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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 18 décembre 2013

Belle et Sébastien de Nicolas Vanier

Le film de Nicolas Vanier sort aujourd'hui et on peut déjà deviner que ce sera un succès.

Ce n'est pas un remake du feuilleton Belle et Sébastien ni un film pour enfants, pour jeunes enfants je veux dire.

Dès les premières images on a compris que la nature aura la place belle. On survole le massif en compagnie d'un gypaète et s'il n'y avait que ces quelques secondes le film aurait déjà mérité d'exister. On découvre ensuite le gamin avec son fusil et on se demande à quelle époque on est. Il est avec son grand père que je n'avais pas immédiatement reconnu derrière sa barbe blanche, et que pourtant je connais bien, Tchéky Karyo.

Très humaniste, le voilà qui s'énerve contre celui qui a tiré sur une femelle chamois en plein été. Le môme ne dit rien, mais il parle fort ... avec ses yeux.

Quand il descend en rappel pour récupérer le chevreau j'ai beau me dire que c'est du cinéma je tremble  et le vertige me saisit.

Je mobilise mes souvenirs et je ne reconnais rien, hormis le paysage, le gamin ... J'aurais juré que l'action se déroulait dans les années soixante alors que là je vois un autre monde, sans télévision (ne parlons pas des "tablettes" !). Pas d'électricité non plus, et les foins sont récoltés à la main, à bras aurait dit ma grand mère. Je ne me souviens pas de ce Belle et Sébastien là.

Tant mieux, je serai surprise, et vous aussi.

Ça se passe là-haut, dans les Alpes. Ça se passe là où la neige est immaculée, là où les chamois coursent les marmottes, là où les sommets tutoient les nuages. Ça se passe dans un village paisible jusqu'à l'arrivée des Allemands. C'est la rencontre d'un enfant solitaire et d'un chien sauvage. C'est l'histoire de Sébastien qui apprivoise Belle. C'est l'aventure d'une amitié indéfectible. C'est le récit extraordinaire d'un enfant débrouillard et attendrissant au coeur de la Seconde Guerre Mondiale.  C'est l'odyssée d'un petit garçon à la recherche de sa mère, d'un vieil homme à la recherche de son passé, d'un résistant à la recherche de l'amour, d'une jeune femme en quête d'aventures, d'un lieutenant allemand à la recherche du pardon.  C'est la vie de Belle et Sébastien.
Le rapport avec la série télévisée Belle et Sébastien de 1965 est peu apparent. Ils s'y sont mis à trois, Fabien Suarez, Juliette Sales, et Nicolas Vanier, pour reprendre la trame du film écrit et réalisé par Cécile Aubry, 13 épisodes de 26 minutes, en noir et blanc, et diffusé sur la première chaîne de l'ORTF, le dimanche à 19 h 30. Alors que l'histoire originale s'inscrit dans l'actualité de son époque, les années 60, le personnage de Sébastien étant né le 20 janvier 1959, jour de la Saint-Sébastien, le film se déroule dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

Nicolas Vanier a une filmographie focalisé sur les animaux et sur la neige. Il ne pouvait donc pas faire un simple remake de la série. Sa volonté a été manifeste de montrer la montagne comme une terre d'aventure, toujours en décors naturels, et sur plusieurs saisons, avec ce qu'elle peut engendrer de positif et de négatif. La guerre et la fuite des Juifs vers la Suisse s’inscrivent de ce point de vue parfaitement dans cette logique.

Tout le monde sait que le fils de Cécile Aubry, Mehdi interprétait Sébastien. Il était davantage que l'acteur principal, il était aussi l'inspirateur de la série. Le casting fut donc difficile pour trouver un enfant qui, sans ressembler au précédent, soit crédible dans le personnage. Félix Bossuet a été choisi parmi 2400 candidats, en quelque sorte plébiscité par les propres chiens de traineau que le réalisateur élève dans le Vercors. C'est son premier rôle et il y est parfait. On pourrait presque trouver une ressemblance entre Mehdi enfant et lui.

Mehdi El Glaoui a accepté une participation dans le film où il devient André, un bucheron un peu sauvage. On le voit dans une courte scène face à l'enfant. Sa mère, décédée il y a trois ans, en aurait été sans doute très émue.

On retrouve aussi, dans une tonalité différente, la chanson de Belle, interprétée par Zaz, en duo avec le jeune Félix. On risque d'entendre encore bientôt la chanteuse qui n'en est pas à son coup d'essai en matière cinématographique puisqu'elle avait interprété Les Coeurs-volants dans le film de Martin Scorsese, Hugo Cabret en 2011.

J'ai aimé le film, beaucoup. On tremble, on sourit, on est à fond dans cette histoire très bien filmée, malgré certains passages un peu convenus, comme l'épisode autour de "la bête" s'opposant au loup dévoreur des troupeaux. Mais pour qui vit en montagne il est vrai que les chiens sauvages sont réellement un danger important.

L'animal qui interprète Belle est d'ailleurs remarquable dressé et participe au succès du film.

Ce qui m'a le plus dérangé, mais c'est mineur, c'est le rôle du grand-père qui multiplie les mensonges, entretenant dans l'esprit du jeune Sébastien l'espoir que sa mère reviendra, en lui faisant croire qu'elle est momentanément partie vivre de l'autre coté des montagnes, en Amérique, et négligeant ses "obligations familiales" en le laissant courir la montagne au lieu d'aller à l'école. Aucun film, même le meilleur, n'est parfait.

mardi 17 décembre 2013

Parade automobile à Epernay dans le cadre des Habits de Lumière 2013

C'est presque une façon de clôturer la fête, avec cette parade automobile jumelée à un concours d'élégance pour prolonger le week-end Habits de Lumière ici à Epernay.

Plusieurs centaines de véhicules de plus de 30 ans prennent part à ce rendez-vous sur l'Esplanade Charles-de-Gaulle. Il compte parmi les plus grands rassemblements de voitures anciennes du quart Nord-Est de la France.

De la voiture de prestige aux véhicules populaires, tous les modèles sont les bienvenus.
A tout seigneur tout honneur avec ce camion rouge de livraison Mercier. Il est en quelque sorte talonné par la "Motte de beurre". C'était le surnom qu'on avait donné à la voiture la plus vendue jusqu'en 1955 (et qui fut la première de mes parents ...) en raison de sa couleur jaune.

On la voit ici en gris souris annonçant avec humour un convoi exceptionnel. Je me demande si celle là a fait partie du rallye qui a été organisé dans les galeries des caves Mercier (mais oui !) en 1950 pour son lancement.

Dès 8h 30 les sparnaciens et nombreux touristes sont invités à observer le ballet des véhicules sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, accompagnés par la fanfare Les Dromadulaires.

De 9h 30 à 10h 30 un concours d'élégance se disputait entre 10 véhicules de plus de 40 ans sélectionnés par un comité. C'est peut-être pour cela que certains participants avaient particulièrement "joué" le jeu en se costumant. J'avoue avoir profité des rayons du soleil pour monter dans les vignes, histoire de ne pas me contenter que du "minéral".
Mais à ceux qui pourraient être surpris par ce type de manifestation il faut rappeler que l'arrivée du rallye automobile Paris-Epernay le 21 octobre 1904 devant le château de Pékin, avenue de Champagne, a scellé une association indéfectible entre ce sport et cette boisson.

Il faut savoir aussi que le premier Championnat du Monde de Formule 1 a eu lieu en Champagne et que le vainqueur (on se souvient tous de son nom, devenu synonyme de vitesse, Juan Manuel Fangio) s'est vu offrir un jéroboam.

L'anecdote veut qu'il faut attendre une petite erreur, en 1966, pour que s'installe la tradition de "faire péter le champagne". c'état au 24 heures du Mans et le lauréat Jo Siffert arrose le public involontairement en ouvrant le jéroboam qui n'a pas été gardé suffisamment au frais. Depuis, et pour garantir l'effet, les pilotes automobiles secouent même les bouteilles. Mais si vous voulez faire la meilleure dégustation choisissez un magnum. C'est la contenance idéale, à ce qu'il parait.

Un défilé a démarré à 11 heures dans les rues de la ville avec une remontée, non pas des Champs Elysées, mais de l'Avenue de Champagne ...
... où "naturellement" je les ai croisés.
Une virée supplémentaire était organisée l'après-midi par l’association Flagot Légendes pour  20 véhicules anciens consistant en une virée dans les Coteaux Champenois.

Chacune de ces "étapes" est validée par une inscription, obligatoire et payante, en fonction du véhicule. Une dégustation de champagne est offerte aux participants aux alentours de 11 h 30.
Information et contact : parade.automobile@ville-epernay.fr

lundi 16 décembre 2013

L'Avenue de Champagne d'Epernay, de jour comme de nuit ...

Je vous ai présenté Epernay sous ses Habits de Lumière, et sous ses Habits de Saveurs. Nous avons aussi visité ensemble une cave prestigieuse.

Aujourd'hui je voudrais vous montrer l'envers du décor, ou plutôt l'endroit tel qu'il est 362 jours par an, et ce n'est pas mal non plus, même si c'est radicalement différent. L'Avenue de Champagne, puisque c'est d'elle qu'il s'agit est belle sous toutes les lumières, celles du jour comme celles de la nuit.

Idéalement située sur la route royale reliant Paris à l'Allemagne, elle s’est développée quand le commerce des vins s’est spécialisé. Rebaptisée  alternativement "Faubourg du commerce", ou "Faubourg de la Folie", sous Louis XV (probablement en raison de la présence de riches propriétés), sa renommée commence véritablement au XVIIIe siècle en devenant  "la voie royale" qui conduit de Paris à l'Allemagne.

C'est en quelque sorte la première ZI (zone industrielle) aux abords d'une ville. Si on s'y promène le week-end on ne s'en rend pas compte mais c'est toujours un lieu très actif.
On remarquera d'ailleurs les quais de débarquement conçus pour les camions chez Pol Roger. Et je n'ose imaginer le ballet en période de vendanges. La brique industrielle jaune est clairement apparente.  On a perdu un pan du U caractéristique de la fin du siècle dernier mais l'influence art déco demeure au fronton, avec les masques et les motifs géométriques.Tous les bâtiments ne présentent pas la même valeur patrimoniale mais chacun a son intérêt architectural et leur diversité fait l'intérêt de la promenade.

Les plus grandes Maisons de Champagne se sont développées ici et ont fait apparaître les grandes demeures champenoises des négociants. Les "Châteaux " Perrier, Gérard, Pékin qui allient l'aspect familial et le commerce des vins de Champagne sont ainsi les témoins de l'époque. Les hôtels particuliers des Maisons Auban-Moët, Chandon, Maigret, Gallice, de Billy ou Mercier sont toutes prestigieuses, autant dans leur agencement intérieur que dans leur l'environnement.

Si bien qu'autrefois simple lieu de passage, l'Avenue de Champagne est aujourd'hui le siège des plus grandes Maisons de Champagne au monde (Moët & Chandon, Mercier, Boizel, Comtesse Lafond, De Castellane, Esterlin, Perrier-Jouët, Pol Roger, De Venoge, Demoiselle...) rejointes par quelques nouveaux noms comme A. Bergère au numéro 38.

Car, à quelques exceptions, les maisons les plus anciennes se trouvent du côté droit parce que la présence en contrebas, à gauche, du lit de la Marne (qui fut ultérieurement détournée de quelques mètres pour laisser place au chemin de fer) empêchait de creuser. En inaugurant le 2 septembre 1849, le tronçon "Paris-Epernay" de la ligne ferroviaire de l'Est le commerce du champagne a connu de nouvelles perspectives de développement. En 1925, l'essor est tel que l'ancienne rue du commerce est re-baptisée, cette fois définitivement "Avenue de Champagne".

On peut aussi estimer qu'on a le coté résidentiel avec ses châteaux ou hôtels particuliers au coeur d'un parc ou entre cour et jardin en U (sur la gauche) face au coté industriel (sur la droite).

Mais on y voit aussi des maisons particulières (comme celui qui est photographiée ci-dessus, en haut de l'article), et même quelques immeubles d'habitation plus ou moins heureux au plan architectural et sur lesquels par contre je ne vais pas m'attarder.

Le contraste le plus frappant est celui d'un même bâtiment, un des plus récemment construit, ici Demoiselle, vu le jour et puis la nuit :
Il suffit, comme partout, de laisser pendre de simples guirlandes pour embellir une fenêtre. Elles sont le plus souvent entourées de briques pour donner un peu d'animation aux façades en les soulignant de rouge.
Les trottoirs, récemment refaits, sont constellés d'inclusions rondes comme des bulles ... de champagne. Ils sont très larges, doublés de pistes cyclables.
Contraste toujours entre la nuit et le jour. On reconnait à peine l'hôtel de ville ainsi "maquillé".
C'est l'ancienne demeure de la famille Moët. Edifié en 1858 par le négociant Monsieur Auban, lequel épousa Madame Moët. Le voici photographié depuis l'avenue de Champagne, sur sa façade arrière, l'entrée principale étant à l'époque tournée vers la ligne de chemin de fer, en contrebas.
Le monument aux morts compte presque un millier de sparnaciens pour la seule première guerre mondiale.
Le style du monument, néoclassique, est plutôt sobre mais on dit que ses salons sont très chaleureux. Et du jardin le regard capte des vues insolites sur d'autres bâtiments.

Changement radical quelques mètres plus haut. La lucarne en fond de cour de Perrier-Jouët porte la mention de 1811 au-dessus de la cloche.
On remarque davantage en plein jour que les grandes maisons disposent de plusieurs bâtiments, de facture parfois très différentes avec une ornementation parfois chargée.
Ce sont ici des sphynges, là une statue équestre un peu lourde, évoquant la passion du propriétaire pour la chasse à courre, à ce qu'il m'a été dit, si ce n'est la référence aux places royales codifiées depuis Henri IV. car n'oublions pas que chaque bâtiment avait pour objectif d'attirer l'oeil et de démontrer sa puissance.
Nous sommes dans la cour du château Perrier, au numéro 13, construit dans un style néo Louis XIII. Il fut aussi une bibliothèque, un musée archéologique (le second en terme d'intérêt après celui de Saint-Germain-en-Laye) et un nouveau projet est en cours pour permettre de l'ouvrir au public.
Quel que soit l'angle par lequel on aborde ce "château" il surprend par ses mesures, évoquant Fontainebleau.
De l'autre coté la sobriété contraste avec des bâtiments fin XVIII°, autour d'une cour pavée, en U, aussi beaux cette fois de jour comme de nuit.
Il faut voir de près l’Arbre de Dégustation dessiné et sculpté par le designer néerlandais Tord Boontje, pour Perrier-Jouët au printemps dernier et qui occupe la cour voisine en version gigantesque. Je vous avais montré, dans le billet de vendredi consacré à a parade lumineuse, la version "salon" que l'artiste avait façonné en s'inspirant des anémones dessinées par Emile Gallé.
Ici, en plein air, sa réalisation est encore plus étonnante. Et l'envie est forte d'aller se servir une coupe, non ? Quand je dis coupe je devrais préciser flute mais vous aurez compris ...
Le contraste est peut-être moins puissant chez De Castellane car on reconnait la tour entre toutes.
Il est particulièrement marqué entre les bâtiments Moët & Chandon, aussi saisissant de jour que de nuit, tant ils sont différents.

Ce n'est pas la plus ancienne maison de champagne créé à Epernay. C'est Ruinart en 1729, mais elle s'expatria sur Reims pour bénéficier de caves existantes, dans des crayères gallo-romaines qui n'étaient plus utilisées.

Ainsi qu'en atteste l'inscription au-dessus du grand bâtiment rectiligne du 20 avenue de Champagne, Claude Moët fut par contre le premier à oser faire creuser des caves en 1743 dans l'immense terrain vague crayeux qui s'étendait aux abords de la ville. Car à Epernay toutes les caves ont été creusées par l'homme. Et avec un parc de 110 kilomètres de caves situé sous l'Avenue et plus de 200 millions de bouteilles au reflet d'or, on la surnomme aussi "l'avenue la plus riche du monde". Elle accueille plus de 400 000 visiteurs chaque année.

L'immeuble que l'on voit aujourd'hui, ci-dessous à droite, a été détruit pendant la Première Guerre. il a été reconstruit en briques jaunes dans les années 1920, avec un toit terrasse typiquement art déco.
Subsiste juste à coté, et le contraste est frappant, la statue du moine Dom Pérignon à qui on doit l'amélioration de l'effervescence qui valut à ce vin d'être servi aux festins honorant les sacres royaux ... à Reims, expliquant ainsi comment de vin des rois le champagne est devenu le roi des vins.

De nombreux bâtiments portent la marque Moët & Chandon. Celui ci, bâti pour Jean-Remy Moët en 1793,  est ornée d'une galerie où Napoléon 1er aimait s'y promener pour bénéficier de la vue sur les vignobles de la cuvée prestige, dite désormais Cuvée Impériale. Ce fut peut-être la première célébrité à s'être déplacée avenue de Champagne en 1807.
Des agrandissements se construisent de part et d'autre de l'Avenue, mais en préservant toujours l'horizon sur les coteaux. Une orangerie (ci-dessous) est adjointe en 1807 à l'instar de ce celle du Petit Trianon de Versailles.
Je ne cherche pas à être exhaustive. Pas davantage à établir un classement entre les bâtiments. Chacun a son charme et sa spécificité. Il en va d'eux comme des champagnes. Des goûts et des couleurs on ne discute pas. Sarah Bernhardt ne jurait que par De Venoge, Churchill préférait Pol Roger (à sa mort la maison fit border ses étiquettes de noir en signe de deuil) qui est toujours plébiscité sur la table de la famille royale d'Angleterre, Albert de Monaco adore Perier-Jouët et Marilyn Monroe ne buvait que Piper-Heidsieck ...

Je voudrais surtout vous donner l'envie d'aller sur place pour admirer ce patrimoine, lequel présente des aspects très variés, comme ce Collège de garçons, édifié au numéro 29, par Henri Picquart entre 1913 et 1923, orné de colonnes et de bas-reliefs faisant référence à l'Antiquité alors que l'ensemble se rapproche davantage d'une architecture industrielle, même si le bandeau de bois bleu et les céramiques assorties adoucissent la brique.
Je ne l'ai pas photographié une nouvelle fois mais il faut aussi regarder attentivement une villa de style "fin de siècle" ayant appartenue à Marcel Gallice, (1854-1930), négociant en vins de champagne et président de la maison de champagne Perrier-Jouët, au numéro 33. Elle fut achevée en 1899, et son architecte Charles Blondel a reçu le prix de Rome. 
La Maison se caractérise par le haut des fenêtres en chapeau de gendarme. L’entrée est marquée par une marquise ainsi qu’un balcon de fer forgé porté par deux griffons cernant les initiales de Marcel Gallice. C'est pour quelques mois encore le siège de l'ORCCA, Office Régional Culturel de Champagne-Ardenne. Mais bientôt cette villa de style «fin de siècle» sera investie par le champagne de Venoge, installé au nº46 de l’avenue, dans les locaux du champagne Boizel.

Elle va donc revenir à sa vocation initiale. J'espère l'an prochain visiter son jardin à l'anglaise, son intérieur, sa cheminée de bois sculptée et surtout son escalier monumental éclairé d'un magnifique vitrail de Grüber, classé monument historique et réalisé en 1921 à la demande de Marcel Gallice et d'après un dessin de Charles Blondel, pour commémorer le martyre d'Epernay pendant la Grande Guerre.

J'imagine que sa mise en lumière sera fort différente en 2014 de ce que nous avons vu cette année.

Il ne faudrait d'ailleurs pas se limiter à cette Avenue. Le théâtre Gabrielle-Dorziat mérite lui aussi le détour, avec son plafond, où l'on remarquera une toile marouflée du peintre Georges Clairin, amant puis ami fidèle de Sarah Bernhardt. La fresque représente les différents arts que l'on pouvait trouver à l'époque au théâtre, comme la danse, la musique, l'opéra, la tragédie, le drame, et certains y reconnaissent le visage de l'actrice chère à son coeur.
Et dans le centre ville d'autres bâtiments ont aussi leur intérêt architectural. Comme celle-ci au 1 rue Gallice et quia retenu mon attention samedi en face du marché couvert.

Construite en 1900 par l'architecte sparnacien Henry Clouet elle est assez lourdement ouvragée dans un style qui hésite entre le néogothique et l'Art Nouveau. Ce bâtiment a été financé puis offert par un notaire à Léonie Pasquier en gage d'amour, ce qui n’empêchera pas la jeune femme d'épouser un autre homme quatre ans plus tard. Voilà pourquoi on l'appelle désormais la "Maison de la Lune"en référence à la manière dont elle a été acquise ...
En réaménageant l'Avenue de Champagne à partir de 2006, la Ville d'Epernay a fait de ce lieu, un endroit de promenade plus agréable pour les Sparnaciens (trottoirs plus larges, pistes cyclables…) aussi bien à l'occasion des fêtes spéciales que pour quelques heures grapillées dans son emploi du temps.

C'est aussi une marque qui commercialise des objets et des livres intéressants sur le patrimoine régionale et que l'on peut trouver à l'Office du tourisme, au numéro 7.

Ainsi ces bouchons de champagne dont la ganache est réalisée avec un sucre pétillant qui provoque en bouche une effervescence comparable à celle du vin. Et puis, bien sur les capsules que s'arracheront els placomusophiles, puisque c'est ainsi qu'on nomme les collectionneurs.

J'ajoute pour terminer une liste qui pourra être utile cette année ou une autre ... tout en rappelant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, et qu'il faut consommer avec modération.

Visites et dégustations
Ce week-end festif est l'occasion de visiter les caves de l’avenue de Champagne et de découvrir les principaux secrets de la dégustation. Tarifs à la coupe variables selon les bars. 

Liste des visites et dégustations de l'édition 2013 (je vous encourage à vous renseigner pour 2014 mais les changements seront probablement mineurs) classé dans le sens de la montée de l'Avenue :

Collard Picard
15, avenue de Champagne - 03 26 53 36 93
Vendredi, samedi et dimanche de 10 à 18 heures
Boutique ouverte avec dégustations et projection d'un film

Pol Roger
34, avenue de Champagne - 03 26 59 58 00
Samedi de 13 h 30 à 16 h 30
Visites des caves et dégustations

A. Bergère
38, avenue de Champagne - 03 26 32 07 19
Vendredi, samedi et dimanche de 10 h 30 à 12 h puis de 14 à 18 h
Boutique ouverte, dégustations, visites et projection d'un film

Paul-Etienne Saint Germain
51, avenue de Champagne - 03 26 32 31 12
Samedi de 11 h à 18 h et dimanche de 11 à 16 h 30
Boutique ouverte et dégustations

De Castellane
63, avenue de Champagne - 03 26 51 19 11
Vendredi, samedi et dimanche de 10 h à 12 h puis de 14 à 18 h
Visites des caves et dégustations spéciales Habits de Lumière

Mercier
68, avenue de Champagne - 03 26 51 22 22
Vendredi, samedi et dimanche de 9 h 30 à 11 h 30 puis de 14 à 16 h 30
Visites des caves et dégustations, réservation nécessaire à partir de 10 personnes

Comtesse Lafond
79, avenue de Champagne - 03 26 32 26 40
Samedi de 14 h  à 17 h 30, et dimanche de 10 h à 12 h puis de 14 à 17 h 30
Dégustations spéciales Habits de Lumière

Tous les articles :

Parade automobile à Epernay dans le cadre des Habits de Lumière 2013
La visite des caves Mercier

dimanche 15 décembre 2013

Visite de la cave de Castellane à Epernay

Vous commencez à le savoir : je passe le week-end en Champagne et il n'est pas envisageable de ne pas visiter au moins une cave. En fait ce sera deux, avec Mercier dont je vous parlerai ultérieurement.

Je vous avais fait part de ma surprise en découvrant la tour de la maison De Castellane, au bout de cette fabuleuse Avenue de Champagne, au numéro 63, que j'ai aperçue vendredi soir illuminée dans le cadre de la manifestation Habits de lumière.

En plein jour la ressemblance avec la tour parisienne de la gare de Lyon est encore plus frappante. Normal puisqu'ils ont eu le même architecte, Marius Toudoire. Et encore plus logique puisque c'est aussi une gare en quelque sorte.

C'est en 1895 que le Vicomte Florens De Castellane construit sa Maison de champagne à Epernay. 

Elle dispose de 9 kilomètres de caves et de bâtiments surmontés de cette tour, haute de 66 mètres, qui font désormais partie du patrimoine historique.

On raconte, mais je ne l'ai pas expérimenté, que la Tour De Castellane offre, après avoir gravi ses 237 marches, un panorama exceptionnel sur Epernay et sur les vignes de la vallée de la Marne.

Composé d’un harmonieux équilibre de briques rouges, de balustres en pierres de taille, de sculptures et décorations en émail, l’ensemble des bâtiments constituent une œuvre caractéristique de son époque, d'allure presque baroque aujourd'hui.
Ce n'est pas un hasard si la tour évoque la gare parisienne car, et c'était essentiel à sa construction, les celliers sont directement raccordés au réseau SNCF par lequel les vins sont expédiés vers les grandes métropoles dont les noms sont sculptés en gravures d’émail sur le fronton des immeubles : Bruxelles, Londres, Paris, New-York, Barcelone, Alexandrie ...

Il est possible que la visite que j'ai faite fut spéciale, puisque inscrite dans le cadre des habits de lumière. Vous trouverez tous les renseignements utiles pour préparer la vôtre sur le site de la maison.

En tout cas les caves d'Epernay n'ont rien à voir avec ce que l'on connait par ailleurs. C'est même un choc comparativement aux chais de calvados que j'ai visités cet été.

Elles se trouvent de part et d'autre de l'Avenue de Champagne. Contrairement à d'autres régions qui ont investi des caves existantes comme on l'a fait à Reims dans des crayères gallo-romaines désaffectées, l'homme a ici creusé  un total de 110 kilomètres de galeries sous-terraines, contre 130 de voirie, ... histoire d'avoir un point de comparaison. Elles ne sont donc pas "très" anciennes. Moët fut le premier à oser creuser dans un immense terrain vague crayeux en 1743. Ce sont d'ailleurs les plus grandes avec presque une trentaine de kilomètres de galeries.

Pour De Castellane il fallut attendre un siècle de plus. Installée de l'autre coté de l'Avenue, en contrebas, la maison avait l'énorme avantage de bénéficier du chemin de fer mais la proximité de la Marne rendait les percements difficiles. Ce fut le même contexte pour Mercier dont les quais étaient de plain pied avec l'Orient Express.

Situées sous 10 à 30 mètres de sol calcaire, elles s'étendent sur 18 km chez Mercier, 28 chez Moët ... et seulement 6 km chez De Castellane. Cela semble peu. Et pourtant tout m'a semblé démesuré chez eux. Peut-être parce que j'ai commencé par là.
La salle d'accueil est à la proportion des groupes de visiteurs qui doivent y transiter. Dans le fond un limonaire semble minuscule alors qu'il est immense.

La visite s'effectue à pieds (en train chez Mercier). C'est l'occasion d'apprendre le processus de fabrication du célèbre breuvage. De comprendre les anciens modes de conservation ... jusqu'aux plus actuels. Le plus surprenant pour le néophyte c'est que tout se joue dans la bouteille (et non dans le tonneau). Or rien ne ressemble plus à une bouteille qu'une autre bouteille. Il n'y a aucun parfum résiduel dans l'air. Ce n'est pas dans une cave à champagne qu'on humera la part des anges !
On verra d'immenses affiches témoignant de l'accord entre champagne, art et culture. Les plus grandes marques (Vuitton ci-dessus) se sont approprié ce vin. On traversera d'immenses salles. On découvrira  les secrets de l'assemblage des cépages, de la double fermentation alcoolique (la seconde a lieu à l'intérieur des bouteilles), les cuveries en inox (où sont désormais stockés 80% du vin), les cuves plus anciennes de ciment-céramique, l'atelier de tirage et de dégorgement, l'embouteillage, les espaces de remuage sous pupitre et en gyropalette, les espaces de stockage en palette, en tas et sur pointe.
Mais surtout on sera surpris par les enfilades de couloirs et les empilages de bouteilles ... et par le taux d'humidité qui est de 85%.

Ici les bouteilles vieillissent au minimum trois ans sur lattes, et non pas 15 mois comme la réglementation l'impose. On ne parlera de millésime qu'après au moins 6-7 ans. Les bouteilles les plus anciennes sont de 1915, conservées dans l'oenothèque, derrières des portes cadenassées.
Chez de castellane les galeries s'appellent des avenues et portent le nom de personnes. On peut encore y voir des objets anciens comme ce ratelier. Et comprendre pourquoi on en est venu à inventer la bouteille  en verre coulée à fond creux ... après avoir subi les explosions des bouteilles à fond plat sous la pression de 6 barres.
Tout ce qui nous parait "normal" aujourd'hui est le résultat de recherches progressives. On apprend notamment que le champagne est aussi une affaire de femmes. Autrefois Louise Pommery, la tante Lily (Bollinger), aujourd'hui Evelyne Boizel ... elles sont nombreuses à avoir marqué l'histoire.

La plus remarquable est sans doute Nicole Clicquot, plus connue sous le nom de Veuve Clicquot, généralement représentée âgée, alors que lorsqu'elle prend la succession de son mari elle n'a que 27 ans. On lui doit des inventions capitales comme la table de remuage sur, dit-on, sa table de cuisine en 1864 qui alors n'était pas encore inclinée à 35°.

Les opérations de remuage s'organisent trois ou quatre mois avant la date prévisible de commercialisation. Elles consistent à rassembler le dépôt constitué par les lies inactives et à les faire migrer vers le col de la bouteille au contact du bidule (l'opercule conçu pour récupérer les lies).

Dans un premier temps les bouteilles sont inclinées à 35° environ sur un chevalet en chêne, ou pupitre (voir photo un peu plus haut), constitué de deux faces planes assemblées par des charnières à leur sommet. Chaque face est percée de six trous taillés en biseaux sur dix rangées soit 120 bouteilles.

En les tenant par le fond, le remueur imprime aux bouteilles un mouvement bref et sec de rotation sur elles-mêmes de 1/8e, 1/6e, ou 1/4 de tour, tantôt à gauche tantôt à droite. Il s'agit de décoller le dépôt alourdi par les adjuvants de remuage de la paroi du verre et favoriser son déplacement vers le col, sur la face interne du bouchon (ou bidule), sans le remettre en suspension (un repère à la peinture blanche lui facilite l'opération). Au fil des semaines, il les redresse peu à peu, pour les amener à la verticale, tête en bas, dans la position dite sur pointe.

Un "bon" remueur manipule 40 000 bouteilles par jour, mais il n'est pas exceptionnel de monter à 70 000, d'où l'intérêt des gyropalettes, inventés en 1975,  qui effectuent ce travail mécaniquement.

La visite se termine par les dernières opérations précédant l'expédition. Le dégorgement (opération consistant à expulser le dépôt) a laissé dans la bouteille un vide qu'il faudra combler. De plus, l'acidité naturelle du vin et du gaz carbonique étant élevée, il est nécessaire d'édulcorer le contenu, selon que l'on désire obtenir un vin "extra-brut", "brut nature", "brut", "extra-dry", "sec", "demi-sec", ou "doux".

C'est le rôle que va jouer ce qu'on appelle la "liqueur d'expédition" (ou "liqueur de dosage") qui n'est autre qu'un mélange de sucre de canne très pur et de vieux vins de Champagne adapté à chaque cuvée.
Restera à mettre ensuite le bouchon de liège, la capsule et le muselet sur la chaine d'habillage. Et bien entendu l'étiquette dont la Maison de Castellane dispose d'une immense collection dans la salle des Etiquettes que j'ai eu la chance de visiter au sein de son fort intéressant Musée de la tradition champenoise.

On y voit moult déclinaisons de la célèbre étiquette dont certaines sont dues à de très grands artistes. Elles évoquent toutes la croix rouge de Saint-André qui est l'emblème du plus vieux régiment de Champagne-Ardennes, à l'époque des armées napoléoniennes. Mumm s'est attribué un cordon rouge. Et De Venoge un cordon bleu en double référence, d'une part à la rivière la Venoge qui coule en Suisse et dont la maison est originaire, d'autre part à Henri II, dernier Valois qui institua le port du cordon bleu comme insigne de l'ordre du Saint-Esprit en en faisant un symbole d'excellence. On sait bien ce que représente l'expression en gastronomie ...
Une dégustation termine le périple ... en toute évidence.
Bientôt je vous emmènerai dans une cave très différente d'aspect, à bord d'un petit train électrique, chez Mercier.
Je sais déjà que l'an prochain, et pour ce qui est d'Epernay, j'aurai envie de visiter celles de Moët & Chandon qui sont les plus vastes de la région Champagne et qui s’étendent sur 28 km. On raconte que dans ce labyrinthe souterrain légendaire, les forces de la nature se sont alliées pour créer un cadre unique propice à la métamorphose de fruits de qualité en vin de la Maison ... sous les auspices de Dom Pérignon dont la statue domine la cour.

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La visite des caves De Castellane
Quelques restaurants d'Epernay

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