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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 12 décembre 2016

Petit focus sur le Bio de Marque Repère et recette de cookies

Qui ne fait pas du bio ? Chaque enseigne revendique une antériorité, comme si cela pouvait être un gage de santé ...

L'important n'est pas de savoir depuis combien d'années elle référence des produits bio mais d'avoir la certitude que ceux qui sont en rayon aujourd'hui méritent de l'être.

Après la démarche U de nos régions, Leclerc (autre enseigne indépendante) affirme son positionnement à travers la gamme Bio Village qui démontre depuis l'an 2000 que manger bio (et utiliser des produits de beauté bio) à des prix raisonnables doit être une réalité.

Les produits bio contiennent au minimum 95% de produits issus de l’agriculture biologique, c’est-à-dire sans OGM, sans engrais chimique, sans pesticide et une série d'actions sont pensées dans une démarche environnementale pour provoquer des réductions de déchets et des améliorations de toutes sortes. Ainsi le pays de fabrication est désormais indiqué en toutes lettres ainsi que l'origine des principales matières premières, et toujours dans une gamme de prix en moyenne 30% moins chers que ceux des marques nationales.

Après le succès de son premier Repérage Malin autour de l’univers de la beauté et de l’enfance, Marque Repère a organisé une seconde édition dédiée au bio tout au long du samedi 5 novembre dernier, au Quartier Général (Paris 75011), ouverte au grand public, sur inscription.

Les clients, actuels ou à venir, étaient invités en famille ou entre amis pour (re)découvrir Bio Village, dont le logo a été modernisé et dont les visuels ont été retravaillés dans un axe plus gourmand. A travers différents ateliers et animations, ils ont pu goûter et cuisiner les produits (à leur retour), mais aussi poser des questions et donner leur avis. Car il n'est pas simple de s'y retrouver, comme vous pourrez le constater ... rien ne ressemble plus à un jus de pomme 100% pur jus qu'un autre portant le même nom... Qu'importe le flacon, le jus était bon !
Et quand il est la base d'un cocktail sans alcool cela devient du délice, comme avec ce jus vitaminé aux couleurs de l'automne : jus de carotte, jus d'orange, sirop de citron, miel, romarin. A moins de préférer la version minimaliste, fraiche et détoxifiante avec de l'eau, du concombre, du sirop de cassis, et quelques feuilles de menthe.

dimanche 11 décembre 2016

Pasolini Musica par la compagnie L’Arsenal d’Apparitions

La Générale de presse de Pasolini Musica a eu lieu le lundi 21 Novembre au Théâtre de Ménilmontant, 15 rue du Retrait 75020 Paris (Métro Gambetta). Cette représentation en avant-première a permis donner aux parisiens un avant-goût de ce spectacle musical qui est déjà programmé tous les jeudis à 20h30 dans ce même théâtre à partir du partir du 19 Janvier et jusqu’au 16 Février 2017

La création avait eu lieu quelques jours plus tôt au Théâtre de Chaoué à Allonnes (72) et des reprises sont prévues courant 2017 à Alençon (61), et au Festival d’Avignon Off 2017.

Pier Paolo Pasolini est mort assassiné en 1975 sur la plage  romaine d'Ostie. Il n'avait que 53 ans. Poète, romancier, scénariste, pamphlétaire, auteur dramatique, réalisateur et acteur, il est l'artiste italien le plus célèbre du XX° siècle. Il n'est cependant pas nécessairement bien connu.

On peut lire sur l'affiche en dessous d'une photographe faite en 1953, une de ses maximes : Il faut s'engager non seulement  dans l'écriture mais aussi dans la vie. On entendra cette recommandation à la fin du spectacle, quasiment en conclusion.

Ce spectacle musical (pour une chanteuse lyrique, une comédienne-chanteuse, un comédien-chanteur, un comédien et une multi-instrumentiste) nous montre la force de la vitalité de Pasolini dans toutes ses dimensions, y compris joyeuse.

La soirée commence avec une douce chanson troublée par des aboiements. Les notes de piano s'imposent sur le chant des cigales. Le romancier répondra à quelques questions dans le cadre d'un entretien pour Télésoir. Il ne cherche pas à flatter son interlocuteur et d'emblée jette que le peuple italien est le plus analphabète qu'il ait rencontré.
Miguel-Ange Sarmiento, qui est chanteur, danseur et comédien, se glisse à la perfection dans la peau du personnage. Ses partenaires ne sont pas moins intéressants et la répartition des rôles est équilibrée.

Stéphanie Boré, mezzo-soprano surprend très vite (parce que je ne la connais pas) avec la pureté de son interprétation de la Norma de Bellini (chanté autrefois par la non moins merveilleuse Maria Callas. Mais elle sera autant crédible en actrice qu'en paysanne) à peine entaché par le son de la machine à écrire du poète qui ne s'arrête pas souvent de travailler. On assistera toute la soirée au processus de création artistique selon Pasolini : genèse d’un poème, fragment d’une répétition, élaboration progressive d’un texte qui deviendra une chanson.
Nous sommes dans son studio/atelier de création, encombré d'une table de travail sur laquelle est posée sa machine à écrire, d'une rangée de vieux sièges de cinéma, de servantes (lampes sur pied pour des répétitions de théâtre), d'un piano droit et d’autres instruments encore sous des housses.

À l’avant-scène, un poste de télévision se déclenche parfois inopinément pour faire entendre les questions de journalistes provocateurs, auxquels Pasolini répond de plus ou moins bonne grâce. Il faut malheureusement se trouver dans les tout premiers rangs pour en saisir le sens.

La présence de ce type d'écran est tout à fait justifiée quand on sait combien Pasolini dénonçait notre aliénation à cette parole autoritaire que le média déverse sans mesure en se cachant derrière le masque de la démocratie, comme si quelqu'un d'irréprochable pensait pour nous.

Une deuxième comédienne-chanteuse (Eva Kovic) figure d’autres personnages populaires imaginés par l’artiste. Il arrive que certains de ces personnages chantent, accompagnés au piano droit acoustique, au clavier numérique, au violon ou à l’accordéon (par Solène Ménard).

Le spectacle se situe clairement en dehors d'une volonté pédagogique. Il ne s'agit pas de tout nous dire de la vie de cet artiste mais de restituer son engagement dans la défense de la sacralité du monde et la critique de son temps, et cela uniquement à travers des textes composés par Pasolini lui-même et traduits par René de Ceccatty, Vigji Scandella, Jean-Pierre Milelli, Jean Rougeul et André Roche.

La lumière souligne l’aspect non réaliste de la représentation. Elle vient rythmer et ponctuer le texte ou la musique autant que révéler des espaces de jeu. La mise en scène d'André Roche n'autorise aucun temps mort, aucune complaisance et l'ensemble est immédiatement puissant, animé de la "vitalité désespérée" propre à l'artiste.
La scène figure aussi, à certains moments, un espace mental dans lequel les souvenirs et les songes de l’artiste prennent forme. Des images naissent alors, projetées sur les murs (création de Éric Minette), sur les instruments ou même sur le corps des acteurs : des images fixes - photos anciennes de paysages italiens, portraits de ses jeunes amants, images de rassemblements politiques – et des images animées figurant des lucioles, symboles pour Pasolini d’un temps et d’un espoir révolus, alors qu'il se souvient, dira-t-il, du triste chant des grillons. On peut juste regretter que (pour le moment) ces images ne soient pas suffisamment reconnaissables.

Ne me mens pas est une très belle chanson (interprétée par Miguel-Ange Sarmiento). On a envie de noter toutes les paroles si justes qui résonnent encore avec actualité : les quelques personnes qui ont fait l'histoire sont celles qui ont dit non. / Scandaliser est un droit / Tout est politique.

On reconnait certains documents d'archives, comme la voix de Philippe Bouvard. Mais nul n'a besoin d'être érudit pour être saisi par le bruit des vagues, parce qu'on comprend que c'est bientôt fini, même si l'esprit du poète subsiste. On en sort remué, presque bouleversé, préférant conserver le souvenir de l'extrême dynamisme du jeu des comédiens et la joie qui se dégage dans de nombreuses scènes.
S'engager dans l'écriture comme dans la vie ne dispense pas d'être optimiste !
Pasolini Musica
Textes et chansons de Pier Paolo Pasolini
Avec Miguel-Ange Sarmiento, Stéphanie Boré, Eva Kovic, Solène Ménard (ou Livia Naas en alternance), et André Roche
Adaptation et mise en scène d’André Roche
Musiques originales de Dmitri Negrimovski
Théâtre de Ménilmontant (Salle Le Labo), 15, rue du Retrait, 75020 Paris
Les jeudis 19 et 26 janvier et 2, 9 et 16 février 2017, à 21 h

Photos de © Denis Tribhou

samedi 10 décembre 2016

Lancement du Prix du lecteurs d'Antony, millésime 2016

J'ai pris l'habitude depuis des années de me faire l'écho du Prix des lecteurs d'Antony (92) qui m'a permis de faire de belles découvertes. J'espère chaque fois éprouver un plaisir comparable à la lecture du premier à avoir gagné ce prix, la Cage aux lézards.

Le lancement a eu lieu ce matin à la médiathèque Anne Fontaine autour d’un café. Au programme 8 romans, 4 polars et 4 histoires vraies et j'ai fait un premier choix un peu au hasard (en fait pas vraiment) dans chacune des sélections. Comme toujours, la catégorisation d'un livre ne peut jamais être exacte. Cette année les porosités s'infiltrent entre elles. Et aucun n'a provoqué de coup de coeur justifiant que je lui consacre un billet spécial.

Vous pourrez donc lire plus loin mon avis (personnel) sur Au commencement du septième jour de Luc Lang catégorie romans, Vi de Kim Thuy en catégorie Histoires vraies et Stasi Child de David Young, en catégorie Policiers.

Tout d'abord je voudrais faire une remarque générale sur le choix des titres, qui ne sont pas très représentatifs des trois catégories. Nous avons majoritairement des romans noirs entre les mains. Tokyo Vice appartient au genre polar même s'il est dans les bio et Tout ce qu'on ne s'est jamais dit également alors qu'il a été glissé parmi les romans. Pourquoi avoir eu peur d'annoncer plus de 4 polars ?
Quant à Vi c'est une fiction alors qu'on nous l'annonce comme une autobiographie. Il n'y aura peut-être que 2 histoires vraies dans la catégorie. Ce sera compliqué de voter.

vendredi 9 décembre 2016

Born to be Wilde et l'exposition consacrée à l'Impertinent absolu au Petit Palais

L'entrée était gratuite ce soir de 18 à 21 heures... sur inscription et il y a eu un peu de cafouillage. C'était prévisible entre ceux qui avaient fait les choses par anticipation mais qui ne sont pas venus et ceux qui sont arrivés in extremis.

Mais, bonne princesse, l'administration du musée publiera sur sa page FB le message suivant : le succès de "Born to be Wilde" au Petit Palais ne vous a pas permis d’accéder dans de bonnes conditions à cette soirée. Afin de prolonger votre expérience de visite, nous vous proposons d’accéder gratuitement à l’exposition sur présentation de votre billet "Born to be Wilde" chaque vendredi soir en nocturne de 18h à 21h jusqu’à la fin de l’exposition, les 16, 23 ou 30 décembre, et les 6 et 13 janvier."

Bien que l’auteur soit mort dans la capitale, c'est la première fois que le public français est invité à une grande exposition consacrée au célèbre écrivain Oscar Wilde (né en 1854 à Dublin - mort en 1900).

Le Petit Palais retrace la vie et l’œuvre de ce parfait francophone et ardent francophile à travers un ensemble de plus de 200 pièces rassemblant documents exceptionnels, inédits pour certains, manuscrits, photographies, dessins, caricatures, effets personnels, et tableaux empruntés en Irlande et en Angleterre bien sûr, dans les musées français (musée d’Orsay, BnF...) mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, en Italie et dans différentes collections privées étrangères.

Wilde fit de nombreux séjours à Paris entre 1883 et 1894 et se lia d’amitié avec divers écrivains, tels André Gide et Pierre Louÿs. Il fréquenta Mallarmé, Verlaine et même Victor Hugo. Il écrivit directement en français sa pièce de théâtre Salomé dont il destinait le rôle-titre à Sarah Bernhardt. Son personnage est légitimement évoqué par une comédienne déjantée de la compagnie théâtrale La Comédie des Anges sous le portrait géant de l'écrivain.
Les animations étaient sympathiques et pensées dans l'esprit du grand auteur dont on connait tous la personnalité excentrique, exubérante, mais toujours élégante, afin que chacun puisse avoir l’opportunité de jouer l’impertinence au cours de cette soirée exceptionnelle dédiée au dandysme dans le cadre de Paris Musées OFF.

jeudi 8 décembre 2016

Le marronnier de la rue Caulaincourt

Bérengère Dautun est une de ces actrices que l'on n'oublie pas quand on a la chance de la voir sur scène. Je me souviens d'elle soutenant le combat d'Emile Zola dans J'accuse ! au Studio Hébertot.

Elle était la très sensible Comtesse de Ségur, née Rostopchine à la Comédie Bastille. Et plus récemment elle se glissa dans la peau de  Carole Weisweiller pour raconter un pan de la vie de  "monsieur Cocteau".

Isabelle est allée la découvrir dans une pièce que propose le Funambule Montmartre et qui prend ses racines comme le Marronnier, rue Caulaincourt. Elle a apprécié cette saga familiale lourde de secrets, et voilà ses impressions :

Lorsque nous rentrons dans la salle, Edith (Lou Guyot) cigarette à la main, écrit fébrilement sur une feuille de papier. On comprend qu’elle se trouve dans l’appartement de sa mère, Mona, qui vient de décéder. Comme souvent pendant une période de deuil, on se replonge dans le passé, les photos, les correspondances et on essaye de comprendre d’où on vient. On réalise alors parfois, qu’en plus de la douleur de la perte, de nombreuses questions constituant notre identité resteront sans réponse. C’est cet impact des non-dits, de la transmission au fil des générations, qui va former la trame de la pièce rédigée et adaptée pour le théâtre par Véronick Bourdoncle.

Edith a choisi de partir sur les traces de son passé et d’en faire un livre. Mais pas sous n’importe quel angle : ce sont les femmes qui l’intéressent. Pourquoi, depuis trois générations, les femmes de sa famille ont-elles perdu leur mari par abandon ou disparition inexpliquée… ? Y a-t-il une malédiction qui la toucherait elle aussi, célibataire endurcie ? Elle s’enregistre dans un dictaphone : "Et moi Edith, orpheline d’une mère exclusive. Quatrième génération d’une longue lignée de femmes seules, rongées par le malheur et la solitude. Je suis seule. "

Sur le même palier, rue Caulaincourt vit Lucie (Bérengère Dautun), grande amie de la famille, qu’Edith considère comme sa grand-mère adoptive. Cette dernière connait de nombreux détails sur l’histoire de la famille et va aider Edith à enquêter sur son passé.
Les deux femmes sont aux antipodes. Edith est torturée par cette quête de vérité, elle est souffrance et colère tout à la fois. Elle en veut à sa mère d’avoir été "Mona avant d’être mère", un personnage de roman excentrique, manipulatrice et fascinante. Lou Guyot joue à la perfection cette trentenaire stressée qui fume et boit trop parce que sa vie est vide, sans amour, hantée par le sentiment d’abandon.

Edith au contraire a sa vie derrière elle. Elle est positive, très énergique et encourage Lucie à se battre et à ne pas s’apitoyer sur son sort. Quand on demande à Berengère Dautun, sociétaire de la Comédie Française de 1972 à 1997, de définir son personnage, elle répond : "amour et ténacité". Son jeu est celui d’une battante qui peut aussi se laisser émouvoir et nous émouvoir. Ainsi lorsqu’enfin éclate la vérité, elle qui pensait être soulagée est en fait extrêmement troublée : "Pourquoi faut-il que ce soit moi qui ouvre la boîte de Pandore. Vos maux se répandent sur moi. Ce poison qui vous a rongé me ronge maintenant. A quoi ça va servir ? "

Bien sûr, je ne vais pas vous révéler les secrets de famille qu’Edith va être la première à élucider. Du reste, ce n’est pas tant le secret qui importe que le comportement que l’on adopte dans certaines circonstances pour ne pas baisser les bras devant le destin. Y a-t-il prescription ? Probablement jamais complètement, c’est bien cela qui nous touche dans cette pièce.

Le jeu tout en finesse des actrices rattrape quelques lourdeurs dans le texte. Pascal Vitiello (qui a déjà signé plusieurs mises en scène avec l'actrice) nous fait passer d’un appartement à l’autre dans une jolie mise en scène, sobre et intimiste. Allez-y avant le 31 décembre. Vous passerez un bon moment. Attention ! Les portes n’ouvrent qu’un quart d’heure avant le spectacle.

Le Marronnier de la rue Caulaincourt de Véronick Bourdoncle
Mise en scène de Pascal Vitiello

Avec Bérengère Dautun et Lou Guyot
Lumières : Thibault Jouliè

Au théâtre Le Funambule Montmartre, jusqu’au 31 décembre.
53 rue des Saules, 75018 Paris 01 42 23 88 83
A 19 h 30 du jeudi au samedi, le 
dimanche à 16h00

Photos Lot

mercredi 7 décembre 2016

Garner en plein coeur

Cela fait un moment que je n'ai pas chroniqué un album. Il m'en passe entre les mains ... que j'aime ... un peu En tout cas insuffisamment pour que je me mette au clavier pour vous en parler. Et puis est arrivé Garner en plein coeur, dont la pochette m'a intriguée avec cette confrontation de bleu et de jaune.

Cet EP est apparu le 28 octobre chez Socket Blues. Je ne connaissais pas Arnaud Garnier (alias Garner) et je pense que sa notoriété est encore confidentielle. C'est donc avec plus d'intérêt encore que je pointe son talent.

Piste 1, N'en abuse pas commence avec des sifflements (qui reviendront régulièrement tout au long de la chanson) bien avant les premières paroles. On peut penser à Bahung. Les phrases sont construites de manière inversée. Par exemple : sans ambages je peux. Le lexique est inattendu lui aussi, appelant des hordes sauvages. Et le clip, que j'ai visionné ensuite, traduit un univers très personnel où l'absurde devient tout à coup tout à fait compréhensible et teinté de poésie.

Piste 2, La nuit tu dors, démarre encore une fois après une longue introduction musicale. Le parolier aime commencer une chanson par une formule de type Quand au petit matin ...

Piste 3, Les voies sans issues, démarre en effet aussi avec Quand ... quand le soleil irradiera tous les bateaux, confirmant la plume surréaliste de cet artiste qui peut prendre des accents sombres, rappelant  une manière de chanter d'un Félix-Hubert Thiéfaine.

Piste 4, Te souviens-tu ? est plus lent, plus mélancolique aussi.

Piste 5, Jalouse. Je pense à un autre album, dont la couverture était aussi intensément jaune, celui de Magic Malick. Il y a une parenté musicale évidente.

Cet EP est étonnant car à la fois très personnel et paradoxalement faisant penser à beaucoup d'autres artistes par petites touches. Il se murmure que Garner est un talent en devenir. Sa musique donne envie de danser. Son impact sur nos oreilles est certain et son influence est plus forte encore dès qu'on le voit. Je ne peux pas juger de sa présence scénique mais du moins de ce qui se dégage dans ses clips. En voici un, Je finirai à Brest, tiré du premier album (2015) : 

Il a rasé sa barbe. L'artiste est en questionnement d'identité à plusieurs points de vue. Sans doute cherche-t-il encore sa voie sur le terreau de l'épique. Un EP c'est un peu court pour juger même si l'avant-goût du second album donne envie d'en entendre davantage.

A suivre ... c'est ce qu'on dit, non ?

mardi 6 décembre 2016

La Brasserie Bofinger célèbre Saint-Nicolas en annonçant une nouvelle carte

C'est le soir de la Saint Nicolas que la Brasserie Bofinger a choisi pour présenter sa nouvelle carte. Le restaurant est si connu qu'on pourrait paradoxalement l'oublier. Y aller est l'occasion d'effectuer une plongée dans le Paris du XIX°siècle puisqu'elle a été inaugurée en 1864.

C'était alors un modeste établissement situé non pas spécialement près de la Bastille (l'Opéra n'était même pas en préfiguration) mais en fait au bout de la rue du Faubourg Saint-Antoine où de nombreux alsaciens travaillaient dans la menuiserie ou l’ébénisterie.

Frédéric Bofinger , qui était originaire de Colmar, est le premier à proposer de la bière " à la pompe ", servie dans des pots en grès que les clients apportent eux-mêmes, avec de la charcuterie et de la choucroute.

L’annexion par la Prusse de l’Alsace et de la Lorraine provoque un afflux de réfugiés et assure le succès de l’établissement. Parmi les célébrités de l'époque on a pu voir le chansonnier Aristide Bruant.

On croquait sans doute déjà dans les petits pains typiquement alsaciens que sont les bretzels. Il existe plusieurs explications à leur forme. En alsacien le mot signifie "le temps de repos", d'où la forme représentant la position des bras croisés lorsque sonne l'heure de la pause. On raconte aussi que le premier a été créé par un boulanger pour satisfaire un roi exigeant un pain au travers duquel le soleil brillerait trois fois.

En 1919, Bofinger s’agrandit et connaît une rénovation spectaculaire. Banquettes matelassées, miroirs biseautés, jeux de lumières et de peintures, dans l'esprit de la Belle Epoque. Les murs sont à l'image de l’Art Nouveau, et la clientèle fête l’Alsace libérée.

lundi 5 décembre 2016

Lecture de Sauvé d'Alfhild Agrell, dans la traduction de Corinne François-Denève

L'actualité de Corinne François-Denève est dense  à quelques jours de la Sainte-Lucie, tant célébrée dans les pays scandinaves. Nous avons respecté la coutume ce soir en associant de délicieuses Saffransbröd, des brioches au safran, avec (en toute modération) un verre de Glögg, un vin chaud aux épices que l'épicerie suédoise Affären avait apporté pour l'occasion. Je vous en donne une recette en fin d'article.

Nous fêtions la publication de deux traductions que Corinne vient de signer : la traduction, en Classiques Garnier, du Théâtre complet, d'Anne Charlotte Leffler, une autrice suédoise contemporaine de Strindberg, qui s'est exercée à des genres théâtraux divers. Et surtout la traduction d'une pièce d'une autre suédoise, Alfhild Agrell,  écrite en 1882 et dont le titre français est Sauvé.

La pièce avait fait l'objet d'une lecture partielle au Midi-Minuit du Matrimoine en septembre dernier. Et ce soir nous avons eu le privilège de l'entendre dans son intégralité, à la Bibliothèque Nordique, 6 Rue Valette, à Paris, sous la direction de Benoit Lepecq.

Elle a été interprétée par Marion Malenfant (Viola), Fabienne Périneau (la femme du recteur), Benoit Lepecq (Milde), Joffrey Roggeman (Nils), Pierre Duprat (Oscar) et Corinne François-Denève qui assura tous les "petits" rôles, ô combien indispensables, les trois bonnes, un médecin, un garçon de courses.

dimanche 4 décembre 2016

Audience et Vernissage, deux pièces de Vaklav Havel à l’Artistic Théâtre

Ceux qui pourraient penser que l’univers de Vaklav Havel est marqué du sceau d’une époque révolue doivent aller d’urgence voir Audience et Vernissage à l’Artistic Théâtre.

Mises en scène par Anne-Marie Lazarini, ces deux pièces écrites en 1975 sont au contraire d’une étonnante actualité. Refus de la pensée unique, des idéologies pesantes et du matérialisme, le théâtre de Vaklav Havel secoue nos conformismes faciles et nos démissions par lâcheté. Isabelle est allée les voir et vous en parle sur le blog :

L’auteur (1936-2011) est né dans une famille aisée de l’ex-Tchécoslovaquie qui se voit dépossédée de tous ses biens en 1948 avec l’arrivée des communistes au pouvoir. Lui-même est taxé d’ "ennemi de classe" et doit arrêter ses études en 1951. Après divers petits boulots qui lui permettent de découvrir le théâtre comme éclairagiste puis dramaturge, il s’installe de plus en plus dans la dissidence. La répression du "Printemps de Prague" en 1968 est étouffée par l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, et les russes imposent la "normalisation".

Mais un vent d’espoir et de liberté a soufflé et même si les écrits de Vaklav Havel sont interdits en 1971, ils circulent sous le manteau. C’est cet esprit qui habite les deux pièces qui nous sont proposées en une seule soirée (avec un billet unique).

On s’imagine monter dans la salle de théâtre à l’étage mais l’ouvreuse nous guide vers le bas. Un escalier puis un autre, nous arrivons dans le sous-sol sombre où sont installés quantité de petites caisses en bois. Distribution de coussins et nous voilà tous assis dans la brasserie pour le début de la première pièce : Audience. 

La lumière se fait et on aperçoit derrière des carreaux sales, Sladek (Stéphane Fiévet) assoupi  sur un bureau recouvert d’une innommable quantité de bouteilles de bière. Il est réveillé en sursaut par Ferdinand Vanek (Cédric Colas) qu’il a convoqué.

Vanek est un écrivain dissident et, on le comprend vite, une sorte de double de Vaklav Havel. Le régime le contraint à un travail d’ouvrier pour le faire taire et l’abrutir. C’est un homme posé, réfléchi et bienveillant. Sladek de son côté est le prototype du petit chef roublard, pour lequel on ressent répulsion et pitié. Il est torturé par sa propre médiocrité qu’il tente de noyer dans la bière. 
Nous assistons à un huis-clos oppressant entre les deux hommes. Sladek s’exprime à tort et à travers, s’échauffe, tente d’amadouer son interlocuteur, l’insulte, pleure. Au départ on ne sait pas trop où il veut en venir. Vanek l’écoute, respectueux, humain, dépité. Mais les choses se précisent et Sladek va proposer à son employé un marché de dupe...

La pièce prend alors toute son ampleur. Sladek représente la victime de l’idéologie, celui qui a fait profil bas face au régime et a perdu sa liberté intérieure: Ils ont peur de toi mon vieux, mais moi, on ne vient pas se renseigner sur moi, car moi on me tient. C’est toi qui tiens le bon bout. 
Vanek au contraire incarne la résistance de celui qui veut «vivre en vérité».  Il va donc refuser le marché : Monsieur, je vous suis très reconnaissant mais je ne peux pas m’associer à une pratique contraire à mes convictions. 

Sladek admire et envie la droiture de Ferdinand. Il espérait le corrompre pour se sentir moins seul dans sa lâcheté : Monsieur a des principes, il s’occupe de rester blanc et propre. Vous tous les intellectuels, vous êtes le dessus du panier même quand vous êtes au fond.

Cette lucidité douloureuse de Sladek rend son personnage supportable. On sent que Vaklav Havel ne porte pas de jugement de valeur sur la personne en elle-même. Chacun fait comme il peut en fonction de sa force de caractère.
Changement de décor pour Vernissage. On nous invite à nous lever pour gagner l’appartement de Véra et Michael dans la pièce à côté. Ils ont invité ce soir-là leur ami de toujours, Ferdinand Vanek, pour lui montrer l’aménagement cossu de leur nouvel intérieur. 
Anciens dissidents comme Ferdinand (toujours joué par Cédric Colas), Michael (Marc Shapira) et Véra (Frédérique Lazarini) ont cédé aux sirènes du matérialisme. Fiers de leur réussite et parés de leurs plus beaux atours, maquillée à l’excès pour Véra, ils exhibent leur bonheur domestique jusque dans l’impudeur. La caricature et le snobisme des personnages est source de rires. 

Ils espèrent obtenir une réaction d’admiration et d’envie de la part de Vanek et aussi le pousser à suivre leur exemple. Nous te voulons du bien, que ta situation trouve enfin son dénouement. Mais cet étalage d’opulence y compris le décortiqueur d’amandes électrique (!) laisse ce dernier assez indifférent.
Véra et Michael se font insistants, l’enthousiasme se change en désarroi violent. Comme un disque qui déraille, certaines phrases sont répétées jusqu’à créer une impression de malaise. Une musique dérangeante scande ces redites et finit par émettre le bruit d’un vinyl rayé.

Ferdinand tente de partir mais Véra l’agrippe et le retient : Ferdinand, tu ne peux pas nous laisser tout seuls. (...) Nous avons compté sur toi pour rester la nuit, te faire voir le bonheur, une vie pleine de signification.
Mis en face de leur vacuité par le révélateur silencieux qu’est Ferdinand, le couple qui a renoncé à ses idéaux de jeunesse incarne la perte d’identité qu’impose la norme.

Entre comique et tragique, ces deux pièces de Vaklav Havel nous dérangent autant qu’elles nous stimulent. L’auteur n’a jamais renoncé à ses idéaux. Devenu un des personnages clef de la "révolution de velours", il sera élu président de la nouvelle République tchèque indépendante en 1990. Son œuvre théâtrale est le reflet de sa philosophie de vie, lui qui voulait que le théâtre soit la voix de la conscience des hommes.
Audience et Vernissage de Václav Havel


Mise en scène Anne-Marie Lazarini
Scénographie, lumières François Cabanat

Costumes Dominique Bourde


Avec Cédric Colas, Stéphane Fiévet, Frédérique Lazarini, Marc Schapira
Théâtre Artistic Athévains
45 bis rue Richard-Lenoir, 75011 Paris.
Téléphone : 01 43 56 38 32
Du 9 novembre 2016 au 31 décembre 2016

Les mardi, mercredi et jeudi à 19h ; vendredi 20h30 ; samedi 18h ; dimanche 15h.
Horaire et tarif exceptionnels samedi 31 décembre 19h.
Relâches les lundis et les 24 et 25 décembre.

Les photos logotypées A bride abattue ont été prises par Isabelle, les autres sont de Marion Duhamel

samedi 3 décembre 2016

Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute

Pour un oui ou pour un non est une pièce qui a été beaucoup montée et interprétée par de brillants acteurs (par exemple Jean-François Balmer et Sami Frey au Théâtre du Rond-Point en 1986).

Léonie Simaga qui en propose une mise en scène au Poche Montparnasse en est d'ailleurs familière puisqu'elle l'avait proposée à la Comédie-Française, avec une autre distribution et un décor différent.

Nathalie Sarraute n'a pas donné de nom à ses personnages, désignés seulement par le code H1 et H2. Il est arrivé qu'on aille jusqu'à demander aux comédiens de les jouer en alternance pour signifier combien les rôles sont interchangeables. En relisant mes notes je remarque que lorsque j'ai noté des mots prononcés par Nicolas je ne peux rien affirmer puisque les deux comédiens portent le même prénom.

La conception du décor, blanc comme une page qui n'est pas encore écrite, laisse tout pouvoir à l'imagination. Après une introduction musicale au violoncelle H1 demande à l'autre : Je voudrais savoir ... Qu'as-tu contre moi. Il reçoit une réponse qui ne va pas le convaincre : Mais rien, pourquoi ?

N'y a-t-il eu alors qu'une maladresse de langage, un quiproquo insignifiant ? L'affaire va monter crescendo car aucun des deux ne cède. Ce ne sont pas tant les mots qui sont en cause. L'homme blessé reconnait qu'il s'agit de mots qu'on n'a pas eu justement.

Alors quoi ? Pourquoi ces "on", "vous" "nous" si indéfinis blessent-ils tant ? Parce que tout est dans l'intonation, ce que l'on sait très bien aujourd'hui à une époque où les échanges se font de plus en plus en abréviations, SMS et messages courts, tellement privés de ton que l'on a tendance à ponctuer à grands renforts de ... et de !

On parle à tort et à travers ... et soudain la catastrophe est consommée. On a beau dire je t'aime bien tu sais, justement on ne sait pas assez, on ne sait plus.

Il nous est tous arrivé de chercher à calmer le jeu par un trait d'humour, pas toujours bien pris lui non plus, par tenter une pirouette, ... la vie est là ... lâche H2, ce qui au lieu de (re)crer la connivence avec son ami ne fait qu'envenimer les choses parce que celui-ci croit reconnaitre de l'implicite en songeant au poème de Verlaine (Le ciel est par dessus les toits). Cherche-t-il à lire un sens caché qui serait en rapport avec la dernière strophe ?
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
Nicolas (Briançon) attaque, fouille, interroge. Nicolas (Vaude) esquive, réplique, affronte. Il faut être deux pour se réconcilier. Les joutes verbales s'enchainent. La plus petite altération, la moindre hésitation, une virgule et voilà que se creuse un gouffre émotionnel. Jusqu'au bout on comprendra qu'ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non. Oui ou non, ce n'est pourtant pas la même chose. Oui ... ou ... non. Chacun aura le mot de la fin.
Si Nathalie Sarraute a volontairement laissé le champ libre à l'interprétation il importe que la mise en scène prenne parti, ce que fait admirablement Léonie Simaga dont la direction d'acteurs est très précise. Le public ne parvient pas à deviner qui l'emportera ni comment l'affaire se terminera et c'est exactement ce qu'on aime au théâtre où le jeu prend toute son importance.


Pour un oui ou pour un non
De Nathalie Sarraute
Mise en scène (et costumes) : Léonie Simaga
Décors et lumières Massimo Troncanetti
Avec Nicolas Briançon, Nicolas Vaude et Roxana Carrara

Au Théâtre de Poche Montparnasse
Depuis le 18 novembre 2016
75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Tel : 01 45 44 50 21
Du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h30

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Brigitte Enguerrand

vendredi 2 décembre 2016

Demain n'attend pas de Céline Rouillé

La couverture est assez juste. Demain n'attend pas est un roman de détente qu'il vaut mieux lire en été qu'en automne. Seulement voilà,  j'avais pris un peu de retard dans mes lectures.
Cela fait cinq ans que Sarah a tout quitté pour réaliser son rêve : ouvrir une maison d’hôtes sur la côte normande. Depuis, elle savoure chaque instant de sa vie. Alors, quand une menace risque de tout remettre en question, elle remonte ses manches pour protéger son havre de paix. A quelques kilomètres de là, un autre destin se joue. Celui de Pierre, employé dans une luxueuse résidence médicale. Accusé d’un forfait qu’il n’a pas commis, sa vie est sur le point de basculer. Armés d’une farouche volonté, Sarah et Pierre dont les chemins vont se croiser, partent à la reconquête de leurs existences. Bousculés par des rencontres inattendues et des secrets, ils vont découvrir que derrière les problèmes, des bonheurs peuvent naître alors qu'on ne les attend pas...
Céline Rouillé a une quarantaine d’années. Après des études de commerce, elle travaille aujourd’hui dans l’économie sociale. Comme beaucoup d'autres auteurs, elle a écrit ce premier roman selon l'expression consacrée "à temps perdu".

C'est en arrivant à la fin du livre que j'ai compris que j'avais entre les mains le tome 2 d'une saga, ce qui expliquait que j'ai cafouillé dans la compréhension de la psychologie des personnages au cours des premiers chapitres. Je me sentais un peu perdue (mais pour en avoir discuté avec d'autres lecteurs ceux qui en connaissaient l'existence ont pu éprouver pareil sensation).

Néanmoins les personnages sont attachants, et pas seulement Sarah qui est la principale protagoniste du livre. Cela m'a motivée suffisamment pour aller jusqu'au bout (412 pages tout de même). Si vous aimez Françoise Bourdin vous trouverez des points communs avec sa manière d'écrire. L'action se déroule d'ailleurs près du Havre comme pour Face à la mer, renforçant encore mon désir de découvrir cette ville et d'en apprécier le contraste entre sa modernité (il a bien fallu construire du neuf après les bombardements) et les villas chics de Sainte-Adresse.

On sillonne aussi la région d'Etretat que je connais mieux. la nature est un cadre qui compte malgré une relative faiblesse des descriptions. Si les fidèles reconnaitront dans le titre une proximité avec l'ouvrage précédent de l'auteure, Demain il fera beau, il évoque plutôt pour moi un épisode d'aventures à la James Bond.

Il y a certes des rebondissements et le dénouement est apaisant, ce qui est un bon point en cette époque où l'on a besoin de cette littérature feel-good qui est en train de devenir un genre.

La réflexion sur la vengeance aux différents âges de la vie est bien menée.

Demain n’attend pas de Céline Rouillé, City éditions, en librairie depuis le 31août 2016

jeudi 1 décembre 2016

Amphitryon dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau

Avec Amphytrion, Guy-Pierre Couleau poursuit dans l'univers onirique installé sur la scène du Théâtre du peuple de Bussang où nous avons vu cet été le Songe d'une nuit d'été. Je devrais écrire le contraire parce que la création  de cette pièce est antérieure (octobre 2015 à la Comédie de l’Est à Colmar) mais je ne les ai  pas vues dans l'ordre.

Il faut dire qu'il travaille avec la même équipe (notamment Laurent Schneegans aux lumières, Delphine Brouard à la scénographie) et qu'ils ont l'art de la suggestion avec un décor efficace tout en libérant le plateau.
Sitôt sa nuit de noces avec Alcmène consommée, Amphitryon, général thébain, quitte sa jeune épouse pour aller guerroyer. Le dieu Jupiter, amoureux de la belle mortelle, profite de l’occasion pour se glisser dans son lit sous les traits du mari. Son allié Mercure monte la garde, après avoir pris l’apparence de Sosie, valet d’Amphitryon. Mais celui-ci est de retour au palais, précédant son maître pour annoncer sa victoire... et tombe nez à nez avec cet "autre moi".
Dès lors, la pièce repose toute entière sur le motif du double et du miroir. Entre quiproquos, malentendus et rebondissements, Molière invente une fantaisie mythologique à grand spectacle, où les dieux descendus sur terre, rusés et manipulateurs, sèment la confusion et s’amusent aux dépens des humains, dupés de bout en bout et incapables de distinguer le vrai du faux.
Quand la pièce commence, le spectateur est dans une profonde obscurité, dans une ambiance de science fiction formidablement restituée, justifiant la phrase de Molière : les poètes vont à leur guise.

La Nuit (Jessica Vedel) a les traits d'une femme fatale, dans un corps très sensuel, en toute logique avec la thématique de la tromperie. Les dieux sont des divinités obscures venant perturber le cours de la vie des hommes et leurs apparitions s'effectuent comme par magie à la faveur d'un nuage de fumée, venant parfois des cintres (le ciel), parfois d'une trappe dissimulée dans le plancher (l'enfer). La scène est surélevée et pourvue d'escaliers dans la tradition du théâtre de tréteaux.
Il faut se laisser porter par les images, splendides, tout en écoutant avec attention le texte de Molière qui pourrait bien être toujours d'actualité. Guy-Pierre Couleau a raison de souligner combien nous devons être vigilants face aux tyrans qui gouvernent avec toute puissance, en se considérant comme égaux à des dieux.

Molière avait assimilé les leçons de Galilée (qui était son contemporain) : en prouvant que la terre n'est pas au centre du monde on questionne aussi la place de l'homme qui pourrait donc s'affranchir de la soit disant volonté divine (et des puissances politiques). Car la pièce le démontre, les dieux mentent et peuvent nous faire perdre notre identité. Regardons ce qu'il advient de Sosie, créé par Molière lui-même et que Luc-Antoine Diquero interprète avec toute la subtilité nécessaire. Il devient une marionnette, à deux doigts de la folie : me faut-il renoncer à moi-même ?
Si, depuis notre fauteuil nous voyons l'imposture qui concernera aussi Amphytrion (François Rabette), pauvre innocent époux qu'il faudra regarder en coupable, avons-nous la même clairvoyance dans la vraie vie ? Les masques parviennent-ils à tomber aussi rapidement qu'au théâtre ?
Le travail de Laurianne Scimemi participe à cette réflexion puisqu'elle a choisi d'habiller les humains en costumes qui nous sont contemporains alors que les dieux sont représentatifs du courant steampunk, d'où le sentiment que nous avons d'osciller entre réalité et science-fiction.

La bande-son est elle aussi juste parfaite, avec la voix rauque de Terez Montcalm reprenant Je n'attendais que toi (créée par Charles Aznavour et Mama Béa pour le film Édith et Marcel en 1983) :
Je n'attendais que toi / Moi rêvant d'absolu / De choses impossibles / Moi venant de la rue / Sortant de l'inconnu / Qui espérait mon roi / Ce héros invincible ...

Avec Klaus Nomi, et puis aussi cet air jazzy à souhait, enfin paisible, à la toute fin du spectacle, accompagnant des pas de danse : Dites-moi étoile, pourquoi je vous regarde? / Les étoiles les étoiles les étoiles / Dites-moi, étoile qui vous regardera ?… que Melody Gardot chantait déjà en 2009 sur l'album My One and Only Thrill.
Des rires peuvent fuser dans la salle par moment mais sur scène on comprend que les dédoublements perturbent la raison des personnages, nous offrant aussi une réflexion fine sur la question de l'identité.
Après John M. Singe, dont Guy-Piere Couleau avait monté La fontaine aux saints et Les noces du rétameur en 2010, puis l'année suivante Le baladin du monde occidental, il s'est attelé avec autant de bonheur au répertoire de Molière et de Shakespeare. Quel sera son prochain choix ?


Amphitryon de Molière
Mise en scène de Guy Pierre Couleau
Lumières de Laurent Schneegans
Scénographie de Delphine Brouard
Costumes Laurianne Scimemi
Avec Isabelle Cagnat (Cléanthis), Luc-Antoine Diquéro (Sosie), Kristof Langromme (Mercure), Nils Öhlund (Jupiter), François Rabette (Amphitryon), Jessica Vedel (la Nuit) et Clémentine Verdier (Alcmène)
Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff jusqu'au 4 décembre 2016
Après Malakoff le spectacle sera en tournée aux Célestins, Théâtre de Lyon puis le 22 mars de retour en région parisienne au Théâtre Victor-Hugo, de Bagneux (92), puis en mai 2017 au Bateau Feu, de la Scène Nationale de Dunkerque.
Il sera donné à la Comédie de l'Est du 26 janvier au 22 février 2017

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de André Muller

mercredi 30 novembre 2016

Des pépites au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil

Cette année ce sont deux jurys (un jury de journalistes et de professionnels et un second jury composé des lecteurs France Télévisions) qui ont désigné les Pépites 2016 que le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil a annoncé ce soir.

Je vous donne d'abord le vote du jury des lecteurs France télévisions parce que je sais que c'est cette catégorie qui touche le plus les auteurs. Catégorie "Petits" c'est Le Facteur de l’espace, de Guillaume Perreault, éditions La Pastèque qui l'emporte.

Et catégorie "Grands" Sauveur & Fils tome1, de Marie-Aude Murail, publié à l’école des loisirs, un vote que je plébiscite totalement.

Marie-Aude, très heureuse, a annoncé que le tome 3 venait d'être remis à son éditeur et qu'elle portait dans son coeur le numéro 4. Le deuxième tome vient de sortir en librairie pour la plus grande satisfaction de ceux qui, comme moi, se sont attachés aux personnages.

Je vais très vite en commencer la lecture.

L'autre jury, présidé par Véronique Ovaldé, a désigné, parmi les 36 œuvres en compétition (sélectionnées par un comité composé de libraires, de bibliothécaires et de passionnés comme moi-même), tous genres confondus :

En tant que Pépite des Petits 2016 Björn, six histoires d’ours, de Delphine Perret, éditions Les Fourmis Rouges.

En tant que Pépite des Moyens 2016 Georgia : tous mes rêves chantent, de Timothée de Fombelle (texte), Benjamin Chaud (illustrations), Cécile De France (voix), Arnaud Thorette (direction artistique), Johan Farjot (direction musicale), Alain Chamfort, Émily Loizeau, Albin de la Simone et al. (musique), Gallimard Jeunesse Musique, éditions  Contraste productions.

En tant que Pépite des Grands 2016 Totem, de Nicolas Wouters, Mikaël Ross, éditions Sarbacane. 

Et en tant que Pépite d’Or 2016 Dans la forêt sombre et mystérieuse, de Winshluss, Gallimard BD.

Vous pouvez consulter le programme des rencontres avec tous les auteurs en compétition et primés  sur le site du Salon et connaitre les horaires des dédicaces.

Il a lieu du 30 novembre au 5 décembre
Espace Paris-Est Montreuil - 128, rue de Paris à Montreuil (93)
Métro Robespierre (ligne 9)

mardi 29 novembre 2016

La démarche U de nos régions

Quand on m'a parlé de la démarche "U de nos régions" j'ai souri, je peux le reconnaitre. Toutes les grandes enseignes prétendent dénicher le produit régional de qualité et on s'aperçoit si on creuse un peu que ce n'est pas vraiment une trouvaille.

A l'heure où la défense des petits producteurs s'impose je me voyais mal faire l'apologie d'un hypermarché. Quand j'ai un doute je me rends sur place et je suis rentrée de ma visite dans les rayons du Système U de Vaucresson (78) totalement conquise. Je n'en revenais pas moi-même d'être si enthousiaste. Je me sens tout à fait légitime de vous conseiller d'aller y faire vos courses pour la prochaine fête, ou pour une situation normale parce que franchement manger bon et sain devrait être l'apanage du quotidien.

D'abord il faut rappeler que l'enseigne est indépendante (comme Intermarché et Leclerc) donc libre de ses approvisionnements. Système U a enclenché la démarche "U de nos régions", pour exprimer :
. la volonté de partager avec les producteurs locaux des intérêts et des valeurs communes
. l'entretien de relations de proximité avec son terroir, ses partenaires et les goûts des clients
. la défense d'une fierté des identités régionales et la défense de l’économie locale.

Je connais bien la Normandie mais je vais me concentrer aujourd'hui sur l'Ile-de-France. Si je vous en demande les spécialités peut-être penserez vous aux champignons (de Paris), au jambon (de Paris) mais il sera sans doute difficile de citer une troisième. Il faut être fin connaisseur pour songer aux asperges d'Arpajon, au cresson de Méreville, à la menthe de Milly-la-Forêt ou au Fontainebleau.

Si on voit plus large on remarquera qu'il peut y avoir en région parisienne des hommes et des femmes passionnés par leur métier et qui ont développé un savoir-faire exceptionnel, et surtout une qualité hors du commun. Concrètement cela signifie débusquer les meilleurs producteurs installés autour du magasin, qui, si possible s'approvisionnent localement et emploient une main-d'oeuvre sur place.

lundi 28 novembre 2016

La vie est une géniale improvisation au Lucernaire

Quelqu'un m'a dit avoir recensé plus de 500 spectacles en une seule soirée rien que sur la région parisienne. Alors j'ai beau sortir beaucoup il sera toujours impossible de voir ne serait-ce que l'essentiel. Quand mon amie Isabelle m'a proposé de chroniquer  Vladimir Jankélévitch : la vie est une géniale improvisation j'ai pensé que ce serait un début de solution pour couvrir davantage de pièces de théâtre.

Sa plume se glissera régulièrement dans le blog et vous retrouverez ses billets avec le libellé "Isabelle". Voilà son avis sur ce spectacle, étant précisé que je partage son opinion car j'ai passé moi aussi un excellent moment.

Le Lucernaire nous offre le plus merveilleux des cadeaux avec cette reprise du spectacle de Bruno Abraham-Kremer et de Corine Juresco qui nous fait partager 60 ans de correspondances entre Vladimir Jankélévitch et son grand ami Louis Beauduc. 

Rien qu’en découvrant le titre de la pièce, je me doutais qu’un esprit positif la traverserait et je n’ai pas été déçue. Cette pièce rayonne de questionnements, de tendresse amicale et d’humour. L’une des raisons de mon enthousiasme vient probablement du lien particulier qui unit le comédien à la philosophie et à Jankélévitch. D’entrée de jeu il nous dit : « Il faut que je vous fasse une confidence: j'ai commencé la philosophie à 4 ans. Ma mère était professeur de philosophie et donnait des cours particuliers ». Lui jouait aux soldats de plomb sous son bureau et écoutait.

C’est ainsi qu’il va découvrir le grand Jankélévitch qui a accepté de superviser la thèse de sa mère sur Novalis. Lui-même ira l’écouter lors d’une conférence sur Ravel et ressort fasciné par le personnage « sa pensée virevoltait » ! Quand la mère de Bruno Abraham-Kremer apprend le sujet de la pièce montée par son fils, elle lui écrit une lettre dans laquelle elle décrit qui était  « Janké » comme l’appelaient ses élèves et en quoi il a compté pour elle : « C’était un séducteur, il possédait une grâce qui provenait de sa richesse intérieure. La mère que j’ai été pour toi est en partie forgée par Jankélévitch ».Touchantes révélations qui donnent une dimension très personnelle à ce spectacle.

Coup de tonnerre, crépitement de pluie et tout à coup on entend la voix de Jankélévitch lui-même envahir la scène. On ne verra aucune vidéo de lui mais sa parole reviendra à plusieurs reprises habiter l’espace. Le public est ultra concentré, cette résurrection de la voix du philosophe né en 1903 a quelque chose de magique.


A jardin, un bureau encombré de livres avec un appareil pour écouter de la musique (celui de Jankélévitch autant musicien que penseur), à cour un bureau plus simple (celui de Beauduc).

Bruno Abraham-Kremer nous fait entendre une partie des lettres de Janké à Beauduc rassemblées dans Une vie en toutes lettres aux éditions Liana Levi. Il regarde et se dirige vers le bureau de l’un ou de l’autre selon que la parole est à l’un ou à l’autre. Toutes les missives sont datées. Nous comprendrons plus tard la triste raison pour laquelle on ne dispose des lettres de Louis à Vladimir qu’à partir de 1944. Mais je ne vais pas tout vous révéler.

Les deux hommes étaient coturnes, c'est ainsi qu'on désigne les compagnons de chambrée à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris, où ils étaient entrés en 1922. A l'agrégation de philosophie, en 1926, Jankélévitch est reçu premier, Beauduc, second ! Ils garderont une amitié indéfectible l’un pour l’autre et ne cesseront de s'écrire jusqu'à la mort de Louis Beauduc en 1980, cinq ans avant celle de Jankélévitch.

Après l’agrégation, le service militaire. Sa description du monde militaire est un nectar d'humour : « Je ne souris plus à cause de mon faux-col et de mon képi qui répriment tout débordement de ma personnalité. Le matin, j'ai les plus grandes difficultés à entrer dans mes bottes. Je pousse. Mon frère me tient. Ma mère m’encourage. Et  je finis par pénétrer en criant : "C'est pour la France!"  »

Ces anecdotes dites par le comédien avec toute la maîtrise qu’on lui connait alternent avec des réflexions plus profondes telle cette interrogation qui le hante : « Comment vivre en se sachant mortel ? » Le vieillissement est agonie dit Louis. Et Vladimir de lui répondre : « Tu me demandes pourquoi je fais un livre sur la mort ? Le non-sens de la mort donne un sens à la vie. Ce qui ne meurt pas ne vit pas. Quand on pense à quel point la mort est familière, et combien totale est notre ignorance, et qu’il n’y a jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé ! »
A travers ces grands questionnements, ce sont tous les évènements historiques du XXème que nous découvrons dans cet échange. Blessé lors de l'avance allemande, évacué dans un l'hôpital militaire, il apprend sa révocation de son poste de professeur à la Faculté des lettres de Lille. « Juif par ma mère, métèque par mon père (Russe), trop d’impuretés ! ». Il survit dans la clandestinité en donnant quelques cours particuliers, de tout, même d’orthographe qu’il « a assez bonne pour un métèque » et participe à la Résistance à Toulouse.

Ses lettres de guerre de 1943 à la fin de la guerre ne seront plus signées. Il veut éviter de mettre Louis en danger. « Ton amitié me redonne des raisons de vivre ». On entend plusieurs fois la voix de Jankélévitch : « Dire oui ou non ? Capitulerons nous ou résisterons nous ? »

Après la guerre, il retrouve sa chaire à Lille puis à la Sorbonne. Mais il est changé. Il est travaillé par la question du pardon. Il rejette désormais tout ce qui s’apparente à l’Allemagne, choqué que les philosophes allemands n’aient pas eu un mot de repentir pour les crimes commis. Il faudra attendre 1981 pour qu’un évènement incroyable change sa décision. Mais là encore, je vous laisse le découvrir par vous-même !

Arrivent les années 60… Jankélévitch passe beaucoup de temps à discuter avec ses étudiants pour essayer de comprendre les idées de Mai 68 : « Il n’y a plus de place que pour les troupeaux. » On sent son inquiétude concernant l’avenir de sa fille Sophie qui veut devenir elle aussi professeur de philosophie dans un monde où il se bat pour maintenir la classe de philosophie. Il assiste à l’arrivée des nouvelles technologies : « Place aux ordinateurs et au Dieu Business »…

Son humour est omniprésent. Alors qu’il s’apprête à publier un « pavé » à un âge avancé, il écrit à son ami : « Un bonhomme qui promet un bouquin de 1500 pages ressemble à un octogénaire qui prend une maitresse ! »

On se délecte avec le comédien de ces lettres du philosophe. On y découvre son rapport fondamental à la musique : « La musique c’est toute ma vie », et puis sa simplicité : « Etre philosophe c'est douter sans se prendre au sérieux. » « Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes. »

C'est aussi cette amitié sans borne pour Louis qui m’a émue. Lui qui passe sa vie à rédiger, à donner des cours et des conférences, dirigeant jusqu’à 120 mémoires d’étudiants en 1969, cherche à encourager son ami à publier davantage : « Prends garde aux pantoufles et à l'ornière provinciale » ;  «Viens à Paris, délaisse cet éternel Limoges où tu mijotes depuis trente ans… ». Avec une tendresse indéfectible « Je te serre les deux mains. Je suis ton vieux. »

Vladimir Jankélévitch disait dans sa première lettre à Louis avec beaucoup de malice : «  Ne l'oublie pas, nous écrivons pour la postérité, et nos futurs éditeurs réserveront sans doute pour le dernier volume de nos œuvres philosophiques (comme on l'a fait pour Descartes, Kant, etc.) la Correspondance de MM. V. Jankélévitch et L. Beauduc ». 

Se doutait-il vraiment que l'avenir lui donnerait raison ? On doit une fière chandelle à Bruno Abraham-Kremer qui, depuis près de 200 représentations, transmet la pensée vivifiante de Jankélévitch. La qualité de l’écoute est sa récompense, il la qualifie de « petit miracle ». Et il ajoute « Si vous passez par l'île de la Cité au 1 quai aux fleurs (où vivait Jankélévitch), arrêtez-vous un instant en vous-même. »

Le mot de la fin est dit par Jankélévitch « il y aura donc la vie, elle mérite qu’on la vive ! ».

Vladimir Jankélévitch, La vie est une géniale improvisation, d'après sa Correspondance
Adaptation et mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et de Corine Juresco
Avec Bruno Abraham-Kremer
Au Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre-Dame des champs - 75006 Paris
Métro : Notre-Dame des Champs - Vavin
Tel : 01 45 44 57 34
Depuis le 19 octobre jusqu'au 11 décembre 2016
Du mardi au samedi à 19 heures
Le dimanche à 15 heures

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