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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 18 avril 2014

Une terre d'ombre de Ron Rash, aux éditions du Seuil

Le temps me manque pour lire toute la littérature américaine (étant donné tout ceux que je reçois des auteurs français) que je souhaiterais mais pas question de louper un nouvel opus de Ron Rash depuis que j'ai découvert cet écrivain alors que j'étais juré du Grand Prix des Lectrices de ELLE.

Son dernier livre, dont le titre anglais est The Cover, aurait pu être traduit par le Vallon ou quelque chose de plus littéral. En choisissant Une terre d'ombre, Isabelle Reinharez, qui fut aussi la traductrice du Monde à l'endroit, publié au Seuil, et d'un Pied au paradis, aux éditions du Masque, ajoute un supplément anxiogène, surtout quand on pose les deux livres côte à côte ... et que l'on réalise assez vite que ses personnages portent encore le même patronyme.

L'auteur a l'art d'immerger le lecteur dans une nature hostile mais si grouillante de vie qu'elle en devient envoutante. On est saisi par la richesse de ses précisions botaniques et ornithologiques.

Avec Ron Rash les montagnes sont toujours sauvages, épaisses, recouvertes de forêts, traversées par une rivière qui n'est pas nécessairement une voie de sortie.

Les plantes sont toxiques autant que les serpents pour qui ne les connait pas. Laurel Shelton est une jeune femme qui sait comment utiliser les herbes sauvages, ce qui ne devrait pas faire d'elle une sorcière. Mais les rustres ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Ses personnages doivent affronter l'âpreté de leurs congénères encore plus que celle de leur biotope.

L'écriture maintient une très forte tension en privant le lecteur du moindre indice qui lui permettrait d'estimer la provenance du danger. On devine malgré tout que la guerre n'est pas finie et qu'un ultime épisode se jouera mais sans savoir qui en sera la victime.

Cette fois c'est de la Première Guerre mondiale qu'il s'agit et j'ai été surprise de lire que des soldats américains avaient été enrôlés en France (il faut croire que je fus une mauvaise élève au lycée ou alors que les leçons d'Histoire contemporaine ont été incomplètes). Toutes les guerres sont abominables mais celle-ci le fut d'une manière qui perturba les esprits peut-être d'une manière particulière parce que ce fut une vraie boucherie.

Mon grand-père en était revenu psychiquement anéanti quoique vivant. J'imagine la folie que les combats ont pu engendrer. Mais ce n'est pas une raison pour absoudre le patriotisme, le racisme, l'intolérance, les préjugés et la haine de l'autre en adossant ses croyances à des superstitions, ce que je n'ai jamais constaté dans ma famille.

Si on devait résumer d'une phrase on pourrait dire que c'est l'histoire de la collusion fortuite de quelques destins avec des évènements historico-politiques. Le thème n'est pas nouveau mais l'auteur le traite magistralement. Dans un autre style, et avec un autre angle d'approche, mais avec un semblable fil rouge, je vous parlerai bientôt de la lecture de Julia, du néerlandais Otto de Kat.

Une terre d'ombre marque un changement de cap dans l'oeuvre de Ron Rash avec l'arrivée de la douceur synthétisée par le couple que Laurel forme avec Walter. On aimerait que l'auteur s'attarde dans ce sillon et que la lumière inonde son prochain ouvrage, même s'il demeure dans le sublime et toujours sauvage cadre des Appalaches.

Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est un poète, auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires —Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award, Novello Literary Award, Frank O’Connor Award. Il est titulaire de la chaire John Parris d’Appalachian Studies à la Western Carolina University.

Une terre d'ombre de Ron Rash, traduit par Isabelle Reinharez, publié au Seuil
En librairie depuis le 2 janvier 2014

jeudi 17 avril 2014

Les demi-finales du 9ème Concours de Biérologie 2014 sont achevées

Le Concours de Biérologie, est devenu un rendez-vous annuel incontournable et une référence dans les CV des étudiants en école hôtelière dont la vocation est de former les futurs professionnels du CHR (barmen et serveurs). En 2005, année de création du concours, 15 lycées avaient participé aux phases de qualifications. En 2014 ils auront été 800 élèves de 75 lycées à candidater et 65 auront été retenu pour les épreuves.

La finale qui aura lieu à Paris le 23 mai, dans le tout nouveau Carreau du Temple et qui sera ouverte au grand public. Le gagnant remportera un stage à l’hôtel Marriott (4 étoiles) de Bruxelles, un voyage pour deux à Amsterdam et du matériel pour tirer la bière.

J'ai assisté à l'une des journées de demi-finale, dans le Nord de la France sachant que le concours est national pour "couvrir" les trois grandes régions brassicoles : Nord, Est et Sud.

J'y ai rencontré des candidats très motivés. J'ai été heureuse de voir que les filles étaient bien classées (même si elles ont été devancées de peu par deux garçons puisque les 4 concurrentes se sont classées ont occupées les places 3-4-5 et 6 du classement final ce qui fait que c'est le sexe masculin qui l'emporta)

J'ai pensé qu'un billet sur le sujet pouvait aider les jeunes qui ambitionnent de se présenter l'an prochain à mieux se préparer aux épreuves (mais j'ai attendu que le déroulement de la dernière demi-finale pour écrire, afin de ne pas favoriser les uns aux détriment des autres). Et puis, vous verrez, le sujet est passionnant. Je gage que vous allez avoir des exigences nouvelles quand vous commanderez une pression cet été.
Le matin, nous avons tous été conviés à visiter la Brasserie Heineken de Mons-en-Barœul (Nord), près de Lille. C'est ce groupe, 3ème brasseur mondial, leader français sur le marché, qui organise depuis 9 ans le concours. Cette année un kit avait été largement diffusé dans les lycées et il aurait suffi de le potasser sérieusement pour être incollable sur l'univers de la bière avant de revendiquer  l'appellation de biérologue puisque tel est le nom du spécialiste de cette boisson.

Je vous raconterai ce moment ultérieurement pour ne pas alourdir cet article avec une vingtaine de photos supplémentaires.
Cette visite a permis aux candidats de se mettre en quelque sorte en condition. Leur stress était palpable même au moment de la photo immortalisant leur participation. Ils ont bénéficié ensuite d'un ultime briefing par Hervé Marziou qui est sans doute "le" biérologue le plus éminent. C'est toujours un immense plaisir de partager ses connaissances et de le suivre en dégustation.
Un questionnaire à chaud a suivi pour permettre à quelques-uns de gagner des points bonus supplémentaires qui les départageraient en cas d'ex-aequo après les épreuves techniques.

Chaque candidat avait répondu à un QCM, avait complété un texte à trous, et avait fait une rédaction sur le thème : De la terre au verre, où il était attendu des candidats l'emploi de certains mots-clés. Il n'y avait rien à inventer. Il "suffisait" d'avoir révisé le sujet qui est traité dans les fiches pédagogiques du kit dont j'ai parlé plus haut.

L'essentiel du concours se déroulait l'après-midi autour de trois épreuves emblématiques que tous n'ont pas passé dans le même ordre. Ce fut une question de hasard.

Service pression
Il s'agissait de tirer deux verres de bière à la pression après s'être enquis du choix des deux clients "cobayes". Celui qui saura ensuite commenter la texture, la pétillance, l'astringence ou la persistance de la bière avec des termes à propos aura forcément une longueur d'avance.
Il est impératif de rincer le verre à l'eau très fraiche avant de commencer à tirer la bière, pour éviter le choc thermique et qu'une poussière ne perturbe la formation de la mousse.
Lors du remplissage le verre doit être incliné à 45° et le col de mousse devrait mesurer idéalement 4 cm. On peut alors redresser le verre et poursuivre le tirage jusqu'au 25 cl, ni plus ni moins.

L'épreuve est beaucoup plus difficile qu’il n’y parait. Hervé Marziou avait redonné le matin même le déroulé idéal. La plupart s'en sont bien sortis. Mais attention, ce n'est pas parce qu'on a une belle couronne de mousse que la note sera excellente. Car parfois le niveau du liquide se situait en-dessous des 25 cl réglementaires. La contrainte est d'ordre légal.

Voilà un indice pour accepter ou refuser le verre que le serveur déposera sur votre table. En tout cas un verre habillé de buée procure une forte appétence.

Le nettoyage du plan de travail a souvent été oublié. Mais on a vu pire. Le jury s'est parfois retenu de montrer sa désapprobation. Comme avec ce jeune homme qui essuya le verre avec l’éponge qu'il avait prise pour nettoyer la table des clients. Heureusement que les juges ne buvaient pas ...

Le stress se ressentait sur le geste manuel. On a vu des plateaux chavirer. Il faut dire que lorsqu'on doit transférer les verres d'un plateau sur une table basse l'exercice est périlleux et le risque est fort d'oublier de maintenir son plateau à l'horizontal en se penchant. Mon conseil : entrainez-vous avec des verres rempli d'eau à ras bord.

Sachez tout de même que le jour de l'épreuve vous aurez la chance de disposer d'un plateau anti-dérapant comme les vrais professionnels. J'en ai un à la maison et je vous garantis que c'est très précieux.

L'épreuve très technique du cocktail à la bière
Nous voici dans une ambiance bar/lounge. Matériel et ingrédients étaient fournis, comme pour toutes les épreuves. Certains sont arrivés avec leur mallette (comme le font les pâtissiers dans les concours) ... quitte à oublier d'utiliser correctement le doseur. L'effet est alors désastreux. Quand on verse l'alcool "au petit bonheur" ou que l'on annonce 2 cl de jus de citron vert alors qu'on a pressé les deux moitié de fruit on a de toute évidence une quantité très supérieure (à vue de nez quatre fois plus) !

Quelques uns ont versé l'alcool dans le doseur avant de le renverser dans le verre sans pour autant mesurer. Si vous avez une telle maitrise que vous savez comment verser 2, 4 ou 6 cl sans avoir besoin de mesure, dites le au jury en le faisant. Et si vous employez le doseur ne commettez pas l’erreur de remplir à moitié la partie 4 cl pour mesurer 2 cl car de loin on ne voit pas que vous ne l’avez pas rempli à ras bord..

Les candidats qui se sont entrainés étaient avantagés. Et pourtant ce ne sont pas les élèves des cursus à spécialité barman qui ont obtenu les meilleures notes. La qualité de la gestuelle est essentielle et sur ce plan ce sont les filles qui ont emporté le plus de points.

Ce sont par contre les garçons qui ont le mieux réussi à transmettre leur passion à leurs "clients". L'un d'entre eux est allé jusqu'à composer un texte poétique très élégant et qui a fait oublier certaines erreurs techniques auquel mon oeil extérieur a été sensible.

Je dois avouer que j'ai eu envie (et d'autres observateurs eurent le même désir) de goûter le cocktail, et même si ce fut en toute modération je ne comptais pas me satisfaire des quelques gouttes que le jury absorbait avant de noter le respect de la recette ... de Heinekentucky Julep que j'ai égarée mais dont je vous redonnerai de mémoire les proportions et le déroulement un peu plus loin.

Je vous jure qu'il a fallu patienter avant de savourer le breuvage. Les élémentaires règles d’hygiène ont été parfois bafouées. J’ai vu des glaçons destinés à rafraichir le verre de service être jetés dans le seau à glaçons, celui-là même où le candidat venait repiocher quelques secondes plus tard d’autres glaçons juste avant de servir le cocktail.

Et maintenant la recette de cet Heinekentucky Julep telle que je m'en souviens : on verse dans un shaker préalablement refroidi avec des glaçons 

2 cl de jus de citron vert puis autant de sirop de sucre de canne
4 cl de Bourbon
2 gouttes de bitter Angostura (c'est mieux si on sait ce que c'est)
10 feuilles de menthe que l'on peut écraser légèrement

On ajoute des glaçons. On shake vigoureusement.
On ouvre le shaker et on ajoute 12 cl de bière Heineken (il est préférable de le faire en deux fois) en remuant doucement à la cuillère.

On sert à travers le filtre dans un verre à bords droits. On met de nouveaux glaçons. Ne reste qu'à décorer avec rondelle de citron, feuilles de menthe et à glisser une paille.

Il n'y a plus qu'à l'apporter au client (un candidat a complètement oublié cette étape. Il a nettoyé, rangé et dit au revoir) en lui souhaitant une bonne dégustation, dans l’idéal avec une formule personnelle et non robotisée et avec le sourire qui, lui aussi n'a pas été observé sur tous les visages.
Par courtoisie et respect personne ne troublait les jeunes gens entre deux épreuves. Beaucoup continuaient à réviser ...

Alliance bières-mets & service bouteille
Voilà sur la table toutes les bières à disposition des candidats. L’épreuve peut se préparer en amont. Je vais vous aider, mais c’est un secret de polichinelle, il est peu probable que vous ayez le choix entre des bières qui ne seraient pas produites par le groupe Heineken. Si vous les connaissez bien vous n’aurez aucun mal à conseiller celle qui vous paraitra la plus en accord avec les plats du menu fictif que vous servirez à vos clients.

J'ai observé que les candidats n'écrivaient pas la prise de commande sur un carnet avec le numéro de la table. Certes, nous ne sommes pas en situation réelle et ils peuvent estimer qu'ils se souviendront ... sauf que l'angoisse peut provoquer le trou noir. Et noter sur un carnet apporte une touche de sérieux et de professionnalisme.
Le sous-bock n'a pas toujours été utilisé. C'est dommage. Pour ce qui est de la capsule, l'usage voudrait qu'elle soit posée à coté du verre rempli, marque de face. Néanmoins cette candidate qui les a fait glisser dans sa poche avec élégance n'a pas été pénalisée. On peut estimer qu'à une table de restaurant ce geste était adéquat. Bien entendu, à la terrasse d'un café la bouteille devra être décapsulée devant le consommateur.
Il ne faut pas hésiter à nettoyer la bouteille si nécessaire (c'était l'usage au Mexique avec un quartier de citron). On versera le liquide d'un geste franc en inclinant le verre (toujours à 45°), en laissant couler la bière le long de la paroi du verre. On redresse rapidement de façon à former un chapeau de mousse.

La proposition de telle ou telle bière doit être argumentée. Au pire, si votre client ne suit pas votre recommandation, soyez souple. Justifiez-vous en disant que tout est possible, que son plaisir de dégustation est supérieur ce qui n'était qu'une suggestion.

Il n’y a pas de mauvaise réponse, même si franchement une despe s’accorde mieux sur un ananas rôti que sur un foie gras. Mais si telle était la volonté du client … et qu'il est rétif à votre conseil servez le malgré tout avec le sourire.

Hervé Marziou ne chômait pas pendant le déroulement de ces épreuves. Il corrigeant les rédactions. Et le staff Heineken entraient les notes dans le logiciel de calcul. Les résultats ont été donnés après délibération, cela va de soi.
Le proviseur du lycée accueillant le concours a insisté sur l'émulation et sur la plus-value de la participation des candidats dans leur cursus. Hervé Marziou a donné des éléments résultats, très honorables pour la plupart. Trois élèves ont obtenu 10 sur 10 à l'épreuve du texte à trous mais personne n'a réussi à obtenir les 15 points du QCM.
Ceux qui le souhaitaient ont pu échanger avec les membres du jury pour comprendre les notes des épreuves techniques et entendre leurs conseils.
C'est Christophe (candidat n°13) qui arriva en tête avec une moyenne de 16,27 sur 20, suivi de Gauthier (candidat n°4) avec 14,92. Je suivrai avec intérêt la suite de leur parcours en finale. Ce que je peux ajouter c'est qu'ils sont TRES motivés et prêts à poursuivre le challenge. j'ai surpris des conversations dans le train du retour qui ne laisse aucun doute sur leur motivation, et celle de leurs professeurs qui sont des coachs de choc.
Je vous raconterai plus tard la visite de la brasserie Heineken de Mons-en-Barœul.
Je vous recommande la Bière s'invite à table, un livre qui raconte l’histoire de la bière à travers les siècles avec des conseils pour la déguster, des avis et des interviews d’éminents connaisseurs comme le pétillant Hervé Marziou, gentleman dégustateur et biérologue. Ce livre sera utile à ceux d'entre vous qui voudraient (et c'est possible) brasser leur propres crus. J'ai testé quelques-unes des recettes et je les trouve originales et réussies.

mercredi 16 avril 2014

Fabrice Luchini et moi, seul en scène d'Olivier Sauton


(mise à jour mars 2017)

Olivier Sauton a réellement rencontré l'immense comédien Fabrice Luchini, fortuitement il y a une dizaine d'années, mais tout de même.

Ce moment, et surtout l'admiration sans borne qu'il lui témoigne, lui a inspiré le texte d'un spectacle où il endosse les deux rôles : celui d'un élève très débutant et maladroit, et celui du professeur émérite.

Nous assistons à la rencontre suivie de ces trois leçons qui sont des exercices d'interprétation menés avec brio.

Le mythe de Luchini est égratigné, mais avec tendresse. D'autant que le comédien ne ménage pas non plus son propre ego en se présentant inculte devant le "maître".
On savoure et on rit beaucoup de la confrontation entre deux générations : celle du livre et celle de l'image, mais aussi deux visions de la vie : une dédiée corps et âme à l'art, l'autre qui pense plus à la gloire et aux femmes.

L'élève Sauton demande au maître Luchini de lui dire une fable de La Fontaine dont il est de notoriété publique qu'il les connait toutes. Ce sera la Tortue et les deux Canards. Elle est peu connue mais j'ai eu la chance de l'entendre, en plein air, dans le Parc de Sceaux l'année dernière, où la  troupe Phénomène et Cie reprenait un spectacle créé en 2003 au Potager du Roi à Versailles dans le cadre du 8ème Mois Molière. (Je vous encourage d'ailleurs à voir ou revoir le spectacle-promenade Alice et les Merveilles à Versailles en juin prochain).

La conception et la mise en vie de Stéphanie Tesson était très réussie. Les mains du comédien représentaient les volatiles et il portait un casque symbolisant la testudine. 
Vous devinerez combien j'ai savouré ce moment dans le spectacle d'Olivier Sauton.

Le revers de la médaille ne tarde pas à cliqueter pour son personnage : il devra arriver à sa première leçon en sachant par coeur la Cigale et la Fourmi.

Olivier Sauton a choisi aussi d'excellents extraits musicaux, comme The Hall Of The Mountain King  où le groupe Madness reprend en l'accélérant le thème du même nom composé par Edvard Grieg.

Il a aussi des formules bien choisies pour définir le génie : un hyperactif qui a du talent comme tout le monde mais qui travaille comme personne. Nous ne le plaindrons point s'il le fait en appliquant la méthode d'Antoine Blondin, travaille comme tu t'amuses.

Le théâtre est le lieu où l'on peut se recueillir et se divertir. Encore une phrase qui sonne juste. Le public passe une soirée où la drôlerie et l'intelligence vont de paire.

Il s'est inspiré des interviews que Fabrice Luchini a données pour écrire la pièce. Tout semble exact. Le moindre détail a été pensé, jusqu'au livre qu'il lui met entre les mains et qui est le Voyage au bout de la nuit de Céline. Le comédien en a longtemps fait la lecture. Il jouait Une heure de tranquillité, une pièce de Florian Zeller au Théâtre Antoine ces dernières semaines ... juste de l'autre coté de ce boulevard de Strasbourg où Olivier interprète son double.

On peut espérer que puisqu'il est désormais libre le soir il osera venir pour assister à ce spectacle, même si on peut imaginer que ce ne soit pas très facile pour lui de se trouver sous le regard du public parmi les spectateurs.

Olivier Sauton n'est ni dans la caricature, ni dans l'imitation mais dans le mimétisme. Il revient sur scène après les applaudissements (très mérités et enthousiastes) pour s'inquiéter d'une éventuelle méprise avec "son" public. Il y a toujours au mois une personne pour le rassurer : oui, on a cru que Luchini était à l'affiche mais c'est pas pour lui qu'on venait. On ne peut pas rêver plus belle déclaration.

D'ailleurs Fabrice Luchini devrait comprendre la situation, lui qui a interprété des rôles de fan au cinéma. Je pense notamment à Jean-Philippe, un film de Laurent Tuel, où il se réveillait dans un monde qui niait l'existence de son idole, Johnny Hallyday.

Le spectacle d'Olivier Sauton donne envie de monter sur les planches et de devenir son élève ... parce qu'on sait parfaitement que Fabrice nous serait inaccessible. Cela tombe bien, il donne des leçons les dimanches soirs de 18h 00 à  22h 00 et les lundi de 14h 00 à 17h 00 dans le 17ème arrondissement. Sachant qu'on pouvait envoyer un mail à l'adresse le-cours-sauton@laposte.net pour bénéficier d'une invitation à suivre une séance j'ai voulu tenter l'expérience. J'ai été très déçue par le comportement de l'artiste. A tel point que je ne peux même pas en faire le compte-rendu tant sa suffisance est choquante. Je préfère "oublier".

Fabrice Luchini et moi, Seul en scène écrit, mis en scène et interprété par Olivier Sauton
Après le Théâtre de l’Archipel : 17 boulevard de Strasbourg - 75010 Paris (métro Strasbourg Saint Denis) 01 48 00 04 05 où il sera resté à l'affiche jusqu'au 31 décembre 2016 il a repris le 25 janvier 2017 au  Théâtre La Bruyère à 19 heures du mercredi au samedi où il était programmé jusqu'au 25 mars. La direction du théâtre a décidé de retirer le spectacle de l'affiche après la révélation de tweets antisémites publiés en 2012 et 2013 par l’artiste. Le théâtre de Saint-Maur (Val-de-Marne) a suivi la même voie.

Le spectacle avait gagné le Prix du Public au Festival Off d’Avignon 2015.
Crédit photo : Bettina Ramelet pour les clichés du spectacle

mardi 15 avril 2014

George Sand, ma vie, son oeuvre, de et avec Caroline Loeb


(mise à jour 22 avril 2014)

Qui ne connait pas George Sand ? Tout le monde, et personne.  Parce qu'en dehors de ses pantalons, de sa Petite Fadette (dont la lecture remonte pour moi à l'enfance), de ses amours avec Musset et Chopin vous seriez bien en peine de dire autre chose, pas vrai ?

Même Google l'a oubliée puisque je constate que la requête "la Mare au diable" aboutit sur un restaurant.

Quand Caroline Loeb, que j'ai croisée le soir de l'inauguration du dernier Salon du livre, m'a prévenue qu'elle reprenait le spectacle créé au   Festival d'Avignon 2013 (sous le titre George Sand et moi), j'ai aussitôt noté la date pour venir la voir.

Je ne la connaissais que comme chanteuse avant de découvrir sa manière de lire des extraits du journal de Shirley Goldfarb à la Galerie Guillaune en juin dernier. Elle m'avait ce soir là vraiment convaincue de ses talents de comédienne. Cette actrice, animatrice de radio, metteuse en scène, parolière française et chanteuse (si je vous dis "C'est la ouate" vous allez vous exclamer que oui vous connaissez ce tube de 1983, dont elle a écrit les paroles avec Pierre Grillet).

Après avoir été joué au Grand Point Virgule, George Sand, ma vie, son oeuvre ! s'est posé sur la scène du Petit Gymnase dans une joyeuse association de théâtre et de musique, toujours dans la mise en scène d'Alex Lutz. Accompagnée par Patrick Laviosa au piano et à la guitare et Gérald Elliott à l'accordéon, elle propose une vision bourrée d'énergie, de fantaisie et de chansons pour remettre en lumière le rôle que George Sand a occupé au centre de la vie culturelle du XXème siècle.
Caroline Loeb nous reçoit comme chez elle, parmi des piles de bouquins. Il faut dire qu'Aurore Amantine Dudevant, alias George, a écrit pas moins de 70 romans, 31 pièces de théâtre, des dizaines d'articles, des milliers de lettres ... à  la plume d'oie qu'elle taillait elle-même (nous dit Caroline en le notant sur son ordinateur portable) et à la lumière d'une bougie.

La comédienne nous met dans la confidence du journal où elle consigne les difficultés de créer le spectacle que lui a commandé son producteur. Elle ne peut pas se satisfaire de résumer ses oeuvres et il est en effet complexe de rendre compte de tout ce qu'à entreprit ce personnage exceptionnel, tour à tour écrivaine, femme engagée, amoureuse, muse de la révolution de 1848, et surtout passionnée de tout.

Ce parti-pris autorise les apartés et les digressions sur la propre vie de Caroline, ma foi aussi riche que celle de son personnage. Et on savoure ce qu'elle veut bien nous dire des amours tardifs de sa mère (qu'elle adore) avec un amant qui a pile la moitié de son âge, des envolées nerveuses de son adolescente de fille (qu'elle aime tout autant), des confusions de son entourage entre la Tournée Age tendre et celle de Stars 80. Ou encore plus tard de sa recette de confiture de mirabelles, avec force cannelle, poivre, girofle et écorce d'orange confite.

On ne lui donne pas raison quand elle prétend qu'elle aurait préféré s'attaquer à Flaubert ou à Proust. La personnalité de George Sand lui va bien et elle est passionnante. On apprend qu'elle était insomniaque et qu'elle fut une des premières femmes à avoir pu vivre de son art, traçant la voie à Virginia Woolf, Marguerite Duras ... même si, et c'est un comble, son acte de décès mentionne "sans profession".

Son Histoire de ma vie, qui est un recueil épistolaire sous forme autobiographique publié en 1855, est en quelque sorte la première autofiction féminine. C'est elle qui eut l'idée de Lorenzaccio, beau cadeau pour Musset qui développa ce drame. Et aussi cette citation que l'on a tendance à attribuer à son amant mais qu'elle lui a offerte : J'ai souffert souvent. Je me suis trompée quelquefois mais j'ai vécu.

J'ai retenu quelques petites phrases dont la philosophie m'a plu : 




  • Le désir est beaucoup, la possession peu de choses.
  • Ecrire me donne des ailes.
  • Ce que j'écris vient des tripes.
  • La vie est une longue blessure qui s'endort rarement.
  • Il n'est jamais trop tard pour devenir ce que l'on devrait être.

  • On apprend que George Sand a aussi créé le mythe de Venise d'où elle a écrit ses plus belles lettres. Caroline estime qu'elle fut la Sagan ou la Madonna de son époque. Baudelaire la haïssait autant que Nietzsche, et Caroline Loeb de conclure à des manifestations de jalousie en s'appuyant sur l'affirmation d'Einstein, regrettant qu'il est plus facile de dissoudre un atome qu'un préjugé.

    Elle a aussi raison de s'attarder sur les tenues de l'écrivain à une époque où la loi interdisait le pantalon aux femmes qui, en le portant, commettait un délit. La jeunesse ne peut pas imaginer combien ce vêtement continuait d'être mal vu il y a encore une quarantaine d'années. Je connais des femmes qui ont perdu leur emploi pour ce motif. Les costumes, conçus par Jean-Paul Gaultier, s'accordent très bien avec le sujet, conjuguant le féminin au masculin.

    Il émane du spectacle beaucoup d'humour (Ah ce moment où résonne la sonnerie téléchargée pour 99 cts d'euro par sa fille et que je vous laisse deviner ... ou celui où elle met fin à une conversation ennuyeuse en prétendant passer sous un tunnel avec un téléphone fixe) et de tendresse également.

    Elle fait vivre aussi la relation que George avait avec sa fille Solange et son fils Maurice. Il avait construit un vrai théâtre avec quelque 200 marionnettes dans leur maison berrichonne de Nohant dans l'Indre (36) que le Tout Paris venait applaudir.

    On entrevoit l'effervescence qui a pu y tourbillonner et qui se répète certains soirs. Je me souviens d'un séjour dans cette maison, à l'occasion d'un festival de musique, et d'une soirée en particulier avec Yvry Gitlis (et son violon) qui est presque un habitué des lieux.

    Des chansons émaillent le spectacle. On saisit parfois quelques accords qui évoquent des airs connus comme par exemple des musiques de film écrites par Francis Lai (Un homme et une femme, Love Story, Itinéraire d'un enfant gâté) sans que ce soit dérangeant le moins du monde.

    Je ne sais pas si on est loin du mythe. Ce qui est certain c'est que Caroline Loeb nous fait aimer son personnage et qu'elle témoigne de la complexité d'être une femme et d'exister en tant qu'artiste à part entière, ce qui est sans doute autant vrai pour George Sand que pour Caroline Loeb. Le bouillonnement créatif de l'artiste est perceptible sur son site.

    Elle transmet sa passion de la littérature de façon  érudite, joyeuse et ludique, témoignant que cet art est bien vivant, faisant mentir Annie Ernaux qui écrivait dans le livre Les années (2008) : Tout s'effacera en une seconde. (...) Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. (...) Dans les conversations autour d'une table de fête on ne sera qu'un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération.

    S'il est difficile de réaliser ce qu'une personnalité comme celle de George Sand pouvait représenter au XIX° siècle, et sous l'intransigeance du code Napoléon (dont on peut s'étonner qu'elle parvint à s'affranchir pour divorcer), cette femme d'exception était bien vivante ce soir et c'est avec l'envie de la lire ou de la relire que l'on quitte le théâtre alors que Caroline note sur son ordinateur une dernière citation avant de le refermer pour signifier la fin du spectacle : Laissez donc le vent courir un peu sur vos cordes.
    George Sand, ma vie, son oeuvre !
    co-écrit et mis en scène par Alex Lutz
    interprété par Caroline Loeb, habillée par jean-paul Gaultier
    accompagnée par Gérard Elliott et Patrick Laviosa
    Les mardis soir à 20 heures au Théâtre du Gymnase
    38, boulevard de Bonne-Nouvelle, 75010 Paris

    lundi 14 avril 2014

    N'oublie pas les oiseaux de Murielle Magellan, chez Julliard

    J'ai connu Murielle Magellan par les réseaux sociaux. Il serait d'ailleurs plus exact de dire qu'elle a fait ma connaissance bien avant que je ne la rencontre moi-même. J'avais remarqué qu'elle s'était abonnée à mon fil Twitter et j'étais étonnée de son intérêt. Son sourire accrocha mon regard au dernier Salon du livre. J'ai deviné une belle personnalité et j'ai voulu la découvrir.

    J'ai vraiment été surprise d'être demeurée si longtemps éloignée d'elle et de celui qu'elle appelle l'homme slave dans son dernier roman, N'oublie pas les oiseaux. Preuve, s'il en faut, qu'il y a des chemins qui ne font que s'entrecroiser et d'autres qui poursuivent longtemps leurs trajets en lignes parallèles.

    Ce livre est l'histoire d'un amour fou, d'un amour improbable et déraisonné, d'un amour comme on n'en vit peut-être qu'une seule fois. C'est le récit d'une vingtaine d'années auprès de Francis Morane, car c'est de lui qu'il s'agit, dont le nom est célèbre puisqu'il a signé la symphonie historique du château de Bidache, et de grandes mises en scène spectaculaires comme Starmania ou les fêtes du Bicentenaire de la Révolution.

    Je ne savais pas qui il était. A ma décharge, je n'étais pas à Paris au moment de cette célébration. Et le théâtre que j'affectionnais alors était très éloigné de l'univers du grand spectacle... Peu importe, il n'est pas nécessaire d'avoir assisté à ces spectacles pour apprécier le livre de Murielle Magellan. Parce que, et c'est la caractéristique des grands auteurs, elle transmet au lecteur ce qu'il y a d'universel dans ce qu'elle a vécu.

    Murielle n'a rien oublié. Plus les souvenirs sont anciens, plus ils sont vivants. Et si elle puise des extraits dans ses innombrables carnets de notes pour les placer en exergue du texte, un peu à la manière de didascalies, c'est pour donner un supplément de relief à des instants qui sont restés très nets. Comme le sont les évènements que l'on pressent exceptionnels avant même qu'ils se soient produits.

    N'oublie pas les oiseaux, c'était une des petites phrases rituelles qu'il lui laissait en partant. Comme il aurait été trivial de lui écrire : pense au pain. Avec n'oublie pas les oiseaux l'homme slave ne déroge pas à son attitude. Il déplace et décentre le sujet principal, mais personne n'est dupe. Je le comprends comme une injonction silencieuse : pense à moi, ou plutôt pense à nous.

    Et voilà cette petite phrase anodine qui accède au statut de titre d'un livre. La vérité éclate avec la légèreté d'un lâcher de ballons puisqu'il n'y a plus d'oiseaux depuis longtemps. La photo de la couverture évoque la liberté, celle qu'on se donne et celle qu'on accorde aux autres, quitte à devoir sacrifier une part de soi.

    La relation que Murielle a nouée avec Francis Morane est très particulière. Elle en raconte la joie de vivre, la beauté et les secousses au travers d'un roman très vivant, avec une sincérité qui force le respect, en unissant l'extrême audace à l'extrême pudeur comme l'aurait souligné Mauriac. A aucun moment je n'ai eu envie de porter un jugement, peut-être parce que j'avais entendu Murielle en parler avant de commencer à lire et que je connaissais l'issue. Tous les lecteurs l'apprendront dès les premières pages : Francis est mort en 2002 et le livre a été commencé dix ans plus tard, quand le travail de deuil était suffisamment accompli pour prendre une distance suffisante. J'ai pu l'écrire parce que j'étais guérie dira Murielle.

    Il n'est pas question d'absoudre ou de condamner. L'auteure est très claire sur cette histoire où elle estime "avoir sa part" : une éducation centrée sur le mérite et le labeur avec la certitude que l'on n'obtient rien sans peine, et surtout une parfaite inaptitude à l'amour (p. 48).

    Elle insiste sur le fait qu'elle était en quelque sorte prévenue car Francis lui avait dès le début "annoncé la couleur". Il n'était pas toxique, mais prévenant et valorisant et cela n'aurait pas de sens de parler de trahison. Il n'aurait pas pu vivre autrement. Mais cet homme là, elle le voulait, ne serait-ce qu'un peu (p. 69).

    Au moment de la rupture (dont Murielle prend l'initiative) la réalité devient insupportable pour cet homme, muré dans son égoïsme et peut-être prisonnier de tourments qui n'ont rien à voir avec cette relation amoureuse. L'épreuve est terrible pour lui parce qu'il vient de subir un échec professionnel dont il sort dévitalisé.

    Le moment est très difficile aussi pour Murielle qui ne comprend pas comment il peut accepter de rompre tout en voulant rester tout près (il lui fait cadeau d'un bracelet hors de prix (p. 238) dans une sorte de perversité et lui propose assez cruellement de lui racheter cette maison où il ont été si heureux et où il compte s'installer avec sa nouvelle compagne).

    Il faut souligner que l'histoire a commencé il y a une trentaine d'années, à une époque où les rapports entre les hommes et les femmes n'étaient pas régis par les codes que nous connaissons aujourd'hui. On pouvait rester des heures coincé chez soi à attendre un hypothétique appel téléphonique. La technologie a accéléré les sentiments comme les exigences et beaucoup d'amours n'y survivent pas.

    On ne s'ouvrait pas non plus aussi facilement de ses difficultés à un psy. Murielle aurait pu le faire, Francis en était incapable. Un ami médecin donnera une clé : c'est pas toi la question. il est en train de régler ses problèmes avec la mort. (p. 266)

    Cette mort qui marchait dans son pas, comme elle l'écrit dès la première rencontre (p. 36) ne cessera de pointer le bout du nez. Murielle y est sensible comme à celle des oiseaux l'été qui suivit la naissance de l'enfant (p. 216).

    Je l'écrivais plus haut, la force de ce roman (qui n'est pas un récit) es d'offrir au lecteur une réflexion dont il pourra tirer profit. On trouve une analyse très fine de l'importance (relative) de la fidélité, pourvu que l'un et l'autre soit d'accord avec les termes du contrat (p. 80), sur la mécanique affective de la dépendance (p. 106) sur l'expression de la jalousie et le détachement.

    Murielle Magellan raconte aussi comment elle est devenue écrivain au fil du temps pour le théâtre et la télévision avant de devenir romancière. La maison d'Orgeval où elle s'est posée avec Francis a été un lieu décisif : c'était évidemment une maison pour écrire (p. 181).

    Elle fait aussi à son enfant, leur enfant, le cadeau de cette histoire si forte qui est une magnifique déclaration d'amour. Là encore le doute n'est pas permis. Il est probable qu'être le fils de Francis Morane n'est pas un héritage facile, à l'instar de ce que lui-même a recueilli de son père.

    Murielle nous le montre avec humour mais il est certain que ce roman était autant nécessaire à son envol qu'à celui du fils.

    N’oublie pas les oiseaux de Murielle Magellan chez Julliard, janvier 2014
    A signaler que le roman figure dans la sélection pour le Prix Orange du livre 2014 et que Murielle Magellan co-signe la prochaine comédie d’Audrey Dana Sous les Jupes des Filles, qui sortira au cinéma le 4 juin 2014
    Le livre est sorti format poche aux éditions Pocket le 4 février 2016

    dimanche 13 avril 2014

    Bufala en folie

    C'est le nom que j'avais donné au plat que j'avais apporté pour le brunch organisé par 750 grammes hier avec les bloggeurs culinaires qui ont l'habitude de se retrouver à intervalles réguliers.

    Tout est parti d'un pot de billes de mozzarella ultra fondantes. Et d'un panier de légumes que mon fruitier soldait. Ceux qui ont l'habitude de lire le blog savent combien je peux m'amuser à imaginer des recettes dans le cadre de ce que j'appelle "la cuisine de la récup". Parce que c'est la contrainte qui rend créatif.

    Selon la légende, c'est par accident (comme souvent en matière de cuisine) que la première mozzarella a été conçue lorsque du lait caillé tomba dans un seau d'eau chaude. Le mot "mozzarella" vient de l’italien "mozzare" qui signifie "couper" parce qu'une fois le fromage coagulé, on le coupe à la main pour lui donner la forme et la taille souhaitées.

    Il en existe sous forme de boule ou de pavé (dans ce cas le fromage a malheureusement trop souvent un goût de savon industriel) mais on peut également la trouver sous d'autres formes typiques comme la tresse, toujours haut de gamme, et très fondante.

    Quand la mozzarella di bufala Campana est en petites billes elle devient une gourmandise absolue, aussi jolie que délicieuse. Ce sera difficile de "revenir" à la version commune après avoir goûté à celle-ci.

    J'ai eu envie de revisiter (mot à la mode dans les cuisines) en même temps la salade niçoise et la "tomates-mozza" en préparant un plat à base de légumes en pensant qu'une table de brunch se doit de proposer autre chose que des blinis, des cakes et autres pâtisseries.

    J'ai commencé par confire les poivrons, selon la recette que j'ai donnée en février et qui a tant régalé enfant set parents au dernier Salon de l'agriculture.

    Ensuite j'ai braisé séparément les carottes et les navets. Je trouve qu'on ne pense pas assez à ce mode de cuisson qui préserve le goût des légumes qu'on peut servir chauds, ou comme ici, avec une vinaigrette.

    J'ignore pourquoi mais les carottes tranchées en biseaux sont bien meilleure qu'en rondelles (tout comme la betterave rouge sera plus gouteuse rapée comme du céleri que découpée en dés). J'ai fait en sorte qu'elles demeurent al dente et je les ai arrosée de vinaigre de cidre quand elles étaient encore chaudes.

    Les navets ont été coupés en rondelles et ont cuit avec une poudre de combava.

    Ni sel, ni poivre aujourd'hui.
    Le montage a été fait in situ pour garantir fraicheur, saveur et esthétique, dans un plat de couleur turquoise qui évoque la mer Méditerranée.

    Tout y est, rehaussé du vert profond de pousses d'épinards. Ne reste qu'à arroser d'un filet d'huile de colza vierge pour renforcer la note florale.
    Je ne sais pas si la folie y était (j'avoue que le titre était un délire d'allitération) mais le plat s'est rapidement vidé.

    samedi 12 avril 2014

    Encore un Salon du blog culinaire

    Les salons du blog culinaire se suivent et se ressemblent comme les membres d'une même famille. Il y a les jumeaux qui grandissent à Soissons. Il y a les cousins qui surgissent à Paris, et qui prennent des allures différentes, en se centrant sur le sucré ou sur les boissons.

    Le petit dernier se déroulait aujourd'hui dans une galerie (vide pour l'occasion) de la Place des Vosges , toujours sous l'égide de Chef Damien et de 750 grammes, avec un parrain que les bloggeurs culinaires apprécient particulièrement, Philippe Conticini.

    Outre le plaisir de nous retrouver, d'échanger et de partager les expériences poursuivies depuis la dernière fois (et c'est déjà beaucoup) nous profitons de ces journées pour faire des découvertes ou approfondir des connaissances. C'était le cas aujourd'hui avec Olympus .. pour ceux qui ont pu se glisser dans un des ateliers (ce sera une autre fois pour moi).
    Ou avec les appareils Kenwood (là aussi je n'ai pas eu l'opportunité d'essayer une nouveauté mais ayant gagné à la tombola de fin de journée le même appareil que celui avec lequel oeuvrent les candidats du Meilleur Pâtissier je pense que je vais faire désormais davantage de pâtisserie).
    On aime toujours goûter des produits qu'on connait mal. Anne-Lise, Estelle et Sylvain, de Terre Exotique nous ont fait une superbe démonstration de l'ampleur de ce qu'on peut entreprendre avec des épices et des mélanges. Moi qui adore la fève Tonka j'ai énormément apprécié la leur, très grosse, et c'est avec regret que j'ai appris que cet épice allait prochainement disparaitre en raison de la raréfaction du Coumarou, l'arbre de teck brésilien. Ménageons donc nos stocks.

    Je suis rentrée avec un Carnet de voyage qui retrace l'histoire passionnante de beaucoup d'épices.
    Lidl a créé la surprise avec sa gamme de rosés et ses macarons au foie gras, nous faisant apprécier la vie en rose. On remarquera que beaucoup d'entre nous, moi la première, avaient par hasard un tablier de circonstance.
     
    Chef Damien mis la main à la pâte avec Sandra, de Cuisine Addict, pour démontrer combien on pouvait oser en la matière ...
    ... avec des cupcakes très fondants.
    Nous n'avons pas fait que goûter une gamme de vins rosés. Les légumes verts et les fruits furent aussi présents, et appréciés, nature ou sculptés par le Chef Claude (dont faute de temps je n'ai pas suivi les démonstrations).
    On croyait connaitre l'univers de l'huile d'olive mais Erik Carteau nous a bluffé par ses explications dans une ambiance très joyeuse. Je ne savais pas l'huile d'olive fragile. Il faut la conserver à l'abri de la lumière et de la chaleur. Son conseil est simple, mais il fallait y penser. On remplit à moitié un bac à glace (on recycle) et hop au congélateur. On y puise des copeaux à volonté, lesquels fondront ensuite doucement sur les plats chauds.
    Erik nous a expliqué que ces huiles se dégustent (c'est le mot) à 27° et que le seul goût que nous avons l'habitude de reconnaitre est l'amertume alors que les oléologues notent aussi le fruité et le piquant. Il a plusieurs fois répété que nous n'étions pas "en panel officiel" et nous avons enchainé les découvertes à la bonne franquette.
    Il nous a appris à discerner le fruité vert du floral, nous a fait apprécier la longueur en bouche. Il nous a sensibilisé sur les défauts principaux comme le rance, le moisi (atroce odeur de bois humide) et le chomé, qui a cependant un statut particulier lorsque les olives ont fermenté en anaérobie avant l'extraction de l'huile. On obtient alors un fruité mur très parfumé évoquant la tapenade, le sous-bois et même des notes cacaotées. C'est le cas de l'huile d'olives confites que Puget commercialise en édition limitée (et numérotée) seulement 30 000 bouteilles sous le nom de Fruité noir à partir d'avril. Et tant pis si la réglementation interdit alors de faire figurer la mention "vierge extra" sur l'étiquette.

    Erik nous a conseillé de ne pas acheter d'huile en septembre (sauf à l'utiliser très vite) parce que ce que l'on trouve en bouteille provient de la récolte de l'année passée, et que donc elle se conservera moins longtemps.

    Interrogé sur les marques 1er Prix il nous a mis en garde sur l'absence de constance dans le goût toute l'année, parce que les approvisionnements en olives ne sont pas constants. Et il nous a exhorté à goûter avant d'acheter l'huile qui est proposée sur les marchés.
    Nous avons goûté, et regoûté chacune des bouteilles qu'il avait apportées, même si les tapenades et le caviar d'aubergine "glissaient" plus facilement. Une fine tranche de pomme verte pour nous rincer le palais et nous étions prêts à poursuivre.
    A signaler que Marabout vient de sortir un nouvel opus dans la collection des tout-petits récapitulant 30 recettes culte à faire avec l'huile d'olive Puget.
    Echanger, expérimenter, goûter sont nos motivations à venir. Mais rien n'égale le plaisir de cuisiner en improvisation. Surtout quand on peut piocher dans un si large choix de légumes et de produits.
    J'ai choisi du brocoli, du fenouil, des asperges vertes, un citron vert et une mangue, du cerfeuil et l'huile fruité noir, aux olives noires confites. Je fus opposée à Béatrice qui a préparé un dessert chocolaté.
    Brocoli et fenouil ont été braisés. L'asperge était coupée en sifflet et seules les tiges ont été cuites (pas les sommités qui ont été ajoutées crues, comme les fines tranches de mangue). Quelques peluches de cerfeuil et un trait de cette huile très typée achevaient la préparation.
    Mon adversaire gagna un appareil photo. J'étais très satisfaite du panier qui me fut attribué parce que je pressentais qu'il serait l'occasion de poursuivre les découvertes gustatives.
    Par exemple diverses vinaigrettes qui renouvellent notre manière de déguster les asperges. On ne le voit pas sur la photo mais la Douceur de balsamique à l'orange est l'association la plus audacieuse.
    Et puis, comme si nous pouvions encore avoir faim ... nous avons partagé, au cours d'un déjeuner à la fortune du pot et selon la coutume,  les plats que nous avions apportés.
    J'avais finalisé sur place une Bufala en folie dont je vous donne la recette demain.
    Beaucoup de monde tout au long de cette journée qui s'est prolongée en soirée dans les locaux de 750 grammes pour ceux qui avaient encore un peu d'énergie.
    Rendez-vous est d'ores et déjà pris pour Soissons le week-end des 14-16 novembre prochains.
    Et merci à Bertrand, pour ses photos qui me permettent ... c'est très rare ... de figurer parmi les participants.

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