Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 12 septembre 2009

Mylène Farmer au Stade de France

J'en arrive ... quelques minutes et je mets le compte-rendu du spectacle en ligne.
C'était effectivement grandiose, et intime à la fois.

Deux photos (même pas recadrées, sans aucune retouche) pour patienter :

Ce concert fera date dans l'histoire !

dimanche 6 septembre 2009

Comédienne pour Côté Cuisine

Quand Julie Andrieu a voulu enregistrer les premières émissions de la nouvelle formule elle se trouva fort dépourvue. Elle puisa donc des candidat(es) dans le vivier des blogs culinaires.

Voilà comment de cuillère en marmite, je me suis retrouvée à endosser à bride abattue la casaque de la maitresse de maison qui ne sait pas faire cuire … non pas un œuf mais du bœuf, enfin presque.

Le principe de l’émission est qu’un quidam (une personne normale, ordinaire) soumette un problème à un chef qui le lui résoudra en un tour de main grâce à son talent. Tout cela bien entendu devant les caméras après un minimum de préparation.

Paradoxalement il était plus simple de démarrer la série des tournages avec des personnes à l’aise en cuisine et qui ne soient pas non plus effrayées par l’imposant dispositif d’un plateau d’enregistrement.

La première émission sera diffusée demain avec un quidam masculin, et la seconde mardi avec un quidam féminin, qui se trouve être moi-même ici présente. Autant vous dire que je suis perplexe parce que je n'ai rien vu de la future émission.

Ce que je peux vous dévoiler ce sont quelques dessous pas très chics de cette aventure.

Quelques minutes sont consacrées au portrait de l’invité. Une équipe de journalistes m’a donc suivie toute une matinée, et pas n’importe laquelle puisque c’était le jour de la publication des résultats du BAC auquel mes deux enfants se présentaient. J’ai d’ailleurs semé les quatre hommes un petit moment sur le chemin qui allait au marché (fastoche : j’étais à vélo et eux en voiture. Ce me fut facile de bifurquer sur un trottoir le long d’un sens interdit).

Rassurée par le succès de mes « bouts de choux » j’ai repris la direction des halles. On m’a demandé de commenter les étals de mon fournisseur d’olives, de mon fromager et de mon marchand de fruits et légumes. Des amies m’ont surprise en pleine action et cela ajouté une note fort sympathique à cet instant. D’autant que leurs jeunes enfants étaient tout excités à l’idée de « passer à la télé ».

Retour à la maison, toujours à bicyclette, avec travelling, moi pédalant le plus possible dans le caniveau, et l’équipe roulant le moins possible au milieu de la route, fenêtre ouverte, caméra à l’épaule. J’appréhendais la montrée de la dernière côte car les courses pesaient diablement lourd sur le porte-bagages.

J’ai commenté le retour de marché, enfilé un de mes magnifiques tabliers de cuisine (je les coupe dans des chutes de tissus d’ameublement) et répondu aux questions que le journaliste me posait. Une fois en le regardant dans les yeux. Une seconde fois, à l’identique mais en fixant l’objectif de la caméra. Et puis une troisième fois « par sécurité » parce que j’étais son premier sujet et que la production ne lui avait pas encore donné le style de l'émission …

Et si on recommençait ? Vous entrez par la porte, depuis le jardin , avec un bouquet d'herbes aromatiques à la main. D'accord !

(sauge) (sarriette) (menthe citron)

L'équipe a eu envie de se transporter carrément dans le jardin qui était alors aussi une friche sauvage envahie de hautes herbes, de papillons et d’oiseaux. J’avais ouvert mon atelier de mosaïque pour qu’on ne reste pas confinés dans la cuisine et enfilé cette fois ma blouse de travail, maculée de taches.

Puis j'ai sorti mon carnet de cuisine qui, en quelque sorte est l’ancêtre du blog. On m'a demandé de soumettre mon problème au chef en l’imaginant en face de moi : pourquoi donc mes cakes ne montent-ils pas bien haut dans le moule alors que je fais tout comme il faut en suivant les multiples recco de l’illustre pâtisser Pierre Hermé, dont les conseils étaient collés dans mon cahier sous la recette, photo à l’appui ?

Le plus difficile fut de convaincre un de mes enfants de donner son point de vue sur mes «talents culinaires». Vous apprécierez le résultat à l’antenne. Au final l’équipe (de FR3 Lorraine …, comme s’il y avait des hasards) était très contente de ses provisions : plus d’une heure de bobine dont on ne garderait que trois minutes. La matinée était passée comme une lettre à la poste.
Seconde étape à Bordeaux une ou deux semaines plus tard. Je ne vais pas revenir sur l’atmosphère de la ville, le tempérament de ses habitants, les découvertes que j’y ai faites. Je les ai racontées longuement dans le blog du lundi 20 au vendredi 24 juillet : une semaine entière de chroniques. (Pour les lire, cliquez sur Juillet dans la colonne de droite à coté de l'article)

Voici donc le tournage proprement dit. Première surprise on a changé (non pas ma chanson comme le pleurait Dalida avec Look what they done to my song) mais mon horaire, ma problématique, et puis aussi le chef.

J’avais potassé la question. Je connaissais sa bio sur le bout de la fourchette. Et voilà que je me retrouve à devoir mitonner un sauté d'agneau comme en Provence à coté de quelqu’un dont je ne sais rien. Ajoutez à cela quelques déboires bordelais (sur lesquels je me suis suffisamment épanchée le mois dernier), la fatigue, une canicule de plomb, le stress du réalisateur que j’entendais râler suite à un énorme retard, bref, je craque. La maquilleuse lâche ses pinceaux en disant qu’on ne peut pas bosser sur un visage défait.

C’est alors que la magie « Julie Andrieu » opère à plein régime. Cette jeune femme est un peu comme la marraine d’un conte de fées. Son apparition métamorphose la moindre citrouille. Quand sa voix douce vous demande de faire « comme si » vous ne pouvez qu’accepter d’endosser le rôle de la cruche qui ne sait pas qu’on farine la viande avant de la faire dorer. Sa sérénité est immédiatement contagieuse. Impossible de continuer à faire la tronche de cake. Et je me suis faufilée sur le plateau où, telle une minuscule souris, j'ai suivi le déroulement de l'enregistrement précédent pour m'imprégner de l'ambiance, et prendre quelques photos.
Nous étions dans la vraie cuisine d'un membre de l'équipe. Le décor, comme vous pouvez en juger, était très raffiné. Le seul inconvénient c'était l'étroitesse des lieux pour les techniciens qui ont du se coincer dans l'escalier pour avoir le recul nécessaire.
La régie s'était organisée dans un minuscule bureau.
Si les plats sont démarrés face caméra il va de soi qu'on ne peut pas attendre que la cuisson prenne tout le temps qu'il lui faut. Il existe donc ce qu'on appelle une doublure cuisine qui officie avant pour faire gagner de précieuses minutes. C'est Jean-Christophe, depuis son camion-cuisine stationné devant la maison. Et je vous jure qu'il avait du mérite de travailler à 45 degrés à l'ombre.
J’avais pour moi de ne pas avoir peur du tournage proprement dit. J’ai déjà été invitée dans des émissions de télévision. La machinerie ne m’impressionne pas. Le nombre des techniciens non plus. Une fois le morceau avalé, je me suis glissée dans la peau du personnage en remarquant non sans surprise que Julie elle aussi faisait « comme si » les conseils que la chef donnait à l'antenne étaient nouveaux pour elle. Alors ce que Julie fait je peux bien l’accepter de bon cœur moi aussi !

La chef, Flora Makula, avait l’accent méditerranéen et la sympathie immédiate.

Je fus avantageusement maquillée et coiffée, gentiment entourée par une équipe souriante, et complimentée après chaque « coupez ». C’est peu dire que je fus finalement très à l’aise. J’espérais que la quatrième candidate loupe son train et pouvoir revenir devant les caméras qui m’avaient totalement apprivoisée.

L’épisode a été vite bouclé. Le concept de l’émission semblait prometteur. La pression se relâchait sur le plateau. Ils allaient pouvoir enchainer avec le troisième candidat, puis la quatrième (qui observait depuis un moment). Car on tourne en une journée de quoi alimenter une semaine.

Il restait malgré tout, pour être « raccord » à reposer « «la » question face caméra car on couperait au montage mes atermoiements sur le cake enregistrés par FR3 Lorraine à la maison. Julie, décidément toujours gentille, m’a promis de me donner une recette qu’Yves Alléno, le célèbre chef du Meurice, venait de lui transmettre.

C’est Kévin, l’adorable assistant réalisateur qui nous a tiré le portrait en extérieur, et nous avons déjeuné ensemble sous une grande tente, dans le jardin, au bord d’une piscine très tentante.

J'aurais vraiment aimé retourner en centre ville où je n'avais pas eu le temps la veille de faire toutes les photos dont j'avais besoin. Il fallut patienter quelques heures plus tard, les pieds dans l'eau fraiche du bassin turquoise. (La stagiaire chargée des transports était littéralement débordée. On craignait des orages pour le lendemain et elle avait une montagne de courses à faire avant de reprendre sa fonction de taxi).

Je suis repartie in extremis pour ne pas louper mon train, emportant « ma » recette de sauté d'agneau comme en Provence dédicacée par Flora et Julie.

Elle sera probablement un jour en ligne sur le blog. On peut la suivre pendant quelques semaines en regardant la re-diffusion de l'émission ici.
Quant à vous vous pouvez aussi poser votre candidature pour participer à l'émission en écrivant à : cotecuisine09@gmail.com

mercredi 2 septembre 2009

Jeu-concours : des places de théâtre à gagner

Sachant que la rentrée déprime plus d'un lecteur, je vais essayer de détendre l'atmosphère et de vous faire oublier les menaces de grippe. Vous avez le temps de vous préparer : le temps fort de l'épidémie n'est pas pour les jours qui viennent.

Avec Marc Jeancourt, le directeur de la Scène conventionnée d'Antony-Chatenay-Malabry (92) et son équipe, nous vous proposons de gagner 5 invitations cadeaux qui récompenseront les premiers d'entre vous qui répondront à de simples questions sur la programmation du théâtre Firmin Gémier la Piscine :
- 1 place pour le Chant du Dindon, par la compagnie Rasposo, jeudi 1er ou vendredi 2 octobre
- 1 place pour Du temps que les bêtes parlaient, mardi 13 octobre
- 1 place pour Dialogue avec mon jardinier, mardi 20 ou mercredi 21 octobre
- 1 place pour Espia a una mujer que se mata, mardi 1er décembre
- 1 place pour Espresso le mercredi 27 novembre

La saison 2009-2010 de cette structure est impressionnante :
  • 7 Molières
  • 5 spectacles de Cirque (deux de plus que cette année)
  • 5 spectacles en version originale (espagnole, italienne, allemande ou russe) surtitrés en français bien sur
  • 3 exclusivités que vous pourrez difficilement aller voir ailleurs en région parisienne
  • une dizaine de têtes d'affiche
  • 2 reprises de pièces programmées l'an dernier, avant leur départ en tournée
Et surtout une douzaine de spectacles totalement nouveaux, dont la création est encore maintenant en pleine préparation .... c'est tout cela (au moins) que le théâtre Firmin Gémier-la Piscine propose au public dans les mois qui viennent.

Les risques sont réels, avec les nouveautés, mais mesurés car plusieurs metteurs en scène ont déjà réalisés des spectacles qui ont été très appréciés par les abonnés les années précédentes. Il serait exagéré de dire que Marc marche sur la corde raide comme le fera excellemment la contorsionniste de la compagnie Rasposo dans le Chant du Dindon ...
Je ne vous en dis pas davantage aujourd'hui...

Toutes les réponses sont dans la brochure de saison. Vous pouvez la demander au 01 41 87 20 84. Vous pouvez aussi la consulter en ligne sur le site. Vous pouvez enfin la prendre vendredi soir, 4 septembre à 19 heures et assister à la présentation que Marc en fera avec de nombreux artistes (informez malgré tout le théâtre de votre venue au numéro donné ci-dessus).

Les gagnants seront les premiers à avoir donné la liste des 7 Molières.
Cette question étant facile j'ajoute une question subsidiaire : quelles sont les 2 reprises programmées au cours de la saison ?
Les réponses doivent m'être envoyées à l'adresse mail abrideabattue@orange.fr accompagnées de vos coordonnées postales afin que le théâtre puisse vous envoyer votre gain en cas de réussite.

Date-limite le 30 septembre sauf à ce que les 5 gagnants aient été recensés d'ici-là.

mardi 1 septembre 2009

Devinette de rentrée


J'avais publié sur le blog lorrain auquel je collabore cette photo en interrogeant le lecteur sur le site où elle a été prise.
J'avais songé lancer la compétition avec les habitués de A bride abattue. Mais j'ai pensé que vous n'étiez pas à armes égales. Les lorrains ont eu quelques difficultés et beaucoup de doutes. J'ai rédigé une réponse détaillée accompagnée d'une belle galerie de photos.

Vous pouvez en profiter à l'adresse : http://www.lorrainedecoeur.com/?p=6708

dimanche 30 août 2009

Mémory of love

Après avoir parlé de la Chine défavorisée dans ses trois premiers films, Wang Chao a eu envie d’explorer l’univers des sentiments dans un milieu intellectuel et privilégié. Il imaginé un scénario surprenant à plus d’un titre.

Il nous révèle un pays que l’on ne soupçonne pas, avec des paysages intacts, sauvages et grandioses, qui ne déméritent pas, comparativement à l’Ouest américain ou les Grands lacs canadiens. Et une autre Chine, ultra moderne, proche de ce qu’on imagine être Hong-Kong. Il a tourné dans le Zhejiang qui reflète le miracle économique chinois : un pays pauvre et essentiellement rural ayant réussi à devenir l'un des centres industriels les plus actifs du monde. On y vit le portable à la main, on se déplace en voiture rapide ou en taxi (jamais à vélo …), on porte des robes très courtes, des talons très hauts, on boit du champagne ou de la bière, … Mais on s’épluche tout de même un fruit « exotique », une sorte d’orange à la peau épaisse et vert foncé. Les malades hospitalisés sont tous habillés du même pyjama rayé et on glisse les pieds dans des chaussons en éponge pour ne pas rayer le sol dès qu’on rentre chez soi. Allo se dit « wei4 », qui est aussi une façon courante d’interpeler quelqu’un.

Les personnages sont étonnants. S’ils ne s’exprimaient pas en chinois (je recommande de voir le film en VO) on pourrait se croire dans n’importe quelle banlieue privilégiée de n’importe quelle grande métropole. Ils sont chirurgiens, décoratrice, danseur professionnel. (Une femme de ménage n'apparait que quelques instants et c’est bien la seule à ne pas appartenir à leur milieu.)

Résumons l’intrigue : pris par son travail à l’hopital, Li Xun délaisse Sizhu, sans se rendre compte que celle-ci mène une double vie avec un troisième homme. Un jour, un couple est amené aux urgences de l'hôpital, à la suite d'un accident de voiture. Il s'agit de Sizhu et de Chen Mo, son amant, professeur de danse latine, qu'elle fréquente depuis plusieurs mois. Son époux Li Xun découvre alors qu'elle le trompe, et qu'elle est enceinte. L’amant est sain et sauf. Sizhu se réveille avec une amnésie partielle qui a effacé les trois dernières années de sa vie. Elle se croit encore être la petite amie de Qian Cheng, lui aussi chirurgien, et meilleur ami de Li Xun.

Voilà un film qu’on peut prendre le temps de regarder. La caméra ne voltige pas d’un personnage à l’autre. Chaque séquence semble se dérouler en temps réel. Et c’est très bien ainsi puisque l’héroïne cherche à retrouver la mémoire, ce qui ne peut pas se faire en un clin d’œil.

Nombreux sont les scénarios qui ont exploité la veine de l’amnésie pour légitimer la manipulation d’un personnage par son conjoint. Ici c’est totalement l’opposé. Le mari trompé fait au contraire tout ce qui est en son pouvoir pour aider sa femme à retrouver ses souvenirs assumant le risque qu’elle le quitte pour un autre.

En même temps le film est aussi une fable sur la nécessité d'oublier, pour que renaisse une histoire d'amour. Le pardon est là érigé en vertu. Avec beaucoup de simplicité. Et la question de la jalousie et de la loyauté est traitée aussi avec délicatesse.

Même si l’action se passe en Chine, dans un milieu social assez éloigné du nôtre (le meilleur ami du mari, qui est aussi son collègue, et qui fut son rival amoureux, offre une voiture comme cadeau de fiançailles à sa future épouse …) on est vite pris dans l’engrenage de leurs vies. Au pluriel car on comprend vite qu’ils sont tous liés. Ils sont … ont été …ou vont être … amoureux. Là où d’autres échafaudent une comédie boulevardesque, Wang Chao compose une comédie dramatique subtile, toute en demi-teintes.

Les dialogues sont économes. Aucune envolée lyrique, aucune crise, aucune colère. C’est à peine si l’amant exprime quelques instants sa douleur. Quand il demande conseil on lui répond : vous devez parler au médecin traitant. C’est aussi le mari de Sizhu .

Voilà, c’est dit. Personne ne triche. Et s’il y a manipulation c’est pour une fois véritablement dans l’intérêt des protagonistes. Les lumières sont tamisées, à la limite de la froideur. Les clair-obscur alternent avec les néons artificiels. Beaucoup de scènes ont lieu la nuit ou dans la pénombre. Le crépuscule suggère la transition entre un passé qui n'est pas mort et un avenir qui est encore inconnu. Même les fêtes (les fiançailles, le mariage) se passent en soirée, et dans le huis-clos d’un appartement. La camera surprend le plus souvent les acteurs à travers des vitres, une rangée de cintres, dans un miroir. Avec une mise en abîme infinie au moment le plus crucial, quand Sizhu se découvre danser sur l’écran d’une télévision alors qu’elle avait été filmée devant une glace et que son portrait apparait aussi dans le champ.

Le film démarre avec le piano de la Pavane pour une infante défunte, que Maurice Ravel a composée en 1899. C’est une pièce dont la lenteur s’accorde parfaitement au thème du film. D’autant qu’elle évoque la danse d'une jeune princesse à la cour d'Espagne. Et quand on sait qu’il réutilisa plus tard cette danse dans Ma Mère l'Oye pour évoquer la Belle au Bois dormant on comprend davantage encore le choix du réalisateur. Plus tard l’illustration musicale d’Astor Piazzolla apporte une touche plus colorée et plus mélodramatique.

A la toute fin du film Sizhu comprend qu’elle a fait souffrir son mari : Je suis désolée. Oublions le passé. J’ai tout oublié. Oublie toi aussi. Mais il lui répond avec sagesse : Tu dois te souvenir, moi, je peux oublier. Il cherche à signifier que l’oubli ne peut pas être positif s’il n’est pas volontaire.

Plus d'infos sur ce film

Li Xun va-t-il revivre les premiers temps de cette histoire d'amour sans que l’angoisse de l’avenir ne vienne tout gâcher ? Tentera-t-il d’inverser le cours des choses ? L’amant acceptera-t-il de rester en retrait ? Qui gagnera au subtil jeu de l’amour et du destin ?

Vous le saurez en allant voir le film interprété par des acteurs remarquables… cela et bien d’autres choses encore.

A titre informatif je signale aux habitants de la banlieue sud que le film est programmé du 16 au 22 septembre au cinéma Ciné-Select d'Antony (92), ce qui est une information précieuse car malheureusement il ne bénéficie pas d'une diffusion à la hauteur de son mérite.

mercredi 26 août 2009

Une Argiope frelon au-dessus de mon gazon

La phobie des araignées est une des peurs les plus fréquentes. Je ne les crains pas dans la maison. Alors ce n’est pas au jardin qu’elles vont m’effrayer. Même pas celle-ci, dont la robe jaune et noire fait penser à une guêpe. Cette tenue de camouflage trompe les oiseaux qui perdent une bonne occasion de se nourrir gratis, mais je ne suis pas un volatile et je n’ai pas peur de m’approcher pour les photographier.

Un fil de soie utile à la survie des hommes …
Les araignées produisent de la soie (une solution protéinée synthétisée par des glandes généralement situées à l’extrémité de l’abdomen). Cette soie sert à fabriquer le fil qui leur permet de se déplacer … beaucoup moins bien que le héro « spider-man » parce que c’est uniquement verticalement. Ou latéralement, lorsqu’il y a du vent.
Ce qui me plait c’est de savoir que ce fil est ultra résistant et qu’il a plus d’une utilité. On l’emploie, en chirurgie, dans les ceintures de sécurité ou pour les costumes des astronautes. L'armée Américaine avait envisagé de faire des gilets pare-balles ultra-légers.
C’est avec ce fil qu’elles tissent leur toile ou des cocons emprisonnant leurs proies ou protégeant leurs œufs, voire de faire une réserve provisoire de sperme ou un dôme leur permettant de stocker de l’air sous l’eau (douce).
Une heure de travail avant de déjeuner
L'argiope frelon est une araignée orbitèle. Pour chasser, elle bâtit une toile géométrique (orbiculaire, forme proche du cercle) dans la végétation, à moins d'un mètre de hauteur du sol chaque matin et dont l'élaboration prend environ une heure.
Le piège est ultra sophistiqué, avec une sorte de zig-zag blanc étincelant qui se trouve sur la toile. Il semblerait que ce « stabilimentum » attire les proies du fait de sa grande brillance dans le spectre des ultra-violets que les insectes perçoivent.(Je l'ai pointé sur la photo, entre les deux flèches roses).
Comme chez les autres araignées, l'Argiope immobilise sa proie grâce à un venin paralysant qui dilue les chairs. Y’a pu qu’à aspirer comme un milk-shake en sorte. Elle se nourrit principalement de mouches, d'abeilles, et de sauterelles. Un peu goinfre : elle peut dévorer jusqu'à quatre sauterelles par jour.

Une sexualité débridée
L’argiope frelon n’est pas une tendre : elle pratique le cannibalisme sexuel. Après l'accouplement, la femelle pond rapidement 200 à 300 œufs dans un cocon de couleur brune, suspendu dans les graminées, un peu au-dessus du sol. Les œufs hiverneront à l'abri du gel C’est d’ailleurs ce cocon, gros comme une balle de poing pong beige, très nettement reconnaissable sur le cliché, qui a attiré mon attention tout à l’heure.
Avec un nombre d’œufs aussi important, pas étonnant que cet animal, originaire du Bassin méditerranéen, ait colonisé toute l'Europe centrale et septentrionale.

Quant à l’expression « avoir une araignée au plafond » je me demande bien à quoi elle rime car effectivement cette petite bête peut marcher au plafond sans tomber grâce à des ventouses sous les pattes. Et comme elle a huit pattes et qu’elle ne pèse pas très lourd, cela fonctionne à tous les coups.

lundi 24 août 2009

A quoi reconnait-on la rentrée ?

Voilà que la date du 1er septembre approche, qu'on effraie les enfants en leur parlant de l'école, que les journées raccourcissent sensiblement et que les nuits rallongent, qu'il faut le matin enfiler un pull avant de sortir (alors que c'est encore inutile le soir, du coup on laisse la petite laine au bureau et à la fin de la semaine cela fait une jolie pile sur le fauteuil).

Les arbres se dessèchent, les confitures prennent rang sur les étagères, les boites aux lettres se gonflent de publicité pour cartables et crayons, les chaines de télévision annoncent leurs nouvelles grilles. Et les chanceux ferment les volets de leur maison de campagne.

On hésite à prendre tout de suite de bonnes résolutions. On aimerait tirer un peu sur la corde, prétendre qu'on n'a pas eu vraiment le temps de profiter des vacances : trop de chaleur, pas assez de fraicheur ... On espère l'été indien.

Il y a tout de même quelques satisfactions qui vont composer le pas japonais sur lequel on traversera la fin du mois. Par exemple en feuilletant les programmes des théâtres et en cochant les spectacles qu'on va inscrire sur notre agenda.


Celui du théâtre Firmin Gémier-la Piscine est entre mes mains. Si vous êtes impatients consulter le en ligne. Je l'étudie et vous en parle ... demain !

Noter quand même la date du vendredi 4 septembre à 19 heures : Marc Jeancourt en présentera l'essentiel au cours de la soirée, avec comme d'habitude des extraits et quelques surprises. (Entrée libre sur réservation au 01 41 87 20 84, attention c'est le nouveau numéro)

Ceux qui ne connaissent pas encore les lieux en auront un aperçu en regardant le reportage que j'ai fait lors de son inauguration il y a un an. Suivez l'escalier :

254 avenue de la division Leclerc- 92290 CHATENAY-MALABRY

samedi 22 août 2009

Lecture en boucle

Après avoir refermé Paris-Brest, la question de la vue sur la mer me trottait dans la tête. Alors forcément, quand j'ai vu ces mots sur la couverture du livre de Didier Decoin je me suis empressée de le lire.

Le style est savoureux à souhait. Il relate avec force humour la recherche de la maison de ses rêves, rendue accessible grâce aux droits d'auteur de John l'enfer qui lui valu le Prix Goncourt. Il narre aussi les travaux et les aménagements successifs. Nous explorons avec lui l'extrême pointe du Cotentin, le phare de Goury et le Raz Blanchard ... que j'avais quitté il y a peu puisque c'était le décor des Déferlantes de Claudie Gallay, Grand prix des Lectrices de ELLE d'ailleurs.

Enfant 44 m'avait renvoyée à Celui qui sait, comme je l'ai déjà dit. Mais en m'intéressant à Didier Decoin, secrétaire perpétuel de l'académie des Goncourt, lequel secrétariat est basé à Nancy, ville qui accueille une manifestation littéraire de grande ampleur, le Livre sur la place les 18-19 et 20 septembre prochain, et où je me rendrai cette année, je découvre que son dernier roman Est-ce ainsi que les femmes meurent ? est un policier assez "parallèle" à Enfant 44, même si l'histoire se passe aux USA et qu'il s'agit de l'assassinat d'une femme, Kitty Genovese, et non plus d'enfants.

Quant à l'homme qui m'aimait tout bas, il me renvoit à cette autre filiation, Henri ou henry, le roman de mon père qui est un ouvrage de la plume de ... Didier Decoin, toujours et encore.

Quel que soit le coté où mon regard se tourne il me ramène toujours à lui.

Un auteur incontournable en quelque sorte.
Et qui plus est dont l'écriture est magnifique.

J'espère le rencontrer à Nancy et avoir l'occasion d'en faire le portrait.

jeudi 20 août 2009

Les jours se suivent

On dit que les jours se suivent et ne se ressemblent pas. C'est parfois vrai. Ainsi coté changement je suis un peu secouée : un nouvel ordi à la maison et me voilà perdue un peu entre tous les transferts de dossiers. Et s'il n'y avait que cela ! Mais les changements de version de logiciels c'est quelque chose !!!!! Finalement c'est équivalent à partir en vacances dans un pays sur-développé. Disons que je revis ce que j'ai vécu il y a 30 ans quand j'ai atterri à New York.

Passer de Outlook 2002 à la dernière version représente un saut technologique énorme. 2000 messages ont afflué d'un coup, classés de multiples manières. Les nouveaux m'arrivent en triple exemplaire. Je passe un temps fou à supprimer les doublons. Par contre je commence à apprécier certaines alertes ... Ainsi, pendant que je travaille sur un dossier je suis informée en temps réel de l'arrivée de messages avec un aperçu partiel s'il vous plait ...

Quant à Word voilà que je n’arrive pas à trouver où se nichent les fonctionnalités habituelles. Du coup je ne sais plus écrire, l’inspiration se perd ...

Même la souris a muté. Minuscule et ultra-rapide (je sais qu'on peut en changer la vitesse, mais pas la taille, merci). Quand j'allume le vieil ordi pour continuer les transferts de dossiers (d'adresses de correspondants, de photos, etc ...) l'ancienne souris me semble avoir la lourdeur d'un éléphant. Je me demande si je ne vais pas revenir au crayon et à la gomme. Ce que c’est que vieillir !

En résumé l'ordinateur va plus vite et moi plus lentement. Voilà ce que je me disais en repassant pour me reposer les neurones (il n'y a rien de mieux que les tâches ménagères pour se vider le cerveau, et en plus c'est utile) quand j'ai pensé que je n'étais pas plus raisonnable avec mon linge de maison qu'avec mes fichiers informatiques : que de vieilleries ! Conserver un torchon de 1998 avec le calendrier de l'année imprimé dessus, sous prétexte qu'il est toujours aussi joli ... c'est un peu exagéré, non ?

Sauf que justement cette année a le même calendrier.
Vérifiez vous-même ! Comme quoi il est bien difficile de faire le tri ...

Les jours se suivent et se ressemblent donc. Enfin pas tout à fait. Je continue à varier les recettes de pain. Celui-ci, idéal pour le petit déjeuner pourrait presque passer pour de la brioche.

Cet autre, très différent, conjugue les saveurs de l'anchois, de la tomate séchée et des oignons frits.
Les recettes sont tirées du livre cité dans les billets précédents, respectivement page 78 (en remplaçant la confiture d'agrumes par de la marmelade d'abricots) et 30 (en ajoutant des tomates séchées).

Pour la première on met dans l'ordre :
150 ml d'eau
100 ml de lait
20 grammes de beurre
2 cuillerées à soupe de sucre
et 4 cuillerées à soupe de marmelade (cela ne fera trop "sucré", rassurez-vous)
1 cuillerée à café et demi de sel
500 grammes de farine spéciale pain
1 sachet de levure boulangère spéciale pains, programme pain normal

Pour la seconde il faut :
200 ml d'eau
1 cuillerée à soupe de sucre
1 cuillerée à café de sel
500 grammes de farine spéciale pain
1 sachet de levure boulangère spéciale pains, programme pain normal
Au bip on ajoute 200 grammes d'oignons frits, 30 grammes d'anchois à l'huile et quelques tomates séchées coupées en petits morceaux.

Autres recettes de pain le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche),18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao) 11 août (Brioche des Reines).
Présentation de l'appareil le 7 avril.
Article complet sur le moulin de Nomexy et ses farines le 12 avril 2009.

mardi 18 août 2009

Grand prix des Lectrices de ELLE – Critique de l'Homme qui m'aimait tout bas


Une surprise heureuse

Autant le dire tout de go je n’avais pas aimé son précédent livre, Baisers de cinéma, où il mettait en scène un père, photographe de plateau ,en multipliant les envolées lyriques qui selon moi sonnaient faux. Voilà qu’un autre papa surgissait dans cet ouvrage qui m’arrivait dans la Sélection pour le Prix des lectrices de ELLE. Cela démarrait tragiquement avec l’annonce du suicide, inattendu, de cet homme. Et pour une fois ce n’était pas du roman.

J’ai entamé la lecture avec un agacement certain. Non seulement l’auteur collectionne les paternels mais il engrange aussi les récompenses (Prix Amerigo Vespucci, Prix Europe 1, Prix des Bibliothécaires, Prix François Mauriac, Prix Femina). Je commençai donc avec l’impression que la messe avait déjà été dite.

J’ai été « cueillie » par le style et par l’écriture, sans fioriture, sans cachotterie ni complaisance. Le ton est intime sans rien livrer pourtant d’impudique. Descriptions, dialogues, discours intérieur, hypothèses … le livre est un enchaînement fluide de scènes de la vie quotidienne, reconstituées par la mémoire affective, une mémoire vigilante qui avoue ce qu’elle veut bien (p.84), mais transposées par le talent de l’écrivain.

On me dira que c’est parce que je ne partais pas en vacances cet été que j’ai apprécié cette lecture qui me plongeait en Charente, qui me faisait visiter Bordeaux, La Rochelle, me transportait en Tunisie, qui me replongeait aussi dans ma propre enfance (L'auteur et moi avons presque le même âge). Les allusions à James Dean, aux films de Sautet ravivent une foule de souvenirs qui me sont personnels. Il a pu m’arriver à moi aussi de surprendre une de ces loutres espiègles qui sortent leur museau de l’eau en frémissant, une feuille de nénuphar sur l’œil pareille à une casquette de Gavroche (p.89). Et quand je lis qu’il entend le flap-flap des alouettes je l'entends aussi.

Des esprits chagrins ont estimé que le récit était un peu décousu. Je lui ai trouvé de la légèreté, et même parfois de l’allégresse, alors que le sujet aurait pu facilement conduire au règlement de comptes ou à la dépression pathologique. Au contraire, la prose est sportive, alerte. Puissent tous les devoirs de mémoire s’inspirer du modèle !

Eric Fottorino s’affirme ici dans la veine d’un Marcel Pagnol célébrant la Gloire de son père. Cinquante ans ont passé et le genre autobiographique se voit vivement dépoussiéré. D’ailleurs l’auteur nous livre ses réflexions à ce sujet-là aussi avec de belles citations de Philip Roth, de Paul Auster (p.59 et svtes).

Malgré tout je ne suis pas sure que cet ouvrage reçoive néanmoins lui aussi un prix, en l’occurrence le label ELLE, car les avis peuvent être mitigés. L’introspection n’est pas le genre qui fait consensus. Mais c’est précisément ce que j’ai apprécié le plus. Qu’Eric Fottorino nous prenne à témoin de confidences qu’il n’a pas osé offrir quand il était encore temps à cet homme qui l’aimait tout bas, peut-être, mais si fort.

Lui qui a désormais une belle reconnaissance professionnelle au journal le Monde où sa carrière est un cas d’école, et qui a réussi à s’affirmer très vite comme un écrivain qui compte, semble avoir écrit ici pour exprimer sa propre reconnaissance à celui sans qui il ne serait pas devenu ce qu’il est.

Il s’amuse du proverbe « tel père, tel fils » (p.71) en relançant d’une certaine manière le débat entre l’inné et l’acquis. L’hommage est rendu à ce père-là, qui l'a adopté et dont il porte très haut le nom, à cet autre à qui il doit la vie (qui par un de ces hasards énormes s’appelle « Maman », cela ne peut s’inventer), à sa mère aussi, à son épouse enfin pour qui il a quelques très belles phrases.

J’ai eu envie, forcément, d’en apprendre davantage sur l’homme. Je tenais absolument à vérifier si tout cela n’était pas une imposture. Internet a facilité mes recherches (en paternité). C’est l’émission de Caherine Ceylac, Thé ou café du 14 juin dernier qui m’a apporté le plus d’éléments.Tous mes soupçons ont bel et bien été confirmés. Eric Fottorino est une belle personne qui ne démérite pas d’avoir reçu l’amour en héritage.

L'homme qui m'aimait tout bas d'Eric Fottorino, Gallimard, 2009

lundi 17 août 2009

Tonka ci, tonka là

J'avais acheté de la fève de Tonka lors de mes pérégrinations bordelaises (cf billet du 23 juillet). Cet épice est très à la mode et les cartes des restaurants chics affichent tous un dessert au chocolat parfumé avec cet arôme si particulier, combinant des fragrances de caramel, d'amande amère et de vanille.

J'avais l'intention de parfumer mes futures crèmes anglaises, crèmes brulées et gâteaux. Également pour sublimer à l'automne un potage de potimarron.

Mais, impatiente de l'expérimenter, j'ai découvert une utilisation un peu spéciale, que je pense être la seule à tenter. A vous de me contredire le cas échéant ...

Je la râpe sur du melon, en très petites quantités (sinon elle peut devenir toxique car elle a des propriétés anti-coagulantes). C'est un vrai régal.

Surtout quand, comme aujourd'hui, on a trouvé au marché une tapenade d'olives noires et de figues qui fait merveille sur un pain de campagne (maison) grillé. C'est si bon qu'on pourrait arrêter le repas à cette étape.

Le nec plus ultra serait s'achever sur une note sucrée avec une glace au chocolat noir et Tonka comme celle que j'ai goutée à la Maison du Chocolat, 19 rue de Sèvres à Paris.

dimanche 16 août 2009

Grand prix des Lectrices de ELLE – Critique de Paris-Brest

C’est le 5ème livre d’un jeune auteur que je découvre seulement maintenant. Ses phrases sont longues comme des spaghettis. Il maîtrise l’art de tourner autour du sujet en semant devant le lecteur juste ce qu’il faut de petits mots pour l’amener à le suivre au fond des bois.

A l’instant où l’on se croit perdu il nous renvoie une idée neuve, un trait d’humour, une formule et nous voilà reparti pour un tour. J’ai lu Paris-Brest d’une traite, sans escale, sans m’essouffler, sans songer même à prendre quelques notes pour écrire plus tard une critique intelligente.

C’est que l’intrigue est bien ficelée et que j’en ai savouré la lecture. Le style, très proche du roman policier, m’a délassée après la lecture d’Enfant 44 (lire le billet du vendredi 14 août).

Comprenant que ce n’est pas en jouant dans l’équipe F - comme football- qu’il va pouvoir devenir joueur professionnel (lisez pourquoi vous-même p. 65 et svtes, c’est drôlissime) le narrateur abat ses cartes d’intellectuel et se lance dans l’écriture de ce qu’il appelle son roman familial.

Il a lui-même un caractère bien trempé et est plutôt bien entouré : une grand-mère indigne, une mère hystérique qui a toujours un sac plastique à portée de main pour se le mettre sur la tête pour enrayer les crises d’épilepsie, un père paranoïaque, un frère qui tarde à faire son coming-out, et surtout un « meilleur ami » dont on se demande si c’est celui qui lui veut du bien.

Thierry Viel pratique humour codé. Le titre annonce le double-jeu. Entre les trajets entre les deux villes. Et avec la pâtisserie en forme de roue de vélo qui a été imaginée par un boulanger voulant célébrer la course cycliste. L’auteur réussit à être drôle au cinquième degré. Quand il insiste (souvent) sur la fierté de sa grand-mère d’avoir acquis un appartement avec « vue sur la rade » on songe un instant à l’accroche des promoteurs vantant la « vue sur la mer », et aussitôt à l’expression « être en rade » parce qu’on avait été prévenu que Brest avait raté sa vocation balnéaire.

Lui n’a pas loupé la sienne. On le compare à Duras. Je vois une filiation avec Maurice Leblanc, l’inventeur du gentleman cambrioleur qui nous a bien baladé lui aussi en bord de mer. Il y a des mensonges, des trahisons, des retournements de situation comme on les aime au cinéma. Si bien qu’on se surprend à pressentir quel genre d’adaptation ce roman pourrait devenir sur grand écran.

En attendant ne le loupez pas. Paris-Brest est une gourmandise.

Paris-Brest de Tanguy Viel, paru en 2009 aux Editions de Minuit
Pour en savoir plus sur l'auteur, le livre et ce qu'en pensent les critiques professionnels voir le site de l'éditeur

samedi 15 août 2009

Mon home à l'heure espagnole

Après des lectures à l'heure soviétique et en souvenir de mon village à l'heure allemande, je mets mon home à l'heure espagnole. Une façon comme une autre de me sentir en vacances !
Le gaspacho s'impose.

Étymologiquement il signifie "restes ou bricoles". Très longtemps ce fut la soupe que les bergers andalous (qui ne faisaient pas que chanter les yeux de velours de la Belle de Cadix) se préparaient avec du pain rassis, de l'eau, de l'ail, du vinaigre et de l'huile. Plus tard les paysans l'adoptèrent en ajoutant des légumes.
Autrefois on broyait les ingrédients au pilon dans un mortier. Mais le blender est très efficace. Aujourd'hui elle est partout très populaire. Une célèbre marque qui commence par un A en commercialise une excellente mais onéreuse ... alors que c'est si facile à faire soi-même. Suivez-moi dans la cuisine.
Il faut de bons produits. Un excellent vinaigre de Xérès (donc andalou). Une huile d'olive parfumée ...

La vraie recette andalouse se réalise avec 2-3 tranches de pain blanc mouillé d'eau qu'on laisse reposer 30 minutes.

On ajoute 500 grammes de tomates mûres épépinées
1 concombre, 1 poivron vert et une gousse d'ail.
On réduit en purée.

On ajoute de l'eau jusqu'à la consistance désirée (compter en tout 150 ml environ), puis de l'huile (50 ml), et on assaisonne avec du sel et 2-3 cuillères à soupe de vinaigre de Xérès (30 ml).

En Espagne on sert avec des "tropezones" dans des coupelles, c'est-à-dire des petits dés de légumes, d'oignons, de ce qu'on aime ... J'ai juste ajouté un peu de basilic. Par contre, c'est là que j'ai innové, j'ai choisi un poivron orange, plus doux que le vert. On sert très très frais ! Et on s'imagine dans les jardins de l'Alhambra.

vendredi 14 août 2009

Grand prix des Lectrices de ELLE – Critique de Enfant 44

J’ai sorti la première sélection de mon it-bag du moment (cf billet du 28 juillet). Ce livre m’arrive précédé d’un bouche à oreilles positif. La quatrième de couverture annonce déjà un tournage programmé par Ridley Scott. Voilà le premier roman policier de la sélection et il se murmure qu’il pourrait arriver gagnant. Je mesure le paradoxe : à quoi servira-t-il de donner mon avis si les jeux sont faits ? Si j’aime on pensera que je suis un mouton (blanc). Si par hasard je déteste on me jugera mouton … noir.

Une toile de fond socio-historique que je connais déjà
J’ai un atout. Je viens d’achever l’excellent Celui qui sait, d'Alexandra Marinina, paru cette année au Seuil (en voilà un qui mérite de figurer dans la sélection !!!), et qui a pour cadre l’Union soviétique de la seconde moitié du XX° siècle. Je sais la rigidité des règles, l’interdiction de penser autrement que selon la ligne soviétique, le danger permanent d’être accusé d’anti-soviétisme, les décisions absurdes du Parti, l’obéissance aveugle des miliciens. Je sais aussi qu’on peut en démontrer l’absurdité. J’ai adoré les Contes de l’âge d’or (lire la chronique du festival de Paysages de Cinéastes du 15 juin)

Un documentaire m’a récemment affranchie sur les conditions de travail dans les mines de sel. Et je viens de re-visionner les Poupées russes que Cédric Klapish a tourné pour partie dans un appartement communautaire de Léningrad en 2005. Avec tout cela j’en ai appris un rayon sur les pratiques bolchéviques. Je dirais même plus : je suis trempée jusqu’au cou dans un bain d’histoire(s) soviétique(s) et je me sens l’âme slave. Je ne suis pas gavée pour autant.
Je suis même ravie de passer quelques jours estivaux en compagnie d’Enfant 44. J’ouvre le livre avec un soupçon d’appréhension. Saurais-je, malgré ma compétence, trouver des compliments qui ne seront pas redondants avec les avis précédents ?

Une arête au fond de la gorge
J’attaque avec appétit à l’heure du déjeuner en compagnie d’un sandwich d’un excellent pain, maison bien sûr. J’avalai avec difficulté le premier chapitre. Si je n’étais pas juré j’aurais stoppé net. Je me forçai à poursuivre. Le second chapitre me fila une nausée qui ne me quittait qu’en refermant le livre. Même sensation que dans le TGV quand j’ai le projet d’écrire. Les 20 premières lignes s’enchaînent facilement. Puis, alors que le flux des idées est lancé à pleine vitesse le mal de cœur m’oblige à relever la tête. Il parait que cela tient à la manière sont le corps est ballotté dans ce genre de train (de gauche à droite au lieu de l’avant vers l’arrière dans les anciens wagons).

Mon malaise s’accentue : les protagonistes de Tom Rob Smith se déplacent quasiment exclusivement en train ! Je pourrais en rester là et vous dire que je n’ai pas aimé parce qu’il y avait trop de cadavres, trop de bestialité, trop d’acharnement. Une débauche de violence. Une insuffisance d’analyse de caractères.
L’animalité l’emporte sur l’humanité. Le sadisme est érigé en vertu d’Etat. Mais j’ai lu jusqu’à la dernière miette malgré tout. Pour en parler en connaissance de cause. La fin est intelligente, avec un rebondissement que je n’avais pas vu venir, et qui a du séduire Ridley Scott. Je comprends mieux son intérêt pour en faire une adaptation cinématographique et je ne doute pas que le film soit un succès.

Plaidoyer historique ou fiction policière ?

Tom Rob Smith s’appuie sur une énorme documentation pour justifier la violence de la trame et pourtant il met en garde le lecteur en lui annonçant une œuvre de fiction. Tout le monde sait qu’un roman n’est pas un témoignage … Alors pourquoi tant de prudence ?

Revenons au roman puisque c’est ce texte-là qu’il faut juger et non le scénario. C’est peut-être le ton qui m’a rendu les choses insupportables. L’auteur adopte un style faussement historique qui empêche le lecteur de mettre la narration à distance. Si on me dit que c’est vrai j’ai tendance à être piégée par la volonté de dénoncer des faits indubitablement condamnables. C’est ce que je reproche le plus à ce jeune auteur : nous culpabiliser de ne pas avoir su ce qui se passait en URSS. Il nous fait le coup du devoir de mémoire. Et je me souviens d’un séjour en Pologne où je n’ai pas pu éviter d’aller à Auschwitz. La guide avait promis qu’on allait visiter je ne sais plus quoi et puis le car s’est arrêté sous la célèbre promesse Arbeit macht frei. J’ai compris qu’on s’était fait avoir.


Ce que j’attends d’un livre c’est un voyage, pas un cauchemar

Si je cherche à me faire peur je regarde une ultime fois Nuit et Brouillard. Je relis des biographies de rescapés des camps. J’allume la télévision. Je me plonge dans les témoignages de Nords-Coréens qui connaissent la terreur et la famine, enfermés dans la dictature la plus secrète du monde (Evadés de Corée du Nord, de Dorian Malovic et Juliette Morillot, Belfond, 2004). J’ouvre le dernier numéro du mensuel Marie-Claire pour y apprendre que 2 femmes par jour sont assassinées au Guatemala et que leurs cadavres mutilés sont exposés dans les rues pour inciter les femmes à rester à la maison. Ce ne sont pas les horreurs qui manquent à notre monde.

Le trop-plein de violence m’a paru gratuit, ne servant pas l’intrigue. Si on nous raconte dès la première page la fuite du chat de Maria dans la forêt, c’est de toute évidence que cet animal est une clé essentielle de l’histoire. Il faut attendre la page 264 pour revoir apparaître un chat, sans lien apparent, ce serait trop simple ... Alors ceux qui qualifient ce bouquin de thriller haletant exagèrent !


Des maillons faibles

Sur le plan de la construction de l’histoire les liens ne sont pas suffisamment noués. Je ne vais pas jusqu’à réclamer une construction à la Colombo avec un dénouement révélé au début. Mais vous m’avouerez que ce n’est pas parce qu’on sait qui est l’assassin qu’on connaît tout et qu’on n’a pas envie de suivre l’intégralité de l’épisode.

Autre exemple : la bataille de boules de neige entre Jora et Arkady s’achève avec l’effondrement d’un enfant sur le sol sans que le lecteur ait suffisamment de doutes sur la cause réelle de sa disparition. Ajoutez qu’en URSS on a la manie d’appeler les protagonistes tantôt par leur patronyme, tantôt par leur prénom, ou le diminutif du nom et vous devinerez qu’on passe à côté d’une série d’indices.

En plus il y a des ruptures dans la narration, comme si on avait oublié de traduire un paragraphe de temps en temps. J’ai eu beau être attentive (malgré la nausée, quel mérite !) j’ai parfois dû remonter plusieurs pages en arrière et le plus souvent je n’ai pas trouvé l’information manquante. Par exemple, page 140, l’auteur retrace des faits qui se sont déroulés le 14 mars. Léo et Raissa bouclent leurs bagages, quittent leur appartement escortés de 3 officiers et montent dans une voiture. Phrase suivante ils sont déjà dans une gare puisqu’ils « attendent au début du quai ».

Mais le paragraphe d’après reporte des faits qui ont du avoir lieu 15 jours plus tôt, au début de leur assignation à résidence. Il est question de l’enterrement de Staline auquel ils ont le droit de se rendre en toute liberté et après la description de la foule ayant assisté aux obsèques on se rend compte qu’ils sont dans un train sans avoir eu l’information essentielle : s’agit-il du train qui se trouvait au bout du début du fameux quai ou s’agit-il d’un autre train, auquel cas ils se sont fait la malle et sont en train d’échapper à leurs tortionnaires. Deux pages plus tard on s’est fait une raison : ils étaient donc revenus entre temps sagement chez eux attendre l’arrestation. Défaut mineur me direz-vous ? Un premier prix doit être sans défaut !

Le lecteur est très souvent charrié d’un groupe à l’autre. On trotte derrière les personnages et on réalise que l’auteur nous sème sans douter qu’il le fasse exprès. Cela pourrait être haletant, c’est lassant.


On peut mieux faire pour rendre compte du stalinisme

Le tueur ne doit pas à la supériorité de son intelligence d’être à l’abri de la justice. L’impunité des meurtres en série s’explique par le refus de son pays d’admettre l’existence d’individus comme lui, ce qui lui garantit une impunité totale. Il est exact que le communisme ne supportait pas l’idée que l’homme puisse être mauvais sous un tel régime. Alexandra Marinina a écrit de savoureux dialogues à ce sujet. Je vous invite à lire les pages 233 et suivantes (de Celui qui sait) qui sont un morceau d’anthologie. La théorie du communisme scientifique promet la disparition de la criminalité à mesure de la construction de la société communiste et du développement de la morale correspondante.

Cet auteur-là décrit aussi fort bien combien il était difficile de se procurer des denrées alimentaires et comment dresser une table de fête dépendait des capacités d’invention de la maîtresse de maison. Que le marché kolkozien –ou bazar- des paysans était le seul avec le marché noir où se procurer à des prix libres et élevés des produits frais ou « déficitaires » (en rupture) introuvables dans les magasins d’Etat. Je connaissais donc la misère qui sévissait en Russie mais il me semble que Tom Rob Smith a forcé la dose.


Бумага все терпит. C’est un proverbe russe qui dit le papier peut tout supporter. Le papier sans doute, le lecteur moins.

jeudi 13 août 2009

Des étoiles filantes dans le ciel parisien

C'était hier soir. Mon fils était rentré enthousiaste après avoir passé une heure le nez en l'air dans le jardin. C'est fou ce qu'il y a comme étoiles filantes !

Tu blagues ? Avec la pollution lumineuse dont on nous rebat les oreilles !

T'as pas vu la page d'accueil de Google, aujourd'hui ? On annonçait une nuit exceptionnelle ...

J'avais remarqué effectivement. Et il n'avait pas l'air de se moquer. J'ai pris position sur un fauteuil et me suis tordu le cou, ai écarquillé les yeux. Rien. J'ai battu en retraite au bout d'une heure.
C'était pas ma nuit !

Mais je suis têtue. J'aime comprendre. J'ai fait alors les choses en grand. Après avoir attrapé un matelas (si on veut camper à la belle étoile faut un minimum de confort) je me suis allongée bien décidée à au moins en voir une.

Sept ! elles furent sept , assez rapprochée et effectivement très longues, très larges et bien reconnaissables. Rien à voir avec un clignotement (ou la trainée d'un avion ... aucun risque de confusion). C'est assez fulgurant, disons comme un feu d'artifices. La première fut la plus impressionnante. Comme le premier éclat de rire de son enfant. Surprenant et joyeux.

Je l'ai vue exactement dans ce sens, du bas vers le haut. Les trajectoires variaient. Les couleurs aussi. Parfois bleutées, parfois rougeoyantes.

Fin juillet j'étais dans la Meuse. J'avais été surprise par le nombre de points blancs dans le ciel si noir. Combien d'étoiles filantes ont dû zébrer le firmament cette nuit !
Difficile d'imaginer qu'en passant ses vacances en banlieue parisienne on pouvait quand même se régaler d'une pluie d'étoiles filantes. J'aurais pu y passer la nuit. Il faisait enfin frais alors que l'intérieur de la maison est plutôt étouffant ces temps-ci. Mais soudain, derrière mon dos, un raclement m'a fait sursauter. Un piétinement de feuilles sèches pour le moins incongru assez effrayant a suivi aussitôt. Je suis rentrée pour ne pas déranger l'animal.

Car j'avais deviné son retour dans le jardin, qu'il traverse toujours de la gauche vers la droite, ce doit être une histoire de sens giratoire ... C'est ... un hérisson voyons.

Et ceux qui ont eu la chance d'en entendre la nuit savent bien de quel raffut une si petite chose est capable.

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