A l’occasion du 15ème Festival du Merveilleux, le Musée des Arts Forains a décidé de mettre les tenues de spectacle à l'honneur. Ce sont des dizaines de costumes de clowns, de cirque, de ballet, d’opéra, de music-hall, de théâtre ou de cinéma, qui vont sortir des réserves où près de 400 sont conservés et investir les salles ainsi que des dessins de costumes de la collection personnelle du fondateur du musée.C'est devenu un rendez-vous rituel, pendant la dizaine de jours que durent les fêtes de fin d'année. Les Pavillons de Bercy, deviennent un lieu de spectacles, invitant les visiteurs à vivre une expérience immersive totale.
En ce sens on peut dire que c'est un Festival des cinq sens, avec les odeurs de vin chaud ou de soupe à l'oignon, de feu de bois (brûlant de l'intérieur), les saveurs des plats proposés par les foodtrucks, la musique, les objets qui attirent l'oeil, sans oublier le toucher puisque ici on a le droit de poser les mains sur la plupart des objets et des manèges (sauf interdiction précisée en cas de grande fragilité), composant un vrai moment tourné vers la féerie, de part et d'autre d'un jardin de blanc vêtu, rendant possible l'objectif de vivre l'instant en laissant de côté le rythme parisien.
Les règles changent pendant cette dizaine de jours. Le musée ne se visite pas avec un guide, comme il est d'usage tout au long de l’année, sur réservation, à partir du site.
Les festivaliers ont un accès illimité à tous les spectacles, une dizaine, qui seront joués chacun quatre fois par jour, dans les cinq espaces du musée - le Musée des Arts Forains, le Théâtre du Merveilleux, les Salons Vénitiens, le Magic Mirror et le Théâtre de Verdure.
Une trentaine d'artistes seront mobilisés pour conduire ces spectacles pour beaucoup participatifs, essentiellement visuels, ne nécessitant pas de traduction, même si une sorte de monsieur Loyal fera patienter le public pendant que la fin de l'installation.
On pourra, entre deux représentations, découvrir et admirer le plus grand ensemble d’objets patrimoniaux du spectacle et de l’art forain du XIX° siècle. Et pour que la journée soit inoubliable 2 tickets attractions sont offerts pour chaque entrée achetée.
Il faudra prévoir au moins 2 heures sur place. Une restauration légère sera disponible en extérieur auprès de plusieurs foodtrucks mais sans places assises.
J’avais découvert les lieux à l'occasion d’un évènement comme cet endroit en est souvent le cadre, mais je n'avais pas eu l'opportunité d'y revenir, en raison de la pandémie et ensuite d'un emploi du temps trop chargé.
La présentation du programme des réjouissances, organisée ce matin pour la presse, m'a permis de visiter l'essentiel du musée avec la meilleure des guides possible, Clémentine Favand, la Directrice Générale qui est aussi la fille du créateur de cet endroit extraordinaire, et avec Béatrice Lassus, Directrice adjointe, chargée des relations extérieures et du marketing.
Cet article risquant d'être très long si je vous raconte tout je me focaliserai aujourd'hui sur le programme du festival et je consacrerai un billet spécifique à la visite. Je ferai aussi probablement le compte-rendu d'une journée passée en immersion en période de festival pour être tout à fait complète.
Nous avons été accueillis dans l'ancienne salle de bal, pourvue d'alcôves pour s'y reposer de l'étourdissement provoqué par les miroirs. Le Magic Mirror est entièrement fabriqué en bois, pour être facilement instalable de ville en ville pour faire danser les gens.C'est dans cette salle que se produiront Philou et Billy, des danseurs de claquettes qui entraineront tout le monde sur la piste pour danser le charleston, la java, ou moins connu, le ska.
Pour l'heure, quelques costumes ont été installés dans la salle pour nous donner un aperçu du parcours enchanteur, plein de couleurs, de paillettes, de plumes et d’extravagance que le public suivra pendant la manifestation dans chacun des cinq espaces que constituent les Pavillons de Bercy.
A côté du clown blanc, au centre, voici le costume d'une choriste du royaume de Siam provenant du spectacle The King and I (Le Roi et Moi) de Richard Rodgers et Oscar Hamerstein, mis en scène par Lee Blakeley au Théâtre du Châtelet en 2014.
Le costume de clown blanc est attribué à François Lesage. Il est en satin de soie, paillettes et sequins. A droite c'est un costume de danseur réalisé dans les ateliers de l'Opéra de Paris en velours peint et strass. Il a été porté par Tomio Mohri dans Le Lac des Cygnes, mis en scène par Patrice Bart, chorégraphie de Vladimir Bourmeister, Opéra Bastille, 1992.
On pourra admirer d'autres pièces originales, comme la coiffe de plumes d'autruche roses, lourde de plusieurs kilos, ayant appartenue à Joséphine Baker et portée lors de son dernier spectacle au Carnegie Hall de New-York en 1973 (ci-dessous à droite), ou la robe de Brigitte Bardot dans le film Boulevard de Rhum en 1971 (ci-dessous à gauche).
Le théâtre du Merveilleux pointera les projecteurs sur des chevaux portant des plumes des Folies Bergères.
Les Salons vénitiens présenteront des coiffes des années 1980 provenant des Folies Bergère ou du Casino de Paris. Elles reposeront sur des têtes en plâtre qui servaient à la fabrication de masques de carnaval. Ces contre-moules, de la société française de cotillons César, correspondent à différentes catégories de masques : personnalités, personnages de bandes dessinées ou masques vénitiens. On pourra en voir d'autres aux fenêtres des bâtiments longeant le Théâtre de verdure.
Certains spectacles sont devenus incontournables. Comme la danse Tanoura du derviche tourneur Ibrahim Hassan qui est toujours un moment fort et attendu des habitués.
Un numéro aérien est systématiquement programmé. Cette année Nathalie Jeanson fera sans doute sensation avec la spirale aérienne autour de laquelle elle évoluera sans filet.Nous avons rencontré deux artistes de la programmation du festival 2025 (ci-dessus en compagnie de Clémentine Favand en robe de soirée). Laure Bontaz dite Laurette de Paname, qui fut danseuse aux Folies Bergère, et qui avait revêtu une partie du costume créé spécialement pour son spectacle. Elle fera revivre Loïe Fuller, égérie de la Belle Epoque, sur la grande scène du théâtre du merveilleux. Ce matin elle a exécuté un extrait de sa célébrissime "Danse serpentine", faite de spirales et de volutes de voiles.
Loïe Fuller, née le 22 janvier 1862 à Hinsdale dans l'Illinois et morte le 2 janvier 1928 à Paris, est une danseuse franco-américaine. Elle inventa la danse serpentine dont elle a eu l’idée en visitant la cathédrale de Paris quand les rayons du soleil traversant les vitraux flamboyaient sur son foulard. Elle prolongea ses bras par des baguettes qui, à l’époque étaient en bambou, donc plutôt lourdes (aujourd’hui elles sont télescopiques, en carbone, donc légères), pour manipuler des voiles qu'elle faisait tournoyer afin de créer des figures évoquant un papillon, des vagues, une fleur de lys … Elle avait un grand talent de metteuse en scène. Hélas ses idées lui furent volées aux Etats-unis mais elle a pu faire une jolie carrière aux Folies Bergère.
En libérant le corps du tutu elle fut à l'avant-garde de la danse moderne. Pionnière à plusieurs titres puisqu'elle utilisa l’électricité en recourant à un grand nombre d'éclairagistes, jusqu'à 17. Je connaissais son histoire parce qu'elle est racontée dans le film La danseuse, qui a fait l’ouverture du festival Paysages de cinéastes en 2016.
Laurette de Paname était désolée de ne pouvoir que nous donner un aperçu de ce que serait le spectacle car elle n'avait pas encore la coiffe, ni la sous-robe blanche mais qu'elle se rassure, nous avons été impressionnés par la robe, composée de 14 panneaux de 1,40 m de pongé de soie, ce qui signifie une largeur de 24 mètres.
Nous avons ensuite assisté à un numéro de Sophie Edelstein, ancienne membre du jury de La France a un incroyable talent durant 8 ans, qui elle aussi n'avait pas encore son costume de scène. Elle vient pour la première fois au Festival, et a évoqué les Grandes Illusions qu’elle présentera dans les Salons Vénitiens, une de ses créations qui associera la magie, la prédiction, et la participation du public.
Si elle a l’habitude du spectaculaire, ce sera cette fois davantage de l’ordre du close-up, peut-être avec un jeu de cartes. Elle a un sens aigüe de la scène, et promet apparitions, disparitions, participations surprise avec une musique adéquate.
C'est également dans ces Salons que Slash Bubbles immergera les spectateurs dans l’univers poétique d’un dresseur de bulles de savon.
Suivra un spectacle d'automates accompagné de plusieurs morceaux d'opéra célèbres comme l'Air de la nuit ou Cold song, mettra en mouvement Pierrot, Colombine et d'autres personnages :
On enchainera avec un mapping restituant, entre tradition et modernité, entre réel et virtuel, en sons et lumières, l’ambiance de Venise la Sérénissime quand le carnaval y durait six mois.
Régulièrement, les membres de la Compagnie Demain on change tout investiront la rue-jardin illuminée et associeront les spectateurs à leur monde onirique pour les faire chanter, danser et déambuler. La journée se terminera avec leur impressionnante parade avec des marionnettes géantes.
Si le musée des arts forains est un musée spectacle, et non une foire d’attractions, il présente néanmoins des manèges et des attractions de toute beauté qu’il serait regrettable de ne pas faire vivre. Alors pour que les visiteurs puissent réaliser une expérience immersive totale ils auront également accès à certaines attractions (dans la limite de deux par personnes).A eux de choisir entre des jeux d'adresse en testant les billards japonais ou en s'initiant à la toupie hollandaise, ancêtre du flipper, dont un exemplaire a été amené dans le Magic Mirror à notre intention. Et vous apprendrez que l'un comme l'autre n'est pas d'origine étrangère …
Mais vous préférerez peut-être affronter d'autres joueurs à la course hippique ou celle des garçons de café. Nous en avons aperçu la configuration au cours de la visite qui suivit la conférence de presse. Douze joueurs s'affrontent en faisant rouler une balle de bois sur un plateau. Selon le trou dans lequel elle tombe votre cheval (ou votre barman) avant d'un, de deux ou de trois crans.
Enfin deux magnifiques manèges polychrome d'origine seront en activité. Depuis 1850, le manège de chevaux de bois est l'emblème de la fête foraine. Il est aussi une mise en scène, un décor où le public s'ennoblit en devenant cavalier. Depuis sa création en 1890, deux millions de personnes ont redécouvert leur âme d'enfant sur ce manège d'origine allemande.
Il semble être un carrousel "classique" avec ses superbes chevaux de bois, mais comme le voulait la tradition, ces animaux sont de grande envergure puisque initialement la fête foraine était conçue pour des adultes. Les enfants ne montaient alors pas sur les attractions. Leurs pieds n'avaient pas besoin d'atteindre les pédales. Une toise s’assurera que les jambes de vos (grands) enfants sont assez longues. Sinon ils profiteront du manège assis sur la banquette d'une carriole ou dans la coque d'un navire.
Vous pourrez aussi, comme le faisaient nos ancêtres, découvrir ce qu’était le vélocipède qui a préfiguré ce que le vélo actuel. Dans le respect du fonctionnement du début du XX° siècle, il faudra avoir recours à une énergie motrice durable … vos jambes qui tourneront à toute vitesse, dès que la cloche sonnant le départ aura retenti, bravant le risque de "perdre les pédales" quand la vitesse montera à 50 km/h. Et comme c’est un manège anglais, vous constaterez qu'il tourne à l’envers (dans le sens des aiguilles d’une montre).

Ce manège a été fabriqué en 1897, il vient de fêter ses 128 ans ! Le décor peint rappelle la quête de vitesse et d'exploits sportifs de cette époque : rugby, vélo, automobile. Le plafond représente plusieurs scènes cocasses, dont une cycliste allaitant son enfant.
Pendant le festival les pavillons de Bercy sont plus que jamais un musée vivant dont il faut admirer dans le détail ce qui est le plus grand ensemble d’objets patrimoniaux du spectacle et de l’art forain du XIX° siècle qui existe en Europe.

La fête foraine d’autrefois était l’endroit où l’on découvrait les dernières inventions. Les premiers films y furent présentés, comme l’avait été la technique photographique. En repartir avec sa photo était très apprécié. Vous aurez donc vous aussi le loisir de vous photographier en robe de French Cancan ou sur un tapis volant. Il suffira de poser ou de glisser votre tête au bon endroit.
Nous admirons les façades en sortant d'un bâtiment. Des têtes surgissent de la moindre ouverture de fenêtre. des têtes en plâtre qui servaient à la fabrication de masques de carnaval. Ces contre-moules, de la société française de cotillons César, correspondent à différentes catégories de masques : personnalités, personnages de bandes dessinées ou masques vénitiens. La réserve en est pleine et on pourra aussi en utiliser pour disposer les coiffes de plumes.
Les jardiniers terminent les derniers rempotages qui embelliront le Théâtre de verdure. Il n'est pas question de décevoir ceux qui ont déjà assisté à l’événement et qui évoquent une ambiance "magique" et "immersive", où chaque détail semble sorti d’un rêve. Les mots "féérique", "étonnant", "authentique" et "envoûtant" reviennent fréquemment dans leurs témoignages, soulignant l’expérience unique offerte par le festival. Plus qu’une simple sortie familiale, il s’agit d’un voyage pour les adultes en quête d’émerveillement.
Je crois vous avoir tout dit pour que vous en profitiez pleinement de la manifestation jusqu'à la parade de fin de journée avec ses marionnettes géantes qui vous feront chanter, danser et …déambuler.
Comme chaque année le Festival du Merveilleux aura transformé pendant 10 jours, les Pavillons de Bercy, en un lieu de spectacles et de fête, pour le plus grand bonheur de ses visiteurs. J'ai néanmoins un ultime conseil, celui de réserver votre billet avant votre venue parce que la jauge est calculée en lien avec les conditions de sécurité et il se pourrait qu'on vous fasse patienter avant d'entrer. Le nombre de visiteurs journaliers peut atteindre le seuil de 7000 personnes. Sauf, paradoxalement, le 31 décembre qui est habituellement un jour calme alors que c'est une belle opportunité de terminer joyeusement l'année.
Le festival du merveilleux "Costumes en scène"
Aux Pavillons de Bercy – Musée des Arts Forains
53, avenue des Terroirs de France Paris 12ème
Du vendredi 26 décembre 2025 au dimanche 4 janvier 2026
Tous les jours de 10 h à 18 h
Prévoir minimum 2h · Pas de visites guidées
Achat de billets en ligne conseillé. La vente de billets sur place ne sera pas garantie en fonction de l’affluence (jauge limitée).
Renseignements sur www.arts-forains.com


























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