Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 31 janvier 2018

French Kiss

French Kiss est un spectacle musical qui est programmé 4 fois seulement et la prochaine aura lieu le 14 février, ce qui sera l’occasion d’une belle soirée Saint Valentin.

Fleur Mino y chante les sopranos de Broadway. Charmantes et sensuelles, romantiques et drôles, un brin fêlées... passionnées et parfois fragiles, elles sont irrésistiblement féminines.

La jeune femme interprète chacune de ses héroïnes avec une élégante simplicité. Son récital est une ode à l’amour, au plaisir de donner, de se donner !

La soirée commence par un instrumental plutôt enlevé qui met en valeur la différence de rapport que le musicien entretient avec son instrument.  Kevin Amos est au piano et Jennifer Hardy au violoncelle. Ils enchainent avec un second, plus mélancolique, Memory (tiré de Cats – Lloyd Webber) qui est un des airs que je trouve les plus beaux.

lundi 29 janvier 2018

Sauveur & fils saison 4 et dernière

Le premier tome de Sauveur & Fils avait été couronné au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil en recevant la Pépite 2016 France Télévisions catégorie "Grands". Le soir de la remise du Prix Marie-Aude Murail, très heureuse, avait annoncé qu'elle portait déjà dans son cœur le numéro 4. Elle avait réitéré sa promesse à la sortie du tome 3. Celui-ci arrive 10 mois seulement après la sortie du précédent, toujours à l'Ecole des loisirs. Mais que les aficionados se préparent, ce sera définitivement le dernier.

Nous sommes un peu tristes d'apprendre cette nouvelle. Mais soulagés de savoir qu’elle continuera de traiter des sujets de société qui nous tiennent à cœur comme les rapports hommes-femmes et l'éducation des garçons.

La série Sauveur aura en tout cas pointé, et particulièrement encore dans les premiers chapitres du 4, la progression du décrochage scolaire suite à un harcèlement ou en raison de l’addiction aux écrans. La manette de jeux figurant sur la couverture donne bien le ton. C’est sans surprise que le personnage de Louise (qui est un peu Marie-Aude) y peaufine un article sur le phénomène des hikikomoris (p. 43) qui commence à se faire remarquer en France.

Elle est très préoccupée par les dégâts que les réseaux sociaux peuvent faire sur les adolescents et par les cauchemars provoqués par les histoires de zombis (ce type de film est lui aussi en progression). Espérons que les parents (qui composent aussi largement son lectorat) finiront par entendre le message qui se multiplie … dans les médias. Ajouté à l‘abus de sucre et au manque de sommeil c’est effectivement toute une génération qui souffre. Je ne veux pas être trop négative mais si on ajoute la progression de l’alcoolisme il y a de quoi s’inquiéter franchement.

Les rechutes d’adolescents (une de ses jeunes patientes a recommencé à se scarifier) minent le moral de Sauveur mais son point de vue sur l’exercice de sa profession reste objectif, il n’est pas magicien (p. 263) comme il le disait déjà, avec d’autres mots, dans le premier tome : n'oublie pas même si tu es très malin que tu n'es pas tout-puissant (p. 115).

L’auteure rencontre un très large public scolaire, en France et parfois très loin. On apprend dans les remerciements qu’elle est allée l’an dernier jusqu’à Mexico. C’est ce qui lui permet d’être si proche de la pensée des jeunes. Bien sur ses enfants lui donnent aussi un éclairage, d’autant qu’ils sont trois, avec un fort écart d’âge, et donc de regard sur le monde. Sa dernière, Constance, est (c’est elle qui le dit) son éclaireuse en ce XXI° siècle, si fragile et si passionnant.

On sent l’écrivaine derrière plusieurs personnages. En particulier Ella, est une jeune fille harcelée par ses camarades de classe parce qu’elle avait une allure garçonne, et à qui elle fait gagner le concours Je bouquine … comme elle au début de sa carrière.

Elle avait été bien inspirée de faire figurer le mot "fils" dans le titre parce que cette saga est transgénérationnelle. Le terme s’écrivant à l’identique au singulier comme au pluriel, on comprend qu’il puisse s’étendre à tous les garçons que le psychologue soutient au-delà de la famille qu’il recompose.

Peut-être que ce qui est différent dans ce dernier tomme c’est la volonté de l’auteure de faire passer un message vraiment positif à travers un personnage jusque-là en demi-teinte, l’enseignante Mme Dumayet qui va initier ses à la philosophie. A propos du bonheur j’ai retenu la sagesse de Noam : le bonheur, c’est de faire des erreurs et de réussir après, là où on a fait des erreurs (p. 158) et la formule de Lazare, digne fils de Sauveur, le bonheur, c’est de donner un sens à sa vie. Le psychologue a une formule un peu différente : c’est savoir quoi faire de son malheur.

Ella déclame un texte qui parle lui aussi de cet état : Et pourtant je vous dis que le bonheur existe/ ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues / terre terre voici ses rades inconnues. (p. 232)

A peine ai-je lu les premiers mots que j’entends la voix chaude de Jean Ferrat chantant Louis Aragon. La référence au Roman inachevé aurait mérité une note de bas de page pour ceux qui voudrait en savoir plus sur ce si beau texte. La mention en remerciements est peu explicite.

C’est sur cette quête que Marie-Aude Murail achève la série. La famille est en bonne voie, … malgré les complications à venir, les larmes et les soucis qui ne manqueront sans doute pas d’advenir.

Je recommande particulièrement la lecture de la saga en famille, et tout autant d’en discuter ensuite. Espérons que les enfants-lecteurs s’en porteront le mieux possible.
 
Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail à l'Ecole des loisirs, à partir de 12 ans
Saison 1 parue en avril 2016
Saison 2 parue en novembre 2016
Saison 3 parue en mars 2017
Saison 4, en librairie depuis le 17 janvier 2018

dimanche 28 janvier 2018

Barbara, de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar

Le film de Mathieu Amalric a été présenté en ouverture d'Un certain regard au Festival de Cannes 2017. Il arrive maintenant sur nos grands écrans.

Brigitte (Jeanne Balibar), est une comédienne se préparant à entrer dans la peau de Barbara sous le regard du réalisateur Yves Zand. Elle travaille d'arrache-pied pour être prête pour le tournage de ce biopic consacré à la célèbre interprète de "L'Aigle noir".

Elle s’imprègne des images de son modèle, s’approprie ses gestes, pousse la chansonnette, tandis que le cinéaste continue de nourrir son scénario en poursuivant son enquête, en dénichant de nouvelles archives...

Ce qui est très réussi c'est l'imbrication entre le film et le film dans le film. A tel point qu'on finit par nous y perdre, ne distinguant plus la "vraie" Barbara de son interprète. On a compris que c'est volontaire et c'est parfait ainsi.

Parce que cette méthode permet d'être au plus près de l'intimité de la chanteuse. Et cela dès le générique au cours duquel on assiste à la naissance d'une chanson comme le faisait la longue dame brune en laissant des mots en suspends : la voix, ... tu vois .... (quelques notes sont jouées au piano) et on entend de nouveau la voix, ... tu vois ...., à trois reprises sans qu'on ait eu l'impression de redites.

Le processus créatif est au coeur du film. Quel que soit le domaine, chanson ou cinéma.

On surprend l'actrice jouer du piano dans une gare, comme on peut le faire aujourd'hui partout. Ses vêtements sont fantasques. Elle fait arrêter la voiture pour marcher sur le pont de Sully. Mathieu Amalric collectionne les post it sur un mur d'images. La voix de gorge de Balibar prononce la phrase devenue mythique : Je n’ose pas, je n’ose pas ... mais quand j’ose, j’ose.

Les images d'archives sont mixées avec des scènes tournées aujourd'hui. On ne cherche plus le vrai du reconstitué. On veut bien croire que ça s’est passé comme ça. Quelques moments surprennent (elle vouvoie sa mère), preuve qu'on ne savait pas tout de la vie de l'artiste. Jeanne fredonne des chansons qu'on a peu entendu dans les récitals. Comme La petite fille et le père Noël de Brassens. Il faut dire que ses reprises de Brassens sont vraiment anciennes (1960). C'était son second album.

On entendra avec autant de plaisir Du bout des lèvres et Chapeau bas.

Mathieu Amalric ne nous donne pas un biopic à voir, pas davantage qu'un documentaire, c'est étonnant, et somme toute radicalement différent de tous les spectacles d'hommage qui ont été récemment à l'affiche. Je pense notamment au très réussi Homme en habit rouge conçu par son ex compagnon Roland Romanelli (que je trouve trop "discret" dans le film, ce sera mon unique bémol). Sa Barbara est une évocation de l'essentiel, ses coups de colère, sa passion maniaque pour les courses et sa manière personnelle d'offrir des cadeaux à tout le monde.

On la voit prendre possession du plateau qui était, comme elle le disait, son navire. On l'apprécie modeste aussi : De l’Écluse au Châtelet je n’ai fait que traverser la Seine.

Le film s'arrête juste avant le concert de Pantin. Barbara est restée pleinement vivante. L'illusion est troublante et c'est magnifique.

samedi 27 janvier 2018

Et soudain la liberté de Caroline Laurent et Evelyne Pisier

Et soudain la liberté retrace l’histoire d’Evelyne Pisier et de sa mère, deux femmes puissantes en quête de liberté. Une histoire romancée comme l'avait initialement voulu Evelyne et comme a dû le faire Caroline Laurent en raison du décès prématuré d'Evelyne.

Les premières pages sont très émouvantes, relatant la première rencontre entre elles, en quelque sorte l’accouchement du projet du livre dont Caroline Laurent a rendu compte de la genèse il y a quelques jours à Antony (92), auprès des lecteurs de la médiathèque. Je vous invite à lire le billet consacré à ce moment et qui éclaire le roman.

Caroline Laurent est née en 1988. Agrégée de lettres modernes, elle est directrice littéraire aux Escales. Sa rencontre avec Evelyne a signé une amitié. Elle co-signe ici son premier roman.

vendredi 26 janvier 2018

Ruy Blas de Victor Hugo mis en scène par Vincent Caire

Ruy Blas est un drame romantique qui nous est annoncé comme étant d'une modernité absolue. En tout cas il continue de résonner parce que les questions de vengeance, de classes et d'égalité homme-femme sont d'une actualité constante.

L'action se déroule dans l'Espagne de la fin du XVIII°siècle où on peut voir que le harcèlement sexuel était déjà une faute condamnable, ... par Victor Hugo puisque c'est lui qui a imaginé l'intrigue.

On y suit les péripéties haletantes d’un héros romantique et révolté, d’un seigneur cynique et machiavélique, d’un aventurier épicurien, d’une reine prisonnière d’un amour impossible et de ministres corrompus qui pillent le pays pour assouvir leurs ambitions personnelles.

jeudi 25 janvier 2018

Une adoration de Nancy Huston adapté et mis en scène par Laurent Hatat

Je n'avais pas lu le roman écrit en 2003 par Nancy Huston. Le travail (remarquable) de Laurent Hatat m'a donné envie de me plonger dedans, et même de le lire d'une main, avec dans l'autre, le scénario écrit par le dramaturge.

Une adoration est un roman singulier qui semble avoir été conçu pour devenir une pièce de théâtre. Il s’ouvre sur une tribune où chaque personnage s’adresse à un juge silencieux (le public). Les trois membres d’une famille, Fiona la fille (Jeanne Lazar), Franck le fils (Yann Lesvenan) et Elke la mère (Océane Mozas), expriment les premiers des propos tout en contradiction et en opposition autour d’un mystère : la mort de Cosmo, l’amant de la mère.

Un amoncellement de chaises sur un banc évoquent un troquet des années 50 laissé à l’abandon, probablement le bar où Elke a travaillé. Des images en noir et blanc grésillent dans un vieux poste de télévision sur lequel la mère est assise, impassible. Deux allées jonchées de feuilles mortes se perdent au lointain. Une verrière embuée s'animera tout à l'heure des très belles images de Nicolas Tourte.

mercredi 24 janvier 2018

Le défilé de la Collection Printemps-Eté 2018 de Ziad Nakad

Pour sa collection Printemps Eté 2018, Ziad Nakad a décidé de célébrer Démeter, la puissance la plus utile pour les dieux et pour les hommes.

C'est la Mère de la Terre ou encore la Déesse du blé. Son culte est particulièrement actif dans les contrées où cette céréale se trouve en abondance, en Sicile, dans la région d'Éleusis, en Crète, en Thrace et dans le Péloponnèse.
Le fond de scène était un visuel proche de la photo que j'ai faite dans un champ en automne et l'effet est très bucolique.

A l'instar de ce que j'ai écrit à propos du défilé de Rani Zahkem je préfère publier un texte personnel accompagné par quelques-unes de mes photos même si j'ajoute des clichés officiels communiqués par Ziad Nakad pour voir les mêmes modèles sous un autre angle.

Demeter a inspiré au couturier l'emploi de teintes douces, souvent pastel comme le rose des terminaisons des grandes herbes, le vert tendre des feuilles, le turquoise d'un lagon, le bleu pâle du firmament, le jaune et l'or du blé, qu'il a associées au bronze des arbres au soleil couchant.

Pas une robe qui ne soit brodée, très somptueusement, de motifs floraux et d'épis, en hommage à la représentation la plus iconique de la déesse Déméter.
C'est magnifique, évidemment. Chaque modèle est éblouissant. La collection est toute entière composée de modèles longs. Toutes les tailles sont marquées, parfois soulignés d'une ceinture.

mardi 23 janvier 2018

Rencontre avec un omnicuiseur

J'avais très envie de découvrir davantage les bienfaits de la cuisson avec un omnicuiseur Vitalité et j'ai été très heureuse d'avoir cette occasion en me rendant à une rencontre avec son créateur, Hervé Mélledo.

Nous avions rendez-vous dans un restaurant à vocation plutôt bio dans le quartier Saint-Georges, The Cure, dont le logo ressemble à un caducée médical ... ce qui m'a mise sous influence dès la porte franchie.

D'habitude j'y vais plutôt pour assister à une pièce de théâtre. Et j'en profite pour vous recommander l'excellent Chagrin pour soi qui est encore à l'affiche.

J'étais prête à plébisciter l'excellence nutritionnelle et gastronomique d'un appareil couronné par le prix "Nutridor" 2016. Je n'ai pourtant pas été convaincue mais ce n'est peut-être que partie remise car rien ne vaut un test en conditions réelles. Je vais disposer de l'appareil quelques semaines pour faire toutes les expériences que je souhaite. Je reviendrai alors dans ces colonnes avec mes résultats, comme je l'avais fait avec un cuiseur de riz.

Mes exigences étaient peut-être trop élevées ... ou bien me l'avait-on "survendu" à grand renfort de caution médicale, de résultats d'analyses et d'argumentation par une nutritionniste, au demeurant fort sympathique.
Manger peu salé, ou peu sucré, du cuit à l'eau sans matières grasses, c'est forcément diététique. On a beau dire, le plus déterminant reste le goût. Le meilleur appareil du monde est suspendu à ce critère. Comme il s'agit d'une cuisson quasi à la vapeur le plat est dépendant de la nature des produits utilisés. Et leur emploi est lui-même soumis à nos goûts personnels.

lundi 22 janvier 2018

Le Défilé Couture de Rani Zakhem

J'ai eu la chance de pouvoir assister à deux défilés, pendant la Fashion Week haute couture, celui de Rani Zakhem et celui de Ziad Nakad dont je rendrai compte dans quelques jours.

Raconter un tel moment est un exercice difficile. Ou bien (et c'est ce que font beaucoup de rédactrices) on recopie le communiqué de presse en intercalant les photos (forcément sublimes) faites par les professionnels et envoyés par l'attaché de presse ... mais on publie dans ce cas  un article sans aucune originalité ...

... ou bien on écrit un texte personnel en utilisant ses propres clichés, forcément moins bons puisqu'on ne dispose pas du recul suffisant au moment où on les prend et surtout parce que tout le monde lève le bras pour capturer chaque instant sur son smartphone.

dimanche 21 janvier 2018

Familie Flöz dans Hotel Paradiso

Familie Flöz s'installe dans Hotel Paradiso à Bobino jusqu'au 4 février 2018 et c'est un immense plaisir de retrouver ces prodigieux comédiens-mimes qui m'avait réjouie avec Infinita au Montfort il y a quatre ans déjà. J'avais alors écrit que leur manière de jouer (sans paroles) était segmentante.

Je les ai retrouvés égaux à eux-mêmes mais avec peut-être encore un peu plus de facéties qui les rendent plus accessibles à un public non initié.

Un massif montagneux se laisse deviner à cour derrière la lumière bleutée des glaciers ; c'est que nous sommes près du paradis, dans un hôtel qui a des allures de pension de famille comme on en connaissait dans les années 45-50.

vendredi 19 janvier 2018

Claire Berest et Caroline Laurent parlent de leurs façon de travailler

Je connaissais Claire Berest que j'avais déjà rencontrée dans un salon. Et puis j'avais chroniqué un de ses romans, Bellevue. Elle a écrit avec sa soeur Anne un portrait de leur arrière grand-mère Gabriëlle Buffet-Picabia.

Je connaissais un peu aussi Caroline Laurent avec qui j'avais discuté à l'occasion des 68 premières fois puisque son premier roman Et soudain la liberté avait été remarqué par ce collectif de bloggeurs (que je vais d'ailleurs rejoindre).

J'étais donc très heureuse d'assister à leur face à face à la Médiathèque d'Antony (92). La soirée promettait d'être intéressante. Elle fut bien plus que cela.

Chacune d'elles a écrit "à quatre mains". L’expression est musicale et on comprend bien qu'il s'agit de l'association de deux personnes. On l'emploie aussi en littérature pour désigner l’écriture d’un livre par un duo d’écrivains. C’est d’autant plus juste qu’aujourdhui, en utilisant un clavier chacun emploiera ses deux mains.

Les deux jeunes femmes étaient invitées pour raconter la genèse de leurs romans et leur manière de travailler. La rencontre fut passionnante en raison de leurs propres personnalités et de celles des sujets dont elles font le portrait dans leurs livres. Gabriëlle comme Et soudain la liberté sont deux ouvrages dont la lecture vous emporte ailleurs.

jeudi 18 janvier 2018

Un second Melt à Paris, aux Batignolles

Melt signifie fondant et pour être fondante la viande du second restaurant de ce nom l'est sans conteste. Le premier est installé sur Paris, dans le quartier d’Oberkampf. Le second vient de voir le jour, un an après, dans un décor très différent, dans la portion dynamique du quartier des Batignolles, tout près du studio Hébertot où je vais si souvent.

Tous deux ont en commun de sacraliser la viande telle qu'on la déguste au Texas, où l’art du BBQ est très développé.

Je suis allée à l'inauguration et j'ai pu gouter à plusieurs spécialités. Il ne faut pas complètement se baser sur les photos prises ce soir là en terme de quantité dans l'assiette (façon de parler car vous verrez qu'il n'y en pas chez Melt) mais elles rendent compte d'une ambiance.

Antoine Martinez a eu l’idée d’importer la technique de cuisson texane par la fumée de chêne en France après avoir travaillé à New York avec ceux qui allaient devenir ses associés. Son modèle est le Mighty Quinns qu’il a découvert dans East Village.

mercredi 17 janvier 2018

Bakhita de Véronique Olmi

Bakhita est un livre qui ne s'oublie pas. L'écriture de Véronique Olmi est prodigieuse et le sujet est bouleversant. J'ai dû me retenir à plusieurs moments de mettre les mains sur les yeux, comme un enfant le fait entre lui et un écran quand les images lui sont insupportables.

Le livre raconte l'histoire réelle de Joséphine Bakhita, née en 1888 au Soudan, province du Darfour, à Olgossa, près du Mont Agilerei, dans la tribu nubienne des Dagiù.

Elle a été enlevée à sept ans dans son village et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un (autre) pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Elle est canonisée en 2000 par le pape Jean-Paul II.

Bakhita est donc le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Véronique Olmi a reçu pour ce livre le prix du roman Fnac, succédant à Gaël Faye récompensé l'an dernier pour Petit pays (Grasset), qui se situait également dans une Afrique difficile à vivre.

Le roman a également été plébiscité par les bloggeurs littéraires.

Bakhita est le nom qui a été donné par ses kidnappeurs à la petite fille qui avait tout oublié de sa prime enfance, jusqu'à son nom. Il signifie la chanceuse, ce qui est vrai si on considère qu'avoir survécu était improbable après avoir été vendue et achetée 5 fois jusqu'à l'âge de 16 ans, avoir traversé les continents, un siècle, deux guerres mondiales, avant d'entrer dans un couvent en Vénétie. Il s'agit d'un roman mais c'est une manière d'approcher l'enfer et le paradis de cette trajectoire hors du commun, découverte presque par hasard par la romancière à la faveur d'une visite de la petite église de Langeais, en Touraine, où figure son portrait puisqu'elle est la patronne du lieu.

Véronique Olmi a fait un travail remarquable et il était logique qu'elle en soit récompensée. Elle est partie des quelques dates biographiques lues à Langeais et a remonté le cours de l'histoires, jusqu'aux pratiques d'esclavage au Soudan à la fin du XIX° siècle. Elle s'est aussi rendue en Italie, dans les lieux où avait vécu son héroïne, a visité les couvents. C'est ce qui lui a permis de rendre la force intérieure de Bakhita qui a toujours été portée par la certitude que la vie est un cadeau.

Bakhita de Véronique Olmi, Seuil, prix du roman FNAC 2017 et Prix des bloggeurs littéraires.

mardi 16 janvier 2018

Galette et pétillant de Silve

J'avais déjeuné en début de mois chez François Gagnaire dans le restaurant où il officie à la gloire de sa région, Anicia.

L'été il fait une tarte à la pulpe de lentilles et aux myrtilles. En hiver c'est la galette des rois, selon une technique proche, ... avec un petit secret malgré tout. Et je suis revenue spécialement pour la déguster. 

Le chef patissier la prépare vers 14 heures pour qu'il ne soit pas nécessaire de la réchauffer à l'heure du goûter.

Si elle brille tant c'est parce qu'elle est lustrée au sirop de marron confit de chez Imbert.

Tout le monde ne peut pas boire du champagne pour accompagner une galette. Pour de nombreuses raisons : le coût, la santé, l'interdiction religieuse de consommer de l'alcool. Il est essentiel aussi de disposer d'un breuvage qui rassemble enfants et adultes et qui s'accorde avec le dessert.
Les vergers de la Silve apportent une alternative très intéressante. Tout d'abord avec un jus de pomme 100% naturel qui procure le sentiment de croquer dans le fruit, avec la présence d'une agréable acidité.

lundi 15 janvier 2018

Les reines de Normand Chaurette

Je suis allée voir Les Reines à la Manufacture des oeillets, un lieu au passé industriel, réhabilité en espace culturel, pour le Théâtre des Quartiers d’Ivry, qui convient très bien à la création et qui n'est pas encore très connu parce que son ouverture est récente (décembre 2016). Ensuite parce que c'est en banlieue, proche, mais en banlieue tout de même et que le public est un peu frileux pour se déplacer, ce que je regrette infiniment, d'autant que c'est tout à fait accessible en métro.

Le nom m'évoque la Révolution des oeillets, mais cela n'a rien à voir ... quoique le spectacle des Reines se situe en pleine guerre civile des Deux-Roses qui déchire l’Angleterre depuis 1455.

Ce qui était fabriqué ici c'était des oeillets ... métalliques, ceux qui consolident les trous pratiqués dans du tissu ou du cuir, pour y faire passer un lacet, un cordage (mot prohibé au théâtre). Et il faut se réjouir que le Théâtre des Quartiers d’Ivry dispose enfin d’un lieu autonome où regrouper toutes ses activités de création et de production, de formation professionnelle et amateur, et de rencontres.

On entre dans la vaste Halle dotée d’un bar et d’une librairie, destinée à l’accueil du public, où pourront avoir lieu des rencontres, débats, cafés philosophiques et littéraires. On accède par un escalier à la Fabrique, qui est la grande salle de 400 places (mais il existe aussi Le Lanterneau, d’une centaine de places) surmontée de coursives qu'Elisabeth Chailloux a judicieusement exploitées.

Elle s'est entourée de fidèles collaborateurs comme Yves Collet, artiste associé au Théâtre des Quartiers d’Ivry depuis de nombreuses années, qui signe également la création graphique du théâtre, comme Dominique Rocher, et, il faut lui rendre hommage, Adel Hakim qui a pu participer à sa dernière collaboration artistique. Le co-directeur nous a quittés à la fin du mois d'Août 2017.

On nous dit que la scène se passe à Londres le 20 janvier 1483 mais ce que la metteuse en scène nous propose est résolument (et heureusement) contemporain. D'abord par un texte écrit en 1991 par Normand Chaurette à partir de Richard III et qui l'a conçu uniquement pour des femmes. Né en 1954 à Montréal, cet auteur, également romancier, connu pour ses traductions de Shakespeare, a fourni une des plus fortes et des plus singulières oeuvres de la dramaturgie québécoise.

Ensuite par la scénographie qui suggère très bien les souterrains d'un donjon et une brume qui d'emblée fait penser à la capitale anglaise, ce que renforce le souffle d'un vent qui ne cesse jamais. Elle s'inscrit dans la tradition du théâtre dit élisabéthain en vogue du temps de Shakespeare avec une scène centrale entre deux rangées de spectateurs. Yves Collet a choisi aussi des douches de lumière pour diriger le regard du spectateur. Même les saluts sont savamment orchestrés, faisant apparaitre chaque femme dans une découpe qui fait penser aux globes de verre d'un cabinet de curiosités.

Les costumes de Dominique Rocher sont situés entre le XV° par la présence de corsets, et surtout de fraises, mais ne dénotent pas à notre époque. Elle a dessiné de longues manches pour couvrir les mains coupées d'Anne Dexter (Bénédicte Choisnet​) et lui donner une allure d'oiseau lorsqu'elle s'élance en patins à roulettes.

Il n'y a pas de décor à proprement parler et le dépouillement témoigne de la précarité du statut de reine. Certaines en portent le titre sans en avoir la couronne. Quelques objets seront utilisés, avec une forte symbolique. Un globe terrestre représentera les voyages et l'impossible retour en Anjou de Marguerite (Laurence Roy​). Un fauteuil symbolise le trône sur lequel la Duchesse d'York (Sophie Daull​) aura régné l'espace de dix secondes. Il sera renversé rageusement par Anne Warwick (Marion Malenfant​) à l'annonce officielle de la mort du roi. Elisabeth (Anne Le Guernec) portera un diadème quelques minutes. Isabelle Warwick (Pauline Huruguen​) arrivera sur scène encombrée de  deux bocaux de verre transparent, comme ceux qu'un museum emploie pour conserver des animaux dans le formol, mais ici gigantesques pour contenir les deux enfants d'Elisabeth assassinés par leur oncle Richard. Anne Dexter et Anne Warwick auront auparavant fait leur entrée sur scène chaussées de patins à roulettes.
Certains détails agaceront. Je les ai appréciés. Pour leur décalage et leur pertinence qui nous fait réfléchir sur les résonances que cette pièce peut avoir à notre époque qui, à sa manière connait une certaine forme d'épouvante, même si elle diffère de celle qui règne sur le palais londonien.

Le propos est dur. Les empoignades s'enchainent sans concession. Mais le traitement n'exclut pas l'humour et là encore on peut louer le parti-pris choisi par Elisabeth Chailloux de faire émerger le comique. Comme faire résonner jusqu'à l'obsession le God Save the Queen systématiquement après le mot "reine" ou songer à une chansons de Catherine Ringer des années 80 pour ouvrir en quelque sorte le bal alors que les deux Anne patinent. Egalement ce clin d'oeil d'Isabelle au public quand elle soupçonne que des oreilles les regardent et des yeux les écoutent.

Le second degré affleure avec bonheur. Il faut entendre avec attention Marguerite décrire la mort.  Et goûter le moment de tendresse que la muette Anne Dexter partage (enfin) avec sa mère en recouvrant la parole. C'est que les six comédiennes sont de sensibles et flamboyantes interprètes d'un texte magnifique.

Et que les images qui nous sont proposées sont d'une cruelle beauté.

Pendant que le roi Édouard agonise, six femmes s’agitent et s’affolent, qui toutes convoitent le trône d’Angleterre : la reine Elisabeth, les soeurs Anne et Isabelle Warwick, la reine Marguerite, Anne Dexter et la vieille duchesse d’York âgée de quatre-vingt-dix-neuf ans qui s'acharne à vivre. Immortalisées par Shakespeare, ces reines, triviales et somptueuses, se réincarnent pour perpétuer toute la déraison et la cruauté de leurs exigences tragiques.

Puisque comme le déplore l'une d'elles : notre vie sur la terre est un mensonge, lambeaux que nous sommes.

Il ne faut pas passer à coté d'elles car elles sont bien vivantes !
Les Reines de Normand Chaurette
Mise en scène Elisabeth Chailloux
Collaboration artistique Adel Hakim
Scénographie et lumières Yves Collet
Costumes Dominique Rocher
Son Philippe Miller
Vidéo Michaël Dusautoy
Maquillage Nathy Polak
Marionnettes Einat Landais
Manufacture des Oeillets -​Théâtre des Quartiers d'Ivry
Place Pierre-Gosnat, Ivry-sur-Seine (94). Tél : 01 43 90 11 11
Jusqu’au lundi 29 janvier à 20 h, samedis à 18 h, dimanche à 16 h
avec Bénédicte Choisnet​ (Anne Dexter), Sophie Daull​ (La duchesse d’York), ​Pauline Huruguen​ (Isabelle Warwick), Anne Le Guernec (la reine Elisabeth), Marion Malenfant​ (Anne Warwick) et ​Laurence Roy​ (la reine Marguerite) ​
Les Reines de Normand Chaurette ont été publiées aux Editions Léméac/Acte Sud-Papiers
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Nabil Boutros

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