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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 20 octobre 2012

Gisèle Bienne et Brigitte Smadja n'aiment pas les maths

Brigitte Samdja supplie son père de l'oublier un peu. Gisèle Bienne décrit une planète maths cauchemardesque. Voici deux livres roses, illustrés par Sébastien Millet pour la collection Neuf de l'Ecole des loisirs, sur des sujets qui ne le sont pas mais qui s'accordent avec le ton du mois d'Octobre, dédié au dépistage, et que l'on peut lire pendant les vacances de Toussaint, à défaut de faire des devoirs, avant qu'ils ne soient effectivement interdits.

Le ben voilà embarrassé des parents annonce la catastrophe : ils s'aiment bien mais ils s'aiment plus. Il va falloir intégrer des propositions grammaticales modifiées : chez nous deviendra chez moi ou chez ta mère. Et se faire à un nouveau rythme, en subissant l'alternance d'un week-end sur deux qui ne laisse jamais de répit. Curieusement le père va consacrer plus de temps à sa fille et ce "plus" va vite devenir un "trop" insupportable. 

Brigitte Smadja nous avait habitué à découvrir le monde avec les yeux de Maxime. Mais c'est avec le regard d'une jeune fille qu'elle aborde la délicate question de l'éclatement de la cellule familiale. Naomi a la désagréable impression d'être devenue une case sur un agenda (page 91) condamnée à visiter des musées, des églises, des citadelles.

Malgré sa bonne volonté, elle craque, explosant qu'elle en a marre du Scrabble, des échecs, du crawl, des balades à vélo , (...), du zoo, des programmes, des emplois du temps (page 105). Elle a beau être fan de Matilda, le film culte que Dany de Vito a réalisé à partir de l'aventure écrite par Roald Dahl et être fille d'un père chercheur en mathématiques elle se sent un vilain petit mouton noir infichue de comprendre les nombres décimaux.

Ce qu'elle aime c'est chanter, que ce soit Amy Winehouse ou Georges Brassens et elle rêve que son père la laisse vivre sa vie. Il y a des jours où les paroles dépassent la pensée. Quand elle le supplie de l'oublier un peu imagine-t-elle qu'il va le faire pour de vrai ?

On se demande parfois qui est le plus adulte des deux. L'écriture de Brigitte Smadja sonne juste et son livre pourrait se partager en famille, en écoutant Tambourine man de Bob Dylan, histoire de mettre d'accord les générations. Naomi se moque gentiment de son père qui devrait apprendre à devenir plus autonome. Elle confesse de son coté qu'elle aimerait quand même qu'il lui explique comment faire pour diviser 3657 par 0,875.
J'avoue n'avoir pas compris la nature de ce problème et ce n'est pas vers Gisèle Bienne que je vais me tourner pour obtenir une réponse. Celle-ci revient sur son enfance en tentant d'exorciser la terreur que l'univers mathématiques lui a fait vivre au quotidien.

Petite fille excellant en poésie et littérature, elle ne parvenait pas à aligner les chiffres, imputant la faute au fait qu'elle fut une gauchère contrariée. Elle était (est) sans doute dyspraxique, un handicap aujourd'hui reconnu à l'école, même s'il est encore insuffisamment dépisté. On ne se moque plus des difficultés gestuelles de ces enfants reconnus "dys" et qui bénéficient d'un temps supplémentaire aux examens.

Gisèle décrit avec précision sa souffrance d'enfant, car il ne fait pas de doute que son ouvrage est autobiographique. Elle se cache derrière le personnage de Mathilde sans doute parce que le souvenir d'un zéro anodin pour le maitre mais capital pour elle pourrait encore lui mettre le feu aux joues rien que d'y penser : ce zéro, c'est un coup de poignard dans mes rêves. (...) Un tremblement de terre. Jamais ça ne passera (page 95).

Donc Mathilde est lente. Elle se fatigue plus que les autres, est mal organisée avec des conséquences dans les notions de temps et d'espace, alors qu'elle est très intelligente. A 9 ans et demi elle compte toujours sur ses doigts, en les cachant sus la table, se sentant en maths comme une sorte d'analphabète, elle qui a su lire sans apprendre. On comprend qu'elle rêve d'être un animal à l'aise sur ses quatre pattes sans que l'une d'elles prenne l'ascendant sur l'autre.

Au lieu de cela la petite fille se sent prisonnière d'un labyrinthe, d'une forteresse ou d'un cachot. Pourtant elle s'applique. Elle aura beau élaborer des stratégies pour conjurer le sort, comme porter des vêtements bleus, toucher du bois, le pire sera atteint avec ce zéro pointé à l'encre rouge qui lui infligera la honte de sa vie, qui lui donnerait envie de mourir. Son récit est une occasion de mieux comprendre en quoi l'école peut devenir synonyme de violence pour un enfant quand la bonne volonté ne lui est d'aucun secours.

Fort heureusement pour Gisèle, alias Mathilde, l'auberge des mots sera plus hospitalière que celle des maths, avec de grandes fenêtres qui laissent passer la lumière et un beau grenier rempli de livres (page 88).

Brigitte Smadja, Oublie-moi un peu, papa ! collection Neuf, Ecole des loisirs, août 2012
Gisèle Bienne, La planète maths, collection Neuf, Ecole des loisirs, septembre 2012

Autres ouvrages du même auteur chroniqués sur le blog :
On n'est pas des oiseaux, Gisèle Bienne, collection médium de l'École des loisirs 2011
La vie cachée des poupées de Gisèle Bienne, collection Médium de l'Ecole des loisirs, mars 2012
Site internet : www.giselebienne.com

vendredi 19 octobre 2012

Nigella Espress cuisine vite et bien pour Hachette

Si la page de garde est illustrée d'une locomotive c'est que Nigella Lawson est capable de cuisiner à très grande vitesse, mais sans rien concéder au plaisir et aux saveurs.

Les premières pages donnent le ton. L'auteur promet d'abréger le bavardage dans les chapeaux introductifs des recettes. Elle parvient effectivement à faire tenir chaque explication sur une seule page et à nous épargner le dilemme de tourner les feuilles avec les doigts sales. Mais pour ce qui est de son bagout, je n'ai pas senti de restriction. Et c'est pour cela que j'ai aimé ce livre.

Je m'y suis promenée avec le sentiment de rencontrer pour une fois une jeune femme à laquelle je pouvais m'identifier sans complexes. Entre gourmandes hyperactives on se comprend vite.

Nigella met les pieds dans les plats, renvoyant au placard les chefs qui compliquent les manoeuvres et emploient des ingrédients que vous ne trouverez qu'après des courses interminables et dont vous n'aurez au final que peu d'utilité. Elle promet donc que si elle nous pousse à l'exercice elle nous donnera plusieurs occasions de l'employer. Elle ajoute pour rassurer le lecteur qu'elle indiquera au lecteur comment se procurer les ingrédients rares en ligne.

Comme les sirops Monin dont elle raffole. Sauf que chez nous, en France, ce n'est pas bien sorcier de s'en procurer. Je les adore tous, avec un penchant net pour le Mojito à la menthe glaciale que j'ai découvert il y a quatre ans. C'est une autre histoire pour le sel de Maldon qui est récolté dans l'Essex, et qu'elle utilise presque à toutes les sauces. On substituera par de la fleur de sel de Guérande mais en perdant le parfum iodé qu'elle apprécie tant.

Le golden syrup est une denrée incontournable des desserts qu'elle propose. Il n'est pas impossible de le dénicher dans les épiceries parisiennes spécialisées. En cas d'urgence ce sirop de sucre de canne ambré pourra être remplacé par du miel ou du sirop d'érable.

L'Old Bay seasoning est un mélange d'épices typiquement américain que l'on peut faire soi-même en broyant en proportions égales graines de livèche - graines de moutarde - paprika - gingembre en poudre - graines de cardamome - un peu moins de noix de muscade et de cannelle en poudre - 1/2 piment oiseau - 1 feuille de laurier-sauce et 3 clous de girofle.

J'ai réglé la question de la sauce Hoisin (pour accommoder le canard de la page 112) en laissant mariner des gousses d'ail dans de la sauce soja pendant un bon mois, évidemment cela suppose d'anticiper mais une fois faite on l'emploie selon ses besoins. Pour la crème de tartre (employée pages 136 et 248) on essaiera du jus de citron si son pharmacien ne peut pas nous dépanner.

Le secret de Nigella est de concilier les contraintes, ou du moins de ne pas se laisser submerger par trop de pressions et surtout pas par le stress des invités de dernière minute et la montagne de vaisselle en fin de soirée. On devine une longue pratique.

On le sait déjà : il est préférable d'anticiper, de préparer en grandes quantités, quitte à en congeler la moitié, d'associer pour un même repas une recette économique en temps de préparation avec une autre qui le sera moins, de songer à faire les courses en amont, de bien faire ses calculs (une durée de cuisson d'une heure n'est pas un handicap puisqu'on ne va pas rester plantée devant le four pendant tout ce temps alors que mélanger un risotto vingt minutes sans souffler pourra handicaper la soirée).

Chacun son truc. Beaucoup de ses conseils figurent déjà dans les Secret cooking que je livre sur le blog. Préparer des bocaux, des flacons de sel aromatisé avec divers ingrédients (citron vert râpé à la mandoline, vanille ...), 

Mes truffes au thon sont très voisines de son pâté de truite fumée (page 61). Et cela fait belle lurette que je casse en morceaux une meringue dans une coupe avant d'y ajouter de la glace et des fruits sans savoir que c'est une variante de l'Eton mess.

Comme Nigella j'ose le roquefort en version sucrée. Pour preuve ces dattes fourrées. Je ne recule pas à employer le fromage en salade et en association avec des fruits. Je suis sure que ma salade Chateaubriand ravirait les papilles de la chef anglaise et qu'elle adopterait cette façon de préparer la pâte à tarte avec des petits suisses.

Cette anglaise nous livre ses trucs. On pourrait même dire qu'elle se livre. Car elle laisse transparaitre beaucoup de son mode de vie, avoue ne pas respecter scrupuleusement les proportions, ce qui nous libère d'un gros poids à l'heure du diktat de la pesée au gramme près. Si vous voulez cuisiner vite et bien lisez ce bouquin. Et oubliez le, pour le digérer et vous réapproprier la méthode avec les plats que vous aimez et souhaitez partager avec vos amis ou en famille.

Reprenez le en main à intervalles réguliers pour intégrer un tour de main qui ne vous est pas encore familier ou qui ne vous vient pas à l'esprit. Comme les oeufs cocotte (page 65). Son emploi d'une huile parfumée à l'ail va vous inspirer. La combinaison cidre-moutarde-crème fraiche n'est pas révolutionnaire mais il fallait y penser. Idem pour ce qui est d'allonger l'houmous vendu en barquette avec moitié de son volume de yaourt grec, du cumin moulu et un zeste de citron râpé. Bientôt vous aurez toujours un sachet de calamars entiers dans votre congélateur (page 16) et vous aurez envie de servir la fondue au fromage avec des cubes de légumes  et vous remplacerez la banane (fade) par la mangue pour un Mango split (page 78) que vos enfants plébisciteront.

Nigella nous rend libre et décomplexe la gourmandise. Les recettes du chapitre Réconfort sont à bannir des régimes. Si ses desserts auraient tendance à pencher sur la balance calorique elle a tout de même des astuces qui sont à copier, comme le recyclage des céréales en garniture de crumble, et le déglaçage des foies de volaille avec un vinaigre de Xérès allongé de sirop d'érable.

Je retiens aussi quelques-unes de ses méthodes. Par exemple sa solution express pour les pancakes (page 92) et elle m'a fait redécouvrir le pain perdu avec la confiture, ce qui va me permettre d'écluser les fonds de pots car j'ai la manie d'en ouvrir plusieurs en parallèle pour varier les petits déjeuners.

Quelle bonne idée de sous-cuire poisson et viande qui vont terminer tout seuls (et sans surveillance) dans une papillote hermétique de papier d'alu, pendant les cinq minutes nécessaires à achever la préparation du plat. Il fallait y penser : abandonner des tomates toute une nuit dans un four encore chaud pour les récupérer confites le lendemain sans avoir pris la peine de les surveiller.

Comme elle je n'éplucherai plus les pommes de terre de mon prochain gratin. Je les cuirai dans un mélange de lait et de vin (page 39) et je suis rassurée de constater qu'on peut oser dire que des légumes qui ne sont plus de la première fraicheur restent encore cuisinables (page 35). Comme elle je vais enfin réussir un cheesecake en été sans allumer le four (page 81).

Associer des Saint Jacques avec du chorizo (page 153), le poulet avec le bacon et le vin blanc (page 143), le Baileys au tiramisu (page 135).

Sa cuisine est rustique comme un bistrot de quartier parisien. Sa pizza nan (page 19) décomplexera les mères de famille. Ses crêpes au pesto sont une nouveauté. On va pourvoir manger avec les doigts sans rougir et rater un plat sans en faire un drame (page 29).

Je ne suis pas sure que j'aurais placé la morue fumée aux haricots blancs en première ligne (page 4). La culture britannique est nettement sous-jacente, avec un exotisme très indien ou asiatique. Mais comme son saumon poêlé avec ses nouilles Singapour (page 43) est tentant ! Et ses bidouillages italiens du chapitre Presto donnent envie de s'y mettre illico. Sa salade de pâtes (page 169) se décline à l'infini. Nigella nous embarque aussi dans sa marmite jusqu'au Mexique à toute vapeur.

Je lui pardonne sa version peu académique de la salade niçoise pour une bonne raison : elle boit la bière glacée et croyez moi, c'est rare pour une anglaise.

Nigella Express de Nigella Lawson, Hachette Cuisine, septembre 2012
Les anglophones pourront la lire dans le texte sur son site

jeudi 18 octobre 2012

Astérix et Obélix au service de sa majesté

Comment ne pas craquer avec les soucis qui se profilent pour tout le monde ? Entre les absurdités des responsables politiques, les tracas quotidiens, les errements administratifs (je reviendrai sur le sujet avec le nouveau livre de Zoé Shepard dans quelques jours dont pour le moment vous pouvez encore lire le premier), et quelques films magnifiques mais peu réjouissants comme Quelques heures de printemps que je vous recommande malgré tout ... il faut des occasions de sourire, et si possible de rire.

Le dernier Astérix et Obélix apporte l'oxygène nécessaire et ça fait grand bien. Les puristes pointeront les anachronismes, preuve qu'ils connaissent l'évolution des institutions. D'accord il n'y avait pas de reine d'Angleterre à l'époque d'Astérix. Mais ... il n'y avait même pas d'Astérix qui n'est pas un personnage historique, pas davantage qu'Obélix et tous les ces "loustixes" qui nous amusent tant.

Même si on n'a pas pris garde au titre le générique évoque James Bond avec une musique cuivrée qui donnerait envie de se lever et de danser. Le duo d'enfer se place au service de sa majesté tels des James Bond des temps anciens, lequel James n'est pas lui non plus une réalité géopolitique. Jean Valjean s'appelait Pierre Maurin et personne n'a jamais reproché à Victor Hugo d'avoir changé son nom pour écrire les Misérables.

D'accord, j'ai été choquée ... euh surprise d'entendre Jules César prétendre avec mégalomanie qu'on datera les évènements avant ou après JC. Il a tout de même des circonstances atténuantes puisqu'il ne savait pas, quand il s'est lancé à la conquête de la Gaule qu'un homme plus célèbre que lui allait venir sur le devant de la scène avec les mêmes initiales. Je rappelle aux cancres que la bataille d'Alésia, qui est autre chose qu'une station de métro, s'est déroulée 50 ans avant JC, Jésus-Christ, au grand dam des jeunes des cités qui réclament qu'on ne parle plus de religion à l'école ...

Il suffit ! On ne va pas voir Astérix pour prendre une leçon d'Antiquité. Si les râleurs ne peuvent pas faire la trêve pendant presque deux heures ... et bien qu'ils aillent voir ailleurs si les Jules y sont, Ferry ou César.

J'ai trouvé le film très drôle. Avec beaucoup d'allusions au monde d'aujourd'hui comme le sans papyrus pour désigner un émigré, l'invention de l'eau chaude (le thé), le premier match de calebasse (rugby) dont on sait bien par ailleurs que l'on doit ce sport à des étudiants d'un collège qui se lassaient d'employer leurs pieds pour taper dans le ballon.

J'ai apprécié le casting. Catherine Deneuve en reine mère, parlant français avec un accent anglais à couper à la petite cuillère, est absolument divine. Guillaume Gallienne (alias Jolitorax), sociétaire de la Comédie-Française, lui donne la réplique avec finesse. Et Fabrice Luchini, égal à lui-même est un Jules César évident.

Gérard Depardieu interprète un Obélix toujours aussi fidèle. Il fait un amoureux délicieux de la sapritchienne Valérie Lemercier. Et j'ose l'écrire, Edouard Baer campe un Astérix moins nerveux et plus crédible que Christian Clavier, en tout cas il redore en quelque sorte le bouclier du gaulois moyen.

Pour ceux qui ne les reconnaitraient pas, parce que leurs costumes et leurs maquillages les métamorphosent, il y a aussi Gérard Jugnot en capitaine des pirates, Dany Boon en Tetedepiaf et Bouli Lanners en Grossebaf. Les effets spéciaux sont remarquables et les paysages grandioses, filmés en Irlande, à Malte et en Hongrie.

Goudurix est une (bonne) surprise. Vincent Lacoste incarne un personnage assez représentatif de la jeunesse actuelle. La pédagogie dont fait preuve Obélix à son égard est proche de ce que bien des parents se retiennent d'appliquer. On entend les BB Brunes et on devine des allusions aux Beatles et à la pochette culte d'Abbey road. On reconnait aussi au passage What a Wonderful World, la chanson de Bob Thiele et George David Weiss, qu'enregistra pour la première fois Louis Armstrong en 1967, cette fois interprétée par Joey Ramone. De quoi réjouir toutes les générations. Alors ne boudons pas notre plaisir et amusons nous franchement ! Honni soit qui mal y pense, comme disent nos amis grand-bretons ... et en français dans le texte.

mercredi 17 octobre 2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka chez Phébus



(mise à jour 5 novembre 2012)

Il y a des domaines où la littérature jeunesse précède celle qui s'adresse aux adultes. J'avais cet été rédigé un billet dès la découverte du Fil à recoudre les âmes que Jean-Jacques Greif a publié à l'Ecole des loisirs au sujet de ces immigrés japonais, devenus citoyens américains, et installés sur la cote californienne avant 1940, subitement pestiférés du jour au lendemain.

Je n'ai donc pas été surprise par le thème du livre de Julie Otsuka. Mais son contenu m'a néanmoins abasourdie. Jugez-en avec ces deux extraits :
Sur le bateau, la première chose que nous avons faite - avant de décider qui nous aimerions et qui nous n'aimerions pas, avant de nous dire les unes aux autres de quelle île nous venions et pourquoi nous la quittions, avant même de prendre la peine de faire les présentations -, c'est comparer les portraits de nos fiancés. C'étaient de beaux jeunes gens aux yeux sombres, à la chevelure touffue, à la peau lisse et sans défaut. Au menton affirmé. Au nez haut et droit. A la posture impeccable. Ils ressemblaient à nos frères, à nos pères restés là-bas, mais en mieux habillés, avec leurs redingotes grises et leurs élégants costumes trois-pièces à l'occidentale. Certains d'entre eux étaient photographiés sur le trottoir, devant une maison en bois au toit pointu, à la pelouse impeccable, enclose derrière une barrière de piquets blancs, d'autres dans l'allée du garage, appuyés contre une Ford T. Certains avaient posé dans un studio sur une chaise au dossier haut, les mains croisées avec soin, regard braqué sur l'objectif, comme s'ils étaient prêts à conquérir le monde. Tous avaient promis de nous attendre à San Francisco, à notre arrivée au port.
Sur le bateau plusieurs d'entre nous emportaient des secrets qu'elles se juraient de ne jamais révéler à leur mari. Peut-être qu'en réalité nous avions résolu d'aller en Amérique pour retrouver un père qui avait abandonné sa famille très longtemps auparavant. Il est parti travailler dans les mines de charbon du Wyoming et nous n'avons plus jamais eu de ses nouvelles. Ou peut-être laissions-nous une fille, engendrée par un homme dont nous nous rappelions avec peine le visage - un conteur itinérant qui avait passé une semaine dans notre village, un prêtre bouddhiste errant qui s'était arrêté un soir tard chez nous, sur la route du mont Fuji. Nous avions beau savoir que nos parents s'occuperaient bien d'elle - Si tu restes ici, au village, nous avaient-ils prévenues, tu ne trouveras jamais de mari -, nous nous sentions coupables d'avoir choisi de privilégier notre vie aux dépens de la sienne et, durant le voyage, pendant bien des nuits nous avons pleuré en pensant à elle, jusqu'au matin où nous nous sommes réveillées en décrétant : "Ça suffit", et nous nous sommes mises à penser à autre chose. Au kimono que nous porterions le jour de notre arrivée. A notre coiffure. A ce que nous dirions quand nous le verrions. Parce qu'à présent nous étions sur le bateau, le passé était derrière nous et il n'y avait pas de retour possible.
Julie Otsuka est née en 1962 en Californie, où elle passé toute son enfance mais elle vit actuellement à New York. Petite-fille d'immigrés japonais, elle a étudié les beaux-arts à l'Université de Yale et entamé une carrière de peintre. La trentaine venue, elle a décidé de se consacrer pleinement à l'écriture et publié en 2002 un premier roman très remarqué, Quand l'empereur était un dieu, paru deux ans plus tard en France : un livre inspiré par l'histoire de son grand-père, suspecté de trahison après l'attaque de Pearl Harbor en 1941 et interné dans un camp de l'Utah pendant trois ans. 

Avec "Certaines n’avaient jamais vu la mer", elle revient sur cet épisode peu connu, sans doute parce qu'il est entaché de honte, des migrants japonais aux Etats-Unis au début du vingtième siècle. Outre l'intérêt historique, ce livre, plutôt mince, est d'une densité affective intense.

Le plus souvent écrit à l'imparfait, un temps que l'on emploie pour raconter des faits qui durent, le récit semble s'étirer à l'infini, jusqu'à nous. Julie Otsuka ne se focalise pas sur une famille en particulier mais sur une immensité. Ce ne sont pas quelques individus qui prennent chair sous sa plume mais l'entière cohorte des femmes importées du Japon pour disposer d'une main d'oeuvre gratuite dans les exploitations agricoles, les blanchisseries ...

Si bien qu'on ne s'identifie à aucune tout en les voyant vivre. La presque totalité du livre est à la première personne du pluriel avec un nous curieusement singulier qui énumère toutes les situations possibles comme on en a un aperçu dans les extraits choisis.

Avec parfois une phrase ou quelques mots en italiques comme si cette parole là avait une importance particulière, une sorte de verbatime recueilli au plus près de ces femmes. Les prénoms sont cités, les lieux sont donnés, mais chacun résonne finalement comme anonyme, composant une armée de l'ombre sur laquelle on promènerait une lampe torche un bref instant.

Face à elles se dressent les autres, les américaines "d'origine". Toutes dans le même sac mais toutes différentes elles aussi. Et puis le féminin pluriel inclue encore les hommes. Il y a nous, les nôtres, qui font face à eux, ils, leurs hommes ..., qui représentent les propriétaires, leurs enfants, leurs serveurs, leurs coiffeurs ... dont presque aucun ne leur tendra la main.

Et pourtant elles travaillent comme des forcenés. Julie Otsuka le dit avec un humour corrosif. Les japonais sont des bosseurs hors pair : une horloge et un lit, voilà deux choses qu'un paysan japonais n'utilisera jamais dans sa vie (page 45). Humour encore dans le choix des prénoms de leurs enfants pour celui ci qui signifie encore un ou cet autre çà suffit.

L'auteur restitue des détails qui passèrent inaperçus pour les autochtones qui n'eurent qu'une considération éphémère à leur égard. Elles engrangèrent des éloges qui fondront comme neige au soleil après l'attaque surprise de la base américaine de Pearl Harbor, en 1941.

Les japonais américains furent gommées par l'histoire. Ils sont devenus invisibles. Le roman change de ton : nous irions, nous mettrions ... nous partirions ... en attendant nous resterions en Amérique ... même le présent est au conditionnel.

Les interdictions se multiplient, provoquant une peur paranoïaque et panique qui se dilue dans le déni car parfois mieux vaut ne pas savoir (page 132) et dans la honte d'être encore préservé. Tout fait rumeur. Le doute est constant malgré l'espoir du miracle jusqu'au bout. A l'instar de la musique répétitive, ce livre à la fois tragique et magnifique se prolonge en un écho infini.

Le 5 novembre 2012 la resse annonce l'attribution du Prix Femina Etranger à ce livre. Une belle récompense qui décidera un lectorat plus large à l'ouvrir.

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka, traduit de l'anglais (États-Unis) par Carine Chichereau, Phébus, août 2012

Le fil à recoudre les âmes de Jean-Jacques Greif, collection Médium, Ecole des loisirs, avril 2012

mardi 16 octobre 2012

Octobre rose, culturellement parlant comme culinairement

Octobre rose ... vous en avez sans doute entendu parler. Mais il est des sujets qu'il faut marteler. Il s'agit de ne pas oublier que le dépistage est crucial en terme de cancer. On incite donc les femmes à faire une mammographie régulièrement. On pourrait aussi insister sur le test hemo-cult destiné à rechercher des traces de sang dans les selles car le cancer colo-rectal est une autre calamité.

Pour marquer les esprits on cible le mois d'octobre et la couleur rose, synonyme de bonne mine et de joie de vivre. Culturellement je ferais le lien avec la couverture d'un des ouvrages conçus par Denise Bloch en collaboration avec Rachel Quinet dans la Collection Zoom. Celui-ci concernait Baccarat en offrant un autre regard sur les orfèvres de la lumière.

Le Zoom sur Émile Gallé est épuisé depuis 2006 et plutôt que de le rééditer et parce qu'il y a tant de choses à montrer et à dire sur Émile Gallé l'éditeur, qui porte le joli nom de Association d'idées, a refait en septembre dernier un nouvel ouvrage  intitulé “Zoom sur Émile Gallé 2, un autre regard sur les œuvres peu connues du Maître de l'École de Nancy",

Par ses balades photographiques surprenantes, Denise vous emmène dans lʼunivers des trésors de notre patrimoine artistique français. En rencontrant quelques collectionneurs, et en parcourant nos musées de France, elle a découvert une multitude de perles rares très peu connues du public.
Comme pour celui qui est centré sur Baccarat, cet ouvrage montre par son osmose avec la nature, comme jamais auparavant, la délicate alchimie du mariage de l'art et de la technique. L'objectif photographique "colle" au plus près à la matière vivante de l’iconographie des œuvres, en faisant preuve parfois, d'une imagination débordante pour faire apparaître la représentation vivante du décor floral ou de l'animal choisi. Avec de la poésie, des contes et des récits mythologiques en contrepoint.
Ce livre a été réalisé en collaboration avec le Musée du Verre et du Cristal de Meisenthal, le Château-Musée de Boulogne-sur-Mer, le Musée des Beaux-arts de Reims, le Domaine Vranken-Pommery, Paul Montagne, Conservateur au Conservatoire des sites lorrains et Philippe Thiébaut, Conservateur en chef au musée dʼOrsay.

On peut feuilleter tous les ouvrages de la collection à l’adresse web de la boutique en ligne avant de commander : http://www.editionszoom.com

Culinairement, j'ai choisi un légume qui, lorsqu'on le prépare à la maison, serait presque un fruit, à savoir la betterave. Il m'arrive d'en acheter dans une ferme. Cette fois c'est mon marchand de légumes qui m'en a cédé un plateau entier pour le prix d'un bulbe cuit plutôt que de les jeter parce que ces légumes étaient, comment dire, défraichis.
Toujours est-il qu'après 40 minutes de cuisson en autocuiseur dans une eau vinaigrée j'ai récupéré des bulbes carrément délicieux que l'on meut manger nature, ou, si on veut raffiner, avec une vinaigrette faite avec un vinaigre de coquelicot ... rose lui aussi.
Prenez soin de vous !

lundi 15 octobre 2012

Ma Tatin et moi

Je n'ai pas été tendre avant-hier avec les émissions de téléréalité culinaires. J'aurais pu mettre dans la même cocotte la dernière saison de l'Amour est dans le pré (dont la version belge m'a semblé plus respectueuse des individus). On dirait que les équipes sont débordées par leur succès et ne voient plus très clair dans les motivations des candidats.

Je vais aujourd'hui me soumettre à l'exercice de la création éclair en vous donnant le secret de ma Tatin. Secret, façon de parler parce que ce n'est pas sorcier comme dessert.
Ma méthode n'est pas très académique mais elle fonctionne. Je place un moule à manqué (à bords hauts) sur le gaz. Je saupoudre de sucre. Cette fois j'avais osé un sucre aromatisé qui évoquait le feu de cheminée, la neige, un Noël prochain ... histoire de consoler tout le monde de la pluie qui ne cesse de tomber.

Je dépose quelques morceaux de beurre salé (j'ai du être influencée par Frédéric Anton qui ne cesse de râler à juste titre qu'il ne faut pas oublier les assaisonnements, à moins que j'ai subitement eu un désir de caramel au beurre salé). 

Je n'attends même pas d'avoir un caramel. Dès que le beurre est fondu et que le sucre semble l'être tout autant je pose des gros morceaux de pommes en privilégiant une variété comme la Belle de Boskop, qui ne se "démolira" pas en cours de cuisson.
J'ose des triangles pour boucher les trous. Je couvre d'une pâte toute faite. Mais j'ai l'idée de la fendre au milieu pour laisser échapper la vapeur.

Au four thermostat 6 pour 40 minutes. Je retourne sur le plat de service dès la sortie en prenant garde que le caramel qui s'est formé depuis ne s'échappe pas et je sers tiède, sans crème fraiche ni autres fioritures, comme on le fait en Sologne, à Lamotte-Beuvron, là où la recette à été créée par les célèbres soeurs.

Il y a des jours où je remplace les pommes par des poires, ou même par des mangues quand je dispose de fruits murs à point qui risqueraient de se perdre.

dimanche 14 octobre 2012

L'Ouest solitaire ... à Yerres (91)

L'Ouest solitaire était l'an dernier à l'affiche du Théâtre Marigny mais c'est à Yerres (91) que je suis allée la voir aujourd'hui. Elle n'est pas récente : elle avait été donnée au Théâtre du Rond-Point en 2003, dans une mise en scène de Bernard Bloch qui l'avait présentée en Avignon l'été précédent.

En résumé, dans une vieille ferme de Leenane, en Irlande, les deux frères Connor,  Coleman et Valene, environ cinquante ans, se disputent après la disparition de leur père, dans cette campagne reculée du Connemara où la moindre querelle peut rapidement tourner à la tuerie. Sensible à cette mésentente, le Père Welsh, nouveau venu dans la contrée, tente de faire surgir un peu d'amour fraternel. Et Girleen, seul élément féminin de cette vie sans horizon, d’y insuffler l’espoir de quelques moments de plaisir.

Le décor est sombre, très sombre, et à la limite du kitsch. Il faut dire que pas un des deux frères ne rachète l'autre par son bon goût. Quand l'un collectionne les statuettes pieuses (ce qui ne l'empêche pas d'avoir l'âme aussi noire que le fond d'un puits) l'autre enchaine les jurons et les crises de nerf, au motif qu'il ne supporte pas la critique, comme les très jeunes enfants qui aujourd'hui réagissent mal à la frustration.

Névrosés de naissance, n'ayant jamais rencontré, et encore moins appris, la douceur ou la moindre tendresse, Coleman et Valene se déchirent jusqu'au massacre. Il faut prendre garde de ne pas entendre leurs querelles au second degré, tant Bruno Solo (Coleman) nous a habitué à la dérision à travers ses numéros de Camera Café. Le spectateur a besoin d'un petit temps d'adaptation pour se persuader que c'est bien d'un drame qu'il s'agit même si tous ceux qui connaissent un tant soit peu le théâtre irlandais n'ont pas de doute sur la question.

On retrouve en effet la violence surréaliste d'un Synge, dont j'avais vu Les noces du rétameur en mars 2010 au Théâtre Firmin Gémier d'Antony et, il y a un an, le Baladin du monde occidental au Théâtre des Quartiers d'Ivry.

Ce qui s'entend avec distance quand c'est Synge qui l'écrit nous assène bien davantage quand c'est Martin McDonagh. Parce que son Lonesome West ne date que de 1997. On peut espérer que les références autobiographiques (il a un frère scénariste) n'ont pas été l'essentiel de son inspiration. La prospérité économique de l'Irlande qui apparait comme l'eldorado européen contraste avec l'endroit que l'on nous met sous le nez, où les gens vivent les uns avec et sur les autres.

On assiste, impuissants, à la vie commune des deux frangins, qui ne se sont jamais ouvert sur l'altérité, ni masculine, ni féminine. Un troisième personnage prêtre, célibataire archétypique, fait quant à lui autorité mondiale dans la solitude pour leur donner la réplique. L'exercice est difficile parce que s'il y a bien une chose sur laquelle les deux brutes s'accordent c'est sur leurs gros doutes sur la religion.

On peut voir beaucoup de références à partir de cet exemple là sur toutes les relations fratricides comme Cain et Abel, Ariel Sharon et Yasser Arafat, et surtout la métaphore de la guerre civile entre catholiques et protestants ...

La mise en scène de Ladislas Chollat est simple mais efficace. Le jeu des acteurs sert parfaitement une langue qu'on a le sentiment d'entendre "dans le texte" avec des fautes de français et force de jurons. Cela commence sans ambiguité par un sale putain de vautour de rapace ! qui ponctuent des dialogues combinant une férocité incroyable et un humour salvateur. Dominique Pinon est remarquable dans l'incarnation d'un Valene qui donnerait des envies de meurtre à un saint.

Quel sermon pourrait calmer le jeu ? Invoquer la morale ou la logique ? Si un type savait qu'il risque de se faire tuer pour avoir donné un coup de pied à un chat y aurait moins de chats malheureux en Irlande ...

Pour tenter de régler le conflit, et supposant qu'ils se haïssent parce qu'ils s'aiment, à moins que ce ne soit le contraire, le prêtre va proposer de substituer systématiquement la douceur à la violence. Faire un petit pas en arrière, au lieu de surenchérir ... Cela suffira-t-il pour inverser le cours des choses ?

Le public rit beaucoup, ce qui permet de supporter la violence du propos qui est tragique, comme peut l'être la vie. L'auteur nous interroge sur le bien et le mal, la religion, sur l'éventualité d'une rédemption et sur la possibilité du pardon. Un sujet d'actualité en quelque sorte puisqu'il fait l'objet d'un documentaire réalisé par Mireille Darc, bientôt programmé par France 2 (mardi prochain 16 octobre en deuxième partie de soirée).

Car la question essentielle est de transformer la violence en pulsion de vie et non de mort. N'oublions pas que la religion catholique excommuniait les suicidés, les privant d'une sépulture chrétienne. La culture, l'intelligence, la distance de l'humour  ... le théâtre ... en ce sens qu'il représente une violence que l'on sait fausse sont des réponses possibles.

L’Ouest Solitaire de Martin Mc Donagh
Adaptation et mise en scène : Ladislas Chollat
Avec : Dominique Pinon, Bruno Solo, Pierre Berriau et Elsa Rozenknop
Assistant à la mise en scène : Grégory Vouland
Décors : Emmanuelle Roy
Lumières : Alban Sauve
Costumes : Christiane Chollat, Doby Broda
Musiques : Frédéric Norel

C'était un plaisir de voir une salle pleine un dimanche après-midi. Il faut dire que le public bénéficie d'une belle programmation, foisonnante à l'instar de ce mur végétal, probablement imputable à Patrick Blanc, sur tous les lieux culturels de la Communauté d'agglomération du Val d'Yerres : le CEC à Yerres, le Théâtre de la Vallée de l'Yerres à Brunoy, l'Espace René-Fallet à Crosne, la Salle Gérard-Philipe à Boussy Saint Antoine, la Salle Georges-Pompidou à Épinay sous Sénart et la Salle Mère Marie-Pia à Quincy sous Sénart.

La diversité de ces salles et des territoires permet d'allier danse, concert classique, théâtre, variétés, musique actuelle, spectacle pour jeune public... Une offre qui vient d'ailleurs compléter les programmations des autres salles du groupe : Opéra de Massy, Théâtre de Longjumeau et le Théâtre Comédia à Paris.

Chacun peut se composer des abonnements (de juin à septembre) thématiques ou plus libres composant un parcours culturel selon ses envies et son budget. Les indécis ou ceux qui ne souhaitent assister qu'à quelques spectacles ont toujours le choix de la location de places individuelles. Tout le programme de saison est ici.

samedi 13 octobre 2012

Masterchef, une cuisine qui semble en dehors des réalités


Est-il si nécessaire de disposer un garde-manger pléthorique pour cuisiner bon ? Les mêmes chefs qui publient des livres de recettes sobrement intitulés "La cuisine du placard" ou quelque chose du style "Mes meilleures tartines pour vos dîners de prestige" animent des émissions de plus en plus choquantes. En sont-ils totalement responsables ? Pas sûr ...

J'entendais au journal télévisé que près de 40% de la nourriture produite mondialement était purement et simplement jetée. Il me semble que Masterchef, sans doute pour exploser l'audimat, pulvérise la statistique. Ce doit être au moins 80% des produits proposés qui partent directement à la poubelle. Quant aux plats réalisés par les candidats, les animateurs en goutent quelques cuillerées et hop, les voilà bons à jeter. Impossible qu'il en soit autrement quand on les voit plonger les mêmes cuillères plusieurs fois au mépris des plus élémentaires règles d'hygiène.

Qu'on ne me dise pas que j'exagère. J'ai tourné dans une de ces émissions culinaires, certes plus modeste puisqu'il s'agissait de Coté Cuisine et que nous n'étions pas en compétition. Mais j'ai de mes yeux vus le sauté de veau comme en Provence (issu d'un veau élevé sous la mère, de la manière la plus biologique qui soit et dont je n'oserais révéler le prix de vente au kilo) glisser dans la corbeille après le tournage plus vite qu'un ballon ovale marquant un essai. Je n'ai pas eu le réflexe de le plaquer, le rôti, avant qu'il ne disparaisse. Jamais je n'aurais imaginé ressentir la faim en fin de tournage d'une émission culinaire. La "prod" n'avait pas prévu de nourrir les candidats. Qu'on se rassure, j'ai finalement été "intégrée" à la table des techniciens aux alentours de 14 heures.

Revenons à Masterchef car, pour écrire ce billet, je me documente ... il paraitrait que le Secours populaire profite largement de ce qui n'est pas utilisé. A affirmer alors.

Est-il nécessaire de se poser en plein désert pour témoigner qu'on sait faire un couscous ? De se trouver au pied des chutes du Niagara pour imaginer une recette à base de sirop d'érable ? Vous trouverez sur le blog un pain à la banane, au sirop d'érable et aux noix de pecan qui est sorti tout droit de ma modeste demeure.

J'avais imaginé des plats inspirés d'un voyage très ancien en Louisiane sans y retourner. Le blog avait deux mois. J'ose espérer que je me suis améliorée depuis, mais au moins n'ai-je pas explosé le bilan de mon empreinte carbone ce jour-là.

Reste à espérer qu'on ne trouvera pas de torchons gras derrière leur passage.

Si les animateurs ont envie de faire de beaux voyages qu'ils postulent pour Echappées belles ... ou qu'ils s'associent avec Koh-Lanta, qui est diffusé par la même chaine, pour réaliser les épreuves de confort, histoire que les sportifs de l'une mangent enfin correctement grâce aux exploits de l'autre.

A l'heure où on nous serine développement durable à tout propos je trouve cette télé-réalité de plus en plus indécente et de moins en moins ... réelle, à tous les niveaux. Certes on a raison d'attendre de candidats concourant au titre de Maitre d'exécuter une découpe de volaille soignée et régulière. Je croyais que c'était de l'ordre du B.A. BA. Et je ne me sens pas surdouée de savoir le faire ....

Yves Camdeborde fait une judicieuse remarque en prévenant que des morceaux irréguliers composeront un plat marqué par une cuisson irrégulière. Mais c'est précisément cette fantaisie en bouche que j'apprécie. Quand la langue a des surprises c'est formidable. Et puis la perfection est une offense au Tout puissant.

Les candidats sont confrontés à un challenge délicat : user de créativité, réaliser des plats qui s'inspirent du "minéral", rester dans la simplicité, mais poser une assiette dominée par la sophistication. Voilà pourquoi j'ai choisi d'illustrer le billet en commençant par un brin de menthe fraiche, ce qui devrait satisfaire les papilles de Fréderic Anton qui fait si souvent, et à juste titre, les mérites des plantes aromatiques.

Quand Sébastien Demorand fait la moue et recrache la moitié du dessert que Pierre propose on s'attend à ce qu'il soit éliminé. C'est lui qui est choisi à l'issue de l'épreuve sous pression l'opposant à Christelle et je me dis que la course est truquée. Je suis loin d'être la seule à le penser. Il suffit de lire les commentaires publiés sur le site de l'émission. Au  moins on ne dira pas qu'il y a censure des avis.

Etant plutôt du genre exploratrice, et cherchant à comprendre, je vais jusqu'à visionner la délibération correspondante sur le site de TF1 qui m'éclaire et me réconcilie avec le jury. Le travers est ailleurs, dans le montage, et c'est bien regrettable car le téléspectateur moyen conclura qu'il y a triche.

La candidate qui avale son éviction en remerciant nous ferait croire que les départs sont filmés d'avance pour chacun, histoire d'avoir les bonnes images pour le montage.

Quand Ludovic s'absente 10 minutes, revient, et termine dans les temps on se réjouit que le casting n'ait pas loupé ce bioman capable de rattraper le temps.

Quand il présente une entrée (magnifique au demeurant) dans un demi-concombre évidé qu'il avoue immangeable sans subir l'élimination on se demande comment ou pourquoi on est si indulgent à son égard.

Quand il oublie systématiquement de saler ses plats et qu'il parvient malgré tout à continuer à gravir les marches de la mezzanine conduisant à l'émission suivante on s'énerverait de constater qu'une telle faute soit systématiquement pardonnée. A croire qu'il a des qualités télégéniques personnelles plus appréciables que sa compétence culinaire.
Comment ne pas douter qu'on nous ment sur le timing ? Il faudrait être une petite souris dans les coulisses de l'émission pour vérifier l'exactitude. Après tout on s'en moque de savoir qu'un plat a été réalisé en une demi-heure, une heure ou deux. L'important est que tous aient disposé du même chrono. Et que ce soit bon ! Comme cette salade de fruits associant fraises et pêches ... et brins de sauge ananas sous un trait de Limoncello.

Et puis ils se piègent eux-mêmes, s'interdisant toute une série de plats : le gigot de 8 heures, les pâtes levées, et même la cuisson de certains légumes, comme les betteraves, incomparables quand on les prépare soi-même (une heure dans une eau vinaigrée en autocuiseur et vous m'en donnerez des nouvelles).

Il serait grand temps de revoir l'équilibre de l'émission et son assaisonnement par le menu, c'est-à-dire d'en reprendre le script pour rendre les images cohérentes avec les dialogues, faute de quoi le téléspectateur partira, victime au mieux d'une indigestion, au pire d'une intoxication.

Dès la présentation des candidats on a remarqué un casting parfait en terme d'âges, de répartition socio-culturelles, de tempéraments, et nous n'avons pas besoin de parier gros pour savoir qui va gagner cette année. Alors, comme le dit PPD à la fin des Guignols : il est temps d'éteindre votre télévision et de reprendre une vie normale. A tchao bonsoir.

vendredi 12 octobre 2012

La famille Morallès s'installe à L'Espace cirque d'Antony jusqu'au 28 octobre 2012

Andiamo ! Tel est le titre du nouveau spectacle de la famille Morallès. Une famille plutôt bien connue d'une grande partie des spectateurs venus ce soir se réjouir de leurs facéties. Le public était plutôt familial, lui aussi, avec beaucoup d'enfants puisque cette création est regardable dès 3 ans. Les horaires en tiennent compte. Quatre représentations seulement commenceront à 20 heures et il n'y en aura pas de plus tardives.

Accéder à l'Espace Cirque est difficile, surtout par temps de pluie. On abuse sans doute de l'automobile mais tant que les transports en commun oublieront de le desservir il faut bien bricoler. C'est pareil pour stationner ... Rien d'étonnant à ce que l'équipe d'ouvreurs-euses scrute l'horizon et fasse en sorte d'entrouvrir in extremis les grilles de sortie pour raccourcir le temps de marche à pieds pour ceux qui arrivent pile ... pile en retard. Qu'ils soient remerciés.

Le dimanche 21 octobre la venue sera facilitée grâce à une navette (gratuite) sur réservation 48 heures avant la représentation.

Il y a du bruit sous le chapiteau, encore en pleine lumière. On croit le spectacle commencé. Pas vraiment. La famille Morallès achève de dîner. On pense illico aux Molliens de la troupe Rasposo qui donna ici même le si poétique Chant du Dindon. Egalement à la famille Ronaldo venue présenter Circenses.

C'est pourtant différent. J'avais entendu Monique, en quelque sorte la fondatrice en 1971 avec son mari, Christian Mugica, dire qu'ils ne sont pas nés sur le voyage, et que c'est un choix de vie qu'ils ont fait.  Car leur cirque est récent comparativement aux Bouglionne et aux "grandes" familles circassienne. Sylvie Delaire, Carmen de son nom de scène, résume bien les choses : une vraie famille plus d'autres donc une troupe "une troupe familiale mais un peu plus étendue".

Ce sont Sylvie, Carole et Didier, tous des enfants Mugica, qui ont repris l'affaire. Ils se sont mariés et ont entrainé maris, femmes et enfants dans l'aventure.
Bernard Delaire, alias Ernesto, le mari de Sylvie, alias Carmen (vous suivez ? Alors Andiamo ! ) a endossé un costume de Monsieur Loyal. Mais il a aussi la passion de la sculpture sur étal dont il présente quelques pièces sous le second chapiteau. Pas de doute que les colombes dressées par sa belle soeur Carole Guibe, Carlotta dans le spectacle, sont une belle source d'inspiration.
C'est que Carole cumule les rôles : illusionniste, danseuse, ... et même vendeuse à la toute fin. On est polyvalent dans la famille, tous acrobates, musiciens et danseurs et surtout musiciens. Comme Gino, le mari de Carole, qui excelle au piano à bretelles.
Hélène, alias Lola, la femme de Didier Mugica, affiche une compétence supplémentaire avec son sourire à arrêter la guerre qui ne peut pas passer inaperçu. Elle forme un beau duo d'acrobate avec Didier, dit Gaston dans le spectacle, trapéziste, jongleur, clown et musicien, il s'occupe aussi de pas mal de choses dans la compagnie.
Leur fils Augustin est bien entendu au générique. Il y a aussi Julie Delaire, alias Julietta qui est aussi chanteuse et qui nous a offert de très jolies interprétations. Et puis quelques autres qui les ont rejoints, comme Jean Charmillot, alias Milo (ci-dessous) et Bastian Berrocal Mestre.
La fierté d'appartenir à un clan se perçoit du début à la fin, en passant par la célèbre danse maori du Haka, inattendue sur une piste de cirque, mais parfaitement orchestrée.

Les numéros s'enchainent à un rythme soutenu pour nous présenter à tous qu'ils sont un spectacle comme avant, même si l'un d'entre eux est trop gros et trop vieux, enfin c'est ce qu'ils déclarent. On a droit au menu complet : un ballet fou, des assiettes qui volent, du trapèze en simple, en duo, en triplette, une otarie de papier, un concours de lancers de cerceaux, de massues, des cascade en série, du risque, de la grâce, de la poésie, et de l'humour, en pagaille.
Coté musique un flamenco andalou, un tango corse, une chanson chorale sur les Fesses. C'est Gino qui assure à l'accordéon et qui parfois pousse la chansonnette avec un accent rocailleux qu'on dirait inspiré par les films des années 50.

S'il était "normal" le cirque de la Famille Morallès présenterait un spectacle traditionnel, ce qui est selon leurs dires complètement dépassé. S'il était moderne il abandonnerait la musique et se sentiraient ringards. Seraient-ils contemporains alors ? Pas davantage. Ils se préfèrent à l'ancienne. Et on sera heureux qu'ils le restent.
Andiamo ! jusqu'au 28 octobre à l’Espace cirque d’Antony, Théâtre Firmin Gémier/La Piscine. Tél : 01 41 87 20 84. En tournée ensuite à Balma (31) Place de l'Itinérance du 7 au 27 décembre, puis à Mérignac (33) Esplanade du Château de Burck, avenue du Maréchal Foch au mois d'avril 2013.

jeudi 11 octobre 2012

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck aux Editions de Minuit

Les Editions de Minuit étaient l'éditeur de Marguerite Duras et on a le sentiment que l'écrivain nous revient masquée avec ce titre composé de deux prénoms suivis d'un nom, comme Yann Andrea Steiner ...

L'alternance du vous avec le tu, entrecoupés de il n'est pas non plus sans rappeler la syntaxe particulière de MD.

Julia Deck signe un premier roman d'une main de maitre que les bibliothécaires d'Anthony m'ont fait découvrir au cours d'une matinée de présentation des nouveautés. Je l'ai dévoré en quelques heures.

On devine que l'auteur a effectué des repérages très précis dans les quartiers parisiens où elle plante le décor avec une minutie policière. Elle a vérifié et minuté tous les trajets qu'elle fait suivre au personnages jusqu'à la moindre bifurcation.

Viviane se rattache à des repères spatio temporels très rigides au fur et à mesure qu'elle perd pied. La réalité semble à portée de main et pourtant elle s'échappe en permanence. 

Cette femme est-elle complètement folle ou le devient-elle au fil des pages ? Peut-on donner raison à l'auteur quand elle affirme : vous étiez une femme tout à fait normale jusqu'à ce qu'on vous contraigne à devenir dieu sait quoi (page 44) ?

A ce stade on a envie d'interroger qui çà "on" et pour devenir "quoi" donc au juste ? Les pensées de Viviane sautent du coq à l'âne, divaguent et enchainent de drôles d'associations. Ses chaussons sont deux grosses boules de fourrure synthétique comme une paire de hérissons très doux (page 45).

C'est une personnalité fragmentée que l'on découvre différente avec son enfant, son mari, son employeur... Les marrons chauds du bout de la rue Louis Blanc évoquent ceux qu'on lui offrait devant les vitrines animées du boulevard Haussmann lorsqu'elle était une vraie bourgeoise (...) dans la bienheureuse ignorance de cet Est parisien où logent les classes sociales intermédiaires et sévissent les tueurs en série.

On la suit dans ses moments de panique. On compatit à ses malaises. Mais nous sommes bien les seuls à tenter de la comprendre. Ce n'est pas cette petite sorcellerie viennoise que pratique le docteur (page 52) qui va la sortir de là. Le psy ne l'aide pas, au contraire il la pousse à bout et au bout de ce bout se trouve une série de couteaux de cuisine. Il y aura crime. Le commissaire qui décidément n'en trave que dalle lui conseille de se ressaisir ou il va lui arriver des bricoles. Allez foutez-moi le camp lui ordonnera-t-il (page 62)

Viviane aura l'air de passer au travers des mailles du filet et le désintéressement des policiers va la pousser à prendre elle-même tous les suspects en filature. Mes pieds avancent et je les suis (page 63) ... nous avec et on se perd quand brusquement (page 88) l'auteur résume la situation. Nous sommes aujourd'hui le lundi 25 novembre et il est grand temps de faire le point.

Viviane vacille ou fait face, c'est selon. Elle découvre l'ultra compétence d'Héloise qui risque bien de la remplacer au-delà de ce congé de maternité qui arrive à son terme. Encore heureux qu'une erreur d'accord de pluriel la rassure sur son aptitude a conserver, sinon un avenir, du moins un présent dans l'entreprise.

Elle supporte Julien, l'ex, le père de l'enfant, qui souhaite échanger le chat contre sa fille et qui réclame une garde alternée. elle rencontre l'épouse du psy, la maitresse ...  Cela devient trop. Viviane craque pour de bon. Elle est bonne pour l'internement, les neuroleptiques, le défilé des spécialistes, les tests sans conclusion, les évaluations, l'expertise judiciaire dont on ne sait pas où elle va mener. L'ennui. De nouveaux interrogatoires. L'incapacité de répondre : il y a des choses qui échappent même à l'auteur.

La signature en bas d'une page. C'est bon, on va s'en tenir là conclut le commissaire. Et voilà que surgit Pascal Planche, dont le nom prédestiné apporte le salut d'un assassin potentiel. Mais qui dit vrai ? Lui qui nie ? Vous qui avouez ?

Julia Deck nous promène par le bout du nez dans une littérature de l'absurde qui n'a pas peur d'être très drôle. On s'amuse follement.

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck aux Editions de Minuit.

mercredi 10 octobre 2012

Indochine de Luke Nguyen

Après David Loftus qui proposait un Tour du monde en quatre-vingt recettes voilà Luke Nguyen qui nous entraine dans un voyage en Indochine. Voyage culinaire bien entendu mais qui est l'occasion de plonger dans un passé qui n'est pas très connu.

On nous rappelle que les Français avaient divisé le Viêt Nam en trois pays : le Tonkin au Nord, l'Annam au Centre et la Cochinchine au sud. Avec le Cambodge et le Laos ils composaient l'Indochine.

Une centaine de recettes témoignent des liens étroits qui se sont établis entre deux gastronomies riches et variées : la vietnamienne et la française. L'ouvrage restitue l'atmosphère du Vietnam d'hier et d'aujourd'hui, et nous livre ainsi les saveurs des produits typiques de ce pays attachant dont la cuisine est encore très marqué aujourd'hui par la présence française.

mardi 9 octobre 2012

La couleur des jours vue par Lamarche-Ovize

Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize composent un duo d'artistes qui développent leur propre langage. Toutes les décisions sont prises en commun et leurs oeuvres prennent naissance dans l'espace sous leur double regard et en quelque sorte à quatre mains même si chacun a tout de même sa spécialité. Elle dessine, avec un regard de décoratrice. Il sculpte et met en forme ses idées, quitte à avoir la main du bricoleur.

Ils avaient exposé il y a deux ans à Vélizy, dans le cadre de Velizy Discovery, et en plein air, un nuage dont la presque ruine occupe le centre de l'espace du micro-onde. Altostratus est un assemblage de bois récupérés avait touché les habitants qui auraient voulu le conserver définitivement.
Alexandre a développé une collaboration avec des élèves versaillais de CP en travaillant l'autoportrait. Florentine a animé des ateliers à la Maison d'arrêt des femmes de Versailles.
Ces artistes sont ultra sensibles au quotidien, peut-être en partie parce qu'ils vivent dans leur atelier, à Aubervilliers, dans un espace qui, parfois, devient exigu. Ils ont déployé la reconstitution de trois murs sur lesquels ils ont recensés quelques mois de travail en composant une sorte d'éphéméride qui fait émerger les formes récurrentes. Ce Diairy est composé à partir de beaucoup d'objets de récupération, ou destinés au rebus.
 
Florentine dessine beaucoup et elle adore ses carnets. Pas question de choisir, juste de trier, d'ordonner, de juxtaposer. Les dessins ont une présence très forte qui évoque la vie ordinaire. c'est la base d'un travail faisant éclater soudainement l'invisible à travers des portraits d'inconnus croqués dans le TGV, un plateau de sushis et d'autres formes "molles" qui structurent le quotidien. Elle tend à poétiser le minuscule.
Les mises en scène d'objets superposés, agencés, extirpés aux fonctions qui leur sont attribuées, deviennent les éléments d'une mythologie personnelle.

Les artistes avouent entretenir un rapport de frustration à l'atelier, trop biscornu pour y travailler en grand format. Ils prennent donc en compte la moindre contrainte sans la minimiser, loin de là. On voit apparaitre le décrochement triangulaire des mansardes, l'espace du radiateur.
Ils ont soigné les éclairages. L'exposition ne se regarde pas avec la même lumière en plein jour et en soirée. Des néons bleus imposent de s'approcher du mur pour y percevoir les détails. L'intimité à l'oeuvre est voulue par le couple Lamarche-Ovize.
Face à l'entrée, Ex voto est une sculpture composée de deux fragments de pouce superposés qui font face à Signature, un monumental autoportrait pensé comme un puzzle de fragments de visage des deux artistes, devant lequel on découvre Florentine.
Notes est un ensemble de boites en bois brut où se déroule une série de dessins imprimés sur papier-calque.

Le concept de rouler-dérouler est présent en plusieurs endroits. Jusqu'au tapis rouge.
Des cabinets de curiosité jouent avec les matières, les tissus et les objets comme une cage d'oiseaux, des céramiques ...

A découvrir jusqu'au 15 décembre.
Take your time est une seconde exposition, qui se développe dans la rue Traversante. Elle est le résultat d'un travail conjoint, orchestré par Sophie Brossais et les amis du Micro Onde, dans le choix des oeuvres dans la collection des photographies du CNAP, leur accrochage et la réalisation du guide de visite.

Parmi elles on verra une série de photographies d'Yves Trémorin, de natures mortes plutôt troublantes, et cela de diverses manières. Le lapin écorché est violent. Les raisins évoquent des fourmis combattantes.
Certains clichés sont minuscules, comme les robes de Valérie Belin. D'autres sont immenses comme Roses, de Carole Fétéké, conçu à la manière d'un portrait et dont je ne montre ci-dessus qu'un tout petit détail.

Ces amateurs d'art se rencontrent régulièrement dans le cadre de visites d'expositions, de discussions avec des artistes, galeristes, conservateurs. Je les avais accompagnés au Silo de Marines.
A découvrir jusqu'au 1er décembre.

Au Micro Onde, centre d’art de l’Onde
8, bis avenue Louis Breguet - 78 140 Vélizy-Villacoublay, 01 34 58 19 92
microonde@londe.fr 
Entrée libre du mardi au vendredi, (sauf jours fériés) de 13 h à 19 h, le samedi de 10h à 16h.

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