lundi 24 mars 2008

SOUVENIR DE LA NOUVELLE-ORLEANS

J’avais envie de raconter un jour mon périple en Louisiane mais je ne pensais pas le faire aussi vite. Sachant que Marie-A projette d’y aller bientôt, que Sylvie R a moult souvenirs d’un séjour sur place, et que plusieurs votes se sont portés sur le sujet, je vais secouer plus tôt que prévu la poussière de ma mémoire.

La Nouvelle-Orléans était une des étapes de la grande boucle que j’avais pu combiner grâce au Pass TWA, un billet avec lequel on pouvait prendre l’avion autant de fois qu’on le voulait, jusqu’à revenir à son point de départ. Attention je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans … et ne m’en veuillez pas de mes extases. Disney ne s’était pas encore implanté en région parisienne. Il n’y avait pas plus de 3 chaînes de télévision. Internet était encore ultra confidentiel (créé en 1972, ouvert au commercial dans les années 90). Le dollar valait 4 francs, ce qui rendait la vie très abordable outre-atlantique.

Nous dépliions la carte des USA tous les 4-5 jours pour élire le point de chute suivant. Je crois que l'étape à la Nouvelle-Orléans se situe juste après Chicago. On a pu y apprécier le fabuleux aquarium et nous gaver de pizzas. Aucun endroit au monde ne me semble avoir un savoir-faire supérieur aux cuisiniers italiens de Chicago pour réussir d’épaisses pizzas croustillantes dont de pâles imitations ont récemment fini par traverser l’océan pour s’échouer dans les hypermarchés européens.

Nous vivions dans une constante improvisation en suivant au pied de la lettre les préconisations d’un guide de voyage que j’ai malencontreusement fini par égarer. Je n’ai jamais trouvé mieux ni plus efficace, n’en déplaise au super Guide du Routard, qui est un peu complexe à lire en diagonale. Le mien, synthétique, s’articulait autour de quelques chapitres récapitulant ville par ville, « tout ce que le monde visite ou fait à … et que vous pouvez éviter », « tout ce que le monde visite ou fait à … et qu’il ne faut rater sous aucun prétexte », « tout ce que personne ne pense à visiter ou à faire à … et qu’il serait dommage de rater». J’y ai trouvé les meilleurs plans en termes de monuments, d’hébergement, de cuisine, de sorties, de boutiques pour faire le maximum de choses dans un minimum de temps et avec un minimum de billets verts.

Nous arrivâmes de nuit à New Orleans. Suivant l’astuce décrite par le guide nous sommes montés dans une navette spéciale desservant les principaux hôtels, sauf qu’on n’avait réservé nulle part. Je voulais au moins voir la façade du bâtiment avant de prendre une décision. Dans l’idéal un immeuble de style colonial rappelant la plantation de Tara d’Autant en emporte le vent.

Le chauffeur essaya de nous convaincre de téléphoner d’abord et de prendre la navette suivante. Il ne trouvait pas l’idée raisonnable à cause du climat, ce que j’aurais admis si on avait été en journée, mais la nuit … et il renchérissait que la ville était trop dangereuse pour qu’un couple de touristes y marche à pieds sans point de chute. Mais impossible n’est pas français, et je me cramponnais à mon rêve.

Après les haltes dans les grands hôtels classiques et ultra touristiques, il accepta de nous laisser dans le cœur historique, dit Quartier Français. Nous nous retrouvâmes tous les trois (le chauffeur et nous) sur le trottoir. Il ouvrit le coffre, sortit nos valises, repartit en nous lançant bonne chance !

Nous avions déjà compris l’ampleur de notre erreur : nous ne tiendrions pas 5 minutes. Trouver une chambre relevait de l’extrême urgence. A cet instant j’ai songé que l’enfer serait plus frais que la nuit tropicale humide new orléanaise. Nous dégoulinions de partout et peinaient à respirer.

Un panneau « chambre climatisée à louer » clignotait sur la grille de la maison d’un particulier. Nous avons sonné et conclu un accord immédiat sans devoir vendre notre royaume pour de la fraîcheur. Parce qu’on était dans la basse saison touristique et que la propriétaire, à cette heure avancée de la nuit, se désespérait de trouver acquéreur. Elle soldait donc la chambre !

J’ai compris depuis combien il était illusoire de chercher à enseigner la géographie dans les livres (ce que je suis en train de faire malgré tout en essayant de vous faire vivre mon expérience, comme quoi la nature humaine n’est pas à un paradoxe près)

Cela me donne l'idée de vous soumettre une suggestion : à l’heure où on débat d’une réforme de l’Education nationale avec la suppression du samedi matin, pourquoi ne pas utiliser une partie du quota d’heures dégagées pour faire un voyage d’étude annuel adapté à l’âge des élèves et au programme de géographie de l’année ? Des amis bien intentionnés avancent le nombre de 60 heures qui pourraient se libérer. Ce serait bien suffisant pour caser quelques jours de travaux réellement pratiques !

Pour le financement, l’hébergement, l’organisation … il y a autant de solutions à imaginer que de questions.

Nous avons du nous acclimater à la température et surtout au degré d’hygrométrie puisque j’ai des souvenirs de balades nocturnes dans la ville. Mais je me souviens qu’en plein midi on réfléchissait à l’intérêt de traverser la rue, préférant raser les murs coté ombre. Nous n'entreprenions la traversée qu'en cas de vraie nécessité.

Le second cliché qui me revient en mémoire est la découverte du brunch. C’est là, je crois que j’y ai pris goût. Dans une ravissante maison où j’ai dégusté dans un recueillement absolu des œufs Bénédict. Peut-être était-ce la Cour des deux Sœurs, célèbre pour son jazz brunch quotidien dont on peut consulter le menu en version française sur leur site.

Peut-être pas, en tout cas cela y ressemble. Et le lien Internet vous permet de vous faire une opinion.

Je me souviens aussi de petits déjeuners plus simples, autour d’une sorte de porridge qui remplissait l’estomac jusqu’au soir, de french toasts, qui sont là-bas l’équivalent de notre pain perdu et de pâtisseries avec des noix de pécan.

Je crois avoir mangé des crevettes en pleine rue, en écoutant un saxo jouer un air de jazz, en suivant des orchestres de rue en pleine nuit. J'ai regardé des peintures accrochées sur les grilles de Jackson Square en pensant à Montmartre. J’ai souri en découvrant la Blacksmith Shop sur Bourbon Street, une très vieille maison de bois et de torchis, restée telle qu’à l’époque on ne sait comment. Cette ancienne forge est maintenant un bar. J’ai aussi admiré les balcons en fer forgé des anciennes demeures créoles et leurs patios fleuris.

J’ai vogué sur le Mississipi à bord d’un ferry qui fait la navette d’une rive à l’autre. Cela n’avait pas le charme d’un bateau à aubes mais j’étais satisfaite de traverser le troisième plus grand fleuve du monde.

Je n'ai pas rencontré de crocodile au cours de ce périple mais j'aurai bientôt l'occasion de vous raconter où je me suis trouvée nez à nez avec ce drôle d'animal. Et de partager avec vous des recettes inspirées de la cuisine que j'ai eu le bonheur de goûter là-bas et que j'ai imaginées ces derniers jours.

2 commentaires:

bernie a dit…

Bonjour M-C !

Dis-moi en quelle année es-tu allée à New-Orleans ?
J'y suis passé en mai 1980. Peut-être avons-nous failli nous y croiser ?
Nous avions pris PanAm, défunte depuis !
Quand se voit-on pour égrener nos souvenirs ?

Cassandre a dit…

C'est une excellente question !
Ce qui est sûr c'est que c'était l'été (juillet je crois), ce qui explique la surprise climatique. Je n'ai jamais connu une telle chaleur ... même à Las Vegas, quelques jours plus tard, parce que en Louisiane il y a l'humidité qui décuple la sensation.
En 1982 je pense ... donc à la même époque.
Ok pour égrener... c'était le prétexte pour se retrouver au coin d'un feu il y a belle lurette !

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