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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 21 novembre 2015

J'ai testé le parfum sur mesure

On croit que nos préférences olfactives sont volatiles. La créatrice de Parfumoi démontre qu'en réalité nos orientations suivraient un schéma décryptable en fonction de notre mode de vie, de nos préférences et de nos souvenirs d'enfance. Je l'avais rencontrée lors d'une présentation de produits et j'avais été un peu dubitative.

J'ai accepté cependant de jouer le cobaye en répondant à un questionnaire qui propose une alternative entre trois réponses.

Je ne vais pas recopier les interrogations et vous donner mes réponses mais je peux vous révéler quelques pistes d'analyse. Si vous ne parvenez pas à vous détendre après une journée harassante et qu'au lieu de plonger dans un bain aux huiles essentielles vous préférez consacrer (encore) du temps à régler les problèmes en suspens on ne vous orientera pas vers la même fragrance. J'ignore si on compensera en vous suggérant de vous inonder d'eau de fleur d'oranger ou si au contraire on boostera encore votre énergie avec un agrume...

Etes vous plutôt dans l'être ou le paraitre, avez-vous le sens du second degré, préférez-vous l'agitation  citadine ou le calme désertique, êtes-vous plutôt gourmand ou gourmet, quelle est votre définition de la sensualité, opterez-vous pour la soie ou le cuir ? Voilà quelques indicateurs qui vont servir au nez pour créer un parfum qui soit en accord avec votre moi profond.

Sylvie Jourdet, la créatrice, ira plus loin en demandant à quel héros on s'identifierait. Etes-vous plutôt Tintin ou Lagaffe ? Elle cherchera à percer en vous des tendances conformistes ou rebelles.

On dit que souvent femme varie. Il faudrait sans doute un parfum par état d'esprit. J'ai reçu celui dans lequel je me trouvais quand j'ai répondu au questionnaire dans une pochette soyeuse (je me suis demandé si la pochette était assortie à l'humeur de la cliente ...) accompagnée d'un commentaire qui insiste sur deux traits essentiels de mon caractère : la douceur et le romantisme.

On me promet que je serai sensible aux fleurs printanières et fraiches-fleur d'oranger et gardénia- qui entrent dans la composition du parfum, et séduite par l'association rose -jasmin-ylang choisis pour créer un coeur délicat et chic. On m'annonce un jus typiquement féminin, avec un sillage poudré-lacté opulent en raison de la présence de tubéreuse et de lys, soutenu par un accord ambré.

J'ai apprécié l'originalité et la justesse des accords. Je l'ai vaporisé "par sécurité" sur un foulard qui embaumait encore 24 heures plus tard, ce qui est un point extrêmement positif.

C'est une idée de cadeau très personnel que l'on peut oser de deux manières sur le site Parfumoi. Soit en formule bon d'achat, en laissant le (je pense que la version masculine est possible aussi) ou la destinataire remplir le questionnaire. Soit en se risquant à répondre à sa place pour lui faire une surprise totale.

On peut tester la formule avec un vaporisateur de 12 ml avant d'opter pour un flacon plus conséquent. Une référence permet de recommander sans devoir noter ses réponses.

Attention cependant si vous envisagez un tel cadeau pour Noël car le délai est de trois bonnes semaines. Cela peut sembler long mais c'est aussi le signe d'un travail tout à fait sur mesure.

vendredi 20 novembre 2015

Toujours un ailleurs d'Anggun

Anggun est une chanteuse franco-indonésienne, de son nom complet Anggun Cipta Sasmi, qui signifie en javanais "la grâce créée dans un rêve" est née le 29 avril 1974 à Jakarta, capitale de l’Indonésie.

Celle qui représentait en 2012 la France à l’Eurovision sortait l'année suivante son premier best-of, Design of a Decade (2013) compilant ses principaux succès avec une nouvelle version de l'immense succès qui l'avait fait connaitre internationalement en 1997 La Neige au Sahara.

Au fil des années, Anggun est devenue une de nos principales chanteuses francophones. Avec seulement 4 albums, elle a vendu près d’un million de disques en France et plus de 5 millions dans le monde. Elle est Chevalier des Arts et des Lettres en France, oeuvre en tant qu’Ambassadrice de bonne volonté à l’ONU et elle est depuis un an marraine de l'association de la Voix de l'enfant. C'est surtout une maman et c'est donc en toute légitimité que le premier titre du nouvel album Toujours un ailleurs qui sort aujourd'hui dans le registre pop-world soit intitulé A nos enfants.

On court après des choses, c'est du vent. Rien n'a d'importance tant qu'il n'arrive rien à nos enfants. Cette petite main qui sert fort ma main vaut tous les trésors... On oublie l'essentiel souvent.

Les paroles méritent d'être écoutées avec attention, surtout après les évènements qui ont marqué l'actualité depuis le 13 novembre. La chanson est ponctuée de jolis la la la d'un choeur d'enfants.

L'engagement d'Anggun en faveur de la jeunesse n'est pas nouveau et on remarque aussi des enfants dans le clip du second tire Nos vies parallèles, interprété en duo avec Florent Pagny qui a été un des premiers à lui tendre la main à son arrivée dans notre pays, mais elle n'avait jamais chanté avec lui. Ecrite par Frédéric Chateau et enregistrée avec la participation de Yuri Buenaventura, cette chanson, avec le petit train dans la plaine, c’est exactement ma vie en Patagonie, et quand j’ai lu pour la première fois les paroles, je me suis vu chez moi, commente Florent Pagny.

Si je rencontre une âme belle c'est le destin (...)

Frédéric Chateau est parolier du chanteur comme d'Hélène Ségara. Il a su trouver les mots justes pour exprimer ce qui tient à cœur de la chanteuse : les enfants, le voyage et des valeurs humanistes. Car si Anggun a appris le français à l'âge de 21 ans et le maitrise pourtant parfaitement elle se refuse d'écrire ses chansons.

David Foenkinos (auteur de La délicatesse, prix des Dunes 2010, Charlotte, prix Renaudot 2014) est également présent avec le titre éponyme de l'album Toujours un ailleurs.

On a droit aussi à une reprise très réussie d'une chanson de Maxime le Forestier, Née quelque part.

Anggun est une artiste singulière. Elle se dit "déracinée, dans le sens où je suis partie d’ailleurs, l’Indonésie, pour planter mes racines dans un autre ailleurs, la France." Son dernier disque est une invitation à la rencontre de l’autre, à la découverte du monde. Elle pose son regard sur un monde qui s’égare parfois, qui s’éloigne des vraies valeurs. Femme engagée et authentique, elle délivre un message universel et profond. On a régulièrement besoin d'entendre qu'il faut tendre la main. Son album est empreint de bienveillance. C'est  un voyage qui nous recentre sur l'essentiel et c'est réconfortant.

Toujours un ailleurs de Anggun, TF1 Musique. Déjà disponible.

mercredi 18 novembre 2015

Le salon du Chocolat édition 2015 (suite)

J'y suis allée le soir de l'inauguration le 28 octobre, mais je n'avais évidemment vu qu'une partie du Salon.

J'ai partagé quelques coups de coeur mais il y en a eu d'autres depuis. Certains ne pourront pas être satisfaits avant l'an prochain au Salon du Chocolat où les fidèles ont leurs habitudes ... à moins d'aller faire un saut au Japon, mais cela fait cher la bouchée, même si elles sont très bonnes.
...et très esthétiques comme celles de Chocolate Shop, installée depuis 1942 à Hakata. Leur originalité est de proposer des chocolat sans sucre au miso, une pâte de soja fermentée. Avec un goût très proche du caramel au beurre salé.

J'ai été très surprise par les plaquettes de Naïve, une marque lituanienne créée par Domantas Užpalis en 2010 que l'on commence à trouver en région parisienne dans des épiceries fines.

mardi 17 novembre 2015

L'Histoire du Soldat mise en scène par Omar Porras

Première représentation ce soir d'une longue série de l'Histoire du Soldat, sur la scène nationale de Malakoff (92).

Première, façon de parler puisque c'est la reprise d'une mise en scène de 2003 et que le public suisse en a eu la primeur au mois d'octobre. En toute logique puisque le metteur en scène Omar Porras a initié l'aventure collective du Teatro Malandro à Genève.

Pour fêter ses 25 ans d'existence il a décidé de recréer ses plus grands succès, la Visite de la Vieille dame, que nous verrons en janvier 2016, et l'Histoire du Soldat.

Cadeau magnifique en cette période trouble où plus que jamais (il faudrait pouvoir ne plus jamais dire jamais ...) le théâtre et la culture dans toutes ses disciplines peuvent constituer un rempart à l'obscurantisme.

C'est un directeur ému, Pierre-François Roussillon, qui a accueilli personnellement le public pour exprimer au nom de son équipe combien il s'associait à tous ceux qui ont été touchés par les attentats. Heureux de voir que nous avions été nombreux à faire acte de résistance pour partager cette soirée (il y avait eu 150 annulations au cours de la journée. On peut comprendre mais on peut aussi largement regretter).

En temps "ordinaire" on préserve le suspense mais il a bien fait de prévenir les spectateurs. La représentation est ponctuée de coups de tonnerre et de pétarades qui auraient de quoi effrayer dans le contexte actuel. Les effets spéciaux sont effectivement saisissants, mais de toute beauté et totalement justifiés. Ils ont presque une vertu cathartique face aux évènement qu'on vient de vivre.

Igor Stravinsky avait déjà composé l'Oiseau de feu et le Sacre du printemps quand il fait la connaissance de Charles-Ferdinand Ramuz, en Suisse, en 1915. Nous sommes en pleine Première guerre mondiale. De l'amitié entre les deux hommes nait l'Histoire du Soldat qui sera jouée en 1919.

Ramuz s'est inspiré d'un conte populaire russe "le déserteur et le diable" et on pourra aussi trouver des analogies avec le mythe de Faust.

Beaucoup de versions ont été imaginées depuis. Notamment une chorégraphie de Maurice Béjart avec le danseur Yann le Gac en 1983 au Théâtre du Châtelet. On y découvrait un héros, blessé, qui revivait les fragments brisés de sa vie sur un lit d'hôpital.

L'intention d'Omar Porras est très différente. Il embarque le public dans l'univers du conte en lui donnant la dimension universelle de la quête du bonheur et du pari que tout un chacun fait constamment entre ce qu'il accepte de mettre en jeu pour tenter d'obtenir plus de la vie. Au risque de tout perdre ...
La magie opère tout de suite. Un jeu d'ombres chinoises détache des silhouettes qui s'approchent ou s'éloignent comme si nous étions armés de jumelles pour guetter le retour du soldat. Sur le chemin qui le ramène chez lui, son violon sur le dos, Joseph rencontrera un mystérieux chasseur de papillons qui va lui proposer un étrange troc : son instrument contre un livre magique prédisant l’avenir. Joseph succombera à la tentation et le public sera lui aussi sous le charme ...
Omar Porras s'est glissé dans le costume du diable, parmi les comédiens qui portent tous un masque (superbe travail de Fredy Porras). La maitrise du jeu est sans faille. On ne cesse d'être émerveillé. Et c'est une idée juste que de saluer aussi avec le masque à la main.
Les musiciens, à jardin, laissent le champ libre à l'action. Leur présence est discrète mais vous constaterez qu'ils répondent souvent aux comédiens. L'ensemble 2e2m, fondé en 1972 par Paul Mefano, est dirigé par Benoît Willmann. Une version concert sera donnée les 10, 11 et 12 décembre aux 3 Pierrots à Saint-Cloud. 
L'Histoire du Soldat
texte Charles-Ferdinand Ramuz
musique Igor Stravinsky
mise en scène Omar Porras
avec Alexandre Ethève, Philippe Gouin, Joan Mompart, Omar Porras, Maëlla Jan et l’Ensemble 2e2m avec Véronique Fèvre Clarinette, Mehdi El Hammami Basson, Laurent Bômont Cornet, Patrice Hic Trombone, Alain Huteau Percussions, Pablo Schatzman violon, Tanguy Menez Contrebasse
sous la direction de Benoît Willmann
scénographie Fredy et Omar Porras
masques Fredy Porras
Du 17 au 27 novembre 2015
mardi, vendredi à 20h30
mercredi, jeudi, samedi à 19h30
dimanche à 16h
Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff
3 place du 11 Novembre 92240 Malakoff
01 55 48 91 00 billetterie@theatre71.com
Et ensuite les 2 et 3 décembre à la Comédie de Caen, puis du 15 au 22 décembre au Théâtre du Nord, de Lille.

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Elisabeth Carecchio

lundi 16 novembre 2015

Pour réfléchir après le 13 novembre

C'était la journée de la gentillesse. Eh oui, une telle coïncidence ne s'invente pas.

Ce fut un "putain" de vendredi 13. Ceux qui se souviennent de la mort de Coluche se rappelleront de l'expression chantée par Renaud, bouleversé par la disparition de son ami après un face à face brutal avec un camion.

Nous sommes sous le choc mais il faut continuer de vivre ... Je ne savais pas comment en trouver l'énergie. Sophia Aram le clame avec force et détermination. Ecoutez la. Ça fait du bien !

mercredi 11 novembre 2015

Liliom mis en scène par Jean Bellorini


(mise à jour 14 novembre 2015)

Jean Bellorini est un de ces "jeunes" metteurs en scène dont le style est très identifiable. Avec lui on sait que la musique sera partie prenante et que la lumière habillera les décors. C'est lui qui signe  la scénographie et les lumières, et pour partie la musique.

Rien de ce qu'il propose est anecdotique. Même lorqu'il reprend un élément de décor précédemment utilisé comme la caravane. Il y a de la profondeur dans ses arbitrages et si on reconnait la touche "Bellorini" dans Liliom ce n'est pas de l'artifice.

D'ailleurs il n'y a pas à proprement parler d'effets spéciaux pour ponctuer ce spectacle dont la grande force réside dans l'interprétation des comédiens, tous excellents.

Après la Bonne Âme du Se-Tchouan et Tempête sous un crâne, c'est le troisième spectacle que je vois, signé par Jean Bellorini (dont le frère aussi est un metteur en scène talentueux) qui nous raconte la vie, la mort et le voyage dans l’au-delà d’un voyou magnifique, condamné à réitérer la violence faute d'accepter de demander pardon et d'avouer ses sentiments. Le spectacle, qui réserve de beaux moments de rire et de poésie, s'enrichit d'éléments de distanciation de dimension brechtienne.

En pénétrant dans la salle les spectateurs sont saisis par la beauté du décor de fête foraine, avec ses roulottes de part et d'autre d'une (vraie) piste d'auto-tamponneuses. Nous sommes sur le stand de la veuve Muscat où l'on apprend que Liliom fait de la retape, pour y attirer les filles. Le jeune homme est un bonimenteur. Une jeune fille est attirée irrésistiblement et on aura beau la prévenir que c'est un bon à rien, Julie, la puce, le petit moineau va tout quitter pour le suivre. Désormais leurs destins sont liés à la vie, à la mort.

Liliom est un conte entre ombre et lumière, où la misère et la violence vont de pair avec l’amour et la quête d’absolu, dans une écriture qui date de 1909 et qui demeure actuelle. Cette légende de banlieue, comme nous l'annonce Hugo Sablic, le batteur de l’orchestre, progressera en 7 tableaux, ponctués de chansons interprétées en direct, avec un accompagnement de piano, trompette, percussions et harpe. Il annoncera les changements de tableau, en décrivant les actions qu’on ne montre pas sur scène. Les visages sont blanchis, atténuant le réalisme et renforçant la force de l'allégorie.
A la fin le décor évoluera avec une grande roue lumineuse, se détachant sur un ciel d'encre.

Entre temps nous aurons assisté à des scènes extrêmement savoureuses. On se souviendra longtemps du numéro de fausse ventriloquie incroyablement réussi par des Détectives du Ciel, Julien Cigana et Teddy Melis, de l'interprétation aux petits points de Jacques Hadjaje passant du rôle de Mère Hollunder, la tante photographe, à celui du Secrétaire du ciel avec une aisance formidable. De tels moments enchantent et permettent d'admettre le coté énigmatique de la pièce que Ferenc Molnár a voulu inachevée, sans doute pour laisser au spectateur la liberté d'élaborer sa propre conclusion. Il nous guide malgré tout en soulignant que l'homme ne meurt que quand on l'oublie.
Le titre ne laissait pas de place au doute sur l'issue. Et pourtant quand on voit Liliom (Julien Bouanich) et Julie (Clara Mayer) avancer l'un vers l'autre sur le pont métallique qui surplombe l'espace forain on pense comme dans ce film de Wim Wenders, au retour d'un ange sur la terre. On peut penser que les deux amoureux vont se retrouver, enfin.

Je ne veux pas vous en dire trop sur ce spectacle pour préserver la fraicheur de votre regard. Que vous connaissiez l'univers du metteur en scène ou non vous serez forcément saisi.

Il avait été créé en septembre 2014 au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) dont Jean Bellorini est le directeur avant d'être joué peu après, au Théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier).

Plusieurs actions sont proposées autour du spectacle. En particulier une Carte Blanche à la compagnie à l'issue de la représentation avec une lecture par Jacques Hadjaje, comédien, d'une adaptation du conte "La petite marchande d'allumettes" d'Andersen le samedi 14 novembre.

Liliom ou la Vie et la Mort d'un Vaurien
Texte de Ferenc Molnár
Mise en scène de Jean Bellorini
Scénographie et lumières : Jean Bellorini
Musique : Jean Bellorini, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic et Sébastien Trouvé
Du 11 au 16 novembre, à des horaires variables à vérifier sur le site du théâtre ou au 01 41 87 20 84
Théâtre Firmin Gémier La Piscine
254 Avenue de la Division Leclerc
92290 Châtenay-Malabry
Avec Julien Bouanich, Amandine Calsat, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Julien Cigana, Teddy Melis, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé et Damien Vigouroux

Liliom, traduit par Alexis Moati, Kristina Rády et Stratis Vouyoucas, est publié chez Théâtrales.

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Pascal Victor/ArtcomArt

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En raison de l'état d'urgence et sur décision des autorités, le Théâtre Firmin Gémier / La Piscine et l'Espace Cirque d'Antony seront fermés au public ce samedi 14 novembre.
La représentation prévue ce soir est annulée. De nouvelles informations seront affichées chaque jour sur les lieux de représentations et consultables sur notre site internet et les réseaux sociaux.
Nous envoyons nos pensées de solidarité aux familles et proches des victimes.
L' équipe du Théâtre Firmin Gémier / La Piscine

mardi 10 novembre 2015

La folle rencontre de Max et Flora, de Martin Page et Coline Pierré à l'Ecole des loisirs

Lorsqu’elle découvre l’étonnante lettre de Max, Flora est à la fois heureuse et troublée, elle reçoit peu de courrier depuis qu’elle est en prison… Que peut bien lui vouloir ce garçon excentrique qui semble persuadé qu’ils ont des points communs ? Que peut-il partager avec une lycéenne condamnée à six mois ferme pour avoir violemment frappé une fille qui la harcelait ? Max ne tarde pas à révéler qu’il vit lui aussi enfermé. Il a quitté le lycée après une grave crise d’angoisse et ne peut plus mettre un pied dehors. Il vit retranché chez lui, avec ses livres, son ordinateur, son chat gourmet et son ukulélé. Flora et Max vont s’écrire ...
Pour écrire ce livre, Coline Pierré, alias Flora, la détenue, et Martin Page, alias Max, le reclus, se sont échangé des lettres pendant quatre mois, comme s’il s’agissait d’une vraie correspondance. Ils ont vécu cette expérience avec passion, soulignant combien cette manière de travailler fut très fertile, car la surprise, la découverte de la lettre de l’autre nous donnait envie de rebondir, de nouvelles idées germaient sans cesse. Depuis, les deux compères ont d’autres projets, d’autres envies de textes à quatre mains.

De cet échange est né La folle rencontre de Flora et Max, un roman épistolaire dans lequel les deux protagonistes vont s’écrire, collecter chaque jour des choses lumineuses et réconfortantes à se dire. Ils vont apprivoiser leur enfermement respectif et, avec humour et fantaisie, se construire une place dans le monde.

La photographie de couverture, avec ses deux globes lumineux, évoque des yeux découvrant le monde avec étonnement, comme deux extraterrestres atterrissant sur la terre.

Le livre est né de l'envie de partager une expérience d'écriture. L'originalité cette fois est d'avoir été chacun le lecteur de l'autre au fur et à mesure que se construisait une trame dont aucun ne savait alors jusqu'où elle allait les mener.

Une fois choisi le mode opératoire, sous forme de lettres, ils ont défini le point de départ et très vite des personnages prisonniers dans des situations qui permettaient à chacun d'eux de traiter les thématiques qui leur sont chères.

Ils ont commencé alors à s'adresser de vraies correspondances (même si pour faciliter les choses il s'agissait de mails) qu'ils signaient Flora ou Max. Une fois la première version du livre terminée, ils ont relu ensemble le texte à voix haute de nombreuses fois pour le retravailler, et construire la narration dans une vision plus globale.

Chacun est alors intervenu sur le texte de l’autre, proposant des idées permettant l’évolution des personnages. Le squelette de Flora et de Max a été construit par chacun des deux auteurs et enrichi du travail commun. Max est proche de Martin Page qui l'a pensé avec un humour qui rend l'adolescent particulièrement attachant.

Les deux protagonistes évoluent positivement sans que le roman ne verse dans la mièvrerie. Il traite de sujets qui sont tristement d'actualité comme le harcèlement scolaire et la réclusion chez soi par crainte des autres.

Au-delà du constat de la violence ou de la difficulté à vivre dans le monde, qui n'est pas nouveau en soi, le lecteur appréciera de trouver des alternatives et donc de l'espoir. Quelle que soit la réalité il peut y avoir des solutions pourvu qu'on les cherche et qu'on ne se sente plus isolé. C'est sans doute la "leçon" la plus forte.

Martin Page est un auteur qui écrit aussi pour les adultes. J'avais beaucoup apprécié La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique, publié aux éditions de l'Olivier en 2011.

La folle rencontre de Flora et Max de Martin Page et Coline Pierré à l'Ecole des loisirs, Collection : Médium, en librairie le 11 novembre 2014

lundi 9 novembre 2015

L'histoire incroyable de la Crypte du Souvenir de Bourg-la-Reine (92)

J'ai découvert le cimetière de Bourg-la-Reine dans le cadre des Journées du Patrimoine et je trouve que sa crypte mérite d'être visitée à l'occasion des cérémonies prochaines du 11 novembre.

En 2002 des sondages ont été effectués sous le monument qui ont permis de découvrir une Crypte où reposent vingt-huit militaires et civils de la Guerre 1914-1918, quatre de la Guerre 1939-1945 et un soldat de la Guerre d'Afrique du Nord 1954-1962.

Des travaux de rénovation, entrepris en 2005 ont permis d'aménager la Crypte en lieu de mémoire et de recueillement accessible au public.
L’histoire remonte aux années 1995. L’association des anciens Combattants avait demandé au maire le déplacement du monument aux morts en argumentant qu’il serait mieux place Condorcet. Cet endroit est dévolu à des évènements et accueille souvent un manège. Le maire était donc réticent. Mais surtout il avait le sentiment que quelque chose existait sous le monument. Il demanda donc que l’on fasse des sondages. Un employé municipal découvrit un trou rempli d’eau au troisième coup de pioche.

La suite de l'aventure, c'est le maire lui-même qui me l'a racontée : On m'appelle dans mon bureau. Je confirme mon arrivée. On me prépare loupiote, échelle. Je descends sans autre protection. J'avais de l’eau jusqu’à mi-mollet. Mes souliers de cuir ont été endommagés mais j'étais aux anges de constater que ma prémonition se vérifiait.

Ils ont trouvé ce jour-là, sur le côté gauche du couloir, une série de cercueils murés avec des briquettes et au fond, un squelette qui les attendait, sans doute un mort de la guerre 14-18 inhumé à la hâte dans un cercueil en mauvais pin qui se dégrada avec les intempéries. Le cadavre fut identifié grâce à son bracelet militaire.
L’enquête qui eut lieu ne donna pas grand-chose en dehors de trois lignes figurant dans les avis du Conseil municipal, indiquant que l’on a construit en 1921 un monument au-dessus d’une cave pour les nécessiteux.  Il n’existait en région parisienne aucune crypte de la Grande guerre. Le président du Conseil Général de l’époque, Charles Pasqua accepta de soutenir le projet de rénovation. On découvrit à cette occasion un second couloir. Mais aucune porte ni fenêtre et le mystère demeure aujourd’hui même si on comprend mal que la mémoire se soit éteinte en si peu d‘années puisqu’il s’y trouve aussi un ancien combattant de la Guerre d’Algérie.

L’entrée est volontairement un peu cachée pour demeurer propice au recueillement. Une grille en bas de l’escalier permet d’avoir une vue sur l’ensemble même en cas de fermeture et le bouton électrique est à portée de main.

Les noms étaient déjà gravés. Tout resta en l’état car il est très difficile en France de déplacer des morts. On est surpris de voir la tombe d’une femme, Gabrielle Stouque, infirmière au Front, décorée de la Légion d’Honneur.
Les armes qui sont posées sur le dessus proviennent de découvertes faites dans les années 1970/80. Beaucoup de gens, sachant que la Kommandantur avait promis que les français qui recélaient des armes de guerre seraient fusillés avaient caché leurs biens dans leurs jardins.

C’est avec une très grande émotion que les descendants ont été conviés à la cérémonie qui eut lieu en 2005. Ce sont 1500 personnes de familles dispersées ignorant totalement où se trouvaient leurs ascendants qui ont pu venir se recueillir enfin sur leurs tombes.

Ce cimetière de Bourg-la-reine est un lieu de mémoire étonnant. De nombreuses personnalités de renom y reposent, comme Albin Michel (1873-1943), éditeur, Evariste Galois, mathématicien, en particulier François Hennebique (1842-1921), architecte, ingénieur, entrepreneur, considéré comme l'inventeur du béton armé. A l'occasion des Journées du Patrimoine de septembre la famille Hennebique a reconnu le mauvais état de leur monument. La ferraille tombe et une réunion sera bientôt organisée en mairie pour envisager une remise en état.
Sachez que parmi les pensionnaires illustres figure la famille Dolto. Avec la tombe de Françoise Dolto (1908-1988), psychanalyste, écrivain, et son fils Jean-Chrysostome Dolto, dit Carlos (1943-2008), chanteur. L'inscription N'aie pas peur, je suis le chemin, la vérité et la vie est gravée sur leur tombe commune.
Parmi les personnes célèbres on compte aussi Léon Bloy (1846-1917), journaliste, romancier, que le pape a cité dans sa première homélie aux cardinaux parce qu’il vient d’Amérique du Sud et que cet écrivain y était très apprécié. Il  habita dans la maison de Charles Péguy au 7 rue André Theuriet.
On remarque la tombe de Georges Lafenestre (1837-1919), poète et critique d'art.
Léon Azema (1888-1978), architecte, Grand Prix de Rome 1921, fut un des trois architectes du Palais de Chaillot. Il a fait construire toutes les Postes de France. Il voulait une tombe toute simple, avec un rebord, de la terre et du lierre.
La famille n’a pas exhaussé cette dernière volonté et la ville a décidé de se substituer aux descendants en plantant un lierre.
Charles Péguy était un grand sportif. Il portait son sac mais très souvent il se chargeait de celui de ses hommes plus faibles. Il est enterré à Villeroy, avec ses hommes en plaine de Brie.

Il était né en 1873 à Orléans d’une mère rempailleuse de chaises et d’un père menuisier, décédé prématurément. Il vivra dans une grande austérité, fera des études à Orléans, sera boursier et poursuivra au lycée Lakanal. Il sera le premier à employer l'expression "hussards noirs" pour désigner les instituteurs de la III° République après le vote des lois Jules Ferry.

Il vivra quelques années à Bourg-la-Reine qu'il quittera  le 2 août 1914 pour rejoindre son régiment. La mairie a voulu lui rendre hommage avec une plaque comprenant un médaillon réalisé d’après la photo prise le jour de son mariage.
Le maire raconte le fait historique troublant. Un monument a été érigé en 1930 en souvenir du poète à l’entrée du faubourg Bourgogne où Péguy passa son enfance, au centre d’un square. Au cours de la deuxième Guerre mondiale, il reçoit un éclat d’obus qui lui perce le front à l’endroit même où il fut atteint sur le champ de bataille de Villeroy le 5 septembre 1914, raison pour laquelle il est décidé de le laisser en l’état.

La Crypte du Souvenir, 27 rue de la Bièvre, 92340 Bourg-la-Reine

dimanche 8 novembre 2015

Rencontre avec Céline Cristini

Elle a un nom qui croustille, le sourire malicieux. En toute logique pour une illustratrice qui oeuvre dans la littérature jeunesse.

L'enfance de Céline Cristini a été nourrie de l'univers d'illustrateurs comme Gustave Doré, Mercier, Béatrix Potter qui ont participé à la construction de son imaginaire. Elle doit sans doute à ces apports son goût pour la couleur et son sens aigu du détail. La nature et le quotidien alimentent son inspiration et, notamment, le monde de ses propres enfants...

Son petit dernier, Pierre, lui a inspiré Tom le héros de Chatonou (2013) et on le retrouve dans son dernier album, La Dent de Mamiegrand qui vient d'être publié aux éditions Henry avec qui elle collabore depuis de nombreuses années.

On constate une harmonie en regardant les deux couvertures. Si ses premiers ouvrages, jusqu'à  celui qui s'intitule Le Nez de Robin, brillaient de couleurs Céline Cristini a décidé de réduire leur emploi pour tenir compte de la façon dont les jeunes enfants se sont habitués à toutes ces couleurs des palettes graphiques qui gomment les nuances.

Cette nouvelle manière de procéder lui permet aussi de s'affranchir de contraintes techniques inhérentes à l'emploi de papier recyclé, certes écologique, mais qui absorbe trop les encres et qui offre un rendu parfois criard, par exemple avec les jaunes.

Ses visites à l'imprimerie s'accompagnent toujours de craintes sur le rendu. Mais elle apprécie malgré tout que les livres soient faits en France et pas en Chine (ou ailleurs) selon la volonté de Jean Le Boël qui est le directeur littéraire des éditions Henry.

Céline est passionnées par ces aspects et elle communique facilement sa préoccupation concernant le rendu final. Son usage des fonds est inhabituel dans le domaine de l'album mais il est très adéquat pour installer une ambiance. Et les restrictions qu'elle s'impose lui permettent en fin de compte d'en dire moins mais avec plus de force. Elle n'avait pas envie cette fois ci de mettre de la couleur sur les visages et le rendu est très réussi même si le gris a de quoi surprendre.

On pourrait penser qu'un illustrateur a les images dans la tête avant de les faire surgir au bout de ses pinceaux. Celine m'a confié ne pas savoir illustrer sans texte. Le duo qu'elle forme avec Peter Barnouw pour ce livre est donc basé sur l'histoire.

Ancien marionnettiste, fondateur, entre autres, d'une crèche parentale et d'un centre de loisirs associé à l'école (CLAE) dans les années 70, Peter a ensuite créé la Maison du Théâtre pour Enfants à Avignon, il y a plus de trente ans. Il avait depuis longtemps envie de recommencer à écrire pour les enfants. C'est en apprenant que Pierre avait perdu une dent qu'il a eut l'idée d'inverser la situation en la transposant à l'univers des grands-parents. Les enfants de Céline appellent leur grand-mère Grand-maman mais là encore Peter a renversé l'ordre des mots en inventant Mamiegrand.

L'album traite de l'imaginaire des enfants autour des dents qui tombent. Bien sûr, les souris prennent les dents de lait des enfants sous l'oreiller en donnant en échange un petit cadeau, mais si c'est une grande personne qui perd une dent, que se passe-t-il alors?

La dent de Mamiegrand est le premier album jeunesse de Peter Barnouw, et probablement pas le dernier. Quand il a donné le texte à Céline elle a naturellement pensé à ses propres parents, aujourd'hui grands-parents, pour dessiner les personnages de l'histoire. Comme eux ils vivent dans une maison à la campagne, sans la télévision. D'ailleurs aucun de leurs petits enfants ne penseraient à leur en faire reproche.

Céline travaille avec la peinture acrylique, le crayon de papier, des feutres. Elle en souhaite pas réaliser ses dessins avec un logiciel comme Photoshop mais elle n'est pas hermétique à son emploi. Quand on regarde attentivement certaines images on remarque que les ombres ont été portées par Photoshop. Par exemple quand Tom perd sa dent et sur la page suivante où l'on voit le grand-père assis sur le lit. Cela donne de la modernité au dessin avec un petit quelque chose évoquant l'univers des mangas.

Céline ne renie pas l'emploi des traits de couleur. Ils animent la cuisine du grand-père comme l'atelier de la grand-mère. On notera d'ailleurs que les rôles aussi ont été inversés par rapport aux clichés que l'on a dans la tête : la femme aux fourneaux et l'homme bricoleur.

Sur la couverture on observe trois souris et pas une seule parce que ces animaux ont l'habitude de vivre en communauté. On reconnait leur chef à sa position sur un trône de fortune, une bobine récupérée quelque part car, c'est bien connu, les souris récoltent toujours plein de choses. Le fil rouge dirige le regard vers le nom de l'éditeur.

L'art de Céline et de Peter est de faire quelque chose d'extra-ordinaire à partir d'un petit évènement. Ils en ont un autre en préparation, sans doute une nouvelle histoire de chat. Un animal un peu rustique élevé dans la campagne creusoise, arrivant dans une résidence de la banlieue parisienne où il devra conquérir sa place parmi tous ses congénères qui portent collier. Peut-être une version revue et corrigée d'un chat des villes face à un chat des champs...

D'ici là Céline travaille à l'illustration d'une trentaine de poèmes écrits par Patricia Castex Menier qui paraitront sous le titre de Bleu Baleine également aux éditions Henry car Jean Le Boël est très attaché à la poésie.

La Dent de Mamiegrand de Céline Cristini et Peter Barnouw, Editions Henry

samedi 7 novembre 2015

Un dernier pour la route par le collectif AOC


(mis à jour le 14 novembre 2015)

On entend leurs cris de loin, depuis la route qui longe l'Espace Cirque d'Antony (92). Le spectacle commence à l'insu du public par un conflit entre une personne âgée qui s'entête à vouloir traverser la scène en s'appuyant sur sa canne. On est à deux doigts d'une altercation qui se conclue par une folle étreinte, très métaphorique du propos du collectif.

Ils s'appellent AOC, Appellation d'Origine Circassienne, pour signifier leur volonté d'être des "purs et durs du cirque". Je les ai connus à l'occasion de leur précédent spectacle, Autochtone mais cela fait plus de quinze ans qu'ils sont reconnus comme l’une des compagnies les plus novatrices du cirque contemporain.

Cette fois ils sont neuf acrobates et un musicien à s’être réunis sur la piste. Oscillant en permanence entre le groupe et l’individu, Un dernier pour la route est un spectacle hybride, où se croisent des tableaux collectifs dansés et des moments de théâtre virant au sketch. J'ai eu le sentiment les prémices du spectacle que j'ai vu ce soir étaient déjà contenus dans Autochtone,  avec le trampoline, les couteaux, la piste de ski, et bien sur les portées, le fil, le trapèze.

Ils ont choisi cette fois-ci de s'interroger sur le temps qui passe. Jusqu'à quel âge serait-on capable de se produire ? Comment suggérer la dégradation de corps qui ont indubitablement vieilli (depuis 15 ans ...). Le propos n'est pas nouveau. On pourra penser à Pina Bausch qui invita des personnes âgées sur la scène ou à ce chorégraphe qui plus récemment a fait danser des handicapés.

A ceci près que le travail du cirque est trop exigeant pour être ouvert à de non professionnels. La mise en abîme est donc double. On fait comme si mais on est encore en pleine possession de ses capacités.

La pente douce que dévalaient déjà les circassiens dans Autochtone a été relevée à la verticale. Et davantage de prouesses sont associées au trampoline.

Au tout début un musicien bruiteur est campé sous une lumière rouge, en surplomb de la piste. Des pulsations et des frappés rythment les glissements des corps, des hommes comme des femmes vêtus de rouge et noir, qui rampent sur le sol. Des silhouettes usées et déformées qui se métamorphosent en corps de rêves, grouillant, surgissant des coulisses et de partout, dessous, dessus, tournicotant comme des toupies chancelantes, animés par un coeur qui s'essouffle.

Vestes noires, chemises rouges, manteau de fourrure, les artistes s’avancent côte à côte, mus par la même intensité, entre les mâts chinois, les trapèzes et les fils de funambules. Ils esquissent un salut, étirent une révérence, provoquant ces applaudissements qui conventionnellement imposent un rappel, un bis repetita, un dernier ...
Un dernier pour la route est lancé à grande vitesse. On reprend des exercices dans lesquels les AOC sont maîtres. Mais comment grimper quand les muscles vous lâchent ? La détermination peut-elle suffire ? La musique devient grinçante, discordante, à l'instar des corps qui se tordent.

Surgissent alors des trolls, des revenants, des fantômes du temps, recouverts non pas de draps blancs mais de ces couvertures brunes que l'on pose sur les chevaux, pour conjurer la peur et le froid.
Quand on se raidit, que l'équilibre est devenu précaire mieux vaut ne pas monter le fil de fer à plus de 30 cm de haut par rapport au plateau. Le risque devient acceptable.
Les artistes se transforment en une sorte de jeu de quilles dans une chorégraphie pensée comme un défi tandis que la vieille dîne, le dos courbé au-dessus de son bol de soupe.

Sébastien Bouhana à la guitare accompagne les culbutos. Les filles exhibent leurs muscles. Et on prépare la table pour fêter tout ça. Parce que tout de même cet élément est leur point de repère.
Ils anticipent par des cascades de rire les moqueries que leurs "faiblesses" vont provoquer. Le "vivre ensemble" est décliné en une multitude de séquences acrobatiques inspirées par le vécu enthousiaste ou nostalgique des interprètes. La dimension collective se frotte à la séparation, l’intime à l’universel. Performance rime ici avec intelligence.

On entend les bruits d'une route à grande circulation, pressentant un possible accident. Puis ce sont les couloirs du métro à une heure de pointe, des vociférations de marché, des klaxons. Le groupe chancelle et nous spectateurs, ressentons la dureté des planches des gradins sous nos fesses.

La soirée se poursuit dans une ambiance disco. L'ivresse est mimée, justifiant lune nouvelle fois e titre.

Alors que la chanson du film Cria Cuervos se laisse à peine deviner au lointain, derrière des grincements de cordes et des tintements de clochettes, les artistes s'enfuient, reviennent, s'accrochent aux branches. Leurs halètements sont-ils amplifiés ou réels ?

J'ai eu un peu peur murmure un enfant dans le public.

Le spectacle me semble peu adapté aux moins de 10 ans. C'est l'écroulement final, prévisible. Mais ils se relèvent toujours. Les AOC sont avant tout de grands professionnels capables de très beaux morceaux de bravoure acrobatique : pirouettes au mât chinois, trapèze ultra-sensuel, trampoline à trois corps ou jeté de couteaux pulsionnel, des numéros parfaitement rodés qui viennent électriser des scènes plus apaisées. Les corps peuvent s'engager dans une autre forme de ballet, plus sensuel, où le risque est de se prendre cette fois un couteau entre les omoplates.
Le cirque devient cabaret. Le musicien créé des sons grinçants sur une drôle de grosse caisse qui évoque les chaudrons sur lesquels on cuit les marrons dans les rues.

La soirée s'achève avec un très bel effet : la pluie ruisselle sur les artistes. Je ne vous dirai pas quel artifice est employé mais il permet, lui aussi, de ne jamais oublier que tout ce soir est spectacle et que tout est allusion au temps qui passe sur la scène d'un sablier géant.

Dernier conseil ... pour la route qu'il nous reste à accomplir : soyez vigilant les uns envers les autres. Et ce sont eux qui nous le disent !

Un dernier pour la route
Mise en scène : Harold Henning
Avec : Florent Blondeau, Sébastien Bouhana, Colline Caen, Chloé Duvauchel, Jonas Julliand, Serge Lazar, Gaëtan Levêque, Marc Pareti, Marlène Rubinelli-Giordano, Fabian Wixe
Composition musicale : Bertrand Landhauser et Sébastien Bouhana
Les 6, 7, 8 novembre 2015, puis 12, 13, 14 novembre, et 20, 21, 22 novembre
Espace cirque d'Antony, Rue Georges Suant, 92160 Antony
Téléphone : 01 41 87 20 84
Les 27, 28, 29 novembre 2015 : Cirque Théâtre Elbeuf, PNAC Haute Normandie

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Christophe Raynaud de Lage

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En raison de l'état d'urgence et sur décision des autorités, le Théâtre Firmin Gémier / La Piscine et l'Espace Cirque d'Antony seront fermés au public ce samedi 14 novembre.
La représentation prévue ce soir est annulée.
De nouvelles informations seront affichées chaque jour sur les lieux de représentations et consultables sur notre site internet et les réseaux sociaux.
Nous envoyons nos pensées de solidarité aux familles et proches des victimes.
L' équipe du Théâtre Firmin Gémier / La Piscine

vendredi 6 novembre 2015

Les Histoires cruelles finissent mal (en général) de Nicolas Cauchy

C'est rare. Je me demande même si je l'ai déjà fait : publier une chronique sur un livre que je n'ai pas terminé ? Non pas parce qu'il me serait "tombé des mains" mais parce que j'y prends un tel plaisir que je décide de le dire illico presto.

Nicolas Cauchy a écrit des nouvelles, un genre qui en ce moment semble avoir un peu le vent en poupe pour aborder singulièrement le thème du fantastique. Après les rêves rendront leur revanche  d'Hugues Royer, les contes de Perrault revisités, cet auteur va encore plus loin avec ses Histoires cruelles.

Il a déjà publié deux romans chez Robert Laffont, plusieurs albums jeunesse aux éditions Gautier Languereau et des textes courts aux éditions 12-21. Les histoires cruelles finissent mal (en général) est son premier recueil de nouvelles.

Il présente lui-même son travail en interrogeant : Pourquoi ce cadre d'entreprise tente-t-il désespérément d'effacer son numéro de portable inscrit sur le mur ? Qui sauvera cette jeune fille offerte au caïd local ? Et qui a bien pu souhaiter la mort du grand écrivain si talentueux ? Cette année, Noël sent le sapin avec les 24 anti-héros de ces Histoires cruelles qui finiront vraiment très mal (en général). Petits arrangements entre ennemis et bassesses quotidiennes, micmacs de couples à la dérive et vengeances bien macérées : bienvenue dans le monde merveilleux des pères-Noël assassins et des calendriers de l'avent macabres...

Oui ce sont des contes de Noël un peu particuliers, parfois cruels, mais joliment tournés. Il s'en dégage une poésie un peu comparable à l'Etrange Noël de M. Jack.

J'ai adoré. C'est inventif, parfois humoristique (Google en prend pour son grade dans Demandez à Serge*), ancré dans l'actualité historique (allusion au tsunami et à l'attentat du 11 septembre), évoquant De rouille et d'os (Celui qui croyait toujours au père Noël), caustique mais aussi parfois positif. On ne peut pas dire que La Sorcière du numéro 20 se termine réellement mal. Il peut arriver que la grenouille devienne prince ou princesse ...

Noël focalise le bonheur pour beaucoup de monde. Mais cette fête peut devenir insupportable pour d'autres comme la vitalité du printemps agace les dépressifs. Et c'est assez original d'avoir songé à prendre le contrepied des bons sentiments pour bâtir des scénarios en reprenant des motifs liés à cette période.

Nicolas Cauchy satisfera les partisans comme les réfractaires aux festivités avec ses 24 nouvelles, que l'on pourra savourer à raison d'une par jour tout au long du prochain Avent.

Les Histoires cruelles finissent mal (en général) de Nicolas Cauchy, chez Belfond, en librairie depuis le 5 novembre 2015

jeudi 5 novembre 2015

Naissance d'un chef d'oeuvre de Stéphanie Chevara au Théâtre de Belleville

Voilà réellement un projet audacieux qui a l'ambition de retracer l'aventure que fut en 1953, pour Samuel Beckett et ses acolytes, la conception d'En attendant Godot, depuis les prémices de son écriture jusqu'au scandale de sa première. Et Stéphanie Chévara a assuré l'écriture et la mise en scène du spectacle en ayant l'objectif de nous mener sur les chemins escarpés de la création, au cœur du Paris d'après-guerre.

La naissance d’un chef d’oeuvre prend forme sous nos yeux, sans occulter incidents, heureux hasards, catastrophes quotidiennes, et petits miracles.

Sur le plan de la forme, et c'est assez rare au théâtre pour le souligner, la musique joue un rôle important tout au long du spectacle avec la chanson Mad World, éditée en 1982 par le groupe britannique Tears for Fears, reprise par Michael Andrews et Gary Jules en 2001 pour la BO du film culte Donnie Darko, puis par Susan Boyle en 2011. Plus récemment, Mylène Farmer la chanta avec Gary Jules lors de sa tournée Timeless 2013 à Bercy.

Cette chanson est bien choisie et insuffle un vent de nostalgie sur la scène. On retrouve sans surprise les éléments de décor que l'on associe tous à Godot : les silhouettes, l'arbre, les chapeaux melon ... On est également confronté aux atermoiements de ceux qui avaient peur de monter la pièce, à l'enthousiasme de Roger Blin et au courage de Jean-Marie Serreau qui la créera au Théâtre de Babylone.

On ressent aussi parfaitement les doutes de Samuel Beckett, constamment tempéré par son épouse (dont j'ignorais le rôle si déterminant dans cette affaire). On apprend aussi que l’idée de l’arbre est inspirée du tableau Deux Hommes contemplant la Lune du peintre allemand Caspar David Friedrich peint en 1819-1820. L'oeuvre est projeté à plusieurs reprises sur le fond de scène.
Le clown Grock a été une autre source d’inspiration pour créer les deux clowns tragiques. Et la personnalité de Samuel Beckett est interprétée brillamment par Laurent Collard.
Mais ... vous aurez deviné que derrière ces compliments se cristallise un doute, lié pour moi à l'emploi du voile qui fait écran entre les spectateurs et le plateau. Si j'ai bien compris sa fonction il n'empêche que sa présence trop souvent récurrente introduit une distance qui m'a régulièrement dérangée, malgré les qualités manifestes de cette création.

Naissance d’un chef-d’oeuvre, inspiré par l’histoire vraie de la création d’En attendant Godot de Samuel Beckett en 1953.
Adaptation et mise en scène Stéphanie Chévara
Scénographie Victor Melchy
Avec Morgane Ader, François Boisseau, Laurent Collard, Armand Eloi, Barthélémy Goutet, et en alternance, Arthur Minthe et Théophile Pouillot-Chévara.
Au Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris
Jusqu'au 3 décembre 2015
Du mercredi au samedi à 21 h 15
Dimanche à 17 heures

Les photographies qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de © Dominique Martigne.

mercredi 4 novembre 2015

Célébration du prix Clara 2016 publié par les éditions Héloise D'Ormesson

Le soir de la fête les lauréats ont déjà été informés de leur réussite et le livre regroupant leurs écrits sort de presse.

Le Prix Clara a été créé en mémoire de Clara, décédée subitement à l’âge de treize ans des suites d’une malformation cardiaque. Destiné aux adolescents qui, comme elle, aiment lire et écrire, il est décerné par un jury présidé par Erik Orsenna et composé de onze personnalités du monde des lettres et de l’édition.

La vocation du Prix est caritative. Les bénéfices de la vente du livre (10 € seulement)  sont versés à l’Association pour la recherche en cardiologie du fœtus à l’adulte (Arcfa) de l’hôpital Necker-Enfants malades.

Beaucoup de candidats, 500 à 600 chaque année et quelques élues. Je l'écrit au féminin parce qu'aucun adolescent n'a réussi à se faire distinguer par le jury cette fois ci. Mais comme leur a prédit la marraine de la manifestation, Anne Hidalgo "les garçons ne doivent pas se décourager. Ils auront eux aussi leur place dans le monde de demain".

La cérémonie avait naturellement lieu dans la salle des fêtes de la Mairie de Paris. On percevait l'émotion des jeunes filles d'être publiées avant l'âge fatidique (on se croirait dans un conte de fées) de 18 ans. Il faut dire que le décor impressionne.
D'abord la montée de l'escalier, habillé des couleurs de la République. L'inscription au plafond de la triple devise républicaine, Liberté, Egalité, fraternité lisible plusieurs fois et que les invités ont peut-être davantage photographié que les lauréates. Il faut reconnaître que les peintures sont très belles. J'ai pris moi aussi un cliché un peu désuet avec le mot Liberté.
La salle était remplie d'écrivains et d'amis des primés mais surtout de leur famille. Leur succès fait la fierté des parents et c'est plaisant de le constater.
Le petit discours d'Anne Hidalgo fut très vivant et rassurant comparativement à ce que le Monde avait publié le 2 novembre à propos du grand "chahut cérébral" qui régnerait dans le cerveau des ados. Durant ces années charnières, suspendues entre l’enfance et l’univers adulte, les jeunes subiraient, interdits, de ­violentes métamorphoses corporelles et psychiques. Surtout, ils resteraient confrontés à ce défi  : affirmer leur identité et construire leur vie.

La maire de Paris a souligné combien la lecture est un exercice de culture permettant de rester humain, rappelant que son bonheur d'accueillir ce Prix est bien antérieur à sa position de maire. Selon elle la lecture offre une part de bonheur renvoyant à son jardin secret mais permet aussi d'apprendre du monde probablement plus (ou plus qualitativement) qu'en suivant le fil AFP.

Erik Orsenna n'a pas dérogé à ses habitudes, multipliant les traits d'humour, avec plus ou moins de bonheur, rebaptisant le Prix Clara l'autre Prix Femina, s'étonnant que les filles ne soulèvent pas la question de la parité lorsqu'elles sont majoritaires (sans se rendre compte un instant que son bon mot est diversement analysable puisque si on regarde les titres sélectionnés en 2015 pour le Femina il y a plus de livres écrits par des hommes que par des femmes), et citant (ce n'est pas la première fois) ce dicton africain qui dit en substance que venir n'est rien, tout commence quand on revient.

Comme si le mérite des jeunes gens était suspendu à une seconde publication ... ! Heureusement, les  7 lauréates ont très vite fait oublier ces propos misogynes en menant une série d'interviews croisées entre les primées des années précédentes et celles du cru 2015. C'est une très jolie idée de faire interroger chaque nouvelle plume par une ancienne. Cela occasionne des rencontres et lance des discussions plus tard dans la soirée.

H. P. Lovecraft, les Pink Floyd, Maupassant ou encore Kate Bush, ont été sources d'inspiration. Nous avons appris que Lucie s'est concentrée sur la famille et a interrogé la question de l'hérédité. Qu'Anne Lise a choisi de mettre en valeur ceux que on désigne sous le terme de héros anonymes en parlant des soignants risquant leur vie pour sauver les autres (Ebola). Que Tamara à opté pour le format du journal intime afin de faire plonger le lecteur dans la profondeur des émotions ressenties tout au long du plus beau jour de sa vie, de son mariage, avec une chute formidable. Que Louise a été influencée par les lectures d'auteurs fantastiques et par son frère pour écrire 21 grammes.
Elora s'est penchée sur un sujet tristement actuel, le harcèlement physique et moral au travers d'un texte intitulé La Rumeur. Marie a fait un choix de construction en fragments, commençant chaque chapitre par comme, ce qui fait penser que finalement sa nouvelle c'est comme si c'était une histoire.

La benjamine, 13 ans, Chimère, met en scène un robot qui est à la recherche d'un cœur, un peu à l'instar du Tiny Man du Magicien d'Oz. Chez elle l'écriture est un exercice quotidien, pratiqué par sa mère comme son père, ce qui n'enlève cependant rien à son mérite.

La plupart de ces jeunes auteurs baignent dans la marmite ou ont été incités à concourir par leurs professeurs de français, ce qui explique l'engouement pour le Prix. Et c'est heureux.

Au fil des années et depuis 2007, ce sont 65 lauréats qui composent le vivier et il est réjouissant de le voir s'enrichir chaque année de nouveaux jeunes écrivains qui offrent un regard neuf sur le monde, même si on peut considérer que c'est le privilège de l'âge.

La remise de prix fut très vivante, active, bref très jeune d'esprit. Et Damien Bonet peut se réjouir de pouvoir poursuivre un projet pilote d'identification du cœur à l'envers grâce aux bénéfices remis par Héloïse d'Ormesson sur les ventes de l'année dernière.

Prix Clara, nouvelles d'ado, éditions Héloise d'Ormesson, en librairie le 5 novembre 2015.

mardi 3 novembre 2015

Le démon de l'estampe au Petit Palais


(mis à jour le 25 novembre 2015)

Il y a démon et démon. Alors que c'est le titre d'une pièce qui se joue actuellement au Théâtre de Belleville c'est aussi l'intitulé d'une exposition présentée au Petit Palais jusqu'au 17 janvier 2016.

J'ai eu un énorme coup de coeur pour Utagawa Kuniyoshi, (1797-1861) le démon de l'estampe, qui est à mon (humble) avis, bien plus réussie et nettement plus abordable que celle que le Grand Palais avait consacré il y a un an à un autre artiste japonais, plus célèbre, Katsushika Hokusai (1760-1849).

C'est audacieux et totalement passionnant. Pour la première fois en France, on a rassemblé la production de cet artiste hors du commun, que fut Kuniyoshi, contemporain presque exact d’Eugène Delacroix, moins connu en Occident qu’Hokusai et Utamaro. Grâce à d’importants prêts japonais, complétés par ceux d’institutions françaises, les 250 estampes présentées témoignent de sa grande force dramatique et de sa beauté expressive de son oeuvre vivante, narrative, poétique... 

L’exposition explicite à merveille la fonction de cette imagerie de grande qualité et son importance dans la société japonaise. Si on sait combien Monet admirait Hokusai, on apprend à cette occasion qu'il connaissait très bien Kuniyoshi, que Rodin appréciait tout autant que lui, et qui a largement influencé l’art du manga et du tatouage.

La scénographie a été pensée pour couper le visiteur du réel et le faire pénétrer dans le monde de Kuniyoshi avec sa cohorte de personnages, de figures, ses paysages, ses visions de la société... C’est également un espace pictural étonnant d’inventivité. L'entrée est marquée par un "choc visuel" puisque le visiteur est accueilli par des figures surdimensionnées comme s'il pénétrait dans les pages d’un manga géant, inspirés par les immenses panneaux publicitaires lumineux d’Osaka. 

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, on peut enchainer sur une seconde exposition, L’estampe visionnaire, de Goya à Redon, préparée elle aussi avec une forte intelligence, justifiant le titre de "Fantastique !" pour leur union. Au premier sens du terme comme dans ce qu'il implique de sensationnel.

J'ai visité l'ensemble en me laissant porter par la beauté et la symbolique des images, en prenant quelques clichés de ce qui me semblait le plus évocateur. Je m'aperçois, en consultant le site du Petit Palais que le résumé du parcours est assez proche. Je l'insère donc dans ce billet pour vous donner un aperçu plus fidèle que toutes les explications possibles. Ceux qui voudront en voir plus pourront ensuite dérouler l'article pour accéder à mes photos. En cliquant sur la première il est possible de les voir grandeur réelle, ce qui est sans comparaison avec le format vignette.

Voilà en tout cas un très bel objectif de sortie, avec ou sans enfants. Ne manquez pas de faire un tour ou un détour par les collections permanentes (d'accès toujours gratuit). On y rencontre Courbet, Bonnard, Maillol, Monet ... Prévoyez une grande demi-journée et profitez aussi du jardin, qui évoque un peu un riad marocain.

Consultez auparavant le site du Petit Palais qui a tout un programme d'activités complémentaires, conférences, ateliers, nocturnes, et une librairie avec des publications spécifiques.

Fantastique ! La double exposition | Petit Palais par paris_musees

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