Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 6 décembre 2008

Il était une fois en pays lorrain... Saint Nicolas

De tous les personnages associés à Noël il en est un qui a une place de choix dans l'Est de la France et dans les pays nordiques et germaniques, c'est Saint-Nicolas. Sans doute parce qu'avant de rejoindre ses compagnons de légende (la Befana en Italie, Baba Yaga en Russie, le père Noël aux Etats-Unis...) il a réellement existé. Né vers 270 à Patare, en Lycie (Turquie actuelle) il deviendra évêque de Myre. On fixe sa mort vers 329 un 6 décembre. Un certain nombre de miracles lui sont attribués et sont tous associés à des actions charitables envers des enfants. Il est donc naturellement devenu leur saint patron.

Les petits enfants lorrains ont bien de la chance puisqu'ils reçoivent des cadeaux le 6 décembre avec une vingtaine de jours d'avance par rapport aux offrandes classiques. S'ils ont été sages ils n'ont rien à craindre. Mais si ce n'était pas le cas le père Fouettard se chargerait de les sermonner.

C'est Tom Novembre qui m'a appris comment Saint-Nicolas avait choisi son compagnon de route. Souvenez- vous de l'histoire : ils étaient trois petits enfants qui s'en allaient glaner aux champs. S'ensuit une mésaventure qui ressemble à celle du petit Chaperon Rouge. Sauf que cette fois c'est un boucher qui recueille les enfants perdus. L'évêque les ramènera à la vie. Le boucher sera condamné à prendre soin de l'âne de Saint Nicolas toute l'année et à interpréter pour l'éternité le rôle du méchant.

N'est-il donc alors pas injuste que ce soit la figurine du Saint que l'on modèle en pain d'épices pour le dévorer à pleines dents ?

jeudi 4 décembre 2008

Carrousel des Métiers d'art et de création

Il rassemble 350 exposants au Carroussel du Louvre depuis le 3 et jusqu'au 7 décembre (entrée libre)

Le Québec est l'invité d'honneur avec des artistes qu'il ne faut pas manquer ...

Parce qu'ils sont venus avec des pièces magnifiques.

et parce que leur léger (ou strong, cela dépend) accent est toujours une promesse de dépaysement.


Je retiendrai deux créatrices aujourd'hui. Il faut bien faire des choix.

Ici Janine Parent, céramiste, qui explique avec passion la technique du raku à des visiteurs.

Son site est très onirique. On regrette qu'elle n'ait pas (encore) de points de vente en France, en dehors de l'expo au Carrousel.




Karina Guevin propose des bijoux de verre. Vous ne risquez pas de la trouver sur Internet facilement. Elle se cache dans un collectif d'artistes.
Qui figure à l'adresse http://www.glassartists.org/ Regardez. Admirez.
Elle fait des bagues (énormes), des bracelets et des colliers beaux comme des parures.
Parmi les Français (je pourrais d'emblée mettre le féminin car je m'aperçois que je reviens avec uniquement des adresses de femmes. J'ose dire que c'est un hasard) une place de choix s'impose à Nathalie Fieno. Une mosaïste qui utilise aussi bien le marbre, le grès, la pâte de verre mais aussi des matériaux de récupération comme les composants électroniques ou les assiettes de faïence anciennes...
... qui deviennent de petites merveilles. Allez donc voir ses meubles et ses coffrets sur son site. Ils donneraient la vocation au plus maladroit d'entre nous. Elle vient d'être médaillée par la Ville de Paris alors nous la reverrons bientôt. Son atelier se trouve en Arles, 46 rue Sénebier.

J'ai rencontré d'autres mosaïstes de talent, qui sont installées en région parisienne, les unes au sud, les autres au nord, et j'espère avoir l'occasion d'aller leur rendre visite autrement qu'en coup de vent.

Comme le duo des Flocats, 13 rue Vandrezanne, 75013 - 01 45 81 15 90
Stand C36 à D 31 : Sylvie Desseaux, 2 route de Maison Blanche, 78320 Lévis Saint Nom. Vous pouvez avoir une idée de son style sur air de mosaique.com
Catherine Coudert, 9 rue du Moutier - 95510 Vetheuil - 01 34 78 10 09
Stand B3 : Marie Minhac, 106 rue Pierre-Joigneaux - 92270 Bois-Colombes - 06 76 04 79 84 dont le site témoigne de sa patience et de son goût pour la miniature.

Comme céramiste, citons rapidement Delphine Iskandar qui se trouvait le week-end dernier à la kermesse Steiner. Le monde est petit comme on s'en rend souvent compte ... je rappelle le site de cette artiste de Calvignac elle aussi pratiquante du raku, mais selon une technique différente de celle de Janine Parent.
Pour faire le pendant (d'oreille) à Karina Guévin parlons de la Verrerie d'art de Soisy-sur-Ecole où l'on peut observer les verriers en plein travail, avant d'aller se promener dans la forêt de Fontainebleau toute proche. Renseignez-vous : on y fera des stages de fusing pour les enfants pendant les vacances de Noël.
350 exposants, cela donne un peu le tournis. Chacun fera ses choix au gré des allées. Dehors le plan d'économie d'énergie est opérationnel et la Tour Eiffel se fait discrète en habit bleu.

mercredi 3 décembre 2008

40 ans de films publicitaires à la télévision 1968-2008

C'est ce que le Musée des Arts Décoratifs offre au grand public depuis le 3 décembre alors que le gouvernement supprime la publicité des chaînes publiques. On pourrait se poser la question de savoir s'il y a un lien de cause à effet entre les deux.

Initialement, donc dans les années 68, la publicité de marque n'est autorisée que pour 2 minutes par jour. Actuellement elle est de 6 minutes ... par heure. Mais le 8 janvier 2008 le niveau devrait repasser à zéro.

Le débat, à l'époque était de savoir si la publicité n'allait pas avoir un effet contre-culturel à ce grand projet (culturel) qu'était la télévision. Plus tard on s'interrogea sur l'influence de l'art sur la publicité et vice versa. Les budgets consacrés aux tournages des films publicitaires des années 80 atteignirent des sommets. Avec l'arrivée du numérique les scénarios ont pu se complexifier sans que cela ne coute très cher.

Les temps ont bien changé. (Mais la publicité mensongère reste toujours interdite). C'est ce que démontre le montage de 20 minutes qui tourne en boucle et sans interruption possible dans la grande salle du Musée de la publicité. L'inconvénient du système c'est qu'on prend le train en marche sans repère de date.

Difficile de décrire la succession des films sans les montrer. L'intérêt est
  • *de rappeler les premiers films (en noir et blanc, la couleur n'étant apparue qu'en 1971), notamment pour le fromage Boursin (avec l'acteur Jacques Duby, pour Publicis)
  • *de rappeler que dans les premiers temps le nom de la marque était littéralement martelé (jusqu'à 50 fois en 15 à 20 secondes)
  • *l'exploitation des stéréotypes (Mousline et les contes traditionnels)
  • *le culte de la jeunesse et du sport (Boire Vittel et bouger)
  • *d'avoir juxtaposé des parti-pris différents (soit une approche choc, soit une approche intime pour parler du sida ou de la pauvreté),
  • *d'avoir sélectionné des films-cultes comme Pliz (avec l'actrice qui glisse sur la table pour la lustrer), Panzani, Vedette (avec la mère denis, véritable lavandière du village d'enfance du directeur de l'agence de pub, choisie pour rassurer une clientèle effrayée par la technologie), Cadburry (dis tu peux pas les faire un p'tit peu plus grand tes gâteaux, Monsieur Cadburry ? demande toujours le blondinet), Dolce Vita de GDF, les Chevrons sauvages de Citroën (budet de 3 millions de francs, 460 000 euros d'aujourdhui, qui réclama trois jours de tournage avec 100 chevaux, ce qui se ferait maintenant avec quelques clics de souris ) ou le film le Ballet pour Evian avec les bébés nageurs (tourné par Jean-Pierre Roux pour RSCG en 1998)
  • *de rappeler combien la pub s'inspire du cinéma, par exemple la Peugeot 205 avec l'univers de James Bond, ou encore le détournement de la Marche de l'empereur (filmé au premier degré) pour Canal + en 2005 par Jonathan Kneebone pour RSCG
  • *mais aussi aujourd'hui de l'univers des jeux vidéo
  • *de montrer les évolutions technologiques et en quoi leur utilisation a eu des conséquences sur le plan artistique et financier
  • *de montrer certaines prouesses comme celle de faire considérer des articles bas de gamme comme "stylés" (saga Eram)
  • *de révéler des films qui étaient passés inaperçus comme la pub pour Hollywood où la Statue de la Liberté devient un vrai personnage qui vit plusieurs aventures, grâce à l'imagerie de synthèse
  • *de montrer des films qui ont été primés
  • *des films de réalisateurs venant du cinéma, de la musique (Jean-Paul Goude), de l'art-vidéo ( Mondino, avec la gratounette de Spontex) ou qui sont ensuite passés au cinéma (Etienne Chatilliez, le metteur en scène de La vie est un long fleuve tranquille)
  • *des spots ciblés "adulescents" : il n'y a pas que les enfants qui rêvent de jouets promet Orange (Publicis, film de Philippe André, 2007)
  • *ou des films très originaux comme celui d'Amnesty "vos signatures ont du pouvoir" montrant comment une profusion de feuilles de papier (des pétitions) peut suffire pour s'interposer entre un homme condamné à mort et la balle qui a été tirée sur lui.
L'exposition s'organise aussi autour de 3 groupes de bornes video fonctionnant en projections simultanées :
  1. - 4 postes qui retracent chacun une saga célèbre : Dim/Eram/Badoit/Orangina
  2. - 4 postes qui retracent la totalité des films réalisés par d'illustres publicitaires : Jean-Paul Goude/Gérard Pirès/ Jean-Baptiste Mondino/ Etienne Chatilliez
  3. - 3 postes autour de réalisateurs de la nouvelle génération
Je suis passée de l'une à l'autre "au petit bonheur". Impossible de zapper. Impossible de tout regarder. Impossible de faire un arrêt sur image. Il a donc fallu à la fois regarder la télévision, choisir ce que je voulais garder, cadrer et déclencher. Et comme vous le savez, en pub il n'y a pas de plans de plus d'une seconde et l'image bouge tout le temps. J'ai eu de la chance de réussir quelques photos qui permettent d'illustrer le propos.

En 2003, Bruno Aveillan tourne dans le désert de Namibie, un film pour le parfum Mahora de Guerlain auquel participe le Land artiste Nils Udo (agence Opéra), regardable sur You tube
Michel Gondry a réalisé le spot Marienburg,
pour Smirnoff (médaille d'or à Cannes et Clio Award)…
également le film Levi's Mermaids
(médaille d'argent au Clio Awards, Médaille de bronze à Cannes)
des sirènes s'attaquent au jean d'un beau jeune homme, film tourné dans l'eau, une prouesse ...
un peu "osé" mais tout à fait regardable même à une heure de grande écoute
Wilfrid Brimo pour Aides, agence TBWA en 2005
Orange Kids, film d'Antoine Bardou-Jacquet,
Production: Partizan Midi Minuit pour Live Box d'Orange
Pour le lancement de la nouvelle Citroën C4, l’agence Euro 27 a confectionné un film en 3D avec la collaboration de Wilfrid Brimo (prod : Wanda) et de Buff. Un spot axé autour de la technologie de la marque aux chevrons, illustré cette fois par une analogie entre les puces électroniques et les humains. Sur un air des Clash (The Magnificent Seven), les puces paradent, portant un appareil photo jusqu’aux roues d’une voiture exposée dans un centre d’essai.
L’une des puces pose alors devant la roue, sous les flashs de l’appareil pour illustrer la signature "La technologie peut être fière d’elle". Le film entier se trouve sur le site de culture pub à cette adresse

1994 avec un film d'Alain Chabat pour Orangina.
C'est lui qui a le mieux illustré le concept du secouez-moi en créant les personnage-bouteilles.
Jean-Paul Goude réalise le film La Piscine en 1984 en féminisant l'image du garçon de café
Il enchaine avec une publicité pour la Citroen CX où apparait Grace Jones
Une salle "médiathèque" offre 12 postes informatiques permettant l'accès à une banque de données complémentaires. Je reviendrai sur le sujet dans quelques jours avec un petit résumé des relations qu'entretient la télévision avec la publicité depuis 50 ans.

Exposition jusqu'ua 12 avril 2009 Aux Arts Décoratifs - Publicité
107 rue de Rivoli 75001 Paris Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

mardi 2 décembre 2008

Diterzi on the rocks

Que Claire Diterzi se rassure : elle n'est pas une chanteuse ordinaire. Le concert qu'elle a donné ce soir à Antony (92) en interprétant une majorité de titres du dernier album Tableau de chasse (mais pas que) en est une preuve vivante. Elle le dit elle-même : toute petite, je ne voulais rien faire comme tout le monde.
Elle apprend la guitare toute seule, en accompagnant des airs de Maxime Le Forestier avec ses camarades de colonie de vacances. Elle pratique la danse, suit des études de graphiste, et rêve de pouvoir chanter aussi bien que Kate Bush (on se souvient de Babooshka), Björk, et surtout Jevetta Steele, l'interprète de Calling You, la mythique chanson du film Bagdad Café.

Ce qu'elle nous donne à voir n'est pas "aussi" bien. C'est le niveau supérieur. Autant vocalement que visuellement. Claire Diterzi réussit, à force de travail sans aucun doute, à conjuguer tous ses talents et à en faire la synthèse dans ce dernier concert.

« J’ai voulu m’appuyer sur du beau, de l’émotion, pour m’abriter de la médiocrité ambiante, et stimuler une curiosité sans cesse menacée par la télé. » Une approche à la fois artistique et militante. Mais le plus simple c'est encore de vous faire écouter cette interview publiée sur Dailymotion en vous recommandant de patienter au-delà des premières secondes. Vous découvrirez l'univers de cette artiste complète et difficilement classable dans le rock et la variété française. Appréciez l'humour des paroles des Bonnes Soeurs à la cinquième minute, simplement rythmées de claquements de doigts. Puis le décalage voulu avec un court extrait de la Vieille Chanteuse que plus loin je vous livre in extenso.


Revenons à Antony. Un écran démesuré est dressé coté jardin. La batterie campe coté cour. Claire Diterzi apparait d'abord de dos, sur l'écran, qui la révèle en pleine séance d'enregistrement dans son domicile transformé en studio.

La caméra tourne autour d'elle, surprend un geste, saisit un sourire. Cela tient de la videoperformance comme on en voyait dans les années 80 dans les festivals. Mais l'arrivée du numérique permet de décupler les effets, de les sélectionner au centième de seconde près. Du coup toutes les influences se conjuguent. La voici de face croquant une pomme. On suit le film comme un jeu de pistes. Le mot odalisque se laisse deviner. Elle entre en scène, cheveux auburn, dans une robe en peau de vache , les épaules offertes. Elle chante en répondant à son double cinématographique. C'est comme si elle était sa propre muse dans une mise en abîme vertigineuse.

Cela pourrait être nombriliste. Cela pourrait devenir très technologique. C'est précisément artistique. Tout est travaillé, revisité dans les moindres détails. Même les chœurs, qui se démultiplient. Et faire chanter des choristes assises sur un canapé, il n'y a que Claire Diterzi pour oser le faire. Et cela fonctionne !

La chanteuse a une énergie pharaonique. Qu'elle communique à son groupe et à la salle. Elle achève ses chansons avec un cri de guerre. Elle est à la chanson ce que le synthétiseur est à la musique. Totalement multiple. La sonorité est très rock mais on se surprend à lui trouver des intonations slaves ou irlandaises. Surgissent des sons qui résonnent comme des flamencos, comme des circuits ferroviaires, comme des chevauchées fantastiques. Les attitudes ont fait un emprunt au monde de la danse, à celui de la mode, sans oublier la peinture et le cinéma.

Ce qui dérange par contre, c'est le niveau sonore (on ne dira jamais assez aux musiciens de ne pas monter les décibels à de telles hauteurs, point de vue largement partagé par les spectateurs.) et la difficulté à comprendre les paroles. Les textes des chansons ne sont pas très faciles en soi. Ils méritent d'autant plus d'être entendus. Les applaudissements furent plutôt calmes au début.

Claire Diterzi a du se douter de quelque chose en nous confiant que cela allait lui être "super dur de parler avec son public". Alors elle fait le clown pour présenter "A quatre pattes" en tirant des coulisses Cindy la Bimbo et Carla la Bimbo. Elle raille ses choristes avec jubilation . La quatrième chanson l'essoufla. "Faut être un peu Madonna pour chanter çà quand même" dit-elle en se moquant de son interprétation avant d'enchaîner sur une chanson plus calme. Elle annonce "Charlie, les copains !" qu'elle chante d'une voix cristalline. Allez juger sur son site ! (il est visuellement très esthétique, documenté et on peut écouter des extraits dans une excellente qualité sonore)

Rupture de ton avec les Repas de famille qui commencent bien
Politiquement correct, y a les p'tits plats dans les grands
Tout le monde est réuni un dimanche midi
Emotionnellement correct, on parle d' la pluie et du beau temps
La télé est allumée, faut s'y résigner
pour se terminer mal, dans une ambiance "à vomir", avec un juron, sur une musique qui n'est pas sans rappeler le très connu We will rock you de Queen (souvenez-vous c'est celle là même qu'Evian a reprise pour ses spots publicitaires)

L'instant d'après c'est alternativement à Elie Medeiros, Olivia Ruiz, puis à Catherine Ringer que l'on pense. Elle braque le projecteur sur le public. Les percussions résonnent. Ah, çà défoule, s'exclame-t-elle avec satisfaction. Est-ce pour se reposer qu'elle annonce ironiquement l'heure de la chanson con, qui fait pas de bruit ... the song of love for you tonight. Cette fois c'est Loreena Mc Kennitt qui se serait mise à vocaliser un medley pour un soap américain. Claire Diterzi maitrise à fond l'exercice du sampling ... point commun avec Anaïs d'ailleurs.

La voilà maintenant qui sollicite ses cordes vocales à plein. Je crois voir sur scène la minuscule Mitsou, que j'avais découverte à Fontenay-aux-Roses il y a trois ans en concert avec les Gens de passage, interprétant Ederlezi (la célébrissime musique du film le Temps des Gitans. Frissons assurés) ou Jaimo. D'autres ont senti une inspiration corse. L'humour du texte est décapant :
Je t'aimerai toute ma vie
Pomme S
Je fais sans doute une énorme connerie
Pomme Z
Mais je nous quitte
Pomme Q
Pour la voiture, on fait un week-end sur deux
Et la moitié des vacances scolaires
Par contre, je garde le chien
Évidemment il faut être ou avoir été utilisateur de Mac Intosh pour saisir la subtilité, laquelle va loin puisque le trognon de pomme est en bonne place sur son site officiel. On peut aussi penser à la gestuelle, à la coiffure et au timbre de voix d'une très célèbre femme politique qui s'est prise il y a quelques jours pour une Cyrano féminine. Sauf si toute ressemblance avec quelqu'un existant réellement ne serait que fortuite ...

Elle enchaîne avec l'Epave. La voix monte. Les tambours cognent comme une marche militaire. On se dit qu'elle pourrait lever une armée entière. Quelle force dans cette femme fine !
Si tu m'abandonnes
Ô mon amour,
De marbre je resterai
Si tu m'abandonnes
À mon sort d'albâtre
Je me tairai
Mais si tu me couronnes
À tes côtés
Je me prosternerai
Changement de décor. Autre robe, simplement toute noire. Autre ton. Virage radical. Référence aux années Rossi, Tino Rossi. C'est la romance de la Vieille chanteuse. Hommage aussi à sa région d'origine, la Touraine. Pas de doute, Claire Diterzi est une "tenace". Avec un petit air cette fois de Valérie Lemercier qu'on imagine très bien exécuter pareil numéro. Le son craque comme un 78 tours. C'est irrésistible. On y va ?

Après cela, fausse sortie. C'est le traditionnel jeu des rappels. Claire permet 3 choix à son public, comme une bonne fée autoriserait 3 souhaits. Une voix réclame le Pont d'Avignon. Refusé. Je me souviens de la neige. Approuvé ! Infidèle. Cela fait deux. Une négociation difficile s'engage, par plaisir de part et d'autre. Billy the Kid mettra tout le monde d'accord. C'était pas un petit gars d'Antony celui-là ...
Même avec la fumée (demandée par la chanteuse) les paroles n'édulcorent pas la situation :
Je me souviens de la mer et de tes mains sur mon corps
Qu'est-ce que tu lis sur ma chair, les ecchymoses du remords

On ne peut pas dire que la suivante soit plus optimiste mais l'interprétation est devenue romantique :
si les tissus de ma peau se flétrissaient
que les soins de mon visage se désagrégeaient
si les nœuds de tes élans se relâchaient
que le feu de nos démences s'étouffait en silence, serais tu ?
en silence serais tu ? infidèle ?

Le public continue à réclamer le Pont d'Avignon. Refusé encore et encore. Allez donc voir Franck Monnet qui vous la chantera mieux que moi ! Je peux faire ce que je veux , je suis la leadeuse (la chef) dit-elle en défense. (Pour la petite histoire la maison de disques avait censuré la chanson qu'il avait écrite. Il ne peut la chanter qu'en concert. Mais Claire Diterzi a pu l'ajouter in extremis à son album Boucles)

Les spectateurs ne veulent pas quitter la salle. Claire Diterzi peut être fière. Elle a largement dépassé ceux qu'elle cite en modèle. Alors elle annonce "un truc de femme hypra sensible", une berceuse qu'elle chante en s'accompagnant à la sanza, démontrant que même avec de touts petits moyens c'est toujours une grande chanteuse :

rapsodie, dodécaphonie, aria,
requiem, toccata, sonatine, oratorio
la musique adoucit les moeurs
Encore un rappel qui nous vaut le surnom de "Antony superglu ce soir". Elle reprend le texte précédent qu'elle nous susurre presque a capella, les yeux dans les yeux. Puis nous offre un dernier petit air de musique pour la route. "Merci beaucoup de votre curiosité" dit-elle en saluant avec choristes et musiciens. Nous sommes autorisés à penser que le projet a bien été vécu et partagé sur scène ce soir et que le plaisir a été réciproque.
De droite à gauche : Anne (violoniste), Delphine (guitariste), Diane, Claire, Etienne (batteur) et Nathalie. Beaucoup de femmes travaillent sur la tournée. Un hasard expliquera Claire.
Elle surgira, tout sourire et fraîche comme une rose, après le concert dans le hall du théâtre pour discuter avec ceux qui avaient envie de lui parler. On en oublie toutes les questions qu'on aurait voulu lui poser. Mais on se reverra un jour ou l'autre ...

Merci à Diane d'avoir pris pour moi cette photo d'elle avec Nathalie.

Vous avez manqué Antony. Consolez-vous. La tournée sera longue :
13 déc. 2008 20:00 THEATRE ANTOINE VITEZ IVRY SUR SEINE (94)
16 janv. 2009 20:00 THEATRE SILVIA MONFORT YSEURE (03)
17 janv. 2009 20:00 LE PRISME ELANCOURT (78)
20 janv. 2009 20:00 THEÂTRE DE BOURG EN BRESSE BOURG-EN-BRESSE (01)
21 janv. 2009 20:00 LE DOME THEATRE ALBERTVILLE (73)
22 janv. 2009 20:00 LE TRAIN THEATRE PORTES-LES-VALENCES (26)
23 janv. 2009 20:00 THEATRE DURANCE CHATEAU-ARNOUX (04)
24 janv. 2009 20:00 THEATRE LA PASSERELLE GAP (05)
29 janv. 2009 20:00 APDCV / L’ATELIER A SPECTACLE VERNOUILLET (28)
30 janv. 2009 20:00 SALLE JEAN CARMET ALLONNES (72)
31 janv. 2009 20:00 NOUVEL ESPACE CINEMA ARGENTEUIL (95)

lundi 1 décembre 2008

KERMESSE de NOEL à l'école Rudolf Steiner

Elle a lieu traditionnellement le dernier week-end de novembre à Verrières-le-Buisson de 14 à 18 heures. M'y rendre une de ces deux après-midis est un passage "obligé" depuis une quinzaine d'années. Ce rituel donne le signal de l'hiver, le vrai, celui qui vous donne l'onglée (les doigts gelés) le matin, mais qui apporte son cortège de fêtes aussi.

Je n'entretiens le reste de l'année aucun lien particulier avec cet établissement dont je connais à peine les méthodes pédagogiques. Je sais qu'elles sont originales et controversées, que les frais de scolarité sont prohibitifs, que les élèves sont plutôt originaires de milieux dits favorisés. Mais cet endroit représente pour moi toute autre chose. C'est un vrai coin de campagne où le rapport au temps devient différent.
Une étoile de feuilles mortes a été dessinée sur l'herbe encore verte. Pour une fois le temps est exceptionnel. Il sera dit qu'au moins une fois ce marché de Noël se sera déroulé sous le soleil et un temps clément alors que d'habitude nous crottons nos chaussures de gadoue.

J'y retrouve l'atmosphère des villes allemandes, suisses et autrichiennes. On surprend des conversations dans toutes les langues. On croise des femmes enchapeautées, aux longues robes architecturées. Des parfums d'épices et de cannelle s'échappent de la salle à manger où les parents ont apportés des spécialités que je ne trouve que là. Des gâteaux aux carottes, des Stollen, des petits sablés, des tartes insensées ... qui ont un goût particulier.

Des escaliers de bois s'entrecroisent autour de bâtiments qui eux aussi surprennent. Ici l'atelier de sculpture qui est annoncé par des réalisations d'élèves.


En contrebas sous une tente de fortune battue par les vents, c'est le coin brocante. Que d'objets j'y ai dénichés en bravant le froid (un grand moule à gâteau en forme de sapin, des coupes à glace, un tamis pour la farine, une énorme boîte à gâteaux avec un Santa Claus ...). Cette année il y avait quelques petits animaux attendrissants.
encore des boîtes ...
un tableau de peinture (à l'huile ...)
Je n'ose donner un prix mais sachez que pour un ou deux euros vous pouvez acquérir l'objet convoité.

Un peu plus loin, la fripe, avec toujours des découvertes irrésistibles : des vêtements inouïs à des prix doux, que Renate (depuis le temps on commence à se connaitre) calcule de tête en estimant les articles avec le sérieux d'un commissaire-priseur.

Il y a aussi le marché bio, l'apiculteur, le boulanger. Je retrouve celui dont j'avais fait la connaissance au Salon de l'agriculture en mars dernier (un de mes premiers articles) avec son pain pétri avec la farine de kamut. Je ne vais pas répéter ce que j'avais écrit le 8 mars. Vous y apprendrez beaucoup de choses sur la conservation. Je vous conseille plutôt ce billet que d'aller sur leur site qui "plante" en ce moment.

Ce pain est distribué aussi au biocoop d'antony sur la RN 20, également chez Tonton et Tonton sur laplace principale de Verrières.

Remontons vers le poumon de l'école. Il en faut du souffle pour travailler à la forge.


Des élèves ont déjà préparé des bougies pour ceux qui n'auraient pas la patience de les faire eux-mêmes.

On aperçoit la salle de spectacles Odile Redon au-delà du petit jardin.









Irai-je au concert cette année ?

Ou vais-je pousser la lourde porte du château, qu'on appelle "la grande maison" ?

L'escalier majestueux conduit à des salles de classe qui ont fait place nette pour accueillir des artistes et des expositions de livres, cartes, minéraux ...

... ce ne sont pas les tentations qui manquent ...

Sur le plan de la gourmandise, il y a d'abord les petits gâteaux. Les mamans qui assuraient leur vente ne sont pas là cette année. Des sachets tout prêts sont disposés sur les tables. Ils me paraissent fades ainsi enfermés dans la cellophane. J'adorais composer moi-même l'assortiment que je faisais peser. Hésiter en tentant de deviner le goût des chapeaux de hussard, celui des pains des Capucins ou des tartines au beurre. Les boites de fer débordaient de sablés noirs et blancs, d'étoiles à la cannelle, de palets aux raisins secs, de spéculoos, d'anneaux au citron et de florentins. Je ne manquais jamais de compléter par quelques pains de cèdre pour consommer le péché de gourmandise jusqu'au bout. J'ajoutais enfin un bonhomme en pain d'épices en choisissant celui qui avait le plus joli sourire.

J'ai depuis longtemps le livret de toutes ces recettes et je peux en faire des quantités impressionnantes quand je me lance en pâtisserie. Les biscuits se gardent TRES bien. J'en ai retrouvé tout à l'heure alors que je cherchais une boite vide pour ranger ceux de cette année. Je les ai croqués avec bonne humeur. Ils n'avaient rien perdu de leur arôme de gingembre. Je me disais que lorsque j'aurais des petits enfants (quand je serai bien vieille le soir à la chandelle ...) je ramènerai en plus une de ces si jolies maisons de pains d'épices. Leur village a été descendu devant la cheminée colossale du rez-de-chaussée.
Et puis il y a LA confiture de Noël bio : une composition de pruneaux, raisins, abricots, orange fraîche (pulpe-jus-zeste), de sucre canne blanc, cannelle, clou de girofle ...

Tout au bout du couloir se cache l'entrée de la grotte des lutins. Les enfants seuls y sont admis et doivent s'accroupir pour passer sous un arceau de branchages.

Leurs réalisations, faites en classe quelques jours auparavant, sont parfois très originales. La pièce embaume le sapin.

Le soleil s'est couché et la lune éclaire le vitrail d'un halo de lumière. On se croirait dans un autre monde.

L'après-midi n'est pourtant pas finie et je n'ai pas encore tout vu.

Les bijoux de laine feutrée de Sophie Bonnet éclatent de couleur. Installée dans l'Yonne, près de Saint-Fargeau, une petite ville qu'elle s'étonne qu'on connaisse parce que c'est une "zone blanche", sans Internet, sans télévision, sans téléphone mobile... Oui mais c'est un endroit où, enfant, je passais mes vacances dans une "vraie" ferme, où il n'y avait même pas l'eau courante ... (ne croyez pas que je sois pour autant centenaire). L'absence d'Internet lui laisse le temps de créer de très jolies choses et de vivre à un rythme équilibré dans une région qui bouge culturellement parlant. La toute proche Saint-Sauveur-en-Puisaye (une des villes où a vécu Colette) est en train de dresser l'inventaire des artistes et artisans de Puisaye et devrait bientôt créer une boutique et un site.
Je retrouve toujours avec plaisir les poteries Raku qui ont migré vers les salles de classes des Petits, un peu à l'écart dans le parc. Comme j'aimerais pouvoir faire un stage avec eux !
C'est là qu'on peut inscrire ses enfants à des ateliers de confection de gâteaux, crèches en cire, oranges cloutées, confection de foulards de soie ...
Que de souvenirs me reviennent en mémoire quand nous passions des heures à attendre que nos petiots aient terminé leurs chefs-d'oeuvre !

Ecole Steiner : 62 rue de Paris- Amblainvilliers - 91370 Verrières-le-Buisson- 01 60 11 38 12
Sophie Bonnet "Les rivets" 89170 St Fargeau - tel 03 86 74 16 28
Delphine Iskandar et Bernard Amadieu, Céramique-a2, Roc de Curios -46160 Calvignac - 05 65 21 99 60

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