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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 21 février 2015

Petits meurtres à l'étouffée de Noël Balen et Vanessa Barrot chez Fayard

J'ai reçu ce livre d'une de mes amies qui apprécie autant les billets culinaires que les articles culturels. Cette chronique devrait donc satisfaire toutes les audiences. Les éditions Fayard ont intitulé la série "Collection Crimes Gourmands", en confiant à Noël Balen et Vanessa Barrot le soin de créer des romans qui se passent de près ou de loin en cuisine.

Je viens de terminer Petits meurtres à l'étouffée qui m'a replongée dans l'univers des bouillons lyonnais.
Laure Grenadier, rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table, part en reportage avec son photographe Paco Alvarez pour dresser l'inventaire des bouchons lyonnais. Au cœur de la capitale des Gaules, tous deux envisagent de rendre hommage aux acteurs de l'excellence gastronomique : chefs illustres, adresses confidentielles, producteurs locaux...
Tout bascule lorsque le propriétaire d'un restaurant typique de la célèbre rue Saint-Jean est retrouvé assassiné au petit matin. La ville est en émoi et un vent de panique souffle sur les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse quand, le lendemain, le tenancier d'un bouchon historique de la rue Mercière est à son tour tué selon le même procédé.
Laure Grenadier connaissait ces personnages et cherche à comprendre  ce qui se cache derrière ces meurtres en série. Crimes crapuleux, jalousies corporatistes, vengeances sentimentales ? Elle tente de lever le voile qui masque un milieu peu enclin à se livrer.
Un polar gourmand, quelle bonne idée ! Qui se déroule à Lyon, capitale du bien manger. Pour une fois la gourmande que je suis a pu se régaler de mots et d'imagination sans prendre un gramme, ce qui ma foi commençait à s'imposer un peu parce que je me trouve dans une de ces régions où il vaut mieux ne pas venir en vacances si on compte faire diète.

Je suis tentée tous les jours par des foies ... gras, tourtes, et autres spécialités locales. Il y aurait bien la truffe qui ne soit pas calorique mais pécuniairement parlant on ne peut pas s'en nourrir quotidiennement. Je vous emmènerai dans quelques jours au marché à la truffe de Lalbenque.
Il faudra aujourd'hui vous contenter d'une tortilla de pommes de terre, avec les bons œufs bien jaunes de Jacqueline et Fernand. Nous nous en sommes régalés dans cette belle campagne quercynoise en songeant aux soupirs des enfants qui suppliaient leurs parents autrefois de leur faire cuire des pommes de terre parce qu'ils n'en pouvaient plus de manger des truffes. Ils ne connaissaient pas leur bonheur ...
Revenons au roman qui est un plaidoyer du bien et du bon manger. On se promène en salivant à travers les petites rues de Saint-Jean et les traboules, sur les pentes de Fourvière, dans le quartier de la Croix Rousse, sur les quais de Saône ou la place Bellecour … où les auteurs m'ont donné envie de revenir, leur livre à la main pour gouter quelques-unes (quelques-unes seulement car je n'ai pas l'estomac de cette Laure Grenadier).

En plus d'être sans aucun doute très rigoureux sur le plan culinaire, ce roman est un bon polar. Je n'ai pas résolu l'intrigue avant la fin. Et c'est aussi sans conteste culturel car il nous dit beaucoup de choses sur les traditions lyonnaises de la gastronomie, la naissance des bouchons, les "mères", ces femmes qui ont créé les premiers restaurants réputés,sans lesquelles un immense chef comme Paul Bocuse ne serait jamais devenu ce qu'il est.

Il est probable que ce roman sera le premier d'une série sur ma table de cuisine.

Petits meurtres à l'étouffée de Noël Balen et Vanessa Barrot, collection Crimes Gourmands, chez Fayard, 2014

vendredi 20 février 2015

Le Caveau du Palais, restaurant place Dauphine

Dommage que Jacques Dutronc lui ait trouvé mauvaise mine, la Place Dauphine est un de ces endroits calmes qui, l'été, retentissent du cliquetis des boules de pétanque, laissant croire un instant que nous sommes loin de Paris, peut-être à Saint-Paul -de-Vence où se sont connus Simone Signoret et Yves Montand.

Quand ils se trouvaient à Paris, les deux artistes habitaient au numéro 15, dans une ancienne librairie minuscule transformée en duplex, avec salon au rez-de-chaussée et chambres à l'étage, qu'ils avaient baptisée la Roulotte. Ils venaient régulièrement dîner au Caveau du Palais.

Des photos sous-verre évoquent le couple mythique. Ce soir nous occupons leur table favorite, et nous comprenons pourquoi Simone Signoret a pu qualifier la place Dauphine dans son livre "Adieu Volodia”  (1985) de "plus paisible des placettes provinciales" en rappelant que Jean de la Fontaine y vécut. Pourquoi aussi elle a signé quelques jours avant sa mort, en 1985 une pétition destinée à empêcher le lancement de travaux dits "rénovateurs" et qui auraient défiguré l'endroit.
Aux beaux jours il sera agréable d'y dîner en terrasse. Pour l'heure, on apprécie la chaleur de ce bord de fenêtre d'où l'on devine la masse sombre du Palais de Justice juste derrière le fameux 36 Quai des Orfèvres.

Le restaurant a été récemment rénové tout en conservant le style qui a fait son charme : banquettes de moleskine, bar ancien en zinc, sol de tomettes. Il a rouvert le 5 janvier dernier et ce ne sont pas moins de quatre espaces d'ambiance différentes qui s'offrent à la clientèle. Bien entendu beaucoup de magistrats au déjeuner, en particulier les mercredis et jeudis pour fêter une prestation de serment, davantage de touristes et de parisiens le soir.

Ce seront champagne et purée de pêches blanches, pour démarrer la soire avec cette boisson emblématique de la ville de Venise, en Italie, où le Bellini a été inventé.
 
Le Caveau du Palais propose une cuisine gastronomique. Parmi les entrées le Foie gras poêlé, pain d'épices et crème de châtaignes est une réussite en terme d'équilibre. Le Croustillant de queue de langoustines au jambon de pays allie tradition et exotisme.
Il est servi avec un bouillon de gingembre qui est versé au dernier moment.
On pourrait opter pour plus rafraichissant avec le Carpaccio de Saint-Jacques et betteraves marinées au citron vert et coriandre que Stephano finalise en cuisine en ajoutant un dôme de roquette.
Le Gravlax de saumon aux épices, pomme de terre tièdes s'inscrit davantage dans le registre de la bistronomie.
 
Coté plat on hésitera entre la simplicité d'un Turbot rôti à la fleur de sel et sa purée de patates douces,
et la saveur de Noix de Saint-Jacques poêlées, juste posées sur une fondue de poireaux, crème de coques au basilic.
On pourra se laisser tenter par le somptueux Moelleux de homard et pommes rates cuit aux fines herbes, crème de crustacés, une très belle réussite d'Eneko que l'on peut venir féliciter puisque la cuisine est ouverte sur la seconde salle.
 
Accompagné d'un Chablis Vieilles Vignes, domaine des Genièvres 2013, c'est un pur délice qui m'a réconciliée avec ce cru qui m'avait déçue il y a quelque temps.
Si vous préférez la viande, vous avez le choix entre une Côte de bœuf  qui satisfera l'appétit de 3 personnes (puisqu'elle pèse un kilo), joliment servie avec des champignons et des pommes au couteau et leur sauce béarnaise.
Un estomac plus modeste sera rassasié avec l'entrecôte.
 
Ou un Baron d'agneau cuit en deux façons, poêlée de champignons et artichauts poivrade, caviar d’aubergines. Le gigot est cuit en croute et la selle a grillé sur la plancha.
Arrive le moment des desserts.Les indécis opteront pour la formule Café gourmand, une assiette réunissant le dessert du jour (aujourd'hui une mousse au chocolat blanc et sa brunoise d'agrumes), un sablé au citron, une profiterole sauce au chocolat maison et un sorbet.
J'ai gouté aussi une crème brûlée Vanille Bourbon, une petite portion d'un millefeuille aux poires caramélisées et une tarte à la pistache. Que de bonnes choses ...
Il faut ajouter que le service en salle est effectué avec rigueur et tact par Jacky, François et Emma. L'adresse est à recommander.
Le Caveau du Palais, 17 Place Dauphine, 75001 Paris, 01 43 26 04 28
Juste à coté le Bar du Caveau est ouvert du lundi au vendredi jusqu'à 19 heures

jeudi 19 février 2015

Trois bougies d'exception conçues par trois femmes ...

De retour du Salon Maison et Objet, j'ai ressenti une envie folle de senteurs et d'arômes. Quand je suis dans cet état j'allume une bougie qui fait resurgir des souvenirs aussi efficacement qu'un album photos, chacun sa "madeleine" de Proust en quelque sorte.

Après les évènements tragiques qui ont marqué le début de l'année j'avais tout de même un peu de mal à faire ce geste sans avoir le sentiment de commémorer quelque chose. Il suffit de déambuler dans les rues avoisinantes de la rue Nicolas-Appert à Paris pour tomber sur des amoncellements de gerbes, de dessins et de bougies déposées çà et là en hommage aux victimes.

Et puis j'ai croisé trois créatrices qui ont balayé mes doutes.

Magali Fleurquin-Bonnard s'est inspirée des carreaux de ciment multicolores de la bastide du XVe siècle de sa grand-mère pour créer les motifs de délicates timbales sous la marque Rose et Marius.
Elles sont réalisées en porcelaine, à Limoges, dans la plus pure tradition du fait main, avec une finition de feuilles de platine ou d'or. Le résultat est remarquable et l'objet est en lui même d'une grande beauté. Il est translucide à la lumière de la flamme en prenant des coloris plus intenses. Celle-ci, motif Capello, a été conçue avec deux autres pour accueillir des bougies à la rose afin de célébrer différemment la tradition de la Saint-Valentin d’offrir un bouquet de roses précieuses.
Le parfum est divin pour qui aime la rose ancienne et l'objet en lui-même est d'une rare intensité. Les fragrances de Rose et Marius sont exclusives. Elles sont élaborée par les meilleurs maîtres parfumeurs de Grasse, et rendent hommage aux senteurs provençales comme la fleur de fenouil ou l’immortelle. Les parfums  évoluent avec les saisons, les carreaux de ciment se renouvèlent chaque année et les timbales peuvent être utilisées de diverses façons, selon les envies.
La Saint Valentin ne dure qu'un moment, l'amour est certes une forte motivation, mais en fin de compte il me semble que la promesse de bonheur est peut-être supérieure. C'est dans cet esprit que j'ai retenu une des bougies bienfaisantes de l'atelier Aromatherapy by Design spécialisé dans la création et la fabrication de bougies d'aromathérapie haut de gamme réalisées à la main, avec une cire d’origine végétale garantie sans OGM, cultivée sans herbicides ni pesticides. Cette cire de soja ne contient pas de produits toxiques ou cancérigènes. L'emballage est très joliment noué d'un ruban ce qui ajoute une touche d'élégance.
Tout le processus de fabrication est contrôlé par Christina Lagnado, depuis la création des senteurs jusqu'au moulage et au conditionnement se déroule au cœur de la campagne normande, tout près du Mont Saint Michel. Les huiles essentielles des bougies de la ligne “bien-être” sont de qualité officinale et apportent, en plus de leur délicat parfum, une profonde sensation de bien-être.
Celle-ci, à base de géranium, de citron vert, de citronnelle et de basilic est censée diffuser le bonheur dans la maison. C'est d’ailleurs son nom. Irrésistible !
Ma troisième rencontre a eu lieu avec Constance Braud dont la première spécialité est le thé dont elle sait décrypter la complexité, et dont elle maitrise les traditions et les rituels depuis de longues années. Elle a créé  sa propre marque en 2088 et depuis, sélectionne des thés rares et des petites récoltes. Elle parle avec passion de sa volonté de rechercher le caviar du thé, la récolte éphémère et exceptionnelle.

On peut trouver les Thés de Constance dans l’hôtellerie de luxe et les boutiques d’épicerie fine ou sur le site de la marque. La jeune femme a aussi créé sur mesure une gamme de thés d’exception évoquant les parfums mythiques de Guerlain. Ce sont les thés Shalimar, Habit Rouge, La Petite Robe Noire, L’Heure Bleue,et quelques autres ...

Aujourd'hui je m'intéresse à elle pour ses bougies. En particulier pour la Cire Jardin d'Osmanthe qui se situe entre puissance et délicatesse pour évoquer la perception féminine d’un thé noir de Chine. Elle éveille les sens grâce aux notes lumineuses de fleur d’osmanthus et ses facettes cuirées mêlées à un accord thé fumé. La touche miellée ressentie lors de la dégustation du thé est révélée par les notes fruitées liquoreuses de l’essence florale de davana, élégamment associées aux parfums de jasmin et d’iris.
C'est une autre femme, Aliénor Massenet (Maison IFF, à qui l'on doit par exemple Only The Brave de Diesel.) qui a développé ce parfum en exclusivité pour les Thés de constance. La cire est coulée dans le sud de la France à partir de cires naturelles d’abeille, de soja et de carnauba, dans un verre laqué volontairement neutre.
Conçue pour parfumer le salon, la cuisine et la salle à manger, elle diffuse une très belle senteur de façon harmonieuse et constante grâce à la concentration élevée de parfum intégré à basse température dans la cire.

Ma passion pour les bougies ne date pas d’aujourd’hui. J'avais publié en septembre 2008 un article consacré à l'ancienne Manufacture royale de cire dont on peut encore trouver quelques traces à Antony (92). J'avais un peu plus tard donné quelques principes de base pour tirer le meilleur profit de vos bougies :
  1. avant d'allumer, vérifiez que la mèche ne dépasse pas la cire de plus d'un centimètre. Théoriquement il faudrait la couper un peu après chaque brûlage.
  2. à chaque brûlage laissez brûler jusqu'à ce que la surface totale de la bougie se soit liquéfiée. (Il faut savoir que la première phase de liquéfaction demandera plus de temps que les suivantes). Ce conseil est capital pour éviter que la bougie ne se creuse et perde en durée de vie.
  3. recentrez la mèche dès que la bougie aura été éteinte, et avant que la cire ne se resolidifie.
Je conserve autant que faire se peut mes bougies sous cloche, même si je ne dispose évidemment pas d'un meuble aussi professionnel que celui des Cires Trudon, qui autrefois fabriquait depuis la manufacture royale d'Antony pour la Cour de Versailles, et maintenant pour Hermès, Cartier, Dior, Guerlain, Kenzo, les palaces et les restaurants étoilés.

Voici dans une profusion de dorures et de lumières une de mes senteurs préférées, une alliance de verveine et de roses (encore elles ...). Un parfum tendre et vif qui garde l'esprit des conversations de madame la marquise de Pompadour et des charmes voluptueux du chic Rocaille.

Que l'on mise sur le calme, le luxe ou la volupté, il me semble que tout un chacun trouvera bougie à son goût ...

mercredi 18 février 2015

Valentina

Je suis allée voir Valentina - Tchernobyl, témoignage d'une femme née pour l'amour samedi 7 février 2015 à la Halle Saint-Pierre pour une représentation exceptionnelle. J'ai été bluffée par l'interprétation de Coralie Emilion, dans une mise en scène d'une sobriété exemplaire. Tout passe par sa voix, son  regard incandescent, et le sourire ...

Je vous incite à retenir la date de la prochaine représentation qui aura lieu le samedi 27 avril prochain à la Manufacture des Abbesses, ce qui donnera l'occasion de ne pas oublier les 29 ans de l’explosion de Tchernobyl.

Valentina aime. Avant, après Tchernobyl, elle aime, témoignant de sa vie brutalisée par cette catastrophe écologique, bouleversante de simplicité. Une bougie. un claquement de doigts. C'était dans une autre vie, nous dit-elle. Depuis le 19 octobre 1986 j'ai désappris à pleurer. Deux mètres, 90 kilos, qu'est-ce qui pouvait abattre un tel homme ? On lui a apporté la convocation barrée de rouge comme pour la guerre.

La femme qui se livre témoigne de la confiance qu'elle avait en son amour et qui abolissait toute peur, d'autant que personne ne savait alors quelles seraient les conséquences de la catastrophe nucléaire.
Coralie Emilion a la certitude que cette adaptation de La supplication de Svetlana Alexievitch, publié chez Jean-Claude Lattès, est un texte qu'elle jouera toute sa vie. Parce qu'il dégage une vraie poétique et qu'il représente aussi un acte citoyen. La petite histoire s'inscrit dans la grande. Les spectateurs ne sont pas insensibles, loin de là et on apprécie (quand les lieux s'y prêtent) de partager après la représentation avec la comédienne un verre de vodka parce que la vie continue ... n'est-ce pas ?

Ce n'est pas pour autant un théâtre militant. On reste avant tout dans l'humain, même si ce travail correspond à ce qu'on appelle le devoir de mémoire. A ce titre La supplication n’est pas seulement un texte d'amour. C'est aussi un acte politique. La menace du nucléaire est toujours bien présente. L’Occident ne vit que par le déni et ne réagit qu’en cas de catastrophe.

Coralie Emilion est comédienne, peintre et plasticienne. Elle est aussi coach. En créant la compagnie Honorine Productions son idée était de produire et diffuser des réalisations artistiques pluridisciplinaires, et pas que les siennes.

Valentina - Tchernobyl, témoignage d'une femme née pour l'amour
Texte librement adapté de La supplication de Svetlana Alexievitch
Traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain
Mise en scène Laure Roussel
Avec Coralie Emilion
Collaboration artistique Fréderic Honoré et Michel Bulteau
Production Compagnie La Lune Vague Après La Pluie

mardi 17 février 2015

Sugar Paris pour les fous de pâtisserie

La première édition a eu lieu l'an dernier. La seconde vient de s'achever sous la Grande Halle de la Villette. Il y avait beaucoup de visiteurs ce dimanche, essentiellement des visiteuses, il faut le reconnaitre. Si la cuisine connait un regain d'intérêt la pâtisserie occupe sans doute une place à part.

Il est vrai que c'est un art très technique, qui ne souffre pas d'à peu près, sauf peut-être pour réaliser une salade de fruits. L'improvisation n'y est pas de mise, et c'est sans doute une des raisons qui font que, quoique très gourmande, j'ai du mal à "rester dans le moule".

On m'a demandé il y a quelques jours la recette des crêpes ... que je n'ai pas été capable de donner "de tête". Vous aurez compris qu'en pâtisserie je suis une vraie quiche.

Je suis baba face aux 101 propositions de Cécile Coulier qui a décliné le thème de la religieuse avec une imagination débordante. Longtemps journaliste pour plusieurs publications spécialisées, et auteure ou co-auteure de plusieurs ouvrages sur la pâtisserie, Cécile Coulier est sortie diplômée en pâtisserie de l’école Ferrandi, et fonde une entreprise trois ans plus tard.

Le chou était particulièrement à l'honneur sur le Salon, avec la Maison du Chou, de Manuel Martinez, Meilleur Ouvrier de France.

J'admire aussi la volonté de Sephora Saada qui excelle dans une autre spécialité, le cheesecake. J'ai chroniqué son livre, et d'ailleurs ma propre version de ce gâteau est un des articles les plus lus sur le blog depuis quelques semaines. Je ne suis peut-être pas si tarte que je le prétends.

Toujours est-il que j'aime la variété et que je supporte mal les contraintes en cuisine, même si je respecte les procédures. Je maitrise les bases, comme on dit et je m'en satisfait. J'ai quelques livres où je sais trouver les fondamentaux et cela me suffit ... même si bientôt je relaterai mon expérience autour de ce nouveau type de gâteau qui fait fureur : le gâteau dit magique, en passe de détrôner les  macarons, cupcakes, cakes pops, whoopies ... en attendant que les cakestoys, les cronuts, crookies et angel cakes ne déboulent en force dans les pâtisseries des grands chefs. Car ce sont eux qui lancent les tendances.

Vous aurez remarqué au passage combien l'anglais s'est infiltré dans toutes ces dénominations.
Le Cake Design connait un développement exponentiel. En association avec le magazine du même nom, le Salon avait lancé un concours sur le thème de la féérie de l'hiver en utilisant au moins 2 techniques dans les suivantes : glaçage royal, pâte à sucre, chocolat ou autre revêtement, crème au beurre, pastillage, isomalt, fleurs sur fil, modelages, sculpture 3D, dentelles en sucre, peinture alimentaire. La réalisation gagnante (photo ci-dessus) a été jugée la plus originale et la plus créative.

Je crois que je n'aurais pas la patience pour réaliser de telles pièces montées. Je sais néanmoins qu'il y a des fans de ce type de gâteau qui me fait penser, dans un autre registre, à la folie des pulls tricotés en mohair avec moult rubans, faisant ressembler les femmes à des sapins de Noël.
J'ai assisté à une des démonstrations. Chef Damien a exécuté trois recettes très différentes de pain perdu avec l'aide de deux élèves, Mehdi et Driss.
On y pense peu mais râper du citron vert sur une assiette apporte toujours un peu de fraicheur.
Si ces versions sont très gourmandes il n'en demeure pas moins que la majorité des démonstrations touchaient des techniques élaborées et des exercices de style très complexes. L'univers de la décoration semble sans limites.
Après une journée passée ici on ne peut plus envisager de faire un gâteau avec simplement du sucre, des œufs, de la farine. Il faut maintenant des colorants, des appareils sophistiqués et songer à de la déco en tous genres.
Je vais m'arrêter sur un objet très simple, le rouleau à pâtisser. Deux entreprises en proposaient. Une polonaise, Valek, revendiquant l'ancienneté, et puis une française, la Boutique de Juliette de Franche-Comté dont j'ai trouvé les motifs plus inspirants. On pouvait juger du résultat sur une série de petits sablés.
Les grands acteurs de la décoration étaient présents. Decorelief avait mis l’accent sur la dentelle en sucre alors que Cerfdellier mettait en avant sa large palette de couleurs de pâte à sucre. De quoi stimuler des vocations.
J'ai retrouvé aussi Mélodie qui diffusait des kits pour faire soi-même ses pops-corns, une des spécialités de cette gourmande.
En résumé tout en demeurant présent dans le domaine de la pâtisserie traditionnelle, Sugar Paris s'oriente vraiment vers la pâtisserie décorative et le mois de février va devenir un rendez-vous régulier, comme mars pour les amateurs de livres et mai pour les cinéphiles.

Je n'oublie pas pour autant que tout un chacun ne peut pas se régaler sans risques. Dans quelques jours je vous parlerai d'une pâtisserie pour diabétiques.
Sugar Paris du 6 au 8 février 2015 à la Grande Halle de la Villette

lundi 16 février 2015

La disparition du nombril d'Emilie de Turckheim

Emilie de Turckheim définit elle-même la Disparition du nombril comme une histoire trépidante et terrrrrrriblement (j'ai compté 7 r) personnelle de l'événement le plus ... banal de l'humanité.
Dès l’instant où elle découvre le trait bleu sur le test de grossesse, Émilie se confie à son journal. Avec une sincérité sidérante, elle partage tout, les anecdotes du quotidien, ses amis, ses amours passées et présentes, son fils de deux ans qui babille… Et surtout l’émouvante rencontre avec la " petite prune " qui grandit jour après jour dans ce ventre qui lentement s’arrondit et s’alourdit jusqu’à faire disparaître son nombril.

Émilie a mille vies, elle est écrivain, modèle, visiteuse de prison, maman, aime le sexe, les voyages, les cactus et les gâteaux aux amandes. On rit, on pleure, on la suit aveuglément dans ce roman d’une vie où elle livre sans détour ni tabous son univers intime qui résonne comme une expérience universelle.
Son idée de départ consistait à tenir un journal sur sa grossesse. Elle aurait pu titrer l'ouvrage la Nausée, tant elle a souffert de ce désagrément, mais l'expression avait déjà servi. Ce sera la Disparition du nombril, qui a comme un petit parfum de nostalgie.

Émilie a l'art de raconter le quotidien et ses tracas d'une manière exaltante et drôle tout en usant parfois d'un style télégraphique. On a tous connu une panne de chasse d'eau, sauf que nous n'avons pas la capacité d'en faire un roman.

Nombreux sont les épisodes drôlisssimes : quelques lignes sur le prix du seau chez Brico (p. 33), sur cet antiquaire du Marais qui inscrit des prix exorbitants sur de minuscules étiquettes, sur les urgences pédiatriques (p. 65) quand elle reçoit cet appel de la puéricultrice la prévenant que Marius s'est blessé, rien de grave mais qu'il faut aller à l’hôpital, ou encore les séances de dédicace dans de provinciaux  Salons du livre dont nous n'imaginons pas, nous lecteurs, ce que ces déplacements peuvent avoir de répétitifs.

La maternité a des effets auxquels les médecins s'intéressent peu. C'est peut-être banal mais cet état est malgré tout extra-ordinaire et accoucher encore davantage. Tous les évènements sont alors ressentis de manière exacerbée. Certains psychiatres ont d'ailleurs reconnu que les jours qui suivaient la mise au monde d'un enfant équivalaient à une psychanalyse tant les remaniements de l'inconscient sont intenses. On communique peu sur le sujet qui, évidemment, n'est pas conforme à la doxa.

Émilie a beau être déjà maman (d'un petit Marius), les souvenirs affluent et avec eux la volonté de les partager. En particulier ce qui concerne ce qu'elle appelle "la maison absolue de son enfance" (p. 38), perdue définitivement et qui fait qu'à l'avenir les maisons seraient toutes des citations et des hommages ratés.

Elle est franchement moins amusante quand elle aborde des sujets graves comme lorsque son médecin lui annonce un risque de trisomie mais elle reste toujours optimiste.

Elle a une définition inattendue mais très juste de l'expression "boire un café" (p. 20). Et j'approuve aussi celle quelle donne de la maternité : être mère c'est le temps qu'on y passe (p. 17).

Je ne la crois pas quand elle affirme s'ennuyer dans les trains. Avoir l'imagination de rêver une vie de mérou ou d'hippocampe. (p. 68) devrait être un passeport pour passer le temps sans le sentir. J'admets par contre qu'elle n'aime pas ce moyen de transport. Moi non plus, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons.

Je me suis découvert au fil de la lecture deux ou trois points communs avec elle. Même émotion à la remise du premier dessin de mon ainée, comparable à sa découverte, dans le casier de la halte-garderie d'une feuille légendée Marius 1 ans 1/2. Nous n'aimons le train ni l'une ni l'autre. J'ai rencontré chez elle "bêchevèter", un verbe que je croyais inventé par ma mère pour signifier ranger tête bêche, si ce n'est que maman disait "bécheouetter". Encore plus troublant : j'étais en train de faire chauffer du lait pour me faire un chocolat chaud quand je lis, p. 179, ... J'ai commandé un chocolat chaud.

J'ai apprécié son coup de gueule contre cette employée modèle chargée d'étudier des dossiers de demande de logement. Les pages 146 à 149 sont hélas criantes de vérité. J'ai moi aussi entendu des justifications du style : je travaille dans le social mais je suis pas Mère Teresa ... dans la bouche de personnes ayant au final moins d'humanité qu'un distributeur de tickets de stationnement d'aéroport, lequel consent tout de même une gratuité de 20 minutes à tout un chacun quelle que soit sa condition sociale.

Apprendre qu'elle fait régulièrement le trajet en RER jusqu'à Croix de Berny me trouble puisque j'habite à quelques centaines de mètres. Nous finirons par nous rencontrer ...

Rêves, cauchemars, on vit avec elle. Je n'aurais sans doute pas glissé David Copperfield dans mon sac pour m'accompagner dans les transports en commun mais je me souviens de ma lecture de Fuir de Jean-Philippe Toussaint. Et je comprends qu'elle en fasse des économies de lecture, alors qu'elle se trouve à Tokyo, en jugeant, p. 126 qu'on ressent avec lui la poésie du zen.

La Disparition du nombril prend au fil des pages des allures de roman, avec une forme de suspense. L'émotion grandit. La sensualité déborde d'érotisme. Et je m'interroge que ce qu’Émilie va écrire après ...

La disparition du nombril d’Émilie de Turckheim, éditions Héloïse d'Ormesson

dimanche 15 février 2015

L'Aquarium de la Porte Dorée

Le plan Vigipirate renforcé a des conséquences insoupçonnées. Les musées et lieux publics sont désertés. Par exemple l'Aquarium de la Porte Dorée, d'habitude bondé et piaillant de cris d'enfants le mercredi était silencieux le jour de ma venue comme si nous étions en pleine nuit.

C'est bien simple, j'étais la seule visiteuse. Il m'a semblé que les poissons s'ennuyaient ferme. Les raies sont venues se coller contre les vitres  en me faisant presque un clin d'oeil. Mêmes les murènes pourtant si craintives ont fini par sortir la tête de leur trou pour scruter mon regard.

Je n'ai pas voulu néanmoins perturber les animaux en les photographiant avec mon appareil préféré. J'ai plutôt employé le portable, plus discret, moins précis hélas, mais vous constaterez tout de même que vous ratez un rendez-vous exceptionnel si vous n'allez pas dans cet endroit magique.

Le nombre de clichés étant important, il faudra d'abord cliquer sur "plus d'infos" pour obtenir la totalité de l'article. En ouvrant ensuite la première image vous pourrez toutes les voir en haute définition et plein écran.
Les poissons vivent dans des aquariums rassemblés par océan. On remarque que les couleurs sont plus éclatantes dans les eaux chaudes. Je ne vais pas légender toutes les photos. Leur beauté parle d'elle-même.

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