-porter, printemps-été 2016 de Gucci par Alessandro Michele, en organza de soie et lurex lancé découpé, taffetas de soie, broderie mécanique de paillettes en matière plastique, tulle de fibres synthétiques.
Ensemble veste, robe, ceinture à pendeloques et carnet, guêtres et sandales, prêt-à-porter, automne-hiver 2016-2017 de Prada en sergé de laine et polyamide, tissu façonné fond satin à décor lancé de lames en plastique métallisé type Lurex, sergé de coton, cuir de veau pleine fleur, cuir grainé, cuir verni, métal doré et argenté.
Robe du soir et paire d'escarpins, haute couture, automne-hiver 1956-1957 de Cristóbal Balenciaga, en satin façonné à décor liseré en soie et lancé en filés de Lurex or et argent, taffetas de rayonne, crin
Devants en velours ciselé simple corps, fond satin, dos et doublure en sergé de soie, sergé de lin et coton gratté, boutons de bois recouverts d'étoffe d’un gilet d'homme, 1715-1720 avec décor à disposition.
Ensemble veste, robe-chemise et jupe, prêt-à-porter, printemps-été 1997 de Yohji Yamamoto, en velours de soie dévoré et imprimé, fond mousseline en fibres synthétiques, ruban de taffetas de soie, maille de polyamide imprimée
Le motif floral peut aussi provenir d’une broderie, qui peut être plate ou en relief, exécutée à la main avec une aiguille ou un crochet. Cette technique s'est également mécanisée grâce à la machine.
Pour réaliser la broderie, on peut utiliser des fils de différentes couleurs et des décorations comme des paillettes, des perles ou des fils de métal. Avant de créer une grande broderie, le brodeur peut fabriquer un échantillon. Il peut ainsi proposer un aperçu du décor brodé au couturier qui le choisira peut-être pour son modèle.
Ensemble veste et pantalon The Lover (one) de Givenchy par Alexander McQueen, haute couture, printemps-été 1999 collection "Un village français" Prince-de-Galles en laine, broderie machine de fils synthétiques, ruban de satin de fibres artificielles, taffetas de soie, boutons en métal et nacre.
En 1996, Alexander McQueen prend la direction artistique de Givenchy incarnant le choc entre classicisme parisien et anarchie créative londonienne - un "couture clash" a, pour la presse de l'époque MeQueen mêle ici références historiques et confusion des genres à Image de en ensemble pour femme. Taillé dans un tissu prince-de-galles son emprunt au vestiaire masculin est manifeste. Les guirlandes de fleurs s’épanouissant sur la veste évoquent les placements de broderie des gilets et habits d'homme du XVII° siècle alors que le long pan suggère la cambrure des silhouettes 1900.
A droite, Devants en taffetas de soie, broderie au passé, fils de soie, dos en toile de lin glacée, boutons en bois recouverts de taffetas; doublure en sergé de soie d’un Gilet d'homme, 1775-1793, Décor à disposition.
Le gilet porté sous l'habit masculin, mais dévoilé par l'ouverture frontale de ce dernier, en épouse la forme. D'abord à longues basques terminées en pointe, il raccourcit au fil des années pour s'arrêter aux hanches, dans les années 1790. Son décor, souvent façonné dans la première moitié du siècle et brodé dans la seconde moitié, se répartit principalement le long des bords, sous les poches et sur leur rabat. Il est dû à l'habileté des dessinateurs qui, dans leurs maquettes préparatoires, combinent fleurs, plantes exotiques, architecture ou références à l'actualité culturelle.
Gilet en pièces, 1785-1795, en taffetas de soie, broderie au passé de fils de soie. Ces gilets au décor tissé puis brodé rencontrent an grand succès dans la seconde moitié du XVIII° siècle. Leur commercialisation, sous la forme d'un lé d'étoffe au décor placé, prêt à être découpé et monté par le tailleur, facilite leur diffusion en France comme à l'étranger. Ils répondent ainsi à une forte demande internationale et contribuent sensiblement à établir la réputation de la mode française.
A gauche paire de pantoufles, vers 1860, en tapisserie chaine laine, trame de soie et filés métalliques ruban de satin de soie, taffetas de soie, cuir pleine fleur.
La tapisserie est une technique de broderie, généralement exécutée a l'aiguille et au fil de laine, sur toile canevas. Elle utilise des points juxtaposés et serrés appelés "petits points», qui permettent de créer des motifs denses, couvrant entièrement la toile de fond.
Au centre, dessus de chaussons non montés, vers 1900, d’Alexandrine Leroy, en tapisserie a l'aiguille de fils de laine, de soie et de perles métalliques à facettes sur canevas de toile de coton apprêtée.
Paire de bretelles, vers 1830, en toile de laine, broderie au point de croix de fils de soie, taffetas de soie, toile de coton encollée, cuir.
Au dessus, un sac, vers 1890 en toile de lin, broderie de fils de coton et de laine sur canevas, doublure en toile de coton imprimée imitation impression sur chaine, métal doré et émaillé.
On devine le bas d'une robe, vers 1923 en crêpe de soie broderie Cornely en fils de soie au point de chainette files métalliques dorés, applications de lousine de coton imprimée, boucle en metal et strass.
La technique la plus ancienne pour créer un décor est la teinture du tissu. Pour ce faire on plonge le tissu dans un bain de colorant. Par la suite, on a inventé la technique de l'impression qui permet de créer un décor à la surface du tissu. Pour cela on sculptait autrefois des motifs sur des blocs de bois et on y appliquait de la couleur. Ainsi on pouvait créer des décors très variés sur les tissus. Depuis le XIX° siècle, les techniques se sont mécanisées et perfectionnées jusqu'à l'impression numérique.
Robe à la française, vers 1765-1770 en taffetas de soie chiné à la branche, panneau en toile de coton imprimée à la planche de bois, une couleur, dentelle de soie, doublures en toile de lin, rubans modernes synthétiques.
Îlots de branches fleuries et rubans rayés aux contours irréguliers ornent l'étoffe de cette robe, révélant la technique sophistiquée du "chiné à la branche". Ce procédé, décrit par Joubert de I'Hiberderie en 1765 et détaillé dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, consiste à ligaturer les fils par groupes avant teinture. Les infiltrations de colorants sous les liens créent alors des motifs aux bordures floues. Spécialité lyonnaise, cette technique produit des étoffes précieuses très prisées.
Robe du soir Ariette, haute couture, printemps-été 1955, collection "ligne A" de Christian Dior Ludwig Abraham & Co. (textile) en taffetas de soie imprimé sur chaine organza de soie, tulle de coton et de rayonne, métal.
Depuis 1947 et les "femmes-fleurs" de sa collection "Corolle", Christian Dior cultive la passion florale qu'il a héritée de son enfance à Granville. Révélatrice de son goût pour les décors végétaux, cette robe arbore de délicats bouquets de lilas aux contours estompés, résultant de l'impression sur chaîne. Cette technique traditionnelle, cultivée notamment par la maison Abraham, permet de créer des effets flous très caractéristiques. En faisant référence à ce procédé d'impression hérité de savoir-faire du XVIII° siècle, Christian Dior affirme son goût prononcé pour cette période historique.
Robe du soir Zermatt, prêt-à-porter, automne-hiver 1974-1975 de Chloé par Karl Lagerfeld Nicole Lefort (peinture à la main), en crêpe de soie, motifs sertis à la gutta et peints à la main, ceinture en toile grattée enduite, métal.
Alliant élégance et luxe décontracté, cette robe incarne le style de la maison Chloé. Ses motifs floraux sont l'œuvre de Nicole Lefort, qui dirige un atelier parisien fournissant des pièces en soie peinte à la main, exclusivement pour Chloé, de 1966 aux années 1970. Sa technique artisanale consiste à dessiner à la gutta - pâte de latex cloisonnant les motifs - avant d'appliquer la couleur sur tissu tendu, puis de fixer l'ensemble par étuvages successifs. Cette liberté de placement des motifs permet à Karl Lagerfeld, alors directeur artistique de Chloé, de créer des pièces uniques, consolidant l'image de "prêt-à-porter couture" de la maison.
Cape du soir, 1925 de Chéruit en lamé satin, chaine soie et trame de laminettes argentées, motifs peints au pochoir, velours de soie. Le décor au pochoir confère à cette cape exceptionnelle un statut d'œuvre d'art. Dès juillet 1913, Femina consacrait un article aux tissus peints alors en vogue. Intitulé "Les robes au pinceau", il évoque ce goût nouveau et la virtuosité de cette technique, jusqu'alors privilégiée dans l'ameublement, et produisant "de si jolies choses que les broderies pourraient en subir un contre-coup". Cette cape s'inscrit dans cette veine qui connaît autour de 1925 son aboutissement, avec les créations textiles de Sonia Delaunay et les tissus laqués de Jean Dunand.
Au XVIII° siècle, les motifs de fleurs, parfois mêlées de fruits, d'outils ou d'instruments de musique, se limitent aux bordures de la feuille d'éventail. Le décor principal met alors en valeur des scènes de genre, historiques, mythologiques ou bibliques. Elles sont l'œuvre de peintres spécialisés. À partir du Second Empire, et davantage encore à la Belle Époque avec l'Art nouveau, les compositions florales deviennent le sujet principal des feuilles d'éventails, s'épanouissant sous la main des plus grands peintres éventaillistes, tels que Madeleine Lemaire ou Billotey.
En haut à gauche, Duvelleroy (éventailliste), Billotey (peintre), Éventail plié Les Pavots, Les Pavots, vers 1905 en taffetas de soie peint à la gouache, corne gravée, dorée et repercée, métal doré.
En haut à droite, éventail plié Offrande de fleurs, vers 1765 en Papier peint à la gouache, ivoire repercé et rehaussé à la gouache, métal, nacre. En bas, éventail plié ayant appartenu à l'impératrice Eugénie, vers 1860 en Taffetas de soie peint à la gouache, ivoire gravé et ajouré, papier, métal, d’Alexandre (éventailliste), Reignier (peintre).
Abaya, 1911-1912, en crêpe de soie imprimé or par estampage, motifs à disposition, soutache en soie de Mariano Fortuny chez Babani.
Au début du XX° siècle, Babani connaît une célébrité croissante. Ses salons regorgent d'objets, costumes, broderies et soieries importés d'Orient. Vers 1910, Mariano Fortuny lui confie la vente de ses modèles. Cette abaya, griffée Babani, est représentative de leur collaboration. La simplicité de la coupe et les motifs floraux reprennent de façon quasi littérale ceux des vêtements non occidentaux, illustrant les recherches de Fortuny dans le domaine textile. Porté par la fille de l'écrivain Edmond About, le modèle atteste le succès de Fortuny auprès d'une clientèle issue du monde des arts et des lettres.
Au mur casaquin, 1910-1915 de Mariano Fortuny, en velours de soie imprimé, doublure en cannelé de soie.
C'est par un savant procédé d'impression, imitant les fils d'or et d'argent, et non par le tissage, que Mariano Fortuny restitue la somptuosité des brocarts anciens. L'utilisation de poudres métalliques génère de subtils jeux de lumière sur le velours de soie, son matériau de prédilection. Puisant son inspiration dans sa collection personnelle de textiles anciens, l'artiste s'impègne d'influences multiples. Ardent défenseur de la libération du corps, il s'attache à la souplesse du vêtement sans taille, en créant des pièces intemporelles.
Fac-similé du Brevet de procédé d'impression et dessin technique, 1910, de Mariano Fortuny. En 1910, Mariano Fortuny améliore le procédé d'impression rotative en créant des pochoirs de grande dimension. Pour cela, il utilise un fin tissu de soie enduit de gélatine, sur lequel le dessin est exécuté avec une solution de bichromate alcalin, par peinture directe ou impression photographique.
Exposée à la lumière, la gélatine bichromatée devient insoluble. Un lavage à l'eau chaude dissout ensuite les zones non recouvertes, révélant le motif. Cette technique dépasse les limites des pochoirs traditionnels, offrant une liberté artistique inédite tout en permettant une production à échelle industrielle.
Robe à la française, vers 1765-1770 attribuée à la Manufacture de Christophe Philippe Oberkampf, Jouy-en-Josas, en toile de coton, impression à la planche de bois, 8 couleurs, doublure, taffetas de soie. Boutons de bois recouverts d'étoffe.
Cette robe témoigne, au XVIII° siècle, de l'art de l'impression textile européenne inspire des étoffes provenant des territoires colonisés alors regroupés sous le nom d'"Indes". Son décor alternant tiges sinueuses fleuries et semis de motifs exotiques est attribué à la manufacture de Jouy qui révolutionne, à cette époque, l'impression sur textile en copiant les techniques des Indes pour conquérir le marché français. Cette synthèse entre influences orientales et créations européennes illustre l'esthétique et l'esprit du siècle des Lumières.
Robe d'été, vers 1845, en pékin armures satin et toile de coton, dessins imprimés au rouleau, rentrures imprimées à la planche, métal, boutons en nacre.
Cette robe de la fin de la période romantique est caractérisée par ses manches dites "pagodes" et par le volume de sa jupe en cloche. Ici, le décor floral du tissu aété imprimé au rouleau gravé à la molette. Ce procédé, mis au point par les Anglais en 1803 et permettant de reporter un dessin mécaniquement, est adopté en France à partir de 1820. Il a l'avantage de faire gagner du temps aux fabricants tout en produisant un tracé plus précis. On l'utilise généralement pour reproduire des dessins continus et des effets de fondu.
Carré Le Langage des fleurs, 1938 d’Hermès Charles Pittner (Dessin) en twill de soie imprimé au cade 17 couleurs dont un coup de fond noir, roulotté main à la française.
En 1937, la maison Hermès imagine à partir du twill de soie des tenues des jockeys, un accessoire devenu emblématique : le carré. Ses collaborations avec des artistes tel Charles Pittner ont permis d'en développer plus de 2000. Ces célèbres foulards sont obtenus par une technique d'impression au cadre dite "à la lyonnaise". Pour chaque couleur composant le dessin est fabriqué un cadre en toile fine. Les coloristes élaborent les couleurs, qui sont ensuite appliquées, une à une, sur les cadres et transférées sur le twill tendu. Bain de vapeur, lavage, rinçage, coupe et roulottage à la main des ourlets achèvent la réalisation.
Robe et ceinture, vers 1938 de Nina Ricci, en mousseline de soie, incrustations et applications de crêpe de soie imprimé.
C'est en 1932 que Nina Ricci ouvre sa maison de couture à Paris, 20, rue des Capucines. Entre mars 1937 et décembre 1938, l'Officiel de la couture et de la mode de Paris lui consacre cinq couvertures. Cette robe est particulièrement remarquable par la délicatesse des incrustations et des applications de mousseline de soie imprimée de fleurs abstraites. La disposition de la ceinture résulte de très savants entrecroisements. Ce modèle témoigne du prodigieux savoir-faire des ateliers de couture et du goût pour les motifs floraux de cette décennie.
Cette robe, intégralement recouverte d'un imprimé floral, témoigne du succès de ce motif dans la seconde moitié des années 1930. Chaque été, grandes maisons de mode et petits ateliers de couture succombent à cet engouement. Ils commandent aux fournisseurs textiles les tissus fleuris destinés à parsemer leurs futurs modèles de petits semis de pâquerettes comme de grands bouquets de roses ou de marguerites épanouies.
Catalogue commercial Printemps-été 1939 en papier imprimé de J. Rémond et Cie. L'album textile de la maison lyonnaise de soieries J. Rémond & Cie, fondée en 1821, est composé d'échantillons de tissus apposés en regard d'un dessin de modèle, permettant aux clients d'en apprécier la qualité. Dans les années 1930, la fleur est un motif très répandu et les astéracées sont particulièrement appréciées, à l'image de la marguerite. Celle-ci est présente dans la plupart des albums textiles de fabricants comme Charlin, Garbe ou Crépatte. Dans la collection printemps-été 1939, Rémond décline la couleur de la marguerite sur fonds sombres ou clairs.
A gauche Ensemble veste et robe, prêt à porter, printemps-été 2008 de Balenciaga par Nicolas Ghesquière Clerici Tessuto (textile) en Radzimit et casimir contrecollés sur Néoprène, découpés et assemblés par ultrasons, impression double face au laser.
Nicolas Ghesquière opère une synthèse entre innovations techniques et héritage de Cristóbal Balenciaga. Le Néoprène, découpé et assemblé par ultrasons, produit un effet thermoformé. Ce procédé, inédit chez Balenciaga, est ici rehaussé d'impression laser. Le motif floral polychrome, création de la maison textile Clerici Tessuto, réinterprète un imprimé de la collection printemps-été 1964 dessiné par Sache. Superposition de coloris vifs, décalage des contours et débordements chromatiques créent un effet ombré rappelant les techniques d'impression des années 1960.
A droite Robe du soir Haute couture, printemps-été 1964 en Twill de soie, impression au cadre plat de Cristóbal Balenciaga, Sache (dessin textile),
Échantillons de broderie pour habits de cour de la Maison Planès, vers 1815 en velours de soie façonné, broderie au passé, broderie de chenille, paillettes, lames et filés or et argent, cannetille, cannetille frisée, strass, perles facettées et demi-tubes.
Escarpin, 1967 de Roger Vivier, en tulle de Nylon enduit, applications de broderies de fils et perles formant des fleurs en relief, broderie de fils de rayonne (?) et de boucles de perles de verre demi-tubes à âme colorée et de perles de verre facettées irisées, métal, cuir de chèvre ( 2) pleine fleur.
Sac du soir en forme de fleur, vers 1925 de Jeanne Lanvin, en taffetas de soie, broderie de perles de verre nacrées sphériques, de strass incrustés dans des perles en verre semi-opaques et transparentes maintenues par collage, perles de verre rocaille tubulaires à âme d'argent.


Robe du soir, 1922-1924 en crêpe de viscose, broderie d'application de fils guipés dorés, broderie au crochet de Lunéville de perles de verre, broderie au point lancé de fils de fibres artificielles, ruban de taffetas de soie
Devant de gilet d'homme démonté 1745-1755 en gros de Tours de soie crème, toile de coton, broderies d'applications, lames, lames gaufrées, cannetilles, filés et frisés en argent doré, broderies au carton pour les reliefs de la broderie.
Depuis le Moyen âge, la broderie métallique est une technique luxueuse réservée aux vêtements de cour, habits liturgiques et pièces d'apparat. Elle emploie lames, cannetille, filés, frisés.., d'argent, d'argent doré ou beaucoup plus tard de simili or. Créant des effets de lumière saisissants, elle orne gilets, habits et accessoires, symbolisant prestige et richesse. Dans les costumes de cour en France, le rôle de la broderie est essentiel. Son importance, sa richesse et son éclat révelent l'importance de son détenteur.
Habit de grand maréchal du palais du comte Bertrand Grand Marshal of the Palace, vers 1813-1815, en Velours de soie, broderie au passé de filés argentés, cannetilles (lames et trait métallique) et paillettes métalliques, doublure en satin de soie.
Dès 1804, Napoléon impose le retour de l'étiquette. Les charges officielles exigent des uniformes civils réglementés. Le choix du velours de soie et des broderies argent de cet habit répond à un objectif d'ordre économique, celui de relancer les industries du luxe mises à mal par la Révolution. Des maisons spécialisées proposent alors des techniques de broderie rappelant celles de l'Ancien Régime, mais avec des méthodes plus rapides, comme le point de chaînette. Ici, l'effet fastueux est assuré par l'emploi de filés métalliques, cannetilles (lames enroulées) et paillettes travaillés en épaisseur:
Pochette 1705-1715 en gros de Tours en soie, broderie métallique de paillettes et de cannetille lisse et Manchon, vers 1750 en satin de soie, broderie de cannetille, applications de lamelles de carton gainées de filés d'argent, dentelle au fil d'argent, doublure en taffetas de soie.
Robe de mariée, vers 1895 de Michel F. en cannelé de soie, broderie de soutaches de soie, taffetas de soie, ruban chaîne soie et trame coton, fanons de baleine, métal, tulle de coton, toile de laine, toile de coton.
Mouchoir, vers 1860 en mousseline de coton, broderie au plumetis, au point de nœud et à jours. Derrière, Corsage et jupe de mariée 1942 en piqué de coton, broderie anglaise mécanique, dentelle de coton de Heim Jeunes Filles.
En 1936, Jacques Heim crée la ligne "Heim Jeunes Filles", alternative abordable à ses créations haute couture, utilisant notamment la broderie anglaise pour créer des effets de transparence et de légèreté. Cette technique de broderie blanche, associant plumetis et motifs floraux ajourés, se développe au XVIII° siècle en Alsace et en Suisse. Mécanisée au XIX° siècle, elle se diffuse massivement outre-Manche et dans tout l'Empire britannique. Ce succès commercial en Angleterre lui vaut son nom actuel, occultant ses origines suisses et alsaciennes.
Les fleurs artificielles sont fabriquée à la main avec du tissu, du papier ou même des plumes. Pour créer les pétales, l'artisan qui est un fleuriste de mode ou parurier floral, découpe d'abord du tissu. Ensuite :
- il colore les pétales ainsi obtenus,
- il les met en forme grâce à des outils et à une source de chaleur,
- il les assemble autour d'une tige en métal recouverte de tissu, de papier ou de caoutchouc.
Il peut aussi ajouter des détails, comme des feuilles en textile ou des pistils artificiels et le résultat est souvent très réaliste.
Robe du soir vers 1925 en crêpe de soie, broderie au crochet de Lunéville au point de chaînette de perles soufflées, demi-tubes et paillettes en gélatine.
Les années 1920 connaissent une vie nocturne intense. On s'exerce au shimmy, au fox-trot, au black-bottom et au charleston. La robe à danser, où dominent le rose, le vert, l'or et l'argent, étincelle de broderies. Panneaux flottants, godets, quilles, volants, franges de perles accompagnent le mouvement. De luxuriants motifs floraux magnifient ce modèle. Des fleurs stylisées se déploient en broderies de perles et paillettes, sur lesquelles peuvent se refléter les lumières artificielles des dancings.
Tailleur du soir, haute couture, automne-hiver 1961-1962 de Gabrielle Chanel, en velours coupé en cellophane, satin de soie, fleur artificielle en toile de coton apprêtée, toile de coton enduite, fil de laiton et papier, doublure en satin de soie
Dès les années 1920, Gabrielle Chanel utilise les compositions florales dans ses créations, ornant encolures et bas de jupes de guirlandes de fleurs découpées dans des tissus imprimés. Dans les années 1930, elle garnit ses robes du soir de bouquets printaniers - pois de senteur, anémones, roses - réalisés par les maisons Noémie Fromentin puis Lemarié. Si Chanel use d'un répertoire floral varié, le camélia blanc, apparu dès 1935, s'impose après 1954. Fleur immaculée, le camélia placé sur le revers de ce tailleur rappelle les emprunts aux codes de l'élégance masculine. Il est, depuis, devenu l'emblème de cette maison.
Tandis que les chapeliers réalisent en série des chapeaux pour les hommes, les modistes conçoivent des pièces uniques pour femmes. Jusqu'aux années 1960, sortir de chez soi "en cheveux", non chapeautée, est inconcevable. Le chapeau est alors un objet de bienséance mais aussi et surtout un objet de mode. L'importance de cet accessoire explique le nombre conséquent de modistes à Paris, à la fin du XIX° siècle et au début du XX° siècle. Elles peuvent exercer seule en appartement ou à la tête d'un atelier réunissant formières, apprêteuses, garnisseuses... Ces dernières apportent la touche finale, usant de rubans, perles, dentelles, plumes ou encore fleurs artificielles qui connaissent un grand succès à la fin du XIX° siècle.
Photo de droite : Paire d'escarpins, 1954 de Christian Dior, Roger Vivier (Bottier), en tulle de fibres synthétiques, broderie de perles de verre. strass et boutons de fleur d'oranger en cire, ruban de fibres synthétiques, fil de laiton, satin de soie, cuir pleine fleur (chèvre?) finition pigmentée.
Au fond à gauche ensemble veste, corset et pantalon, prêt-à-porter, printemps-été 2006 de Balenciaga par Nicolas Ghesquière, en organza brodé et effilé, pékin de soie, tulle de soie, incrustations et entre-deux de dentelle mécanique, volants de dentelle mécanique, broderie au plumetis, boutons en plastique
Au fond à droite, robe de nuit et déshabillé, 1980, de Neyret en jersey de soie, dentelle de Calais mécanique en polyamide
Contrairement aux dentelles traditionnelles fabriquées à la main, la dentelle de Calais est produite mécaniquement depuis le XIX° siècle, sur des métiers importés d'Angleterre. Sa spécificité réside dans l'utilisation, à partir des années 1830, du procédé Jacquard, permettant d'exécuter tous les éléments simultanément, comme à la main. Cette technique imite parfaitement les dentelles aux fuseaux -comme Chantilly ou Valenciennes- en soie, coton ou matières synthétiques. Aujourd'hui encore, Calais reste synonyme de qualité d'exécution et d'élégance, exportant sa production dans le monde entier.
Au premier plan une robe d'été ayant probablement appartenu à la princesse Mathilde, 1870-1872 en linon de coton, broderie blanche à jour au fil de coton, entre-deux de dentelle du Puy dite "Cluny" aux fuseaux en lin, toile de coton, franges en fil de coton, fond de reconstitution
Cette robe aux tons clairs présente un volume ample dans le dos afin de recouvrir la tournure qui succède à la vogue des crinolines à la fin du Second Empire. Probablement portée par la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III, elle présente un décor floral brodé et disposé en guirlandes verticales, alternées d'entre-deux en dentelle de Cluny. Cette variété de dentelle du Puy est fameuse pour ses dessins géométriques, exécutés le plus souvent aux fuseaux. La dentelle en lin écru et les broderies de coton blanc confèrent à l'ensemble l'aspect léger et champêtre qui sied à toute robe d'été.
Robe d'après-midi 1912 de la Maison Peillet (Quimper) en satin de soie, tulle de soie, dentelle de Quimper (type guipure) en coton, passementerie en coton, velours de soie.
Cette robe a été portée par Marie-Louise Vétillard peut-être à l'occasion d'une soirée de fiançailles. Le fond mauve et la ceinture noire pourraient indiquer qu'il s'agit d'une tenue de demi-deuil. La silhouette droite et fuselée, à la taille haute, est typique du début des années 1910, marqué par un retour au Premier Empire. L'emploi de la guipure - dentelle sans fond, épaisse et ajourée - connaît par ailleurs, vers 1908-1910, un vif succès. La qualité des motifs floraux, agrémentés d'applications de passementerie, apporte ici une touche de raffinement.
Robe et manteau du soir haute couture, printemps-été 1966 en broderie mécanique de coton type "dentelle de Saint-Gall" taffetas de soie sauvage, tulle de coton, taffetas de polyamide. Elle est de Nina Ricci par Gérard Pipart Christian Fischbacher (textile) Andree Brossin de Méré (broderie, attribuée à).
Simplicité de coupe et richesse textile définissent le style Nina Ricci à la fin des années 1960, et caractérisent cette robe. Celle-ci présente une dentelle complexe dite "de Saint-Gall", réalisée sur un métier à broder selon une technique mécanique développée au XIX° siècle, en Suisse. Malgré son appellation, il s'agit d'une broderie dont les grands motifs floraux ajourés et en relief lui donnent l'aspect d'une dentelle. Dans les années 1960, cette technique adopte motifs stylisés et couleurs acidulées.
Au premier pan un Béguin d'enfant, vers 1920 en dentelle aux fuseaux en fil de coton, toile de coton, broderie de fils de coton, ruban en satin de soie, bouton-pression en métal; doublure en taffetas de soie
Les robes de Paul Poiret racontées par Paul Iribe, planche 10, 1908, estampe en couleurs sur papier chagriné
Cinq ans après la création de sa maison de couture, Paul Poiret est séduit par le talent novateur de Paul Iribe. Il lui commande la réalisation d'un luxueux recueil de dix planches colorées au pochoir, destiné aux clientes de la haute couture. Cet album ancre radicalement l'image de la maison dans la modernité, en rompant avec les poncifs alors établis. Cette dernière planche de l'album, la numéro 10, met particulièrement l'accent sur la rose, rare note colorée de l'image, qui orne le décolleté du modèle. Utilisée par Iribe depuis 1907, elle prend alors le nom de "rose Poiret" et viendra bientôt orner la griffe du couturier.
La dentelle est un tissu léger et très fin fabriqué avec des fils. Ces fils sont croisés et créent un réseau ajouré, comme une toile. En entrecroisant les fils, la dentellière peut réaliser des motifs : des fleurs, des feuilles ou encore des personnages. La dentelle peut être réalisée à la main avec une aiguille ou des fuseaux.
Le fuseau, que l’on suggère au visiteur de manipuler ici, est un petit outil en bois sur lequel on enroule les fils pour les croiser et ainsi créer la dentelle. C'est un exercice très minutieux qui nécessite beaucoup de temps et de précision dans le geste.
Foulard en Twill de soie roulotté main à la française, impression au cadre plat 3 couleurs illusion dentelle de Chantilly de Marcel Rochas, vers 1950.
Dans le monde de la mode il existe beaucoup de spécialités différentes. Ces spécialités sont réunies en ateliers où chacun a un rôle précis. Ces ateliers de broderie, de fleurs artificielles ou de dentelle peuvent tous participer à la création des modèles d'une maison de couture.
Pour créer cette robe jaune différents ateliers ont réalisé :
- les fleurs artificielles en tissu et en papier, fabriquées à la main, pour décorer le col,
- la dentelle, avec des fils fins, qu'on voit en jaune,
- la broderie, qui ajoute des motifs sur le tissu, comme le tigre.
Le 19M est un lieu de création, de valorisation et de transmission des Métiers d'art de la mode et de la décoration. Créé en 2021 à l'initiative de Chanel, et implanté entre Paris et Aubervilliers, il regroupe les ateliers de 12 Maisons spécialisées : Atelier Montex, Desrues, ERES, Goossens, Maison Michel, Massaro, Lemarié, Lesage, Lesage Intérieurs, Atelier Lognon, Paloma, Studio MTX. Brodeurs, plumassiers, bottiers, modistes, plisseurs... Une communauté unique de 700 artisans et experts, ainsi qu'une école de broderie et une galerie ouverte au public - a Galerie du 19M- qui porte les valeurs de l'artisanat d'art et met à l'honneur les scènes créatives émergentes. Conçu par Rudy Ricciotti, le bâtiment de 25000 mètres carrés offre à ses résidents les meilleures conditions de création, d'innovation et de transmission et favorise une synergie inédite entre les savoir-faire.
Voici, à droite, au premier plan la robe en question, de la Collection "Croisière" 2016 de Gucci par Alessandro Michele, en dentelle mécanique de coton, applications de broderie au passé, au point de tige, au point de chaînette et au point de nœud avec fils de Lurex et fils de coton sur taffetas de soie, applications de broderie de strass, perles de verre et demi-tubes, applications de patchs au crochet en fil de coton, volant de dentelle mécanique à filés de Lurex et coton, gros-grain, fleurs en pongé de soie, papier et métal.
Derrière, à gauche, c'est une robe du soir Martène Automne-hiver 1972-1973 de Lorris Azzaro en mousseline de rayonne (acétate de cellulose), applications de broderies de paillettes fantaisie en matières plastiques métal.
Créateur emblématique des années 1970, Loris Azzaro se distingue par ses créations fluides et résolument sensuelles, reflet de la libération des mœurs qui caractérise cette décennie. Grand admirateur de Mme Grès, il en restitue la portée séductrice par des découpes, révélant le dos ou les flancs, et par des jeux de transparence. Ici, la fine mousseline dévoile audacieusement le buste. La broderie de fleurs de plastique noir couvre la jupe et remonte, de manière opportune, parsomer la poitrine. Symbole de son époque, ce modèle maintes fois photographié sera décliné pour, notamment, habiller Jane Birkin dans une version argentée.
Lucie Khahoutian, Vues des ateliers de la maison Lesage, au 19M, 2023, Retirages photographiques
Artiste visuelle, née en Arménie en 1990, Lucie Khahoutian développe une pratique hybride mêlant collage, photographie et installation. Ses compositions poétiques et politiques, entrecroisant références culturelles et symboliques, lui ont valu de nombreux prix internationaux (Emerging Talents, Spotlight Award, Krakow PhotoMonth, Fotografia Europea). Lauréate, en 2020, de la dotation le 19M de la Photographie des Métiers d'art, elle répond alors à une commande de la maison Lesage, pour laquelle elle compose une série photographique. En documentant l'école, ses artisans, ses ateliers et lieux de stockage, elle valorise le patrimoine vivant de cette maison.
Ensemble corsage, jupe, ceinture et écharpe ayant appartenu à la duchesse de Windsor, haute couture, printemps-été 1969 d’Yves Saint Laurent, Andrée Brossin de Méré (dessin textile et patchwork) Bucol (textile) Marcel Guillemin (textile), organza de soie imprimé au cadre plat plat 7 couleurs dont un coup de fond, patchwork de faille de soie et de taffetas lamé Lurex imprimés au cadre plat, ruban de satin, mousseline de soie.Cet ensemble s'inscrit dans l'esprit flower power de la fin des années 1960. Il illustre surtout la collaboration étroite entre fabricants de tissu et dessinateurs textiles. Le taffetas du corsage est l'œuvre de la maison Bucol, alors que la faille de la jupe a été réalisée par Marcel Guillemin, fournisseur spécialisé dans les tissus en soie. Ces textiles sont aussi le support créatif d'Andrée Brossin de Méré qui dessine, pour ce modèle, des imprimés presque psychédéliques. Les grands motifs floraux stylisés répondent aux petits patchworks de semis de fleurs, dans une symphonie de couleurs qui séduit alors l'exubérante duchesse de Windsor.
Robe du soir, haute couture, printemps-été 1968 en sergé de soie crêpé imprimé au cadre 4 couleurs, crêpe de soie, métal de Cristóbal Balenciaga Alexandre Sache (dessin textile).Le créateur textile Alexandre Sache suit, dans les années 1920, des études de chimie puis de dessin. Au cours de la décennie suivante, il se fait connaître comme créateur d'imprimés textiles en utilisant des techniques de sérigraphie. Il fournit alors des maisons comme Worth ou Jean Patou, avant de rencontrer Cristóbal Balenciaga, avec lequel il engage une longue collaboration. Pour ce fourreau, Sache imagine un motif de roses surdimensionnées, peut-être inspiré des fleurs de son jardin de la vallée de Chevreuse, dans lequel il puise son répertoire floral.
La suite du parcours se focalise sur les métiers :
Formée à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, Aurélia Leblanc est une créatrice textile spécialisée dans le tissage mais aussi dans l'impression, la sérigraphie et la broderie. La maitrise de ces différentes techniques la conduit à l'élaboration de tissus d'exception, ainsi que d'impressions et de motifs exclusifs pour la haute couture, la décoration et l'art.
Lauréate du Grand prix de la création de la Ville de Paris en 2017, elle reçoit le prix Liliane-Bettencourt pour L'Intelligence de la Main en 2023. À cette occasion, elle est récompensée, avec la designer Lucile Viaud, pour l'œuvre Pêche cristalline mêlant, de manière innovante, le lin et le fil de verre. Les Talents du luxe et de la création lui décernent le prix de l'invention en 2025.
Considérant la pratique artisanale comme un terrain d'invention privilégie, Aurelia Leblanc crée des matieres nouvelles et éthiques intégrant des éléments végétaux. Tout en s'assurant de leur traçabilité, elle travaille des fibres issues du lin, du chanvre, de l'aloe vera, du bananier ou du bambou, dans une approche technique et écologique, élevant le tissage au rang de savoir-faire vertueux.
Panneau Songes 050, 2025, Herbier de fleurs naturelles stabilisées, tissage double chaîne lin et fils de métal argenté d’Aurélia Leblanc.
Fondée en 2014 par Julien Vermeulen, Maison Vermeulen incarne une vision réinventée de la plumasserie. Formé au lycée Octave-Feuillet, à Paris, dernier établissement français enseignant cette technique, Julien Vermeulen transforme la plume d'ornement en véritable matière artistique.
Son expérience chez Jean Paul Gaultier détermine son approche expérimentale. Explorant volumes et textures, ses propositions audacieuses lui valent rapidement de collaborer avec des maisons prestigieuses telles que Dior, Louis Vuitton, Givenchy, Lanvin ou encore Schiaparelli.
Depuis, Maison Vermeulen transcende la mode pour devenir un laboratoire d'innovation, où savoir-faire traditionnel et technologies avancées se rencontrent. Elle réinvente ainsi différents procédés techniques, aux frontières du design et de la scénographie. Brûlées, frisées, colorées, tissées, collées, les plumes de paon, d'autruche, d'oie ou de faisan deviennent tour à tour tableau, panneau mural, élément de décoration, sculpture. Cette dualité entre héritage et modernité forge un langage visuel propre à Maison Vermeulen, renouvelant les codes de l'artisanat d'exception.
Nuanciers de pétales teints, vers 1920 de Légeron
Pétales en tissu teints à la main, encre, papier
Robe et coiffe de mariée, haute couture, printemps-été 1988 de Hubert de Givenchy Lemarié (broderie), en organdi de soie brodé de fleurs et feuilles en toile de coton enduite, fils de laiton, baleines mécaniques. Coiffe: fleurs et feuilles en toile de coton enduite, fils de laiton.
Lemarié réalise pétales et feuilles en toile de coton enduite, découpés, teintés, modelés et assemblés à la main. Depuis le XIX° siècle, les tenues nuptiales se parent de fleurs artificielles tel le muguet, symbole de pureté et de renouveau. Au XX° siècle, les maisons de couture, à l'image de Givenchy, perpétuent cette tradition tout en la renouvelant. Ici, la fleur ne garnit plus ponctuellement, mais structure et recouvre de façon à ce que la robe et la coiffe s'unissent pour devenir bouquet.
Au centre, robe haute couture, automne-hiver 2014-2015 de Chanel par Karl Lagerfeld, Lemarié (broderie), en néoprène, applications de broderie de fleurs en crêpe de soie, lainage, dentelle, plastique et mousseline, rehauts de dorure peints à la main.
D'abord spécialisé dans le travail de la plume, Lemarié enrichit, à partir des années 1950, son répertoire de savoir-faire par l'acquisition des fonds des maisons Judith Barbier et Noémie Fromentin, spécialisées dans la parure florale. Cet héritage pluriel influence aujourd’huii les créations de la maison, qui réinvente cet artisanat parisien en introduisant matériaux, traitements et coloris inédits.
A droite, Ensemble de tailleur veste, jupe et ceinture, haute couture, printemps-été 1988, de Chanel par Karl Lagerfeld, Desrues (boutons et boucle), en cannelé de scie moiré, chaine soie ou fibres artificielles. trame coton, dentelle mécanique de coton, taffetas de boutons et boucle en métal dore et strass
Ensemble de 14 boutons, entre 1980 et 2000 de Desrues en matériaux divers : métal, cuir, résine, nacre, plastique, émail, cristal. On devine lesquels étaient destinés à Chanel par la présence du double C ou l’évocation d’un trèfle. J’avais déjà photo les boutons de François Hugo pour l'exposition intitulée La mode en mouvement.
François Hugo (1899-1981), arrière-petit-fils de Victor Hugo, est avant tout connu comme l'orfèvre des plus grands artistes, Jean Cocteau, Max Ernst, Pablo Picasso, Jean Arp ou encore André Derain, pour lesquels il réalisa bijoux, sculptures, plats.
Cependant, sa carrière est également étroitement liée à l'univers du bijou fantaisie et du bouton couture. S'il crée les premiers bijoux dès la fin des années 1920, notamment pour Gabrielle Chanel, son histoire avec le bouton débute en 1940, au moment de sa démobilisation. Il s'installe alors à Cannes, où de nombreuses maisons possèdent une succursale. Dès lors, et jusqu'en 1954, il propose aux plus grands noms de la haute couture ses créations, en particulier à Christian Dior et surtout Elsa Schiaparelli, pour laquelle il imagine les boutons les plus audacieux.
Son fils Pierre Hugo a fait, en janvier 2021, une généreuse donation de 925 boutons, datés de 1940 à 1952, dévoilant toute la créativité de son père, la variété des techniques et matériaux employés (céramique, métal, verre, cuir, bois, pierres dures, émail, nacre...).
Robe du soir Fête de nuit, haute couture, printemps-été 1955 de Christian Dior Rébé (broderie)
Satin chaîne de fibres artificielles et trame de soie, broderie au plumetis rehaussée de lames et filets or, broderie de paillettes et de perles de verres dorées et argentées
Robe de style Romance Hiver 1925-1926 des Sœurs Boué, Lesage (broderie) en dentelle de soie type Chantilly, dentelle mécanique de coton, lamé or armure satin et chaîne soie, files métalliques dorés, fleurs en satin et ruban ombré, fond en taffetas gaufré polyamide (moderne).
En 1899 les sœurs Boué fondent la maison éponyme au 9, rue de la Paix. Leur notoriété repose sur un usage immodéré de la dentelle, associée aux garnitures florales. Boué Sœurs propose nombre de robes dites "de style", aux jupes évasées et corsages ajustés, évoquant les robes a panier du XVIII° siècle et les crinolines du Second Empire.
Les bouquets brodés s'inscrivent également dans cette tradition. Les rubans ombrés, utilisés pour former les fleurs, constituent une spécialité de la maison de broderie Lesage.
Ensemble d'outils de broderie, Kit d'aiguilles, bobines, crochet de Lunéville, tirette, paire de ciseaux, dévidoire, poncette, poids.
Pâté contenant les fournitures nécessaires à la broderie de la cape Yves Saint Laurent: chenille de soie violette, bobine de lame doré, bobine de fil de soie mauve, bijoux colorés, paillettes, perles
Au-dessus, échantillon de broderie Lesage pour la cape de l'ensemble du soir robe et cape, printemps-été 1989 haute couture d’Yves Saint Laurent, Abraham & co (textile) en gazar et crêpe de soie, applications de rubans et de motifs découpés en satin et taffetas, broderie au passé, broderie de perles, paillettes, strass montés à griffes, doublure en cannelé de soie, que l’on devine sur la partie droite de la photo.
En 1966, Yves Saint Laurent découvre le jardin Majorelle lors de son premier séjour à Marrakech. Séduit par l'environnement enchanteur du lieu, il le rachète en 1980, ainsi que la villa attenante. Il n'aura de cesse, dès lors, d'y faire des séjours réguliers. La collection printemps-été 1989 est une ode aux couleurs vives de cette nature luxuriante dont cette cape, brodée par la maison Lesage, se fait l'écho. Perles, strass et paillettes faconnent une cascade de bougainvilliers aux couleurs saturées et aux reflets scintillants, expression de la vision rêvée de ce jardin tant aimé du couturier.
Ensemble corsage, jupe, ceintures, pochette et escarpins, haute couture, printemps-été 2026 de Chanel par Karl Lagerfeld, Hurel (broderie), Atelier Lognon (plissage), en mousseline de soie plissée, broderie de perles nacrées et raphia sur fond de réseau de perles miroir et de paillettes translucides, broderie de perles de bois et de toupies de cristal, poils de mousseline effilée.Les applications de roses et de rubans en soie forment des motifs de nœuds, le tissage de cordonnet métallique crée des corbeilles tandis que la broderie au point lancé dessine un feuillage.
Ensemble robe, ceinture, coiffe et paire de bottines, haute couture, printemps-été 2015 de Chanel par Karl Lagerfeld Atelier Montex (broderie) Maison Massaro (bottier) en tulle de soie, applications de bandes de maille en soie, applications de mousseline de soie, fleurs en crêpe de soie, broderie de perles facettées, demí-tubes, tubes et paillettes en matière plastique, coiffe en tulle de soie Lurex et laine, brodée de plumes d'autruche. La poche de la robe, réalisée par l’atelier Montex, est en broderie à l'aiguille de fleurs en organza et mousseline, broderie au crochet de Lunéville de paillettes, cuvettes, tubes et perles.
Ci contre la composition Cycle faite en 2024 par Baqué Molinié, en collaboration avec la manufacture Pinton, en broderie de perles en verre, sequins en PVC, cuir moulé, tufting de soie.Cette œuvre textile, qui clôture l'exposition alors que cette maison l'avait ouverte sur un bouquet, célèbre les arts décoratifs naturalistes et interroge notre rapport à la nature comme source d'inspiration. La composition s'organise autour de bordures végétales, d'arabesques de feuilles et d'entrelacs de tiges. Un chemin de points de velours, en dégradé de verts, forme un flux continu, symbole du cycle naturel et infini. Aux angles, des architectures végétales évoquent les structures du vivant à différentes échelles. La manufacture Pinton, installée près d'Aubusson, centre de production historique des fameuses tapisseries du même nom, a collaboré à cette réalisation.
J'espère que cet article qui, j'en conviens, mériterait d'être synthétisé, sera un utile guide visite de l'exposition car il est important d'aller voir ces modèles de près. Il fera aussi par la suite office de mémoire.
Tisser, broder, sublimer. Les savoir-faire de la mode
Palais Galliera, musée de la Mode de Paris
10, Avenue Pierre Ier de Serbie - 75116 Paris
Du Mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermé les lundis
Nocturnes les vendredis jusqu’à 21h
Gratuit pour les moins de 18 ans
Réservation recommandée
www.billetterie-parismusees.paris.fr






















































































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