C'était effectivement grandiose, et intime à la fois.
Deux photos (même pas recadrées, sans aucune retouche) pour patienter :
Voilà comment de cuillère en marmite, je me suis retrouvée à endosser à bride abattue la casaque de la maitresse de maison qui ne sait pas faire cuire … non pas un œuf mais du bœuf, enfin presque.
Les risques sont réels, avec les nouveautés, mais mesurés car plusieurs metteurs en scène ont déjà réalisés des spectacles qui ont été très appréciés par les abonnés les années précédentes. Il serait exagéré de dire que Marc marche sur la corde raide comme le fera excellemment la contorsionniste de la compagnie Rasposo dans le Chant du Dindon ...
Après avoir parlé de la Chine défavorisée dans ses trois premiers films, Wang Chao a eu envie d’explorer l’univers des sentiments dans un milieu intellectuel et privilégié. Il imaginé un scénario surprenant à plus d’un titre.
Après avoir refermé Paris-Brest, la question de la vue sur la mer me trottait dans la tête. Alors forcément, quand j'ai vu ces mots sur la couverture du livre de Didier Decoin je me suis empressée de le lire.
Enfant 44 m'avait renvoyée à Celui qui sait, comme je l'ai déjà dit. Mais en m'intéressant à Didier Decoin, secrétaire perpétuel de l'académie des Goncourt, lequel secrétariat est basé à Nancy, ville qui accueille une manifestation littéraire de grande ampleur, le Livre sur la place les 18-19 et 20 septembre prochain, et où je me rendrai cette année, je découvre que son dernier roman Est-ce ainsi que les femmes meurent ? est un policier assez "parallèle" à Enfant 44, même si l'histoire se passe aux USA et qu'il s'agit de l'assassinat d'une femme, Kitty Genovese, et non plus d'enfants.
Quant à l'homme qui m'aimait tout bas, il me renvoit à cette autre filiation, Henri ou henry, le roman de mon père qui est un ouvrage de la plume de ... Didier Decoin, toujours et encore.

Tous mes soupçons ont bel et bien été confirmés. Eric Fottorino est une belle personne qui ne démérite pas d’avoir reçu l’amour en héritage.
C’est le 5ème livre d’un jeune auteur que je découvre seulement maintenant. Ses phrases sont longues comme des spaghettis. Il maîtrise l’art de tourner autour du sujet en semant devant le lecteur juste ce qu’il faut de petits mots pour l’amener à le suivre au fond des bois.
Une arête au fond de la gorgePlaidoyer historique ou fiction policière ?
Tom Rob Smith s’appuie sur une énorme documentation pour justifier la violence de la trame et pourtant il met en garde le lecteur en lui annonçant une œuvre de fiction. Tout le monde sait qu’un roman n’est pas un témoignage … Alors pourquoi tant de prudence ?
Revenons au roman puisque c’est ce texte-là qu’il faut juger et non le scénario. C’est peut-être le ton qui m’a rendu les choses insupportables. L’auteur adopte un style faussement historique qui empêche le lecteur de mettre la narration à distance. Si on me dit que c’est vrai j’ai tendance à être piégée par la volonté de dénoncer des faits indubitablement condamnables. C’est ce que je reproche le plus à ce jeune auteur : nous culpabiliser de ne pas avoir su ce qui se passait en URSS. Il nous fait le coup du devoir de mémoire. Et je me souviens d’un séjour en Pologne où je n’ai pas pu éviter d’aller à Auschwitz. La guide avait promis qu’on allait visiter je ne sais plus quoi et puis le car s’est arrêté sous la célèbre promesse Arbeit macht frei. J’ai compris qu’on s’était fait avoir.
Ce que j’attends d’un livre c’est un voyage, pas un cauchemar
Si je cherche à me faire peur je regarde une ultime fois Nuit et Brouillard. Je relis des biographies de rescapés des camps. J’allume la télévision. Je me plonge dans les témoignages de Nords-Coréens qui connaissent la terreur et la famine, enfermés dans la dictature la plus secrète du monde (Evadés de Corée du Nord, de Dorian Malovic et Juliette Morillot, Belfond, 2004). J’ouvre le dernier numéro du mensuel Marie-Claire pour y apprendre que 2 femmes par jour sont assassinées au Guatemala et que leurs cadavres mutilés sont exposés dans les rues pour inciter les femmes à rester à la maison. Ce ne sont pas les horreurs qui manquent à notre monde.
Le trop-plein de violence m’a paru gratuit, ne servant pas l’intrigue. Si on nous raconte dès la première page la fuite du chat de Maria dans la forêt, c’est de toute évidence que cet animal est une clé essentielle de l’histoire. Il faut attendre la page 264 pour revoir apparaître un chat, sans lien apparent, ce serait trop simple ... Alors ceux qui qualifient ce bouquin de thriller haletant exagèrent !
Des maillons faibles
Sur le plan de la construction de l’histoire les liens ne sont pas suffisamment noués. Je ne vais pas jusqu’à réclamer une construction à la Colombo avec un dénouement révélé au début. Mais vous m’avouerez que ce n’est pas parce qu’on sait qui est l’assassin qu’on connaît tout et qu’on n’a pas envie de suivre l’intégralité de l’épisode.
Autre exemple : la bataille de boules de neige entre Jora et Arkady s’achève avec l’effondrement d’un enfant sur le sol sans que le lecteur ait suffisamment de doutes sur la cause réelle de sa disparition. Ajoutez qu’en URSS on a la manie d’appeler les protagonistes tantôt par leur patronyme, tantôt par leur prénom, ou le diminutif du nom et vous devinerez qu’on passe à côté d’une série d’indices.
En plus il y a des ruptures dans la narration, comme si on avait oublié de traduire un paragraphe de temps en temps. J’ai eu beau être attentive (malgré la nausée, quel mérite !) j’ai parfois dû remonter plusieurs pages en arrière et le plus souvent je n’ai pas trouvé l’information manquante. Par exemple, page 140, l’auteur retrace des faits qui se sont déroulés le 14 mars. Léo et Raissa bouclent leurs bagages, quittent leur appartement escortés de 3 officiers et montent dans une voiture. Phrase suivante ils sont déjà dans une gare puisqu’ils « attendent au début du quai ».
Mais le paragraphe d’après reporte des faits qui ont du avoir lieu 15 jours plus tôt, au début de leur assignation à résidence. Il est question de l’enterrement de Staline auquel ils ont le droit de se rendre en toute liberté et après la description de la foule ayant assisté aux obsèques on se rend compte qu’ils sont dans un train sans avoir eu l’information essentielle : s’agit-il du train qui se trouvait au bout du début du fameux quai ou s’agit-il d’un autre train, auquel cas ils se sont fait la malle et sont en train d’échapper à leurs tortionnaires. Deux pages plus tard on s’est fait une raison : ils étaient donc revenus entre temps sagement chez eux attendre l’arrestation. Défaut mineur me direz-vous ? Un premier prix doit être sans défaut !
Le lecteur est très souvent charrié d’un groupe à l’autre. On trotte derrière les personnages et on réalise que l’auteur nous sème sans douter qu’il le fasse exprès. Cela pourrait être haletant, c’est lassant.
On peut mieux faire pour rendre compte du stalinisme
Le tueur ne doit pas à la supériorité de son intelligence d’être à l’abri de la justice. L’impunité des meurtres en série s’explique par le refus de son pays d’admettre l’existence d’individus comme lui, ce qui lui garantit une impunité totale. Il est exact que le communisme ne supportait pas l’idée que l’homme puisse être mauvais sous un tel régime.
Alexandra Marinina a écrit de savoureux dialogues à ce sujet. Je vous invite à lire les pages 233 et suivantes (de Celui qui sait) qui sont un morceau d’anthologie. La théorie du communisme scientifique promet la disparition de la criminalité à mesure de la construction de la société communiste et du développement de la morale correspondante.
Cet auteur-là décrit aussi fort bien combien il était difficile de se procurer des denrées alimentaires et comment dresser une table de fête dépendait des capacités d’invention de la maîtresse de maison. Que le marché kolkozien –ou bazar- des paysans était le seul avec le marché noir où se procurer à des prix libres et élevés des produits frais ou « déficitaires » (en rupture) introuvables dans les magasins d’Etat. Je connaissais donc la misère qui sévissait en Russie mais il me semble que Tom Rob Smith a forcé la dose.
Бумага все терпит. C’est un proverbe russe qui dit le papier peut tout supporter. Le papier sans doute, le lecteur moins.