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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 17 avril 2016

Fork en concert ou quand l'a cappella autorise le grand spectacle

L'a cappella est un genre mal connu en France alors que les pays anglo-saxons y consacrent depuis longtemps des festivals. Cela va changer, je le prédis.

Florent Pagny (qui pourtant en connait un rayon dans le domaine instrumental) ne savait pas ce qu'était un looper en assistant à la prestation de MB 14 au cours d'une épreuve éliminatoire de The Voice. En résumé, un appareil qui permet de reproduire en boucle du son qu'on vient d'enregistrer. Cela permet à une personne seule en scène de superposer plusieurs voix. On peut aussi l'utiliser pour renforcer des accords de guitare. Cela se fait beaucoup dans le domaine de la variété, pas seulement dans l'a cappella.

Toujours est-il que l'expression est une francisation de l'italien alla cappella, signifiant à la chapelle, en référence aux chants pratiqués dans les lieux sacrés, sans accompagnement instrumental. Il s'agissait de chants religieux jusqu'au XVIII° siècle.
Depuis le milieu du XX° siècle, le chant a cappella s'est étendu à la musique populaire, au jazz, au R&B, au slam et certains chanteurs contemporains s'accompagnent parfois d'une simple rythmique faite de claquements de doigts, de claps des mains, ou autres percussions corporelles. Si je vous dis Pow Wow, le lion est mort ce soir ... vous admettrez que vous savez de quoi il retourne.

Avec Fork on entre dans une autre dimension. Ce  groupe finlandais a réinventé le chant a cappella. La mise en scène est travaillée comme un opéra. Les fabuleux costumes sont haute couture. Les lumières de Tobias Lönnquist composent un décor. Et surtout les arrangements sont travaillés comme un habillage musical. C'est du grand spectacle d'un bout à l'autre du show.
Tout en étant ultra professionnels les quatre interprètes, Jonte Ramsten et Kasper Ramström, Mia Hafrén et la dernière à avoir rejoint le groupe, Anna Asunta, font preuve d'une sensibilité qui conquiert tous les publics, acquis ou non au genre.
Ils ont l'art de se les mettre dans la poche sans pour autant maitriser la langue française. Si bien qu'à la fin on dansait tous debout dans la salle de Saint-Germain-en-Laye où je suis venue les voir. Et je peux vous assurer qu'il n'y avait pas que des groupies de moins de vingt ans.

Le spectacle offre un enchainement de reprises de tubes internationaux, connus de tout le monde, souvent célébrés par des Grammy Awards, ce qui aide à apprécier le travail vocal. Chanter a cappella impose de se passer d'instrument mais pas de technique.

samedi 16 avril 2016

Et tous seront surpris de Monique Persoons aux éditions Quadrature

Et tous seront surpris. Le titre m'évoquait confusément quelque chose. Ce doit être cette idée sous-jacente de fatalisme qui sonne comme le début d'une mise en garde, ... qui m'a rappelé le documentaire de Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneaue, Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, à propos des drames dits "ordinaires", provoqués par la souffrance au travail.

En tout cas j'ai "buzzé" le recueil de Monique Persoons. J'avais reçu les vingt premières pages à lire par Internet et je n'ai pas pu supporter de ne pas connaitre la suite.

Alors, forcément, je l'ai lu très vite. Le principe de la surprise est assez fondamental quand on écrit des nouvelles. Rares sont celles qui sont "bonnes" (au sens de heureuses) et qui ne se terminent pas sur un choc. Monique Persoons y excelle.

Il n'y en a qu'une dont j'ai compris la ficelle dès les premières pages. C'est Virtu-elles, peut-être parce que je connais trop bien quelles vies les gens peuvent s'inventer sur le web, ce qui ne m'a pas fait perdre mon romantisme, qu'on se rassure. Mais en face à face s'il-vous-plait.

La construction de la première, Résurgence, est formidable. Je me suis laissée embarquer. Et vous serez piégé, vous aussi je le parie. Après une telle aventure on ne peut qu'avoir envie de poursuivre. Plage d'Ostende apporte ensuite une vraie bouffée d'iode pur. J'ai très envie d'arpenter cet endroit et de ressentir moi aussi l'appel de la vocation.

Bien que le ton soit plutôt teinté de gris, l'ensemble de ce recueil apporte une certaine énergie. Et vous partagerez mon point de vue en découvrant un nouvel acronyme MDA (mort de l'amour) nettement plus réjouissant que les MDR qui en général ponctuent des âneries répandues sur les réseaux sociaux.

Les personnages semblent peu épargnés par la vie. On les voit comme des loosers ... mais il ne faut pas se fier aux apparences et en quelques paragraphes ils rassemblent leur énergie pour exiger du destin la part de bonheur qu'ils estiment mériter.

L'auteur n'a pas peur du nombre 13 puisque tel est celui des nouvelles qu'elle a rassemblées. Elle ne craint pas davantage de traiter des sujets comme la mort ou la religion, ce qui n'est pas fréquent, et elle est sans pitié pour les bons sentiments. Elle passe de la comédie romantique au policier .. Peu importe le genre pourvu qu'il permette un retournement de situation.

Elle raille la manie actuelle de conseiller le coaching à tour de bras. Elle a pourtant toutes les qualités requises pour devenir experte en la matière .... Ce qui n'est d'ailleurs pas tellement éloigné de son domaine. À ce que je constate, les orthophonistes sont souvent sollicités dans des programmes qui ont une forte composante psychologique, comme les rééducations après une intervention sur les cordes vocales, ou pour réguler un bégaiement. Il est vrai qu'elle exerce en Belgique ... et que là-bas on dit otorhinolaryngologue alors qu'on raccourcit en France à ORL.

Monique Persoons vit à Arlon avec son mari et ses deux enfants, une famille où amour rime avec humour. En passionnée des mots, elle s’exerce aussi à l’écriture parallèlement à l'exercice de sa profession médicale. Elle a été lauréate de nombreux prix littéraires. Sa nouvelle Résurgence a obtenu le Prix Jean Lebon.

Laissez-vous donc surprendre. En version papier, ou en version numérique ( peut-être plus facilement accessible en France). Le rythme des nouvelles est facilement lisible sur tablette. Son éditeur, Quadrature est spécialisé dans l'édition de nouvelles d'auteurs francophones et je n'ai fait que de bonnes lectures avec leurs publications.

Et tous seront surpris de Monique Persoons aux éditions Quadrature,  depuis le 10 avril 2016

vendredi 15 avril 2016

Osso bucco à la milanaise

Ça fait un moment que je n'ai pas publié de recette. Celle-ci n'est pas très originale mais un osso bucco est si bon qu'il faut y penser.

Pour peu qu'un rayon de soleil traverse la pièce vous allez vous croire, peut-être pas au paradis, mais en Italie, c'est certain.

J'avais trouvé du jarret de veau à un prix intéressant et en pris 4 belles tranches. L'important est d'avoir des morceaux avec os, comme le nom du plat l'indique.

On les fait dorer, farinés, dans un peu de matière grasse.
Pendant ce temps on épluche quelques carottes (et j'ai choisi pour une fois des légumes anciens), que l'on coupe en rondelles.
On les fait glisser dans une cocotte minute, avec ail, thym et laurier (essentiel le laurier).

On verse l'équivalent d'un grand verre de vin blanc (j'ai pris un Chardonnay) et on ajoute quelques olives noires sans oublier bien entendu une ou deux tomates en morceaux. La tradition voudrait qu'on place un zeste d'orange. Pour cette fois j'ai préféré un zeste de pamplemousse rosé et ce fut une riche idée.
Restait à déposer la viande dessus quand la préparation fut prête à bouillir et à monter en pression pour 25 minutes. J'ai servi avec des pâtes de forme originale pour mieux savourer la sauce.

jeudi 14 avril 2016

Les Hugo, une famille d'artistes à la Maison de Victor Hugo

Hier était inaugurée une exposition témoignant combien la famille Hugo a la fibre artistique depuis des générations.

C'est, on s'en doute, la Maison de Victor Hugo située place des Vosges qui se transforme en maison de famille, retraçant avec quantité d’archives rarement vues les héritages et les vocations de cette famille prolifique.

Une des conséquences va être que l'entrée du musée sera intégralement payante parce que l'exposition se déroule sur la totalité des salles.

Je vais concentrer néanmoins cet article sur les aspects spécifiques démontrant les fibres artistiques familiales des Hugo. Il est recommandé de commencer par le second étage avant de poursuivre au premier ... sans oublier de jeter un oeil sur la si belle Place des Vosges.

Dans l'escalier, des soucoupes annoncent avec humour le titre de l'exposition (photo en fin d'article).

Un arbre généalogique impressionnant démontre que Victor Hugo était loin d'être l'unique artiste de la famille. Six générations de créateurs partagent déjà le même gène artistique.

Autour de ses dessins et des décors qu'il a imaginés, se retrouveront les dessins d’enfant de François-Victor, les photographies et enluminures de Charles, les étonnantes gravures de l’étrange neveu Léopold mathématicien et artiste, élève de sa mère Julie Duvidal, les œuvres de Georges Hugo, le petit-fils célébré de "L’Art d’être grand-père" qui fut un peintre de talent, et les œuvres de son fils Jean Hugo, une des personnalités de la Belle Epoque.

mercredi 13 avril 2016

Comment Eloise Lièvre donne envie de lire Les gens heureux n'ont pas d'histoire ...

Je me trouve aujourd'hui dans une situation paradoxale à évoquer un livre que je n'ai pas (entièrement) lu et que je ne lirai probablement pas (davantage). Je suis pourtant tout à fait légitime à dire ce que je pense puisque je viens d'écouter l'auteure en parler et en lire de longs extraits pendant plus de deux heures.

Tout a commencé par un mail que j'ai sans doute mal interprété parce que j'ai l'habitude d'en recevoir des attachées de presse des maisons d'édition. On m'invitait à venir rencontrer Eloise Lièvre mais ce n'est que plus tard que j'ai réalisé que la jeune femme avait tout organisé toute seule même si sa "team" (pour reprendre son expression) a fait une apparition éclair dans la librairie où avait lieu l'événement.

Ayant chroniqué plusieurs ouvrages formidables parus chez JC Lattès j'avais un a priori plutôt favorable. Le site d'Eloise Lièvre dégage un humour auquel j'étais sensible et j'ai vraiment fait un gros effort en terme d'emploi du temps pour venir.

Etant sur Paris toute cette journée je suis arrivée en avance. Pas elle. Je me suis "posée" (et reposée je l'avoue) dans ce même fauteuil qu'elle investit une heure plus tard. Je n'ai eu qu'à tendre le bras pour lire les trois (ou quatre) premiers chapitres du livre qui s'ennuyait sur le présentoir. Suffisamment pour estimer que le style méritait qu'on y accorde attention.

J'aurais du noter la première phrase. Elle m'avait convaincue de poursuivre. Ma pensée a bien divagué quelque peu ensuite en regardant les photos. Je me voyais au même âge assise sur deux parpaings, et tendant une pomme au photographe. Et je me demande à l'instant qui a pris ce cliché qui est un des rares qu'il me reste de mon enfance.

mardi 12 avril 2016

Microscopie du Banc au Micro onde

Depuis samedi dernier, le Micro Onde invite son public à réfléchir avant de s'asseoir sur un des nombreux bancs qui sont installés dans l'enceinte du Centre culturel et dans la ville de Vélizy (78).

C'est une posture sociale et l'objet peut être vu lui aussi comme tel.

En effet, comme le souligne une des deux commissaires, Aline Gheysens, le banc, s’assoir sur un banc, relève de ces faits auxquels nous n’accordons généralement que peu ou pas d’importance. Pourtant, le banc est cet objet transparent lorsqu’il est judicieusement posé, sur lequel on s’assoit pour refaire le monde, partant d’un regard qui embrasse tout, du proche au lointain. C’est là qu’entre deux urgences ou tourments, immobile pour un temps, nous trouvons les conditions d’un mouvement de pensée sur nous-mêmes et sur le monde.

Alors que Julie Desprairies commençait à nous expliquer le ressort de la performance qu'elle avait imaginée pour ce vernissage, mon regard a été attiré par la posture d'une passante qui, précisément investissait l'espace d'un banc que je n'avais pas remarqué comme faisant partie du paysage à l'occasion de mes précédentes venues dans cet endroit.
Je n'étais pas la seule à la regarder. Une petite fille, habillée elle aussi de rayures semblait partie prenante d'une sorte de chorégraphie aléatoire. J'ai pensé qu'il y avait là matière à saisir des photos originales.
J'ignorais que cette femme en imperméable jaune jonquille était la danseuse Elise Ladoué et qu'elle avait commencé la déambulation urbaine qui allait éprouver les différents espaces des bancs de la ville à la recherche d’un "état banc".
Nous l'avons suivie jusqu'à un bac à sable en bénéficiant des clés de lecture que Sophie Auger-Grappin, co-commissaire et Responsable du Centre d’art contemporain de l’Onde, nous a données à chaque arrêt.

lundi 11 avril 2016

Sauveur et fils Saison 1 de Marie-Aude Murail à l'Ecole des loisirs


(mise à jour 30 novembre 2016)

J'ai eu le bonheur d'avoir entre les mains le dernier livre de Marie-Aude Murail en version "épreuves avant correction". Théoriquement destiné à de jeunes lecteurs, ce livre m'a très vite passionné et ce fut une réelle contrainte de devoir attendre la date officielle de publication pour en parler.

Il faut comprendre le titre, Sauveur & Fils Saison 1, comme un pluriel car aucun des personnages n'est secondaire. Pour peu qu'on ait un peu "vécu", on a tous côtoyé des êtres qui ont ressenti les malaises que Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien, aide à se reconstruire si bien qu'on est tous un peu ses enfants.

Je devrais dire qu'on a tous un héros muralien qui sommeille en nous. Coline Ribue, qui est chargée des relations web pour l'Ecole des Loisirs, avait concocté un test de personnalité particulièrement réussi qu'elle a fait passer dans une bonne humeur très chaleureuse au cours d'une Soirée Bountyland à laquelle l'auteur fétiche de la maison a participé ... confortablement installée sur un divan, cela allait de soi.
Elle a accepté de se soumette elle aussi à l'exercice qui a révélé ... sans surprise ... qu'elle était identifiable à Sauveur. D'autres se reconnurent en Emilien, Nils Hazard, ou Simple.

Les romans de Marie-Aude occupent une place essentielle au sein de la maison d'édition, qu'elle revendique puissamment comme étant "la sienne" depuis trente ans en avertissant les mauvaises langues (mais il n'y en avait pas ce soir) qu'elle la défendrait bec et ongles si besoin était. c'est un auteur hors normes, de par l'ampleur de son oeuvre, de la variété des thématiques. Sa capacité à changer d'époque et de genre et à se remettre en question ne surprend plus.

Elle puise son inspiration dans un double terreau. Familial (elle conserve dans des boites des séries de correspondance et de carnets intimes) et sociétal (elle multiplie les rencontres en milieux scolaires de tous poils et c'est une geek scrutant internet pour étudier les maux de la jeunesse).

Adepte de la pédagogie de l'encouragement, elle décline dans son nouveau livre une sorte de psychologie positive. Elle aborde des sujets complexes comme la scarification, l'énurésie, la phobie scolaire, l'addiction aux jeux video ... Sauveur a un prénom prédestiné mais ce n'est pas le parfait papa idéal. Il est si attentif aux problèmes des autres qu'il a oublié son fils, 8 ans, menacé par un secret de famille. C'est déjà un héros auquel le lectorat croit avec force : n'a-t-on pas demandé à sa créatrice de communiquer son numéro de portable ?

Ayant vécu en Martinique, il a été commode à Marie-Aude de situer les origines de Sauveur et le métissage est une occasion de s'interroger sur la question de l'identité. la façon qu'on y a (encore) de hiérarchiser les couleurs de peau n'est pas un tabou.

La précision Saison 1 en laisse augurer d'autres. Marie-Aude est déjà au coeur de la 3 où elle s'attelle à y expliquer ce qu'est le transfert. Elle nous laisse deviner qu'il y aura aussi un pianiste borderline. On pourrait penser qu'écrire lui est facile. Et pourtant elle avait observé trois ans de silence après la publication, en août 2013 de 3000 façons de dire je t’aime, qui se situait dans le monde du théâtre.
Je me suis tue. Je suis partie à la recherche de ma famille. J'ai cru que je ne serai plus jamais auteur de jeunesse. Et puis je me suis replongée dans le journal intime de mes 16-17 ans que j'ai lu à des jeunes. Il y a beaucoup d'enfants malheureux. Mais j'ai toujours envie de croire. Ils font ch... à dire qu'on a pas le moral !
On retrouve la Marie-Aude passionnée et passionnante qui prend fait et cause pour les enfants qui souffrent, mais qui espèrent et qui ont envie (et tant besoin) de paroles.

On la sent militante : c'est toute une génération qui est dévastée par l'abus de sucre et le manque de sommeil. On peut la croire, étant donné le nombre d'écoles qu'elle visite, dans tous les quartiers possibles, quand elle prévient que ces deux aspects vont devenir des problèmes de santé majeur.

Elle ne condamne pas Internet mais la surexposition des enfants. Ce n'est pas par sadisme que Steeve Jobs avait restreint son accès à une demi-heure par jour, interdit le week-end et jamais autorisé dans la chambre à coucher ... de ses propres enfants. Internet est une fenêtre ouverte et a des retombées positives uniquement si on le considère comme un outil.

Marie-Aude est adepte de l'introspection, nous rappelant l'adage de Delphes et citant Freud : depuis que j'ai découvert l'inconscient je me trouve intéressant. Elle regrette qu'on ne travaille pas assez sur nous-mêmes. Qu'est-ce qu'on est distrait ! dit-elle non sans humour.
Elle excelle à pointer des vérités douloureuses avec le sourire. Oui les humains sont déjantés, mais les hamsters c'est pire ... et oui je sais que c'est un cochon d'Inde sur la couverture ...

Elle est réaliste, parfois pessimiste, en nous voulant nous faire croire que l'optimisme est une vue de l'esprit. Plus la soirée avance et plus on sent combien elle porte en elle le personnage de Sauveur qui, comme l'enseignante du livre, a la volonté de changer le monde, nous donnant à méditer une ultime citation, de Noam Chomsky l’optimisme est une stratégie pour la construction d’un meilleur futur. Si vous ne croyez pas en l’avenir vous serez encore moins enclin à agir et à prendre vos responsabilités pour l’améliorer.

Les vacances scolaires sont proches. Vous serez bien inspirés de glisser ce roman dans la valise de votre progéniture. Qu'il fasse beau ou qu'il pleuve ils en auront l'utilité ... et le plaisir.
Sauveur et fils Saison 1 de Marie-Aude Murail, Ecole des loisirs, à partir de 12 ans, en librairie le 13 avril 2016
Le livre a été couronné au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil en recevant la Pépite 2016 France Télévisions catégorie "Grands". Le tome 2 sort ces jours ci en librairie. Le 3 vient d'être remis à l'éditeur ... et le 4 suivra car Marie-Aude y songe déjà.

dimanche 10 avril 2016

Saint Bris et Côte d'Auxerre sont aussi des Bourgognes !

Je n'ai pas peur d'être accusée de chauvisime. C'est très rarement que ma région d'origine soit à l'honneur sur le blog. Elle le mérite pourtant autant que les autres. J'ai eu l'occasion de passer une soirée dans la cave de l'Ambassade de Bourgogne et je vous recommande ce lieu atypique à deux pas du Théâtre de l'Odéon.

Le patron, Philippe Séré, est bien entendu bourguignon, mais surtout il a le chic pour convaincre des viticulteurs de venir présenter leur travail dans sa cave du 6 rue de l'Odéon. De fait les soirées qu'il organise vont bien au-delà d'une dégustation même si elles sont répertoriées ainsi.

Il invite des domaines qui ont une vraie notoriété du fait de la qualité des vins qui y sont élevés.

Je suis venue à celle du mardi 15 mars, consacrée au Domaine Jean-Hugues et Guilhem Goisot, qui sont installés dans l'Yonne, à Saint-Bris-le-Vineux, à dix kilomètres au sud de ma ville natale, Auxerre, dans une campagne dont on parle rarement et pourtant si jolie, autour d'Irancy et de ses champs de cerisiers, à 1 h 30 de Beaune. Mais qu'on ne me dise pas que ce n'est pas la Bourgogne. Sachez qu'elle commence à Joigny !

L'appellation Saint-Bris est atypique et le domaine Goisot en est le domaine phare. Il propose, millésime après millésime, de superbes blancs et rouges issus de Pinot Noir et de Chardonnay, mais aussi de ces cépages rares en Bourgogne que sont les Sauvignons blancs et Gris. Il dispose de 27 hectares en production et de 15 hectares de sols au repos, ce qui permet de ne pas développer de dégénérescence par suite de surexploitation des sols car depuis plus d'un siècle c'est (malheureusement) une monoculture.

La vigne est une liane et sa durée de vie n'est pas déterminable. Mais on sait qu'atteindre les 150 ans frise le record. Il faut donc, en bon exploitant, prévoir de replanter régulièrement des parcelles pour les générations à venir.

Il faut savoir que Guilhem Goisot  travaille les vignes avec son épouse, ses parents et 7 collaborateurs à plein temps, sans compter les saisonniers au printemps et pour les vendanges. Il nous a guidé dans l'exploration de ces terroirs sans commencer directement par une dégustation.

Avec son accent léger (à peine perceptible) il a raconté comment sa famille maitrise les vignes depuis quatre générations sans faire appel à des clonages. Leur devise : savoir lire le passé pour écrire le futur. Leur credo : rechercher l'effet grisant dans leur travail de tous les jours.

La culture en double certification, bio et biodynamique n'a pas de secret pour lui. C'est avec un sourire malicieux qu'il explique que le meilleur moyen de combattre les invasions d'herbe reste l'emploi de la main et de la pioche. Et si la certification en biodynamie autorise jusqu'à 3 kilos de cuivre à 'hectare (alors qu'on en déversait jusqu'à 40 kilos dans les années 70) le domaine Goisot se limite à 1 kilo, c'est dire qu'il ne faut pas louper son coup.
Par contre, aucun frein dans l'emploi des extraits fermentés d'ortie, ou dans les tisanes de pissenlit et de camomille (vous avez bien lu) car la monoculture fragilise. Les ceps les recevront une, deux, voire trois fois en dilution pour renforcer la plante. La richesse en silice d'une décoction de prêles aura un heureux effet asséchant pendant un mois d'août trop pluvieux.

samedi 9 avril 2016

N'oubliez pas de tomber amoureuse à Paris de Mademoiselle Peppergreen

Je suis tout autant heureuse de lire des livres qui me font reconsidérer certaines choses sous un autre angle (entendez par là des livres de réflexion, un peu intello diront certains) que d'autres qui apparemment ne prétendent qu'offrir de purs moments récréatifs.

J'ai besoin d'ailleurs des uns pour apprécier les autres car rien n'est pire que d'être enfermé dans un genre unique.

N'oubliez pas de tomber amoureuse à Paris est arrivé dans ma boite aux lettres un vendredi et il m'a réjoui tout le week-end. Me permettant d'aborder une nouvelle semaine de boulot avec un sourire qui ne soit pas que de façade. Je ne vous parle jamais de mon job, et pour cause, il est harassant, usant et le vendredi soir je suis souvent un paquet de nerfs sales qui aurait besoin de passer à la machine.

La lecture de ce livre a eu les vertus décontaminantes qui m'étaient vitales. Je vous le recommande, ... et même si vous n'êtes pas à mon niveau de stress.
Gemma, jeune Franco-Américaine fraîchement diplômée, a décroché à Paris le CDI dont pourraient rêver des milliers de filles : elle va s’occuper des stars pour le show télé du moment, "Lost in Music". Sa mission : gérer les demandes extravagantes de Beyoncé, Madonna ou Mariah Carey… Mais aussi les délires des producteurs. Car, derrière le glamour et les paillettes, Gemma découvre les coulisses d’un monde hostile. Aspirée dans un tourbillon, elle peine à s’adapter à la ville pourtant la plus romantique du monde et tombe, en plus, sous le charme vénéneux de l’animateur vedette. Va-t-elle réussir à sauver sa peau – et surtout son cœur ?
Certes, il y a un coté le Diable s'habille en Prada et l'intrigue n'est pas à proprement parler une idée neuve. Mais c'est bien ficelé. Je n'ai pas eu à gérer autant de caprices quand j'étais attachée de presse (j'ai eu plusieurs vies) mais je dois dire que les exigences auxquelles la jeune femme se trouve confrontée (p. 112) sont assez démentes. Sa débrouillardise et son bilinguisme seront de précieux atouts.

Chaque chapitre est l'occasion de pointer une chanson que l'on retrouve dans la play-list qui est annexée. C'est tout à fait raccord avec le thème puisque Gemma bosse pour un show musical et c'est une occasion de recenser nos propres préférences en musique anglo-saxonne.

Mon hit-prarade serait composé de :
Gotta Feeling par The Black Eyed Peas
Just The Two Of Us par Grover Washington Jr.
Hung Up par Madonna
Happy (Single) par Song By Song
I'm Still Standing par Elton John
Don't Leave Me This Way par Thelma Houston
Toxic par Britney Spears

Chacun sa madeleine acoustique. Toxic me rappelle des vacances en péniche avec ma fille en bikini sur le pont écoutant en boucle Britney Spears ... et nous avec.

Mademoiselle Peppergreen est un pseudo derrière lequel se cachent deux amies d’enfance qui signent là leur premier roman. Elles ont voulu partager de vraies anecdotes des dessous du show-business. Ce que j'ai particulièrement apprécié c'est leur manière de se moquer de nos travers parisiens vus du point de vue d'une américaine.

La Parisienne (remarquez la majuscule) voyage avec des bagages de marque (p. 24).  Elle porte des chaussures à semelle rouge vif (des Louboutin, on aura deviné), enregistre son émission télévisée dans des studios perdus en plaine hostile (p. 61) que l'on imagine être Saint-Denis, s'exprime avec familiarité à coups de chérie, chérie dans un contexte professionnel qui est loin des conventions américaines, et attend que son interlocuteur ait le dos tourné pour le lapider.

Gemma, qui déteste les mondanités, en conclut que dans ce milieu on s'aime, mais seulement quand on est dans la même pièce (p. 33). Mais qu'on se rassure, elle aussi a des opinions conformistes en prétendant n'aimer que les macarons (p. 108) et les mines qu'elle prend face à nos soit-disant "lubies" culinaires (p. 54) m'ont bien fait rire tout en me faisant saliver. Il faudrait que j'entraine les auteures dans un de mes restaurants préférés pour les faire changer d'avis.

Je veux bien les croire quand elles affirment que l'hôtel du Nord, bistro qu'elle présentent comme typiquement français (ce qui est à la fois vrai et faux puisque cet établissement n'existait pas du temps d'Arletty) sert le meilleur tartare de la capitale, une de mes recettes fétiches, même si je ne l'ai pas vu à la carte.

L'homme parisien n'est pas en reste. Il est mal élevé, mais respecté quand il s'impose dans une file de taxis. Capable d'insulter un collaborateur juste pour faire retomber la pression mais de tendresse aussi. Tombera-t-elle amoureuse d'un individu de cette espèce ?

Avant de songer à séduire qui que ce soit Gemma devra d'abord faire face à des difficultés que certains estimeront futiles : les choix vestimentaires. Ce n'est pas du coté de sa mère, snobinarde au-delà de l'imaginable qu'elle trouvera une aide. Son amie Marie, styliste, lui donnera de précieux conseils. On a beau dire que l'habit ne fait pas le moine ...

N'oubliez pas de tomber amoureuse à Paris de Mademoiselle Peppergreen, éditions Mazarine, en librairie le 11 avril 2016

vendredi 8 avril 2016

Grand Blanc dans le cadre de Chorus

J'avais oublié la prudence la plus élémentaire quand on va à un concert : je n'avais pas pensé à prendre une paire de bouchons d'oreilles. Pourtant toutes les salles en proposent. J'assume donc ma responsabilité. J'étais loin d'imaginer le choc que provoquerait la première partie de Mickey 3D. Faut-il sonner si fort ? Eblouir autant ? 

Le soir du 2 avril, il fallait regarder Grand Blanc les yeux fermés et c'était encore trop de lumières qui frappait la rétine. Quand je pense à la femme enceinte assise devant moi je tremble pour son futur bébé qui ne doit pas comprendre pourquoi il est inondé de lumière.

Depuis, je suis allée écouter quelques titres de ce groupe lorrain (trois des membres sont originaires de Metz) que j'ai beaucoup apprécié. C'est trop dommage que cette première partie de soirée ait été si calamiteuse. Et si je la raconte ce n'est pas du tout pour faire du tort à ce groupe, loin de là. Mais il faut bien qu'ils sachent ... parce que suite à son entrée dans la cour des grands avec Mémoires Vives, le quatuor se lance dans une tournée passant notamment par Paris.

La chanteuse du groupe s'égosille en grimpant dans les aigus. Les synthés sont au maximum de leur puissance. Je ne parviens pas à saisir plus de trois mots, quelque chose comme souffle tes bougies. Je comprendrai plusieurs jours plus tard que c'est le titre Surprise party. et qu'elle chante souffle tes bougies comme les enfants terribles. Si je n'étais pas assise plein centre je me lèverais sans peser le pour et le contre. 

A ma gauche mon voisin bat la mesure d'un genou énergique qui secoue tous les sièges. A ma droite un papa protège de ses mains les oreilles de son jeune enfant. Ouf, la première chanson est passée, offrant quelques secondes précieuses de répit.
La seconde évoque des faux semblants comme un cri de guerre. L'homme serpent. Les musiciens sont imperceptibles dans une brume noire. Est-ce pour cela qu'ils font tant de bruit ? Ça me tatoue ces mots de femme-serpent hurle la chanteuse.

Troisième chanson. Il sera question de football et d'adolescence. Peut-être l'amour fou. Comme si'l n'y avait pas assez de lux sur la scène j'ai autour de moi des mômes qui agitent leurs pieds chaussés de semelles clignotantes. Bientôt il faudra non seulement demander aux spectateurs d'éteindre leur portables mais aussi leurs chaussures.
La chanteuse pourrait aussi bien crier en yaourt. Personne ne percevrait la différence.

Avant la quatrième chanson le leader du groupe, alerté par ce qu'il voit au premier rang, fait amende honorable. On a commencé un peu fort. On va continuer en disco avec un électro dans le plaisir du partage (sic). Ce sera Verticool. Oh la la, se lamente-t-on derrière moi.
Un instant de (bonne) lumière me permet de faire une photo réussie du leader. J'ai l'impression que c'est moins fort. Ou alors je me suis habituée au vacarme. A moins que je ne sois devenue un peu endurcie de la feuille.

Dommage d'écrire cela. Ils chantent en français et je devrais les louer pour ce choix
Avant de quitter la salle le leader tient à s'excuser de manière très touchante en insistant sur son amour du public. Nous n'avons pas l'habitude de nous produire en salle, alors pardon, surtout pour les spectateurs des premiers rangs. Je crois qu'ils ont un peu souffert.

Un peu, c'est une litote. Le groupe sait bien pourtant que l'album Mémoires vives est tout simplement impossible à jouer sur scène. Des journalistes ont remarqué la progression du groupe au fur et à mesure de leurs prestations scéniques tout en soulignant les problèmes techniques qu'ils rencontrent à chaque fois. J'espère un jour avoir l'occasion d'apprécier dans de meilleures conditions acoustiques le son lourd de leur pop rock synthétique, plus noir que blanc.

D'ici là j'écoute leur album.

Grand Blanc, en première partie du concert de Mickey 3D
Samedi 2 avril à 20h30 au Théâtre La Piscine de Chatenay-Malabry (92)

jeudi 7 avril 2016

Mousseline-la-sérieuse de Sylvie Yvert

J'ai rencontré Sylvie Yvert plusieurs mois avant la sortie de Mousseline la Sérieuse qui est le surnom que Marie-Antoinette donnait à sa fille en raison de l'extrême blondeur de ses cheveux et de son caractère.

Connue surtout sous son titre de duchesse d'Angoulême, la jeune fille sort à 17 ans de la Conciergerie  ... vivante ... mais seule. A l'écouter en parler j'ai eu le sentiment qu'elle avait vraiment prêté sa plume à cette femme dont elle aurait été le nègre par procuration. Mon impression rejoint l'analyse qu'en fait son mari estimant qu'il y a là un cas de possession littéraire. Et il en connait un morceau sur l'Histoire puisqu'il est spécialiste de la Restauration, qui est une période d'ailleurs mal connue.

Sylvie Yvert avait écrit un premier recueil publié en 2008 aux éditions du Rocher, Ceci n'est pas de la littérature. Les forcenés de la critique passent à l'acte. L'ouvrage avait été qualifié de panthéon jubilatoire des sacrilèges en littérature.

Mousseline la Sérieuse est un roman historique, et elle inaugure un genre nouveau puisqu'elle ne mêle jamais le faux (disons "l'invention" pour en pas être désagréable avec d'autres écrivains) au vrai. Même Françoise Chandernagor ne relate pas que des faits réels dans l'Allée du roi.

Elle a voulu que les lecteurs qui, comme elle (il faut le souligner), ne lisent pas de livres historiques en apprennent plus sur la Révolution, l'Empire, la Restauration, les débuts de la République tout en lisant un roman. Son livre est donc intentionnellement un roman vrai, "d'après une histoire vraie".

Sylvie Yvert se glisse dans les pas de Madame Royale et donne voix à cette femme au destin hors du commun qui traversa les événements avec fierté et détermination. Sous sa plume délicate et poignante, la frontière entre victoire collective et drame intime se trouble pour révéler l’envers du décor de cette histoire de France que nous pensions connaître.

A l'instar de Facebook où l'on souhaite manifester son approbation sans cliquer sur j'aime parce que la teneur de l'information est assez détestable, j'ai du mal à dire que j'ai "aimé" cette histoire. La vie de Mousseline est si terrible, son tempérament est si droit, son coeur est si bon, qu'on aurait souhaité que le destin l'épargne.

Ce qui m'aura été malgré tout le plus pénible sera de constater que cette période dont on tire gloire aujourd'hui, qui nous a donné les couleurs de notre drapeau, les trois mots de notre devise (que l'on répète à longueur de temps depuis plusieurs mois) et notre hymne national, avait pour fondation une barbarie dont on devrait avoir honte. Quand on considère cela en songeant à notre manière de juger les attentats que Paris a subi récemment on se dit qu'il y a un peu plus de deux siècles le mot humanité n'était pas à l'ordre du jour.
On apprend une foule de détails sur le mode de vie, l'éducation, la hiérarchie des valeurs ... et que Mousseline fut une fervente lectrice de Victor Hugo. Elle a subi trois exils sur quarante ans. Son père, et sa mère ont été décapités alors qu'elle était enfant. Il faut lire ce livre pour comprendre comment elle a pu survivre sans sombrer dans la folie.

Au moins aura-t-elle vécu assez longtemps pour partager la vie d'un homme qui l'aura aimé avec une certaine modernité pendant quarante-cinq années. Je ne sais pas si Sylvie Yvert a l'intention de poursuivre dans ce type de recherche. Ce travail a du être colossal. Elle a en tout cas de grandes qualités d'écriture et il ne faut pas qu'elle ne reste là.

Pour aller plus loin et se plonger dans l'atmosphère de l'époque, avant qu'elle ne fut tragique, vous pouvez aller visiter le musée Cognacq-Jay, dans le quartier parisien du Marais, qui présente une sélection d'oeuvres du XVIII° siècle collectionnées par les fondateurs de la Samaritaine, Ernest Cognacq (1839-1928) et son épouse, Marie-Louise Jay (1838-1925).
On y voit par exemple le Portrait de Louis Antoine de Bourbon, duc d'Angoulême, 1776-1777 par Michel-Honoré Bounieu (1740-1814).
Un lit dit "à la polonaise" comme celui dans lequel a dormi Marie-Antoinette.
Une tasse comme il était alors d'usage. Et bien d'autres choses encore ...

Mousseline la Sérieuse de Sylvie Yvert, chez ÉHO, en librairie depuis le 11 février 2016
A reçu le Prix des Princes 2016 et lauréate aussi du Prix de Littérature 2017 du Lions Club International

mercredi 6 avril 2016

Les Molières décernés par A bride abattue

Les Molières seront décernés le 23 mai 2016 aux Folies Bergères parmi une liste dont j'ai eu la communication et que je donne à la fin de ce billet.

Cette 28ème Nuit des Molières sera diffusée sur France 2 en seconde partie de soirée. Le Maître de Cérémonie sera Alex Lutz qui par ailleurs concourt dans la liste one man show. Sa position ne va pas être facile à tenir.

Le site Au balcon recense les critiques de ses membres pour vous permettre de vous faire une idée plurielle à propos de ces nominations.

Je n'ai pas vu tous ces spectacles. "Seulement" 8, ce qui est déjà bien. Mais par honnêteté, je préfère décerner mes "propres" Prix parmi la cinquantaine de spectacles où je suis allée depuis septembre dernier. C'est aussi une façon d'élargir le débat (si débat il y a) et de témoigner à ma manière de l'immense diversité du spectacle vivant.

Je n'ai pas retenu la distinction entre théâtre privé et public parce que franchement célébrer Isabelle Huppert dans la catégorie publique parce qu'elle joue au théâtre national de l'Odéon n'a pas grand sens.  Ce qui importe c'est la qualité d'un spectacle et pas qu'il ait été produit par des fonds publics ou privés. Ce serait d'ailleurs une bonne chose que ce rideau là tombe un jour.

J'attribue donc 19 trophées à des artistes qui interprètent, ont mis en scène ou collaboré à des spectacles différents parce que j'ai tenu à ce qu'aucune pièce ne truste les récompenses. La parité hommes-femmes est quasi égale (à 2 près) mais je ne me l'étais pas fixée pour règle.
  1. Molière de la comédienne : Isabelle Huppert dans Phèdre(s), de Wajdi Mouawad / Sarah Kane / J.M. Coetzee, mise en scène de Krzysztof Warlikowski, au Théâtre de l'Odéon
  2. Molière de la comédienne dans un second rôle : Anne Coutureau dans Andorra, autopsie d'une haine ordinaire de Armand Jacob (Max Frisch Édition de 1965) par la Cie Orten
  3. Molière du comédien : Pierre Lefebvre pour son interprétation  de Christopher dans Le bizarre incident du chien pendant la nuit d’après le roman de Mark Haddon, texte français Dominique Hollier, mise en scène Philippe Adrien
  4. Molière du comédien dans un second rôle : Marc Jeancourt dans L’art de la Comédie d’Eduardo De Filippo, traduction Huguette Hatem, mise en scène Patrick Pineau
  5. Molière du Seul(e) en scène : Elise Noiraud dans Pour que tu m'aimes encore, Elise (chapitre 2) de et avec Elise Noiraud à la Comédie de Paris
  6. Molière de la révélation féminine : Maëlla Jan dans L’histoire du soldat de Charles-Ferdinand Ramuz, musique : Igor Stravinsky, mise en scène d'Omar Porras pour le Teatro Malandro
  7. Molière de la révélation masculine : Tigran Mekhitarian pour son interprétation de Sganarelle, dans le Don Juan de Molière mis en scène par Anne Coutureau
  8. Molière de l'auteur : Molière, qui est toujours si régulièrement monté
  9. Molière de l'adaptation d'un auteur francophone vivant : Sylvain Maurice pour Réparer les vivants d'après le roman de Maylis de Kerangal, dont il assure aussi la mise en scène 
  10. Molière de la comédie : La Nuit des Rois de William Shakespeare, adaptation Jude Lucas, mise en scène Clément Poirée
  11. Molière de la tragédie : Lapidée, texte, mise en scène et lumières : Jean Chollet-Naguel
  12. Molière du metteur en scène : Jean Bellorini pour Liliom ou la Vie et la Mort d'un Vaurien, texte de Ferenc Molnár
  13. Molière du spectacle musical : Barbara et l'homme en habit rouge au Théâtre Rive Gauche
  14. Molière du spectacle de Cirque : David Dimitri pour l'Homme-Cirque
  15. Molière de la scénographie : Anne-Laure Liégeois pour la simplicité, i'inventivité  et l'efficacité du décor et des costumes des Epoux
  16. Molière des effets spéciaux : Rob Hillenbrink pour son travail dans Horror, un spectacle écrit et dirigé par Jakop Ahlbom, découvert au Festival 100% de la Villette
  17. Molière du spectacle hors de Paris : E Génération par la Compagnie J'ai peur que ça raconte autre chose, écrit et mis en scène par  Jean-Christophe Dollé, que je suis allé voir au Théâtre Victor Hugo de Bagneux
  18. Molière de l'encouragement : Dans la joie et la bonne humeur (ou comment Bruno a cultivé un helicobacter pylori) de Sylvain Levey, mis en scène par Laura Couturier, pour le Collectif La distillerie
  19. Molière du spectacle jeune public : Cosmofolies de et par la Compagnie Imaginaire
En copiant sur un moteur de recherche le titre du spectacle suivi de A bride abattue vous pourrez lire la critique que j'ai écrite. Je n'ai pas inclus les liens dans cet article car l'abondance de liens nuit au référencement.

Liste des nominations aux Molières 2016 ci-dessous :

mardi 5 avril 2016

Le fondant au chocolat crème de citron à l'huile d'olive d'Annelyse Chardon

L'huile d'olive en dessert, on n'en a pas encore le réflexe alors qu'elle permet de diminuer la teneur en matières grasses. Et, second intérêt, de ne pas consommer des graisses d'origine animale.

J'ai assisté à la réalisation d'un fondant au chocolat par la toujours souriante Annelyse Chardon dont j'avais fait la connaissance au dernier Salon du blog culinaire de Soissons.

Sa tarte au citron est sublime. Vous pourrez tester le fondant, il est parfait lui aussi.

Vous prendrez 220 grammes de chocolat, par exemple du 66%, que vous ferez fondre au micro-onde, un outil pratique selon Annelyse. Elle prend du noir mais elle assure que le chocolat blanc s'accorde aussi avec l'huile d'olive.

Pâtisser en sa compagnie prend du temps parce quelle fait sans cesse des commentaires et donne des conseils. C'est une chance. Donc elle nous alerte sur la fragilité du chocolat qui fond à environ 35°. Si on dépasse 45° on risque de le brûler. Il va former des sortes de petits cailloux et sera irrécupérable. Idem si par malheur de l'eau du bain-marie vient le "contaminer". Même la vapeur d'eau est à craindre. Et surtout, il ne faut pas que le fond du saladier soit en contact avec le liquide si on veut que le chocolat fonde doucement.

Si vous allez cet été du côté de Valence faites une halte chez Valrhona et comparez les provenances. Un cru du Brésil n'a rien à voir avec un autre de Madagascar. Le terroir est déterminant à pourcentage égal de cacao. N'oublions pas que le chocolat est un fruit ...

Notre chocolat est fondu. On y incorpore 6 cuillères à soupe d'huile d'olive, 90 millilitres si vous préférez. Comme nos papilles ne sont pas habituées à ce parfum elle suggère de préférer une huile d'olive goût subtil. Mais l'intensité du goût à l'ancienne tient très bien tête au chocolat, avec malgré tout une rondeur en fin de bouche.

Ce gâteau n'emploie pas de farine. Il est donc idéal pour les allergiques ou intolérants au gluten. Ce sera le blanc d'oeuf qui lui donnera de la structure. On sépare 5 jaunes des blancs. Pour cela, nouveau conseil d'Annelyse : les casser d'un coup sec à plat, et pas sur le bord du saladier pour des raisons d'hygiène car il y a un risque non négligeable de contamination quand on versera la préparation l'oeuf sort tout de même du cul de la poule. La coquille n'est pas stérile. Et on limite aussi la probabilité d'introduire un morceau de coquille dans la pâte.
On monte les blancs avec 100 grammes de sucre que l'on aura versé en trois fois, plutôt lentement. On s'arrête au bec d'oiseau. Les blancs sont un peu mousseux. Ce n'est pas intéressant de les avoir trop ferme.

On incorpore à la préparation et on verse dans un plat chemisé d'un papier cuisson si on veut le démouler ultérieurement. On s'en dispense si on compte déguster tiède à la cuillère. On se contente de huiler légèrement le moule et on met à cuire 25 minutes à 160°. Mais attention si on a mis en route la chaleur pulsée. Le résultat était un peu trop cuit pour cette fois, ce qui ne retirait rien au goût au demeurant.
Si un jour vous n'avez pas de blanc ou si vous devez préparer un gâteau pour quelqu'un qui est allergique à l'albumine de l'oeuf (c'est fréquent) vous pouvez employer du jus de pois chiche fouetté avec un peu de fécule. Il parait que c'est difficile de percevoir la différence.

Annelyse enchaine avec une crème au citron qui est quasiment sa spécialité.

On verse 150 millilitres de jus de citron  (ou de Pulco) avec 60 grammes de sucre. On ajoute 3 oeufs entiers. Puis 120 grammes de maïzena (qui contrairement à la farine aura une prise instantanée à l'ébullition, pourvu qu'on l'ait diluée à froid).

Hors du feu on ajoute 80 millilitres d'huile d'olive. Le parfum se sent à trois mètres !

Pour accélérer le refroidissement on verse en faible épaisseur sur un film étirable posé sur une tourtière métallique. Et on recouvre pour éviter la formation d'une peau à la surface. On met au frais. On peut retourner régulièrement en changeant de tourtière dès que le récipient est chaud.
On transvase dans une poche pour décorer le gâteau refroidi mais encore tiède où on sert à l'assiette.

On peut ajouter des fraises. Ultime conseil de notre experte pour faire ressortir le goût du fruit : ajouter quelques gouttes d'eau de rose et un peu de sucre.
Elle nous promet pour une prochaine fois de nous livrer sa version de la création de Pierre Hermé d'une tarte fraise-tomates huile d'olive-mascarpone. Vous trouverez d'autres recettes sur le site des huiles et des olives.

lundi 4 avril 2016

Horror écrit et dirigé par Jakop Ahlbom

Horror est un spectacle à part, à la frontière du théâtre (c'en est), de la danse, du mime, voire  du cirque et surtout de la parodie des films d'horreurs dont l'auteur et metteur en scène Jakop Ahlbom reprend tous les codes.

Ça commence en douceur sur la musique de Home de Henry Hall & His Gleneagles Hotel Band (1980). Un éclair résonne. Un orage s'abat sur une maison inhabitée depuis longtemps à en juger par les draps qui protègent les meubles.

Notre cerveau commence à interpréter les signes qui lui sont présentés. Une jeune fille en ciré rouge, comme la cape du Petit Chaperon, arrive pour se mettre à l'abri et se trouve face à face avec un fantôme le couteau à la main.

Elle tourne une boite à musique (douce, la musique), accroche un cadre. Les photos s'agitent derrière son dos. Deux autres encapuchonnés de rouge la rejoignent. On pourrait croire que les trois amis reviennent à l’orée d’une épaisse forêt chargée de secrets, dans une maison qu'ils ont connu enfants,  et qui est depuis longtemps inoccupée. L'un d'eux s'amuse à les filmer. Ce qui ressemble à un jeu d'adolescents pourrait virer vinaigre quand un gars se saisit d'une hache.

Les draps sont mis au placard. Le cadre se fracasse au sol. La télévision s'allume à retardement. On reconnait un extrait de Casablanca. La télévision regarde autant le spectateur que le téléspectateur la regarde dans une sorte d'effet miroir. La radio est forte. Ils ne se sont toujours pas parlé. La tension est montée d'un cran.
Les bizarreries vont s'enchainer avec des accélérations mémorables qui surpasse très largement une pièce comme la Dame blanche au Palais-Royal. Aucun mot ne sera échangé, faisant de ce spectacle une soirée d'audience absolument internationale. C'est du théâtre sans paroles, mais pas sans cris.

Apparitions, disparitions, télékinésie, cascades et effets spéciaux dignes du cinéma vont s'enchainer à très grande vitesse. On verra une main coupée se mettre à bouger toute seule. On assistera à une noyade dans une baignoire, pile au moment où on commence à trouver étrange que cet élément n'ait toujours pas servi.
Les scènes se déroulent sur des espaces scéniques qui se situent à des niveaux différents, à l'instar des  modes narratifs, illustrant ainsi la résurgence de possibles souvenirs. Notre perception d’une réalité tangible vacille régulièrement.

A propos de cette création Jakop Ahlbom précise que dans sa jeunesse, il dévorait tous les films d’horreur qu'il trouvait : J’en aimais l’absurde, le fantastique, les effets spéciaux, la sensation inquiétante que tout pouvait arriver, et la montée d'adrénaline que cela déclenchait. J'étais aussi attiré par l'humour noir de ces films, le mélange du slapstick et du surréaliste, captivant et terrifiant tout à la fois.

Il s'est inspiré des films de Méliès, Hitchcock, Kubrick, Carpenter ou Polanski et s'est spécialisé dans le genre mais ceux qui le connaissent affirment qu'il s'est surpassé pour Horror. La construction de la narration est rigoureusement théâtrale. La maîtrise des artifices scéniques et des ressorts dramaturgiques offre une multitude de niveaux de compréhension d’une histoire à la vérité complexe qui résonne encore longtemps après la représentation.

Ses comédiens parviennent quasiment à se dédoubler. Ils ne sont "que" 8 et tous formidables. Certains semblent modelés dans du caoutchouc, et leur agilité est un atout pour se glisser dans des interstices du décor. La bande son est essentielle. Il ne faut pas s'effrayer de la quantité d'hémoglobine  qui est utilisée sur le plateau. Le metteur en scène a du avoir un prix de gros.
C'est fantastique avant tout. La peur n'est pas réellement éprouvée dans le public parce qu'on n'oublie pas que c'est du théâtre. Et c'est peut-être une raison qui milite pour l'absence de dialogue. sauf à la toute fin, avec cette phrase décalée, ultime humour noir : We make people happy !

Et c'est vrai !
Jakop Ahlbom est né en 1971 à Stockholm. Il étudie le mime à la TheaterSchool Arts d’Amsterdam où il obtient le prix Top Naeff à la fin de ses études, en 1998. Il travaille alors comme interprète et parfois chorégraphe ou metteur en scène avec des artistes et des compagnies renommés. Il réalise sa première création réellement personnelle en 2000, Stella Maris. Horror, imaginée en 2014 est la dixième.

Ses spectacles sont programmés sur de nombreuses scènes internationales et régulièrement récompensés. Après la Villette dont la dernière représentation a eu lieu cette après-midi, Horror est programmé le 14 avril à Amsterdam. La saison 2016-2017 est en construction et il est très probable que les parisiens puissent le revoir. J'en donne plus loin les dates déjà acquises.

D'ici là et pour vous entrainer à jouir de cet état si particulier je vous conseille d'aller faire un tour au Manoir de Paris. C'est tout aussi bluffant.

Horror du 30 mars au 3 avril, Paris, La Villette Festival 100%
Un spectacle écrit et dirigé par Jakop Ahlbom
Avec Judith Hazeleger ou Andrea Beugger, Silke Hundertmark, Sofieke de Kater, Gwen Langenberg, Yannick Greweldinger, Reinier Schimmel, Luc Van Esch, Thomas Van Ouwerrkerk.
Dramaturgie : Judith Wendel
Effets spéciaux et maquillage: Rob Hillenbrink

La tournée 2016-17 s'arrêtera les 18 & 19 janvier à Bayonne (64), Scène nationale, les 24 & 25 à St Médard (33), Le Carré, le 27 janvier à La Rochelle (17) Scène Nationale et le 2 février à Colombes (92) L’Avant-Scène.

Les 9 & 10 mars 2017 le spectacle sera joué au Théâtre de Rueil Malmaison (92) et le 12 mars à La ferme du Buisson de Noisiel (77)

A partir de 15 ans
Les photographies sont de Sanne Peper.

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