Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 21 septembre 2012

Les saveurs du palais

Je n'avais pas l'intention de consacrer un billet à ce film qui présente très peu d'intérêt, de mon point de vue. Je sais depuis longtemps que François Mitterrand adorait les ortolans dont je n'ai jamais cherché à estimer le prix de vente au kilo. C'est le dernier plat qu'il aurait mangé avant de mourir. Paix à son âme dirons nous.

Savoir qu'il avait fait installer, au frais du contribuable comme de bien entendu, une cuisine parallèle à l'Elysée, et qu'il estimait "normal" qu'on aille lui chercher les premiers cèpes au pied levé, cela relève d'un régime monarchique que l'on n'a pas besoin de nous mettre sous le nez alors qu'on nous brandit la menace de l'austérité à tout bout de champ.

En quelque sorte le film est indécent. Même si la cuisinière périgourdine qui servit de modèle n'y est pour rien. Qu'elle semble avoir fort bien fait le travail qu'on lui a imposé et qu'on devine que ses conditions d'exercice ne furent pas excellentes sur le plan psychologique. Et qu'enfin certains plans tournés en Islande ont quelque chose du Festin de Babette.

Le film ne nous apprend rien. Il n'est pas question de cuisine ou de saveurs mais de relations de pouvoirs et le message se réduit en gros au fait qu'on a davantage de satisfaction à cuisiner pour des gens simples comme des chercheurs isolés sur une base scientifique en Antarctique que pour "la haute". Rien de nouveau depuis Vatel.

Reste que les débuts au grand écran de Jean d'Ormesson vont tenter plus d'un spectateur. On aurait pu trouver moins bon comédien, c'est un fait. Que Catherine Frot emploie une plus large palette que dans ses autres films. Qu'on se souviendra de ses colliers. Qui sait si la mode des sautoirs sera du coup remise au goût du jour.

Divers services et établissements publics ont été épinglés ces jours ci pour leur niveau de dépense. Pour combien d'euros la cuisine de l'Elysée pèse-t-elle donc sur le panier de la ménagère ? Le président de la république doit régulièrement publier son bulletin de santé. J'aimerais connaitre le prix d'un repas "ordinaire", toutes charges incluses. Qu'il est loin le temps où Charles de Gaulle réglait l'addition sur ses propres deniers en dehors des réceptions officielles.

jeudi 20 septembre 2012

Des spectacles programmés ici ou là et déjà sur le blog

En feuilletant les programmes 2012-2013 des théâtres je me suis aperçue que plusieurs pièces avaient déjà été chroniquées sur A bride abattue et que vous pouviez jongler avec les calendriers pour aller les voir ici ou là :
Géométrie de caoutchouc du 3 au 28 octobre à l'Espace chapiteau de la Villette, les Mercredi, vendredi et samedi à 20h30, le Jeudi à 19h30, Dimanche à 16h.
J'annonçais le spectacle en mai 2011. « Entendre La Mouette plus que l’écouter. Désembourber la pièce de son imagerie», c'est la proposition de la metteuse en scène, Isabelle Lafon au public parisien du Théâtre Paris Villette du 1er au 15 octobre, avec une date au Théâtre La Piscine de Chatenay-Malabry, le 9 octobre. 
Du 28 septembre au 5 octobre, au théâtre de la Commune d'Aubervilliers, le formidable Obludarium, qui fut longtemps à l'affiche du Rond-Point et que j'étais allée voir à l'espace cirque d'Antony, en plein hiver. La forge enneigée reste un souvenir très fort.
A Aubervilliers toujours, Oh boy (Molière jeune public 2010) les 30 et 31 mai. Cette fois c'était à Bagneux que j'avais découvert le spectacle. Et puis Vy (Molière l'année suivante) le 15 novembre
Vy qui sera aussi en banlieue sud à l'affiche du théâtre de Chevilly-Larue le samedi 2 février à 18 heures.

L'ouverture de saison aura lieu avec l'Art du rire de Jos Houben, le samedi 22 septembre, annoncé déjà complet au Théâtre la Piscine de Chatenay-Malabry, le 30 novembre. Une séance supplémentaire a déjà été ajoutée le 11 février.

Et puis il occupera la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point du 17 mai au 15 juin pour y donner sa conférence à 18 h 30.

C'est dans la salle Jean Tardieu qu'à 21 heures vous apprendrez comment on devient femme avec Modèles de Pauline Bureau, du 10 octobre au 10 novembre. Mais vous aurez une séance de rattrapage le 25 mars au Théâtre La Piscine.

Mission, le 19 janvier au Théâtre La Piscine , après avoir été également programmé au Théâtre de Montreuil cette saison du 20 au 30 novembre.

Les deux spectacles de la Compagnie Dos à deux : Frères de sang (21-22 et 23 mars à l'Onde) et Dos à deux, 2ème acte, le 3 et le 4 avril au Théâtre La Piscine (le spectacle Frères de sang sera créé à l’Onde cette saison).

Folles noces est encore jusqu'au 29 septembres à l'affiche de l'Alhambra mais s'installera du 4 octobre au 3 novembre au Café théâtre des Beaux-arts de Bordeaux.

N'oubliez pas Chiche l'Afrique au Théâtre de Belleville jusqu'au 22 novembre. Il reste mon coup de coeur de la rentrée, même si vous pourrez quand même le voir le 26 janvier à Fontenay-aux-Roses.

Madame de Vilmorin ... installée désormais au Lucernaire.

Et, pour surprendre des regards croisés sur la banlieue, Histoires courtes mais vraies, ... ou presque dont les spectateurs chanenaisiens ont eu quelques avant-premières en avril dernier et qui réinvestissent la grande salle le 29 novembre.

Modèles, Mission, Frères de sang seront chroniqués à leur création.
L'art du rire fera l'objet d'un billet le week-end prochain.

mercredi 19 septembre 2012

Le Tour du Monde en 80 recettes de David Loftus

Le Tour du Monde en 80 recettes de David Loftus sort aujourd'hui chez Hachette Pratique et, après le très beau voyage que le festival Paysages de cinéastes nous a fait faire en Chine, je pense que vous êtes fin prêts pour repartir sans avoir posé la fourchette.

David Loftus est le photographe attitré de Jamie Oliver dont il traduit la créativité et la convivialité par des clichés qui respirent l'authenticité. Il a accumulé une expérience colossale en faisant plusieurs fois le tour du monde et l'idée de cet ouvrage est aussi simple que réussie.

C'est un bel hommage à Jules Verne et à Phileas Fogg, un aventurier au goût raffiné, héros de son Tour du monde en 80 jours entrepris en 1872. David Loftus a sélectionné 80 recettes de chefs (des grands noms ou des étoiles montantes) qu'il a rencontrés au fil de ses voyages dans le monde. Avec eux nous découvrons des saveurs et surtout des ambiances.

Je ne suis pas sure que j'expérimenterai beaucoup de ces recettes parce qu'elles sont élaborées souvent avec des ingrédients inhabituels ou sophistiqués comme la pâte de piment sambal oelek, couramment utilisée en Asie. Quand bien même j'en trouverais j'estime le crabe trop onéreux pour une cuisine de tous les jours.

Il n'empêche que la lecture de ce livre est un régal, pour les yeux d'abord parce que les photos mettent l'eau à la bouche. La maquette est très réussie, apparentant le livre à une sorte de guide de voyage culinaire.

J'ai fait avec lui une première escale à Camembert en découvrant sa propre version de fromage fourré (page 36), en me souvenant de celle que je faisais avec un Coulommiers. J'ai eu très envie de préparer une soupe de lentilles égyptienne, qui aurait eu sa place au pique-nique jaune au lieu de ma crème de maïs.

J'ai apprécié son emploi des épices (page 93) car, comme lui j'ai tendance à craindre la cuisine pimentée et j'ai redécouvert le thé parfumé aux épices (page 103) que je préparais différemment, la salade Caesar (page 175) que j'affectionne particulièrement et que je prépare régulièrement en me basant sur la recette des Sauces fait maison, autre livre du même éditeur.
Mais j'alternerais volontiers avec la Waldorf, façon Jamie (page 215) tout en m'efforçant de mémoriser les propositions de salade rapides "pour un dîner sur le pont" (page 227). L'association oranges-radis-oignons rouges est détonante. J'emploierai les radis que j'ai fait macérer en pickles, et qui depuis ont pâli, mais sans rien perdre de leur croquant.

J'avais entendu parler du cocktail Bellini (page 267) que l'on peut adapter en substituant une limonade artisanale au champagne employé au Harry's Bar de Venise. Tant que l'on trouve des pêches odorantes ...

J'ai encore la tête en été, ayant envie d'associer moi aussi fraises et bourrache (page 39), et pas seulement pour l'harmonie des couleurs rouge et bleue.
On se distrait aussi à lire les bonnes manières à table à l'époque victorienne (page 237). Voici un cadeau amusant à faire lorsqu'on est invité à un dîner au lieu et place du traditionnel bouquet de fleurs, et qui console de n'être plus en vacances.

Le Tour du Monde en 80 recettes de David Loftus, Hachette pratique, septembre 2012
Cuisine du monde, Apéros, Burgers, barbecue et salades sont trois livres de la collection Jamie Oliver & Co, édités en juin de cette année, où l'on retrouve des clichés de David Loftus, pris sur le vif et avec spontanéité.

mardi 18 septembre 2012

Démocratie de Michael Frayn au Théâtre 14


Si les faits n’étaient pas rigoureusement exacts on se dirait que Michael Frayn a poussé le bouchon un peu loin. Que pendant quatre ans un espion à la solde de la République démocratique allemande ait réussi à infiltrer le pouvoir semble relever de la fiction. Comment a-t-il pu devenir si vite « un porte-manteau dans le coin de la pièce », entendez par là être l'assistant personnel du plus haut fonctionnaire de la République fédérale d’Allemagne, Willy Brandt en personne ... cela dépasse l'entendement.

Il est sans doute difficile pour la jeunesse actuelle de réaliser combien l’Allemagne a été meurtrie à la fin de la seconde guerre mondiale. Le territoire fut coupé en deux et placé sous surveillance des Alliés. En 1949 deux pays sont formalisés : la RFA, dite aussi Allemagne de l’Ouest et la RDA, connu sous le terme d’Allemagne de l’Est. La ville de Berlin, située en plein territoire Est allemand fut elle-même divisée. Et puis un mur a été construit en 1961 pour empêcher les passages vers l’Ouest, devenus trop nombreux. Ce mur est présent sur la scène, très reconnaissable au début avec des images projetées de graffitis et de peintures, plus discret mais toujours angoissant par la suite, enfermant quasiment les personnages qui sont sur scène tous les dix en permanence, donnant parfois l'impression d'un huis clos.

S’ensuivit une période qui fut désignée sous le nom de guerre froide tant les relations étaient tendues. Willy Brandt est le premier socialiste au pouvoir depuis quarante ans, après vingt ans de conservatisme. Il fut le premier chancelier à s’atteler, dès 1969, à réhabiliter son pays au sein de la communauté internationale et à œuvrer au rattachement avec la RDA.

Willy Brandt parvient à nous émouvoir quand il évoque son pays en ruines, rebâti avec les briques demeurées intactes après les bombardements, triées une par une par des hommes pétris de doutes et de peurs.
Le chef de l’Etat plaide pour une Allemagne d’amour et de justice. Un vœu qui parait alors totalement improbable, pendant que le monde entier voit un mur indestructible. Il me semble que le sujet a rarement été traité au théâtre. On ne s’ennuie pas une seconde et on apprécie d’y voir plus clair dans une période que l’on n’a pas étudiée dans les manuels scolaires et dont on a un point de vue encore marqué par les souffrances que nos familles ont enduré pendant les guerres. A ce titre le texte et la mise en scène sont d'une belle intensité.

Tous les personnages ont bel et bien existé, hormis Arno Kretschmann, admirablement interprété par François Sikivie. Il a été inventé pour représenter la RDA et les conversations qu’il a avec son "collègue", Günter Guillaume (Alain Eloy), s’apparentent parfois à un dialogue intérieur auquel l’espion se livrerait à voix haute. Les deux hommes éclairent les rouages de la machine politique qui conduit au succès ou à la chute, selon les alliances.
Willy Brandt est incarné par Jean-Pierre Bouvier. Ses forces comme ses faiblesses apparaissent au grand jour, en particulier son alcoolisme. Les difficultés économiques et sociales auxquelles il doit faire face sont multiple et il dégringole dans les sondages. La révélation de la présence de l’espion lui est fatale. Elle l’oblige à démissionner.

Quinze ans après le mur se fracture lui donnant raison quand il qualifiait son édification de pure stupidité. Le décor laisse alors apparaitre un ciel bleu, chargé d'une forte symbolique.

Démocratie est bien davantage qu’une pièce historique. Elle va au-delà en démontrant l’universalité de la machine politique qui, selon les alliances, pousse à la plus haute marche ou précipite dans la chute. Et souvenons-nous que l’Histoire se répète inlassablement.
Démocratie, de Michael Frayn
du 11 septembre au 21 octobre 2012, mardi, vendredi et samedi à 20 heures 30, mercredi et jeudi à 19 heures, et samedi à 16 heures
Théâtre 14, au 20 Avenue Marc Sangnier  75014 Paris
01 45 45 49 77

lundi 17 septembre 2012

Le Magasin des Suicides de Jean Teulé bientôt sur les écrans

Le Magasin des Suicides est un livre que je n'avais pas eu le temps de lire à sa sortie, en 2007 et le hasard me l'a mis entre les mains alors que je trouvais que la programmation du festival Paysages de cinéastes était si noire que j'avais besoin d'oxygène.

Car l'ouvrage de Jean Teulé est tout sauf pessimiste malgré un titre qui ne prête pas à rire. L'écriture est entièrement au second degré même si l'auteur s'est nourri d'anecdotes plus ou moins démenties, comme la signification du logo d'Apple, dont la pomme à demi-croquée évoque le suicide au cyanure, le 7 juin 1954, d'Alan Turing, l'inventeur de l'ordinateur (page 60). 

Chacun trouvera corde à son cou dans cette drôle de boutique qui, au départ n'est pas marrante du tout. Lames de rasoir, parpaing avec anneau et chaine à cadenasser à la cheville pour se noyer d'une traite, baiser de la mort, loupe génératrice d'insolation ... les méthodes ne manquent pas. Les moins fortunés pourront se satisfaire d'un sac en plastique.

Dans la famille Tuvache on est inventif de père en fils depuis dix générations pour fournir à la clientèle un choix très vaste qui fait la renommée de la maison. Mais le petit dernier ne marche pas sur les brisées de ses ainés. Alan zozote, mais là n'est pas son plus grand défaut. C'est un optimiste de première, pour qui tout peut toujours "s'arranzer". Il est fan de l'ours Baloo dont il chante à tue-tête la maxime : il en faut peu pour être heureux.

Tout fout le camp et Mishima, le père, se met à barrer de traviole. Ce n'est pas une balade dans le cimetière voisin ou une virée pour réapprovisionner les rayons en champignons vénéneux qui vont remettre les coucous à la bonne heure.

Quelles sont les idées qui auront le dessus ? Les noires des parents ou les roses des enfants ? La petite entreprise connaitra-t-elle la crise ou la fortune ? Il faut lire le Magasin des Suicides pour respirer un bon bol d'humour.

Après 6 ou 7 adaptations théâtrales le cinéma s'est emparé du concept pour en faire un film d'animation que Patrice Leconte a présenté en avant-première au festival d'Annecy. 

Le réalisateur, conscient que le genre n'a guère le vent en poupe parmi le public adulte français (comme le regrettait Marianne Piquet dimanche au Rex avant la projection du Jour des corneilles) "Faire l'ouverture d'Annecy avec un film d'animation, c'est comme faire l'ouverture de Cannes avec un film classique". Il parait que le succès a été grandiose et que le résultat plait énormément à l'écrivain qui a déclaré en sortant  : un délire ce film, insensé, jamais vu ça. Complètement fou, drôle et farfelu. Cà pétille de partout.

Quelques jours à attendre avant de découvrir le film, dont la fin est différente de celle du livre.

Le Magasin des Suicides de Jean Teulé, Julliard, 2007
Film de Patrice Lecomte à partir du 26 septembre au cinéma

dimanche 16 septembre 2012

Le palmarès du 11ème festival Paysages de cinéastes

La 11ème édition du Festival « Paysages de Cinéastes » s'est tenue du 7 au 16 septembre 2012 et nous a permis encore une fois de découvrir la diversité et la richesse du 7ème art, avec des films inédits, des films récents et de nombreux invités.

Le panorama « Pays Paysages » a exploré cette année, la Chine, par la découverte de fictions, documentaires et films d’animation qui ont enrichi notre connaissance et notre compréhension de ce pays si surprenant qui reste marqué par le sceau du mystère. On se souviendra longtemps de la magie de ma Sœur chinoise et des présentations de films d'Alain Mazars, seul cinéaste occidental à être entré dans l’esprit de la Chine.

Alain Lavalle qui assura la présidence du Grand jury aura quant à lui la nostalgie du thé à la menthe. Il est loin d'être le seul car ces moments conviviaux à la sortie des projections sont très appréciés du public. Il a raison de souligner que le cinéma est fait pour être partager. Il se regarde à plusieurs, et il se discute, sinon autant rester devant son écran personnel avec un (bon) DVD. Le festival lui aura permis aussi de découvrir la cité jardin de la Butte rouge. Lui qui vit dans le 93 s’est avoué suffoqué de n’y voir aucun tag, d'y ressentir du calme. Il a loué la beauté des lieux et l’intelligence des architectes.

Il faudrait l'inviter à revenir pour le spectacle Histoires courtes mais vraies ... ou presque qui met en avant ses habitants au Théâtre la Piscine le vendredi 9 novembre prochain à 20 heures.
L'annonce du palmarès a suivi les traditionnels remerciements, à l'équipe du Rex, au Conseil général, à la ville de Chatenay ... Le Prix de la photo a été décerné au très beau film Despues de Lucia, (Après Lucia) pour ses qualités esthétiques, un travail sur le cadre très signifiant et servant admirablement le scénario et une image en cohérence constante au propos du film. Quand on sait que Lux signifie lumière ... Un film à ne pas manquer dès qu'il va être programmé en salles et sans s'effrayer de l'interdiction aux moins de 12 ans.
Le Prix du jury a départagé Une famille respectable et Villegas qui finalement l’emporta. Au-delà des qualités formelles de ce film le jury a récompensé un jeune réalisateur argentin Gonzalo Tobal, qui, pour son premier long métrage, nous a présenté une fiction très aboutie. Le rapport au paysage y est bien réel. C’est même le sujet principal puisque Villegas est le nom du village où les protagonistes ont grandi, à 500 km de la capitale. On suit le fil intérieur qui nous est déroulé avec finesse par un réalisateur qui sait prendre son temps pour nous entrainer dans la réalité familiale.

Julie Poupé nous a confié s’est installée dans la voiture de la première séquence et avoir confortablement regardé le paysage. Elle a débarqué ensuite dans la famille réunie par un deuil. Puis elle est repartie dans l’autre sens, appréciant un film qui grandissait au fur et à mesure qu’il se déroulait.
Véronique Mallaval, la présidente du jury jeunes, a relaté une discussion animée autour de trois films : Royal Affair, Sous la ville et la Pirogue. C’est Isabelle qui confia pourquoi la Pirogue  a finalement été choisi.

Le film de Moussa Touré situe l'action dans un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous. Certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.

Les jeunes ont été sensibles au choc culturel entre les deux frères, l’un occidentalisé, l’autre (le capitaine en quelque sorte) encore très ancré dans la tradition. Ils ont remarqué un autre décalage, cette fois entre les passagers qui appartiennent à différentes ethnies. Ce film traite d’une problématique dont on entend parler tout le temps et il était intéressant de montrer que ce ne sont pas que les jeunes qui veulent quitter le pays. On ressent parfaitement l'importance des marabouts, des grigris, des rituels propres au Sénégal mais la place est aussi laissée à la modernité.

Chacun a ressenti un très beau moment quand les pensées des voyageurs s’entendent à haute voix. Et chacun aussi de s'interroger sur ce qu’il aurait fait face à un autre bateau en détresse alors que l'on n'a pas trop de provisions pour soi ...
Le public rejoint le choix des jeunes puisque c’est Sous la ville d'Agnieszka Holland qui a obtenu le score le plus élevé. Les deux films ne sortiront qu'en octobre dans les salles.
Les programmes courts ont été salués eux aussi tout en regrettant que le public ne vienne pas plus nombreux à ces projections (mais peut-être faudrait-il organiser des séances dédiées à ce style tout au long de l'année ? et puis il est quasi impossible de voir tous les films en sélection même en se tricotant un planning très serré).
Le cinéma se doit de nous surprendre, quitte à nous irriter, et il a rempli sa mission. Abuser de la curiosité est un excellent défaut nous redit Marianne Piquet-Ducourneau en guise de conclusion. Elle confirme qu'elle passe la main pour retourner aux arts plastiques, ses racines, mais qu'elle sera dans la salle parmi les spectateurs l’année prochaine. Que vive la 12 ème édition et beaucoup d’autres ensuite a-t-elle proclamé avant de lancer le dernier film du Festival, le Jour des corneilles de Jean-Christophe Dessaint.

On peut regretter aussi que le cinéma d’animation n'attire pas les foules car s'il y avait 400 réservations pour la soirée de clôture la salle n’était qu’à moitié pleine, une désertion stupide parce que ce film proposé lui aussi en avant-première témoigne de l’engagement de l’équipe, depuis 1972, de défendre un cinéma auquel les jeunes ont droit. N'oublions pas l'entièreté du sigle du CNC qui signifie centre national du Cinéma et de l’image animée.

L’animation autorise un niveau de création maximum. On se souvient de l'excellent Valse avec Bachir, des films de Tim Burton et on entendra beaucoup parler du Magasin des Suicides de Patrice Lecomte.
J’ai été sensible au Jour des corneilles, à ce film étonnant, à sa poésie. Il ne faut pas oublier qu’un très bon film pour les jeunes est un bon film pour les adultes, à l'instar d'un livre. Je le souligne très régulièrement dans le domaine de la littérature jeunesse.

Le gibier est celui qui se fait croquer, compris ? C’est la première phrase du film qui commence avec des craquements et des cris d’oiseaux sur un ciel de tempête.

Le fils Courge vit au cœur de la forêt, élevé par son père, un colosse tyrannique qui y règne en maître et lui interdit d'en sortir. Ignorant tout de la société des hommes, le garçon grandit en sauvage, avec pour seuls compagnons les fantômes placides qui hantent la forêt. Jusqu’au jour où il sera obligé de se rendre au village le plus proche et fera la rencontre de la jeune Manon…

L’enfant cherchera à retrouver l'amour de jeunesse de son père, pour qu'il l'ait de nouveau à l’intérieur de lui et que tout redevienne comme avant. A cette découverte  mon jeune voisin murmure oh c’est trop beau. Mais à la toute fin du film il dira oh c’est trop triste.

Les voix de Jean Reno, de Loran Deutch, d'Isabelle carré et de Claude Chabrol concourent à la qualité de ce film à voir en famille pour parler ensuite du bien et du mal, de la paix et aborder ce qu'est le travail du deuil. 

samedi 15 septembre 2012

Apart Together de Wang Quan'an pour Cuisine et cinéma

Le titre aurait pu être je pars, je reste ou une autre antithèse comparable.

Qiao Yu’e et Liu se retrouvent après 50 années de séparation. En 1949, soldat dans l’armée nationaliste, Liu a fui Shanghai devant l’avancée des troupes communistes. Parti se réfugier à Taiwan alors coupé de la Chine continentale, il a laissé derrière lui sa femme Qiao Yu’e enceinte de leur enfant. Cinquante ans plus tard, il retourne à Shanghai où il retrouve son amour de jeunesse et lui propose de venir vivre avec lui. Mais Qiao Yu’e a refait sa vie…

Le réalisateur a confié qu'il n'a pas mis plus de quatre mois à réaliser tout le projet en s'inspirant de situations plausibles du point de vue de la réalité historique. En 1949, l’armée du Kuomintang, le parti nationaliste chinois, est défaite par les troupes communistes de Mao et se retire sur l’île de Taïwan (appelée Formose à l’époque) avec deux millions de civils. Depuis, malgré quelques tensions, c’est le statu quo, dont aucune des deux parties ne semble vouloir sortir aujourd’hui : Taïwan n’est ni indépendante ni contrôlée par le régime communiste de Chine continentale. Quatre décennies de croissance économique rapide ont fait de Taïwan un des "dragons" d’Asie et ont assuré la prospérité de ses habitants. Depuis le milieu des années 2000, une relative détente politique a succédé au renforcement des liens économiques entre la Chine et Taïwan. Des lignes maritimes et aériennes directes sont ouvertes. Des touristes traversent le détroit. Des familles désunies reprennent contact, de manière un peu comparable à la chute du mur de Berlin.

Wang Quan'an est à peine cinquantenaire. Il appartient à un groupe que l'on désigne comme la 6 ème génération, la même que celle du documentaire The World, projeté hier mais que je n'ai pas vu. De nombreux réalisateurs de tous âges, Jia Zhangke, Wang Xiaoshuai ou bien encore Zhang Yuan, composent cette nouvelle vague dont le cinéma se veut plus urbain, sans doute en hommage aux massacres de la place Tian'anmen qui datent ce mouvement cinématographique à avril 1989. De fait, si son précédent film, le Mariage de Tuya, ours d’or à Berlin en 2007, se déroulait la campagne, Apart Together montre la ville à travers une alternance très réussie de séquences de courses et de repas.

Jusqu'en 1989 les documentaires n’étaient que des films de propagande. Ici on a un film qui est certes une fiction mais qui montre bien comment la réalité peut constituer une source d’inspiration. Les réalisateurs de la 6ème génération qui font de la fiction ont pris un regard de documentaliste.

Wang Quan'an met en lumière le changement de mode de vie engendré par l'urbanisation démentielle de Shanghai. Le film n'est pas encore sorti sur les écrans qu'il témoigne déjà de quartiers qui n'existent plus, à l'instar des ruelles pékinoises de Beijing Bicycle.

Autant la famille était unie et serrée autour de la table quand les grands parents vivaient dans un minuscule appartement communautaire, autant ils sont dans l'isolement de leur "riche" et vaste appartement où personne ne vient leur rendre visite. On pourrait s’étonner qu’elle ait plusieurs enfants mais ils sont nés avant la recommandation de se limiter à un seul.

Rares sont les films dont les personnages principaux sont des vétérans de 75 ans. C'est une réflexion sur la modernité, sur le temps qui passe et qui, comme le dit un des personnages, ne nous attend pas. Ce film là n’est pas frontal dans sa critique mais on devine la lourdeur administrative qui est pointée avec beaucoup d’humour. Devoir se photographier pour divorcer, en fait se marier officiellement, sans doute à cause du partage de l'appartement acquis en commun depuis, a quelque chose de parfaitement surréaliste.

Il aborde aussi la question fondamentale de l’être ou ne pas être. Toutes ces années je n'ai fait que survivre dit l'homme qui voudrait commencer à profiter de la vie et qui, par un coup du sort fait un AVC au moment crucial.

De 1949 et jusqu’en 1976 la Chine fut le pays du grand mensonge. Mais il ne faudrait pas idéaliser le pays d'avant Mao. Les femmes, dont on bandait les pieds, n’avaient pas une vie merveilleuse. Le marxisme leur a apporté un espoir en les plaçant à égalité avec les hommes.

L’action démarre en 1987. Le mot « dette » est invoqué par le vétéran de l’armée nationaliste combattant le communisme qui est parti pour Taiwan, contraint et forcé. Puis très vite on est en 2005, à Shanghai. 

Apart together est un très beau portrait de femme qu'il ne faudra pas manquer quand il sera programmé en salles. Il est assez symbolique de l’ouverture de la Chine, certes encore timide. Peu de confidences sont échangées. Mais on sent un immense regret : des deux cotés on est du même sang.

Les repas sont un moyen de se convaincre que "tout va bien". On cuisine les spécialités de fruits de mer et de poissons à Shanghai, en particulier l'anguille pour les retrouvailles, et puis la marmite de Boudha pour le repas d'adieu. La première réception est l’affaire de toute la famille et du quartier. L’homme est surnommé le « taïwanais ». Il est accueilli en fanfare à sa descente de taxi.

On remarque que le plat principal s'accompagne de multiples coupelles et que tout est posé sur la table en même temps. D'ailleurs dans Ma soeur chinoise on voyait les plateaux tournants superposés au centre de des tables de la cantine, fort pratique pour se servir un peu de tout, et plusieurs fois.

L'alcool semble être très important. On le boit chaud, dans des sortes de coupelles comme on le ferait avec du thé. On chante beaucoup, parfois des chants d'inspiration européenne. L'humour encore une fois imprègne le scénario quand le Crachin est le titre de la chanson qui attire la pluie.

La situation semble inextricable. Impossible pour cette femme d'abandonner l'homme qui a pris soin d'elle et de son fils. Elle a juste la consolation de pouvoir faire à son amour de jeunesse de vrais au-revoir mais qui ont cette fois le goût de l'adieu. L'histoire se répète avec la petite fille dont le fiancé part pour deux ans (deux vraiment ?) aux USA.

Tout espoir est-il vain ? Toujours est-il qu'elle prépare un bol pour un éventuel arrivant de dernière minute à la fin du film.

Cuisine et Cinéma marque une rencontre avec un chef. Serge Limare nous accompagna chaque fois en découvrant lui-même les thématiques. L'année dernière il avait combiné des saveurs méditerranéennes à l'occasion de la sortie en avant-première de El Bulli. Avec la Chine c’est certainement notre dernier épisode car Marianne Piquet quitte les commandes du festival mais il y aura d’autres choses.
Le chef du Chateaubriand nous avait préparé des nems, des samoussas et des bouchées vapeur. Ont suivis un porc laqué, des nouilles aux crevettes et un boeuf aux champignons noirs. Nous pouvions découvrir une bière chinoise avant de gouter à un dessert qu'il avoua n'avoir pas su faire lui-même, des demi-sphères fourrées à la pulpe de marron ou de haricots rouges.
Hôtel restaurant Le Chateaubriand, 418, avenue de la Division Leclerc, 92297 CHATENAY-MALABRY Cedex, Tél.: 01.46.29.98.20

Pour tout savoir de la 11 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

vendredi 14 septembre 2012

Carte blanche à Alain Mazars sur la Chine pour Paysages de cinéastes

J'inclurai le film Last train home, programmé sous l'étiquette Paysages d'histoire car il a en commun avec ceux de la carte blanche de se dérouler également en Chine dont je rappelle que c'est le pays à l'honneur pour cette 11ème édition de Paysages de cinéastes qui se déroule au Rex de Châtenay-Malabry (92).

Il est beaucoup question de la Chine sur le blog depuis quelques semaines (depuis l'exposition au Quai Branly, en passant par la visite de Fu de Cha) mais il me semble qu'il y a tant à découvrir que nous ne sommes pas près de connaitre parfaitement ce pays qui est un véritable univers.
Last train home, dont le titre français, Le Dernier train, rend moins bien compte de la signification du message, retrace la plus grande migration annuelle vécue en Chine puisque près de 130 millions de travailleurs urbains se lancent à l'assaut des gares pour retourner vivre la Fête du Printemps auprès de leur famille restée à la campagne.

Les exigences de la nouvelle économie chinoise forcent les populations rurales à quitter leurs villages pour aller travailler dans les usines, parfois à plus de 2000 kilomètres. Ce documentaire pointe la dureté de la réalité de ces travailleurs migrants qui, en plus ont parfois peu d'espoir de parvenir à rejoindre leur région natale car les services de transport peinent à satisfaire toutes les demandes. C’est une véritable marée humaine qui se déverse dans les gares. Nombreux sont ceux qui dorment dans les stations ferroviaires ou grimpent par les fenêtres des wagons pour se trouver une place dans les trains bondés.

Les Zhang se font les représentants de ce drame social. Le documentariste Lixin Fan les a suivi pendant trois ans, brossant un portrait humain et bouleversant de cette famille déchirée par les changements. Séparés de leur fille devenue elle aussi travailleuse migrante, les parents rêvent d’une odyssée de réconciliation pour le Nouvel an chinois. La violence des rapports avec leur fille est à la limite du soutenable. L'éclatement de la famille semble la conséquence malheureuse de leurs sacrifices.

Le contraste est frappant entre le vert de la campagne et la noirceur de l’atmosphère urbaine, embuée par la pollution. On y voit des travailleurs sans aucune sécurité de l’emploi, ni de prise en charge de frais de maladie. Il nous montre des bébés qui dorment dans les usines. On mange beaucoup et il est vrai que l'importance accordée à la nourriture est une réalité chinoise.

Le réalisateur est parvenu à concevoir un documentaire qui prend des allures de fiction en réussissant à insérer des séquences évoquant les rêves. A la toute fin on remarque combien la crise financière mondiale de 2008 a frappé le peuple chinois de plein fouet.
Being Bicycle, film du réalisateur chinois Wang Xiaoshuai, a obtenu l'Ours d'argent - Grand Prix du Jury - à la 51e Berlinale de 2001 et les deux acteurs principaux, Li Bin et Cui Lin, ont reçu le Prix du meilleur Jeune Acteur.

L'action se déroule à Pékin, dans un cadre essentiellement urbain. Guei (Cui Lin), un adolescent de seize ans originaire de la campagne, reverse à son entreprise une partie de son salaire de coursier, pour rembourser le un magnifique VTT couleur argent avec lequel il travaille. Au cours d'une de ses courses, le vélo lui est volé. Le jeune homme part à sa recherche. Mais Jian (Li Bin), le nouveau propriétaire qui l'a acheté aux puces avec de l'argent dérobé à son père, ne l'entend pas de cette oreille. Pour chacun le vélo représente un enjeu vital. Une solution est-elle possible ?

Beijing Bicycle traduit une réalité chinoise avec une narration tendue du début à la fin malgré une dramaturgie minimaliste. On retrouve une des premières caractéristiques de la société chinoise avec la contrainte de devoir migrer depuis la campagne pour trouver du travail en ville. Il faut savoir que près de la moitié des pékinois sont des migrants.

Pour ce garçon venu de la campagne qui n’a même pas les moyens de se payer un sweat neuf (il doit se contenter d'un vieux pull, toujours le même, marqué par l’usure) le vélo est un outil de travail indispensable. L'objet est un élément initiatique et de séduction pour le second garçon qui se trouve dans une position plus avantageuse. C'est un étudiant  dont la famille connait moins de soucis financiers.

Beijing Bicycle est le premier film d'un ensemble de six longs métrages de réalisateurs originaires de Beijing (Pékin), Taipei (Taiwan) et Hong Kong. Il s'inscrit dans le projet, "Contes de la Chine moderne", par lequel Peggy Chiao, productrice et scénariste, souhaite montrer un nouveau regard sur l'évolution de la Chine sous différents régimes politiques. Elle a donc participé à l'écriture du scénario et le montage 

Le film aurait presque eu sa place dans la catégorie Paysages d'histoire car bien que récent, il nous montre une ville qui a déjà beaucoup changé depuis le tournage. On y voit moins de vélos, et le réseau des petites ruelles autours des pâtés de maison  a probablement disparu comme on le remarquera à propos de Shanghai dans Apart together. Alain Mazars nous fait observer que le vélo aujourd’hui, même en Chine, n’impressionnerait plus autant. Peut-être un scooter … les coursiers devant effectuer leurs livraisons à mobylette.

Ce n'est pas complètement certain parce que le vélo demeure, me semble-t-il, un objet symbolique et mythique (alors que la mobylette exige d'avoir de l'argent pour l'alimenter en essence) d'autant que le déplacement s'effectue sans bruit et donc en assurant une forme de secret. En outre il dispense de toute autorisation de type permis de conduire. C'est le premier moyen de transport un peu rapide qui, dès l'âge de 3 ans, pour les enfants du monde entier est une conquête de liberté. Et si les jeunes pékinois qui veulent faire des démonstrations n’investissent pas des terrains vagues au pied des immeubles mais des tours en construction ce sont les mêmes figures que celles qui sont déployées dans nos cités. Qu'il leur serait impossible de faire avec des engins motorisés.

Wang Xiaoshuai dépeint bien les classes sociales et les rapports entre patron et employés. L'entreprise équipe ici chaque coursier d’un VTT haut de gamme et d'une casquette où le logo fait penser à un drakkar. Vous serez les pigeons voyageurs des temps modernes, leur promet-on.

La caméra place parfois notre regard au ras du sol, nous montrant une forêt de roues. Certains transportent sur leur vélo des quintaux de marchandises. On voit un attelage fragile, qui verse sous le poids d’un matelas d’un lit de deux personnes.

On notera bien sûr un bel hommage au Voleur de bicyclette de De Sica même si, à croire le réalisateur, fervent admirateur d’Antonioni, c’est Blow up qui l'a sans doute davantage marqué. Il a repris à son compte le principe d'instaurer une distance par rapport à l’action en plaçant la violence hors champ. On comprend que le jeune a atterri dans un camion de farine, qu’il a frappé la tête de son rival mais on ne voit pas les incidents se produire.

On songe aussi à Ozu, ce réalisateur japonais qui filmait des paysages entourant les personnages et lui aussi toujours beaucoup de trains.



Robert Chantegris (Alain Bashung) revient en Chine, en 1977, un an après la mort de Mao Tse Tung, et après en avoir été expulsé vingt-sept années plus tôt. Il est accompagné de sa fille, Blanche, envoyé comme instituteur dans une communauté de coopérants français. Les Chinois n'ont alors pas le droit de parler aux étrangers mais une jeune acrobate, Lune d'automne, parvient à entrer en contact avec le français lors de mystérieux rendez-vous. Il apprendra trop tard qu'elle est sa fille. Ma Soeur chinoise est un film sur la mystification du réel et les faux-semblants, dans une Chine qui a toutes les apparences d'un labyrinthe enchanté mais piégé. Réalisé par Alain Mazars, dont c'est le second long métrage de fiction tourné en Chine, avec Alain Bashung, Jean-François Balmer, Ru Ping, Li Heling... sorti en salles en novembre 1994. Il nous donne à voir de magnifiques paysages et nous fait toucher une autre facette, peut-être plus onirique, de ce pays encore secret par de nombreux aspects.

Pour tout savoir de la 11 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

jeudi 13 septembre 2012

Deux expositions proposées par le 11ème festival Paysages de cinéastes, presque trois ...


Un festival de cinéma ce sont bien sûr des films, des rencontres mais aussi des découvertes de tous ordres. Comme les livres qui sont traditionnellement proposés dans le hall du Rex et que l'on peut feuilleter avant ou après les projections.

Ce sont aussi des photos car l'art photographique est indissociable de celui qui porte le numéro 7. Marianne Piquet, la Déléguée générale du festival, avait programmé deux expositions qui animaient deux lieux différents.

Une rétrospective des onze ans de la manifestation dans le hall de l'hôtel-restaurant le Chateaubriand, dont le chef, Serge Limare participe rituellement à la séquence Cuisine et cinéma qui bien entendu sera l'occasion de redécouvrir des plats inspirés par la gastronomie chinoise après la projection d'Apart together samedi prochain.
On revit l'inauguration du Rex, dont la modernité nous est désormais familière, les soirées en plein air et les moments si magiques des Parcours de Lumières dans le Parc de la maison de Chateaubriand.

On se souvient aussi que ce festival a été visité par de très grands noms du cinéma qui, à Chatenay-Malabry et loin des fureurs de Cannes, peuvent discuter avec un vrai public, averti mais sincère. Tous s'étonnent du calme de la cité-jardin qui compose un quartier unique en France, comme l'est ce festival au niveau européen.
Les figures de Claude Miller, parrain historique de la manifestation, de Jean Becker (ci-dessus), mais aussi de personnalités plus régionales, comme Tito, regardent les visiteurs droit dans les yeux. Les clichés de Marc Ducourneau sont émouvants et justes. Nous avions l'habitude de découvrir chaque soir son travail de la veille sur les poteaux du cinéma. Nous en avons été privés cette année mais cette exposition nous console en nous donnant à apprécier des clichés en grand format.
On comprend qu'une page se tourne mais on feuillette les souvenirs avec une certaine nostalgie propre à l'esprit de Chateaubriand, un amoureux des paysages qui devient en quelque sorte le parrain lointain de ce festival.
Le hall du Rex est animé par des tirages extrêmement poétiques de Julie Poupé, dont on peut se demander si son patronyme a fini par inspirer une telle créativité. Il y a trois ans elle est tombée sous le charme de minuscules personnages qui habituellement animent des décors de trains miniatures. Elle ne cesse depuis de les placer dans sa bibliothèque, sur des textes, des cartes, un clavier d'ordinateur, au milieu d'un champ de lettres qui évoque la Chine à merveille, ou sur des pellicules.
C'est une chance de la découvrir car elle expose très rarement son travail. Et, chance supplémentaire, on peut aussi acquérir une ou plusieurs de ses oeuvres, mais le choix sera difficile car l'ensemble constitue une série où chacun répond à l'autre, composant un poème visuel.
Il faudra faire vite cependant car ces bonshommes et bonnes femmes partiront dimanche. par contre vous avez jusqu'à la fin du mois pour apprécier le "Regard sur le Festival" de Marc Ducourneau au Chateaubriand.
Enfin il faut dire un mot des boites qui resteront au Rex et qui ont été composées sous la houlette de Véronique Mallaval (ci-dessus à gauche) qui est aussi cette année la présidente du Jury de la jeunesse. Cette artiste à qui on doit notamment les décors de la Cité des enfants perdus se définit comme sculpteur, maquettiste, créatrice ou chercheuse de choses inhabituelles.
Elle avait il y a quelques mois travaillé avec à construire une réflexion sur les mondes magiques au cinéma en amenant Jessica, Sirina, Nourou, Jeannette, Sharon et Dora à constituer des maquettes de films, enfermées dans des boites que vous pouvez encore apprécier. Son site est passionnant.

Hôtel restaurant Le Chateaubriand, 418, avenue de la Division Leclerc, 92297 CHATENAY-MALABRY Cedex, Tél.: 01.46.29.98.20

Pour tout savoir de la 11 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

mercredi 12 septembre 2012

Rigoni di Asiago, çà vous dit quelque chose ?


Peut-être ne faudrait-il pas discuter des miels ... en affirmant l'un meilleur que l'autre. Il en existe tellement de variétés différentes, selon que les abeilles ont butiné à la saison où fleurissait l'acacia, le tilleul ou la lavande ...

J'avais reçu un très joli coffret de bois avec tout un assortiment, et de miels et de confitures. Le premier pot que j'ai ouvert, un miel de thym, avait satisfait mes papilles et réactivé des souvenirs d'enfance ... très exactement ma première colonie de vacances, passée dans le Jura, à une époque où il n'était pas obligatoire d'avoir des sanitaires corrects pour accueillir des gamins. Les murs du dortoir étaient blanchis à la chaux. La baignoire était ... le lit du torrent qui coulait en contrebas du chalet. L'avantage était que l'eau y courait fraiche et qu'on n'avait pas besoin de faire la queue pour se laver.

Se lavait-on ? Il n'y a plus de témoin pour le garantir. Mais on était revenu le teint hâlé et parait-il que l'hiver qui suivit nous n'eûmes pas le moindre rhume. Vu que je suis retournée cet été dans la région (ah les hasards de la vie) j'espère passer les mois prochains en pleine forme même si j'ai bénéficié d'une salle d'eau.

Le second pot fut une confiture de framboises qui avait provoqué un fort questionnement autour de moi parce qu'elle garantissait l'absence de sucres ajoutés. Or la confiture réclame un poids de sucre égal au poids de fruits, à peu de choses près. Nous avons gouté avec scepticisme. Et nous avons compris que cette Fiordifrutta était plutôt une purée de fruits, un peu acide d'ailleurs, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'elle est enrichie en jus de pomme.

Voilà sans doute pourquoi je suis moins enthousiaste pour ces pots, qu'ils soient au citron ou à la figue, m'attendant à autre chose qu'à une compotée et ne voyant pas comment les utiliser autrement qu'en accompagnement d'un fromage blanc ou d'une crêpe. Sur la tartine du petit-déjeuner j'ai besoin d'une "vraie" confiture. Les habitudes prises dans l'enfance sont décidément indéracinables.
Il y avait aussi un pot de miel de chataigner surprenant par son amertume. Reste à ouvrir le sixième, grand concurrent annoncé d'une célébrisssime pâte à tartiner à la noisette, elle aussi italienne, en bas à droite sur la photo ci-dessous.
Cette Nocciolata mérite haut la main le terme de tuerie qui désigne un produit ou un plat à faire damner un saint. Elle mérite bien qu'on accorde de l'importance à cette marque transalpine que je ne connaissais pas et dont j'avais entendu moult compliments, Rigoti di Asagio qui plus est garantit des produits biologiques.

Merci à Ophélie qui avait organisé sur son blog le concours dont je fus l'heureuse gagnante.

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