Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 4 avril 2020

Orge céleste

Après le petit épeautre, voilà que je retrouve de l'orge céleste de Mon fournil, un nom qui fait rêver, même si je dois reconnaître que ces graines là ne sont pas de la première fraîcheur.
Je les ai donc fait tremper plus de 24 heures en évacuant régulièrement le dessus de l’eau de surface jusqu’à ce qu’elle soit plutôt claire.

Après avoir procédé à un ultime rinçage, j’ai placé cette orge (on peut aussi bien la désigner au féminin comme au masculin) dans une cocotte à fond épais et l'ai recouverte de deux fois son volume d’eau claire.

J’ai ajouté un bouillon cube de bœuf (prélevé sur le stock de ma maman), deux petits piments ronds que j’ai placés -de manière à pouvoir les récupérer- dans une boule à thé, une feuille de laurier, et une cuillerée de gros sel de mer non raffiné. 

vendredi 3 avril 2020

La fille au bracelet, film de Stéphane Demoustier

Le bruit des vagues couvre la conversation. On imagine un moment de tranquillité familiale sur la plage de la Boutinardière, au coeur de la Bretagne historique, à La Bernerie-en-Retz qui est la plage quasiment la plus proche de Nantes où le couple réside habituellement avec leurs deux enfants.

Lise Bataille, 16 ans, part, encadrée de deux gendarmes, alors que les parents assistent sans broncher à l'arrestation. L'instant est calme.

Deux ans plus tard le père (Roschdy Zem) fait barrage pour que Lise, devenue La fille au bracelet, ne rende visite à un certain Diego : Je veux que tu reste concentrée et plus rien qui puisse faire des vagues.

Oui papa, répond-elle docilement avant de se mettre à relire ses déclarations, obéissant cette fois à son avocate (Annie Mercier), tout en ayant conscience que ce n'est pas une pièce de théâtre.

Elle porte un bracelet électronique qui l'astreint à circuler dans une zone restreinte. Elle suit désormais ses cours par correspondance. On en déduit qu'elle n'est pas retournée au lycée et qu'elle est relativement coupée de ses anciens camarades, hormis Diego qui apparait parfois. Son calme est olympique. Signe qu'elle est très ou pas du tout coupable. Comme éteinte aussi. Murée dans le silence sans être antipathique. Elle n'a pas davantage de réaction quand sa mère (Chiara Mastroianni) lui annonce qu'elle ne viendra pas à son procès. T'as pas à te justifier la coupe-t-elle.
Au sein de la famille Bataille, on se parle a minima. On remarquera que fréquemment la caméra s'attarde en plan rapproché sur un visage silencieux et impénétrable. Les seuls moments de fantaisie sont provoqués par le petit Jules, qui avait 8 ans au moment des faits, et qui semble être le seul à s'exprimer sans filtre ...  : Si tu vas en prison est ce que je pourrais prendre ta chambre? elle lui répond oui avec sérénité. Là encore le spectateur se demande si c'est parce qu'elle est coupable jusqu'au cou ou absolument innocente.

Je ne vais pas spoiler l'issue mais Jules joue un rôle capital dans le déroulement du procès.

La fille au bracelet est un film déroutant. Le cœur de l’énigme n’est pas tant la culpabilité de Lise mais son fonctionnement et ses valeurs. On se demande ce que cache son sang-froid et si ses parents la protègent de leur propre culpabilité à ne pas l’avoir vue grandir, jusqu'à ne la connaitre que très superficiellement. A cet égard le témoignage de la mère sera probablement décisif alors que jusque là le père semblait davantage investi que sa femme, même si son apparente solidité masque une forte inquiétude : ça me dépasse, avouera-t-il à propos des comportements de son enfant.
La jeune Flora Dufour a été victime d'un assassinat terrible, sauvage, avec huit coups de couteau, le lendemain d'une fête entre adolescents. Sa mère ne lui connait pourtant aucun ennemi. Même pas Lise, sa meilleure amie, qui l'avait menacée de mort suite à la diffusion d'une vidéo à caractère sexuel la mettant en cause. Mais comme l'explique une de ses camarades : Je vais te tuer, comme quand on dit je t'aime, ça veut rien dire.

jeudi 2 avril 2020

Cake au citron d'après Trish Deseine

C'est bien gentil de faire des gâteaux sans ceci ou cela comme le Wacky cake mais lorsque je retrouve, au hasard de l'ordre que je remets dans mes étagères (car comme vous tous je range, range, range...), un livre de recettes de Trish Deseine je ne résiste pas à m'inspirer de la technique qu'elle partage dans I love cake, collection Marabout, pour faire un cake au citron.

je ne sais pas s'il fait perdre des calories mais le rangement est une vertu !

Il vous faudra pour six à huit personnes et un moule à cake de 22 cm beurré :

50 g de beurre mou, 140 g de sucre, 150 g de farine (j'ai pris moitié blé-moitié riz), un sachet de levure chimique, 12,5 cl de lait (soit un huitième de litre), deux œufs et un zeste de citron vert.

Préchauffer le four à 170°

Dans un saladier, fouetter le beurre et le sucre jusqu’à en faire une mousse bien blanche.

Mélanger les œufs et le lait.

Dans le récipient contenant la crème au beurre, verser en alternant la farine et la levure chimique et l’ensemble œuf–lait. Ajouter le zeste du citron vert.

Transvaser la pâte dans le moule et enfourner 45 minutes.

On peut bien entendu, à la sortie du four, imbiber le gâteau d’un jus de citron additionné de sucre glace mais je n'ajoute pas du sucre au sucre.

Trish recommandait de laisser refroidir dans le moule, ce que je ne pense pas à faire, parce que je n'ai jamais vu ma mère procéder ainsi. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas suivi cette recommandation que mon gâteau s’est complètement démoli mais ... cela n’a pas empêché qu’il soit délicieux.

Parviendrai-je un jour à en sortir un fendu sur le dessus ? Puisse Cyril Lignac proposer un soir une recette qui fonctionne ! Je suis son émission Tous en cuisine sur M6 depuis sa création le 21 mars mais je n'ai encore rien vu de comparable.

mercredi 1 avril 2020

L'été où je suis devenue vieille d'Isabelle de Courtivron

L'été où je suis devenue vieille, le titre du livre d'Isabelle de Courtivron résonne comme une blague de premier avril.

La personnalité d'Isabelle de Courtivron est fascinante. Elle s’est construite en se détournant de son pays et de sa famille pour avoir une vie qui lui ressemble. Elle a connu les mouvements féministes des années 1960 et 1970 qui l’ont structurée. Elle a été professeure de littérature, culture et cinéma aux États-Unis à Brown, Harvard, au MIT. Elle a travaillé sur des romancières comme Violette Leduc ou Clara Malraux

Je devais la recevoir dans mon émission Entre Voix, et puis, manque de chance, elle a été souffrante. Le projet a été repoussé et par voie de conséquence je n'ai pas écrit tout de suite ma chronique, voulant l'enrichir de ce qu'elle me dirait. Puis la crise du Coronavirus est arrivée là-dessus.

Moi-même je me suis pris un coup de vieux ... Ma mémoire jouait les abonnés absents régulièrement. Je traversais le mois de février où je devenais vieille.

J'ignorais alors que j'étais malade et je peux vous dire maintenant que je commence à aller mieux que je ne me sens plus du tout vieille.

Mais resituons l'ouvrage d'Isabelle de Courtivron. L'été de ses soixante-treize ans, Isabelle de Courtivron se rend compte qu’elle a perdu en souplesse et qu’elle s’essouffle plus vite. Son ophtalmo lui a prescrit une opération de la cataracte. Son corps est usé. Elle a pris sa retraite, a du mal à adopter Instagram ou Twitter. Elle se surprend à voir partout, tout le temps, des plus jeunes qu’elle. Ce qui lui arrive ? L’âge. Elle est devenue vieille.

Avec une sincérité rare teintée d’humour, l'auteure raconte ce basculement qu’elle n’a pas vu venir. Elle a toujours vécu en femme libre, tournant le dos à la vie conventionnelle qui l’attendait. Indépendante, voyageuse, nourrie par les féministes des années 1970, elle est devenue professeure de lettres aux états-Unis. Soudain, pour la première fois, il lui arrive quelque chose qu’elle n’a pas choisi. Le regard des autres la renvoie à son âge. Elle-même constate les transformations à l’œuvre dans sa chair et son esprit.

Isabelle de Courtivron livre un récit intime, sans fard, qui parlera à des centaines de milliers de femmes. Elle interroge le vieillissement au féminin, dans une société où les inégalités entre hommes et femmes se jouent à tous les âges. Elle montre cette étape de l’existence sous un jour nouveau, et permet aux lecteurs de la vivre par anticipation.

Ce n’est pas sa première publication mais c'est son premier livre personnel.

La lecture de ce livre me donnait le bourdon alors qu'il est vraiment admirablement documenté et passionnant. Je vous le recommande donc en sortie de confinement, quand la situation se sera apaisée. Qu'il y aura un peu moins d'annonces de RIP sur Facebook où, comme aurait pu le dire Woody Allen, il est curieux qu'on n'annonce jamais les naissances des célébrités ...

En 2018, et selon les chiffres publiés par l'ONU, les personnes âgées de 65 ans ou plus étaient dans le monde, et pour la première fois dans l'histoire, plus nombreuses que les enfants de moins de cinq ans. D'ici à 2050, 1 personne sur 4 vivant en Europe et en Amérique du Nord aura 65 ans ou plus ... sauf si le coronavirus décime une génération.

Finalement, il n'est pas étonnant qu'on vive dans une société où l'on est vieux dès qu'on a dépassé 30 ans. Longtemps je fus la plus jeune (ou ensuite la plus récente) dans chacun des organismes où j'ai travaillé. Longtemps ce fut exaspérant de devoir argumenté une expérience parce que, quoiqu'on en dise, on fait rarement confiance à ceux dont le visage ne trahit pas un certain nombre d'années (même au cinéma on ne donnerait pas un rôle de grand-mère à quelqu'un qui fait 28 ans tou de même). J'avais fini par m'affranchir des années ... jusqu'à ce mois de février où, étant sur le flanc, je n'ai même pas pu fêter mon anniversaire.

Et quand j'ai ouvert le livre, trompée par une couverture qui respire l'optimisme je n'imaginais pas la déflagration qui était en train de se produire. Comme elle a eu raison de placer en exergue la citation de Benoîte Groult (in La Touche étoile) : On n'est capable de parler de vieillesse que si toute jeunesse n'est pas morte en soi.

Si Isabelle nous donne (page 195) une bibliographie, ce que je plébiscite même si elle est un peu sommaire, elle omet néanmoins la discographie et, comme vous le savez, je suis toujours agacée qu’on privilégie systématiquement en quelque sorte les paroles sur la musique. Il n’empêche que c’est une excellente idée de placer le chapitre I sous le parrainage d'une superbe chanson de Léo Ferré.

Et si je vous l’offrais cette biblio-discographie complète ? C’est parti. Comme ça vous pourrez préparer la play-list et l'écouter au fur et à mesure des chapitres.

mardi 31 mars 2020

La cuisine du confinement

Il faut en ce moment faire preuve d'inventivité pour ne pas se laisser abattre. Tout le monde, parait-il, retrouve un grand plaisir à cuisiner.

Pour ma part ce n'est pas nouveau mais comme je ne peux pas sortir faire les courses je suis tributaire de ce que je trouve (ou de ce que l'on m'amène), ce qui conduit à des associations inattendues.

Comme le riz rouge de Camargue (encore un fond de bocal) et du boudin blanc.

Les haricots plats apportent une touche de couleur et vous observerez que la perte est minimale depuis que je sais qu'il est idiot de l'équeuter des deux cotés.

En plus, c'est esthétique car il n'est pas question de sacrifier le visuel.
Pas davantage que le goût. Cette assiette n'est pas copieuse mais le sel à la truffe sublime la viande et les pommes de terre.
Coté dessert je m'étais lancée dans le Wacky Cake. C'était l'occasion ...

lundi 30 mars 2020

Vengeance à temps partiel de Fern Michaels, paru en Poche

Fern Michaels est reconnue à l’échelle planétaire pour ses bestsellers. Ses livres sont traduits en plus de 20 langues et les titres de la série Sisterhood se sont vendus à plus de 16 millions d’exemplaires dans le monde.

Ses romans se sont tous retrouvés au palmarès du New York Times et du USA Today. Le premier de la série, publiée initialement en 2017, est disponible en Poche depuis le 14 mars 2019. Ils se lisent à une vitesse folle ... par un public immense, dont je ne faisais pas encore partie. Cette période du confinement m'a amenée à faire comme on dit feu de tout bois. Et je ne regrette rien.
Dévastée par la mort tragique de sa fille, renversée par un chauffard qui a bénéficié de l’immunité diplomatique, la richissime Myra Rutledge décide de former un cercle secret : le Sisterhood. Ce groupe réunit sept complices partageant une colère noire découlant de préjudices dont elles sont victimes – mari infidèle, collègue sexiste, système judiciaire déficient ou autres aberrations. Liées par leur tragédie personnelle, elles décident de se faire justice elles-mêmes, se découvrant du coup une force intérieure insoupçonnée. Si dans l’adversité certaines s’effondrent, d’autres se relèvent et passent à l’attaque !
L'injustice est une plaie qui sidère ou qui, au contraire, suscite une vocation de justicier, et parfois la fin justifie les moyens. Deux ans après la mort de sa fille Myra décide de passer à l'attaque, ce qui me fait penser au thème d'un roman que j'aurais dû chroniquer depuis longtemps Les portes et les bruits qu'elles font et que je me promets de relire.

A l'inverse du personnage principal de celui ci, la riche américaine va oeuvrer en catimini (et ne sera donc pas condamnée). Et comme elle n'est pas égoïste, et qui plus est richissime (ça aide quand on veut jouer les James Bond) elle va créer un mouvement de solidarité avec d'autres victimes.

C'est parfois farfelu, souvent machiavélique, mais toujours efficace. Je l'ai mentionné plus haut : la fin justifie les moyens.

Le roman est facile à lire, plaisant, car les héroïnes de cette trempe sont plutôt rares mais leur mode de vie est souvent éloigné du notre. C'est l'American Way of Life, à n'en pas douter. Une façon de voyager alors que nous sommes tous bouclés.

Vengeance à temps partiel de Fern Michaels, Mon Poche

dimanche 29 mars 2020

Comment je me suis trouvée à expérimenter un Wacky Cake

J'ai cette recette sous le coude depuis décembre 2018 et je repousse régulièrement sa mise en oeuvre parce que je n'étais pas convaincue d'obtenir un résultat qui vaille le coup. Seulement voilà, nous sommes bouclés et il est assez difficile de trouver (quand on ose sortir faire quelques courses) du beurre, et surtout des oeufs.

Quant au lait, j'ai la chance d'en avoir récupéré de ma voisine mais je ne voudrais pas entamer une bouteille pour quelques centilitres.

Cette recette avait fait le buzz sur Instagram comme sur Pinterest. Il s'agit du Wacky Cake, appelé aussi Depression Cake, parce qu'il a été créé aux Etats-Unis au moment de la Grande Dépression de 1929, lorsque les ingrédients tels que le beurre, le lait ou le chocolat se faisaient rares et chers.

Ce gâteau, moelleux et fondant, a eu un regain de succès auprès des vegan parce qu'il ne réclame pas d'oeufs, mais il a aussi de bonnes qualités, surtout en période de pénurie.

Wacky cela signifie tout de même délirant et j'imagine à cause de la mise en oeuvre et de l'emploi d'un ingrédient inattendu dans un gâteau, le vinaigre d'alcool. Inhabituel pour nous européens, parce que les anglo saxons savent que le vinaigre est un acide qui "active" le bicarbonate (qui n'est rien d'autre que la levure chimique). Le mélange des deux créé du dioxyde de carbone, et ce sont ces petites bulles qui vont permettre de donner un aspect aéré à votre pâte. C'est ce qui fait d'ailleurs merveille pour faire gonfler les pancakes.
Pour ce wacky cake, farfelu mais super simple, vous devrez peser d'abord les ingrédients secs, que vous pouvez superposer dans un seul récipient :

- 210 g de farine
- 24 g de cacao en poudre (amer donc)
- 200 g de sucre
- 1 cuil. à soupe de levure
- 1 bonne pincée de sel

Une fois tout cela intimement mélangé vous ferez trois puits; deux petits et un plus important. Dans les deux premiers vous verserez respectivement 1 cuillère à soupe de vanille liquide et 1 cuillère à soupe de vinaigre blanc. Dans le plus grand 7,5 cl d’huile végétale (plutôt neutre comme tournesol ou pépins de raisin). C'est cette dernière que j'ai choisie.
Puis, 24 cl d'eau sur le tout et mélangez à la maryse bien jusqu'à ce que ce soit lisse.
Vous allez remarquer que la réaction chimique fait buller la préparation.

Venez sans attendre la pâte dans un moule beurré et faire cuire pendant 35 minutes environ (il suffit de planter la pointe d'un couteau pour vérifier la cuisson) à 180°.

Je me suis demandée si le fait d'avoir utilisé autre chose qu'un moule à cake traditionnel avait modifié la texture. Il a sans nul doute cuit plus vite (25 minutes ont suffi) mais le résultat m'a convenu : moelleux, léger, pas trop sucré (je le craignais un peu parce que 200 grammes de sucre me semblait excessif), et surtout pas très riche en matières grasses ...

Bien sûr avec cette base, tout est possible : un glaçage, l'ajout de pépites de chocolat, un nuage de sucre glace (si on ne craint pas du tout de forcer sur l'indice glycémique). Personnellement je l'ai trouvé délicieux avec une quenelle de sorbet fraise-verveine (que par chance j'avais encore dans mon congélateur).

samedi 28 mars 2020

Comme des frères de Claudine Desmarteau

La sortie du livre de Claudine Desmarteau avait été annoncée pour le 4 mars. Comme des frères va souffrir de la fermeture des libraires.

Quelle malchance pour cette auteure qui, après avoir publié plus d’une vingtaine de livres jeunesse, albums illustrés ou romans (au Seuil Jeunesse, Éditions Panama, Éditions Thierry Magnier, Sarbacane, Flammarion et Albin Michel Jeunesse) signe ici son premier roman adulte. Et ce n'est sans doute pas un hasard si ses personnages principaux sont des adolescents.

La bande, la petite meute, se composait de Ryan, Lucas, Kevin, Saïd, Thomas, Idriss, et puis Quentin… Et sa sœur Iris. Lui c'est Raph, enfin Raphaël, fils unique qui aurait dû avoir un frère, mais la vie en décida autrement. Il se définit comme quelqu'un de banal. Je ressemble à tout le monde ou à personne en particulier et c'est très bien. Je suis insipide et je rêve d'être invisible (page 21).

Lalie, qui traverse new York dans le dernier livre d'Eric Pessan souhaiterait elle aussi avoir le don d'invisibilité (dans Tenir debout dans la nuit). Je fais aussitôt l'hypothèse que l'évènement dramatique auquel le garçon fait allusion et qui s'est passé le samedi de ses 16 ans est sans doute comparable à ce qu’a connu la jeune fille.

Ce roman, qui m'a beaucoup fait pensé à La chaleur de Victor Jestin, pose l’éternel problème de la jeunesse quand elle est désoeuvrée et qu'un leader met en route une idée saugrenue qui va mal tourner. Parce que chacun, à sa manière, attend que quelque chose se passe (page 68). La justesse des dialogues est inouïe. On a le sentiment d’être en bas de leur immeuble alors que les conversations montent jusqu'à nos fenêtres ouvertes. La tension est très forte et attise le rôle que les parents peuvent jouer dans ce type de situation en laissant faire.

On peut aussi penser au film La fille au bracelet qui vient de sortir au cinéma.

A 13-14 ans, ils ont commencé par un truc qu’ils savent être con, cruel, débile mais ils en rigolent (page 71). Ils se comportent comme des Jackass, ces jeunes adultes intrépides qui multipliaient des cascades dangereuses et autres fantaisies sans autre but que de faire rire, dans une émission de télévision américaine, diffusée originellement sur MTV en 1999. Certains de leurs jeux sont minables comme le défi d'avaler un ver de terre (page 172). On devine que d'autres pourraient vite tourner mal.

Evidemment au collège, personne (entendez par-là aucun adulte) ne voulait rien voir, personne ne voulait rien entendre (page 80). Cette liberté dans laquelle se déploie la meute est sournoise. Le lecteur sent le malaise monter d'autant plus que le récit est entrecoupé de chansonnette narquoises…

Un de leurs modèles est maintenant Light Yagami, le personnage principal du manga Death Note. Le niveau de violence monte et lorsqu'il est question d'envie de liquidation avec la citation de personnes ayant réellemtn existé comme Anne Lauvergeon (page 129) j'ai froid dans le dos car je lis ce livre en pleine période d’épidémie de Covid 19, alors que la science-fiction rejoint la réalité.

Raphaël n'est pourtant pas au départ un de ces casse-cous. Il ne s'est jamais senti invincible. Il avoue même être terrorisé en bord de mer, depuis qu'il a vu Les dents de la mer (page 56). Quels dégâts ce film aura faits ! A commencer par les requins, massacrés encore plus depuis.

Au moment où il raconte son récit il a 22 ans, voudrait abolir le passé, même si c'est impossible : je partirais bien en vacances de moi. Sans laisser d’adresse (page 12). La seule chose qui est à sa portée est de se confesser. On apprend que trois personnes lui manquent. On sait déjà que parmi elles figure Éric son professeur de guitare, si motivant. Plus tard (page 106) on comprendra que la mort de son frère, in utéro, est une information capitale. Et j’imagine Iris.

Ce roman a la force d'un coup de poing. Il interroge sur ce qui arrive de beau, comme tomber amoureux, et sur les conséquences "collatérales" mais aussi sur la face sombre de la jeunesse quand elle se sent libre et vivante ... invincible sans doute. Avec évidemment la question de la culpabilité :

Est-ce que c’est ma faute ?
Est-ce que c'est seulement ma faute à moi ? (page 195)

Après un Bac littéraire et des études à l’ESAAD (École supérieure des Arts Appliqués Duperré), Claudine Desmarteau travaille dans plusieurs agences de publicité en tant que Directrice Artistique. Parallèlement, elle commence à dessiner pour la presse (Le Nouvel Observateur, Télérama, Le Monde, Les Inrockuptibles…), et publie son premier album au Seuil Jeunesse en 1999.

En 2001, elle quitte le monde de la pub pour se consacrer entièrement à son activité d’auteur-illustratrice, pour la presse et l’édition.

Comme des frères de Claudine Desmarteau, chez l’Iconoclaste, sortie prévue initialement en librairie le 4 mars 2020

vendredi 27 mars 2020

On cuisine le petit épeautre

En ce moment le moindre sachet patientant au fond d'un placard mérite attention. Appelé le "caviar des céréales" en Haute Provence, je savais qu'on pouvait aussi bien consommer cette céréale ancestrale en plat chaud que froid. Le petit épeautre m'intéressait donc pour varier une salade.

Hier j'avais fait tremper les grains de céréales dans un pichet en les recouvrant largement d’eau. Il prend moins de place qu'un saladier sur le plan de travail. On peut changer l'eau régulièrement après l'avoir brassée avec une fourchette pour faire remonter les impuretés.

Ce matin j'ai égoutté et rincé les grains une ultime fois, avant de les mettre dans de l’eau froide à raison d'environ 2 fois le volume des grains en eau.

J'ai porté à ébullition en ajoutant un cube de bouillon de légumes émietté (bio ce serait idéal mais j'épuise d'abord la réserve qui me vient de ma mère), et quelques aromates.

Cette fois ce seront un oignon piqué d’un clou de girofle, une gousse d’ail écrasée, un bouquet garni avec thym, laurier et une branchette de romarin dans l'eau de cuisson pour parfumer.

J'ai laissé mijoter à couvert, à petit feu 45 mn. J'ai salé ... et poivré (ce sont les points noirs qui se remarquent sur la photo) en fin de cuisson.

Une fois le feu arrêté il est conseillé de laisser reposer 10 mn : la graine aura gonflé, sera légèrement crémeuse et il n’y aura pratiquement pas besoin d’égoutter. Juste de retirer le bouquet garni.
Le petit épeautre serait une des céréales parmi les plus vieilles au monde, déjà cultivées au Proche Orient dans l’antiquité. Elle est à faible teneur en gluten (non panifiable) et contient les 8 acides aminés essentiels à notre alimentation, ce qui est rassurant en ce moment. Un peu oublié au XX siècle, il est à nouveau cultivé en Haute-Provence et bénéficie d’une IGP depuis 2010.

mercredi 25 mars 2020

Les éblouis de Sarah Suco

En cette période où nous sommes bouclés à la maison je prends le temps de visionner les films que je n'ai pas eu le temps de voir sur grand écran.

J'avais été bouleversée par le témoignage de la réalisatrice Sarah Suco dans je ne sais plus quelle émission de télévision et Les éblouis figuraient sur ma liste. Je savais qu'il s'agissait de sa propre histoire, dédiée à ses frères et sœurs, et tragique puisqu'elle disait n'avoir jamais revu ses parents depuis plusieurs années.

Quel film important ! Je dirais même nécessaire. Parce que l’embrigadement d’églises au fonctionnement sectaire est une catastrophe et que des personnes faibles, et de "bonne foi" constituent des cibles de choix.

La réalisatrice est bien placée pour en rendre compte. Néanmoins le film se regarde comme une fiction, ce qui participe à sa réussite.

L’introduction est élégante, sur des prouesses acrobatiques de la jeune héroïne, qui se prénomme Camille (prodigieuse Céleste Brunnquell) élève d’une école de cirque. Une petite fête s’annonce pour marquer la fin de l’année. Le papa (Eric Caravaca) n’y voit aucun inconvénient  Mais on remarque d’emblée le malaise de la maman (Camille Cottin) probablement en dépression post-partum mais qui, à ce stade, se retranche derrière le poids des tâches familiales.

Le spectateur ne perçoit pas tout de suite la bascule du plan suivant. La famille entière est fédérée pendant une autre fête, celle qu’organise la paroisse autour d’un repas partagé dont un voisin leur a parlé en les conviant à y participer. Sentez-vous à l’aise promet le patron de l’association, dit le berger (Jean-Pierre Darroussin).

Le couple Lourmel a été attiré en raison de leur intérêt pour la vie associative. Leur bonne volonté est manifeste. Rien ne prédit alors qu’elle va les mener à leur perte. Le père et la mère sont vite intégrés, tandis que l’adolescente, qui est la (jeune) aînée de la fratrie, observe avec circonspection les relations qui se nouent. Il faut dire que l’interdiction de poursuivre les cours de l’école du cirque l’ont bien refroidie. Néanmoins elle a l’habitude de la discipline et obéit aux injonctions parentales.

Confirmation nous est donnée que la situation est louche quand on découvre que la jeune postulante qui garde les enfants demande à Camille de mentir en cachant une de ses erreurs. Il y a là un paradoxe. Et puis, très vite la mère déraille, manipule sa fille, sans mauvaise intention, mais manipule tout de même, alors que le père semble dépassé.

L'institutrice baissera les bras ... et n'alertera pas l'Aide sociale à l'enfance malgré des comportements inquiétants. Car, vu de l'extérieur, et comme le justifie Eric Lourmel (le papa) il n'y a rien à redire : On mène des actions sociales pour les plus démunis du quartier. 

Bien entendu, si on applique un raisonnement rapide, on pourrait admettre qu’il est positif de souhaiter revenir aux valeurs catholiques, surtout dans notre société individualiste. Ce qui est admirablement bien montré, je dirais démontré, c’est la force de caractère et la capacité d’analyse de l’adolescente qui est davantage une jeune adulte qu’une grande enfant.

Rien n’est anodin. Et surtout pas cette chanson mélancolique, entonnée en chœur pour fédérer et souder les membres de l'association (qui a des allures de secte), et plutôt jolie, qui revient régulièrement :

mardi 24 mars 2020

Quelques salades toutes simples

Voici des exemples de salades toutes simples mais diablement bonnes faites avec les moyens du bord.

Avec des pointes d'asperges (soldées chez mon marchand de légumes) et des copeaux de fromage de type parmesan, une vinaigrette relevée et quelques brins de roquette hachés.

J'apprécie beaucoup les rondelles de radis qui apportent du croquant, de grosses olives fourrées d'une amande (et coupées en quatre) qui ajoutent une note d'acidité, le gingembre frais râpé qui agira comme un poivre.

Le secret de la réussite est dans la sauce, que je prépare d'avance en sous dosant l'huile de manière à ajouter au dernier moment un complément en variant les types d'huile.

Beaucoup d'entre vous sont convaincus par l'ajout d'un filet de vinaigre balsamique. Savez-vous que quelques gouttes d'huile de sésame ont un effet magique, sur n'importe quel plat d'ailleurs ? Incomparable

lundi 23 mars 2020

Une vie et des poussières de Valérie Clo

Quel concours de circonstances que de lire Une vie et des poussières alors que la France entière est recluse et que l'on sent la mort rôder autour de nous. Valérie Clo dédie le roman à nos aînés, aux soignants des EHPAD, à ceux qui avec cœur œuvrent dans l’ombre.

Je l'avais reçu il y un mois et je ne l'avais pas encore ouvert. Sa sortie en librairie était annoncée pour le 5 mars et j'avais un peu de retard dans mes lectures.

Il est probable que si je n'appréciais pas autant cette auteure pour la délicatesse de sa plume et pour sa capacité à analyser subtilement des sentiments sous une approche légère je n'aurais pas eu la force de le lire aujourd'hui alors que, la connaissant, je l'ai ouvert avec confiance.

Après la dédicace qui est un premier uppercut, voici, page suivante, une citation d’une chanson de Jean Ferrat :

Faut il pleurer, faut-il en rire [ ... ]
Je n’ai pas le cœur à le dire.
On ne voit pas le temps passer.

Le chanteur en avait écrit les paroles et la musique. Ce titre, On ne voit pas le temps passer, sorti en décembre 1965 (disque Barclay) prend tout son sens aujourd'hui.

C’est une histoire rapportée par Delphine, aide-soignante dans un EHPAD, qui s’est occupé de Mathilde pendant deux ans et qui en rangeant ses affaires après son décès a retrouvé un carnet dans lequel la vieille dame raconte la dernière année de sa vie, entremêlée de souvenirs, dans une forme porche du journal.

Le récit commence par cette petite remarque anodine, mais si caractéristique, consistant à substituer l’expression "maison de retraite" à celui de EHPAD. Le mot a une sonorité détestable et l'annonce quotidienne du nombre de morts en fin de journée ne le rend pas davantage sympathique.

Mathilde précise qu’elle ne perd pas la tête, juste que quelquefois elle oublie des petites choses… Et puis elle a fait une chute. Sa fille Rose l'a convaincue d'intégrer un EPHAD et tout s'est enchainé.

Chaque chapitre est bref, de deux-trois pages maximum, faisant entrer le lecteur dans la vie de Mathilde comme à bord d'une deux chevaux qui cahote. On fait connaissance avec Chantal l'amnésique, Marcel, le chanteur au répertoire infinie et Jeannot, un monsieur très bien, mais laid comme un pou, ... ouf l'auteure nous épargne le cliché du prince charmant. Il faut dire qu'elle a le chic pour capter des instants de vie avec tendresse et les transformer.

Qui sait, quand on regarde des objets, ce qu’ils peuvent recéler comme secrets. Pour moi, il (L’harmonica) représente plus qu’un instrument de musique, c’est une vraie boîte à souvenirs. À l’intérieur il y a des centaines d’images et de sons, la gentillesse de ma sœur, son intelligence mais aussi toutes ses peurs. Dans la nuit, parfois, je l’entends, il libère dans la pièce ce qu’il a dans le ventre. C’est comme si l’âme de Louise se mélangeait à la lumière de la lune (page 78).

Voilà que je pense à l'harmonica de ma maman, disparu avec nombre d'autres objets dans la liquidation des meubles après son décès. Comme j'aimerai pouvoir en jouer ces jours-ci, à 20 heures, ce qui serait plus optimiste que des claquements de cuillère en bois sur un fond de casserole.

Il m’est arrivé souvent d’être surprise par l’étrangeté de la vie, par sa capacité à être à la fois incroyablement solide et fragile. Pouvant résister aux pires intempéries et, dans le même temps, être capable de s’évanouir en un souffle. Une frontière mince comme une feuille de papier. Et maintenant que je suis ici, cette sensation est décuplée. Là où la mort est une chronique annoncée, la vie peut s’accrocher pendant des semaines et faire mentir tous les pronostics. Et là où elle n’est pas attendue, elle peut se mettre à table sans vergogne (page 84).

Cet extrait est complètement représentatif de l’esprit du livre présenté comme un roman. Il me fait penser à ces jardins en jachère dans lesquels soudain pousse un cerisier ou à cette touffe de pensées surgie de nulle part dans une jardinière abandonnée sur le rebord de la fenêtre d'une chambre où je n'allais plus. Mais si une graine a pu être portée par le vent au troisième étage ... alors ce virus si léger doit planer bien haut dans le ciel. Chaque signe est interprétable positivement ou négativement, selon notre humeur.
On apprend que la fille de Mathilde est arrivée avec un magnétophone pour enregistrer "ma voix avant que je décanille. Elle voudrait que je lui raconte mon enfance qui, d’après elle, est loin d’être banale. Elle a dans l’idée d’écrire un livre, un genre de témoignage pour les générations futures, pour qu’ils n’oublient jamais que le pire a existé".

Je me fais la réflexion que le pire existe toujours. Le raconter n’empêche pas le traumatisme de se répéter. Parce que effectivement, comme l’écrit le personnage de Mathilde un peu plus tard : avec le temps, on s’y habitue, on finit par accepter l’incompréhensible et parfois même l’intolérable (page 86).

Je m'amuse de constater que Rose "remuerait ciel et terre" (page 88) pour retrouver les affaires de ses grands-parents sans doute vendues et dispersées après la guerre alors qu’elle se plaint que sa mère a accumulé trop de choses. On n'est pas un paradoxe près.

Mathilde, elle, n’a guère envie de secouer de vieux souvenirs enfouis. Elle ne veut pas se représenter ce que ses parents ont pu vivre en déportation. On la comprend. Néanmoins une question simple, qu’elle ne s’est jamais posée jusque là, va la tarauder : pourquoi sa mère n’est-elle pas restée avec ses enfants dans le Midi alors qu’ils avaient réussi à passer la frontière, qu’ils étaient en zone libre et que son père avait déjà été arrêté … ?

A cette question cruciale, Mathilde ne trouvera que d’autres questions en guise d’hypothèses. Évidemment on est particulièrement touché par les remarques de Mathilde à propos de la condition financière économique des soignants : il faut qu’ils se réveillent et nous inventent un nouveau monde (page 124). Le pronom "ils" désignent la jeunesse mais on se dit que ce serait utile que tout le monde s'y mette.

Page 187, nous sommes rendus presque un an plus tard. Mathilde voit sa fille vieillir… Et Jeannot, Marcel, Chantal et les autres qui sont ses compagnons de fortune ou d'infortune, à vous de dire. Elle sait combien son corps a vieilli mais son cœur a gardé le goût de l’amour et des grands sentiments.

Mathilde évoque aussi parfois son mari, Paul. Elle raconte la difficulté à être enceinte de Maryline (son prénom at-il été modifié de Delphine en Maryline à l’intérieur du roman ?) et nous verrons comment elle envisage de l'aider à passer un cap difficile. La vieille dame est aussi capable de lever le pouce pour exprimer son enthousiasme.

Elle ne connaît pas Claude Lelouch mais elle fait elle aussi allusion à "la dernière ligne droite" (page 228) dont il est question dans Nos plus belles années.

Ce roman est un hommage touchant et sensible au personnel soignant qui, même en l’absence d’une épidémie, fait des miracles.

Valérie Clo vit à Meudon. Depuis plusieurs années, elle est art-thérapeute et intervient auprès de publics en grandes difficultés. Une vie et des poussières est le quatrième livre qu'elle publie chez Buchet Chastel. Les précédentes sont chroniques ici.
Une vie et des poussières de Valérie Clo, chez Buchet Chastel, en librairie le 5 mars 2020

dimanche 22 mars 2020

Lasagnes du pauvre

Certains se souviennent sans doute de la voix de Yolaine de la Bigne, chroniqueuse de "Quelle époque épique" ... Je ne sais trop comment qualifier mieux la période que nous traversons.

Toujours est-il que je me débrouille avec les moyens du bord pour préparer à manger sans aller faire de courses et je parie que ma version des lasagnes plairaient à cette femme devenue végétarienne.

Nous sommes, je crois, tous contaminés par une fièvre, non pas acheteuse, mais rangeuse. J'ai donc entrepris de dresser l'inventaires de les placards.

J'ai ainsi retrouvé une boite, entamée, de lasagnes sèches, achetées pour trois fois rien, il y  plusieurs années et ayant dépassé la DLC depuis un temps fou. Ces pâtes me semblant parfaitement conservées, et intactes, je décidai donc de les cuisiner, avec un reste de chou-fleur-pommes de terre-tomates qui ne devait pas dater d'hier et qui se trouvait au fond de mon (pourtant minuscule ) congélateur. Je disposais aussi de chapelure Mon Fournil qui elle aussi n'était pas de la première jeunesse.

Le tout n'allait pas rassasier une famille entière mais pouvait suffire pour deux repas individuels. En effet en ce début de confinement dont on ignore la longueur j'estimais préférable de faire "durer" mes réserves et j'avais entrepris de diviser par deux les portions habituelles.
J'ai ressorti pour l'occasion le mini four hérité de maman pour gagner du temps sur la cuisson et dépenser moins d'énergie vue sa petitesse.
J'avais précuit les feuilles de lasagnes à l'eau bouillante car je n'allais pas faire de béchamel pour imbiber la pâte. J'ai ensuite alterné avec les légumes dans un petit plat et saupoudré de chapelure.
L'affaire fut conclue en trente minutes.
Et ma foi, avec un des pots de riz au lait, et une tisane, ce fut un diner très acceptable.
Couverts Jean Dubost.

vendredi 20 mars 2020

Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon, d'après David Foenkinos,

Je suis sortie ce matin et ça m’a fait un bien fou. Je suis allée jusqu’en Bretagne, tout au bout de la presqu’île de Crozon dans le Finistère … à la découverte du Mystère Henri Pick.

Voilà une histoire qui devrait ravir toute l’équipe des 68 et c’est une chance de disposer de la Médiathèque numérique pour pouvoir visionner ce film qui date de 2019 mais qui n’a rien perdu de son pouvoir. Il joue très habilement sur le réel et la fiction.

L’histoire commence par le dépit de Frédéric Koska (Bastien Bouillon), le romancier et petit ami de l'éditrice Daphné Despéro (Alice Isaaz), alors qu’il apprend que son premier roman partira au pilon. On a beau lui dire qu’il connaîtra une sorte de réincarnation en se transformant en papier recyclé pour de futurs romans, sa déception est immense.

Parallèlement le monde de l'édition encense un roman, Les dernières heures d’une histoire d’amour, qui semble sorti de nulle part, qu'une jeune éditrice aurait découvert dans la salle des livres refusés qui se trouve dans la médiathèque de Crozon, tellement reconnaissable avec ses jardinières et ses boiseries bleu turquoise que je suis sûre de l’avoir vue dans un autre film, mais lequel ?

Le critique littéraire Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini), sorte de double de François Busnel, entreprend de mener l'enquête sur cette histoire abracadabrante : le best-seller n’a pas pu être conçu par un pizzaïolo breton, décédé deux ans plus tôt, et dont la veuve affirme qu'il n'a jamais écrit autre chose que ses listes de courses. Le journaliste est persuadé d'une imposture et entend la résoudre avec l'aide inattendue de la fille de l'énigmatique Henri Pick.

J’avais deviné le mystère dès le début, mais je n’en tire pas gloire, et surtout je voudrais dire que j’ai énormément apprécié cette enquête. Je ne résiste tout de même pas à vous dire que la caméra nous révèle la vérité dans un miroir, par jeu ou hasard ...

Les noms des personnages, Daphné Despero, Inès de Crécy, Frédéric Oscar, Jean-Michel Rouche… autant de patronymes qui me font penser à des personnes réelles, mais peu importe. Le port de Terenez et Les villes de Landévennec, Crozon et Camaret-sur-Mer ont servi de décors aux pérégrinations des personnages que j'ai énormément appréciées alors que les Français sont dans l'obligation de rester bouclés à la maison.

Jean-Michel Rouche affectionne le bar du Bristol où il commande plusieurs fois, un Papa Doble, qui est le surnom que les barmen havanais avaient donné à Ernest Hemingway, dont le goût pour l'alcool était de notoriété publique.

L'écrivain a largement contribué à populariser le Daiquiri et le Mojito. Il a inventé le Death in the Afternoon (Mort dans l'après-midi) à base d'absinthe et de champagne. Pendant un séjour à Paris, il aurait demandé au barman du Ritz d'imaginer un breuvage inodore pour tromper la vigilance de sa femme Mary Welsh, horrifiée de sa propension à boire. Ainsi serait né le sanglant Bloody Mary, à base de vodka et de jus de tomate.

Le Papa Doble est une déclinaison du Daiquiri, avec une plus forte teneur en rhum et l’absence de sucre. En voici la recettes, à consommer avec modération :

6 cl de rhum blanc (de préférence Cubain, comme le ron Añejo Blanco Legendario au profil fruité et floral, ou le ron Silver Dry de Varadero aux notes subtilement herbacées et de canne à sucre)
1,5 cl de Masquarin
1,5 cl de citron vert
3 cl de jus de pamplemousse (si possible fraichement pressé)
1 cerise au Masquarin

Réservez votre verre type Martini dans le réfrigérateur pour qu’il soit bien frais.
Frappez tous les ingrédients dans un shaker rempli préalablement de glaçons. Filtrez et versez dans le verre.
Décorez d’une rondelle de citron et ajoutez la cerise. 

Le Mystère Henri Pick est tiré du livre du même nom de David Foenkinos, un auteur déjà adapté au cinéma avec La Délicatesse, Les Souvenirs et Je vais mieux, mais qui, cette fois ne signe pas le scénario (pas davantage que son frère). Rémi Bezançon a été séduit par le genre hybride de l'enquête littéraire et par l'idée de changer d'univers après avoir livré des longs métrages introspectifs. Avec Vanessa Portal, co-scénariste régulière de ses films, il a choisi de placer le personnage du critique littéraire Jean-Michel Rouche au coeur de l'intrigue en changeant le point de vue de la narration qui, à l'origine était une oeuvre chorale.

Rémi Bezançon a envisagé l'enquête comme un MacGuffin, c'est-à-dire un prétexte (qui prend souvent la forme d'un objet mystérieux) à développer le scénario. Ce concept, associé à Alfred Hitchcock qui ne l'a pas inventé mais popularisé, a notamment été utilisé dans Les 39 marches (dont on voit un extrait dans le film), La Mort aux trousses, En quatrième vitesse, Pulp Fiction ou encore Mission : Impossible III.

Ce procédé permet de revenir constamment au thème principal, l’inconstante frontière entre fiction et réalité. A ce propos, et c'est sans doute un clin d'oeil, la patronne de Daphné indique à l'auteur à la fin que maintenant que les droits du livre ont été vendus, les scénaristes vont pouvoir en faire ce qu'ils veulent...

Les allusions au monde littéraire sont multiples. Comme l'affirme un personnage : on se retrouve toujours dans un livre, d’une façon ou d’une autre. Et méditons plus que jamais cette phrase d'Alexandre Pouchkine (in Eugène Onéguine) : Et le bonheur était si proche, si possible.

Fabrice Luchini a été envisagé pour le rôle de Jean-Michel Rouche dès la lecture du roman par Rémi Bezançon. Le comédien a recommandé Camille Cottin avec laquelle il avait joué dans un épisode de Dix pour Cent. Il se trouve que l'actrice avait déjà tourné avec Bezançon dans Nos futurs. Leurs retrouvailles n'ont pas dû être difficiles. Hasard de  la vie, Fabrice Luchini a déjà tourné dans un film où il était question de livres, L’arbre, le maire et la Médiathèque, d'Eric Rohmer. Il y jouait un instituteur féru de littérature mais opposé à la construction d'une bibliothèque qui entraînait l'abattage d'une arbre centenaire.

On remarque Alice Isaaz et Bastien Bouillon et des comédiens venus du théâtre (Josiane Stoléru, Vincent Winterhalter, Florence Muller, l’humoriste Marc Fraize). Notons également la participation d'Hanna Schygulla, égérie de Fassbinder.

Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon
D'après l'oeuvre de David Foenkinos, scénario de Rémi Bezançon et Vanessa Portal
Avec Fabrice Luchini (Jean-Michel Rouche), Camille Cottin (Joséphine Pick), Alice Isaaz (Daphné Despero), Bastien Bouillon (Fred Koskas) ...

jeudi 19 mars 2020

Granola ou muesli maison

Cela faisait longtemps que je rêvais de faire mon propre Granola ou muesli maison. Comme il est interdit de sortir de chez soi la période est propice aux essais, pourvu qu'on ait ce qu'il faut dans les placards. Or, les miens regorgent de paquets que je me promets d'utiliser depuis longtemps sans le faire.

J'ai profité d'avoir un poulet à rôtir pour glisser une plaque en dessous, en bénéficiant si je puis dire d'une source de chaleur gratuite.

Voici la recette que j'ai expérimentée après en avoir compilé plusieurs.

Dans un saladier mélanger 300 g de flocons d’avoine avec deux cuillères à soupe d’huile d’olive (mais l’huile de pépins de raisin convient très bien) quatre cuillères à soupe de sirop d’agave (ou du miel ou du sirop d’érable) et 15 cl de jus de pomme ou d’orange.

Ajoutez 150 g d'oléagineux (amandes–noisettes–noix grossièrement écrasées), et des épices (cannelle et mahaleb).
Versez sur une plaque ou sur une feuille d’exopat et ajoutez alors des noisettes et des amandes entières (facultatif).
Cuire 20 minutes à 170 degrés en mélangeant au bout de 10 minutes, prolonger la cuisson si on préfère un résultat plus doré.
Une fois refroidi ajouter une poignée de fruits secs. Entreposer dans un bocal en verre hermétique.

On pourra le consommer sur du fromage blanc, une compote de pomme ... en évitant de le grignoter à la petite cuillère directement dans le pot tellement c'est bon.

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