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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 13 novembre 2019

L'affaire Moussorgsky

J'ai vu cette Affaire Moussorgsky (qui s'orthographie parfois avec un "i" final et parfois aussi avec un "u" au lieu de "ou") à Paris, en septembre dernier, dans l'amphithéâtre de la Cité de la musique mais je sais que le spectacle est en tournée en région.

Vous aurez donc peut-être la chance de pouvoir y assister.

C'est un conte musical créé par la compagnie A toute vapeur, à savourer en famille à partir de 8 ans sous la forme d'un après-midi de théâtre-concert "jazz", iconoclaste et inattendu, au charme teinté par la magie du conte.

mardi 12 novembre 2019

Un banana bread ... oui mais sans gluten

Je suis une adepte du Banana Bread et j'ai déjà publié sur le blog une recette qui fonctionne très bien mais qui ne convient pas tout à fait aux personnes qui sont intolérantes au gluten.

Sachant que vous êtes nombreux dans ce type de situation j'ai pensé qu'il serait utile de tester une version véritablement "sans". Et franchement je me demande si le résultat n'est pas supérieur en terme de saveur ...

J'ai utilisé la farine tous usages sans gluten de Mon Fournil qui présente aussi l'avantage d'être bio.

On mélange 3 oeufs entiers avec 100 grammes de sucre en fouettant fortement;

On ajoute 3 bananes écrasées (et je n'ose dire le prix que je les ai payées, une misère car elles étaient très mûres et le magasin s'apprêtait à les jeter).

Puis 100 ml de lait et 50 grammes de beurre fondu.

Enfin 200 grammes de farine avec 1 sachet de levure chimique.

En dernier j'ai "enrichi" la préparation de 70 grammes de noix de Pecan et de 50 grammes de pépites de chocolat.

Après avoir versé dans un moule rectangulaire j'ai posé sur le dessus une banane (la quatrième, un peu moins mûre) coupée en deux dans le sens de la longueur, trempée dans du jus de citron puis dans le sucre. C'est juste une question d'apparence à la sortie du four mais ce n'est pas indispensable.

Cuisson à four chaud, 45 minutes à 180°
Je suis certaine que les noix de Pecan apporte une douceur que les noix "classiques" ne peuvent pas donner. Le chocolat est une  gourmandise supplémentaire.
Décidément, après le kasha, également de Mon Fournil, je pense que je vais poursuivre mes découvertes des produits de la gamme.

lundi 11 novembre 2019

J’ai perdu mon corps, premier film (d'animation) de Jérémie Clapin

J'ai été envoutée par ce film d’animation très particulier, qui s’adresse à un public d’adultes, que je suis allée voir au Rex de Chatenay-Malabry mais qui passe dans beaucoup de cinémas en France en ce moment.

Il s’intitule J’ai perdu mon corps et retenez le nom du réalisateur. C'est le premier film réalisé par Jérémie Clapin. Il ne va sans doute pas en rester là et tout le monde dit qu’il est promu à un bel avenir.

Le scénario est tiré du roman "Happy hand" paru au Seuil en 2006. Contrairement à ce que le titre peut laisser croire c’est un roman écrit par un français qui s’appelle Guillaume Laurant. Happy Hand a une proximité phonétique avec l’expression Happy End, qui signifie joyeuse fin. L’auteur a voulu faire un jeu de mots en modifiant l’expression en Happy Hand, qui, traduit littéralement, devient Joyeuse main.

dimanche 10 novembre 2019

Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins avec Miguel-Ange Sarmiento

J'avais vu une version de ce texte du dramaturge Matéi Visniec qui m'avait exaspérée (et c'est plutôt rare).

Je m'étais juré de ne jamais réitérer l'expérience. C'était avant de savoir que Miguel-Ange Sarmiento allait interpréter le texte, sous la direction de Rémi Cotta, qui assure aussi une scénographie que je qualifierai de ... totalement évidente, sans pouvoir vous la raconter parce que je ne veux pas vous priver du plaisir de la découvrir. Effet de surprise garanti !

En conséquence les photos sont banales et il va falloir me faire confiance.

J'ai été envoutée par la qualité du jeu du comédien qui rend plausible ce qui pourrait être absurde. Quelle poésie lorsqu'il avoue avoir déposé son coeur sur la table ! Et qu'il s'agisse d'une table de camping ne change rien à la beauté des sentiments et à la poésie du contexte.

Il parait que ce fut un succès dès sa création au Théâtre le Bout, rue Frochot en février dernier. Je veux bien le croire et je confesse donc que je suis passée à coté  ... comme j'ai pu louper l'Ombre, la première pièce si magnifique d'Alma Brami, heureusement reprise en ce moment au Studio Marie Bell. Voilà deux seuls-en-scène, très différents, mais qui tous deux sont servis par d'immenses comédiens. Car le théâtre n'existe que vivant.

Dans Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins, une femme use de ses charmes pour séduire, enflammer, galvaniser son amoureux. Mais aussi pour le fuir, lui revenir, le retenir, le quitter ou l’envahir. Et lui, étourdi par la valse que lui impose sa Muse, est prêt à subir son propre équarrissage pour la conquérir et lui prouver son amour.
L'art de Miguel-Ange est de nous entrainer dans cet imaginaire si particulier qui par moments frôle la magie. Une bande-son qui fait la belle place au chant des grillons et à quelques cris d'oiseaux. Quelques accessoires savamment choisis. Une mise en scène précise. Le charme opère. La comptine enfantine est vite oubliée. Il nous fait croire au miracle amoureux qui conduit à la métamorphose.
Il y a des textes qui semblent avoir été écrits pour un comédien en particulier. Il faut croire que celui-ci a trouvé son "maitre" puisque Miguel-Ange Sarmiento a décidé de l'interpréter aussi deux fois en espagnol, qui est sa langue maternelle. L'exercice lui a plu. Alors il va récidiver bientôt en italien et en anglais, qui sont d'autres langues qu'il maitrise parfaitement. Et il jouera aussi en japonais ... au Japon, preuve que cet escargot va voyager très loin.

Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins de Matéi Visniec
Mise en scène et scénographie de Rémi Cotta
Avec Miguel-Ange Sarmiento
Au Théâtre de la Contrescarpe
5 rue Blainville - 75005 Paris
En novembre : les samedis 9 et 23 à 14h30.
En décembre : les samedis 7 et 21 à 14h30.
En janvier : le samedi 4 à 14h30.
Attention, représentations des 23 novembre et 21 décembre en espagnol, et les autres jours en français

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Fabienne Rappeneau

samedi 9 novembre 2019

Léonard de Vinci, L'enfance d'un génie de Brigitte Kernel

Voilà un spectacle à voir en famille, et ce n'est pas si fréquent au Studio Hébertot, voilà pourquoi je le souligne.

On va énormément entendre parler du peintre florentin Léonard de Vinci (1452-1519) cette année, décédé il y a maintenant 500 ans. Mais le connait-on vraiment ?
C'est la question à laquelle a répondu Brigitte Kernel en se plaçant à portée du jeune public avec son livre, Léonard de Vinci, L'enfance d'un génie, paru en mars dernier aux éditions Leduc.

Elle a ensuite repris son texte pour l'adapter au théâtre avec Sylvia Roux. Le pari était de le rendre accessible à un large public et il est réussi. Sans doute aussi par la magie d'une scénographie onirique et efficace et de la mise en scène de Stéphane Cottin, qui a su, comme toujours, trouver le moyen de faire vivre tous les personnages alors qu'il n'y a qu'un comédien sur la scène.
La passion pour l'anatomie de Vinci est le fil directeur d'une mise en scène qui sollicite astucieusement les cinq sens du public. Le recours à une série de mannequins en bois, identiques à ceux que les peintres et sculpteurs emploient comme modèle artistique est très astucieux à plus d'un titre. C'est un objet que Vinci a du manipuler à de nombreuses reprises tant il était obsédé par représentation des proportions idéales parfaites du corps humain. On connait son Homme de Vitruve (ou le proporzioni del corpo umano secondo Vitruvio en italien), dessin annoté, réalisé vers 1490 à la plume, encre et lavis sur papier, et dédié à l’empereur romain Auguste. C'est aussi une évocation de l'enfance puisqu'étymologiquement le mot mannequin signifie "petit homme" et il permet de donner vie à chacun des personnages. 
Le spectacle est sensible et met en lumière, grâce au jeu nuancé de Grégory Gerreboo, les différentes facettes du tempérament du jeune Léonard. Quoique né d'un père millionnaire, on ne dira pas qu'il a été gâté par la vie. Cet homme est un tyran et la séparation d'avec la mère est vécue comme un traumatisme. Par chance un grand-père bienveillant et une belle-mère affectueuse apporteront du réconfort à ce garçon sensible, rêveur ... et surdoué.
Le spectateur qui a surtout l'image d'un vieillard, peintre de la célébrissime Joconde (une huile sur bois achevée vers 1519 conservée au Musée du Louvre) et inventeur de machines complexes, découvre un Léonard amoureux d'une mésange (il faut croire que cet animal a des pouvoirs particuliers pour installer la résilience car Sylvain Tesson éprouvera une semblable attraction dans ses Forêts de Sibérie), végétarien par conviction, qui dessine pour oublier ses tristesses et oser croire en un avenir meilleur. Il aura toute sa vie cherché à se protéger en ... écrivant à l'envers.
Le studio Hébertot démontre encore une fois sa caractéristique d'être un lieu d'expression contemporaine.
Je vous recommande de lire ensuite l'ouvrage Léonard de Vinci, L'enfance d'un génie de Brigitte Kernel, éditions Leduc, en librairie depuis mars 2019. Et pourquoi pas, d'aller aux beaux jours dans la vallée de la Loire, découvrir le Clos Lucé où vécu cet artiste et qui est partenaire du spectacle.

Léonard de Vinci, L'enfance d'un génie de Brigitte Kernel
Adaptation de Brigitte Kernel et Sylvia Roux
Mise en scène Stéphane Cottin
Avec Grégory Gerreboo et la voix de Lisa Schuster
Scénographie de Sophie Jacob et Stéphane Cottin
Lumière de Marie-Hélène Pinon
Costumes de Chouchane Abello-Tcherpachian
Son de Cyril Giroux.
Au Studio Hébertot - 78 bis boulevard des Batignolles - 75017 Paris
01.42.93.13.04 www.studiohebertot.com
Du 9 novembre au 25 janvier 2020, les samedis à 17h

vendredi 8 novembre 2019

Que faire avec du kasha ?

Cela fait plusieurs années que je voulais cuisiner du kasha mais, ne sachant pas m'y prendre, je remettais toujours à plus tard. Jusqu'à ce que je découvre que Mon Fournil en proposait et que je réalise que c'est en fait du sarrasin décortiqué et grillé.

C'est cette torréfaction qui lui donne ce goût si particulier, très agréable, proche de la noisette, sans commune mesure avec la laideur du produit une fois cuit car, il faut le reconnaitre, il tient alors franchement de la bouillie.

D'ailleurs, en Europe centrale, en Russie, en Ukraine et en Pologne on appelle kasha les bouillies à base de sarrasin mondé, mais aussi de maïs, de riz, de blé, d'avoine, d'orge ou de millet cuits à l'eau, au lait ou au gras.

Outre le goût, que j'aime beaucoup, il présente l'intérêt d'être sans gluten, donc a priori très digeste. Je rappelle que la farine de sarrasin a le même avantage et que les "galettes" sont tolérées par tous les intestins à l'inverse des crêpes de blé.

Au risque d'insister je rappellerai que le sarrasin n'est pas une céréale malgré son surnom de blé noir et son utilisation équivalente lorsqu'il est broyé en farine. Les feuilles de la plante ont la forme d'un coeur. Son fruit, fragile, donne une seule graine qui sera récoltée, décortiquée et le cas échéant grillée pour être ensuite consommée en tant que kasha.

On peut les cuire pour en faire une purée, la manger seule ou l'incorporer à des légumes. J'ai préféré l'employer de deux manières. D'abord en boisson en faisant tout simplement infuser deux cuillerées à soupe dans une grande tasse d'eau bouillante, environ 5 minutes, mais on peut pousser jusqu'à 10. Je vous conseille de goûter. Le breuvage est trouble mais délicieux et n'a aucunement besoin d'être salé ou sucré.

J'ai récupéré les graines pour les ajouter à une fondue composée de "un poireau, un oignon, deux gousses d'ail, deux carottes (finement tranchées à la mandoline Microplane), un morceau de fenouil, une tige de citronnelle, une  feuille d'oseille) et sur laquelle j'avais préalablement fait cuire un filet de poisson en papillote au micro-ondes.
Un tour de moulin de poivre et une pincée de sel truffé en ont fait un plat de "riche" sans me ruiner.

Le sarrasin est hautement nutritif, énergétique et très facile à digérer. Inutile donc de prévoir de grosses quantités. Il contient jusqu'à 8% de protéines, des acides aminés, mais aussi des vitamines (B1, B2, B3, B6, E), des minéraux (magnésium, potassium, cuivre, calcium, fer et phosphore), des fibres solubles et des composés anti-oxydants.

Il favoriserait la circulation sanguine, permettrait d'abaisser le taux de cholestérol et et de lutter contre le diabète. En thé ou en légume j'ai donc adopté le kasha qui va devenir un classique de mes repas.

jeudi 7 novembre 2019

Livres débordés de Lorena Velázquez au Centre Culturel du Mexique

Le Centre culturel du Mexique à Paris a quarante ans cette année. Il est la vitrine de la culture mexicaine sur la scène française et sa mission principale est la diffusion de la culture et de l'art mexicains ainsi que la coordination des échanges culturels entre les deux pays.

L'exposition Livres Débordés présente au public Français une partie de l'oeuvre foisonnante de Lorena Velázquez qui aborde avec sensibilité la question du temps qui passe en la reliant à celle de l'environnement.

L'artiste s'interroge et nous pose la question : Que laisserons-nous derrière nous ? Quel sens peut-on donner à la vie ?

Le paysage, la ville et l'être humain sont les trois passions de cette artiste qui n'a cessé de les photographier du Mexique à la France, en passant par la Californie. Outre la qualité de ses interrogations Lorena Velázquez s'inscrit dans l'objectif (réussi) du Centre culturel de laisser une trace.
Elle a voulu traduire huit années de travail à travers huit livres, peu classiques puisqu'ils se déploient en trois dimensions, en laissant parfois échapper le sujet qui devient témoignage, combat ou chant. L'intitulé de "livre débordé" est amplement justifié.
On le voit parfaitement au Rez-de-chaussée avec celui-ci intitulé Un monde sans fleurs au sujet de la crainte de la disparition de notre écosystème.

mercredi 6 novembre 2019

Le confort de l'autruche, un récit de Martine Magnin

Le confort de l'autruche s'annonce comme un récit, à juste titre. Je suis admirative du courage dont a fait preuve Martine Magnin pour se lancer dans l'écriture de ce livre, qui n'est pas son premier.

Il en aura fallu quatre auparavant pour creuser le sillon de la mémoire.

Mon seul reproche est d'avoir placé les textes de la psychanalyste Anne-Catherine Sabas au début du livre, et même- si je puis me permettre de le dire- également le premier chapitre. Parce qu'ils conditionnent le lecteur.

Je conseille de démarrer page 27 (et de lire les premières pages après) alors que la petite Jenny a deux ans et demi.

Le récit est sobre et pudique, mais implacable, et on ne peut rien faire d'autre que tenir la main de l'enfant en espérant qu'elle trouvera l'aide indispensable. On ne la voyait pas comme ça sa vie ... mais on ne pourra pas la refaire.

Martine Magnin dénonce avant tout le comportement des proches, mère et grand-mère, engluées dans un égoïsme alimenté par des mensonges. D'autres l'ont fait. Je pense en particulier à Andrea Bescond avec Les chatouilles. L'expérience des unes aideront-elles les autres ? Je l'ignore mais il est capital que la parole soit libérée. Et que les signes soient plus vite repérés.

Est-ce parce qu'on la menaçait de l'enfermer comme toutes les petites filles qui parlent trop qu'une fois adulte Martine s'est tournée vers l'écriture ? Jolie manière de contourner l'interdit !

Ce livre est aussi un très bel hommage au père. Et la preuve que la résilience n'est pas un vain mot.

Le confort de l'autruche, de Martine Magnin, Fauves éditions, mai 2019 

mardi 5 novembre 2019

Des volailles, oui mais labellisées Auvergne

La filière des Volailles Fermières d'Auvergne (Label Rouge et IGP Auvergne) m'avait invitée aujourd'hui à participer à un atelier culinaire à l'Atelier des Sens (32 rue Vignon – 75009 Paris).

C'est historique, l’activité rurale des siècles derniers a surtout été consacrée en Auvergne à la conquête progressive de la montagne pour développer les pâturages destinés aux bovins, en même temps que se mettait en place la sélection des races bovines régionales : c’était là le travail des hommes.

Dans le même temps, les femmes, elles, se consacraient à l’élevage de volailles et, jusqu’aux années soixante, il était fréquent d’élever, dans une ferme, plusieurs centaines de poulets par an, ainsi que des canards et des oies. D’importants marchés aux volailles se tenaient alors, chaque semaine dans les départements de l’Allier, Puy-de-Dôme et Haute-Loire.

En 1894, un petit volailler s’installait à Escurolles, dans l’Allier, où l’activité de cette maison se poursuit encore aujourd’hui. Le SYVOFA (Syndicat des Volailles Fermières d’Auvergne) a inscrit sa démarche d’organisation dans un cahier des charges rigoureux depuis sa création en 1967. Il est aujourd’hui le groupement qualité de cette filière, sous la présidence de Marc Saulnier, avec qui nous avons pu échanger au cours de cette matinée.
L’origine Auvergne est une promesse d’authenticité et de saveur parce que la région est réputée pour la pureté de sa nature et la qualité de ses produits régionaux. Les Volailles Fermières d’Auvergne sont élevées en plein air au cœur des grands espaces auvergnats, avec à peu près chacune 2 mètres carrés de parcours possible. Le bien-être animal est respecté et l'accès à de vastes étendues d’herbe confère aux volailles une chair ferme au goût généreux. Elles bénéficient du Label Rouge, seul signe officiel qui atteste un niveau de qualité supérieure, et arborent également une IGP Auvergne qui garantit aux consommateurs leur origine de terroir.

Tout est étudié, depuis les conditions d’élevage, la qualité de l’alimentation (garantie 100% française et végétale, sans OGM), l'absence de traitements antibiotiques et anticoccidiens de synthèse, la prophylaxie préventive et l’utilisation de méthodes alternatives naturelles telle que la phytothérapie ou l’homéopathie si cela est nécessaire. Ainsi Ail, Thym, Origan, Citron... sont utilisés pour renforcer naturellement les défenses immunitaires des Volailles d'Auvergne. Ces nouvelles conditions d’élevage concernent actuellement 180 éleveurs mais dans un avenir proche pourraient être étendues à l’intégralité des éleveurs de la filière. Et tout le monde a déjà mis en place des "barrières sanitaires" pour éviter l'introduction de bactéries, notamment les sur chaussures et le lavage très rigoureux des mains.

A savoir : si par malchance l'animal doit recevoir un traitement antibiotique il conservera le label rouge mais ne pourra pas revendiquer l'appellation "volailles d'Auvergne".

lundi 4 novembre 2019

Plus Haut que le Ciel

On entend le bruit des machineries d’ascenseur alors qu’on s’installe au Théâtre Fontaine pour ce spectacle Plus haut que le ciel qui nous raconte la naissance plutôt chaotique de ce monument devenu incroyablement parisien qu’est la Tour Eiffel.

L’usage du mapping est tout à fait approprié pour situer chaque scène dans les usines Eiffel de Levallois ou, plus tard, sur le champ de Mars.

Outre la qualité de l'interprétation, l'intelligence de la mise en scène, la beauté des costumes, des décors astucieusement modulables, j'ai apprécié d'apprendre le rôle des uns et des autres. On ressort du théâtre en regrettant que l'histoire ait juste retenu le nom d'Eiffel et il était légitime de réhabiliter la mémoire des ingénieurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier ... et de Claire, la fille de Gustave, dont j’ignorais complètement l’implication dans ce projet. Et il est intéressant de lui donner vie.

1884, Paris. Deux ingénieurs présentent un étrange projet à l’assistant de Gustave Eiffel. Aberrante, incompréhensible, inutile, la tour qu’ils proposent de bâtir est immédiatement refusée : monsieur Eiffel n’a pas le temps, il est trop occupé par l’écrasante gestion de sa société. Mais il est difficile de balayer d’un geste l’idée du siècle, surtout quand au même instant Claire Eiffel cherche l’étincelle qui redonnera à son père le goût du rêve, de l’aventure et de l’exploit !
Au départ il ne s’agissait que d’utiliser la structure d’un pont pour construire "vers le haut" ce que avec beaucoup d’humour les personnages principaux surnomme "le pylône". Mais techniquement c’est une tour et, qui plus est, devrait être interprétée comme étant l’opposé de la Statue de la Liberté qui, à l’époque, était le monument si je puis dire le plus en vogue, et que l'on doit à Maurice Koechlin.

J’ignorais que Gustave Eiffel était bourguignon. le sachant, il est bien entendu logique qu'il adore le coq au vin. Je n'imaginais pas qu'il ait pu se plaindre d’être en en manque d’inspiration et de ne plus créer grand chose après l’inauguration d’une passerelle à Évreux, que j’ai d’ailleurs vue il y a quelques années.

Évidemment, le nerf de la guerre c’est l’argent et la bataille financière pour permettre aux projets de voir le jour est tout à fait judicieuse. Il est intéressant également d'apprendre que les riverains avaient porté plainte. Il ne fait pas de doute que la construction n'entraînant pas l'enthousiasme à ce stade. 

Mais surtout l’interprétation est très enlevée avec des personnages juste à la limite de la caricature, sans jamais être ridicules, bien au contraire, et qui donnent à ce spectacle toute sa saveur.
Il est vrai que 347 marches pour atteindre le premier étage sans ascenseur, c’était une gageure. Mais Gustave Eiffel aura l'idée de génie d'ajouter un ascenseur. L'homme n’apparait pas au départ comme un patron très progressiste. Son évolution est d'autant plus passionnante à la fin du spectacle.
Les scènes sont très courtes, très rythmées. Le spectacle s'échafaude à l'instar de la construction du monument. On a beau connaître l’issue de l'histoire (qui se termine comme on l’imagine), l’action est prenante. et on tremble en apprenant les embuches successives, comme les menaces de grève et la demande d’une cantine. L'architecte aura l’idée de génie de l’installer sur la tour pour le confort des ouvriers ... et pour leur faire gagner du temps.

Elle sera inaugurée en portant la couleur de l’antirouille ... pour l’éternité croyait-on mais cependant elle changera de couleur plusieurs fois. Et je crois savoir qu'une nouvelle teinte est prévue pour son prochain anniversaire. Car elle a déjà 130 ans.

Quelques répliques sont savoureuses : Sans danger pas de bravoure ! C’est si beau vu d’en bas. C’est si haut vu d’en bas !

Je n'avais pas remarqué le surtitrage mais voilà un atout supplémentaire à ce spectacle qui est aussi accessible à tous les âges.
Plus Haut que le Ciel
Une pièce de Florence et Julien Lefebvre
Mise en scène Jean-Laurent Silvi, assisté de Nastassia Silve
Décors Margaux Van Den Plas
Lumières Eric Milleville
Costumes Frédéric Olivier​
Musique Romain Trouillet​
Du 17 octobre 2019 au 19 janvier 2020
Du mercredi au dimanche 19h00
Au Théâtre Fontaine - 10 rue Pierre Fontaine - 75009 Paris
Location : 01 48 74 74 40

dimanche 3 novembre 2019

La convivialité, une conférence-spectacle à propos d'orthographe

La convivialité est un titre surprenant dont on comprend plus tard le sens. C'est un excellent spectacle, non pas sur le comment de l'orthographe, mais sur le pourquoi et croyez-moi on en ressort allégé de quelques certitudes. Et, qui plus est, prêt à changer d'avis.

Les deux comédiens auteurs du spectacle, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, se présentent comme le feraient n’importe quels conférenciers en précisant qu’ils ne sont pas du tout comédiens mais enseignants.

Ils en font la démonstration en imposant une dictée à chaque spectateur. Il ne faut pas s’y tromper, ce sont de vrais artistes de scène abordant un sujet très sérieux avec beaucoup d’humour, et une intelligence folle.

J’ai entendu pendant cet exercice, pourtant bref, des commentaires qui m'ont amusée. Mon voisin ne connaissant pas le mot "fioritures" a commenté d'un "c’est quoi, putain". Un autre s'est plaint d'avoir mal au poignet et ils furent nombreux à pousser un ouf de soulagement à l’annonce du point final.

L’orthographe n’est pas la langue mais l’écriture de la langue. C’est le code graphique permettant d'écrire la langue, un peu à l’instar de la partition qui est au service de la musique. Est-ce que c’est un bon outil ? Ne nous assène-t-on pas des affirmations comme des vérités ? La question mérite d'être posée. Si en turc un son vaut une lettre, un son peut, en français, être transcrit d’une douzaine de manières. On nous en fait la démonstration sur grand écran. Et on comprend aussitôt pourquoi il y a tant de façons possibles d’écrire un même mot.

samedi 2 novembre 2019

Le Procope est un restaurant et un monument

Le Procope est un monument parce que c'est le café le plus ancien de Paris. C'est un musée parce qu'il recèle un grand nombre d'objets liés à l'histoire du café puisque c'est là que cette boisson fut introduite en Europe.

C'est un lieu de mémoire qui a conservé des marques du passage d'hôtes illustres dont certains ont même donné leur nom à une salle comme Denis Diderot, Frédéric Chopin, Jean-Paul Marat, Jean-Jacques Rousseau et la Fontaine ou Benjamin Franklin.

Il y a tellement de livres que c'est presque une bibliothèque et on apprend énormément de choses en jetant un oeil autour de soi. Et, ce n'est pas un détail, on y mange très bien.

Il doit son nom à son fondateur, le sicilien Francesco Procopio Dei Coltelli en 1686. au 13 rue de l'Ancienne Comédie dans le 6ème arrondissement.

A l'époque la Comédie était on ne peut plus active puisque la troupe de Molière était installée juste en face et l'illustre homme de théâtre fut un des premiers clients.

Ce qui est exceptionnel c'est que l'endroit a réussi à conserver son âme tout en vivant à un rythme très  soutenu puisqu'on y sert 600 à 700 couverts par jour. On peut y venir seul sans y être mal à l'aise, en couple ou avec des amis. Mais aussi en groupe puisque par exemple le Salon Roosevelt du premier étage peut accueillir un banquet de 70 personnes.

On pourrait s'attendre à ce que les prix soient à la hauteur de la réputation et pourtant le menu reste très abordable, pour une qualité extrêmement appréciable ... et appréciée, expliquant que le restaurant se classe premier parmi les 19 grandes brasseries du groupe Bertrand auquel il appartient depuis avril 2016 (par l'acquisition aux Frères Blanc qui en étaient propriétaires depuis 1987), devant la Coupole, La maison du Danemark, La Lorraine ou Au Pied de Cochon même s'il ne s'agit pas de les comparer ou de les placer en concurrence.

Le groupe se développe en France et à l’international en propre et en franchise autour de son portefeuille d’enseignes et compte aujourd’hui plus de 850 restaurants dans le monde. Ses établissements sont en réalité complémentaires mais la lecture de cet article donnera peut-être quelques clés pour comprendre en quoi le Procope fait la différence parmi les brasseries et grands restaurants.

D'abord la volonté de son directeur, Eric Giroud-Trouillet, est de faire de ce lieu d’exception un endroit accueillant et chaleureux. Ce pari n'était pas facile et il est gagné. Je suis venue plusieurs fois au Procope, et même la première fois, alors que j'étais invitée à la remise du Prix Gulli, en 2018, j'avais constaté cet esprit de convivialité si surprenant dans un lieu chargé d'histoire.
J'avais remarqué les médaillons qui ornent la façade extérieure énumérant les personnalités ayant fréquenté l'endroit et j'avais été intriguée par les drapeaux, plus nombreux dans cette rue qu'à l'Unesco. Quelle belle manière d'honorer les douze principales nationalités qui prennent ici leur repas! Le personnel parle plusieurs langues et la carte existe en version italienne, allemande, japonaise, chinoise, russe, coréenne. Il y a aussi de grosses clientèles indienne et brésilienne.

On a le sens de l'accueil. Et de l'humilité. Le directeur m'a reçue pour l'interview dans sa blouse de travail. Il endossera la veste noire plus tard, au moment du service, auquel il participe chaque fois que nécessaire. La restauration est un métier où on accepte de travailler beaucoup, jusqu'à 14 à 15 heures par jour, mais où par contre il existe encore une vraie reconnaissance et une ascension promotionnelle possible dans ces métiers, en acceptant de changer de restaurant bien entendu.

On démarre au SMIC mais les salaires peuvent vite grimper et être multipliés par trois, voire par quatre. Celui (ou celle) qui a la détermination et l'envie de s'investir passera relativement vite de commis de cuisine à chef de cuisine, ou pour la salle, de chef de rang à directeur. Une partie de la rémunération est toujours au pourcentage en salle où le travail demeure un travail d'équipe.

L'organisation en salons instaure une certaine intimité et le client n'a pas le sentiment d'être assis au milieu de 250 personnes (400 places assises à la Coupole à titre de comparaison). Et s'il préfère manger dehors il peut choisir, en belle saison, une des vingt tables de la terrasse donnant sur la Cour du Commerce Saint-André-des-Arts, au pied des marches de la table que réservait souvent Jacques Chirac quand il était maire de Paris, dans le salon Procopio.
Même s'il accueille des personnalités, et à l'inverse de la Coupole (ou de Lipp), on ne vient pas ici pour se montrer. Il est d'autant plus touchant de remarquer au fil de ma visite une plaque mentionnant l'emplacement préféré de Jean-Paul Belmondo (à droite en entrant dans le Salon Procopio), idéalement située pour lire la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 reproduite sur le mur dans les années 60.
Ayant eu le privilège d'une visite guidée (ce n'est pas organisé par la maison, du moins pas encore) je vais vous montrer quelques endroits qui méritent l'attention avant de terminer par un déjeuner qui se clôturera avec la tarte au citron meringuée de Christelle Brua, meilleure chef pâtissier du monde.
Cliquez sur "plus d'info" pour lire la totalité de l'article (et si vous souhaitez voir les photos en grand format il suffit de cliquer doucement sur la première puis de les faire défiler).

vendredi 1 novembre 2019

Installation de Gérard Garouste à l’Académie des beaux-arts

J'ai eu la chance d'assister à l'installation du peintre Gérard Garouste dans la section peinture de l’Académie des beaux-arts le 23 octobre 2019.

C'est un artiste que j'admire. J'avais beaucoup apprécié la sincérité avec laquelle il s'est exprimé dans l'Intranquille qui figurait dans la sélection "Essais" du grand Prix des Lectrices de ELLE l'année où j'en fus juré. Et je serais très heureuse de le recevoir dans mon émission Entre Voix sur Needradio.

Ce type de cérémonie s'organise sous la coupole autour de la lecture de deux discours, pour une assemblée attentive, souvent émue parce que chaque mot est pesé et que la voix des orateurs véhicule une pléiade de sentiments.

Le premier, prononcé par le secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts, salue le futur académicien en reprenant les faits les plus caractéristiques de sa vie. Le second est toujours un hommage de l'impétrant à la personnalité à laquelle il succède, ici Georges Mathieu, peintre également.
On découvre ensuite l'épée du nouvel académicien et celle de Gérard Garouste, dessinée par sa femme, Elisabeth Garouste, elle aussi une artiste. Elle est particulièrement originale et chargée de sens, en bois de buis et rappelle la canne noueuse qui ne le quitte jamais.
Une réception permet d'engager les conversations dans les salons, ou dans la cour si la météo est favorable. Mais auparavant le nouvel académicien aura descendu les marches sous la haie d'honneur de la Garde républicaine.
Plutôt que paraphraser ou résumer les propos j'ai pensé qu'il était plus intéressant de communiquer quelques extraits qui m'ont particulièrement touchée, aussi bien dans le portrait de l'homme et du peintre dressé par Laurent Petitgirard, le secrétaire perpétuel et compositeur, que dans l'hommage de Gérard Garouste à Georges Mathieu (1921-2012).

Cela pourra sembler long ... et pourtant c'est moins de 20% des documents.

jeudi 31 octobre 2019

Chambord filmé par Laurent Charbonnier pour son 500 ème anniversaire

(mise à jour 19 février 2020)

Ceux qui ne sont jamais allés à Chambord n'en connaissent que la silhouette du château, monumental, surmonté je crois par 365 cheminées faisant de lui une sorte d'éternel gâteau d'anniversaire architectural.

Un film lui est consacré pour son cinquantième anniversaire. Le résultat est étonnant, à la frontière du documentaire, du film d'animation et du film animalier.

Le réalisateur Laurent Charbonnier raconte l'histoire, plusieurs fois tragique, de ce monument qui a failli disparaître, depuis son édification par François 1er, en mettant l'accent sur la beauté et la diversité du Domaine qu'il a filmé comme s'il était une réserve naturelle.

Cet homme, qui est une référence dans le domaine du cinéma animalier, connait bien le terroir puisqu'il est solognot. Il a planté les caméras pendant un an avec une équipe spécialisée dans les films animaliers, tant pour le recueil d'images exceptionnelles que dans la prise de son.

Il a voulu se faire côtoyer les deux univers. Celui de l’humanité et celui de l’animal. Celui de l’immobilité et celui du mouvement. Celui du patrimoine historique et celui du patrimoine naturel. Celui de la grande Histoire et celui des petites histoires naturelles.

Le résultat est magique. Les rôles sont inversés. La salamandre, les renardeaux, les marcassins, le cerf, le martin-pêcheur, le pic noir à tête rouge vivent sous nos yeux, alors que les rois de France et les évènements sont les personnages de petits films d'animation qui renseignent fort à propos sur les évolutions historiques, en passant par Louis XIV, la Révolution française, la Première et la Seconde Guerre mondiale.

A voir en famille cet hiver avant de programmer une visite sur place au printemps prochain. Je vous suggère alors un détour par Cheverny, qui est juste à coté, très différent en terme de taille, et qui fut le décor de Moulinsart.

Un autre jumelage possible est Azay-le-Rideau et le château de l'Islette qui séduira les admirateurs de Claudel et de Rodin et qui est le cadre d'un roman que j'ai découvert il y a quelques jours.

Je voudrais aussi signaler que les éditions Vilo (Groupe Ramsay) ont publié le 1er octobre ce qu'on appelle un "beau-livre", intitulé Chambord  pour illustrer les moments magiques du film.

Le livre de 180 pages est co-écrit par deux amoureux de la Sologne et son patrimoine, la journaliste Émilie Rencien, et l'auteur Georges Brown qui se sont attachés à compléter en texte et en images l'intention de Laurent Charbonnie. La couverture reprend l'affiche du film. On trouvera dans ce film des planches identiques à celles du documentaire. Cet ouvrage permet de revivre, en textes et en images,  le contraste subtil entre la vie animalière trépidante et majestueuse du domaine et l'immuable colosse de pierre de 500 ans, symbole du royaume de France et de la Renaissance.

Chambord de Laurent Charbonnier, avec la voix de Cécile de France, en salle depuis le 9 octobre 2019

mercredi 30 octobre 2019

Joker de Todd Phillips

C'est Jean-Marc Barr qui, après l'enregistrement d'un Entre Voix qui lui était consacré sur Needradio, m'a décidée à aller voir Joker et j'ai été autant  impressionnée par l'interprétation de Joaquin Phoenix que par le scénario.

On suit la vie misérable d'Arthur Fleck, dont la maladie psychique lui vaut le statut d'handicapé, et dont le rire maladif ne fait hélas pas rire grand monde. Ses tentatives pour transformer son infériorité en art ne marchent pas dans la sphère professionnelle où il perd son emploi de clown par intérim.

Il tente alors d'infiltrer la sphère artistique où il s'imagine avoir une petite chance de devenir une vedette de stand-up après avoir été repéré par le présentateur du plus populaire show télévisé, Murray Franklin (Robert de Niro). Il perdra tout sens de la mesure lorsqu'il se rendra compte que là aussi il a été manipulé.

Il s'agit bien entendu d'une fiction mais le personnage est si connu qu'on en viendrait à croire qu'il a réellement existé. D'autant plus que la paupérisation et le désintérêt de l'Etat pour les plus démunis font écho au contexte présenté dans le film. Le gouvernement américain qui retire l'accès aux soins aux psychopathes, les grèves du ramassage des ordures ménagères, la crise économique, et ... en France la montée du mouvement des gilets jaunes.

Si Arthur Fleck n'était pas psychiatriquement atteint (et on comprend la racine de sa psychose quand on a avec lui accès au dossier médical de sa mère) il aurait pu prendre la tête d'un mouvement politique au lieu de s'endurer dans une tentative de restauration narcissique qui tourne mal. Mais qui pourrait résister à une telle enfance et au rejet permanent ?

L'acteur a perdu 23 kilos pour incarner le rôle. Il le rend vivant, pathétique, touchant (malgré les horreurs qu'il commet). Je ne sais pas s'il aura la statuette mais la nomination aux Oscars est une évidence.

Je n'ai aucunement cherché à trouver et encore moins à juger la morale du film qui obtint le Lion d'or à Venise. Certes il est parfois extrêmement violent et difficile à soutenir, mais la société est brutale elle aussi ... Je me suis concentrée sur la performance de Joaquin Phoenix et sur la construction du personnage qui fait comprendre toutes les apparitions du Joker dans les autres films comme Batman.

On accepte Dracula sans réserve. Faisons de même pour Joker.

Joker, de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, en salle le 9 octobre
Photo Warner Bros

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