La chanteuse et poétesse franco-libanaise Abyr avait annoncé la sortie de son premier album le 07 novembre 2025, juste avant un concert prévu le 15 novembre 2025 au Pic à Ivry et une tournée.
Avec cet album, la jeune femme habille la chanson française de nuances orientales et nous touche profondément avec ses textes qui évoque l'exil, les douleurs du déracinement, et son espoir d’un monde meilleur. On pourrait dire qu’elle est la version féminine de l’album, lui aussi tout récent, d’Atef.
J'ai apprécié sa voix, le traitement des thèmes qui se fait sans aucune dramatisation excessive en privilégiant plutôt la sensibilité et la poésie à travers des mots bien choisis et des mélodies subtiles.
Après avoir sorti un premier EP La Femme au Bouclier en juin 2022, arrangé par Chadi Chouman, la chanteuse Abyr revient avec un premier album composé par le musicien-guitariste Sebka, qu'elle a rencontré en 2018, quand elle a rejoint les ateliers d’écriture de Claude Lemesle alors qu'elle écrivait depuis longtemps déjà de la poésie, mais pas encore des chansons.
Les arrangements sont d'Antoine Rault (Carmen Maria Vega, Lescop, Forever Pavot, Vox Low). Ils révèlent un univers volontairement épuré, fondé sur la voix, la guitare et la contrebasse (jouée par François Fuchs et Emek Evci). L'esthétique est inspirée par certaines sonorités du Proche-Orient, notamment celles du musicien libanais Marcel Khalifé. Mathilde Vrech joue du violon, alto et fait quelques choeurs sur l’album. C'est cette violoniste qui a présenté Antoine Rault à la chanteuse. François Fuchsia joue de la contrebasse. Nicolas David a assuré le mastering et Dominique Ledudal le mixage.
Abyr est née au Liban d'un père libanais et d'une mère palestinienne au milieu de la guerre civile, que ses parents décident de fuir alors qu'elle n'est qu'un bébé âgé de cinq mois. Sa musique raconte les traumatismes du déracinement, la force de la résilience et le courage des femmes avec autant de poésie que de sensibilité. Chaque texte comporte une part d'autobiographie et raconte une histoire vraie, vécue ou transmise.
Après Je suis ton voisin (piste 1), Abyr questionne son vécu de l'exil. Comment vit-on avec des parents qui ont fui la guerre et combien pèsent les non-dits familiaux ?
Rares sont les chansons dont les personnages sont des personnes âgées. Il y a certes Les Vieux (de Jacques Brel), Si je perds (Zaz) ou plus moderne, Senior (de Catherine Ringer) mais il y a aussi (Al hamdoulillah - piste 2), véritable déclaration d'amour et d'admiration à sa grand-mère, sur une musique arabisante.
Je cherche l'enfance (piste 3) témoigne de ses années d'insouciance perdues, sans doute en raison de l'exil. C'est un texte très intime qui s’adresse à tous les enfants de l’exil. Emilie ma poupée (piste 4) enfonce le clou. Elle traduit combien il est difficile de transmettre à ses propres enfants des objets auxquels on a été fidèles mais qui pour eux ne représentent pas la même valeur.
Solitude chérie (piste 5) est un modèle de résilience et une déclaration d'amour à Paris, avec la révélation de son adresse, 10 boulevard Auguste Blanqui.
La chanteuse ne laisse personne de côté, n'oubliant pas ceux qui ont choisi un autre destin que celui que ses parents ont de suivre. A ceux qui restent (piste 6) est une superbe célébration du courage (qui me fait penser à L'homme qui lisait des livres).
Rêver (piste 7) est certes une utopie mais ça fait du bien d'en formuler. On retrouve le même esprit dans Du bonheur dans un carton (piste 10) en l'inscrivant dans le quotidien.
Si l'on ne prête pas attention aux paroles d'Avancer (piste 8) on croirait entendre une jolie balade alors que les paroles, terribles, racontent le périple si difficile des migrants "sans se retourner" en espérant que leurs enfants vivront mieux qu'eux. Il y apparait comme un battant, et pas uniquement comme une figure tragique. Avec Vol de plaisir (piste 9) répond à Rêver sans aucun tabou.
Vivre mieux que mourir (piste 11) est une charmante mélodie qui invite à danser sur une sorte de charleston un peu plus lent que celui qui était en vogue au début du siècle dernier.
L'album s'achève sur Tu ne me changeras pas (piste 12) qu'on peut interpréter comme un conte ou comme une déclaration de résistance, une de plus, mais formulée en douceur, comme tout ce que fait Abyr.
Elle nous touche par la maturité de ses textes où elle se livre avec une grande honnêteté et une belle poésie. Elle confie en interview avoir pris depuis 2018 le chemin d'écrire ses propres chansons avec l'aide de son compositeur Sebka. Dans ce premier album, elle a décidé de raconter l'histoire des enfants de réfugiés et d'exilés puisque sa vie entière s'est déroulée sous le prisme originel de l'exil.
Elle nous transmet sa vision des migrants, des réfugiés, de ceux qui restent, des exilés, des femmes et de la vie avec son lot de combats et de rêves. C'est courageusement qu'elle a décidé d'auto-produire intégralement cet album.
La collecte et les pré-ventes permettent de financer une partie des frais nécessaires à la finalisation de la production et à la promotion de l'album en lançant une collecte sur Ulule.
Elle tourne depuis 2019 dans toute la France pour présenter son univers accompagnée de Sebka à la guitare et parfois d'Emek Evci à la contrebasse. Ce premier album sera présenté en tournée qui s’étendra jusqu’en mars 2026 en co-plateau avec Sebka à L’Almarita à Carolles (50) le 7 mars, au Point Commun de Tournon-sur-Rhone (07) le 13, à L’Epicentre de Tullins (38) le 21 et à La Caval’Arte de Tain l'Hermitage (26) le 22.
Ce premier album impose Abyr parmi les plus belles découvertes musicales de cette fin d'année. On ne peut que supposer qu'elle va poursuivre, avec sans doute une thématique plus large mais toujours en abordant des aspects qui la touchent.

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