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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 21 décembre 2023

Que faire avec des coings ?

Je ne suis pas une spécialiste de ce fruit dont raffole Sylvain, le bloggueur de Un peu gay dans les coings. J’emploie son prénom car nous nous connaissions depuis el légendaire (mais défunt) salon du blog culinaire de Soissons, regretté par tous ses participants.

Alors quand je veux trouver une idée pour utiliser intelligemment les coings qui m'ont été donnés par une voisine je puise évidemment parmi ses recettes. Et je peux vous dire qu’il en a plusieurs dizaines. Finalement je la joue on ne peut plus classique en faisant de la pâte de fruits parce que je garde un souvenir de celle que faisait un (autre) de mes amis.

Vous lirez ici comment il procède et je vous conseille de jeter un oeil à ses autres recettes.

Mes huit coings pesaient 1, 3 kilos et c'est ce point de sucre que j'ai utilisé.

Comme il le recommande je les ai soigneusement frottés pour enlever leur duvet. J'ai peaufiné mon oeuvre avec la brosse à légumes André Jardin avant de les couper en quatre sans les peler.

Puis je me suis lancée à retirer juste le coeur sans pré-cuisson. Il dit ne mettre que 10 minutes. Il m'a fallu beaucoup plus et ça n'a pas loupé, je me suis coupée tant les fruits sont durs. A vous de voir …

Ensuite je les ai mis à attendrir dans un litre d'eau et (presque) un jus de citron. En théorie on ajoute les coeurs des fruits dans une étamine. L'objectif est de récupérer le maximum de pectine. La plupart des coeurs étant abimés j'ai été obligée de zapper cette étape. J'ignore si le résultat aurait été meilleur avec.

Une fois les fruits mous je les ai réduits en purée. J'ai ressorti pour l'occasion l'antique mais efficace moulin à légumes et utilisé la grille la plus grosse. Peut-être aurais-je dû recommencer ensuite avec la grille fine mais j'ai opté pour un petit coup de pied-mixeur, car je voulais -comme lui- conserver une texture irrégulière.
J'ai ensuite ajouté le sucre, bien mélangé bien et remis sur le feu moyen-fort en remuant régulièrement mais pas constamment. J’avais bien lu sa recette mais je ne l’ai suivie qu'à peu près puisque je n'ai pas ajouté le jus extrait des coeurs.

J'ai stoppé la cuisson au pif quand j'ai estimé que la purée avait pris une belle couleur ambrée et qu'elle se détachait pratiquement des bords de la marmite avant que le fond ne brûle. Je ne saurais dire combien de temps cela a pris, sans doute pas loin de deux heures.

J'ai versé sur une plaque à génoise recouverte de papier sulfurisé. Par chance elle était pile de la bonne surface, et d'une hauteur suffisante pour que rien ne déborde.
Au bout de deux jours de séchage à l'air libre j'ai retourné la pâte en m'aidant d'une feuille de silicone. J'ai retiré le papier que j'ai laissé sécher à part et j'ai recommencé dans l'autre sens deux jours plus tard. Je voulais un résultat avec le moins possible d'humidité avant de couper la pâte en carrés.

Je n'ai pas roulé dans du sucre cristallisé par souci de ne pas forcer sur les calories et pour pouvoir aussi l'associer avec un fromage. Ce n'était pas couleur rubis comme chez Sylvain ni totalement translucide, je n’avais pas dû mixer suffisamment. Mais c'était suffisamment bon pour qu'on se régale et qu'on m'en réclame l'année suivante.
Les pâtes de fruits se conservent plusieurs semaines dans une boîte en métal, à condition de ne pas abriter une population très gourmande.

mercredi 20 décembre 2023

La mode en mouvement au Palais Galliera, Accrochage #1

On sait bien que la mode n’est pas figée. Le Palais Galliera s’est saisi de ce principe pour nous présenter une nouvelle exposition fort intéressante qui nous prépare à accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques en étant plus au fait de ce que les sports ont modifié dans notre rapport aux vêtements

Peu de tenues strictement dédiées à l’usage d’une activité physique y sont présentées, et seulement lorsqu’elles en ont marqué la pratique. L’accent est davantage mis sur tout ce qui a changé dans notre manière de nous habiller, que l’on en soit ou non conscient, et cela de la tête aux pieds puisque les chaussures sont sans doute les pièces qui ont le plus été touchées en devenant des objets iconiques.

Les influences seront réciproques comme en témoigne cette exposition au titre judicieux : La mode en mouvement. Et comme il y a beaucoup à montrer le Palais a choisi de faire trois accrochages. On va donc souvent se rendre avenue Pierre 1er de Serbie, et bien au-delà de cette année olympique, le 7 septembre 2025.

Voici le premier de la série avec l'accrochage #1 qui sera visitable jusqu'au 15 mars prochain. Car pour des raisons de conservation préventive, cette exposition fait l’objet de trois accrochages successifs, nécessitant pour chacun une période de fermeture de cinq semaines. Ainsi, les oeuvres seront en grande partie renouvelées, offrant aux visiteurs l’opportunité de revenir.

La Mode en mouvement est la deuxième exposition issue des collections au sein des galeries Gabrielle Chanel du rez-de-jardin, enrichi de prêts exceptionnels du Musée national du Sport (Nice), de la Bibliothèque Forney (Paris), du Patrimoine Chanel, de la collection Émile Hermès, des maisons Sonia Rykiel et Yohji Yamamoto.

Riche d’environ 200 oeuvres, ce parcours chronologique retrace une histoire de la mode du XVIII° siècle à nos jours, et développe en parallèle une thématique transversale dédiée au corps en mouvement pour interroger la place du vêtement dans la pratique d’activités physiques et sportives, son rapport au corps et au mouvement, de même que les conséquences sociales de son évolution. Le vêtement conçu à travers les époques pour l’activité physique et sportive est mis en regard du vêtement du quotidien. Néanmoins l'organisation chrono-thématique n'est pas stricte et je reviendrai souvent sur mes pas pour mettre mentalement une oeuvre à coté d'une autre pour mieux confronter garde-robe de ville et vestiaire sportif, pour mieux en saisir les transformations. 

Le développement de l’activité physique et la naissance du sport moderne trouvent leur origine au XVIII° siècle en Angleterre, au sein d’une classe aristocratique amatrice de loisirs de plein air. Influencée par le rayonnement britannique, la société française adopte cette pratique sportive, d’abord à travers les élites, avant de gagner peu à peu les classes plus populaires. Les théories hygiénistes qui sous-tendent la politique sociale française au XIX° siècle encouragent cette activité dans un objectif de santé publique. Dès lors, le rapport au corps, tant masculin que féminin, change. La notion de mouvement, inhérente à toute pratique sportive, induit alors une nécessaire évolution et adaptation du vêtement et de l’accessoire qui n’a jamais cessé depuis.

La première vitrine met en opposition deux tenues de bain tant on peut croire que c'est dans ce domaine que le vêtement a le plus vite évolué.
Quelle différence, bien que la rayure s'impose dans les deux, entre le premier Costume de bain de sergé de laine, tresse de laine, toile de coton gratté, broderie de coton, boutons en ivoire (vers 1907) et le Maillot de bain et ceinture Triumph en maille de nylon façonnée, ceinture en toile enduite et laiton (vers 1965) !
On verra plus loin un Costume de bain de la Belle Jardinière en toile de lin, ruban de sergé de laine, boutons de nacre plus ancien (vers 1875) et plus encombrant.
Ce maillot de bain en jersey de laine (vers 1925) répond très bien au besoin de confort réclamé par la pratique croissante de la natation dans les années 20. On ne barbote plus. On nage et même on plonge. Et puis on s'expose au soleil, cherchant à colorer joliment sa peau. Le vêtement doit donc s'échancrer. Il s'adopte en tons vifs, souvent avec les mêmes rayures que celles des sweaters portés à la cille et s'agrémente souvent d'une ceinture en trompe-l'oeil, comme on continuera longtemps à le faire.
Dans les années 1930, la nouveauté dans le domaine balnéaire est le paréo tahitien lancé avec succès par Jacques Hein en 1934. Au printemps 46 le couturier créé un deux pièces qu'il nomme "Atome" et dont le slogan affirme qu'il est le plus petit au monde. Le 5 juillet, son rival Louis Réard présentera à la piscine Molitor le "Bikini" qui porte le nom de l'atoll du Pacifique sud où les Américains venaient de faire exploser une bombe atomique. Le modèle blanc photographié est un Atome en coton cloqué, passementerie de coton (vers 1948).

On pourrait de la même manière observer une évolution avec les chaussures. Au XVI° siècle le port de talons hauts apparaît en Occident et change la démarche des femmes. Ci-dessous paire de chaussures de football et rugby (en cuir cousu, tissus, métal, avec sicrampons en cuir, vers 1910) et ces chaussures de ski pour femme (1935) de Camillo Di Mauro en cuir bovin, pleine fleur, métal cuivreux.
Encouragés dans les établissements d'élite britanniques au milieu du XIX° siècle, le football et le rugby se sont rapidement diffusés à travers le monde. L'équipement sportif nécessaire pour la pratique de ces sports participe de la distinction des gentlemen players. Des réclames en font la promotion dans la presse sportive dès 1890. A cette époque, les Anglais Tunmer s'implantent en France, devenant la plus puissante maison d'importation de chaussures, ballons et maillots, avant d'en lancer la fabrication sur place.

Les souliers ont été, au XIXe siècle, les premiers éléments de la tenue à s’adapter techniquement à une pratique plus poussée du sport, répondant ainsi à des problématiques telles que le poids de la chaussure ou l’accroche sur des terrains boueux et glissants. L’une des plus grandes innovations est l’utilisation du caoutchouc pour la fabrication des semelles, rendue possible grâce au procédé de vulcanisation inventé par Charles Goodyear en 1839 aux États-Unis, et déposé en Angleterre par Thomas Hancock en 1844. Souples et légères, ces semelles sont appréciées notamment pour la pratique du lawn-tennis. Les grands magasins offrent une grande diversité de modèles dédiés à l’activité sportive de loisir, souliers ou bottines, pour le tennis, le cyclisme ou encore la chasse.

En 1917, l’entreprise américaine Converse lance sa première chaussure adaptée pour la pratique du basket-ball. En 1923, elle lui associe le nom du célèbre joueur Chuck Taylor pour créer la Converse Chuck Taylor All Star. La basket, chaussure à tige haute pour maintenir la cheville, est née.
D’autres modèles iconiques de baskets ou sneakers – chaussures basses conçues pour le sport, mais également détournées pour la ville – voient le jour par la suite.

Dorénavant, la basket est un objet de collection et de convoitise, dont la valeur et le cours sont référencés par certains sites spécialisés. Bien loin d’une simple chaussure utile à la pratique sportive, elle est devenue un phénomène de mode incontournable qui touche la société dans son ensemble. 
On remarque en haut à gauche une paire de Basket Archlight de Louis Vuitton (17) du printemps-été 2018 en toile de nylon, cuir, satin de coton, enduction polyester et élastomère. A côté, la Basket rose Chuck Taylor All-Star 70 de 2018 de la marque Converse x JW Anderson rose (21) en feutre, élastomère et métal peint.
En dessous, la Basket automne-hiver 2016-2017 de Comme des Garçons (18) en fausse fourrure, fibre polyester et acrylique, et élastomère. A cote, la même marque présente le Sneaker-Richelieu (22), vers 2010 en cuir de veau et élastomère.
Encore en dessous, Comme des Garçons et Nike se sont associés pour la Basket Flynit Racer de l'automne-hiver 2017-1018 en polyester et élastomère (19) et Balenciaga signe la Basket Triple S en 2017, en maille de fibre polyester, cuir et élastomère (23).
Complètement en dessous, Adidas et Pharrell Williams présentent le sneaker NMD Hu Trail de 2018 eb maille polyester stretch, broderie au passé, impression 3D et élastomère (20) et Balenciaga la Basket colorée du printemps-été 2004 en sergé de coton, cuir velours, caoutchouc et plastique.
Jsta au-dessus l'Adidas basket Stan Smith  de 2018 en cuir de vache vieilli pleine fleur et perforations.

On peut aussi suivre parfaitement l'évolution de la silhouette féminine. Dans la première partie du XVIII°siècle, les corps baleinés étroits et les jupons élargis par des cercles d’osier portés sous les robes donnent aux femmes des airs de guêpes. Les toiles de Joly sont à la mode. Les habits masculins sont, eux, larges et couvrants.
À partir des années 1780, les robes droites et lâches s’imposent progressivement. La silhouette féminine retrouve une allure déliée, perdue depuis le XVI° siècle. Paradoxalement, les vêtements masculins à la mode sont plus étroits, contraignant davantage les anatomies.

mardi 19 décembre 2023

Nathalie Quatrehomme, la passion du fromage de mère en fille

Chez les Quatrehomme le fromage est une histoire de famille. La maison a été fondée par les grands-parents paternels de Nathalie. Son grand père beauceron et sa grand-mère bretonne se sont rencontrés chez la tante et l’oncle de la jeune bretonne qui, déjà fromagers, ont acheté la boutique que la famille possède toujours rue de Sèvres. C’était en 1953. Il y a déjà plus de 70 ans. 

A cette époque le commerce pouvait vite se révéler florissant à qui n’avait pas peur du travail. Leur fils a pris la suite tandis que son épouse, la mère de Nathalie (et de Maxime) travaillait auprès d’enfants en tant que psychomotricienne. Il arriva qu’elle fut en rupture de contrat et c’est en quelque sorte naturellement qu’elle a rejoint son mari.

Elle s’est alors passionnée pour son nouveau métier. A tel point qu’elle a décidé de tenter sa chance lorsque le concours des MOF s’est ouvert quinze ans plus tard aux fromagers. Elle travailla d’arrache-pied afin de mettre toutes les chances de son côté et … devint en 2000 une des quatre premiers MOF fromages, et surtout la première femme de cette catégorie d’élite.

Le titre est personnel. Si bien qu’il ne figure pas sur la vitrine depuis qu’elle s’est retirée en 2012 après avoir donné un essor international à la "marque" Quatrehomme. 

Nathalie et son frère Maxime ont pris la suite après un parcours qui aurait pu les conduire ailleurs. A ce moment là Nathalie pensait juste faire un essai. Elle connaissait l’univers du fromage car elle avait déjà travaillé auprès de ses parents mais elle n’avait pas encore songé à en faire son métier. Elle était jusque là au service marketing d’un grand brasseur et n’avait aucune certitude sur ce que ce virage allait lui apporter.

Elle a délibérément exercé tous les postes et a gagné la légitimité qui lui permet aujourd’hui de poursuivre. Avec son frère ils ont doucement fait évoluer la sélection des fromages, le graphisme, le logo, les tenues, les boutiques qui ont chacune été refaites, en privilégiant toujours des matériaux nobles et en entretenant la fierté d'oeuvrer dans le patrimoine.

Quatrehomme est une fromagerie qui est restée traditionnelle, présentant une large gamme, qui ne se restreint pas sur des segments pointus comme par exemple le lait cru.

On y propose des fromages -essentiellement français mais pas exclusivement - avec une belle diversité, une forte qualité en apportant un grand soin au service, ce qui se manifeste par de nombreuses attentions sur l’accueil, le renseignement et le conseil, l’emballage, sous vide dès que nécessaire, la confection de plateaux, le portage à domicile, notamment pour les personnes à mobilité réduite … La fromagerie participe activement à la vie du quartier dont elle est un acteur important. Bien entendu les restaurants historiques et les palaces sont livrés régulièrement, même si la circulation dans Paris est devenue très difficile.

La qualité n'est pas négociable, pour faire la différence avec les autres distributeurs, notamment en libre-service. Certes, le fromage a un coût, mais on peut trouver là des fromages qu'on ne voit pas partout comme le petit Charolais au whisky, le Crottin fumé, le Saint-Félicien à l'ail noir. Ils pourraient constituer un cadeau au même titre qu'un bouquet de fleurs …
Nathalie Quatrehomme est consciente que le fromage n'est pas indispensable et que donc en cas de soucis financiers une famille peut facilement s'en dispenser pour réaliser des économies. C'est un produit-plaisir qui, à l'inverse, rappelle des souvenirs heureux de vacances, de casse-croute entre amis et faire l'objet d'achat coup de coeur. Il faut dire que la boutique regorge de belles croutes fleuries comme les Camembert, Brie et Coulommiers, ou lavées comme l'Epoisses, le Munster, le Livarot. Il existe aussi un rayon snacking avec par exemple cette quiche si appétissante …
La cave située ici possède un degré hygrométrique idéal de 80% où un caviste travaille à plein temps pour -par exemple- prendre soin des Tommes qu'il faut régulièrement frotter, mouiller, retourner, goûter, et cela plusieurs fois avant de les proposer aux clients. Un soin extrême est accordé aux chèvres qui peuvent soit être placés à sécher dans un haloir bien ventilé ou à l'inverse privés d'air en posant un papier sur leur surface afin qu'ils crèment. Vous aurez compris que l'affinage est une science.

Tout ne peut cependant pas vieillir rue de Sèvres. Ainsi le Comté provient du Fort-Saint-Antoine, dont la visite m'a laissé un souvenir impérissable. Nathalie s'y rend chaque année pour sélectionner les meules qui seront livrées beaucoup plus tard à Paris, une fois qu'elles auront atteint la maturité souhaitée.

On a du mal à l'imaginer mais il y a une lourde gestion des arrivages et des stocks des fromages qui sont en rotation permanente, ce qui s'ajoute au facteur de saisonnalité. Heureusement que la maison bénéficie de 70 ans d'expérience dans ce savoir-faire. Et qu'ils sont plus d'une quinzaine à travailler conjointement.

Un personnel est dédié aux commandes évènementielles. Ils sont deux en cuisine à préparer des spécialités fromagères, comme ce si tentant Camembert mendiant au lait cru (14 € pièce) assez caractéristique de ce qu'on peut avoir envie en période de fêtes de fin d'année. Il faut dire que les spécialités constituent l'ADN de la maison. On peut ainsi trouver à l'année des boules enrichies de raisins, mais aussi le Brie fourré à la pistache (à la truffe pour Noël), ou un chèvre fumé au bois de hêtre et mariné au whisky.

lundi 18 décembre 2023

En garde d’Amélie Cordonnier

J’avais beaucoup aimé son premier livre, Trancher, moins le second Un loup quelque part, même si je l’avais qualifié d'essentiel.

Le titre aurait d’ailleurs fort bien convenu au quatrième, En garde, que je viens de refermer et qui est tout autant un cri qu’il fallait hurler.
La narratrice de ce roman a promis à ses enfants et à son mari de raconter ce qui a déchiré leur vie de longs mois durant. Trois ans après les faits, Amélie Cordonnier tient parole et remonte le temps jusqu’à ce jour où tout a commencé. Il y a d’abord eu un courrier, pris pour une mauvaise plaisanterie. 
Alertée par un appel pour maltraitance, la protection de l’enfance la convoquait en famille à un rendez-vous visant à s’assurer que son fils et sa fille étaient bien en sécurité dans leur foyer. Un simple coup de fil, de surcroît anonyme, pouvait donc provoquer l’envoi d’une lettre officielle vous mettant en demeure de démontrer que vous êtes de bons parents ? Oui. La machine était lancée, et rien ne semblait devoir l’arrêter. Car comment prouver qu’on aime ses enfants ?
Cette question est au coeur du livre. Elle obsède beaucoup de parents et je me souviens moi-même avoir été cueillie par une réflexion de ma fille, adulte, me disant que jusqu’à huit ans je croyais que j’avais les meilleurs parents du monde.

S'il est donc vrai qu'on ne pourra jamais prouver à ses enfants qu’on est une bonne mère, c'est a fortiori impossible devant la société.

C'est fou cette obsession du sens et cette inclinaison pour le fait divers que l'on constate très présent dans la littérature en ce moment. Mais si Philippe Besson s'inspire de faits arrivés à autrui, Amélie Cordonnier puise son inspiration dans son propre vécu.

Ça aurait pu relever de la biographie. Ça commence par cette voie mais le récit dérape. L'auteur s'en justifie par une pirouette : Que la vraie vie contamine la fiction on le sait mais si l’inverse était possible (p. 60) ?

Elle interroge notre société sur le vrai et le vraisemblable. La folie s'infiltre tellement dans certains travers à la faveur des réseaux sociaux que j'ai mis du temps à réaliser que j'avais entre les mains une dystopie. J'y ai cru jusqu’à ce que ce soit vraiment, mais alors vraiment "too much", et on ne peut que souhaiter que ça reste une fiction, même si l'auteure s'est inspirée (aussi) de comportements administratifs intrusifs pratiqués en Chine.

A la lire on se demande évidemment quelles sont les limites de ce qui peut rester intime, parfois avec humour, en glissant quelques instants de tendresse comme le rocher de chocolat caché dans la boîte, et à d'autres moments en déclenchant une intense paranoïa.

Je referme le livre au moment où les médias se font l'écho du meurtre d'un homme sur sa compagne et ses cinq enfants en me demandant pourquoi les services sociaux n'ont rien vu (ou rien fait d'efficace). Il est donc bien nécessaire qu'à la fin du roman l'auteure ne remette pas en cause l’intérêt du 119, mais ce n'est pas pour autant que la question de la surveillance abusive ne se pose pas.

En garde d’Amélie Cordonnier, Flammarion, août 2023

dimanche 17 décembre 2023

Accords mets-vin avec un Pinot noir Bestheim Exception

Impossible de vous tromper. Si vous on propose un vin rouge alsacien c’est forcément un Pinot noir. Il est le seul rouge d'Alsace.

J’avais dégusté la cuvée Exception 2018 de Bestheim à l’occasion de la première dégustation digitale organisée par le CIVA.

J’avais admiré sa robe rouge intense qui contrastait avec les Pinots presque noirs que les alsaciens conservaient au réfrigérateur il y a plus de vingt ans. Il faut dire que ce vin a connu une période de déclin où il était dilué, servi trop frais, sans grande personnalité, mais il a regagné ses lettres de noblesse grâce à des vignerons engagés qui produisent des vins à la charpente plus affirmée notamment sur des terroirs calcaires à belle exposition sud. Si bien que de nos jours, environ 10% des surfaces du vignoble alsacien sont plantées en Pinot Noir.

J’avais conservé une bouteille dans ma cave, sachant que le potentiel de garde était de 2 à 5 ans. Je viens de la remonter, pile cinq ans plus tard. Et j’ai été conquise, sans réelle surprise car je connais le travail de ces vignerons se réclamant comme les dignes descendants des "chasseurs de lune".

Il est vrai qu’en tant que bourguignonne de naissance je suis acquise au Pinot où il règne en maître et qui est un cépage très ancien datant du Moyen-Age. En Alsace il donne aujourd’hui des rouges légers et fruités, parfois corsés mais jamais en excès. On le retrouve également dans l'élaboration de certains Crémants d’Alsace comme les Rosés Brut et les Blancs de Noirs.

D’une manière générale, le Pinot offre une belle personnalité, à la fois charpentée et fruitée, qu’il convient évidemment de consommer avec modération. Sa robe peut aller jusqu’à un rouge sombre et profond, aux subtils reflets grenat. Cette belle teinte est acquise par la macération pelliculaire des raisins lors du processus de vinification. Le nez se caractérise par ses arômes de baies et de fruits noirs comme la mûre, le cassis ou encore la cerise, pour surprendre parfois avec des notes de cuir, voire de vanille ou de pruneau.

En bouche, les vins rouges d’Alsace sont structurés par leurs tanins amples et soyeux pourvu qu’on les serve à température ambiante, sans les avoir jamais fait passer par le réfrigérateur.

Le nez de ce Pinot noir Bestheim Exception est tout à fait sur le fruit rouge, obéissant donc à la caractéristique de ce cépage. S’il y a trois ans les tannins étaient alors déjà bien mûrs, complexes et plaisants, ils ont acquis encore plus de reliefs.

Avec sa structure bien charnue et charpentée, je savais que ce Pinot Noir se mariait parfaitement aux gibiers et aux belles pièces de viande rouge comme la côte de bœuf. Il accompagna parfaitement un magret de canard aux épices mais vous pourriez aussi le servir avec des civets ou un bœuf bourguignon.

Il est issu d’une sélection parcellaire, mettant en valeur les plus belles des vieilles parcelles plantées de Pinot Noir, sur les coteaux des meilleurs terroirs. Il est récolté à pleine maturité. Il se distingue en premier lieu par la profondeur de sa robe pourpre intense, avec des reflets rouge vif, et par ses arômes de fruits rouges frais (cerise, framboise, mûre) d’une belle intensité.

La macération s’effectue deux semaines en cuve inox pendant la fermentation alcoolique. S’en suit une fermentation malolactique en cuve puis un élevage en fûts de 228 et 500 litres pendant 12 mois. Je donne rarement un prix mais j’estime qu’à environ 17 €, cela mérite d’être souligné car il est vraiment très abordable.
Pour réussir la cuisson du magret il faut le quadriller côté peau en incisant celle-ci. On le pose dans une poêle très chaude, côté peau et on arrose régulièrement le dessus avec la graisse qui est en train de fondre pendant 7 à 8 minutes.

Ensuite on retire le magret et on jette l’huile (dans une boite en fer par exemple, jamais dans l’évacuation de l’évier qu’il boucherait en refroidissant). On déglace au vinaigre balsamique et on ajoute ce jus à la préparation d’épices dont on va tartiner le côté sans peau de la viande.

La sauce était un mélange de miel, d’ail, de baies roses et de graines de coriandre écrasées, de sel et poudre de piment avec un peu de girofle et de cannelle moulues.

On poursuit la cuisson 3 à 4 minutes. On sert brûlant avec les légumes de son choix. J’avais opté pour du céleri boule cuit vapeur.
Le lendemain j’ai préparé un Osso buco selon les règles de l’art en farinant et faisant dorer dans une poêle les morceaux farinés avant de les mettre dans une cocotte-minutes avec une demi briquette de jus de tomate, du laurier et de la sauge, les pelures séchées de trois mandarines, un demi-piment Morita (qui donne une saveur fumée que j’adore) et un demi-bol de bouillon et de Clairette de Die (une association inhabituelle mais tout à fait réussie).

J’ai posé sur le dessus trois poivrons jaunes coupés en gros morceaux et une courge butternut épluchée et tronçonnée. Après 30 minutes de cuisson à la cocotte minute le résultat était … mémorable. On ne pense pas suffisamment à cette association de légumes (il me restait aussi un morceau de céleri que j’ai juste réchauffé). La sauce est un peu épaisse, pas trop et le mariage avec le vin réellement idéal.

Bestheim - 3 rue du Général de Gaulle - 68630 Bennwihr - https://www.bestheim.com/fr/ - 07 76 08 32 68

samedi 16 décembre 2023

Les 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay

La conférence de presse "Les 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay" a eu lieu au musée le mardi 21 novembre 2023 sous le superbe plafond de la salle des fêtes du musée.

Il est normal que cet établissement se soit engagé dans cette célébration nationale qui le concerne au premier plan puisqu’il possède la plus grande collection de peintures impressionnistes. On aurait pu s’attendre à un accrochage de grande ampleur mais, partant du principe que le public a eu et aura tout le loisir de voir (et revoir) ces oeuvres en temps normal on a préféré, et c’est sans doute une première, opter pour une diffusion massive de certains des plus grands chefs-d’œuvre du mouvement, 178 très exactement, sous forme de prêts à 34 institutions partenaires, réparties dans 13 régions, 

De cette manière, la célébration du cent cinquantième anniversaire de la première exposition impressionniste qui eut lieu en 1874 sera partagée par le plus grand nombre au lieu de faire l’objet d’un entre-soi parisien. Tout commencera au printemps 2024.

Il ne faut pas croire que les parisiens et les touristes seront pas en reste. Christophe Leribault (ci-conre), Président des musées d’Orsay et de l’Orangerie a rassuré l'assistance sur ce point. Une collaboration a été initiée entre les musées d’Orsay et de l’Orangerie et la National Gallery pour présenter 130 oeuvres qui oseront une confrontation entre peintures et sculptures des "indépendants "et des "académiques" de manière à revivre en le soulignant le choc visuel de l'époque.

Elle aura lieu à Orsay du 26 mars au 14 juillet 2024 et à Washington du 8 septembre 2024 au 20 janvier 2025. On y verra notamment Impression, soleil levant de Monet (habituellement à Marmottan) dont le surnom donné par un journaliste aura un retentissement considérable est international, justifiant le titre de cette exposition : Paris 1874. Inventer l'impressionnisme.

Dans la Seconde galerie on déambulera coiffé d’un casque pour vivre une Expédition immersive en réalité virtuelle, Un soir avec les impressionnistes, Paris 1874 du 26 mars au 11 août 2024.

Rima Abdul Malak, Ministre de la Culture, s'est réjouie de l'engagement du musée à collaborer avec les autres grandes institutions, à l'inverse de la célébration de 1974, avec une grande exposition au Grand Palais, mais limitée à Paris. 

Elle rappela qu'à 7 h 35 le 13 novembre 1872, le soleil se levait dans le port du Havre et ce fut l'aube d'un grand mouvement, portant l'espérance d'après-guerre, et qui nous émeut encore aujourd'hui.

Voilà peut-être pourquoi la toile qui la touche particulièrement est celle de Claude Monet, du 30 juin 1878 représentant la première fête nationale, rue Montorgueil qui sera prêtée à Douai.

Elle n'est pas la seule puisqu'elle a inspiré Daniel Buren pour habiller de filtres bleus, blancs et rouges les 250 mètres carrés de la verrière du jardin d’hiver du Palais de l’Élysée en septembre 2021, après avoir déjà réaménagé la cour d’honneur du Palais Royal il y a 35 ans, sur demande de François Mitterrand, y installant ses fameuses colonnes.

Cette fois, il signe avec Pavoisé, une œuvre in situ que le président de la République Emmanuel Macron a qualifiée de "résolument patriotique" et que certains voient comme un hommage à l'oeuvre de Monet.

Le mouvement de prêts témoigne du rôle majeur de connaissance, d’érudition, de démocratie des musées, pour se sentir pleinement appartenir au monde qui nous entoure. Dans la liste des oeuvres impressionnistes, pré ou para ou en prolongement du mouvement impressionniste que Christophe Leribault a proposées se trouvait le Balcon de Manet qui partira à Bordeaux et le citron de ce même peintre (1880) à la Villa Médicis, ce qui fait en quelque sorte déborder le cadre national. Evidemment, et le président fit rire la salle en les citant, les immenses Nymphéas ne quitteront pas l'Orangerie. Leur déplacement aurait été une folie.

La table de cuisine et  Nature morte au tiroir ouvert de Paul Cézanne (entre 1877-79) voyageront jusque Saint-Denis-de-la-Réunion.

Les enfants de Gabriel Thomas Berthe Morisot seront exposés pour la première fois à Nice où elle a vécu. Et le public pourra suivre une série d’interventions à son propos et d’œuvres d’artistes femmes des collections du musée des beaux-arts Jules Chéret.

Deux oeuvres prendront la route du musée des beaux-arts d’Orléans : Louis Bouglé de Henri de Toulouse-Lautrec (1898) qui a fait le portrait d’un orléanais méconnu de l’histoire de l’art, connu davantage sous le nom de L.B.Spoke pour avoir été acteur et promoteur du cyclisme et la délicieuse Julie Manet (fille de Berthe Morison et d’Eugène Manet, frère du peintre) dite aussi L’enfant au chat (1887) d’Auguste Renoir.
Il n’y aura pas que des toiles de peintres français puisque Arrangement en gris et noir n°1 dit aussi Portrait de la mère de l’artiste (1878) de Whistler ira à Rouen.

vendredi 15 décembre 2023

Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson

J’avais beaucoup aimé Paris-Briançon et je m’étais promis de lire Ceci n’est pas un fait divers alors que je savais pertinemment combien ce serait âpre.
Ils sont frère et sœur. Quand l’histoire commence, ils ont dix-neuf et treize ans. Leur histoire se cristallise en quelques mots, ceux que la cadette, témoin malgré elle, prononce en tremblant : "Papa vient de tuer maman."
Passé la sidération, ces enfants brisés vont devoir se débrouiller avec le chagrin, la colère, la culpabilité. Et remonter le cours du temps pour tenter de comprendre la redoutable mécanique qui a conduit à cet acte.
Avec pudeur et sobriété, ce roman, terriblement inspiré de faits réels qu'on dit "divers" -terme horrible pour signifier quasiment un évènement d’une banalité affligeante-, raconte, au-delà d’un sujet de société, le long combat de deux victimes invisibles pour réapprendre à vivre.

Philippe Besson a bien raison d'avoir choisi un titre qui refuse cette catégorisation. Une mort ne peut pas entrer dans cette catégorie de fait "divers" même si c’est quelque chose qui arrive à tout le monde. On peut espérer que ce ne soit pas de cette manière, au bout de vingt ans de vie commune avec un homme qui, certes "n’était pas tiède" mais "avec qui on s’équilibrait en terme de tempérament" (p. 68).

Selon l’Encyclopédie Universalis, le fait divers est le plus souvent défini aujourd'hui par la négative pour désigner un événement qui ne relève d'aucune actualité, ni politique, ni économique, ni sociale, ni culturelle.

Terrible phrase placée entre parenthèses page 29 : j’ignorais alors que parfois des gendarmes passent à côté de l’essentiel, que parfois ils n’accordent pas aux cris de détresse l’attention qu’ils méritent.

J’étais comme un animal pris dans les phares d’une voiture, dira le fils (p. 70) qui regrette de ne pas avoir confié au gendarme les tactiques de sa mère pour désamorcer les crises (chaque femme victime de violences conjugales les reconnaîtra. Elles sont universelles).

La culpabilité est un feu qui s’attire d’un rien, de tout. Face à un grand malheur les paroles étaient inutiles, presque absurdes (p. 76)

Le mari avait toujours un prétexte fallacieux pour créer une altercation, mener sa guérilla. Il était débordé par sa paranoïa, sa jalousie, son narcissisme. Par son angoisse de l’abandon (p. 94).

Et comme elle n’était coupable de rien, c’était insoluble.

Pour les enfants qui sont ce qu'on appelle des victimes collatérales tout est inédit et les décontenance. La mort n’arrête pas tout, loin de là. Il faut organiser les obsèques, engager le procès. En a-t-on jamais fini, surtout quand on ignore ce que notre mère défunte a voulu nous faire promettre (p. 187) juste avant de fermer les yeux ?

Peut-on se reconstruire si on est considéré juste comme victime collatérale, censée être invisible et silencieuse (p. 204) ? La question est diablement bien posée et ce livre est un coup de poing sur la table. Tout y sonne juste, sauf peut-être la beauté de la couverture dont le sens m'aura échappé.
 
Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson, Julliard, en librairie depuis le 5 Janvier 2023

jeudi 14 décembre 2023

Le meilleur thé au jasmin arrive chez Mavrommatis

Je connais très bien -il me semble- la maison Mavrommatis et j'ai cru à une erreur quand j'ai été invitée à une cérémonie du thé au restaurant Laurier (qui est au demeurant un superbe endroit, proposant une cuisine que j'apprécie énormément et dont j'ai parlé plusieurs fois).

Mavrommatis représente la quintessence de la Grèce, bien que je sache d'ailleurs pertinemment que les trois frères fondateurs sont crétois. Et puis j'ai déjà assisté à plusieurs cérémonies du thé. J'en connais l'art et bref je ne suis venue que par pure curiosité.

Andréas Mavrommatis voyage beaucoup et s'intéresse à une foule de choses. Ayant dégusté le thé au jasmin de  Chunlun Tea il se trouva immédiatement comme télétransporté à Chypre car la fleur de jasmin est très présente en Méditerranée et son parfum a imprégné toute son enfance. Une fois ceci dit, son intérêt pour le producteur chinois devient une évidence. Le président, issu lui aussi d'une famille de passionnés, est venu spécialement en France pour l'occasion (à gauche sur la photo ci-dessous).
Il a cherché à en savoir plus sur cette entreprise à qui il a envoyé des pétales de rose, cette herbe qui s'appelle thé des Montagnes, et puis cet extrait résineux d'un arbre indigène (Pistacia lentiscus) de l'île grecque de Chios qui s'appelle Mastica et qui possèdes des propriétés merveilleuses, afin qu’ils soient distillés par Chunlun qui a une tradition exceptionnelle en ce domaine. Nous sommes impatients d'en connaitre le résultat, sans doute dans les mois qui viennent.

En attendant, les boutiques et les restaurants Mavrommatis vont distribuer (selon deux modèles, en boite et en grand sachet de 80 grammes) le thé vert au jasmin, issu des montagnes de Fujian, très précisément de la ville de Fuzhou du Comté de Luoyuan, à environ deux heures de Shanghai.

Les arbustes font l'objet d'une culture écologique, en inter culture légumineuse en profitant d'un climat idéal, doux mais brumeux, et d'un environnement en altitude préservé. L'air, la température, le sol, la lumière réunissent les conditions optimales pour concourir au développement d'un thé unique qui, officiellement est le meilleur thé au jasmin du monde, qui est classé au Patrimoine agricole de l'humanité depuis 2014. Il est le thé officiel du gouvernement chinois.

On l'infuse dans une eau à peine bouillante à 85° pour obtenir un breuvage d'une jolie couleur rosée, sans  aucune amertume, au parfum très marqué, réellement exceptionnel, provoquant la surprise. Le thé est une boisson ancestrale, connue pour être un excellent antioxydant, revigorant, stimulant pour le système immunitaire et par son effet apaisant, le thé vert au jasmin parvient à diminuer les tensions de la vie moderne.

Le parfumage du thé vert avec des fleurs de jasmin est un savoir-faire très ancien que Chunlun Tea entretient depuis 1858 au travers de six générations. On comprend que ce soit une marque influente et un acteur clé dans la culture du thé où elle emploie plus de 100 000 agriculteurs, qui exploitent des jardins de 1000 acres, sur une superficie totale de 2800 hectares, ce qui lui vaut d'être donnée en exemple dans la réduction de la pauvreté. Chunlun est présente dans le monde entier, et dispose d'une filiale en France,

Le thé est arrivé en Europe il y a plus de 2000 ans, ramené par les marchands qui suivaient la Route de la Soie. Les Grecs ont été parmi les premiers à adopter cette boisson qu'ils ont préparé différemment. Mais cette adaptation a créé des liens entre les deux civilisations malgré la distance, On comprend mieux pourquoi Mavrommatis et Chunlun initient une collaboration.
La soirée entre Grèce et Chine, Méditerranée et Orient, a démarré par une Cérémonie du thé dont on pourrait croire qu’il s’agit d’une affaire de femmes. Nous avons assisté à une chorégraphie gustative au son d’un instrument de musique chinois à cordes pincées, le guzheng, qui est sorte de cithare.
À gauche, la jeune femme suivait une méthode moderne. A droite c'était la méthode traditionnelle qui était déployée. Toutes deux avec des gestes harmonieux, devant des invités attentifs et curieux.

mercredi 13 décembre 2023

Quatre nouveaux Brigadiers décernés par l'A.R.T.

Ce fut une belle cérémonie qui eut lieu la semaine dernière pour la remise des 4 Brigadiers de l'édition 2023 devant une salle pleine d'artistes, d'artisans/anes du théâtre et des personnalités du monde culturel parisien dans cette jolie salle du Théâtre Montparnasse ouverte il y a déjà plus de 250 ans dont Bertrand Thamin est le directeur.

Elle a en effet été inaugurée le 29 octobre 1886. Le bâtiment est l'œuvre de l'architecte Charles Peigniet, qui a notamment participé à la réalisation du socle de la Statue de la Liberté à New-York.

C'est une joie d'avoir cette occasion de fêter le théâtre, cette belle corporation qui compose une famille.

Récompenses et hommages sont des témoignages d'amitié pour les récipiendaires. Cette fois le Brigadier de l'année fut décerné à Christine Murillo puis Stéphane Hillel, Pierre Arditi et Danielle Mathieu-Bouillon furent tous trois honorés d'un Brigadier d'Honneur, les deux premiers pour leur carrière et Danielle pour et à Danielle Mathieu-Bouillon pour son cinquantenaire comme présidente de l’Association de la Régie Théâtrale (A.R.T.),  association fondatrice du Prix en 1960 et qui est aujourd'hui présidée par Pascal Monge, pour distinguer l’événement théâtral de la saison, qu'il s'agisse d'un auteur, un acteur ou un metteur en scène, parfois un spectacle ou un décorateur. Contrairement aux Molières, il ne peut être attribué qu’une seule fois.

L'objet est une pièce unique, réalisé à partir de morceaux de perche d'illustres lieux comme les Folies Bergère, le Casino de Paris, la Michodière, partiellement recouverts de velours rouge, cloutés d’or et comportant une plaque au nom du lauréat.

La première a recevoir cette distinction fut donc Christine Murillo qui fut saluée d'une longue ovation après le discours élogieux prononcée par Karen Taïeb, Maire-Adjointe à la Culture à la Ville de Paris.

Elle ne bouda pas son plaisir et lança le cri du coeur Bon Dieu que je suis contente !

La comédienne commença par dire ce qu'elle doit à son rôle Pauline & Carton, mis en scène par Charles Tordjman qu'elle interprète en ce moment à La Scala le samedi à 19h30 et le dimanche à 15h30 jusqu’au 17 décembre, après en avoir lu le texte en 2022 au Festival de la correspondance de Grignan, en collaboration avec la compagnie Fabbrica.

Elle y incarne Pauline Carton, actrice fantaisiste et mythique avec qui elle a plusieurs points communs, le trac, l'humour (même si Christine n'est pas caustique) et l'auto-dérision. Ceux qui ne l'ont pas vue dans ce rôle taillé pour elle peuvent être rassurés. Elle jouera les prolongations du 16 mars au 23 juin, le samedi à 15h30 et 19h30, le dimanche à 15h30.

Elle est furieusement drôle en imitant pour nous Michel Simon (qui, elle nous le rappela, n'a jamais joué Jean Valjean) et en nous prévenant qu'elle allait pleurer peut-être un peu.

Elle est surtout modeste, se réjouissant de ce bâton qui pourra toujours lui servir en cas d'agression. Citant tous les metteurs en scène avec qui elle a travaillé et qui ne sont plus là pour l'applaudir (et notamment Jean-Pierre Vincent que nous regrettons tous), elle dit : j'ai fait ce que j'ai pu. J'espère que vous êtes contents de moi là haut.

Elle se souvient des six coups de la Comédie Française et a frappé consciencieusement le parquet de la scène avant d'être encore longuement applaudie.

Ce fut ensuite Stéphane Hillel que nous connaissons tous et qui fit une fausse entrée provoquant les rires. 

En 2002, il devient directeur associé du Théâtre de Paris, puis du Théâtre des Bouffes Parisiens et finalement du Théâtre de la Michodière en 2014. Etant responsable de quatre salles (deux au Théâtre de Paris) son expérience est immense et son intervention fut marqué par des anecdotes amusantes, après l'intervention de Pascal Guillaume, président de l'ASTP, Président de l'Association pour le Soutien du Théâtre Privé, chargé de lui remettre le Prix.

Lui aussi témoigna d'un fort humour en comparant ce qu'un Molière est au Brigadier à l'instar du Renaudot au Prix Goncourt.

Il rappela son expérience des Molières. En 2002, il échoua au Molière du second rôle pour son emploi dans Impair et père, face à Philippe Magnan dans Elvire; Wojtek Pszoniak dans La Boutique au coin de la rue, Michel Vuillermoz dans Madame Sans Gêne et enfin Maurice Chevit qui reçut la statuette pour Conversations avec mon père.

L'année suivante il est opposé, en tant que metteur en scène, à Peter Brook pour Le Costume, Didier Caron pour Un vrai bonheur, Patrice Chéreau pour Phèdre et John Malkovich pour Hysteria. Il nous raconte avec délice qu'il l'emporta pour Un petit jeu sans conséquence alors que les perdants affichaient un regard de sidération. Si ce prix lui était décerné à titre personnel il n'empêche que Stéphane Hillel a souligné l'importance du travail d'équipe.
L'évènement monta d'un cran en terme d'humour avec l'arrivée de Pierre Arditi, dont le producteur Jean-Claude Houdinière fit l'éloge appuyé d'un parcours outrageusement exceptionnel (couronné d'ailleurs de 2 Césars et d'un Molière).

mardi 12 décembre 2023

Azzedine Alaïa, couturier collectionneur au Palais Galliera

Dix ans après la grande rétrospective consacrée au Palais Galliera au couturier, c’est une nouvelle exposition qui met à l’honneur, et pour la première fois, l’extraordinaire collection patrimoniale exceptionnelle que Azzedine Alaïa (1935-2017) a réunie au fil du temps, et cela dans le plus grand secret et sans jamais la dévoiler de son vivant, en France comme à l’international.

Ne vous attendez pas à une présentation exhaustive de sa collection dont on ne peut admirer "que" 140 pièces, choisies parmi plus de 20 000. On peut donc légitimement penser que d’autres expositions seront organisées, elles aussi conjointement avec la Fondation Azzedine Alaïa.

Mais vous comprendrez quelles auront été ses sources d’inspiration à travers les modèles qu’il a soigneusement, quasi religieusement, rassemblés et qui témoignent de son admiration pour ses maîtres. Et ce n’est pas un hasard si la photo de l’affiche recadre un cliché montrant de ses mains drapant une robe de Madeleine Vionnet en 1990.

Ne vous méprenez pas. Vous ne verrez pas de robe créée par lui ici. Mais, après un petit effort consistant à traverser l’avenue et vous rendre au Musée d’Art Moderne situé en face du Palais Galliera, vous pourrez (si vous avez la chance qu’elle soit ouverte, ce qui ne fut pas mon cas) vous rendre en Salle Matisse, où sont présentés trois costumes de scène dessinés par Henri Matisse pour les Ballets russes en 1919 et qui illustrent le dialogue entre mode et art si cher au couturier. Je n’ai pu qu’en apercevoir de loin une d’entre elles, à travers la vitre de la porte fermée.
C’était la première fois que Matisse acceptait de participer à la mise en scène d’un ballet. La conception du décor, du rideau de scène et des costumes lui permettait d’exercer sa créativité de manière inédite. Il a conçu ces pièces historiques, rares et fragiles en 1919 pour Le Chant du Rossignol, ballet en un acte créé par Serge Diaguilev pour les Ballets russes sur une musique d’Igor Stravinsky. Inspiré d’un conte d’Andersen, le ballet évoque la rencontre entre un empereur chinois et un rossignol au chant merveilleux qui, après avoir été remplacé par un oiseau mécanique, revient chanter au chevet de l’empereur et le sauve de la mort.

Parmi tous les costumes imaginés par Matisse pour ce ballet orientalisant, Azzedine Alaïa a retenu les plus audacieux et les plus abstraits. Quant aux vêtements créés par le couturier, on pourra les admirer en allant à la Fondation, 18 rue de la Verrerie, qui propose une exposition intitulée Alaïa/Grès au-delà de la mode jusqu’en avril prochain.

Mais revenons à la remarquable collection qu’Alaïa débuta en 1968, à la fermeture de la maison Balenciaga (fondée trente ans plus tôt) par le couturier qui ne se reconnaissait plus dans l’industrie nouvelle du prêt-à-porter. Mademoiselle Renée, qui la dirigeait, invita Alaïa à venir choisir les tissus qui pourraient satisfaire sa curiosité. Cet élément fut déclencheur d’une véritable passion pour l’histoire de la haute-couture française dont il confesse une forme de dévouement : C’est devenu chez moi une attitude corporative de les préserver, une marque de solidarité à l’égard de celles et ceux qui, avant moi, ont eu le plaisir et l’exigence du ciseau. C’est un hommage de ma part à tous les métiers et à toutes les idées que ces vêtements manifestent.

Alaïa devint le gardien bienveillant des formes et des souvenirs de chacun. Dès lors, il accumula sans compter les trésors de mode mais aussi tous les documents qui pouvaient raconter la vie des ateliers et commenter l’œuvre de création. Outre Cristóbal Balenciaga (1895-1972) il va ainsi rassembler des pièces de couturiers parmi les plus prestigieux : Worth, Jeanne Lanvin, Jean Patou, Madame Grès, Paul Poiret, Gabrielle Chanel, Madeleine Vionnet, Elsa Schiaparelli, ou encore Christian Dior... depuis la naissance de la haute couture à la fin du XIX° siècle jusqu’à certains de ses contemporains comme Jean Paul Gaultier, Comme des Garçons, Alexander McQueen, Thierry Mugler ou encore Yohji Yamamoto... 
Alaïa était un admirateur inconditionnel de Balanciaga et c’est donc légitimement que le parcours débute avec trois de ses robes (noires) des années 1950-55 retenues parmi plusieurs centaines de pièces majeures des années 1930 à 1968 que compte la collection.

L’exposition n’est pas chronologique et je suis revenue régulièrement sur mes pas pour mieux comprendre, par comparaison, ce qui distingue et/ou rapproche tel ou tel créateur. La foule était très dense et on se réjouit bien sûr de l'intérêt suscité par l'exposition mais la circulation y était difficile. La pénombre, absolument nécessaire pour garantir la conservation des modèles, mais à laquelle il faut un certain temps pour s’y acclimater, et surtout la disposition des cartels au ras du sol compliquent la visite. On apprécierait des miroirs pour entrevoir les robes dans leur entièreté, même si parfois elles sont disposées de biais pour qu’on puisse mieux en percevoir le volume, par exemple pour celles-ci.
La collection d’Alaïa fait figurer les grands noms qui ont écrit l’histoire de la mode. Elle distingue également les griffes aujourd’hui oubliées mais dont la notoriété, à leurs époques respectives, était attestée de même que l’excellence de leurs ateliers.

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