Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 9 janvier 2009

ET LES GAGNANTS SONT ...

Je m'étais risquée le 31 décembre dernier à présumer quelle serait la sélection du roman des lecteurs d'Antony, édition 2009.

J'ai deux titres élus au bout du compte :

Ce livre va vous sauver la vie de A.M. Homes, chez Actes Sud. Une histoire d'homme imbibée d'humour et de fantaisie. Cela faisait longtemps que je n'avais autant ri avec un livre "sérieux".

Best love Rosie de Nuala O'Faolain, chez Sabine Wespieser éditeur, le dernier d'une grande auteure. Inévitable, forcément inévitable. Le titre résonne comme un adieu. L'humour est toujours aussi incisif, alternativement très drôle et très grave, ultime preuve de la vitalité qui caractérise les cinquantenaires en cette rentrée littéraire.

Ont été retenus également :

Encore un roman familial, de qualité et plaisant à lire, Un brillant avenir de Catherine Cusset, chez Gallimard, futur phénomène éditorial d'un niveau comparable à l'Elégance du hérisson. Bâti selon un modèle anglo-saxon, pour entrer de plein-pied dans l'action, avec beaucoup de dialogues, peu de psychologie, c'est un roman qu'on nous promet de traverser avec plaisir.

La reconstruction, d'Eugène Green, chez Actes Sud, premier roman d'un cinéaste né en 1947. Lauréat Louis Delluc pour un film d'art et d'essai, ce spécialiste du théâtre baroque nous propose une recherche identitaire et une riche interrogation sur les valeurs humaines fondatrices de l'Europe après la deuxième guerre mondiale. Un livre fort spirituellement.

Zone, de Mathias Enard, chez Actes Sud, long monologue d'un ancien agent du renseignement recomposant une fresque historique. Minimaliste du point de vue de la ponctuation, on y met sa propre respiration pour le lire, sans que ce soit un pensum.

Gottland, de Mariusz Szczygiel, encore chez Actes Sud, se situe à la frontière de l'enquête. Traduit du polonais, il raconte l’ancienne Tchécoslovaquie mais aussi la nouvelle avec des personnages et des histoires insolites : l’épopée de la dynastie Bata, l’édification du plus grand monument de Staline au monde, l’ascension et la chute d’une star de cinéma tchèque dont Goebbels était tombé éperdument amoureux, la nièce de Franz Kafka...

Le tigre blanc, d'Aravind Adiga, chez Buchat-Chastel, un premier roman d'un auteur de 33 ans qui vient de recevoir le Prix Pulitzer. Surnommé le tigre blanc, un petit garçon très intelligent devra quitter l'école pour travailler d'abord dans une tea-shop en raison de la caste à laquelle il appartient. Voulant s'élever il acceptera une place de chauffeur à Dehli, ville des lumières et de l'argent. Logé en sous-sol, comme un animal, il se révolte de subir une vie d'esclave. Il comprend que la liberté a un coût et commettra un acte amoral parce qu'il ne voit pas d'autre choix possible. Ce constat cruel sur l'Inde d'aujourd'hui, certes puissance émergente, mais toujours noyautée dans un système de castes, choquera et divertira tout à la fois. Ecrit au scalpel dans un style assez simple quoiqu'ironique.

La route de Cormac McCarthy, aux éditions de l'Olivier, retrace l'épopée poignante d'un père guidant son fils sur une planète ravagée, dans un monde de cannibalisme. Impossible de lire cet ouvrage qui fait penser au théâtre d'Edward Bond sans éprouver de puissantes sensations physiques. Son précédent livre, No country for a man, a déjà été adapté au cinéma aux USA et on dit que la route devrait bientôt l'être.

La mascotte, de Mark Kurzem, aux éditions Noir sur blanc est un remarquable travail de narration construit sur un témoignage. L'auteur, historien australien, raconte l'histoire vraie de son propre père après l'avoir découvert en photo portant l'uniforme nazi. Le livre était un coup de cœur Fnac.

Une éducation libertine, de Jean-Baptiste Del Amo, chez Gallimard, encore un premier roman, d'un jeune auteur de 26 ans. Encore une histoire d'ascension sociale qui cette fois est située dans la France du XVIII° siècle. Souvent comparé au parfum de Patrice Süskind, ce roman figurait sur les sélections pour le Médicis et le Goncourt.


2 sur 10, c'est une proportion qui ne permet pas de crier victoire (ouf, je ne serai pas sollicitée pour faire des prédictions à tout bout de champ). 2 sur 10, c'est juste un rapport qui me fait penser au fameux indice de Pareto. Il a établit que 20% des personnes détiennent 80% des richesses. Depuis, ce rapport se vérifie dans de nombreuses situations régies par l'aléatoire. Autrement dit, en l'absence de compétences particulières, on a le plus souvent 20% de chances de voir juste.

Je rappelle que la médiathèque d'Antony sera désormais ouverte les dimanches après-midis et fera nocturne le mardi. Et qu'elle est ouverte à tous, habitants ou non de cette ville. Inutile de chercher très loin des plans d'économie. En voici un facile à appliquer pour se distraire en se cultivant. Entre la foule hystérique des soldes et le calme d'un bon bouquin mon cœur ne balance point.

Bibliothèque d'Antony, 20 rue Maurice Labrousse -92160 Antony - 01 40 96 69 72

mardi 6 janvier 2009

Vive le roi !

Fabrice Gwizdak, boulanger à Nancy, a été sacré roi des boulangers. Une reconnaissance qui est arrivée en 2008 mais qui aurait pu tout aussi bien lui être décernée en 2007 ou en 2009. Parce que cet homme travaille avec passion mais sans gloire, mettant en avant un savoir-faire acquis avec l'amour de son métier. Il fait la meilleure baguette de France : une croute fine et croustillante cachant une mie sauvagement alvéolée. Gilles Pudlowski, critique gastronomique de l'hebdomadaire Le Point, et auteur des guides Pudlo n'a pas hésité. On ne peut pas oublier ce pain une fois qu'on y a gouté. Il a valu à Fabrice Gwizdak la distinction de boulanger de l'année.

Les clients viennent rue Raugraff pour la qualité des pains. Certaines recettes sont inspirées des mélanges de farine qu'on associait au XVIII° siècle. Une des favorites est la combinaison épeautre (70%)-blé(30%) avec levain naturel et sel marin de Guérande. Pour réaliser ses baguettes les plus typiques Fabrice Gwizdak se fournit dans le petit moulin vosgien de Begnecourt . Un produit de haute qualité parce que la localité se situe près de la nappe phréatique de Vittel et que le traitement du sol est très réglementé. Il entretient son levain depuis 15 ans et entend bien continuer sans rien changer. Je peux vous montrer à quoi cela ressemble mais la meilleure photo ne reconstituera pas ce délicieux parfum légèrement acide. Tous ceux qui ont essayé de faire leur pain eux-mêmes (il y a 1 million de machines à pain dans les foyers français) savent que ce n'est pas si simple que çà de faire du bon pain. Ce que personnellement j'envie toujours à ces professionnels c'est leur pétrin qui soulagerait mon poignet pour fouetter la pâte quand je me lance dans la confection de gâteaux en série.

La célébrité lui fait plaisir. Il ne s'en cache pas. Les articles de presse sont en bonne place dans la boutique. Mais c'est l'affiche d'un film de Fernandel qui occupe la plus grande superficie de l'entrée.

Fabrice Gwizdak est l'ami d'un nombre impressionnant de journalistes et il a l'habitude d'être invité dans les stations de radio ou sur les plateaux de télévision. C'est lui qui a réalisé le Biscuit de Savoie pour Geneviève de Fontenay, invitée par Michel Drucker en mai 2007. Souvenez-vous en revisionnant l'extrait. Mais ce n'est pas un homme de paillettes. C'est sa région d'origine qui est le dénominateur commun de toutes ces amitiés.

Il demeure très attaché au terroir, à la tradition et à l'histoire de la Lorraine. Un de ses plaisirs est de faire revivre une recette oubliée qu'il déniche dans un des vieux livres de cuisine qu'il collectionne. Il m'apprend que l'on doit la pâte feuilletée à un artiste lorrain. Le peintre Claude Gellée, dit le Lorrain (Chamagne, Vosges, v. 1600 - Rome, 23 novembre 1682), a d'abord été pâtissier. A quatorze ans, il suit une troupe de pâtissiers qui se rend à Rome. Il y trouve du travail comme cuisinier auprès du peintre Agostino Tassi. C'est à cette époque qu'il aurait inventé la pâte feuilletée avant de faire la carrière qu'on lui connait et de devenir une figure emblématique du paysage de style classique.

Fabrice Gwizdak est fidèle à ses origines. Il a choisi pour emblème la balance que ses parents -retraités depuis deux ans- utilisaient dans leur petite boulangerie-épicerie de Kédange-sur-Canner.

Ma mère est italienne. Mon père polonais, comme tant d'hommes venus travailler dans les mines de Jarny. Je suis né en Moselle. On ne peut pas être plus lorrain, conclue-t-il en souriant. J'ai fait mon apprentissage à Distroff, près de Thionville, et j'ai aussi un CAP pâtissier. Mais je ne suis pas devenu boulanger pour faire comme mon père. Au contraire il me disait qu'il ne fallait pas faire ce métier. Et comme la gastronomie m'attirait je suis parti comme démonstrateur dans un moulin du sud de la France. J'ai ensuite été commis de cuisine et pâtissier dans des restaurants étoilés, d'abord en Angleterre puis à la Bonne Auberge à Antibes chez Philippe Rostang (trois étoiles au guide Michelin). J'ai rencontré Isabelle qui était maître d'hôtel. Ensemble nous avons eu envie de revenir en Lorraine. En 1994, nous nous sommes installés rue Raugraff. Nous n'étions que deux à travailler, aujourd'hui nous sommes douze.

De son expérience anglaise il retient que "on est bien en France." Mais il est heureux d'y avoir appris à faire les cakes (encore un gâteau apparemment seulement facile à faire). Les anglais sont tout de même les champions du pain de mie et ce sont eux qui ont inventé les gâteaux de voyage.

Fabrice Gwizdak donne envie de travailler comme boulanger en transmettant "tout simplement" l'amour de son métier. Il accueille évidemment des apprentis, des stagiaires étrangers, comme une japonaise qui bientôt retournera à Tokyo et même aussi parfois des maîtresses de maison qui viennent apprendre la pâtisserie un après-midi : Les clients sont très contents et puis vous savez avoir la recette ne suffit pas, il faut aussi le tour de main. Il explique volontiers comment il procède, sans tricher sur les proportions (comme certains le font pour conserver leur secret). Vous trouverez sur son site la recette du Baba au rhum qui figure aussi dans le livret donné en supplément au numéro de janvier 2009 de la revue Modes & Travaux. Car le Baba est une autre de ses spécialités qui, comme le Kouglof, n'est proposé que le samedi. Le vendredi c'est le biscuit de Savoie, et le lundi la tarte au fromage blanc qui lui a valu un premier Prix en 2007 à la foire de Nancy.

Je donne des rendez-vous hebdomadaires aux habitués. Je leur fais découvrir toutes les spécialités boulangères : les brioches régionales, les fougaces, le kouing-amann, les croquets ... Je fais parfois des journées régionales.

Inutile de chercher par contre des desserts sophistiqués chez lui mais on peut tout de même être surpris comme je le fus par le Stollen, sorte de brioche feuilletée fondante aux raisins et aux amandes que je serais maintenant bien en peine de retrouver en région parisienne.

Je refuse de faire tout ce que j'estime ne pas maîtriser. Je ne fais pas de chocolats, pas de glaces. les tartes, oui. Une tarte au citron, avec de vrais fruits. Quand je fais une quiche, je suis toujours inquiet. Ne risque-t-elle pas d'être trop ceci ou pas assez cela... Faut pas avoir de certitudes dans notre profession.

Cette humilité est remarquable. On ne la rencontre que chez ceux qui ont l'amour absolu de leur métier. Fabrice Gwizdak estime qu'il lui reste du chemin à parcourir. Son rêve serait d'obtenir la certification Meilleur Ouvrier de France. Il avoue y penser tous les jours en se rasant.

C'est un concours qui n'a lieu qu'une fois tous les quatre ans. On doit imaginer une pièce artistique et assurer une fabrication classique. Mais pas question d'amener sa farine ce jour-là. Nous ne sommes jugés que sur notre travail.

En attendant cette distinction qui serait un vrai couronnement, Fabrice Gwizdak maintient le cap de la qualité "pour tout le monde" et conserve les mêmes niveaux de prix alors que les farines ont augmenté de 40% en 2008. Il regrette qu'au regard du pouvoir d'achat, on prenne les boulangers pour des boucs émissaires, responsables de l'augmentation du coût de la vie. A 88 centimes d'euros sa baguette (de 250 grammes) reste la moins chère de la ville. Pas étonnant qu'il en vende 1000 par jour ! Il est le seul à servir des sandwhichs à 2,20 € alors que les grandes enseignes de la rue voisine sont à plus du double. Les étudiants se précipitent à l'heure du déjeuner parce qu'ils savent bien que tout le monde ne pourra pas être servi. Cette année encore sa galette des Rois sera confectionnée avec un bon beurre grand cru AOC, acheté dans la laiterie artisanale de Pamplie, en Poitou-Charentes. La frangipane sera "pur amande d'Espagne".

La boulangerie reste un peu le parent pauvre de la gastronomie. Globalement on ne sait pas donner envie de faire ce métier. Je conseillerais à ceux qui se lancent dans ce métier de poursuivre le plus loin possible dans leurs études pour apprendre aussi à gérer. J'aimerais qu'on arrête de nous envoyer des jeunes en échec scolaire. On ne fait pas de la boulangerie sans vocation. Et puis surtout il faudrait que les parents n'aient plus peur de laisser leurs enfants choisir une telle orientation.

Et pourtant il suffit de pousser la porte du 19 rue Raugraff, de respirer l'odeur du fournil, d'attendre la sortie du pain des fours (qui sont là plus par manque de place que pour obéir à un effet de mode) et de se régaler des produits pour être définitivement convaincu.

Un seul regret, une seule critique, celle-là même que je faisais lorsque je vivais en Alsace : la boulangerie est fermée le dimanche. Un vrai supplice pour ceux qui adorent le croustillant de la baguette fraîche avec le café du matin. On peut toujours se consoler avec une tranche de pain de meule grillée car il se conserve parfaitement plusieurs jours à l'air libre. C'est un autre régal.

Maison Gwizdak : 19 rue Raugraff - 54000 Nancy Tél : 03 83 32 12 30
Ouvert tous les jours sauf le dimanche de 7 h. à 14 h et de 15 h à 19 h

lundi 5 janvier 2009

Qui a peur de recevoir des Carbone Dolce ?

Si en France on célèbre l'arrivée des Rois Mages en mangeant une galette, en Italie les enfants craignent cette nuit le passage d'une sorcière qui s'appelle la Befana.

Les mages étaient des hommes venus d'Orient et d'Afrique qui ont suivi une étoile plus brillante que les autres jusqu'à la grotte de Bethléem. Mais des féministes ont depuis longtemps établi que deux femmes eurent semblable révélation. C'est Babouchka en Russie et la Befana en Italie. On raconte que ces deux grands-mères sont arrivées avec un retard considérable. Certains prétendent qu'elles cherchent encore leur chemin. Et que c'est pour se faire pardonner qu'elles font des cadeaux aux enfants dans la nuit du 5 au 6 janvier.

Surveillez bien vos chaussons cette nuit : vous pourriez y trouver du charbon demain et vous salir les pieds en vous levant. Ah la belle farce. Voulez-vous que je vous apprenne ce tour ?

Voici la recette qui m'a été donné par Mia Mangolini qui a une école de cuisine italienne, et que j'avais rencontrée lors du concours de cuisine amateur le mois dernier. Cela a l'air très bizarre mais c'est très facile à réussir et c'est même plutôt drôle parce que cela bouillonne comme une potion magique.

Il faut 400 grammes d'eau, 400 grammes de sucre semoule
100 grammes de sucre glace et 1 blanc d'oeuf
du colorant alimentaire noir (cela tombait bien, j'en avais acheté chez Detou pour faire des macarons originaux)

Méthode :
On fait bouillir les 400g de sucre avec l'eau jusqu'à obtenir du caramel. Cela peut prendre une heure. Restons patients ! Surtout on ne mélange pas. On secoue juste la casserole de temps à autre.

On a tout le temps pour mélanger le blanc d'oeuf avec 100g de sucre glace et le colorant (j'en ai mis une demi-cuillère à café, j'aurais pu mettre le double). J'ai ajouté mon grain de folie : une cuillère à café d'essence de vanille parce que je craignais que ce ne soit trop fade ...

Quand le caramel boue à gros bouillons, qu'il est coloré, "assez mais pas trop" (avant qu'il ne brûle et devienne âcre) on verse le mélange blanc-sucre glace en fouettant. Tout cela va gonfler. On fouette bien jusqu'à obtenir une pâte lisse. On retire la casserole du feu quand le mélange se remet à bouilir. L'opération a pris quelques secondes.

On verse sur une plaque huilée. On attend que ce soit refroidi (sinon on se brûle à vouloir goûter tout de suite, et de toutes façons ce n'aura pas le même goût une fois froid). Voilà ce qu'on obtient.
On dirait une plaque de lave de volcan,
sauf que dans la réalité c'est bien plus noir que sur cette photo, l'éclairage sans doute ...


Plus tard, on casse en morceaux irréguliers.
On les donnera aux enfants qui n'auront pas été sages pour les "consoler" de ne pas avoir reçu de cadeaux cette nuit.

Car, vous l'aurez compris, le père Noël ne travaille pas en Italie. C'est la Befana qui récompense les enfants et qui leur glisse des jouets dans leurs chaussures ... ou du charbon qu'elle jette pour épouvanter les méchants.

En italien "charbon" se dit "carbone", d'où le nom de cette sucrerie diablement bonne, les carbone dolce, ou charbon sucré.

J'ignore si ma fabrication correspond au standard mais cette friandise est presque friable et se croque plus facilement que du caramel. Avec délice !

vendredi 2 janvier 2009

Y aura-t-il moins de pub à la télé en 2009 ?


Théoriquement, la publicité devait disparaître cette année des écrans de la télévision publique et on nous l'annonce comme un cadeau. Mais ce n'est pas tout à fait l'exacte vérité. Décortiquons pour voir :

L'annonce officielle dit très exactement : A compter du 5 janvier, les programmes de France 2 et France 3 en soirée ne comporteront plus de messages publicitaires «autres que ceux pour des biens ou services présentés sous leur appellation générique.»


Cela signifie en clair que la pub continuera d'occuper le terrain sur les autres chaines publiques et que ceux d'entre vous qui regardez la télé entre 6 et 20 heures (c'est-à-dire en journée) ne constateront aucun changement. Enfin la restriction en italiques laisse supposer la permanence d'écrans publicitaires. Il y a donc peu de changement en vérité. Les aficionados pourront se réjouir et aller voir l'exposition du Musée des arts décoratifs dont je parlais le 3 décembre dernier sans avoir l'humeur chagrine.

Aujourd'hui je voudrais revenir sur le sujet en forme de bilan comme on affectionne tant de les dresser en fin ou en début d'année. Pas une chaine qui ne cherche à appâter l'audience avec un "les meilleurs moments de ...". Voici donc quelques faits marquants qui font réfléchir. J'ai bien entendu tout vérifié avant de vous les révéler.

1935 : inauguration officielle de la télévision, avec une émission de ... 15 minutes !

1946 : la télévision émet chaque jour de 16 h 30 à 17 h 30 et en soirée le mardi et le vendredi.

1949 : instauration de la redevance.

1950 : 3794 privilégiés disposent d'un poste de télévision.

1958 : les allocutions télévisées du Général de Gaulle du 13 et du 17 juin font grimper les ventes de téléviseurs. Il y a presque un million de postes déclarés à la fin de l'année.

1959 : La publicité sans marque ou "propagande collective d'intérêt général" apparait à la télévision, huit ans après avoir investi la radio. Mais rien de bien méchant. La durée globale des spots est de 5 heures 16 minutes pour l'année (je confirme : pour l'année entière). Les membres d'une collective sont autorisés. On parle alors de publicité compensée. Un exemple mythique : on a toujours besoin de petits pois chez soi (1966).

1960 : 13% des ménages sont équipés de téléviseurs.

1964 : la durée globale de la publicité est de 15 heures 40 minutes. C'est trois fois plus qu'en 1959. Mais on est encore très loin de ce qu'on va bientôt connaître. Le 18 avril 64 lancement officiel de ce qu'on désigne alors sous le nom de "2ème chaine", en noir et blanc.

1967 : 58% des foyers disposent d'une télévision. La deuxième chaine passe en couleur.
1968 : apparition de la publicité commerciale, et seulement sur la 1ère chaine. (je rappelle que les premières publicités sont : le lait Régilait, la laine Bel, les téléviseurs Schneider, Boursin et le beurre Virlux)

1969 : les 30 secondes de pub coûtent entre 30 000 et 60 000 francs.

1971 : la publicité commerciale est introduite sur la 2ème chaine

1972 : la troisième chaine est lancée en décembre.

1974 : suppression de l'ORTF et instauration de la concurrence.

1982 : les recettes publicitaires peuvent représenter jusqu'à 80% du total des ressources d'une chaine. Les chaines privées sont autorisées.

1983 : la publicité commerciale est introduite sur la 3ème chaine.

1984 : création de la chaine Canal+, financée quasi-exclusivement par la publicité.

1985 : 95% des ménages possèdent une télévision.

1986 : inauguration de trois nouvelles chaines, la 5, TV6 et la Sept.

1987 : privatisation de TF1.

1991 : la loi Evin interdit la publicité en faveur du tabac et de l'alcool à la télévision. Création d'Arte en association avec la Sept.

1998 : record du spot le plus cher à 250 000 euros les 30 secondes durant la finale de la coupe du monde de football.

1999 : la loi Trautmann réduit la durée de la pub sur les chaînes publiques qui passe de 12 à 8 minutes par heure.

2006 : la publicité et le parrainage ont rapporté 833,6 millions d'euros à France Télévision. Ce serait difficile de s'en passer... même si c'est "peu" comparativement à TF1 qui engrange le double à elle seule.

Comme on nous annonce aussi une crise de la consommation nous serons peut-être moins tenté s'il y a moins de pub. Ce serait ce qu'on appelle un mal pour un bien. Mais alors les magasins seront-ils bientôt déserts ? Ce sont pourtant de beaux endroits surtout en cette fin d'année !

jeudi 1 janvier 2009

Voeux Lorrains


C'est Anne Bronner qui l'a conçue pour le Comité régional de Tourisme de Lorraine. Cette carte a été envoyée dans 70 000 boites aux lettres e-mail avant de se poser ici.

C'est bien sûr aussi une invitation à lire Lorraine de coeur, qui est le blog du CRT où des amoureux de cette région s'expriment librement et selon leurs talents. On y découvre les trésors cachés des campagnes, des recettes, des idées de sorties ... et des portraits de lorrains que j'ai eu envie de mettre en valeur. Parce que c'est tout cela une région : des patrimoines, des paysages, des hommes.

Bonne Année à Tous !

mercredi 31 décembre 2008

PREDICTIONS POUR 2009

En m'amusant à chercher quels pourraient être les romans élus pour participer au prochain Prix des lecteurs d'Antony 2009 je me suis livrée à un petit pronostic en parodie aux prédictions que les voyants établissent en scrutant le marc de café ou la boule de cristal.

vendredi 26 décembre 2008

MON BEAU SAPIN ...

Vous cherchez une recette originale et rien ne vous inspire. C'est l'occasion de "recycler" le classique gâteau au chocolat que l'on est certain que tout le monde va aimer, et dont j'ai déjà donné la recette en juillet dernier.

Il suffit d'un moule original (j'avais trouvé celui-ci en forme de sapin gigantesque à une kermesse), de quelques centimètres de ruban (le fameux bolduc qui décore tous les cadeaux) et d'un peu de pâte d'amande roulée en boules ou découpée en étoile.

C'est pas plus compliqué que cela ... 

Pour lui donner un air de saison, vous pourrez l'adapter à la météo du jour en saupoudrant irrégulièrement de sucre glace s'il neige.

Bon appétit !

lundi 22 décembre 2008

JOYEUX NOEL

ET BONNE ANNÉE A TOUS

Traditionnellement on accrochait des pommes dans un arbre en décembre pour composer des touches lumineuses. On formait le vœu que les jours recommencent à s'allonger. Je vous parle d'une époque où nos ancêtres craignaient que la force du soleil ne se tarisse. Tout était prétexte à l'amadouer avec force de symboles évoquant sa couleur ou sa rondeur.

Un hiver la récolte de pommes fut si dramatiquement pauvre qu'il n'en restait plus pour suspendre dans l'arbre de Noël. Un verrier alsacien eut l'idée de créer des boules avec la matière première qu'il avait sous la main. Ainsi sont nées les premières décorations artisanales.

Celles que j'ai photographiées ont été conçues par les maitres-verriers du Centre International de Meisenthal.

Après une moyenne d'un billet tous les deux jours il est bien possible que le blog connaisse la trêve des confiseurs ...

mercredi 17 décembre 2008

L'andouillette chablisienne de monsieur Colin

L’andouillette fait, elle aussi, partie intégrante du patrimoine chablisien, lequel ne se limite pas à ses vins blancs. Pendant 100 ans, sa diffusion est restée confidentielle. Puis, dans les années 1970, elle a pris son essor sous l’impulsion de deux maisons locales.

C'est au CEPROC que j'en ai retrouvé le goût. Car je la connaissais sans doute déjà puisqu'elle figure depuis toujours sur les étals d'Auxerre, une ville où j'ai passé mon enfance ... Marc Colin la fabrique à partir d’intestin de porc, en grande longueur. D’une texture moelleuse, son goût est relevé et épicé.

Il appartient au minuscule petit nombre des charcutiers labellisés "andouillette 5 A à la ficelle" sans en tirer gloire. Il travaille comme il pense devoir le faire. C'est le seul chablisien à avoir le droit de revendiquer le célèbre sigle AAAAA, un diplôme nominatif, qui n'est pas transmissible avec le fonds de commerce, (même si le nom de l'ancien patron demeure sur l'enseigne, ce qui pose problème lors des successions et reprises d'affaires). Cela le fait rire de cumuler les récompenses : Médaille d'Or 93 de la meilleure terrine de lapin de France, Médaille d'Argent 93 de la meilleure Andouillette tirée à la ficelle. Quand il participe à des concours c'est en apportant la production du jour, tout simplement. Un jour il vient avec du boudin. Et récolte une nouvelle médaille.
Marc Colin la fait goûter ici froide, estimant qu'une bonne andouillette supporte toutes les situations de dégustation. La meilleure façon de la tester est donc de la manger à température ambiante, coupée en rondelles. Avec un verre de rouge icaunais peu tannique (Irancy, Saint-Bris-le-Vineux sont des villages vinicoles du département de l'Yonne). Très franchement elle est délicieuse et vous pouvez me croire : je commence à avoir une certaine expérience du produit depuis que Paul Legros m'a initiée en septembre à la foire aux fromages d'Antony.

A la maison, je la grille ou je la poêle. Son parfum me chatouille les narines. Je vous quitte pour passer à table.

Charcuterie SARL Marc COLIN- 3, place Charles de Gaulle 89800 Chablis
Tél. : 03.86.42.10.62 - Fax : 03.86.42.80.63

Du mardi au samedi de 8h à 12h45 et de 15h à 19h, le dimanche de 8h à 12h45.
Marché de l'Arquebuse d'Auxerre - 89000 - tél: 03.86.51.24.88

mardi 16 décembre 2008

Pepito Mateo et Sophie Wilhelm sous le signe de la rencontre

Ils sont venus au devant des lecteurs de la médiathèque d'Antony (92) pour leur faire entrevoir les Créations d'hiver que le Centre Culturel de Chevilly-Larue et la Maison du conte vont présenter du 29 janvier au 8 février 2009.

Pour ceux qui ne connaissent pas Chevilly-Larue, Val-de-Marne, c'est depuis 25 ans un drôle d'endroit pour les rencontres ... de conteurs. Le Centre culturel est le théâtre, pour la diffusion et la création d’œuvres innovantes. La Maison du Conte est un établissement de recherche, de transmission et de créations. Dans l'un ou l'autre c'est toujours étonnant, justifiant une position de référence dans le monde de l'oralité. En plus les prix des billets sont TRES abordables, il faut le souligner.


Vus d'ici n'est-ce pas qu'ils ont l'air assortis tous les deux ? Ils se donneront en spectacle en parallèle à Chevilly, Pépito Matéo avec Dernier Rappel au Centre culturel les 29 et 31 janvier et 1er, 6, 7 et 8 février, Sophie Wilhelm avec J’ai tant rêvé de toi les 29, 30 et 31 janvier à la Maison du conte.

Ce soir c'est Sophie qui ouvre le feu. Lauréate en 2000 du prix des conteurs, puis artiste issue du Labo de La Maison du Conte elle a collecté des premières rencontres amoureuses, pour nous offrir « J’ai tant rêvé de toi ».

Rencontres vécues, racontées, fantasmées, réenchantées : Sophie Wilhelm s’est emparée de toutes les histoires qu'on a bien voulu lui donner. Son magnétophone a enregistré sans faiblir et elle a retranscrit les paroles qui photographient l'instant où la vie bascule. Instants particuliers qui font palpiter le cœur à tout rompre. Ces rencontres simples, qu’elles soient insolites, fulgurantes , modernes (comme celle de Miss S, ou Scarabée , qui converse sur Internet avec Monsieur Triple galop) ou éphémères changent quelque chose de notre existence. Cela composait une pile immense avec laquelle elle s'est enfermée un été dans la yourte qu'elle a posée dans la campagne meusienne.

Toutes ces histoires se sont brouillées jusqu'à placer Sophie en état de confusion intense. Les histoires font voyager mais c'est aussi quand on est en partance qu'on les glane. Comme celle-ci qui l'habite toute entière :

J'ai quitté le Centre culturel après la présentation de saison pour revenir en Lorraine par le TGV de 8 heures 12. Avec un billet pour la place 32. Une jeune femme l'avait déjà investie. Deux solutions : j'exige mon dû ou je m'installe ailleurs. Il y a de la place et surtout je vois un homme jeune, aussi, viril mais doux, qui prend place à côté de la jeune femme. Je sens que j'assiste en direct à une rencontre. Cadeau ! Je ne bouscule rien. J'observe. La conversation dure. Je le sens attentionné, tenant dans sa main un café brûlant. Elle, regard perdu coté vitre, désopercule un yaourt nature. Ces deux inconnus l'un de l'autre prennent là sous mes yeux leur premier petit déjeuner ... Il retire son blouson de cuir. Elle étend ses jambes. Une petite étincelle explose, fragile. Cinquante-neuf minutes se sont écoulées. La gare Meuse-TGV est annoncée. J'ai juste le temps de constater un échange de papier depuis le quai.

Après ? Après c'est l'histoire d'une voix qui prend corps, c'est une une histoire d'amour qui pourrait bien commencer. Si ...

Oh avec des "si" on mettrait Paris en bouteille s'énervait mon grand-père quand je me risquais une supposition. Ma grand-mère embrayait avec une formule qui n'avait rien de magique : si çà tombe ... qui n'avait pas l'air de tomber bien. N'empêche que "si" est le mot préféré de Pépito Matéo qui compare les conteurs à des spéculateurs. Il le démontre aussitôt en nous embarquant dans un vieux train branquebalant. Un jeune homme demande l'heure à un vieil homme qui refuse de la lui donner sous prétexte qu'il connait les hommes et que cela va mal finir. Voici l'histoire, en résumé. Si je vous donne l'heure vous me direz merci. Nous sympathiserons. Vous viendrez à la maison. Vous tomberez amoureux de ma fille. Et vous croyez que je vais donner sa main à un type qui n'a même pas les moyens de s'acheter une montre !

On dit de Pépito Mateo sur wikipédia qu'il est conteur et comédien français. Que son travail est caractéristique du renouveau du conte en France et en Occident. Ce compliment provoquerait à coup sûr une grimace sur son visage aux yeux si expressifs. C'est pourtant on ne peut plus vrai. Il a soutenu une thèse de doctorat consacrée au conteur et au théâtre moderne, a été chargé de cours à l’université de Paris VIII. Depuis 90, il participe à tous les grands rendez-vous sur la parole, tant en France qu’à l’étranger, et publie des articles dans des revues françaises et étrangères, ainsi que des contes originaux…

Je ne peux pas dater "notre" rencontre. Mais ce dont je me souviens c'est de l'effet de surprise. Cet homme animait ce jour-là une discussion sur le conte et son discours était étrangement surréaliste. Avec des histoires improbables de malentendus intergénérationnels. A l'inverse d'un Henri Gougaud, assis du bout des fesses sur un haut tabouret, Pepito Matéo sur scène, est un ressort courant de cour à jardin, moulinant l'air à grandes brassées. Quand la voix rocailleuse d'Henri vous promène doucement dans un jardin imaginaire, le surréalisme oulipien de Pépito électrise vos neurones qu'il secoue sur des montagnes russes. Il vous fera croire que "ce sont les bâches qui donnent le lait et qu'il faut manger du veuf pour grandir".

On ne dirait pas cela à le voir tranquillement assis sur le fauteuil. En 2003 il avait investi les urgences hospitalières, en se mettant à notre place. Trois ans plus tard, sous les traits d'un rat-conteur il nous proposait une évasion de nos idées reçues à propos du monde carcéral dans un spectacle intitulé Parloir. Le troisième volet de sa trilogie imaginaire aura, nous explique-t-il, pour fond le social, pour cœur l’individu aux prises avec sa fragilité, et pour question centrale : comment l’écriture peut-elle rendre conte de sujets graves, sans sensiblerie, et donner envie de regarder le monde sous l’angle d’une mythologie contemporaine ?

Pour concevoir Dernier rappel Pépito a investi les maisons de retraite avec l'arrière-pensée de traiter avec humour et décalage une interrogation qui -forcément- nous concernera tous un jour ou l'autre (plutôt l'autre d'ailleurs) autour du thème sensible de la vieillesse et de la mort. L'homme est mortel. C'est sa grandeur et il faut l'accepter. Sinon il n'y a pas de raison de faire des héritages ( ... ni des héritiers).

J'invente une maison de retraite en chantier imaginaire, ouverte à toutes les histoires du dedans et du dehors, où le quotidien côtoierait la mythologie et où le présent et le passé se feraient écho, en travelling, en zoom arrière et en gros plan, retraçant les étapes de la vie et mes propres souvenirs... On y verra sans doute l'histoire d'un homme jaloux de ce qu'il a été, celle d'une femme qui conserve son monde de rêve dans une bulle, ou de ces deux jeunes amoureux de 90 ans, celle de celui qui veut en finir une fois pour toutes, de la dame qui s'échine à rester éternellement belle, d'un passionné d'avenir qui nʼa plus de mémoire, d'un ancien ouvrier s'étonnant d'être devenu artiste à l'approche de la disparition du spectacle vivant…

Pour Pépito Matéo le trou de mémoire est une distance pour rendre tout possible. Il travaille par juxtapositions de textes d'une grande collecte jusqu'à avoir sous les yeux la représentation effective, quasi cartographique, de ce que sera le prochain spectacle qu'il "n'y a plus qu'à" mettre en récit.

Il rêve déjà à un après Dernier rappel. Influencé probablement par les livres qui sont tout près, Pépito Matéo nous confie que cela pourrait être de la lecture. La différence entre comédien et conteur est ténue. Devos se disait conteur. Pépito pourra être lecteur. Car ce qui compte c'est que le voyage existe.

Et de citer la réponse de Blaise Cendrars à ceux qui lui reprochaient de n'avoir jamais pris le transsibérien : peu importe puisque je vous y ai emmenés !

Pour prolonger le voyage ... les bibliothécaires recommandent Les yeux des chiens ont toujours soif d'un "jeune" auteur de 86 ans, Georges Bonnet, édité en 2006 par Le Temps qu'il fait, témoignant qu'il n'y pas d'âge pour la rencontre.

Lieux des représentations

Dernier Rappel / Pépito Matéo les 29 et 31 janvier et 1er, 6, 7 et 8 février
Centre culturel, 102 av. du général de Gaulle, 94550 Chevilly-Larue
J’ai tant rêvé de toi / Sophie Wilhelm les 29, 30 et 31 janvier
La Maison du Conte, Villa Lipsi, 8 rue Albert Thuret, 94550 Chevilly-Larue

lundi 15 décembre 2008

FROMAGE DE TETE SANS PRISE DE TETE

... ou comment réaliser des mises en bouche festives avec du fromage de tête, du chou et quelques autres ingrédients ... en suivant les conseils d'Emmanuel Henry, professeur de cuisine au CEPROC.
Avant toute chose je vais vous expliquer comment je me suis retrouvée à ce cours de cuisine un peu particulier puis pourquoi on appelle fromage de tête ce qui est un "pâté".
Il y a quinze jours le CEPROC accueillait les demi-finales du championnat de France de cuisine amateur, et j'avais passé une après-midi à juger les assiettes de 7 candidats. La finale avait lieu hier au même endroit et je suis venue cette fois en visiteuse, libre de toute obligation, suivant d'un œil la progression des épreuves et de l'autre une animation professionnelle fort appétissante.

Il s'agissait de composer des petites entrées chaudes avec une embeurrée de chou (déjà prête, mais c'est peu couteux et facile à faire : on fait blanchir un chou vert, on l'émince et on le cuit à l'étouffée avec du beurre le plus longtemps possible), et du fromage de tête qu'on aura fait tiédir pour l'émietter.

L'expression "fromage de tête" surprend et évoque, à juste titre le "fromage". On a toujours fait cailler le lait dans des formes percées de trous pour qu'il s'y égoutte. Ces faisselles, en latin "forma", ("formaggio" en italien) ont donné ensuite le mot " fromage ". Le terme de fourme n'est qu'une dérivation de la même origine.

Le fromage de tête est un pâté moulé et donc "formé". C'est une charcuterie très facile à réaliser soi-même et particulièrement bon marché. On trouve des recettes simples sur Internet mais on peut aussi acheter une tranche chez son charcutier. Et puisqu'on nage dans l'étymologie j'ajoute l'explication du mot charcutier (celui qui vend de la chair cuite) comparativement au boucher (qui vendait de la viande de bouc).

Première recette :
Ajoutons un troisième ingrédient : des tomates confites. Elles sont mondées (ébouillantées, puis refroidies à l'eau glacée, pelées, coupées en 4, épépinées, plaquées, badigeonnées d'une excellente huile d'olive, saupoudrées de fleur de thym puis "oubliées" 2 heures dans un four à 90-100°)

Réalisons maintenant le plus délicat : les œufs brouillés. Je croyais que c'était des œufs battus avec un peu de lait qu'on fait cuire dans une casserole sans cesser de tourner jusqu'à consistance granuleuse. C'est plus complexe :

Pour 5 œufs il faut 200 grammes de crème liquide (le chef recommande la super crème Excellence d'Elle et Vire en brique de un litre), 50 grammes de beurre et cinq pincées (généreuses) de sel fin. On tourne. On tourne. On tourne la cuillère en bois. Cela durera longtemps car le feu doit être doux pour éviter la coagulation et atteindre "seulement" l'épaississement.

Cela laisse du temps pour bavarder et donner divers conseils et trucs et astuces. Comme par exemple la vraie recette de la crème Chantilly, avec 80 à 120 grammes de sucre glace au litre (de crème fraiche de très grande qualité parce que c'est le gras qui emprisonne l'air et donc qui a la responsabilité du volume) et les graines d'une gousse de vanille Bourbon.

Reste alors le montage et la dégustation.
Dans une coupelle on place du chou, du fromage de tête, une lamelle de tomate et deux cuillères à soupe d'œufs brouillés.

Deuxième recette :
Sur une bande de pâte filo de 3 cm de large, badigeonnée de beurre, on place du chou, du fromage de tête et un dé de foie gras. On plie savamment en triangle plusieurs fois, pour obtenir un samossa. On recommence jusqu'à épuisement des ingrédients. Cuisson four doux. Dégustation dès que possible.

Bonus : la crème d'ail pour accompagner divinement n'importe quel poisson:
On prend une tête d'ail entière que l'on dégerme. On la fait blanchir en la plaçant dans de l'eau froide (juste recouverte) qui sera portée à ébullition. On jette l'eau et on recommence 6 autre fois.
On ajoute un litre de crème (fraiche d'excellente qualité ...), sel poivre. On mixe. On donne un tour de bouillon. C'est prêt.

Et si vous trouvez tout cela trop difficile vous pouvez venir déjeuner ici au CEPROC ce que les élèves du restaurant d'application auront préparé. Le Jardin des Saveurs est ouvert tous les midis, sauf pendant les vacances scolaires, 19 rue Goubet - 75019 Paris, sur réservation 48 heures à l'avance au 01 42 39 19 64. Vous vous régalerez pour 25 euros vins compris .

samedi 13 décembre 2008

Portrait de Laurence Moussel ... ou Petit poisson deviendra grand ...

Il était une fois un papa et une maman graphistes qui se marièrent et eurent beaucoup d'enfants, cinq exactement, tous graphistes. Laurence est un membre de cette tribu.

Beau début pour une histoire qui bifurque plusieurs fois.

Premier tournant avec l'illustration. Une passion qui prend racine le jour où son père lui offre une boite de crayons de couleur qu'elle trouve extraordinaires : " C'était magique. on ne voyait pas les traits de crayon".

La collaboration avec notamment une revue pour enfants (Blaireau, pour Gallimard jeunesse) sera fructueuse. Elle prendra plaisir à dessiner une multitude d'animaux. Mais aussi des visages qui seront exécutés de mémoire ou d'après photos. A illustrer également des recettes de cuisine en imaginant les bonnes odeurs qui se diffusent dans les cuisines des petits lecteurs.

Elle s'en souvient comme d'une succession de moments calmes, penchée sur la feuille.

Laurence Moussel imaginera aussi des affiches pour la ville d'Antony.

En 2003, nouveau tournant : elle inscrit sa fille dans un poney-club et ressent brusquement l'envie de remonter elle-même à cheval. Le moniteur dessine un peu. Leurs conversations seront partagées entre l'équitation et la peinture.

L'été suivant elle découvre une petite sardine échouée sur une plage de l'ile de Ré. Ce poisson de papier exerce une pression métaphorique. L'oeil de la graphiste y voit plusieurs signes. Laurence est fascinée par les arêtes qui se devinent sous les écailles. Le harpon n'est pas loin. Débordée par les taches ménagères et sa vie professionnelle, elle pense qu'il lui faudrait un mois de vacances pour se mettre à peindre elle aussi. Mais le 1er janvier 2005 elle démarre en s'octroyant juste un week-end pour tenter l'aventure. Est-ce de s'être tant retenue ... toujours est-il que les toiles sont couvertes au triple galop.

La peinture de Laurence Moussel est d'emblée "abstraite" mais explosive de couleurs. La reconnaissance institutionnelle est rapide : la Maison des Arts l'expose à Antony en septembre de la même année.

Quand on observe les tableaux dans l'ordre chronologique on est frappé par le cheminement conceptuel. Des traces nettes et parallèles évoquent les sillons des champs, puis les intempéries, et le flux des marées où forcément la petite sardine trouve sa place, ramenant doucement l'artiste sur la voie du figuratif.

Nouveau tournant en août 2007 provoqué par la visite du musée du quai Branly et le face-à-face avec des sculptures océaniennes ... de poissons.

Depuis, Laurence dessine au fusain et à la feuille d'or des poissons qu'elle ne cherche plus à retenir, et qui trouvent acquéreur à peine achevés. Alternativement blancs ou noirs, féroces ou attendrissants, lisses ou piquants, ils peuplent un univers prolifique qu'elle rêve d'exposer dans une galerie parisienne. En attendant, elle organise régulièrement des portes ouvertes dans son atelier.
Il reste encore des zones d'expériences nouvelles à explorer. Comme la sculpture qu'elle se promet de faire lorsqu'elle saura manier la scie et le fer à souder. On peut lui faire confiance : le travail en volume permettrait à cette artiste plutôt "carrée" de sortir du cadre.

Depuis 14 ans que je la connais je vois bien que Laurence Moussel n'est pas tout à fait la femme qu'elle semble être. C'est une sirène dont la métamorphose n'est pas achevée.

Atelier 27 rue Carnot, 92160 Antony, tel 01 74 71 55 30
Toute l'année vous pouvez passer. Particulièrement ce week-end de 11 à 19 heures. Il suffit de s'assurer de la présence de l'artiste. en téléphonant avant. Et en cas d'absence, consulter le site ... il est régulièrement mis à jour et vous y aurez un aperçu des œuvres de Laurence Moussel
, même si c'est toujours plus beau "en vrai".

vendredi 12 décembre 2008

LA PISTE LA avec le Cirque AÏTAL

Victor Cathala et Kati Pikkarainen se sont rencontrés lors de leur apprentissage à Rosny. Ils ont tous deux reçu la mention spéciale des félicitations du jury à leur sortie du Centre national des Arts du Cirque en décembre 2003. Présents à la Villette dans le cadre du festival Terre de Cirques en juin 2004, puis au Théâtre du Rond-Point. Ils repartent du Cirque d'Hiver (de Paris) avec la Médaille d'Argent au XXVI° Festival Mondial du Cirque de Demain en Février 2005. Depuis, deux nouveaux compères les ont rejoints : Helmut Nünning, musicien (mais pas que ...) et Matias Salmenaho, porteur-jongleur.

Ensemble, pendant le mois de février 2007, à l'Espace cirque d'Antony, ils ont conçu le nouveau spectacle qui est donné depuis une semaine, et encore jusqu'à dimanche 15 décembre. Il faut savoir à ce propos que c'est avec la Villette le seul espace Cirque conventionné de toute l'Ile-de-France. On ne répétera jamais assez haut la chance des habitants de cette banlieue sud.

Je les ai découverts le temps d'un échauffement, par une journée glaciale et tranquille. Concentrés, pointilleux, ils pouvaient recommencer dix fois le même geste jusqu'à atteindre la perfection attendue. Les mouvements semblaient alors comme ralentis.

"Pousse plus, pom pom" demande Victor. Kati exprime des douleurs dans le cou, le poignet. Mais les compliments ont une effet anesthésiant : "C'est très bien cela". En tant que spectateur difficile de voir une différence mais on peut leur faire confiance.


Leur inventivité débridée, un travail acharné, un sens de l'humour désopilant, des aptitudes théâtrales, des dons musicaux ... ils conjuguent tous les talents. Alors, forcément, passer une heure en leur compagnie c'est bien davantage que voir et entendre du cirque. Le soir du spectacle proprement dit nous profitons de la chaleur du chapiteau prêté par la Compagnie Max et Maurice (souvenez-vous de Oups, vu le 11 octobre dernier) pour patienter dans de bonne sconditions. Puis place au cirque. Et quel cirque !!!!!

Cela commence avec une petite musique de chambre très XVIII° ... sauf que le contrebassiste porte des chaussettes rayées rouges et blanches plutôt anachroniques sous sa redingote. Le quatuor est d'abord musical. Le plus grand, le plus fort, Victor, joue d'un tout petit cor. La plus fragile, la plus petite, Kati, entonne un très grand cor. Elle titille son camarade qui se venge et l'embroche. La voici chapeautée par son instrument qui lui descend jusqu'aux genoux. Elle se sauve en courant, resurgit, repart en trombe. Le ton est donné. Nous allons rire (aussi) ce soir.

Les envolées s'enchainent ensuite avec sérieux et lyrisme. On a rarement vu des artistes chanter dans des positions aussi acrobatiques. Eh! Oh!
Kati sautille et pirouette dans l'espace comme propulsée par un trampoline.
Ce sont presque des numéros d'illusions qui se succèdent avec des emprunts à l'univers de la magie, du jonglage, de l'équitation et du dressage. Kati, ballerine, danse sur tous les airs qu'on lui propose. La brindille a un tempérament d'acier et ne se laisse pas intimider par les deux forts en bras qui la secouent comme un prunier. Elle leur donne du fil à retordre en jouant la contorsionniste.
Elle saura aussi se rigidifier comme une pierre qui roule sur les épaules de Victor, devenu Atlas. Les porteurs jouent la carte du machisme, ne lui laissant pas une goutte d'eau pour étancher sa soif. Peu importe le flacon : elle jettera la fleur et boira l'eau du vase. Pour se faire pardonner le musicien lui offre une sérénade qu'elle écoute avec un air compassé avant de se jeter à corps perdu sur une piste transformée en ring de catch.

Petit intermède de jonglage avec sept massues ... Chacun reprend son souffle.


Les quatre compères ont "bouffé du lion" ce soir et sont "increvables". Kati s'entête et chante à tue-tête "va chercher des fleurs sauvages" dans toutes les postures imaginables, ou pas. Les hommes aimeraient bien triompher de ce petit bout de femme qui resurgit toujours là où on ne l'attend pas avec un joyeux "Bonsoir !". C'est Woody Woodpecker au féminin, asticotant le coyote sans relâche.
Au final les fauves seront domptés par une écuyère de haut-vol dans une cavalcade totalement surréaliste. La piste là, ce soir, fit retentir des saluts prolongés et mérités. Anticipons un peu sur 2009 pour souhaiter au Cirque Aïtal de conserver toute son énergie et sa créativité. Nous formons le vœu de les revoir très vite en piste.

Renseignements au 01 46 66 02 74. Attention le spectacle commence à 20 heures les vendredi et samedi. Dernière représentation dimanche 15 décembre à 16 heures.
Les trois photos du spectacle sont de Christophe Raynaud De Lage, partenaire du Théâtre Firmin Gémier-la Piscine et je l'en remercie.

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