Je ne suis pas Le Grand Tasting Paris depuis sa création, il y a vingt ans, mais on peut tout de même considérer que je suis une fidèle de l'évènement organisé par Bettane+Desseauve.Le duo bien connu des amateurs des oenophiles a eu l’envie de créer un festival où se réuniraient les producteurs les plus doués, les plus innovants, les plus passionnés et les plus déterminés à faire briller la civilisation de la vigne et du vin. Depuis et grâce à tous les amoureux du vin, leur festival est devenu un rendez-vous hors du commun.
A tel point que cette année, pour le 20e anniversaire, nous fûmes près de 15 000 à nous y rendre.
Si je suis restée une journée entière, j'ai dégusté en toute modération et je n'ai pas multiplié les rencontres de manière à rester plus longtemps sur chaque stand visité.
J'aurais pu oublier cette recommandation à mon premier arrêt puisqu'il s'agissait d'une marque proposant des boissons sans alcool. J'essaie régulièrement d'en goûter et je suis jusqu'à présent toujours déçue. Cette fois je pourrais presque dire que ce fut une révélation.
Fondée en 2017 à Copenhague, Sparkling Tea incarne la fusion de l'innovation nordique et du savoir-faire asiatique en matière de thé. Elle est élaborée artisanalement, exclusivement à partir d’ingrédients biologiques de premier choix et d'un assemblage pouvant contenir jusqu'à 13 thés biologiques différents combinant des thés blancs délicats, des thés noirs plus intenses et corsés, ou encore verts et oolong, qui seront infusés manuellement à différentes températures et différentes durées. On comprendra que la précision et le savoir-faire sont essentiels pour créer le goût, la texture et surtout le bon rapport tannique.La gamme se compose de six boissons effervescentes naturellement sans alcool. Ce point est capital car très souvent les "vins" sans alcool sont des breuvages désalcoolisés. Elle est disponible sans alcool (0 %) mais aussi avec une teneur réduite en alcool (5 %), avec la promesse d'apporter une touche de raffinement à toutes sortes de moments festifs.
L'histoire a commencé pour pallier une difficulté rencontrée en 2010 par un sommelier danois Jacob Kocemba se trouvant dans l'incapacité d'accorder un dessert avec un vin alors qu'il avait à sa disposition une cave de plus de 1 700 références. Il travaillait alors dans un restaurant étoilé Michelin à Copenhague, au Danemark. La solution lui est alors venue avec un extrait de thé maison, composé d'un mélange de thés d'exception. Il a alors imaginé des thés pétillants et depuis, grâce à des centaines d'essais, il a mis au point des combinaisons qui constituent la base des différentes versions de Sparkling Tea.
Cette nouvelle boisson a rapidement rencontré un vif succès et est devenue la préférée des clients du restaurant, ce qui l'a autorisé à rêver d'en faire une nouvelle catégorie de boissons à l'échelle mondiale. Pour cela il fallait s'associé à quelqu'un qui ait une ongue expérience en développement commercial. Ce fut Bo Sten Hansen en 2017.
Ensemble ils ont fondé Copenhagen Sparkling Tea Company, et ont vendu leur première bouteille en mai 2017. La croissance est fulgurante. La boisson est désormais distribuée dans plus de 50 pays et servie dans plus de 100 restaurants étoilés Michelin à travers le monde. A Paris on peut citer celui de Pierre Gagnaire.
L'équipe était venue au salon avec trois propositions (sur les six que compte actuellement la marque) que j'ai toutes dégustées dans cet ordre : BLÅ (florale), LYSEGRØN (plus classique, fraîche et citronnée) et LYSERØD (qu'on peut qualifier de sèche) … des noms un peu complexes à mémoriser pour nous autres français. Si j'ai ma préférence il n'empêche que je reconnais le potentiel de ce type de produit qui pour moi est pour l'heure la meilleure boisson pétillante sans alcool … à égalité tout de même avec le pétillant des Vergers de la Silve. Disons que c'est une alternative très intéressante pour ceux qui ne veulent pas une boisson au goût de pomme.
J'ai été amusée de réaliser qu'à l'instar d'un vin je humais le parfum qui se dégageait et j'avais le réflexe de faire tourner le breuvage dans le verre. Effectivement, chaque version de thé pétillant possède son propre caractère unique. Par contre ils sont tous bio et vegan avec une durée de conservation de 2 ans à compter de la production. Et s'agissant de la teneur en sucre il faudra y être vigilant. Elle est respectivement de 50, 40 et 20 g/l pour la dernière bouteille dégustée.
La robe de BLÅ (le premier à gauche) est vert clair aux reflets jaunes. La boisson s'ouvre sur de délicats arômes de jasmin, de camomille et une pointe d'agrumes. En bouche, la rondeur provient d'une sélection rigoureuse de thés blancs, qui évolue en une belle complexité et de la profondeur apportée par les thés verts. La finale est longue et soyeuse, soutenue par des tanins soyeux caractéristiques du Darjeeling First Flush.
LYSEGRØN (au centre) est la toute dernière nouveauté de la gamme. La bouche est vive et élégante, avec des notes d'agrumes, de citronnelle, et une dominante de thé vert Earl Green Sencha et d'écorce d'orange. La complexité aromatique est nette, avec une finale persistante aux notes de Darjeeling et de pomme verte. Le sommelier suggère de le servir avec les huîtres, le caviar, les poissons et les fruits de mer.
L'hibiscus colore la robe de LYSERØD (à droite) en rose. C'est la version la plus sèche de thé pétillant, tout en conservant une texture douce et ronde. Cet assemblage offre des arômes intenses de baies rouges et de pommes rouges. Un goût complexe et sec (non sucré) se développe dans le verre grâce au thé Oolong, associé à des notes de mûres et d'hibiscus. Le tout est équilibré par la douceur du thé blanc Silver Needle (Aiguille d'argent) et s'achève sur de légères notes fruitées amères.
On pouvait craindre un effet de mode mais la dégustation est convaincante. Chacune peut toucher des amateurs différents. Aussi bien des férus d'innovation et d'originalité que des gourmets en quête de sensations, sans oublier touts ceux pour qui la consommation d'alcool est interdite.
Malgré tout, que serait un Grand Tasting sans une pause auprès de champenois ? Je connaissais de nom, bien entendu, Canard-Duchêne mais je n'avais jamais trempé mes lèvres dans ce champagne dont j'ai appris qu'il était leader dans le domaine du bio avec 34 hectares. J'ai dégusté le P.181 (ci-dessous à droite), issu d'un assemblage majoritaire des crus de Volase majordières, Moussy et Chamery. Il ne faut pas s'arrêter à cet étrange nom alors qu'il est tendu, minéral, parfaitement équilibré.
Le Léonie Iconic, élaboré avec 30% de grande réserve est magnifique mais la plus grande surprise, sur le plan gustatif, est provoquée par le Blanc de noirs Ikonic, 100% Pinot noir, que je verrais bien sur une viande, ce qui n'est pas banal.
Vous aurez remarqué derrière le P.181 le Coffret Canard-Duchêne x St-Germain, associant la cuvée Léonie Iconic à la liqueur florale St-Germain. La recommandation est une dégustation en cocktail associant 1 cl de St-Germain à 10 cl de Champagne bien frais.
Vous aurez remarqué derrière le P.181 le Coffret Canard-Duchêne x St-Germain, associant la cuvée Léonie Iconic à la liqueur florale St-Germain. La recommandation est une dégustation en cocktail associant 1 cl de St-Germain à 10 cl de Champagne bien frais.Mon regard avait été également attiré par le foulard entourant une bouteille à la manière d'un Furoshiki (seconde bouteille sur la première photo). Je réalise en écrivant cet article qu'il est l'oeuvre du duo artistique Pangea, Laëtitia Rouget et Colombine Jubert, et je retrouve effectivement l'univers poétique, audacieux et coloré de Laëtitia Rouget dont j'ai admiré le travail exposé à l'Hôtel des Académies et des Arts, encore visible jusqu'au 9 janvier 2026, en accès libre et je vous la recommande chaudement.
Ce fut un autre plaisir de prendre des nouvelles de la maison Vaucelle où je m'étais rendue en septembre dernier. D'autant que c'était sa première présence au Grand Tasting.
Impossible de résister à une dégustation de leur Terre de Nuances, qui est un de mes champagnes préférés, certes très "segmentant" comme le disent les marqueteurs, mais si réussi ! Jérémy Bovy, le responsable commercial France & Export m'a confié plusieurs innovations à venir … dont je parlerai le moment venu.
Historiquement le salon est dédié à la dégustation pure. Pourtant, peut-être parce que ce vingtième anniversaire était unique, la filière Cognac avait osé une proposition audacieuse et résolument contemporaine avec un bar 100 % long drink.Il est juste de dire que le cognac est le seul spiritueux présent parmi les grands noms du vin. Il était cependant nécessaire que l’interprofession fasse (re)découvrir l’appellation et la diversité de ses cognacs à travers un mode de consommation moderne, accessible et rafraîchissant : le long drink.
Quatre recettes étaient mises à l’honneur, du classique et iconique Cognac Tonic à la fraîcheur fruitée du Cognac Paloma en passant par la modernité épicée du Cognac Mule et le Cognac Collins revisité avec le concours de plus d’une quinzaine de marques partenaires. Vous aurez deviné que mes nombreux séjours au Mexique m'ont conduite à tenter la version Paloma qui est le cocktail préféré des Mexicains, avant la Margarita et dont je rappelle la recette (sait-on jamais) : 5cl de Tequila + 2 cl de jus de citron vert + 1cl de sirop de sucre + 5 cl de jus de pamplemousse et 2cl d'eau gazeuse.
Ici cela devient 40 ml de cognac, 15 cl de citron vert, 60 ml de soda pamplemousse dans un verre long drink (tout simplement un verre droit et haut) empli de glaçons. Il suffit de mélanger sans oublier de garnir avec un quartier de pamplemousse.
A l'occasion de l'annonce du podium de La Liste une journaliste de la télévision chinoise cherchait quelqu'un pour commenter la crise du cognac et soumettre des propositions à la Chine pour la résoudre (je cite cette personne). Personne n'avait voulu se prononcer mais le sujet m'était resté en mémoire. Germain Canto qui exerce le métier de "Cognac Educator cognaçais" (et qui est également restaurateur) a accepté de répondre à mes multiples questions et je l'en remercie.
Il m'a d'abord expliqué l'origine de cet alcool qu'on désignait sous le terme de brandy, un mot anglais, tirant son origine du néerlandais "brandewijn" qui signifie "vin brûlé". On le brûlait pour le réduire en volume et augmenter les arômes avant de faire voyager les barriques dans lesquelles on remettait de l'eau une fois qu'elles étaient arrivées à destination. Il n'y a donc aucune honte à couper du cognac avec de l'eau, dans une proportion de 2 cl pour 10 d'eau, ce qui est la recette de la "fine à l'eau". Les cocktails long drink s'inscrivent donc dans les origines et permettent de suivre les tendances.
Il m'a aussi appris que la tequila s'était inspiré du cahier des charges du cognac pour bâtir son appellation en 1939.

C'est ainsi que j'ai pu mesurer combien un cognac pouvait avoir des caractéristiques organoleptiques spécifiques comme le démontre l'Ordonneau Domaine de la Grolette VSOP Borderies.
Le nez est étonnamment un mélange de noix et de violette qui est, m'a-t-on expliqué, typique du terroir des Borderies, un tout petit petit cru de Cognac de seulement 4 000 hectares, sur un plateau fortement ensoleillé. Le domaine Ordonneau y possède 27 hectares.
D'autres cognacs, par exemple produits sur l'ile d'Oléron, pourront avoir des notes salines. D'autres, après un vieillissement de plusieurs années en fût de chêne français combiné à un minimum de six mois en fût de chêne neuf américain, importé du Tennessee présenteront des arômes de fruits exotiques, de noix de coco et d’ananas, qui complémenteront les notes de vanille et de cacao issus du chêne français.
Je me suis évidemment promis de revenir sur ce sujet afin d'élargir mes connaissances. J'ai retenu en tout cas que le long drink pouvait exercer un attrait chez un public en quête de sens et d’expériences de dégustation originales et accessibles, … en toute modération cependant.
Ayant été à Rhône en Seine je ne pouvais pas éviter un arrêt au Pavillon Côtes du Rhône Villages et Crus. J'y ai gouté la cuvée Amendine Saint-Joseph 2024 Cave Saint Désirat réalisée avec Marsanne et Roussanne. Agréable avec un nez dominé par des fleurs blanches et une petite note mentholée et une bouche ronde, équilibrée.
Ensuite, un autre Saint Joseph, mais cette fois rouge, Le Silice rouge 2023 de Jérôme Coursodon à l'étonnant arôme de fruits mûrs et épicés, typique de la Syrah granitique. Il est équilibré sur des tanins doux et une finale minérale.
Enfin un dernier, le Côte Sainte-Epine by Mikaël Desestret, élaboré avec les raisin de vignes de Syrah centenaires, cultivées sur le coteau granitique de Sainte-Epine. La consistance est marquée par les fruits noirs et les épices. Un élevage en fûts de 24 mois révèle des tannins serrés finement boisés, soutenus en finale par une minéralité heureuse.
Le salon fut l'occasion de faire connaissance avec Margot Ducancel, la sympathique créatrice du club de dégustation, Rouge aux Lèvres, avec qui je ne compte plus les rendez-vous manqués depuis l'annonce de son prix à la soirée annuelle de l'APCIG (Association Professionnelle des Chroniqueurs et Informateurs de la Gastronomie et du Vin) pour sa contribution à la démocratisation de l’univers du vin avec une approche ludique et décalée. C'est Loic Ballet, chroniqueur de Télématin qui avait reçu le prix gastronomique pour sa mise en valeur des producteurs et de leur savoir-faire.
La grande originalité de Margot est de toucher un public exclusivement féminin avec 500 membres déjà conquis à qui elle propose d'enrichir ses connaissances à travers des découvertes tantôt classiques, tantôt originales, mais toujours en alliant passion et convivialité.
C'est sans doute parce que ce vigneron était le voisin de Margot que j'ai découvert V.I.V.R.E 100% Marselan, Vin de France, Rouge, 2024. Derrière cet acronyme se trouvent les Vignerons Investis dans une Viticulture Respectueuse de son Environnement. Ils revendiquent un engagement collectif de longue date envers une viticulture durable mais aussi des pratiques vertueuses à tous les niveaux de leur structure, pour protéger les terroirs et assurer la pérennité de leur activité.
L’année 2024 a été particulièrement capricieuse d’un point de vue météorologique. Entre pression des maladies au printemps, sécheresse estivale impactant les rendements et des pluies importantes en septembre, il leur a fallu relever des défis majeurs. Mais le résultat est là, avec une très belle qualité des vins.
Le Marselan se caractérise par des baies très petites. Une fois les raisins pressés, on obtient peu de jus par rapport aux matières solides (pépins, peau des raisins...). Tout le savoir-faire consistent alors à ne pas sur-extraire et risquer de développer des arômes amers ou herbacés. La macération est très longue (environ 30 jours), mais s'exerce en douceur, et est complétée par un élevage en amphore pour 2/3 de la cuvée pendant environ 3 mois pour arrondir les tanins.
Voilà un vin qui accompagnera des brochettes d'agneau, une côte d'échine de porc à la moutarde, ou pourquoi pas une tarte fine aux oignons rouges caramélisés accompagnée de chèvre.
Avant de partir j'ai retrouvé Gérard Bertrand où je voulais regoûter le Château de Villemajou Grand Vin 2023 vin blanc Corbières que j'avais remarqué au buffet organisé avant la remise des prix de La liste auquel je faisais référence plus haut.Ce vin n'était pas disponible sur le stand mais il existant en version "rouge". Voilà comment j'ai découvert le Château de Villemajou, Grand Vin Rouge Gérard Bertrand - AOP Corbières Boutenac. C'est un assemblage de Syrah, Carignan, Grenache Noir et Mouvèdre provenant des vieilles vignes de Carignan et de Syrah poussant sur les meilleures parcelles du Château de Villemajou, qui est un domaine familial de Gérard Bertrand qu’il a hérité de son père et où il s’est formé en tant que vigneron.
Les vendanges sont manuelles. Une partie des Syrah et des Carignan est vinifiée en macération en grappes entières. Une macération traditionnelle est par contre réalisée sur les autres cépages. Les vins sont assemblés après la fermentation malolactique puis mis en barriques bordelaises de 225 litres dans le chai pour un élevage d’une durée de 12 mois. Il est ensuite conservé 12 mois avant d’être commercialisé.
Goûté sur le stand, j'ai admiré la robe d’un grenat profond, sa texture en bouche ample et souple, et apprécié les notes de pain grillé, de réglisse et de girofle renforçant des arômes puissants et élégants de fruits compotés, d’épices douces, de cuir et de torréfaction.
A carafer et servir à 16 °C avec un carré d’agneau, du gibier ou des fromages affinés, à moins que je ne propose prochainement un autre accord mets-vin avec cette cuvée.
Le Grand Tasting Paris
Le vendredi 28 et samedi 29 novembre 2025
Carrousel du Louvre- 99 Rue de Rivoli - 75001 Paris













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