Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 18 février 2016

Chiens & chats, l'exposition de la Cité des Sciences et de l'Industrie

L'accroche est amusante : on nous promet qu'on en ressortira moins bête. Le plus drôle est que c'est vrai.

L'exposition (hélas temporaire, jusqu'au 28 février) s'appuie sur les dernières découvertes des spécialistes du comportement animal.

Son originalité est d'inviter le visiteur à se mettre à la hauteur de la truffe d'un chien ou à entrer dans le cerveau d'un chat. Cela change bigrement l'approche. Par exemple je n'avais pas conscience qu'un félin voyait le monde quasiment en noir et blanc

Le parcours sensoriel et interactif fait la part belle au jeu et aux simulations. Elle s'organise en trois parties :

Dans leur peau
On recense en France 343 races de chiens : de 500 g à plus de 100 kg, de 20 cm au garrot à presque 1 m, la diversité morphologique du chien est unique parmi les mammifères. Il y en a des fins, des grands, comme on le voit sur la photo.

À l’inverse, les 72 races de chats diffèrent peu en taille et en morphologie. Par contre, leur robe présente une immense diversité : les combinaisons de couleurs, motifs et longueur du poil sont en effet presque infinies. 

Les capacités physiques de nos compagnons sont bluffantes. Le chien peut sauter jusqu'à 5 fois sa hauteur et le chat bat le chien à la course avec 100 m en 9 secondes. On peut tenter de le défier en nous chronométrant sur un slalom d'agility.
 
On peut aussi se mesurer à un ami en cherchant quelle race de chat il a choisi (et vous quelle race de chien) en apprenant au passage quelques principes de génétique et plus tard vous familiariser avec quelques races de chiens et de chats en jouant à un jeu de Qui est-ce ? un peu spécial.
Dans leur tête
Leurs comportements nous semblent parfois étranges, et l'inverse est sans doute autant vrai.

Leurs vocalises et leurs postures en disent long sur leurs intentions et leur état émotionnel : jappements,  grondements, aboiements, miaulements, feulements, grognements … s'assortissent de mimiques et d'attitudes corporelles que nous devons savoir interpréter si nous voulons mieux les comprendre, nous faire obéir et éviter les ennuis.

On peut vivre une expérience multi sensorielle dans une cabine de projection spécialement équipée, en observant la même scène successivement dans la peau d'un chien, d'un chat et d'un humain.
  
J'ai tenté ensuite d'interagir avec Apy, chienne berger allemand virtuelle qui n'a fait pas toujours ce que je croyais lui demander correctement.
Je fus plus efficace à donner à une figurine articulée de chien la posture correspondant à son état émotionnel. Le décryptage des miaulements et aboiements, les agitations de la queue et le code du ronron n'ont plus guère de secrets pour moi.
Dans nos sociétés 
Chiens et chats n'ont pas toujours fait partie de la famille. Les chiens sont nos compagnons depuis près de 20 000 ans, et j'ai appris que c'est à force de jeter les os aux loups que ceux-ci se sont modifiés et domestiqués.

Par contre le chat est arrivé plus récemment, et cela je le savais pour avoir chroniqué Eloge du chat de Stéphanie Hochet. Avant lui on avait du mal à préserver les récoltes de grains des rongeurs. On l'a fait venir dans nos pays il y a 8 000 à 10 000 ans parce qu'il était plus propre, plus intelligent et plus efficace que la belette ou la fouine. Mais il n'a jamais totalement perdu son caractère sauvage.

Les 7,4 millions de chiens et 11,4 millions de chats ont investi nos foyers, et du même coup notre imaginaire et jusqu’à nos proverbes qu'on nous propose de reconstituer. J'en ai appris que je ne connaissais pas.
Ils ont inspiré les peintres. On trouve dans cette galerie, de gauche à droite, des oeuvres de Fragonard, Renoir, Steilen (affiche pour le cabaret le Chat noir), Gerrit Greve  (chat vert en 1948) et Dubuffet, puis de sur la seconde ligne La voix de son maitre de Francis James Barraud, un tableau de Gustave Caillebotte et un autre de Walter A. Weber.

Les chanteurs ont célébré les chiens comme les chats. Et on peut écouter sur une play-list La mère Michel, Brave Margot de Brassens (1953), Mirza de Nino Ferrer (1965), Le chat des Pow Wow (1992), Le petit chat est mort de Renaud (1994), J'veux pas d'chien de Linda Lemay (2002) comme Les deux chiens de Bénabar (2014), et la liste n'est pas exhaustive.
L'exposition ne cache pas les difficultés de la cohabitation. Savoir que les chiens abandonnent 16 tonnes d’excréments par jour à Paris révèle l'ampleur du problème. Apprendre qu'un couple de chat aurait une descendance de plus de 20 000 individus en l’espace de 4 ans fait comprendre la nécessité de réguler les naissances. A Berlin les propriétaires de chien doivent payer un impôt annuel de 120 euros pour un animal.

Mais rien ne justifie le chiffre de 100 000 abandons par an et il est heureux qu'il existe un arsenal de lois et décrets permettant de lutter contre la maltraitance. 
Un chien peut comprendre entre 250 et 300 mots mais il engrange près de 100 000 odeurs dans sa mémoire. Il faut 8 mois pour éduquer un chien d’aveugle. Et on découvre dans cette troisième partie ce qu'est la médiation animale dans un film qui détaille le rôle thérapeutique que peuvent avoir chiens et chats auprès de personnes malades, isolées ou en difficulté.

Un dernier jeu Dis-moi combien ? permet de vérifier nos connaissances. J'ai été surprise d'apprendre que, s’il a le choix, le chat peut faire jusqu’à 15 à 19 (petits) repas par jour.
Chiens & chats, l'exposition
Jusqu'au 28 février 2016
Cité des Sciences et de l'Industrie
30, avenue Corentin-Cariou, 75019 Paris
Du mardi au samedi de 10h à 18h et le dimanche de 10h à 19h.
Attention, fermeture le lundi.

mercredi 17 février 2016

Tout ce qu'on pouvait faire (ou presque) au Salon des Thermalies cette année

Il y a des dizaines de salons sur des sujets tous intéressants, mais celui des Thermalies conjugue beaucoup de mes centres d'intérêts. Surtout cette année en proposant pour la première fois des ateliers culinaires.

Concilier santé avec gourmandise n'est pas nouveau. Michel Guérard en fut le précurseur à Eugénie-les-Bains. Il n'empêche que c'est toujours intéressant de constater que le mouvement est suivi.

Aux Thermalies cette année l'ampleur des propositions était si large que bien entendu je n'ai pu que survoler quelques-unes. J'ai tout de même :

... dégusté une recette légère
C'est ainsi que j'ai suivi la réalisation d'un Tiramisu à la betterave Chioggia et aux agrumes par le chef Thierry Giannini de l'Hôtel Mercure du grand Hôtel des Thermes de Bride-les-Bains, station thermale savoyarde spécialisée dans le traitement de la surcharge pondérale et en rhumatologie.

La devise de la station est : A Brides, on se débride. C'est là qu'a été tourné en 2012 le film Mince alors ! réalisé par Charlotte De Turckheim avec Lola Dewaere et Victoria Abril.

Le chef a à coeur de proposer une cuisine attractive et cherche constamment de nouvelles saveurs et astuces. Tout en pelant à vif des segments de citron vert il nous conseille de conserver les épluchures, et de les blanchir 5 fois et de les confire comme des orangettes. Et si on a un doute sur l'origine des citrons on les lave auparavant à l'eau chaude pour les débarrasser des pesticides. De toute façon l'eau bouillante permettra d'éliminer les traces de traitement.

Il prend du citron vert mais la variété jaune peut convenir.
La betterave qu'il utilise vient d'Italie. Il a cuit 80 grammes de ce légume 25 à 30 minutes à l'eau bouillante avant de la peler. Cette Chioggia est marbrée, fine ne gout, plus sucrée que la betterave classique et elle tache moins que sa cousine. Devant nous il l'a fait revenir dans 20 grammes de miel sans colorer. Il déglace avec un jus de citron et autant d'orange. C'est parti pour 4 à 5 heures au réfrigérateur.

Il avait tout apporté dans des sachets sous vide, n'ayant nul besoin de peser pendant la démonstration.

Maintenant il blanchit deux jaunes d'oeufs avec 20 grammes de sucre en poudre, ajoute 60 grammes de mascarpone (contrairement au fromage blanc cet ingrédient supporte la chaleur), fouette une minute et complète avec 100 grammes de fromage blanc à 3,6% (c'est celui qu'on désignait auparavant sous le terme de 20%), puis les zestes de citron vert, puis deux blancs en neige pas trop fermes (en soulignant que contrairement à une matière grasse cela apporte du moelleux sans aucune calorie, et que techniquement il vaut mieux commencer à battre lentement puis augmenter la puissance).

On dépose un peu de coulis de betterave au fond de chaque verre, puis la mousse. On décore avec les segments de citron et quelques bâtonnets de betterave crus ou cuits et quelques gouttes de coulis.

Le chef donne ses conseils avec bienveillance. Le coulis de betterave peut devenir vinaigrette en ajoutant vinaigre, sel et poivre, et plus tard un peu d'huile. Et quand on emploie de l'alcool il est recommandé de flamber et de cuire 7 minutes pour avoir le goût sans les calories.

... adopté le conseil beauté-santé de Madame de Sévigné
Elle vantait les vertus de l'eau de Vichy Célestins, naturellement gazéifiée, et bicarbonatée. En boire un verre d'eau à jeun assure un teint frais et de bonnes digestions. Elle est également excellente pour accélérer la récupération des sportifs après l'effort.
Quant aux pastilles, on doit leur existence au chimiste Jean-Pierre-Joseph d'Arcet depuis 1823, et sont encore estampillées du nom de ETAT. Une confiserie riche en sels minéraux, c'est plutôt original. Celles qu'on achète en pharmacie équivalent chacune à un verre d'eau en terme de quantité de sels minéraux.

Les propriétés anti inflammatoires de l'eau de Vichy sont utilisées en cuisine. Notamment par les chefs du restaurant N3 du Vichy Célestins Spa Hôtel qui a reçu le trophée de l'innovation culinaire en 2014. Ce n'est pas là-bas que j'ai gouté la spécialité locale, la Vichyssoise, qui est une soupe froide à base de poireaux, mais en Espagne. Il n'empêche que cela reste un souvenir mémorable.

mardi 16 février 2016

Charles Draper de Xavier de Moulins, chez JC Lattès

Quel thriller ! Je m'attendais à une comédie dramatique dans la lignée des précédents romans que j'avais d'ailleurs particulièrement appréciés. Ce fut un uppercut. Qu'on ne se méprenne pas. J'ai aimé aussi. Beaucoup même.

Page 156 j'étais (moi aussi) sonnée en "refermant" l'Ipad (puisque je l'ai lu en format numérique). Et ce n'est qu'en reprenant mes notes électroniques que j'ai pris conscience que je n'avais pas remarqué les deux dernières pages. La fin s'en trouve changée.

Avec ce quatrième roman Xavier de Moulins confirme un statut d'écrivain.

Charles Draper forme avec Mathilde un couple qui semble idyllique. Sauf que pour lui faire plaisir il a consenti à un sacrifice qui va s'avérer peut-être lourd de conséquence : il a accepté cette mise au vert uniquement pour le bonheur de sa femme. Sans elle, il n'aurait jamais quitté la rue de Vaugirard. C'est beaucoup, toute cette verdure, même à mi-temps. et ce calme étourdissant aux allures de cauchemar d'enfance, ces allers-retours en train, tout l'argent dépensé pour cette ruine. (p. 28)

Et la dernière réplique du chapitre sur le conseil de sa soeur : profite bien de ton coin de paradis, c'est vraiment d'enfer, sème un sérieux doute dans notre cerveau de lecteur.

Pour ce qui est des doutes, Charles nous bat à plate couture. Il estime que Mathilde s'éloigne de lui depuis qu'il prend le train. Comme si la distance kilométrique engendrait une distance affective.

Charles est un manager. Il dirige une entreprise de déménagement. Il a l'habitude de régler des problèmes. Alors il cherche une solution à l'énigme qu'il traverse. Tout fait indice et alimente le feu de sa jalousie. Car c'est bien dans cet engrenage qu'il est en train de se faire broyer. Sauf si, comme le lecteur le suppose, il y a une autre explication à trouver.

Xavier de Moulins laisse échapper un important détail au tout début : Charles a du sang derrière l'oreille. Charles va pourtant gagner notre empathie au bénéfice du doute. Son angoisse, si féminine, d'être trop gros et d'avoir quelques kilos à perdre, donne envie de compatir. On devine que son programme de  coaching (p. 56) aura raison de son organisme : le lundi c'est le jour des épaules et des bras. Le mardi, celui des pectoraux et des abdominaux. Le mercredi, la séance jambes, le jeudi, fessiers, triceps et obliques se conjuguent au plus-que-martyre. le vendredi, retour à la brioche, course sur tapis, longue séance de cardiotraining. Le samedi, programme plus léger consacré à la marche rapide en côte, et encore une fois à se brûler les abdominaux. Enfin le dimanche ...

Parallèlement, Mathilde ne va pas très bien. Charles a donc raison de s'inquiéter :  À force de remettre son chagrin à plus tard, il a forcé tous les barrages. Mathilde sait très bien pourquoi cette envie de pleurer la submerge. (p.60)

Touchant dans sa maladresse à comprendre pourquoi sa femme va si mal Charles se remet davantage en cause, poursuit le coaching sportif plutôt courageusement, se met à suivre le rythme de ses équipes de déménageurs, frôle l'AVC ... (p. 66).

On voudrait sourire, se moquer un tantinet, mais Xavier de Moulins n'a pas écrit une comédie romantique. On n'oublie pas le mot sang qu'on a lu page 9.

C'est logique, notre homme craque, terrassé par la peur de tout perdre, écrit-il page 67.

Il faut reconnaitre que la technologie n'est pas systématiquement une alliée : Autrefois, après l'amour, on fumait une cigarette ; aujourd'hui on allume son portable. On dirait que Mathilde a un nouveau message.

Autrefois effectivement le démon de la jalousie amenait à faire les poches et à étudier l'agenda. Aujourd'hui l'envie de fouiller dans la mémoire d'un téléphone est difficilement contenable (p. 81). En faisant office d'appareil photo, de camera, de boite aux lettres instantanées, nos téléphones sont les couteaux suisses de la trahison, des accélérateurs de paranoïa.

Et c'est bien dans une furie de cet ordre que Charles est tombé. La jalousie taquine qui serait touchante s'est élevée au niveau d'un tsunami. Il va subir la fatigue et le stress engendré par l'intensité de son programme sportif, contrôlé par bracelet électronique comme un prisonnier en liberté conditionnelle. Charles se fait des films de plus en plus lourdement scénarisés par ses angoisses.

Le naufrage de la vieillesse de ses deux parents (p. 111) ne lui offre pas une perspective rassurante. Tout cela va mal finir. Probablement.

Ne comptez pas sur moi pour vous révéler la chute. Je vous dirai juste que Charles Draper est un échafaudage dramatique admirablement architecturé. C'est un de ces romans que l'on n'oublie pas.

Charles Draper de Xavier de Moulins, chez JC Lattès, en librairie depuis le 10 février 2016

NB : Les numéros faisant référence aux citations ont été relevés sur une version numérique de 156 pages.

lundi 15 février 2016

Titans de l'âge de glace à la Géode

A l’occasion des vacances d’hiver, la Géode propose aux familles de découvrir Titans de l'Age de Glace, qui combine prises de vues réelles et images de synthèse pour une expérience cinématographique exceptionnelle.

Le film a été tourné principalement dans les montagnes Rocheuses, les Grandes Plaines du nord des Etats-Unis, au Parc National de Yellowstone et en Alaska.


Ce film IMAX™ transporte les spectateurs il y a 10 000 ans sur les territoires glacés de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Asie à l’ère paléolithique pour y découvrir les conditions de vie des hommes préhistoriques. 

Le générique nous met en condition en nous prévenant que nous allons entamer un voyage interplanétaire. Il y a 20 000 ans, la terre était sous l’emprise d’une période glaciaire, recouverte de glace sur une épaisseur de plusieurs kilomètres.

Les mammouths  partageaient la terre avec les humains. Se déplaçant en groupes d’une dizaine d’individus autour d’une femelle dominante, ils arpentaient la steppe à la recherche de nourriture, mangeant 200 kilos d’herbe quotidiennement.
Haut de 3 mètres, pesant jusqu’à 8 tonnes, le mammouth laineux était recouvert de trois couches de poils, et avait de petites oreilles pour lui permettre de résister au froid.

C’est avec émotion que nous découvrons le plus vieux bébé mammouth de l’histoire, agé de 42 000 ans, appelé Lyuba, momie de mammouth parfaitement préservée et découverte récemment en raison du dégel du permafrost sibérien.

La musique facilite l’immersion dans le paysage que nous survolons. A cette époque les loups étaient de redoutables prédateurs supplantés néanmoins par les tigres à dents de sabre, comme nous le montrent des scènes de chasse préhistorique.
Ces animaux ont disparu, pris au piège du bourbier mortel que représentaient des nappes de goudron où glissèrent aussi les mammouths de Colomb, moins poilus que les précédents et qui ont péri dans le Dakota du Sud, où se trouve le plus grand cimetière de mammouths de notre planète.

Mieux nous connaitrons leur monde, mieux nous comprendrons le nôtre. C’est l'intelligence qui nous a permis de survivre à cette ère. Ce documentaire questionne le spectateur sur les enjeux climatiques et environnementaux de notre société : alors que le climat continue de se réchauffer et que l’activité et l’expansion de l’espèce humaine menace l’existence de milliers d’autres, la mégafaune du 21° siècle - éléphants, bisons, tigres – pourrait elle disparaitre comme celle de l’âge de glace ? 

Titans de l'Age de Glace
Tous les jours à partir du 1er février à 15h30 et 17h30
La Géode 
26, avenue Corentin Cariou. 75019 Paris

dimanche 14 février 2016

La mousse de chocolat ... à l'eau ... oui c'est possible

Son nom ne vous parle peut-être pas autant que celui des chefs qui officient dans les émissions de quasi télé-réalité culinaire. C'est le précurseur de la cuisine moléculaire. Hervé This a mis au point cette recette et il insiste sur la formulation : c'est une mousse de chocolat, et pas "au" chocolat. 

Pascale Weeks l'a remise au goût du jour pour le magazine 750 g. Elle ajoute un conseil, celui de choisir un chocolat peu corsé car rien ne viendra l'adoucir comme dans les recettes traditionnelles. Pourtant elle recommande d'ajouter 1/2 cuillère à café de cannelle moulue.

Une recette qui exclut crème, oeufs, sucre et beurre, c'est incroyable. et pourtant ça marche.

Et comme un bénéfice n'arrive jamais seul, on peut la préparer à l'avance et la conserver au frais pendant 2 à 3 jours dans un récipient et à l'abri de l'air. Le seul reproche que vous pourrez me faire c'est de ne pas vous l'avoir dit plus tôt. Disons que si je ne suis pas en avance pour les Réveillons je le suis "just in time" pour la Saint Valentin.

Autant vous prévenir, il faut de la méthode pour que la cuisine ne se transforme pas en champ de bataille. Mais je vais vous aider à vous organiser.

samedi 13 février 2016

Encore un anniversaire

Voici venu l'heure du bilan et je sèche cette année. J'ai le sentiment d'avoir tout dit l'an dernier et chaque 13 février des années précédentes. Serais-je entrée dans une période de lassitude ?

J'ai toujours beaucoup de plaisir à aller voir des spectacles dont personne n'a encore parlé, à découvrir des artistes prometteurs, que ce soit au théâtre ou en musique, et c'est encore avec émotion que je reçois les manuscrits d'auteurs qui me confient leur premier roman comme si c'était un enfant.

J'adore ces moments où je suis au cœur de ce qui n'est pas encore l'actu comme on dit.

J'ai aussi eu la chance d'approcher des grands noms de la gastronomie, comme cette année Alain Passard  au cours d'un déjeuner à l'Arpège qui fut mémorable.

Si je connais des attaché(es) de presse formidables je suis parfois en contact avec d'autres, peu délicat(es). Il y a un curieux revers à cette lourde médaille de la notoriété : je me fais tancer parce qu'il est urgent que je poste comme si le succès de telle ou telle pièce reposait sur moi. Combien de fois me dit-on : on compte sur vous !

Parfois, ce sont des critiques insultantes me demandant pourquoi je ne parle pas de ci ou de çà, comme si j'étais Dieu la mère, omnipotente et capable de produire des articles H24. Elles me laissent un goût amer. La plupart sont scandaleusement anonymes, et je ne peux donc pas répondre.

Pour dire quoi d'ailleurs ? Je ne peux pas endosser la responsabilité d'être une sorte de Zorro ou de Robin des bois du PAF au motif que les journalistes n'ont pas le temps (ou l'envie ou la place dans les colonnes de leur magazine) de sortir des sentiers battus.

Parallèlement, je remarque que des blogueurs commencent à trahir les signes tant reprochés à la presse. Je peux les comprendre : à force ils n'en peuvent plus et la tentation est forte de lire un livre en diagonale ou de copier vite fait un communiqué de presse qui semble si bien écrit. Sauf que cela se voit et que cela fait honte à tout le monde.

J'avais été choquée de la désinvolture de quelques-uns vantant des produits de grande consommation ou se réjouissant d'événements mineurs durant la nuit des attentats du 13 novembre ... je n'avais alors pas compris qu'ils avaient pré-posté leurs messages plusieurs jours à l'avance. Heureusement pour eux le ridicule, lui, ne tue pas.

Ce billet est le 2149 ème .... Je me dis aussi qu'entrer dans la neuvième année peut être lourd et mériter une pause. Peut-être pour écrire autrement ... A ceux qui me taquinent pour que je me lance dans l'aventure romanesque je peux bien le dire : je me suis inscrite au Mazarine Book Day organisé par les éditions Mazarine : un pitch, deux jurys, cinq minutes pour convaincre… et une chance d’être publiée !
Mais je crois que je suis surtout en recherche d'une ligne d'horizon et que j'ai plus que jamais envie de vrai dialogue.

Comme ce que je vis dans les discussions que j'ai avec les autres membres du comité du Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, chargé de sélectionner les livres remarquables et que je viens de rejoindre, (catégories albums et romans ado 7-12 ans).

Fort heureusement je ne me sens pas du tout isolée. J'ai lu récemment des propos assez similaires sous la plume d'une blogueuse que je connais de longue date, Sophie Adriansen à propos des services de presse. Et je partage son humeur : Tenir un blog est un loisir, personne ne me l’a demandé, personne ne m’oblige à continuer, je m’y astreins par goût du partage, par enthousiasme pour les échanges que cela procure. Cela ne me rapporte pas d’argent, cela me coûte du temps – parce que je le veux bien. Mon plaisir est d’y parler de ce que je veux, comme je le veux, quand je le veux.

J'ajouterai que "mes" lecteurs ne m'appartiennent pas et que j'écris avec la même intensité pour un comme pour mille. La gentillesse avec laquelle on me remercie en message privé d'avoir passé une bonne soirée dans un théâtre ou un restaurant dont j'ai parlé, d'avoir ressenti une forte émotion à la lecture de tel ou tel roman continuera longtemps à être mon seul carburant. Voilà pourquoi la publicité n'est pas prête de polluer les pages du blog.

A l'année prochaine, si le coeur nous en dit !

vendredi 12 février 2016

Marjorie Thomas, la créatrice de Meg design

J'ai rencontré Marjorie Thomas, une jeune artiste qui a développé l'art et la manière de créer des univers, des matières et des décors en utilisant du stuc, de la terre crue, des patines, des enduits colorés.... prioritairement les couleurs naturelles.

Diplômée d'une maitrise en histoire de l'art, elle met sa créativité au service des beaux décors. Elle a exercé d'abord son art dans le domaine du cinéma en contribuant à des films réalisés par Yvan Attal, Jean-Pierre Jeunet, François Ozon, Jean-Paul Rappeneau... Depuis plus d’une décennie elle est peintre décoratrice dans le monde du spectacle et pour l’Opéra Bastille en particulier.

J'ai cru reconnaitre chez elle un sol ancien, pavé de carreaux de ciment, ce qui l'a bien fait rire. J'ai compris alors combien Marjorie était spécialiste pour donner l'illusion de faux bois, faux marbre, fausse pierre ou de vieillissements de meubles. La patine n'a aucun secret pour elle.

Etant par ailleurs passionnée par le design et la décoration d’intérieur, il était en quelque sorte naturel qu'elle mette un jour son talent au service des particuliers. Elle a commencé par la rénovation d'appartements, puis d'ateliers et de boutiques. Ce qu'elle aime c'est d'aboutir à un résultat qui concrétise ce que ses clients ont à l'esprit, en quelque sorte matérialiser ce qu'elle les encourage à imaginer.

Elle a créé son entreprise, en toute modestie, en façonnant son prénom qui prend la dénomination anglosaxonne, Meg, associée au mot design.

Meg Design est le nom d'une ligne de têtes de lit uniques, sur mesure et conçues à l'aune des envies des clients de la créatrice. Les collaborations qu'elle poursuit dans l'univers du luxe la pousse à proposer un travail toujours plus raffiné, avec des matières précieuses comme le mérite un décor que l'on veut pérenne.

C'est l'univers de la chambre dont Marjorie a décidé aujourd’hui de s’occuper prioritairement. Parce que ce domaine est souvent délaissé, au motif que l'on ne fait pas visiter cette pièce qui reste dans l'intime. Aussi parce que, contrairement à ce que certains esprits chagrins prétendent, les heures passées à dormir ne sont pas perdues, elles peuvent devenir délicieuses..., et pour Marjorie des lits cieux... en proximité avec le ciel comme en témoigne la photo ci-dessous, avec une tête de lit combinant peinture et feuille de cuivre sur plexiglas.

C'est toutefois un peu par hasard qu'elle a commencé il y a un peu plus de cinq ans à songer à proposer une tête de lit à ses clients. La première fois elle venait de refaire totalement un appartement où elle avait remarqué que le mur était sali au-dessus de l'emplacement du couchage. Ses clients ont été ravis de son initiative et l'ont immédiatement validée.
Le plexiglas  permet de faire un pont entre la modernité et la tradition. Sa transparence n'altère en rien les autres éléments qui sont intégrés aux créations et les met, au contraire, en valeur par la profondeur qu'il permet d'obtenir. Il crée un cadre sans contour où le décor parait pouvoir s'étendre au delà. Sa transparence laisse flotter les objets intégrés, donnant la sensation que ces derniers font partie intégrante du mur sur lesquels ils reposent. Enfin il est relativement léger.

En découvrant la couleur, la texture et la finesse de la feuille de cuivre, Marjorie a pénétré dans un univers fabuleux, et moins onéreux, offrant une élégance et une douceur comparable à celle de la feuille d'or. Car depuis toujours, il est d'usage de rehausser les objets d'art ou précieux, en les recouvrant d’or, symbole d'immortalité. Elle aime aussi la feuille d'aluminium qu'elle emploie également.
Elle adapte son travail aux envies de ses clients, et à leurs rêveries. Elle les accompagne dans leur projet, afin de créer le décor qui leur convient, évidemment sur mesure. C'est ainsi qu'elle a conçu "Après la pluie", en associant cette fois peinture et feuille de cuivre sur du bois (150 sur 100 cm) pour un couple qui ont une assez forte différence de taille. Un astucieux système de glissières a permis de les positionner exactement à la hauteur qui convient.
Ses réalisations sont toutes uniques. Elle emploie souvent le bois et le plexiglas mais le métal aussi, avec de la dentelle ou un tissu japonais.

D'un raffinement sans limite, les tissus japonais sont des appels au voyage et un véritable hommage à la nature. De tradition ancestrale, les teintes et les motifs floraux s'accordent en fonction des saisons. Marjorie, qui est allée au Japon, adore leur esthétisme. Les représentations animales et les nombreux paysages sont des silhouettes et des lieux familiers qui trouvent leur inspiration dans les sources littéraires et poétiques.
Marjorie peut aussi bien intervenir pour des particuliers comme pour des hôtels, dans l'univers des adultes comme dans le monde des enfants. Avec dans ce cas des coloris parfois bonbons.
Et des matières faciles à entretenir comme la toile cirée.
Mais quel que soit l'objet il n'aura en général besoin que d'un chiffon doux ou d'une éponge humide pour conserver l'éclat du neuf. Marjorie calcule toujours un devis sur mesure et présente plusieurs croquis pour que le client décide en connaissance de cause. Elle est capable de travailler vite, en l'espace de une ou deux semaines. Le prix est raisonnable pour un objet destiné à durer et qui est aussi une oeuvre d'art. Il faut compter un budget de 1 000 € à  2800 €, selon les matériaux, parfois jusqu'à 3 500 € pour les projets les plus précieux.

C'est un investissement dont on oublie le coût une fois qu'on a gouté à un univers de quiétude et d’harmonie, propice au repos et aux songes. Et puis, en cas de déménagement les objets sont réinstalables dans le nouveau cadre de vie.

jeudi 11 février 2016

Carolina Show au Théâtre Trévise

Cela fait cinq ans que la France a découvert Carolina et qu'elle y fait son show  .... Mais pas toute seule. D'abord il y a les Carolinettes qu'elle appelle affectueusement les filles. Toutes en jambes, elles assurent des intermèdes chorégraphiques.

Elles jouent aussi le rôle de maquilleuse pour faire des retouches autant que nécessaire, comme si la belle était constamment filmée.

Parce que le principe de son show c'est de faire "comme si" on était sur un plateau de télé, les caméras en moins.

La soirée commence par une sorte de poème, une énumération de "je voudrais", tandis que la salle commence à chauffer, incitée à scander CA-RO-LI-NA.

Actrice internationale, Carolina a tourné avec Pedro Almodovar, dont elle est l’égérie. Elle est idolâtrée en Italie, a mené une exceptionnelle carrière d’animatrice aux USA, recevant les plus grandes stars dans son émission "Talk to me, I’m Carolina" jusqu'à ce qu'elle décide de lancer à Paris en 2010 le Carolina Show.

Carolina invite une large palette d’artistes illustrant théâtre, cinéma, expositions, humour, chanson, photo, danse, littérature, peinture... En théorie il s'agit de découvrir des avant-premières qui seront les succès de demain. le challenge est difficile, même à Paris et j'imagine très bien les sollicitations et les pressions qui sont tentées pour être sur scène à coté d'elle.

Parce que Carolina a beau être déjantée, hors cadre, et sans doute imprévisible (ou prévisiblement provocatrice) elle reste respectueuse du travail des artistes et communique une énergie infaillible, forcément stimulante.
Sa tenue a de quoi surprendre ceux qui ne la connaissent pas. L'oeil qui frise, la coiffure cendrée avec une mèche rouge carmin, une robe noire à fleurs et paillettes, des escarpins cloutés de 17 ( cm de hauteur), un sac vintage en skaï rouge et bleu, plusieurs grosses bagues, et un manteau de (vraie) fourrure, mais oui ma chérie, tiens touche ... dont elle se sépare négligemment après la première chanson, modulée d'une voix superbe.
A cour, son acolyte Juan-Carlos revêt le tablier pour cuisiner la tortilla dont j'ai compris que c'était à la fois le plat emblématique de la star et le mot de passe pour obtenir des réductions à tous les spectacles dont elle fait la promotion au cours de la soirée. Il ne le quitte pas pour danser avec la star. Pas davantage que sa couronne royale.

À jardin, un canapé, aussi rouge que celui de Michel Drucker, où elle "recevra" tous ses invités, avec une table basse comme dans un salon ordinaire.

Est-ce pour se conforter ou pour rassurer les néophytes, Carolina demande que la salle soit éclairée pour prendre la température et interroger : qui vient pour la première fois ? Et qui est déjà venu ? C'est fifty-fifty, plutôt encourageant.

Tout au long de la soirée elle fera preuve d'un humour décapant, aussi bien à l'encontre de ses invités que de son propre personnage. Et même après, en discutant dans le hall avec les spectateurs, n'hésitant pas à demander si on ne s'est pas "trop" emmerdé. Cela peut sembler excessif mais en réalité et en spécialiste elle est prête à remettre en cause la formule au moindre couac.

C'est bon enfant, frôlant la dérision, mais les numéros des invités, souvent des extraits de leur spectacle, sont de belle qualité. J'ai revu avec plaisir Laurent Viel dont je connais déjà l'excellent Chansons aux enchères qui est présenté en ce moment aux Mathurins.

Il y eu aussi une chanson de Neige Noire, variations sur la vie de Billie Holiday, interprété par Samantha Lavital et Rémi Cotta qui se trouve être (aussi) le réalisateur du show avant leur départ pour une longue tournée en province, qui passera par exemple le jeudi 24 mars 2016 par le Carré Magique, Parvis des Droits de l’Homme de Lannion (22300).

Et puis un sketch très drôle de Jeanfi Janssens qui endossa un rôle qu'il connait sur le bout des doigts puisqu'il l'a exercé pendant plusieurs années. On vit à travers son expériences les tracas d'un steward qui ce soir faisait escale au Carnaval de Rio avec une passagère un peu dérangeante, sa propre mère. Aucun doute qu'il a donné envie au public de voyager avec lui, du moins sur la scène où il se produit en ce moment.

Nous avons eu droit à un extrait de Do ré mi Fashion, la revue des invendus avec trois chanteuses dont les accents lyriques ont enthousiasmé la salle, Isa Fleur, Marion Lépine et Aurore Bouston.

Marion Lépine a écrit une fantaisie musicale mixant glamour, drôlerie, folie à partir d'une idée assez simple : Trois employées d'une boutique de mode débarrassent les derniers articles qui restent après la liquidation du stock. En triant ces invendus, vêtements et objets éparpillés, des souvenirs surgissent en forme de chansons. Cela se chante jusqu'au au 29 Mars les lundis et mardis à 21 h 30 au Théâtre Essaion (relâche les 29 février, 1er et 8 mars 2016).

Chaque show est différent, c'est le principe. Ce soir là ce fut très musical, je ne dis pas trop ... Mais très musical tout de même, malgré la présence de Nacera Kainou, sculpteuse et peintre des Armées, qui modela la tête de Carolina en direct et avec talent.

Certains invariants ponctuent chaque soirée. Les surgissements perturbateurs de Juan Carlos interdit de parole, mais capable d'abandonner la poêle pour se déguiser et tenter de fléchir Carolina. Et le portrait de l'invité principal par Rochelle Grégorie qui revient plus tard, métamorphosée, pour nous offrir un numéro très spécial.

Michèle Bernier, André Manoukian, Jean-Pierre Coffe, Jean-Claude Dreyfus, Maria de Medeiros, Anne Roumanoff, et Alexia Laroche-Joubert sont venus dans le show depuis 2010.
Ce soir donc Jacky était à l'honneur, en costume plutôt classique pour quelqu'un qui dévalisait il y a cinquante ans les boutiques de fringues de Londres et qui collectionnait les shetlands. On a peu appris de lui, si ce n'est qu'il a fait de la télévision grâce ou à cause d'Antoine de Caunes après avoir commencé une carrière d'attaché de presse pour Bob Marley, Bashung, et Serge Gainsbourg qui l'avait surnommé le p´tit gars et avec qui il a travaillé huit ans.

Il a connu à l'âge de dix ans Richard Gotainer qui reste son plus vieux copain. Jacky s'est aussi risqué lui même à la chanson, avec notamment un 45 tours en 1987.

Le nom de ses émissions est toujours une déclinaison de son prénom. Du Rabijakishow au JJDA actuel. Beaucoup de personnes célèbres aujourd'hui sont passées dans l'une d'elles si bien qu'il connaît énormément de monde. Carolina aurait-elle pu le surprendre ? Il connaît même Thierry Garcia, le musicien de Laurent Viel parce qu'il a fait tous les zéniths de Dorothée.
Et Jacky, pouvait-il surprendre le public ? Il s'y est essayé en lançant un sujet. il a mieux réussi en esquissant quelques pas de danse.
L'invité d'honneur se voit offrir à la fin sa caricature par Khasis Lieb. Les autres repartent avec une boîte de macarons ... sans gluten, ce qui est tout de même plus un pléonasme qu'un argument marketing, que le public est aimablement invité à goûter à la sortie.
Entre temps Carolina aura chanté qu'elle a tellement besoin d'amour ... On l'aime et elle le sait.

Le Carolina Show a lieu un mercredi par mois à 20 heures au Théâtre Trévise
14 rue Trévise, 75009 Paris,  01 45 23 35 45

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Denis Tribhou.

mercredi 10 février 2016

L'Orangeraie de Larry Tremblay

L’Orangeraie est un livre qui dérange, je le sais. Pourtant je le défendrai sans restriction. Certains lecteurs m’ont dit le trouver insoutenable et avoir arrêté en cours de route. Ils se sont privés d’une fin qui apporte une réponse philosophique aux questions que soulève Larry Tremblay.

Certes le sujet est a priori difficile, faisant penser au Choix de Sophie. Des parents doivent choisir entre leurs deux fils jumeaux lequel mourra en martyr pour défendre des idées religieuses. L’un d’entre eux est atteint d’une grave maladie qui le condamne à court terme. Le sacrifice de cette vie est-il pour autant plus "humain" ? Et ne serait-ce pas une offense à leur Dieu que de lui offrir un enfant malade ? 

Le père et la mère ne partagent pas la même opinion. Quant aux enfants ils ont, malgré leur très jeune âge, un avis sur la question de savoir si les vies sont interchangeables.

En moins de deux cent pages, Larry Tremblay, qui est écrivain, metteur en scène, acteur, a réussi le tour de force de me captiver alors que je ne me serais pas spontanément tournée vers son roman qui résonne trop avec l'actualité des récents attentats. Il a très sagement situé l'action dans un pays qui n'est jamais nommé, à une époque qui n'est pas davantage précisée, donnant au propos une valeur universelle.

Il m’a embarquée dans cette orangeraie où je me suis promenée comme dans un paradis. J’ai adopté le point de vue de chacun des personnages. J’ai compris les ressorts de la manipulation fourbie par des manipulateurs comme Soulayed : Dieu vous a choisis, Dieu vous a bénis (p. 57). J’ai éprouvé de la compassion pour ceux qui se laissent embarquer dans cette guerre qui, pas davantage que les autres, n’a de sens légitime.

J’ai senti l’odeur des roses. Je comprends que leur parfum puisse être leur sang (p.70). J’ai gouté la chair des fruits. Je regarderai désormais la lune en y voyant certains soirs, comme le dit Tamara, la maman d’Aziz et d’Amed, une empreinte d’ongle dans la chair du ciel. (p. 29) Je pense néanmoins comme Dalimah, sa sœur, réfugiée en Amérique, que la guerre est inutile et qu’il n’y aurait que des perdants. (p. 18).

Tamara a pleinement conscience que dans son pays c’est la haine qui tient les os des hommes en place. (p. 31) Elle a raison de s’interroger : à quoi ça sert de mettre au monde des enfants si c’est pour les sacrifier comme de pauvres bêtes qu’on envoie à l’abattoir !  (p. 90) Elle se sent néanmoins impuissante à faire évoluer les choses. Jusqu'où ira-t-on si on veut venger un mort par un autre mort ? Celui qui ne veut pas mourir est-il un lâche ? La vérité est -elle supérieure au mensonge ?

Sans voler leur enfance aux garçons, Larry Tremblay met en scène leur vie avec le regard d’un tragédien grec. Son texte se déroule comme une mélopée envoutante. J'ai pensé à plusieurs reprises à  une autre histoire de jumeaux s'interrogeant sur leurs origines, Incendies, d’un autre auteur canadien. Amed entend des voix qui vont influencer son avenir. En devenant acteur pour donner une parole à chacune d’elles.

Sans déflorer la fin du livre je peux dire que l’auteur répond en quelque sorte à la seule question qui vaille la peine qu’on s’y arrête : a-t-on besoin d’avoir une raison ou d’avoir tout simplement raison pour faire ce que l’on croit devoir faire ?

Paru au Québec en 2013, L'orangeraie a remporté plusieurs prix dont le Prix des libraires du Québec. C'est un magnifique conte moral, ou une fable politique si vous préférez. Certes brutale, habitée, hantée, et au final vraiment superbe comme l'a écrit Sorj Chalandon.

L'Orangeraie de Larry Tremblay, Nouvelle édition
Collection Vermillon, La Table Ronde, en librairie depuis le 5 février 2015
Livre chroniqué dans le cadre du Prix 2016 des lecteurs d'Antony
En compétition dans la catégorie Romans français avec Après le silence de Didier Castino, Un amour impossible de Christine Angot, Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry, L'orangeraie de Larry Tremblay, et Ce pays qui te ressemble de Tobie Nathan.

mardi 9 février 2016

Des pancakes pour Mardi-Gras

Je reçois des avis et des compliments de lecteurs que je garde pour moi parce que je n'ai pas pour habitude de braquer les projecteurs sur ma petite personne.

Il arrive qu'on me pose des questions auxquelles j'essaie de répondre dans la mesure du possible. Un certain Vincent me demanda ainsi un jour la recette des pancakes de Florence Servan-Schreiber à qui j'avais consacré un billet sur le petit déjeuner et la santé.

Cet article datait de 2013, ce qui prouve la vitalité des publications sur Internet. Je ne suis pas la bonne copine de Florence même si je l'ai rencontrée plusieurs fois et je ne détiens pas les archives de ses recettes. c'était me faire beaucoup d'honneur que le croire.

Néanmoins, et parce que Vincent me renvoya un second mail à quelques semaines d'intervalle, je suis allée piocher dans les documents que je conserve (je garde trop de choses mais la suite va prouver combien c'est utile) et j'ai remis la main sur l'enregistrement d'une émission de Cuisine+ qui avait été à l'origine du précédent billet.

Par chance pour Vincent la recette des pancakes était donnée à la fin. J'imagine qu'en ce soir de Mardi-gras elle pourrait intéresser d'autres lecteurs ou lectrices. La voici donc.

La première spécificité est que Florence recommande de la faire avec du babeurre, ce qui est assez facile à préparer soi-même. On prend 350 ml de lait entier que l'on verse dans un bocal assez haut et on ajoute un demi yaourt pour donner du moelleux à la préparation. On ajoute une cuillère à café de vinaigre ménager blanc. La chimie s'opère alors sans se voir à l'œil nu. Il n'y a ni bulles ni dégagement d'odeur. On ferme le bocal et on secoue. Le lait est devenu babeurre quasi instantanément.

On versera alors dans une jatte. On y cassera 2 œufs bio (ou encore mieux des oeufs de poules ayant mangé des graines de lin), 50 grammes de sucre rapadura parce que le sucre blanc raffiné n'est pas idéal pour la santé. Puis 250 grammes de farine semi complète, car la farine blanche est vidée de ses nutriments, 2 cuillères à soupe de levure et 6 cl d'huile de colza, laquelle a cette propriété particulière d'être équilibrée en Omega 3 et Oméga 6. Les derniers sont ceux qu'on mange de trop et les premiers pas assez. La pâte n'a pas besoin d'attente et après quelques pincées de sel on peut tout de suite l'utiliser.

On peut cuire les pancakes nature dans une poêle graissée au papier absorbant, sur un feu pas trop fort. La pâte se tient bien, coule peu mais on la versera en petite quantité parce que ces sortes de crêpes sont meilleures petites. On la retourne au moment où des petites bulles qui éclatent à la surface.

Florence conseille d'ajouter à la préparation un peu de banane pour apporter du potassium. Une banane en tout petits morceaux suffira. En saison on peut choisir myrtilles ou framboises, en tout cas des fruits qui n'éliminent pas beaucoup d'eau.

Quant aux "toppings", ce qui s'ajoute sur le dessus des pancakes encore brûlantes, et toujours pour engranger des omégas 3 qui évitent les dépressions et les vague à l'âme on privilégiera les amandes . Il parait qu'en en mangeant une douzaine par jour on évite le (mauvais) cholestérol. Les anti-oxydants seront apportés par des canneberges séchées. Pour la digestion, il faudrait des fibres avec la noix de coco. Le chocolat noir améliore la circulation du sang grâce à ses flavonides.

Avec la même recette de pâte, mais en ajoutant un peu d'huile de colza et un peu de sucre on peut cuire dans un gaufrier les waffles dont les américains raffolent. Dans ce cas on n'ajoutera aucun fruit.

lundi 8 février 2016

Barbara et l'homme en habit rouge

La voix d'Eric Emmanuel Schmitt lance le spectacle sur fond musical à peine perceptible de l'Aigle noir. Nous allons assister à une sorte de rétrospective sur un pan de vie de Barbara, raconté par Roland Romanelli qui partagea la scène une vingtaine d'années avec elle et qui fut son compagnon pendant huit ans, et chantée par Rebecca Mai qui est devenue sa compagne.

En quelque sorte, et comme nous l'annonce le metteur en scène avec à propos, la femme de son présent incarne la femme de son passé. C'est franchement très réussi car si la chanteuse a une voix puissante et grave qui aurait pu la conduire vers l'imitation elle ne cède pas à cette tentation. Elle parvient à faire vivre les chansons sans copier l'artiste qui demeure un modèle.

Roland a une stature de druide, auréolé de cheveux blancs très longs, au regard tendre. Debout au centre de la scène, il raconte le premier rendez-vous avec une sorte de timidité contenue. Il avait à peine 20 ans et passait son temps rue du faubourg Saint-Martin dans la boutique d'un fabriquant d'accordéons. Il connaissait chaque instrument sur le bout des doigts. Accompagner Barbara n'était qu'un rêve qu'il pensait inaccessible. Celle ci l'appelle et lui donne rendez-vous au Moulin de la Galette, suggérant d'apporter son accordéon parce qu'on ne sait jamais.

Elle l'engage sur le champ. Il s'inquiète. Tout ira bien, le rassure-t-elle en le priant de voir avec Marie pour les détails. Deux jours plus tard, ils partaient ensemble en tournée. Il apprendra ultérieurement que Barbara s'était disputée avec son accordéoniste et qu'elle avait cherché un remplaçant en espérant que Roland accepterait. Elle connaissait sa réputation et ne voulait que lui.

Rébecca chante en commençant par des titres peu connus, ce qui est une excellente idée. Je découvre ainsi Gare de Lyon (1964) :
Paris, sous la pluie, Me lasse et m'ennuie. (...)
Car il pleut toujours, Sur le Luxembourg.
Y a d'autres jardins, Pour parler d'amour. (...)
Viens, fais tes bagages. On part en voyage.
J'te donne rendez-vous, A la gare de Lyon,

Roland apprend la musique de trente chansons en vingt-quatre heures. Le soir du 21 mai 1967, Barbara le convie chez elle, au 14 de la rue Rémusat, près du Pont Mirabeau, à la même adresse où vécut Arletty, de 1966 à sa mort en 1992. Barbara y habita de 1961 à 1968, date à laquelle elle quitte l'immeuble à la suite du décès de sa mère, ce qui lui inspira quelques années plus tard la chanson "Rémusat" dans laquelle elle évoque ce double départ.

Mais ce soir de mai, c'est la fête, et Barbara offre à Roland le premier flacon d'un parfum qui ne le quittera plus, Habit rouge de Guerlain qui lui vaudra d'être appelé l'Homme en habit rouge. Leur union fut néanmoins discrète. C'était sans doute plus facile dans les années 60, sans i-phone pour enregistrer des images volées, et surtout sans la propagation des nouvelles sur les réseaux sociaux.

Toujours est-il que Barbara le séduit ce soir là et qu'il nous mime la scène du premier baiser avec romantisme. Je me suis senti gamin avec une vraie femme mais je n'ai pas porté plainte pour harcèlement.

dimanche 7 février 2016

Mémoires d'un arythmique de Guillaume Durand

Un arythmique est quelqu’un dont les battements de cœur ne sont pas réguliers. C’est une maladie grave que Guillaume Durand découvre un "mauvais" jour et qu’il associe plus ou moins à l’agression dont son père fut victime sous ses yeux, traumatisme réactivé par la perte de son propre enfant.

Le terme s’emploie aussi pour qualifier un système de transmissions qui n’enverrait pas les données de manière synchronisée. Si bien que ses Mémoires d’un arythmique portent un titre parfaitement adéquat. L’auteur plaide coupable, se vantant de passer du coq à l’âne (p. 86), offrant au lecteur le choix d’estimer son récit décousu ou foisonnant. Il y a fort à parier que son livre sera discriminant : on aimera ou on détestera.

Personne ne dira en tout cas le contraire : il est provocateur, d’emblée, dès les citations choisies pour lancer le récit, et sans remords, jamais.

Capable tour à tour d’encenser comme de dézinguer avec des mots très durs les personnalités qui n’ont pas l’heur de lui plaire, n’hésitant pas à traiter Jacques Lacan d’escroc (p.33), Marie Antoinette de crotte déguisée en petit four, et Michael Moore une nullité, n'en déplaise au jury de Cannes qui lui accorda la Palme d'or. Ses admirations sont aussi larges que ses haines, bien au-delà des questions de droite ou de gauche. Il adorait Louis Aragon comme Françoise Sagan, François Mitterand et … Dominique de Villepin.

Il apprécie guère David Bowie et je serais curieuse de ce qu'il a pu dire au moment de sa mort. Guillaume Durand ne va pas se faire des amis avec ses mémoires. Je suis pas contre la vérité et la sincérité. Je l'ai prouvé. Mais je comprends mal l'intérêt de vitrioler tous azimuts comme un tonton flingueur à plus de soixante ans quand on a su faire preuve de diplomatie face à François Mitterand. La clé se trouve peut-être page 174 : j'adore ce que je déteste.

L’éditeur aurait pu ajouter un index à la fin pour faciliter la recherche des citations. Le nombre de personnes que cet homme de radio et de télévision connait dans le monde politique, artistique et culturel est impressionnant, quoique compréhensible pour un journaliste. Il est ami de Philippe Tesson dont il fait une description plus vraie que nature et que je reconnaîtrais même s'il en taisait le nom.

Ce qui est différent avec Guillaume Durand c’est que ses confidences servent à étayer une analyse sans concession de ce qu’on a appelé le microcosme. Il a des arguments, se place en censeur, et le pire est qu’il a sans doute raison. Pourquoi se borner effectivement des émissions politiques autour d'une table et trois chaises ? (p. 163) Pourquoi aussi vouloir à toutes fins la culture pour tous ? (p. 190). Il n'est pas nécessaire de s'insurger à ce point. Il suffit d'ajouter la mention "pour tous ceux qui la désirent" pour que cette volonté ministérielle devienne légitime.

Levé aux aurores pour assurer la matinale de Radio Classique, il est contraint de se coucher tôt ce qui le limite le nombre de ses dîners en ville à un par semaine. Combien aurait-il eu d’anecdotes croustillantes avec une fréquence supérieure ? On a parfois du mal à suivre parce qu'on ne connait pas toutes les personnes dont il est question.

Il mène ce qu’il qualifie lui-même de vie "déboussolée". Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas un modèle hygiénique. Il faut avoir, ne lui en déplaise, le cœur solide pour résister. L’exercice du tennis n’arrangea rien à l’affaire même s’il y renonça, pas davantage que la "légère" mégalomanie qu’il reconnait (p. 74).

Il lui arrive des choses extraordinaires suivant une sorte de théorie de la relativité toute personnelle. Il rate en effet la chute du mur de Berlin, n'étant pas au bon endroit ce jour là (p. 153). Inversement il est à New York quand s'abat l'ouragan Irène qui s'avèrera ne pas être si terrible que prévu. Par contre le vol en piqué d'un aigle au dessus de Central Park a failli le terrasser de peur et Guillaume Durand sait pratiquer l'auto dérision. Justifiant sa passion pour le rock, il se proclamera Rock & Folk plutôt que Charlie.

S’il raconte dans le détail une somme immense de rencontres et de confidences (285 pages, ce n’est pas mince), il fustige la mélancolie du passé, et abhorre l'absence de créativité, qu’il met au même niveau que la connerie. C’est le folklore des gens ordinaires, lâche-t-il p. 36. Il exprime son opinion à tout propos et croyez-moi, il a un avis (souvent éclairé) sur beaucoup de choses, parfois sur plusieurs pages, parfois en quelques mots, par exemple cette "petite" allusion à la référence perpétuelle de la République comme une religion laïque.

Il est probable que les lecteurs seront heureux de constater le courage avec lequel il s’exprime car sa plume n’est pas de bois. Il sait malgré tout l’adoucir et prendre plaisir à écrire comme une notice d'office de tourisme. Il vante ainsi l'hôtel du Palais de Biarritz, construit par Napoléon III pour sa chère Eugénie, comme proposant le meilleur buffet du monde. (p. 52)

Je ne le contredirai pas sur le plan culinaire, je n’y ai jamais mangé. Par contre pour le reste je mettrai un bémol sur les amours impériales. C’est parce qu’Eugénie a été choquée de rencontrer la maitresse de son époux à Vichy qu’elle a souhaité prendre les eaux ailleurs. La bonne fortune d’une ville tient parfois à la faiblesse humaine.

Guillaume Durand ne peut pas être accusé de misogynie. Il afficherait plutôt une propension au féminisme, brossant un portrait dithyrambique de Carla Bruni Sarkosy et de Diane de Mac Mahon, son épouse : ces femmes sont le meilleur de nous-mêmes, des vignes vierges magnifiques qui tiennent le mur de notre dignité approximative. (p. 90)

Il est aussi capable de tendresse, le prouvant par exemple en citant le Bal perdu de Bourvil accompagné d'un photo (p. 184). Et d'exprimer aussi avec sincérité quelques moments sombre de sa vie. Tout au long de son livre arrivent en rafale des messages anonymes avec photos et sentences énigmatiques. Ce sont dans les dernières pages qu'il raconte une confrontation au Congo avec un certain Jean René, rival amoureux qui n'a rien oublié. La vengeance est un plat qui avalera glacé.

Il avait confessé (est ce le terme adéquat ?) avoir maquillé sa vie de mensonges (p. 278). Deux pages plus loin il prétend que les deux termes sont synonymes. Guillaume Durand achève curieusement son récit au passé composé après nous voir raconté un dernier rêve qui vire au cauchemar.

Il nous épargne la citation de Chateaubriand, reprise par de Gaulle, la vieillesse est un naufrage. Mais il cite avec amertume Elsa Triolet arrivant au temps des échéances.

Il nous laisse en compagnie de la musique d'un des groupes mythiques qu'il affectionne, Led Zeppelin. Ma vie a été plus belle grâce à eux : Stairway to Heaven.

Sa vie est loin d'être finie. Outre la matinale de Radio Classique il présente sur TV5 Monde, tous les samedis, une émission sur l’actualité culturelle francophone de 17 heures à 18 heures, "300 millions de critiques" qui offre un regard assez différent. Je vous invite à la suivre, en direct ou en Podcast. Il était question dans celle d'hier soir du phénomène des Booktubers, ces prescripteurs de livres qui présentent leurs coups de coeur sur leur chaine YouTube ... comme je l'ai fait moi-même.

Mémoires d'un arythmique de Guillaume Durand, Grasset, en librairie depuis le 12 novembre 2015
NB : les numéros des pages qui sont citées renvoie à la lecture d'un ouvrage au format numérique de 285 pages.

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