J’ai été invitée avec un groupe de journalistes à découvrir la Vinosphère, une nouvelle cave à vin et à manger, située à Versailles, et dirigée par un œnologue compétent et sympathique.J’ai ai vécu un moment fort agréable en compagnie du fondateur qui a une culture du vin très large et qui manifestement connait parfaitement sa spécialité, à savoir les vins naturels.
Je vous livrerai plus loin mes impressions sur la dégustation tout en vous prévenant que vous ne vivrez probablement pas la même chose puisque l’établissement fonctionne selon des formules planche/vin au verre ou sandwichs maison que nous n’avons pas goûtés telles qu'elles figurent au menu.
Les Versaillais ont bien de la chance … et les touristes aussi parce que l'établissement se situe dans le quartier Clemenceau-Montbauron, à une centaine de mètres du château royal.
Alain Duvocelle a voulu un espace chaleureux et convivial, où ses convives pourraient découvrir, partager et savourer le vin autrement, parce qu'il a tenu à y présenter les vins naturels pour lesquels il se passionne après avoir travaillé comme oenologue dans de belles maisons.
L'endroit est fidèle à sa philosophie du plaisir et du lien humain. La clientèle qui sans doute ne connait pas encore, ou très insuffisamment cette catégorie de vins, devrait se sentir à l'aise pour les approcher. Et comme ils composent tout un univers, le choix du terme Vinosphère s'imposait pour l'établissement. L’architecte qui l’a aidé à formaliser son projet est une personne talentueuse, prometteuse.
Joanna Pera a suivi un enseignement en architecture d’intérieur à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie en 2011, dont elle est originaire. Puis elle a approfondi ses connaissances en design de la mode au Bauhaus, début 2015.
Au cours de plusieurs années d’activité elle a créé des projets pour des clients particuliers en France et à l’étranger tout en travaillant en parallèle en collaboration avec des agences parisiennes telles que Chzon dirigée par Dorothée Meilichzon et Notoire dirigée par Jordane Arrivetz.
Elle ouvre en 2022 son cabinet d’architecture d’intérieur, le studio Joanna Pera, et propose un accompagnement dans les projets de résidences privées, complexes hôteliers et restaurants.
Au cours de plusieurs années d’activité elle a créé des projets pour des clients particuliers en France et à l’étranger tout en travaillant en parallèle en collaboration avec des agences parisiennes telles que Chzon dirigée par Dorothée Meilichzon et Notoire dirigée par Jordane Arrivetz.
Elle ouvre en 2022 son cabinet d’architecture d’intérieur, le studio Joanna Pera, et propose un accompagnement dans les projets de résidences privées, complexes hôteliers et restaurants.
Elle était la bonne personne pour créer un univers qui ressemble à ce sommelier caviste passionné par le vin naturel, en portant une grande attention aux détails, et qui soit cohérent avec le projet tant pour le mobilier que pour le logo.Elle a suivi deux lignes directrices, l’esprit versaillais qui se manifeste par exemple dans les miroirs ou les lustres qui pendent au-dessus du comptoir et les codes bistrot traditionnels : comptoir en bois, carrelage Bordeaux et crème, marbre … en provenance des mythiques carrières de Carrare (que l'on a pu voir dans le film L'inconnu de la Grande Arche) qui se distingue par une dominante blanche subtilement nuancée de gris, parfois ponctuée de légères touches d'ocre.
Elle est parvenue, dans un espace relativement réduit, à installer deux banquettes, dont une sur l'arrière où l'on pourra prendre le temps d'une dégustation en compagnie d'Amin Maalouf, de Boris Vian, de Salinger, de Camus … et relire aussi bien Les raisins de la colère de Steinbeck que les Paroles de Jacques Prévert, ou La condition humaine de Malraux qui pour le moment calent le Petit livre du Sommelier.
Les tableaux accrochés aux murs sont d'inspiration champêtre ou représentent en toute logique des cartes de terroirs.
A la Vinosphère, on peut tout autant consommer sur place, avec modération comme il se doit, qu'acheter à emporter. Voilà pourquoi les bouteilles sont exposées dans des casiers conçus sur mesure pour mettre en valeur chaque référence. Et Alain ne demande qu'à dispenser des conseils. Parce que faire le choix d'un vin naturel est d'abord suivre une philosophie particulière et accepter quelques contraintes, comme celle d'ouvrir la bouteille au moins une demi journée pour certaines cuvées et souvent de le carafer.
On y trouve les plus grands domaines Saint Emilion mais aussi des vins du Lubéron où on traite les vignes avec des "tisanes", en biodynamie avec une certification AB. Alain Duvocelle référence aussi des vins qui ont été stabilisés avec des sulfites (car c'est souvent nécessaire) mais en général en quantités plus faibles que ce que l'on trouve habituellement.
Ce sommelier caviste passionné par le vin naturel n'exprime pas de préférence. Pourtant il reconnait une inclinaison vers le Beaujolais et le Bordeaux alors que la Bourgogne n’est pas dans ses favoris. Il aime l’Alsace et le Jura peut-être en raison de leur complexité.
Quoiqu'il en soit, il apprécie les vins "bien faits qui font ressentir les vibrations du viticulteur" et a la volonté de travailler sur toutes les régions. Et surtout d'amener sa clientèle à se reconnecter à la nature et au vrai.
Il ne propose actuellement que des vins français et compte entre 250 et 300 références, de vignerons qu'il connait pour largement plus de la moitié d'entre eux. La gamme de prix est très large, allant de 13 euros pour une bouteille de Vin de France provenant du sud ardéchois à 360 euros pour un Grand cru Corton 2019. Il peut aussi bien orienter sur des vieux millésimes de Pomerol que conseiller des vins plus accessibles pour vos fêtes de famille ou retrouvailles entre copains.
Qui dit dégustation dit verre et assiette, ou plutôt ici "planche". Alain les compose avec un assortiment de charcuterie de porc et quelques fromages. Certains jours il peut y avoir de la charcuterie de volaille et /ou de gibier. Quand il pose une coupelle d'olivade sachez que c'est lui qui l'a faite et qu'elle est franchement savoureuse. Pour le pain il se fournit chez la maison Alban Kunz, réputée pour ses pâtisseries délicates et ses pains savoureux, reflétant une expertise de haut niveau.
Le jour de notre venue il avait sorti de la sommelière
- Un premier vin blanc, un Muscadet 2024 Sèvre-et-Maine-sur-lie Clos Moulin Chartrie, assez iodé et ciselé, de belle expression minérale, faisant partie de la gamme des trois parcellaires du domaine. Il est l'expression d'un terroir d'orthogneis peu profond. Le domaine a banni les désherbants et les produits chimiques de synthèse, favorisant toutefois la vie microbienne des sols et la maturité des baies à travers des labours de sol et un palissage sur trois fils. La vinification est traditionnelle et ses températures sont sévèrement contrôlées. Les levures indigènes sont préservées afin de laisser le terroir s'exprimer. Le vin est ensuite élevé sur ses lies pendant 9 mois.
La dégustation nous dévoile un vin à la robe jaune d'or. Le bouquet aromatique est vif, tranchant et minéral, complété de notes d'agrumes. On l'imagine facilement avec des fruits de mer. - Nous sachant "connaisseurs" il avait prévu un vin orange biologique et biodynamique de 2022 mis en bouteille au château par Jean-Yves Milaire, paysan-vigneron à Fronsac (33) et joliment nommée A fleur de peau.Je rappelle qu'un vin "orange" se vinifie comme un vin rouge mais avec des raisins blancs, ici du Fié Gris. les grains macèrent plusieurs semaines dans le jus, et ce sont les tanins contenus dans la peau qui vont donner cette couleur ambrée et cette structure. Ce vin présente de jolis petits amers qui séduiront les amateurs. Il est légèrement épicé pour s'accorder avec la cuisine exotique, des Saint-Jacques au caramel d'orange, et nous l'avons particulièrement aimé avec le comté.
- Nous avons ensuite découvert le Beaujolais rouge Gamayhameha, 100% Gamay 2023 de Célia Rostand et David Large, et le Zombi 2024 de ce même vigneron qui cherche toujours à s’amuser, mais avec sérieux pour rester sur des vins très élégants. Il travaille uniquement avec levures naturelles. David Large est fils, petit-fils, arrière-petit-fils, marche arrière-arrière-petit-petit fils de vigneron. Il faut l'entendre parler de son métier dans une syntaxe qui n'appartient qu'à lui :J’ai ça dans le sang, dès le premier cri, au dernier souffle j’ai ça dans le son.J’ai des diplômes pour vous rassurer.Désapprendre la vie pour être un bon poète disait Houellebecq, alors je désapprends le vin pour être un bon vigneron.Dans le chaos des nouveaux germes, faire du Beauj de nouveau j’aime.Le Zombi fait référence aux films de Roméro dont David est fan. C'est un vin primeur qui, par ses parfums de sous-bois, permet d’accompagner les plats réconfortants d’hiver.
- L'étonnant Bordeaux Oak 2021 du Domaine le Trébuchet produit par Jean-Guillaume de Giacinto allie Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Merlot et Malbec. L'entreprise est en conversion vers l'agriculture biologique. Elle a prohibé la chasse sur son domaine. Plus de chasse sur son domaine. Ne cultive que des raisins rouges et numérote ses bouteilles, dont la production est limitée. Cette cuvée est élevée à 100% en barriques neuves, ce qui explique un nez puissant et expressif. Il est franc et frais avec des notes biscuitées et subtilement vanillées. Le toucher en bouche est fondu sur une trame élancée.
- Enfin le Bordeaux le p'tit rouquin Côte de Bourg 100% Merlot mis en bouteille au Domaine de Fréa par Cyrielle Houillon et Kenny Bentz.
Il faudrait aussi signaler de beaux alcools blancs, comme le Gin "Forestier" de la Distillerie G. Miclo. Elle intègre, en plus des ingrédients utilisés dans la version dite traditionnelle, des baies et plantes, dont certaines récoltées dans les forêts environnantes, telles que l’alisier sauvage, l’églantine, le bourgeon de sapin, la myrtille, … On découvre ainsi un gin intense et complexe avec des notes de zestes d’agrumes, de résine et de sous-bois.
Quant aux rhums, fidèle aux origines martiniquaises de sa maman, il s’oriente essentiellement sur des rhums agricoles.
On peut féliciter Alain pour son engagement, presque militant, sa détermination, sa gentillesse et son sourire qui jamais ne s'éteint malgré l'abondance des questions dont nous l'avons bombardé. Il n'a manifestement pas terminé de faire évoluer son projet puisqu'il réfléchit à une table avec une carte. De quoi donner encore davantage envie de lui être fidèle.


















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