Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 19 août 2013

La rentrée littéraire sur A bride abattue

(mise à jour 8 octobre 2013)
J'ai placé un assez grand nombre de couvertures de livres sur le billet rituel du premier du mois. Tout n'est pas encore lu mais le sera sous peu.

Je suis déjà frappée par les affinités qu'on peut dégager. L'autobiographie est un thème qui interroge beaucoup et sous une forme inhabituelle.

Arnaud Viviant se prend pour sujet. Brigitte Giraud se livre comme jamais. Bruno Tessarech tisse un roman autour du faux, du vrai et du vraisemblable. Amélie Nothomb revient sur un épisode de sa vie qui avait fait l'objet d'une émission télévisée en nous donnant à comprendre la face cachée, et plus intime, du reportage.

L'adolescence est aussi une clé d'analyse. C'est le magnifique Muette d'Eric Pessan et le troublant livre de Véronique Olmi. C'est aussi le public visé par Laurent Bettoni.

La question des rapports entre frères et soeurs, du pouvoir et du contre pouvoir est au coeur du dernier Bertholon. Elle traverse les Petites scènes capitales de Sylvie Germain qui, à leur manière, répondent à Brigitte Giraud alors que Nathalie Brisac propose une vision métaphorique du bonheur à la portée des plus jeunes lecteurs.

Sylvie Germain fait entendre les suites pour violoncelles de Bach alors que Véronique Olmi  joue le piano de Mozart. Mais chez l'une comme l'autre la guerre apparait en toile de fond.

L'écriture préoccupe suffisamment pour être traitée en mettant en parallèle le métier d'écrivain avec celui de critique par Arnaud Viviant, ou de nègre par Bruno Tessarech.

Jean-Marc Roberts avait dit des choses très justes à propos de l'effervescence de la rentrée littéraire. Il manque cruellement à "ses" auteurs mais il est là néanmoins, dans nombre de dédicaces, comme chez Brigitte Giraud ou Bruno Tessarech.

Enfin si la corrélation entre le corps et l'esprit est au coeur du livre de Brigitte Giraud comme de celui de Julie Bonnie, elle est bien entendu le sujet de l'analyse que Martin Winckler fait de la série du Dr House. C'est aussi le point de départ du premier roman de Sophie Van der Linden. Celui ci se situe en Chine alors qu'Amélie Nothomb revient au Japon.

Beaucoup d'échos donc entre tous ces livres à propos desquels je publierai un billet :

La vie critique, Arnaud Viviant, Belfond, sortie le 14 août 2013
Avoir un corps, Brigitte Giraud, Editions Stock, 21 août 2013
Art nègre, Bruno Tessarech, Buchet-Chastel, 22 août 2013
La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, Albin Michel, 22 août 2013
Muette, Eric Pessan, Albin Michel
Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon, Jean-Claude Lattès
Petites scènes capitales, Sylvie Germain Albin Michel, 22 août 2013
La nuit en vérité, Véronique Olmi, Albin Michel, 22 août 2013
Les perroquets de la place d'Arezzo, Eric-emmanuel Schmitt, Albin Michel, 22 août 2013
La fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet-Chastel, 22 août 2013
Le plus joli des rêves, Nathalie Brisac, Ecole des loisirs, 29 août 2013
Chambre 2, Julie Bonnie, Belfond, 29 août 2013
Arthus Bayard et les maitres du temps, Laurent Bettoni, Editions Don Quichotte, 17 octobre 2013
Dr House, l'esprit du shaman, Martin Winckler, Boréal, Octobre 2013

La parution des articles n'est pas soumise au niveau de mes appréciations, ou si peu. J'ai tenu plutôt à une alternance entre le féminin et le masculin, parité oblige. J'ajouterai les couvertures des livres au fur et à mesure de la publication de ces billets. Il suffira de cliquer sur l'image pour ouvrir la chronique correspondante.
    
      

vendredi 16 août 2013

Rigatonis à la Quiberonnaise


(mise à jour 25 septembre 2013)

J'ai le travers de raconter mes expériences culinaires plutôt que d'écrire de façon formelle des recettes que le lecteur pourra suivre à la lettre.

Je pense largement qu'une recette, même ultra précise, doit laisser place à une marge de manœuvre, d'interprétation ou de réinterprétation ... mais je me plie à l'exercice pour ces Rigatonis à la Quiberonnaise.

Il s'agit d'une mousse de sardines au Carré frais présentée dans des pâtes dressées verticalement.

Il vous faudra  pour 4 personnes :

une douzaine de rigatonis (comptez en 15 par sécurité)
4 portions de Carré frais Estragon-Echalote
une boite de sardines au citron, si possible de cette excellente marque, plébiscitée unanimement par les gourmets, la Quiberonnaise
4 cuillerées à café de fromage blanc
quelques olives noires (préférer les olives à la grecque, moelleuses, que vous dénoyauterez)
sel et poivre

Temps de préparation : 15 mn
Temps de cuisson : 12 mn
Cuire les rigatonis à l'eau bouillante salée pendant 10 minutes. Les égoutter avec précaution. Ne pas s'étonner : ils vont doubler de volume. En prévoyant une quinzaine vous ne serez pas pris au dépourvu si un ou deux se fendent à la cuisson.

Les refroidir sous l'eau fraiche et les poser délicatement sur un torchon. Ces pâtes sont légèrement incurvées et il y a en quelque sorte un sens pour les positionner à la verticale. 

Pendant ce temps écraser une boîte de sardines au citron avec les carrés frais, le fromage blanc, les olives émincées. Saler et poivrer à votre convenance.

Remplir les rigatonis refroidis avec la préparation. Bien lisser le dessus et terminer avec une demi-olive noire. 
Dresser sur une assiette avec, le cas échéant salade et tomate.

Cette recette a reçu un prix dans le cadre d'un concours organisé par 750 grammes et Qui veut du fromage pour un monde de goût intitulé : A vos snacks, prêts…, partez et célébrez un été plein de saveurs avec le fromage !

jeudi 8 août 2013

Craquelés à l'huile d'olive et au chocolat très noir

Depuis mon passage à l'AperoNweb je m'interrogeais sur l'opportunité d'employer de l'huile au lieu et place de beurre dans des recettes de dessert ... en dehors du gâteau au yaourt où je le fais spontanément. L'atelier sur les Huiles végétales y avait été passionnant.

Et voilà qu'en feuilletant le recueil d'Emilie Perrin qui est devenu ma bible en matière de biscuits et petits gâteaux je tombe (p. 96) sur des craquelés sans beurre ... pas sans matière grasse tout de même, ... mais si peu !

J'ai doublé les proportions parce qu'avec Emilie il faut se méfier. Son appétit est modéré. Mais ici je vous les redonne en version modeste, ce qui vous permettra tout de même de faire une vingtaine de petits gâteaux.

1 oeuf
80 grammes de sucre
20 de cacao amer en poudre

On fouette le tout. Et pendant ce temps on fait fondre au bain-marie 100 grammes de chocolat noir avec une cuillère à soupe d'huile. 

On ajoute au premier mélange.

100 grammes de farine
1 cuillère à café de levure chimique
2 cuillères à soupe de pépites de chocolat noir

... viendront compléter la préparation.
On forme alors des petites boules de pâte que l'on roule dans le sucre glace avant de les disposer sur une plaque.

Histoire de changer, j'ai aussi fait une série en forme de navette pour varier la présentation, ce qui ne changera pas le goût.

On enfourne th 6 (180°) pour 10 à 15 minutes. Et voici le résultat à la sortie du four en forme classique ou navette :

Mes astuces : j'emploie des pépites que j'achète au kilo (donc au prix de gros) chez Detou, rue Tiquetonne, à Paris. cela se conserve parfaitement er j'en ai toujours à disposition.

Je cuis sur une feuille Exopat, achetée elle chez Mora, rue Montmartre (un voisin du précédent fournisseur) ce qui dispense du rouleau de papier sulfurisé.

L'huile d'olive renforce le parfum du chocolat. L'alliance est très réussie. Ces gâteaux sont croquants sans être secs. Et j'adore leur jolie allure donnée par le sucre glace.

Autres recettes d'Emilie :
Les véritables navettes, et les pattes de chat (vous avez bien lu "pattes") ici, et des biscuits chocolat - fève tonka là.

Biscuits et Petits gâteaux d'Emilie Perrin, collection Fait maison, Hachette cuisine, avril 2013

mercredi 7 août 2013

Mãn, le nouveau livre de Kim Thúy chez Liana Levi

Kim Thúy est une tornade heureuse qui suscite l'enthousiasme avec tout ce qu'elle fait, que ce soit la cuisine ou l'écriture. Après Ru qui était un récit très largement autobiographique elle plonge dans le roman avec Mãn, dans un style qui crépite avec la même musique.

On pourrait croire que, dans sa vraie vie, Kim soit "parfaitement comblée" ...  Pourtant elle a son lot de soucis,  car outre la fuite de son pays d'origine elle a un fils autiste. Tout le monde s'accorde néanmoins à dire qu'elle irradie de bonheur. Et c'est la traduction de cette expression "parfaitement comblée" qu'elle a choisie comme titre du roman.

Le livre est, comme le précédent, empreint d'une grande délicatesse doublée d'une belle érudition. Elle explique comment beaucoup de livres en français ou en anglais ont survécu au Vietnam pendant les années de chaos politique (p. 57) en "pièces détachées", leurs pages arrachées servant à emballer un pain ou un bouquet de liserons d'eau. La nourriture intellectuelle produite par Maupassant, Sagan, Verlaine, Kafka, Camus, ou Hugo protégeait la nourriture terrestre comme "des fruits interdits tombés du ciel".

Dans Mãn, elle met en scène une jeune vietnamienne envoyée au Québec par sa mère pour la protéger. Une fois arrivée, cette femme devra épouser un restaurateur vietnamien. Un jour elle découvrira le coup de foudre. Le terme n'a pas d'équivalent en vietnamien mais c'est pourtant de cela qu'il s'agit.

Sans être autobiographique Kim Thúy nous livre beaucoup de ce qui est la spécificité de la culture vietnamienne. Elle le fait de telle manière que nous pouvons comprendre sans juger ni chercher à comparer avec ce que l'on connait. Chaque page décrit, à la manière d'un polaroïd, un moment, une scènette, qui se cristallise autour d'un mot-clé que l'on découvre en vietnamien, et traduit en français dans la marge. Les paragraphes sont ainsi ponctués de mots placés là en exergue comme des épices qui seraient disposés sur le bord d'une assiette pour assaisonner un plat.

La cuisine occupe une place prépondérante. Chaque recette devient un message. On hume, on goute et on se surprend à savourer. D'apparence simple, chaque plat est en fait d'une grande complexité, requiert de la dextérité et souvent plusieurs heures de préparation et de cuisson.

C'est que, dans une de ses vies antérieures, Kim a tenu un restaurant qui fut un succès populaire, mais  un gouffre financier. Son mari lui offrit un temps de repos après cette expérience et à force de noter les idées qui lui passaient par la tête dans un calepin elle a écrit un premier livre puis un autre ... Il est amusant de noter d'ailleurs que son restaurant montréalais de la rue Notre-Dame s'appelait : Ru de Nam, et qu'il lui inspira deux titres de roman.

Ecrit à la première personne, et tout en étant une fiction, ce dernier livre relate des images qui ne s'inventent pas. Comme la noix de coco râpée à l'aide d'une capsule de boisson gazeuse qui tombe en grandes lamelles comme une frise décorative sur une feuille de bananier. (p.10)

J'ai appris que la langue vietnamienne ignore les conjugaisons. Tous les verbes sont à l'infinitif. On ne parle généralement pas de tout ce qui dérange alors que les occidentaux n'en finissent jamais de se plaindre de la météo. Il ne viendrait pas à l'idée d'évoquer la température dans le sud du Vietnam. Et pourtant Kim Thúy trouve les mots pour dire celle qui régnait dans le restaurant québécois (p. 36) la chaleur implacable qui déheurait les jours, qui détournait les vents.

La pureté de l'abnégation est culturelle. On souhaite prudemment le bonheur à un jeune couple plutôt que l'amour. Avoir les dents couleur de jais étaient autrefois un signe de grande beauté. (p. 98) Porter un bracelet de jade oblige à des gestes ralentis et élégants. Le rouge est toujours la couleur de la chance. On pleure en silence, à moins d'être pleureuse professionnelle.

On ne dévoile pas ses sentiments par des mots mais par des actions. La préparation de bons petits plats en est la forme la plus expressive. Qu'il s'agisse de faire comprendre que l'on aime ou que l'on est malheureux. Ainsi, son héroïne préparera pour son mari malade un poulet aux graines de lotus, au ginkgo et aux gojis (p. 39). Plus tard, elle supportera la séparation d'avec son amoureux en se réfugiant dans la confection de plats exigeants en temps (...) passant des nuits entières à retirer les os des poulets sans les abîmer avant de les farcir et de les recoudre. (p.137)

On comprend que la cuisine prenne des heures. Un bol peut contenir un repas entier comme cette soupe au poisson poché avec des vermicelles, rehaussée de porc et de crevettes caramélisées dans des oeufs de crevette. Ne restera qu'à verser dessus une cuillerée d'ail mariné au vinaigre pour en relever le goût.

Les contrastes de saveurs sont recherchés et l'amertume n'est pas un défaut. On a envie de goûter un verre de limonade à la lime salée, un velouté d'igname, un bouillon aux feuilles de chrysanthème après un poisson caramélisé,  et surtout les crêpes vietnamiennes au curcuma, au porc et aux crevettes qui exigent une grande dextérité (p. 128).

Kim Thúy ne balance pas entre les deux cultures. Elle est la preuve qu'on peut en acquérir une nouvelle sans abandonner la sienne. Un peu à la manière des bilingues qui s'expriment parfaitement dans deux langues elle enrichit la vie de ses personnages de souvenirs familiaux et de traditions ancestrales.

Elle applique ce principe à la cuisine en associant (p. 80) le saumon grillé avec la mangue ou le gingembre, la sauce de poisson et le sirop d'érable pour mariner des côtelettes.
Mon gâteau aux bananes à la vietnamienne était un délice mais effrayait par son air costaud, presque rustre. En un tournemain, Philippe l'a attendri avec une écume de caramel au sucre de canne brut. Il avait ainsi marié l'Est et l'Ouest, comme pour ce gâteau dans lequel les bananes s'inséraient toutes entières dans la pâte de baguettes de pain imbibées de lait de coco et de lait de vache. les cinq heures de cuisson à feu doux obligeaient le pain à jouer un rôle protecteur envers les bananes, et inversement, ces dernières lui livraient le sucre de leur chair. Si on avait la chance de manger de gâteau fraichement sorti du four, on pouvait apercevoir, en le coupant, le pourpre des bananes gênées d'être ainsi surprises en pleine intimité. (p.71)
Il en résulte un livre touchant, où les mots pèsent lourds comme celui de catastrophe dont on se prend à rêver qu'un jour prochain il changera de sens.

Mãn,  de Kim Thúy, chez Liana Levi, mai 2013
Pour relire ce que j'avais écrit à propos de Ru, cliquer sur l'image.

mardi 6 août 2013

Créer la surprise à l'apéritif ... avec un cidre et quelques autres ingrédients

L'été est propice à une certaine folie. Le moment de l'apéritif, pris entre amis, est une occasion pour surprendre les convives en soumettant à leurs papilles des associations inattendues.

Je me suis amusée à décliner un camaïeu de verts avec des lentilles vertes du Puy, des fèves fraiches, des escargots à l'ail et au basilic et des rondelles de kiwi pour jouer sur les notes épicées, salées et sucrées. Un riz basmati apporta un peu de paix entre ces saveurs osées.

Je n'imaginais pas un vin pour accompagner cette entrée que nous allions "chipoter" avec de mini fourchettes, en cherchant à deviner les ingrédients qui la composaient. Comme le cidre est devenu tendance et qu'il en existe de multiples j'ai pensé trouver là une réponse appropriée et originale.

Celui ci est un Cidre de cru du Pays d’Othe Doux, médaille d’or CGA 2011. Il provient de la maison Bellot, qui fait référence dans le pays d'Othe et qui assure sa production avec les producteurs du pays d’Othe et de Haute-Marne. Parce qu'il n'y a pas que la Normandie à faire ce breuvage. Nous sommes à la bordure de la Bourgogne, ce qui cautionne en quelque sorte la présence des escargots.
Ses bulles sont très fines. La douceur aromatique et fruitée de la pomme sucrée s'allie aux plats exotiques ou à tendance asiatique. Preuve s'il en faut que l'escargot peut se manger froid et sans être recroquevillé dans sa coquille.
J'aime aussi l'association pomme-fenouil émincé-riz et lentilles ... toujours avec ce même cidre. Et pour ceux qui se demandent comment préparer les fèves la marche à suivre est simple. On ouvre la gousse, un peu plus épaisse que celle des petits pois. On retire le petit bout vert. On consomme cru en salade assaisonnée menthe fraiche ou coriandre. Quand les fèves sont grosses on en retire la peau après les avoir cuites à l’eau bouillante salée. 
La cidrerie Bellot produit aussi du jus de pomme et diverses limonades (nature à l’ancienne, parfums citron, orange, myrtille et pink citronnée).
A chaque plat son cidre ... et réciproquement. La tarte du Berger, dont je donnais la recette en juin dernier, se mariera très bien avec un Cidre Pays de Savoie.
L'association poire-pomme permet beaucoup d'audaces. Une tapenade citronnée par exemple ...
Ou, plus étonnante encore cette assiette de calamars (10 minutes au court-bouillon) posés sur des girolles sautées à l'ail. Un régal sublimé par l'astringence discrète du breuvage.
On peut aussi jouer classique avec un cidre breton que l'on versera avec élégance dans un grand verre à bière et qui accompagnera une salade niçoise.
Si j'ai commencé en rappelant qu'il n'y avait pas que la Normandie ou la Bretagne à avoir l'apanage du cidre c'est tout de même jusqu'à maintenant un cidre breton qui a ma préférence. Aucun autre n'a encore détrôné le Royal Guillevic ... mais l'été n'est pas fini.

lundi 5 août 2013

Déjeuner Chez Thoumieux, mais à la Brasserie

Le chef est au moins nationalement connu. Ses interventions dans le jury de Top Chef sur M6 ont installé une image populaire de rigueur et de recherche effrénée de qualité au service du goût.

Il faut dire que ses passages dans les maisons les plus prestigieuses comme le Crillon ont précédé sa propre installation, dans un endroit au nom qui est à lui seul une promesse, Thoumieux, au 79, rue Saint-Dominique, dans le 7ème arrondissement.

La façade extérieure est stricte, peu engageante. Mais les dorures de l'intérieur font contraste. Depuis que j'avais chroniqué son Art de manger j'avais très envie de mettre un pied dans son restaurant gastronomique, situé au premier étage.

Mais avant de me lancer dans ce que Jean-François Piège nomme "la règle du jeu" dont la première formule flirte avec la centaine d'euros, il m'a semblé "raisonnable" d'approcher la maison par un déjeuner à la Brasserie qui se trouve juste sous le restaurant. D'autant que, comme j'y allais avec mes deux enfants je ne voulais pas risquer de multiplier par trois une quelconque déconvenue. Car autant le dire d'emblée je n'avais pas lu que des compliments sur Internet à propos de sa cuisine.
La brasserie offre la possibilité d'un menu à 29 € avec une entrée, un plat et un dessert (ou un fromage) sans empêcher les commandes à la carte. Le soir et le week-end, la carte seule est possible.

Chaque table reçoit d'emblée un plateau avec un pain tout chaud, à peine sorti du four, du beurre demi-sel, un pot de sel de mer (comme si le sel allait manquer...) et un dip de sardines servi dans sa boite dont le serveur donne la recette spontanément : sardines écrasées avec de la Vache qui rit. Ouh là ... quand on connait la composition de cet ingrédient, à partir de pâtes pressées, (type emmental, comté, gouda) auxquelles sont ajoutés du lait écrémé, du beurre, des protéines de lait, et des sels de fonte à savoir polyphosphates, citrates, diphosphates et phosphates de sodium, on se demande quelle histoire ce plat là est censé nous raconter. Quelque chose qui tient probablement de l'enfance et de la régression ... On ne va pas sourciller davantage, on se régale, puisque c'est bon. Et puis on se donne le temps de choisir les plats sans subir de pression.
Place aux entrées. Il n'est pas rare, dans tous les restaurants, qu'un plat soit plus généreux quand il est commandé à la carte que lorsqu'il est servi dans le menu. Chez Monsieur Piège c'est une évidence. La différence ne passe pas inaperçue. Par exemple l'assiette de tomates multicolores et sa burrata m'a été servie en portion "anorexique" alors que ma voisine qui l'a choisie à la carte a reçu l'équivalent de 4 ou 5 tomates. Entre le trop et le trop peu ... je me demande ce que j'aurais préféré.

Les légumes étaient bons mais sans révéler des goûts inconnus. Sans doute ai-je la chance d'avoir un bon maraîcher ... L'intitulé promettait un vieux vinaigre et du basilic. J'ai vu les toutes petites feuilles de ce condiment.
La tranche de foie gras de canard des Landes cuit en terrine, prise à la carte, était plutôt mince, ce qui signifie que ce qui vaut pour les tomates ne s'applique pas au foie gras. C'est toujours le même pain pour accompagner, mais cette fois grillé. Une idée à retenir : la crème posée sur le bord de l'assiette, parsemée d'éclats d'amande.
Pour suivre, un poisson et deux viandes, qui sont deux spécialités maison, dont une au menu, le quasi de veau cuit tout doucement. La viande est ultra fondante sous une croute légèrement épicée. Entre cuit à point et rosé. Avec son petit jus. Par contre, je ne mettrais pas une excellente note à la purée. Je fais largement meilleur chez moi, sauf que je ne la présente pas si joliment avec des chips de vitelotte.

Les couteaux ont une ligne épurée. Ils sont siglés et ont été dessinés spécialement pour Thoumieux par Robert David, coutelier à Thiers depuis 1919. Mais la viande est si tendre qu'on pourrait la sectionner à la fourchette.
On remarque encore la crème sur le bord de l'assiette, qui est décidément une signature esthétique. Le condiment de riquette, citron, parmesan est présenté avec des fleurs ... La riquette est une forme sauvage de roquette mais je m'interroge sur les fleurs qui ressemblent à l'ail des ours. Peu importe puisque c'est bon, n'en déplaise à la grande amie du chef, Valérie Expert, que la présence de fleurs dans les assiettes agace.
Le big burger maison, dont on nous avait dit du bien, a effectivement satisfait l'appétit de mon fils. Il était servi avec des frites moelleuses à souhait, joliment présentées dans une coupelle de cuivre martelé. La vaisselle est assez surprenante tant au plan des formes que des couleurs, souvent d'inspiration japonisante, à quelques exceptions étonnantes.
Déception par contre pour ma fille avec une erreur sur la prise de commande. On apporte un quasi (le même que le mien ... étonnant) alors qu'elle avait demandé un poisson. Insistance de la serveuse prétextant que nous aurions changé d'avis ... Que nenni ! Même que vous nous avez fait remarquer qu'on ne s'était pas exprimé correctement et qu'il fallait dire "une" barbue et pas "un". Cette évocation nous dédouane mais elle prévient sèchement (comme si nous étions coupables) qu'il faudra attendre 20 nouvelles minutes, le temps que cuise le poisson. Soit !
La barbue et les légumes de Joël (Thiébault) arrivent enfin. Légumes étonnants, en terme de couleur, de saveur et de fermeté, ce qui au final ne laissera cependant pas un souvenir impérissable. Un peu trop de balsamique il semblerait ?

Voici venu le temps du dessert. On nous débarrasse les assiettes et les couverts. Rien d'autre. Je ne veux pas faire ma chocotte mais on nous laisse les monticules de miettes de pain. Pouah ! Déjà que je devais faire gaffe de ne pas maculer les coudes de mon chemisier avec le beurre fondu qui avait coulé de la tartine (chaude) depuis le début du déjeuner ... S'il y avait foule et si nous étions dans un bistrot je comprendrais mais ici  ... dans une salle presque vide, et chez quelqu'un pour qui la mise en scène des repas est essentielle c'est incompréhensible. 
Ma fille a choisi les Churros n'rolls, encore une spécialité de la maison. On parie sur le nombre qui va arriver. Je penche pour un nombre impair. Trois dit-elle. Non, ce serait mesquin. Cinq ? Ce fut quatre. Mais elle n'en mangea que deux, m'en fit gouter un et même si c'était bon ce n'était pas transcendant. On a renoncé au dernier, ce qui n'est absolument pas dans nos habitudes quand on se régale.

Ils ont été servis avec de la sauce chocolat (dont elle ne voulut point), de la glace vanille (délicieuse). Peut-être aurait-elle apprécié le sucre peta zeta qui pétille en bouche et qui est annoncé ... en théorie sur la carte, mais qui fut absent aujourd'hui ... et sans justification.
Mon fils a jugé les Fraises au jus, Chantilly version 2013, arlettes caramélisées très bonnes et il s'y connait. C'est son fruit préféré. Avec un nuage de Chantilly (fortement allégée au blanc d'oeuf à mon avis) mais délicatement vanillée. Quant aux arlettes, c'est après vérification sur Internet de retour à la maison, que nous avons appris qu'il s'agissait de petits sablés.
Le Vacherin glacé banane citron vert, prévu au menu a été servi dans une coupe de la même taille... venant contredire la mise en garde du début de l'article. C'était davantage une évocation de vacherin qu'un dessert de ce nom. Trois pétales de meringue (d'où son appellation je suppose) posés sur une glace à la banane, elle même sur une écrasée de banane citronnée. Et la même Chantilly que celle des fraises mais cette fois en couronne. Le résultat est très bon, très rafraichissant.
Le café sera facturé 5 € tout de même, mais la tasse est siglée, faite tout exprès par Bernardaud, et à défaut de mignardises il y a un caramel pour accompagner.

Pas de déception en conclusion, avec une addition d'environ 140 € pour 3 personnes, en ayant consommé juste de l'eau en carafe mais pas un souvenir mémorable non plus. Si on ne savait pas qu'on se trouvait chez le grand jury de Top chef, celui qui vise constamment l'excellence, on n'aurait pas deviné. Parce qu'il n'y avait rien de véritablement exceptionnel.

L'homme qui répète qu'un plat doit raconter une histoire ... et qui collectionne les compliments tiendra-t-il longtemps sans remise en cause ? Nous étions une petite quinzaine ce midi là. Est-ce un début de réponse ?

Même mes enfants, qui sont moins exigeants que moi, ont été surpris de l'absence de geste, dit commercial, pour faire oublier les 40 minutes d'attente de la barbue. Ils s'imaginaient naïvement que le café serait offert. La serveuse avait sans nul doute déjà oublié (aussi) sa bévue.
Le positif est qu'on ressort du déjeuner l'estomac léger. Un bon point pour un été caniculaire. Un conseil à propos : prévoyez une petite laine car la clim est réglée, bas, … très bas. Par contre il est inutile de réserver et vous aurez le choix de la table, du moins tout l'été.

Côté décor, joli marbre, dorures en surcharge, mais on le savait. La brasserie est telle qu'elle apparait sur les photos. Thoumieux est toujours difficile à lire. Cela devient un jeu pour tromper l'attente. Comme de chercher à voir le trèfle, le haricot ou autre chose dans le logo. Beaucoup de miroirs, des glaces comme à Versailles, un service discret, pas trop appuyé, c'est le moins qu'on puisse dire, du pain toujours renouvelé et bon, de l'eau en carafe qui est tout à fait correcte. 

Bon point aussi pour les toilettes avec le gel lavant Aesop à l'écorce de mandarine, au romarin, et au cèdre. Avec sa crème assortie. Un vrai soin pour les mains des convives. C'est rarissime et l'apanage des palaces. C'est le sens du détail de JFP. Il faut dire qu'on fait toilettes communes avec le restaurant à propos duquel je me demande (toujours) si la promesse d'y dîner de façon fabuleuse est un mythe ou une réalité. L'expérience de ce midi ne m'encourage pas à tenter celle de la règle du jeu.
Thoumieux, Jean-François Piège, 79, rue Saint-Dominique, Paris 7e. Tél. : 01-47-05-49-75.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)