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vendredi 5 décembre 2025

Mademoiselle Spencer de Christine Orban

Avoir été si proche de Diana, le jour de son entrée au musée Grévin m’a donné envie de mieux comprendre cette femme dont le destin me trouble depuis sa mort tragique. Je me souviens de l’annonce de son accident, du fol espoir que les équipes de la Salpétrière réussissent à la sauver et puis de la manière dont le deuil a secoué le monde entier, allant jusqu’à modifier le comportement de la reine mère.

Je n’ignorais évidemment rien de la fameuse interview du 20 novembre 1995 à la BBC et le film éponyme d’Oliver Hirschbiegel levait quelques pans d’ombre, notamment sur la relation qu’elle a entretenue avec le chirurgien cardiaque Hasnat Khan, bien après sa séparation avec son royal époux.

Il me manquait la clé pour comprendre comment elle avait pu basculer. Christine Orban était présente au musée Grévin où elle avait lu un extrait de son ouvrage, Mademoiselle Spencer, qu’on pourrait croire "écrit de l’intérieur".

Elle avait souligné en préambule de son intervention que Diana s’était souvent servi du vêtement pour dire par exemple sa souffrance, ou faire un clin d’oeil à la royauté.
La couverture ne nous montre pas la femme fatale qui a fait son entrée à Grévin. Christine Orban y raconte d’abord la chasse à la perle rare dont les divorcées et les roturiers étaient hors course.

Après avoir pressenti sa soeur Sarah, qui fit tout pour être repoussée, la famille royale porte son choix sur la plus jeune, Diana, qui, étant spontanément tombée amoureuse de Charles le jour de ses 8 ans, se laissa convaincre.

L’histoire est connue. Christine Orban la rend plus passionnante en prenant pour fil rouge une autre destinée tragique, celle d’une héroïne de théâtre, Mademoiselle Else, qui jusqu'au bout apparaîtra en contrepoint.

Bien sûr une autre femme revient régulièrement sur le théâtre des opérations, Camilia Parker-Bowles qui est d’abord un modèle (p. 38) pour sa façon de fumer, et de s'adresser à Charles. Et à laquelle elle voudrait ressembler.

On a du mal, après avoir vu en Diana une des plus belles femmes du monde à admettre qu’initialement elle était timide et bon genre voire même moche et butée à 14 ans (p. 19) et qu’alors elle aurait rêvée d’être délurée et glamour comme Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany's, ce qui s’approche davantage de l’image que nous en avons aujourd’hui.

Par contre on comprend l’enfer qu’elle a subi en découvrant combien Charles restait attaché à son amour de jeunesse. Madame C est partout. La presse fait des gorges chaudes d’une femme blonde qui rejoint son amant dans le « royal love train » (p. 56) qui bien entendu n’est pas Diana. Le mariage ne la freine pas. Madame C -ainsi qu’on la désigne dans le roman- s'infiltre partout. Si Diana n'avait pas été si amoureuse elle n'aurait peut-être pas souffert autant de la jalousie, ne serait pas devenue boulimique.

Chacun des mots que Camilia lui adresse est une flèche mais on ne peut pas dire que le comportement de Charles soit moins odieux. Il lui fait subir une horrible initiation à la chasse (et à la pêche) : Un faisan passe. Charles l'abat en plein vol, une vie s'achève, l'oiseau tombe à mes pieds. Dans un bruit lourd, sourd, une masse ensanglantée s'écrase sur la terre humide, mais je ne crie pas (p. 43).

Quant à l’examen gynécologique exigé par la reine-mère, justifié par le fait qu’elle n’a fomenté ce mariage que pour donner des descendants à la Couronne, c’est une abomination … de plus. Christine Orban a raison de le souligner : Je n'étais pas préparée pour cette bataille, que dis-je, cette guerre.

Certes elle fut princesse mais comme elle le dit fort justement : Le luxe ne protège de rien (pas plus que l'argent ne fait le bonheur) p. 123. Au fil des pages l’étau se resserre autour de cette jeune femme qui est prise dans un système terrifiant et le roman devient un véritable livre-confession qui va s’arrêter juste après l’aveu de Charles de son infidélité (p. 216).

Tout l’a conduite à enfiler la robe vengeresse noire dessinée par son amie grecque Christina Stambolian qu'elle portera avec des Louboutin (p. 219) et dans laquelle elle a fait son entrée à Grévin. Y compris le rapport conflictuel qu’elle entretenait avec les paparazzis, dont elle était la cible depuis son adolescence et dont, nous dit Christine Orban (p.43) qu’ils sont les ennemis des Windsor, ils s'en protègent plus que de la pluie et des pattes de chien crottées.

Elle a utilisé la presse pour mener ses propres combats, comme de son vestiaire, pour revendiquer haut et fort ce que son titre lui interdisait : elle ne portait jamais de gants (contrairement à ce qu’imposait le protocole) et osait le noir en dehors des enterrements.

En refermant le livre de Christine Orban (qui ne raconte pas tout de la vie de la princesse puisqu’il s’arrête 29 juin 1994) on en sait suffisamment pour mieux comprendre la métamorphose de l’enfant timide, née d'un père violent et d'une mère dérangée (et volage) p. 21, choquée par le départ de sa mère, en femme rebelle et libre au terme d’un parcours où le vérité a apporté une forme de rédemption.

Il n’en reste pas moins vrai qu’elle n’aura pas réussi à s’affranchir d’un destin tragique qui, encore aujourd’hui, demeure un souvenir bouleversant. C’est sans doute ce qui explique que la Flamme de la Liberté située à quelques pas du tunnel de l'Alma où eut lieu le fatal accident de voiture, soit devenue un lieu de recueillement.
Ce monument en cuivre est une réplique grandeur nature de la flamme portée par la statue de la Liberté à New York. Il s'agit d'un cadeau offert par le quotidien International Herald Tribune, pour symboliser l'amitié entre les peuples français et américains à l'occasion du bicentenaire des Etats-Unis. Il a été installé près du Pont de l'Alma en1987et n’a donc rien à voir avec la mort de la princesse. Pourtant son emplacement, sa forme et son nom en ont fait un mémorial, toujours garni de fleurs et de photos.

Christine Orban a publié une vingtaine de romans, récits et recueils qui ont connu un vif succès, parmi lesquels L’Attente, Le Silence des hommes, La Mélancolie du dimanche, N’oublie pas d’être heureuse, Virginia et Vita, Charmer, s’égarer et mourir

Mademoiselle Spencer de Christine Orban, chez Albin Michel, en librairie depuis le 26 mars 2025

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