samedi 8 mars 2008

SALON DE CAMPAGNE

Un samedi au salon de l’Agriculture


De toute évidence, une journée ne suffisait pas.

Choisir c’est se priver du reste, disait André Gide. On en a quand même bien profité.


Je m’étais donné plusieurs missions :

  • Rapporter des photos d’animaux pour satisfaire la demande de la famille qui avait passé commande de clichés de chevaux, de chats et de cochonnets.
  • Et j’avais besoin d’informations professionnelles sur le thème « le rouge dans la nature ».

Je n’ai rien obtenu de sensationnel ni d’un côté, ni de l’autre. Parce que aller au salon de l’Agriculture, c’est comme aller aux champignons : on ne ramène pas dans son panier ce qu’on avait prévu de cueillir.


Plusieurs erreurs en sont les causes :

  1. Avoir voulu économiser le temps de potasser un minimum le Guide de visite,
  2. Suivre les mouvements de foule,
  3. Se laisser distraire de son objectif
  4. Inversement, vouloir coûte que coûte trouver un stand particulier quitte à arpenter un hall entier
  5. Céder à la fatigue.

Il faut de bonne grâce accepter de se laisser surprendre comme je vais le faire en vous restituant quelques temps forts autour de 4 pôles


I . Les animaux

II. L’alimentation

III. Les professionnels

IV. l’insolite


I. La plus grande ferme du monde avec tous les animaux imaginables, domestiques, sauvages ou d’élevage


Les animaux domestiques
(littéralement ceux qui vivent à la maison) o
ccupent une place de choix avec de multiples races de chats. Chacune obéit à un standard ultra précis au travers de la description de ce que doit être le chat parfait pour une race donnée. Forme de la tête, du corps, fourrure, couleur … capitalisent un certain nombre de points que viennent diminuer des pénalités pour chaque défaut, y compris sur le plan du caractère de l’animal.



Il semblerait que ce chat bengal , défini comme un léopard miniature, soit parfait.


Je ne fais pas beaucoup de différence avec celui-ci (le mien) qui ne se classe dans aucune race. Pour des questions qui me dépassent. Je le croyais abyssin d’origine parce qu’il adore l’eau. Il parait que les chats sont connus pour aimer l’eau ! De ce côté là mon chat est ordinaire.

Il est pourtant parfaitement tabby, c'est-à-dire avec des raies noires sur un fond fauve, avec une fourrure composée de poils tiquetés. On dit encore agouti (jusque là je croyais que c’était un petit rongeur sud-américain), chaque poil comportant des bandes noires et jaunes.

On me dit enfin que mon chat est macquerel, autrement dit qu’il est tigré avec de grosses marbrures comme le poisson du même nom. Ce serait la robe du chat sauvage. Etre macquerel n’est pas une insulte mais j’abandonne la partie.


L’important est qu’il continue à exercer très bien son métier de chat, qui consiste à ronronner sur mes genoux et me réchauffer quand il fait froid.

Si vous voulez en savoir plus consultez le site du Livre Officiel des Origines Félines.

Et si vous voulez lire un joli conte sur cet animal je vous recommande l’Histoire du chat qui allait son chemin tout seul (extraite des Histoires comme çà de Rudyard Kipling).



Les chanceux qui possèdent un cheval aussi beau que cet Ardennais mais qui auraient la malchance d'avoir un animal caractériel pourront suivre un stage d’éthologie, science qui fut révélée au grand public par le merveilleux Robert Redford qui était L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux.


J’ai rencontré pour ma part un chuchoteur … à l’oreille des vaches. Un homme qui parle de son métier avec sérieux et passion, avec raison et retenue également. Il soigne ses bêtes avec homéopathie. Il respecte ses animaux mais reconnaît qu’il les élève pour leur viande, qu’il vend en direct dans sa ferme, installée dans le val d’Auzon dans l’Aube (Ferme de la Fontaine Saint Martin , 4 route de Villehardouin - Village d’Auzon-les-Marais 10220).



Gérard Renault s’était déplacé au salon avec un échantillon de sa basse-cour.
On voyait qu’il avait le contact facile avec les enfants qui repartaient avec des masques d’animaux. Son stand retraçait les visites de classes et ses interventions dans les écoles.

Ce sont des gens comme lui qui font avancer les choses.

Les porcelets noirs et blancs de Bayeux avaient tous le groin enfoui dans les mamelles de leur mère ou dans la paille. Celui-ci, plus classique d’allure, me sourit de toutes ses dents.


Vous préférerez peut-être la bonhomie de cette vache grise qui est une Brune de Bretagne. Y’a pas que le raisin à porter un nom mensonger. Le raisin blanc étant vert, le noir plutôt violet.


Comment voulez-vous que les enfants s’y retrouvent !


Le Salon est un formidable lieu pour s’informer aussi sur la faune sauvage.

Je ne me doutais pas que le Castor d’Europe était si gros. De la taille d’un petit cochon.

Le Renard a le regard perçant.

Je connais bien le Merle noir (Turdus merula) au bec jaune chez le mâle, et je savais déjà que la femelle est couleur chocolat au lait. Je saurai désormais reconnaître une Grive musicienne.

Quant à la Grue cendrée (joli nom savant de Grus grus en latin) ne la confondez pas avec son cousin le héron au long bec emmanché d’un long cou. Si on voit facilement les Hérons en région parisienne il vaut mieux aller près du lac de Der dans l’est de la France pour apercevoir les grues qui sont en train de migrer.

J’ai appris tout cela sur le stand de l’office national de la chasse et de la faune sauvage qui disposait de dépliants bien documentés sur les espèces sauvages.

Vous pouvez les télécharger sur le site officiel de l’office.


II. Goûtez et en mangez-en tous !


On ne meurt pas de faim au Salon. On peut sans doute goûter à tout ce qui est comestible au monde.

Mais tout ne fut pas de mon goût.


Invitée à croquer Ariane, je n’ai pas été emballée par cette pomme qui se promet belle, bonne écologique et française. Un fruit unique qui respecte l’environnement, né de croisements successifs de variétés sauvages avec des Golden Delicious (justement délicieuses) et des Starking.

C’était peut-être une question de maturité. Promis, je réessaierai !


Quels bons pains par contre chez la Boulangeoise. Qui fait découvrir moult pains différents dont elle conte avec talent les origines de fabrication.


Celui-ci a été pétri avec de la farine de kamut qui serait l’ancêtre du blé dur. La boulangère picarde m’apprend que la culture de la céréale a été relancée à partir de seulement 26 graines (ou 36 mais cela reste peu) retrouvées dans un tombeau égyptien, près de Dashara par un pilote de l’US Air Force. L’homme les offre à un ami qui les apporte à son père qui les plante dans son champ, en plein Montana. La récolte a été bonne mais les grains sont retombés dans l’oubli.

Ils seront remis à l’honneur plusieurs dizaines d’années plus tard par des agronomes qui en comprennent la valeur parce que c’est un grain 2 à 3 fois plus gros que le blé ordinaire et qui contient 20 à 40% de plus de protéines. L’épi, barbu comme le blé noir, est très productif.

Rebaptisé kamut, vieux mot égyptien signifiant blé, il est cultivé uniquement en agriculture biologique, il a un petit goût de noix ou de noisette, légèrement beurré.

Il peut remplacer le blé mais aussi le riz en le cuisant de la même manière. Après l’avoir lavé, on le plonge dans deux volumes d’eau pendant 45 minutes à couvert. Puis on sale et laisse gonfler. (un trempage préalable avant la cuisson en réduire la durée comme pour toutes les graines, haricots et fèves). On accorde aux grains de Kamut une grande valeur nutritive, et une douce saveur. Alors je vais essayer d’en cuisiner…


La boulangère, décidément très aimable et très informée, m’explique aussi que les pains irritants pour l’intestin sont ceux qui contiennent trop de son (le all bran signifie « que du son » en anglais). Qu’il est préférable de choisir une farine meulée à la pierre parce que la pierre ménage le germe de la farine (alors que les meules en inox l’arrache avec le son). Ce type de farine est blanche mais néanmoins plus nutritive.

Elle m’explique aussi tous les avantages du pain au levain et de la lacto-fermentation qui est un excellent moyen de conservation. Je m’y perds un peu mais je comprends que de toutes les techniques de conservation des aliments (le froid, la réfrigération, la congélation, ou au contraire la haute température avec la stérilisation, la dessication, le recours aux antiseptiques comme l’alcool, le sucre, le sel ou le vinaigre … ) il en est une autre, très efficace qui est la fermentation.

Une technique vieille de 10 000 ans pour conserver les légumes comme la célèbre choucroute de chez nous, le lait caillé ou le Kefir caucasien, très légèrement alcoolisé, ou en Asie, le Miso, pâte à base de soja, et le Nuoc-mam: sauce à base de poisson.

Le travail (bénévole) de plus de 25 souches de bactéries lactiques empêche la prolifération des moisissures et autres micro-organismes indésirables (ce qu’on appellerait la pourriture pour faire simple), et cela pendant des mois, à température ambiante (c’est donc plus écologique que le congélateur qui est devenu trop systématique dans notre quotidien). En plus, cette fermentation enrichit l’aliment alors que la stérilisation l'appauvrit en goût, en apport protéinique et en vitamines. Et en bonus elle renforcera les défenses immunitaires de celui qui va la consommer. Que du bon !


Je crois que j’ai compris quoi faire pour que mes pains et gâteaux se gardent sans moisir.

Soit j’introduis des ferments lactiques.

Soit je les fais cuire longtemps (c’est le secret des biscuits, cuits deux fois).

Soit … je les mange vite…




Le fourrage destiné aux animaux est également mis en valeur au Salon.


Voici au second plan la féverole, laquelle bénéficie d’un regain d’intérêt parce que sa culture s’accommode de moins de pesticides que celle d’autres fourrages. Au premier plan c’est du blé tendre.


Et pour qui ne connaît pas la betterave
sucrière admirez les gros bulbes à coté des maïs
(destinés aux vaches).


Appréciez : vous êtes
dispensés de l’odeur tenace qui prend au cœur quand on traverse la Beauce du côté d’Artenay en pleine saison de récolte.




III. Les professionnels aussi font campagne.

Comme le département de la Drôme, qui affirme être le premier département bio de France. Avec beaucoup de gentillesse et un sourire lumineux.

Comme les professionnels de l’Agence Bio dont tout le monde connaît désormais le logo AB.


A ne pas confondre avec l’Agriculture Raisonnée qui compose un compromis entre la pression des marchés et la nécessité écologique.


Les marques sont présentes, elles aussi, et rivalisent d’idées pour retenir le visiteur. Le labo des Saveurs de Lesieur m’apprend à l’issue d’un test que je suis inventive (ce n’est pas un scoop) et que j’aime les saveurs corsées (s’ils le disent...).

Message personnel pour une charmante vieille dame (pardon, personne âgée) rencontrée sur ce stand: il est totalement inutile, voire criminel, de congeler du laurier pour le conserver alors qu’il séchera tout seul sans dépenser d’énergie.


J’accumule les recettes de cuisine offertes par les uns et les autres.

J’ai de quoi alimenter 10 ans de blog. En tout cas je constate que la cuisine fait peau neuve. La manière de préparer les aliments a fondamentalement évolué et je me promets, de faire plusieurs tentatives.


Comme cette recette de crêpe avec de l’eau minérale gazeuse, vue chez des Suisses, pour donner de la légèreté à la pâte (c’est plus sain que la bière) ou cette variante du canelé, mais avec de l’agneau découverte sur le stand de la viande d'agneau. Vous lirez celle-ci et bien d'autres sur le site de l'agneau presto où Julie Andrieu vous accompagnera en vidéo à partir du 10 mars prochain.


Une petite dernière avec la compote d’Yseult, une recette oubliée du Val de Loire


IV. Le Salon c’est aussi des rencontres inattendues, de l’insolite


J’étais la veille à un défilé de haute-couture. Me voici maintenant au premier rang d’un défilé de haute-culture sous l’égide d’Interflora :















Je me laisserais bien tenter pour les prochaines vacances par un séjour en roulotte.


On me tend le logiciel des animaux du futur, nouvelle attraction du Futuroscope de Poitiers.


Et surtout mon amie Monique me conduit chez Pierre Oteiza.

Une fois passé le rideau blanc des coulisses je bascule en pays basque. Quelle ambiance !


La banda Airoski de Irrissrry envahit les tables et enchante l’assemblée de sa musique joyeuse. On tape dans les mains. L’accordéon accélère le rythme. Le tambourin est de la partie. On chante (pour ceux qui pratiquent la langue basque). Manifestement on est très heureux.

Alors on s’installe … et on déguste les produits du terroir. Son Jambon de la Vallée des Aldudes mérite bien la médaille d'Or du Concours Général Agricole 2008.

Je découvre avec surprise une Bière basque ni rousse, ni blanche, ni brune, ni blonde… mais à la couleur ambrée, avec des tons rouges-orangés. Une bière élaborée à partir de patxaran (prononcer patcharane), un alcool typique du pays Basque. Cette liqueur est fabriquée à partir de la macération de prunelles sauvages, les andrines (ou aran en Basque), dans de l'alcool anisé. Moi qui croyais que les basques ne faisaient que de l’Izarra ! Décidément les temps ont bien changé …


Ils fabriquent aussi du foie gras, font de la Manzana (un alcool fruité au puissant arôme de pomme verte), servent le fromage avec de la confiture de coings et un inégalable cassoulet au magret de canard et aux haricots rouges.


Le rouge est leur couleur fétiche. Avec les quatre têtes (laou boulou) de la croix basque pour symboliser la terre, la mer, le ciel et le feu bien sûr.

Parce que le feu c’est la vie.


Le Salon a, depuis, fermé ses portes et il est trop tard pour faire connaissance avec la truie de race basque et ses porcelets noirs et blancs qui vous attendaient sous leur très haute hutte de fougères.


Mais vous pouvez aller sur le site de Pierre Oteiza pour écouter la musique, faire votre marché et lire les recettes typiques du pays basque, comme le célèbre gâteau que je vais peut-être me risquer à copier.

Ou, pour les parisiens, aller dans une des deux boutiques, rue Vignon ou boulevard Saint-Michel. Vous me pardonnerez la publicité. C’est de bon cœur, comme on dit chez moi …


Il y a eu bien d’autres découvertes mais j’ai préféré rendre compte du meilleur.


A l’année prochaine pour de nouvelles découvertes, avec un passage assuré dans le hall des Régions cette fois.


1 commentaire:

Christophe a dit…

Voilà une vision différente sur cette manifestation. J'aime bien ces articles qui donnent un autre point de vue que ce qu'on entend partout. Merci

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