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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 22 janvier 2011

Dans ses yeux

Le 14 ème Festival Télérama est programmé du 19 au 25 janvier, permettant au public de voir ou revoir une quinzaine d'excellents films pour seulement 3 euros. Parmi eux, the social Network, Another year, des Hommes et des dieux dont j'ai déjà rendu compte sur le blog.

Les cinémas participants n'ont pas tous réussi à obtenir les copies qu'ils souhaitaient programmer. Le Rex de Chatenay-Malabry (92) est parvenu à afficher 7 longs métrages, dont le magnifique film du réalisateur argentin Juan José Campanella Dans ses yeux.

Pierre Murat, rédacteur en chef de la rubrique cinéma de Télérama, était parmi nous pour nous aider à décrypter le film et répondre à nos interrogations. Ce temps d'échange fut aussi important que le visionnage en lui-même, d'autant qu'il a parlé sans esquiver aucune question. C'est lui qui a rédigé le synopsis du film pour le magazine :
Dans l'Argentine de 1974, un flic qui ne croit plus à grand-chose, et surtout pas en lui, découvre le cadavre violé, meurtri, d'une jeune femme récemment mariée. Il se jure de découvrir le coupable. Mais il échoue. Vingt-cinq ans plus tard un livre qu'il a décidé d'écrire le met aux prises avec le souvenir de ses erreurs passées et, surtout, de ses amours inabouties avec celle qui fut son "supérieur" hiérarchique et qui ne l'a pas oublié. Un polar, donc, où, sur fond de vengeance implacable, le réalisateur retrouve le lyrisme des grands mélos de jadis.
Le scénario est adapté de "La Pregunta de sus ojos", un roman d’Eduardo Sacheri, un écrivain qui a travaillé pendant longtemps dans le domaine judiciaire. Le cinéaste a déconstruit le roman en se posant toujours la même question: cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui? Qu'apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux? Quels secrets nous raconteraient-ils ?

L’auteur n’hésite pas à faire de la technique sans perdre pour autant la réalité des sentiments, rappelant Ettore Scola à ses débuts. Le meurtre est filmé comme une scène fantastique. Le long plan séquence du stade qui s’achève avec l’écrasement de la joue sur la pelouse a nécessité trois jours de tournage, et quelques neuf mois de montage. Ce n’est donc pas un plan séquence, mais on le jurerait.

Les trompe-l’œil et les fausses pistes se succèdent. Les indices aussi. Par exemple les photos retournées pour que ceux qui viennent assassiner le policier ne se rendent pas compte qu’ils se trompent de cible. Le déchiffrage du message d’amour ne sera possible qu’avec la prise de conscience d’une lettre manquante sur la vieille machine à écrire. Plusieurs histoires s’imbriquent. Nous assistons à deux films en parallèle, l’enquête policière et la comédie sentimentale. Il y a d’ailleurs une influence revendiquée de la comédie à l’italienne (la scène du chien et les dialogues entre le procureur et le policier sont carrément burlesques. Le procureur a une façon de scander le nom ES-PO-SI ….TO avec un effet comique évident.)

On passe malgré tout abruptement du rire à l’effroi et on se demande toujours si on a bien compris ce que le réalisateur a voulu nous montrer. C’est que précisément il ne délivre pas de message évident. Les paroles peuvent contredire ce que trahissent les yeux des personnages. Et la caméra, très souvent, est placée de telle manière qu’elle se trouve à la place de notre propre regard, nous faisant douter de notre perception.

Le non dit est aussi important que ce qui est clairement dialogué. Le titre original, El secreto de sus ojos, est plus ambigu encore que le titre français car on pourrait aussi bien le traduire par le secret de ses yeux que par le secret de leurs yeux, puisque c’est la même expression en espagnol. La question se pose ensuite de savoir quels yeux on désigne, ceux du policier, de la juge, de tous les protagonistes, ou même ceux de la jeune morte (que le policier ferme à son arrivée dans la chambre).

Les rôles secondaires sont soignés. En particulier celui du copain du héros, alcoolique, qui devient attachant en trois minutes. Le mari de la victime, devenu bourreau, est un bref instant un coupable potentiel. C’est du moins la vision que peut en avoir le personnage du policier, parce que nous, spectateurs, connaissons la vérité. Un très beau film à voir, et revoir … puisqu’il est sorti en vidéo depuis septembre dernier.

Le film a été récompensé en 2010 par l’Oscar du Meilleur Film Étranger, battant le film français le Prophète cette année-là. Il a aussi obtenu le Goya du meilleur film hispano-américain et l'actrice principale, Soledad Villamil le Goya du Meilleur Espoir Féminin.

vendredi 21 janvier 2011

Brioche pyrénéenne

Après la brioche aux bouchons de champagne, voici une autre recette réalisée avec des chocolats, en l'occurrence des pyrénéens (de Lindt).

On met dans la cuve de sa machine à pain dans l'ordre :
100 ml d'eau
120 ml de lait
1 œuf battu
70 grammes de beurre
50 grammes de sucre
1 cuillerée à café et demi de sel
500 grammes de farine spéciale pain (type 55)
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 80 grammes de pyrénéens sans les couper.(retirez quand même l'enveloppe de papier argentée !)

Bien entendu ne comptez pas les revoir intacts. ils vont fondre à la chaleur et parfumer la pâte. Vous obtiendrez une brioche très gonflée, très légère, d'une belle couleur ambrée, avec un goût praliné peu appuyé.

Délicieuse avec café, thé, chocolat chaud ou avec une salade de fruits macérée dans un peu de thé et rehaussée de gingembre râpé.

jeudi 20 janvier 2011

Obselidia, un film de Diane Bell

C'est le premier long métrage de Diane Tell et je me réjouis d'avoir eu le bonheur de le découvrir. Il a été projeté en séance d'ouverture du Festival 2010 La Science se livre au Rex de Chatenay-Malabry (92) à l'initiative du Conseil général des Hauts-de-Seine.

Difficile de comprendre comment un tel bijou n'a pas encore trouvé de distributeur ni aux États-Unis ni en France ! Il a pourtant remporté le Prix de la meilleure direction artistique pour un film de fiction au Festival de Sundance 2010.

Le public a beaucoup aimé ce film joyeusement mélancolique que vous n'êtes pas prêts de voir en salle ... sauf miracle.

La lecture du résumé du film n'est pas engageante. Si je vous dis que c'est l'histoire d'un grand timide qui s'est lancé dans la confection d'une encyclopédie des personnes, des technologies et des idées qui sont en voie de disparition, bref de tout ce qui est ou va devenir obsolète, je pense que vous allez estimer que vous n'avez pas perdu grand chose.

Si j'ajoute que c'est aussi l'histoire de sa rencontre avec une projectionniste de cinéma passionnée de cinéma français. Qu'ensemble, ils partent en voiture dans la Vallée de la mort pour interviewer un scientifique qui a prédit la fin imminente du monde, vous ne serez pas davantage convaincus.

Mais si je vous dis qu'il y a une proximité indéniable avec la façon de filmer de Wim Wenders, ou que les personnages ont quelque chose qui aurait retenu l'attention d'Emir Kusturica, alors vous allez commencer à saisir ce qu'il peut y avoir de magique à filmer des abeilles en perdition, un type qui se déplace sur un ballon sauteur en plein désert, une randonnée urbaine à bicyclette, un bric à brac d'objets désuets et pourtant encore en état de marche, un couple chuchotant sous une tente alors qu'il n'y a personne alentour, sauf peut-être un coyote isolé.

La réalisatrice a déjà une grande maitrise des procédés cinématographiques. L'émotion ne passe pas par des effets spéciaux mais par un cadrage habile, intentionnellement décentré , un floutage comparable à la vision qu'on a d'un paysage chauffé à blanc par le soleil, la réminiscence d'airs de musique familiers (a beautiful world sur le générique de début, une sonate à la fin).

Elle balade les deux héros dans le paysage minéral de Zabriskie Point, là où Michelangelo Antonioni a tourné un film éponyme, véritable ode à l'amour fou. Elle y fait surgir l'âne Balthazar, témoin de l'entrée de Marie dans le monde des adultes filmé par Robert Bresson (1966). Elle rappelle qu'Orbis Tertius est une nouvelle de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges. Elle fait aussi référence à la Pseudodoxia Epidemica, l'encyclopédie des idées reçues publiée en 1646 par le Montaigne anglais, Thomas Brown. Il remet en cause les croyances populaires, les déductions fausses, le respect aveugle de l'autorité, et l'influence du diable bien avant que Gustave Flaubert ne fasse de même dans son célèbre dictionnaire "des idées reçues".
On peut voir ce film comme un conte moderne. On peut aussi le comprendre comme une ode nostalgique à une forme de mélancolie transitoire qui contraint à prendre le temps de se retourner sur le passé pour mieux se projeter dans un présent. Le héro n'est pas seulement passéiste. C'est en fait un froussard de la vie, inhibé derrière ses lunettes un peu sales qui l'empêche de voir les choses avec optimisme.

S'il est vrai qu'on n'existe que si on aime, la mélancolie peut alors être comprise comme un état provoqué par un amour non partagé. Mais aussi comme une étape, une forme d'apprentissage de la relation comme la toute fin du film le laisse entrevoir. La difficulté à construire un lien social dans une mégalopole où l'on est un étranger (la mère de Georges est australienne, Sophie vient d'arriver à Los Angeles et n'y connait encore personne) est parfaitement réelle. On perçoit mieux le rôle décisif du désert où on se trouve soi-même.

Rien d 'étonnant à ce que conduire une voiture ou dormir sous une tente (à proximité des coyotes) représentent de vrais exploits. Comme celui d'accepter de tomber amoureux, surtout si on est persuadé que l'amour n'est "qu'une protéine".

Diane Tell ne délivre aucune leçon. Elle se contente de nous révéler des choses, comme une plaque sensible laisserait lentement affleurer un paysage. Son film devient une exhortation à la lenteur qui serait le meilleur chemin vers la poésie.

On est dans un cinéma d'auteur, loin du business hollywoodien. Pourtant on ne s'ennuie pas un instant. On sourit beaucoup et on rit aussi.
D'autres manifestations sont organisées dans le cadre ce cette quinzième édition sur tout le département. Consulter le site de la Vallée de la culture pour lire tout le programme.

Notamment un atelier de cuisine moléculaire (entrée libre, sur réservation préalable) samedi 29 janvier à la médiathèque d'Antony auquel je participerai.

mercredi 19 janvier 2011

Piémontaise revisitée

Cette fois je réinvente et actualise la Piémontaise en la repensant pour des enfants qui rechigneraient à manger des légumes et du fromage. Aujourd'hui nous sommes mercredi et nous allons nous amuser. Les couleurs de la recette d'origine seront respectées. Ce sera joli, bon, ludique mais diététique puisqu'il n'y aura pas de mayonnaise.

Les idées force : une présentation assortie à l’assiette, que chaque maman ou papa adaptera en fonction du décor.
L’œuf est cuit dur au micro-onde (45 secondes suffiront).
La betterave est une crapaudine, aussi gouteuse qu’un fruit rouge. Elle remplace la trop classique tomate de la piémontaise habituelle.
Pour le jambon on prendra ce qu’on aime, du talon par exemple (souvent vendu à la coupe à prix réduit en grande surface).
Le fromage est un Carré Bons Mayennais dont le goût est particulièrement neutre mais avec un moelleux très agréable. Il se substitue aux pommes de terre.
J'ai ajouté des haricots verts cuits vapeur, finement coupés en accord avec le motif de l'assiette.
Comme sauce je recommande le vinaigre à la pulpe de figues Aix&terra et l'huile d’olive Papillon de je ne me lasse pas de son parfum herbacé. Nos enfants valent bien qu'on les chouchoute avec de bons produits.

Fromageries et l'huilerie Papillon, 8 bis avenue de Lauras , 12250 Roquefort sur Soulzon, Tél. : 05 65 58 50 00

mardi 18 janvier 2011

Nos limites par la Cie Alexandra N'Possee à Meudon (92) et en tournée

C'est de l'exceptionnel, du grand art conjugué à une belle sensibilité. Ces six danseurs ont repoussé leurs limites à l'extrême. Leurs corps semblent avoir été moulé sdans du caoutchouc, avoir une mémoire de forme et être programmés pour ignorer la fatigue.

Il leur arrive de faire deux représentions par jour et Abdennour Belalit, chorégraphe et danseur, était sur scène malgré une entorse qui lui raidissait un peu la cheville (çà c'est lui qui le dit parce que dans le public on ne s'est aperçu de rien). Eve H. danse alors que sa grossesse se devine déjà.
Ils ne restent pas confinés longtemps dans leurs cages qu'ils escaladent de toutes les manières possibles. Ces danseurs là sont autant à l'aise en position verticale qu'horizontale, suspendus à la grille ou sur le sol. Comparativement on trouve Mickaël Jackson un peu raide.

La compagnie Alexandra N’Possee a été créée en 1994 à Chambéry. Elle est issue d'un mouvement initié par la Cie Traction Avant dans toute la région Rhône-Alpes à la fin des années 80. Les jeunes des grandes agglomérations de la région s'emparaient alors de toutes les formes d’expressions (théâtre, musique, danse) pour faire leur scène de ce dernier espace de liberté qu’est la rue. On voulait être le plus fort et le prouver sans cesse. On dansait un peu partout dans les quartiers où les jeunes s'affrontaient au cours de battles (prononcer bateule) sans fin.

Martine Jaussen et Abdennour Belalit ne renient pas cette époque mais leur objectif est d'utiliser la rage et la frustration comme énergie au service de la beauté, de la poésie et de l'art. Quitte à brider la virtuosité de la troupe dès lors qu'elle ne véhicule pas d'émotion.

Ils ont travaillé toutes les formes de danse, le jazz bien sûr, mais aussi la danse classique et contemporaine, également le mime. Abdennour a suivi des ateliers avec de grands chorégraphes américains comme Merce Cunningham à New York.

Ce n'est pas pour autant qu'ils ont des modèles car comme ils le disent avec humour : on n'est pas des Rank Xerox ! Jeunes ou moins jeunes, grands ou petits, les danseurs cultivent leur différences dans une belle harmonie.

Nos limites tourne depuis quatre ans et résonne toujours avec l'actualité. On songe inévitablement à West Side Story mais on peut aussi y voir les dernières émeutes en Tunisie.

Mention spéciale à Julien Thomas qui a composé une bande-son originale en travaillant régulièrement avec la troupe pour adapter ses musiques à leur travail. Il s'inspire des bruits de la rue mais aussi d'autres airs familiers que vous reconnaitrez sans doute au passage, comme les Trois petites notes de musique que chantait Jeanne Moreau en 1960 dans le film Jules et Jim et qui accompagnent un duo avec tendresse.

J'ai choisi plusieurs extraits du spectacle pour vous mettre en appétit d'aller voir la troupe où qu'elle se produise. La réalisation est imparfaite mais permet d'entrevoir leur talent.



Il ne nous reste qu'à espérer que le Centre d'art et de culture de Meudon offrira à son public leur prochaine création en 2012, Les S'tazunis, faute de quoi nous irons les applaudir ailleurs.

Centre d'art et de culture 15 boulevard des Nations-Unies, 92100 Meudon tel 01 49 66 68 90.

Pour en savoir plus sur la Compagnie, suivre leur actualité et les tournées :
http://www.alexandranpossee.fr/

lundi 17 janvier 2011

Verde rose

Voilà un plat qui donne envie de devenir végétarien.

Dans un wok bien chaud on verse une giclée d'huile olive pur y faire revenir deux tomates coupées en carrés, une demi-gousse ail, une feuille de laurier, et, ... voici la spécificité de la recette, une carotte râpée à la microplane.

Plus tard, on ajoutera les légumes disponibles dans le frigo, comme des morceaux d'haricots verts, un bol de tagliatelles au citron. On mouillera s’il le faut pour ne pas risquer la brûlure puis on se risquera à saupoudrer de galanga (Saravane).

Après avoir transvasé sur une assiette on déglacera le wok avec un mélange de vinaigre de figues (Aix&terra) et de vinaigre de muscat. Le suc aromatisera le plat que l'on peut servir avec du parmesan si on aime.

Le galanga est une plante vivace, originaire d'Indonésie et ressemblant au gingembre. Il est employé dans la cuisine chinoise, indienne et thaïlandaise pour aromatiser les currys, les ragoûts et les poissons. Il se marie très bien aux sauces crémeuses et à base de noix de coco. Son rhizome dégage un puissant arôme et une saveur piquante de moutarde et de poivre.

La râpe Microplane est un outil incroyablement utile pour râper gingembre, parmesan, chocolat ou zester les agrumes. On peut même râper une carotte ...

dimanche 16 janvier 2011

Le ciel est pour tous de Catherine Anne au Théâtre de l'Est Parisien

Je suis contente de pouvoir parler d'un spectacle qui n'est pas en bout de courses. Catherine Anne signe texte et mise en scène de la pièce qui a été créée l’an dernier et que l'on peut être heureux de voir reprendre.

Le ciel est pour tous s’annonce comme étant une fable moderne sur la question de la possible montée de l’intolérance religieuse. L’intérêt de la pièce est d’avoir focalisé l’action au sein d’une seule famille en proie à ses peurs et ses démons, pour mieux travailler le mystère de la foi et comment la religion surplombe le rapport au pouvoir. Ce qui nous est montré pourrait se passer aujourd’hui.

L'argument :
Une famille laïque : le père (origine musulmane), la mère (origine catholique), la fille et le fils, deux jeunes adultes d’une vingtaine d’années, et la sœur de la mère (résolument athée). Le père des deux femmes vient de mourir, les laissant orphelines. Contre toute attente, la mère décide d’organiser une cérémonie religieuse à l’église. Elle rencontre un curé. Réactions vives à l‘intérieur du groupe familial.
Dans le même temps, la fille entreprend d’écrire un texte inspiré par une erreur judiciaire . Son frère se moque d’elle, puis se dresse contre ce projet d’écriture.
Sujet réservé ? Sujet tabou ? Sujet masculin ?
Deux hommes, jumeaux, croisent le chemin des membres de cette famille …

Le ciel est très présent dans la scénographie avec des pendrillons peints qui tombent les uns après les autres. L’envoi d’un courant électrique dans les électro-aimants de fixation suffit à les décrocher définitivement, signifiant métaphoriquement qu’on ne reviendra jamais en arrière. Pourrait-on y voir une analogie strictement inverse avec le repentir qui, en peinture, permet de reprendre une toile et de la transformer ?

Ce qui est dit est dit. Le mal qui est fait est fait.

Catherine Anne place dans la bouche de ses personnages des réflexions qu’on pourrait s’approprier sans penser à mal :
Je crois Dieu une belle idée mal utilisée.
Par quel bout attraper le foutoir du monde (…) parfois j’envie ceux qui ont la foi.
Mourir viendra comme un allégement de peine.
Tu ne dois pas te mêler de religion.

Il y a dans la situation de départ quelque chose du film Devine qui vient dîner ce soir ? La fille va présenter son amoureux à sa famille et si, ici, la différence ne concerne pas la couleur de sa peau, le choc ne sera pas moins violent. De toutes façons il est vrai que rencontrer le père c’est toujours une épreuve.

Elle aborde aussi la difficulté de la condition féminine car si aujourd’hui tout est possible pour une femme dans notre pays comme l’affirme l’une d’elles cela reste : possible, pas facile. (…) Dans les écritures la femme est soumise à l’homme. Je ne suis pas soumise à Dieu : je ne crois pas qu’il existe.

Elle dénonce l’omnipotence de la télévision qui laboure les cerveaux pour planter de la pub dedans.

Elle écrit sans tabou, sans crainte de heurter les esprits, mais elle distille ce qu’il faut d’humour pour qu’on ne s’arrête pas à une basique leçon de morale sur la tolérance. On entend d’amusantes allitérations et de jolies formules comme : si je meurs, je me reposerai ; je suis fichée et je m’en fiche ; la rue ne bougera pas, la rue c’est moi ; est-ce qu’on ne pourrait pas vivre un tout petit peu tranquille en ce monde, nous n’avons que celui-ci ; Dieu est partout, pourquoi pas dans une église.

Le public rit, forcément. Mais il réfléchit aussi et ressent la lourdeur de l’atmosphère qu’on pourrait vivre si on revenait quelques années en arrière. J’étais probablement influencée par Henri IV que (j’avais vue récemment). Les guerres de religion qui semblent appartenir à l’histoire ancienne ne sont pas si lointaines.J’ai peur comme on a froid, sans réfléchir, résonne avec acuité.
Les saisons se suivent. Pour la dernière époque, qui se déroule dans un futur proche, on remarque que les couleurs des vêtements de la fille sont strictement inversées par rapport à celles de ceux du garçon. Chacun a son double. Chaque médaille son revers.

Le ciel est pour tous au Théâtre de l'Est Parisien, jusqu'au 19 février 2010
Du 15 au 28 janvier et du 9 au19 février à 19h30 les mardi jeudi et samedi, à 20h30 les mercredi et vendredi, à 15h les dimanche, représentation exceptionnelle le lundi 25 janvier à 20h30
159 avenue Gambetta, 75020 Paris, tél 01 43 64 80 80
Tournée fin février 2010 à Bayonne et Saint-Étienne.
Le texte de la pièce est publié aux Éditions Actes Sud Papiers.

Les photos qui ne sont pas mentionnées A bride abattue sont respectivement © Hervé Bellamy. De gauche à droite : Denis Ardant (Selim) Thierry Belnet (le curé)
© Agathe Poupeney. De gauche à droite : Jean-Baptiste Anoumon (Joël-Jonas), Denis Ardant (Selim), Fabienne Lucchetti (Hélène, la mère), Stéphanie Rongeot (Barbara), Marianne Téton (Lucie), Azize Kabouche (Abdel)

samedi 15 janvier 2011

Poupoupidou de Gérald Hustache-Mathieu , un amour de comédie policière

J’ai eu la chance de pouvoir assister en avant-première à la projection de Poupoupidou, avant que les médias n’en parlent. C’était le lundi 10 janvier, dans le très beau Club de l’Etoile où le réalisateur, Gérald Hustache-Mathieu, deux interprètes, Sophie Quinton et Guillaume Douix, et les musiciens du film sont ensuite venus pour une discussion informelle. Même si ce film s’apprécie facilement il y a tout de même un certain nombre d’indices à débusquer pour le savourer davantage.

Le grand public aimera cette comédie policière bien française qui se hisse au niveau des bons films américains. les cinéphiles se délecteront des références et des clins d'œil aux grands réalisateurs.

On n’est pas en Amérique
C’est l'affirmation ironique du gendarme alors que tout suggère les USA depuis le très beau générique annonçant la distribution dans des cartouches lumineux comme des enseignes, où les noms sont composés avec des petites étoiles. La référence à Times Square est évidente. Jean-Paul Rouve conduit une Peugeot 504 décapotable des années 70-80 qui n’est pas sans rappeler certaines « américaines ». Les paysages évoquent les grands espaces. Une station service (désaffectée aujourd’hui) ressemble à celles qui émaillaient la Mother Road 66, reliant Chicago à Santa Monica. Le décorateur a même réussi à trouver un bâtiment au toit plat ayant des allures de motel. Plus tard on verra un poster de gratte-ciels.

Gérald Hustache-Mathieu a voulu situer l’action dans un paysage qui aurait pu être américain et il n’a pas cherché très longtemps un endroit où il pourrait faire de larges plans sans devoir effacer les fils électriques. Il est revenu à Mouthe où il avait tourné des scènes de son précédent film (Avril, en 2006). Cette petite ville n’est pas seulement la ville la plus froide de France mais aussi la limite au-delà de laquelle où on ne capte pas bien la radio. En faisant reculer la voiture de son héro pour lui permettre de terminer l’écoute de son morceau favori on insiste du même coup sur la localisation avec un gros plan sur le panneau « Bienvenue à Mouthe ».

Dans un Montana jurassique
Les décors naturels sont situés en bordure de la frontière suisse, dans cette partie du Haut Jura qu’on appelle la petite Sibérie tant les températures hivernales y sont basses. Elles sont descendues à moins 41° en 1985, record non homologué car les thermomètres avaient éclaté (le mercure gèle à moins 39). On plaisante qu’il n’y a que deux saisons à Mouthe, l’hiver et l’hiver prochain.

On ressent le froid avec la masse de la neige qui sature l’écran. Le paysage semble à l’extrême avoir été filmé en noir et blanc alors qu'on entend le premier couplet de California dreaming … and the sky is grey …

La température a effectivement provoqué des difficultés de tournage. Il faut des graisses spéciales pour préserver le matériel quand on filme par moins 10 moins 15, voire moins 24. Avec aussi de longues heures de préparation matin et soir. Le problème le plus crucial était la buée sur les focales. Il fallait donc que le plan de travail tienne compte des variations de température au cours de la journée. Parfois il fallait mettre les optiques au chaud et attendre une heure pour éviter d’avoir une image floue. Au moins les comédiens n’ont pas eu recours à des artifices pour que la buée s’échappe de leurs lèvres …

Des références aux contes
Jean-Paul Rouve, alias David Rousseau, nom « commun », arrive à Mouthe pour toucher le pactole d’un héritage qui se restreint à Tobby, un Terre-Neuve empaillé, conservé intact avec son baril. Il y aurait bien quelqu’un à aller chercher dans la neige … Candice Lecoeur, alias Sophie Quinton, une jeune femme dont le visage apparaît à la surface du manteau neigeux la faisant ressembler à la mariée de Yves Saint Laurent. On peut aussi songer à Blanche-Neige, à ceci près qu’elle est vraiment morte et qu’aucun baiser ne pourra la réanimer. Le prince (charmant) arrive trop tard dans sa blanche décapotable. A défaut de la sauver il réussira libèrera un lapin blanc pris au collet d’un braconnier.

Jean-Paul Rouve, engoncé dans son anorak corail, s’enfonce dans la neige comme un chaperon rouge au bord du bois, prêt à se faire croquer par un gendarme qui s’appelle Bruno Leloup. Il a un don exceptionnel, lui permettant d’entendre chaque détail comme la respiration haletante d’un petit animal. Se comparant à l’œnologue qui a du nez il a, lui, de l’oreille.

Rien d’étonnant alors à ce qu’il entende jusqu’à la voix de Candice l’interpeler depuis l’au-delà. Pressentant sans doute un destin tragique elle a, depuis l'âge de treize ans, rempli 24 carnets intimes.

Un formidable sujet de roman
Ces carnets vont donner à David rousseau les ingrédients pour écrire un nouveau livre. A son arrivée on le voit aux prises avec son éditrice. Il n’arrive pas à faire décoller le polar pour lequel il avait déjà engrangé une conséquente avance sur recettes. Il va trouver à Mouthe matière à écrire un best-seller qui rejoindra ceux qui l’ont rendu célèbre.

Des personnages secondaires à forte personnalité
Il fallait de forts caractères pour contrebalancer cette intrigue construite entre deux personnages qui jamais ne se rencontreront. Les personnages secondaires sont donc très marqués. Comme cette réceptionniste plutôt gothique. Et surtout ce brigadier Bruno Leloup (Guillaume Gouix), dont la sexualité a une part de mystère. Sa sensibilité montre que dans un endroit aussi éloigné ce n’est sans doute pas facile de vivre ses préférences. Le comédien plaisante, supposant qu’il rêve sa sexualité plutôt qu’il ne la vit. Le réalisateur conseille de suivre attentivement le dernier plan quand Guillaume sur ses béquilles s’appuie sur Jean-Paul et que leurs dos s’éloignent en cahotant un peu comme dans un film de Chaplin.

Martine, Candice ou Marylin ?
Avant de se faire appeler Candice la jeune héroïne répondait au nom de Martine. Le prénom a été très attribué en France dans les années 50-55, à cause de la popularité de la star de cinéma Martine Carol. Sans compter la série des Martine publiée chez Casterman depuis 1954 et qui a fait rêver des millions de petites filles. Bien entendu le scénariste la fait naitre un premier juin, comme Marilyn.
S’inspirer de Marilyn Monroe n’était pas l’idée de départ, qui était de faire un polar à Mouthe, en racontant une rencontre improbable : celle d’un enquêteur et d’une victime, déjà morte. C’est en apprenant que la chanteuse du groupe rock Pandomania a affirmé être la réincarnation de la star que Gérald Hustache-Mathieu a construit sa trame. Son psychiatre affirmait l’avoir soumise à des séances de régression sous hypnose, pour revivre des séquences d’une vie antérieure, sans équivoque liée à la vie de Marilyn. On trouve sur You tube les pseudos documentaires de cette affaire.

Chambre 5, casier 5 (aussi), un 5 sur le poster. Le chiffre 5 émaille le film comme autant de petits cailloux blancs sur le chemin de l’évocation de Marylin. A un journaliste l’interrogeant sur sa tenue de nuit elle avait répondu qu’elle dormait avec seulement quelques gouttes du précieux N° 5 de Chanel. On voit en gros plan des comprimés bleu de Stylnax, nom inventé pour la cause, parce qu’on n’a pas le droit de filmer des médicaments réels.

Belle évocation de Marilyn
Imiter Marilyn n’était pas le propos du film. Le personnage demeure Candice (j’entends candeur). On entendra juste des petits bouts de sa voix et de son rire, pour semer le trouble. Sophie Quinton n’a pas été choisie pour sa ressemblance avec l’actrice défunte.
Sophie est la seule capable de passer de la femme naïve à la femme fatale, puis encore à la femme perdue. Je n’aurais de toute façon pas voulu d’autre comédienne. C’était la seule possible. Si elle lui ressemble j’aime à croire que c’est un hasard. Et le hasard à ce niveau là c’est un don. J’espère pouvoir ne jamais me passer de Sophie.
Sophie, dont c’est le 4ème film avec Gérald, insiste sur l’ambiance qu’il fait régner sur le plateau. Il est très pointilleux, sur tout, le moindre tissu, et c’est très agréable parce qu’on sait où on va. Je n’ai pas cherché à interpréter, réactualiser une Monroe des années 2000. Je ne me suis pas glissée dans sa peau. J’ai juste essayé de l’évoquer avec délicatesse par la tenue et le jeu du travail charnel et sensuel.Le rôle de la musique
Jérémy a travaillé sur une quinzaine de versions du fameux morceau qui se termine par Poupoupidou, remixées ou non, pour finalement prendre la plus simple, celle dont le potentiel émotif sera le plus puissant.
Stéphane a rejoint l’équipe quand le film était déjà monté, sur d’autres musiques. C’est la reprise de I put a spell on you (formidable par Joe Cocker) qui l’a inspiré pour ses improvisations, qu’il enchainait sans songer même à les enregistrer, au grand dam du réalisateur. Il a ensuite repris, avec une touche très personnelle California dreaming, le grand tube des Mamas and the Papas.

Des références multiples
Reconnaitre les références du réalisateur ajoute un plaisir supplémentaire mais les ignorer ne gêne en rien la compréhension du film. Il estime que les références dopent le cinéma comme le sampling a renouvelé la musique, ce que le hip-hop a très bien intégré.

On pense vite à Fargo (6ème film des frères Coen, sorti en 1996), où une femme flic découvre un cadavre dans la neige, et mène l'enquête jusqu’au bout ... malgré une grossesse proche du terme.
La référence est assumée mais le réalisateur s’affirme étonné de sa proximité avec un cinéma qui n’est pas apparemment si facile d’accès.

La chambre de Jean-Paul Rouve ressemble beaucoup à celle d’un hôtel de Malbuisson qui n’a pas eu à subir beaucoup de transformations. La réplique çà sentait encore la colle n’a pas été inventée. Le papier peint évoque un décor de Barton Fink, encore un film des frères Coen, (1991), l’histoire d’un jeune dramaturge, qui connait l'angoisse de la page blanche et à qui un étrange voisin révèle quelques secrets sur l'art de l'existence. Un roman populaire le mène à Hollywood et au succès. Et quand la caméra passe par la bonde du lavabo de la chambre de David pour ressortir par son iris, bleu lui-aussi, c’est encore à Barton Fink que l’on pense …

On pense aussi à Twin Peaks, le feuilleton télévisé américain créé par Mark Frost et David Lynch, diffusé entre avril 1990 et juin 1991. Dans cette ville imaginaire, située dans le nord-est de l'État de Washington, le cadavre de Laura Palmer, une jolie lycéenne connue et aimée de tous, est retrouvé emballé dans du plastique sur la berge d'une rivière. L'agent spécial du FBI Dale Cooper désigné pour mener l'enquête découvre alors que Laura n'était pas celle que l'on croyait et que de nombreux habitants de la ville ont quelque chose à cacher... Les analogies entre Laura et Candice, (même visage cyanosé, même journal intime susceptible de donner le nom de leurs assassins) et entre Dale Cooper et David Rousseau sont tentantes. Le panneau “Bienvenue à Mouthe” fait écho au fameux “Welcome to Twin Peaks” qui ouvrait le générique de la fameuse série télévisée. Gérald Hustache-Mathieu sort des rails de Twin Peaks grâce au personnage de la psy.
Référence à Elephant (de Gus Van Sant en 2003, Palme d'Or à Cannes) avec le T-Shirt jaune de l’ado ex-fan de Candice, arrivé in extremis sur le tournage. Voir ce garçon jouer à des jeux vidéo violents renvoie aussi à la fusillade du lycée Columbine, et qui était le sujet du film.
La scène de fou dans l’arbre est inspirée d’Armacord ( le film de Fellini sorti en 1973). Le réalisateur italien ne tournait que dans le studio 5 de Cinecitta.

Fantomas (adaptée en 1913 au cinéma par Louis Feuillade) apparaît à la gendarmerie en provoquant un décalage amusant. Les mains du comédien se trouvent dans la même position que celle que montre l’affiche, sans que ce soit intentionnel. Comme pour signifier que la solution est à portée de vue sans que personne ne la voie.
Le jeune réalisateur s’autorise aussi quelques clins d’œil à ses propres œuvres. Le panneau Bienvenue à Mouthe était présent dans son précédent long métrage, Avril. C’est bien entendu ce mois là qui est retenu dans la séance de photo du calendrier. Sophie Quinton présente la météo avec la même veste en cuir que celle qu’elle portait dans le court-métrage Peaux de vaches, primé à Clermont-Ferrand et un buste de bovidé est agité en fin de séquence. Le titre d’un des derniers romans de David, La Chatte andalouse, est aussi celui du second court-métrage de Gérald Hustache-Mathieu.

Beaucoup de films français viennent du roman. Les réalisateurs se concentrent sur les dialogues et ne filment pas les corps. Or le cinéma a beaucoup à raconter avec une image, une couleur, un son. Kubrick disait en l’espèce qu’un peintre ne pense pas au message qu’il va transmettre quand il peint. Ce sont les couleurs, les odeurs, les textures qui le dirigent … Le réalisateur ne craint donc pas de nous montrer une pub caricaturalement macho avec des plans appuyés sur la peau, les fesses, les seins de Candice, laquelle s’exhibe avec un naturel confondant.

Un polar d'amour
Gérald avait choisi Mouthe à défaut d’avoir les moyens de tourner dans les grands espaces américains (et quelle réussite !). Dire d’un film qu’il est américain pourrait aussi être synonyme de mauvais film, de navet. Il avait très peur de ne pas parvenir à construire un vrai film de cinéma. Un peu comme un sportif qui n’a entrepris que trois randonnées dans sa vie et qui annonce qu’il va faire l’Everest.
Il voulait s'orienter vers un polar noir. Et puis l’humour est arrivé. Certains spectateurs à d’autres avant-premières ont qualifié le film de comédie policière. La maman de Jean-Paul a parlé d’un polar d’amour. Gérald concède en souriant qu’il ne guérira jamais de son romantisme.
Il rêve de s'attaquer à quelque chose d’énorme. Hitchkok dans une histoire policière. Ou un film de vampire.

Pour clore ce très long article (mais comment résumer un débat d'une heure ?) je laisserai le mot de la fin à Marylin : je ne veux pas être riche. Je veux être merveilleuse.

Merci à Sandra de m'avoir entrainée ce soir-là. A mon tour je vous incite à voyager sur son blog cinéphilement top.

vendredi 14 janvier 2011

In the mood for pho

On sait qu'il faut consommer des légumes et boire abondamment mais on ne le fait jamais assez.

C'est qu'il faut être aussi créatif pour une "simple" soupe que pour les autres plats. Et ne pas hésiter à voire grand pour varier ensuite les plaisirs.

J'ai employé cette fois environ 1200 ml d’eau filtrée, un demi bâton de cannelle, un anis étoilé, 1 cm de gingembre frais, 1 oignon en rondelles très fines, un demi-poivron rouge en lamelles fines, un morceau de tige de céleri (environ 15 cm), une toute petite carotte coupée en sifflet.

Après trente minutes à petits bouillons, on réserve la moitié de la préparation pour un usage ultérieur et on garde l'autre pour poursuivre la recette.

Dans cette moitié on verse une "marmite de bouillon Knorr" saveur bœuf et dès la reprise de l'ébullition on y fait cuire une poignée de vermicelles de soja.
On sert bouillant saupoudré de coriandre. Inutile de saler ou de poivrer ce bouillon très harmonieusement parfumé, plus facile à déguster qu'à photographier à travers la vapeur qui se dégage ... m'inspirant cet intitulé un peu surprenant, mood signifiant brouillard en anglais, in the mood for love étant un film culte de Wong Kar-Wai, et pho le terme qui désigne les bouillons dans le monde oriental.

J'ai découvert ces petites "marmites" qui ont plusieurs intérêts : elles sont sans conservateur, sans colorants artificiels et sans exhausteurs de goût, et principalement sans glutamate (souvenez-vous que c'est un poison pour la santé et traquez le dans vos placards) ; portionnables a minima (on peut prélever à la cuillère la quantité nécessaire et conserver l'autre jusqu'au lendemain au frigo). Elles existent en trois déclinaisons : bœuf, poule et légumes.

Les bouillons cubes classiques doivent être dilués auparavant dans un demi-litre d'eau bouillante, ce qui suppose de le prévoir. Les marmites s'emploient en fin de cuisson, autorisent davantage de façons de procéder, notamment pour améliorer ou modifier le goût d'un plat. Et surtout elles ne "détrempent" pas une fondue de légumes ou des restes de riz ou de pâtes qu'on ne pourrait pas replonger dans un bouillon.

jeudi 13 janvier 2011

Petits secrets de Bonheur

Je déteste la publicité mensongère ou du moins insidieuse. Je livrerai donc mes propres secrets à défaut d'en avoir trouvé dans ce livre écrit par Martin Marceau et publié chez Nouvel Angle en 2010.

L'auteur s'est borné à une sorte de traité philosophique sous forme de conversation à l'instar du roman initiatique le Monde de Sophie, de Jostein Gaarder et paru au Seuil en 1991. On remarquera d'ailleurs la proximité des couvertures ...

Il reprend des citations célébrissimes, comme celle-ci de Socrate : Il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va.

En résumé son propos c'est de nous "révéler" que si nous avons un but et qu'on conjugue nos forces pour l'atteindre nous serons ipso facto heureux. Autrement dit : aide-toi le ciel t'aidera ! ce qu'on peut lire d'ailleurs en toutes lettres page 50.

Croit-il aussi nous apprendre que c'est en forgeant qu'on devient forgeron ? (page 36) Son secret, qui n'en est pas un, consiste à affirmer que c'est en étant heureux qu'on devient heureux. Comme si on ignorait qu'on ne prête qu'aux riches !

Encore heureux (pardon pour l'humour de bas étage) qu'il ne nous fasse pas le coup du verre à moitié vide.

J'ai, malgré tout, lu attentivement ce petit livre bleu qui n'a pas beaucoup malmené mon emploi du temps tant il est mince. J'ai été surprise par sa définition de la chance (p. 78) : avoir de la chance c'est recevoir dans une situation donnée, quelque chose de plus, de ce à quoi on a normalement droit.

Ne nous arrêtons pas sur la bizarrerie de la syntaxe, et sans polémiquer je me suis dit que si le bonheur était une chance on n'y avait pas "normalement" droit ... en suivant le raisonnement de Monsieur Marceau.

Je me suis souvenu d'un traité de Jean-Louis Servan-Schreiber sur l'Art du temps (chez Albin Michel), décryptant les attitudes néfastes et suggérant des comportements adaptés à la réduction du stress lié à des emplois du temps mal gérés. J'y avais puisé de précieux conseils.

Martin Marceau reste, lui, à un niveau abstrait. Comme il est facile de nous suggérer d'écouter nos rêves, de devenir charismatique (si c'était si simple on le serait tous) pour rayonner comme un soleil. A part entrer dans un monastère ou dans tout autre monde contemplatif je n'entrevois pas comment procéder concrètement. La seule recommandation un peu opérationnelle qu'il nous fait serait de sourire et même de rire pour (je cite) transmettre son bonheur. C'est un raisonnement en boucle fait par un Faucon Yaka.

Admettons que sourire sur commande soit relativement à la portée de tous, mais rire mériterait bien une leçon. Il faudra que je demande à des comédiens comment ils s'y prennent pour que leur rire sonne juste ... en attendant que ce soit inscrit dans les programmes scolaires.

Petits secrets de Bonheur est donc vite lu, vite expédié et j’ai pris le temps de chercher quelques pistes pour ne pas publier un billet pessimiste sur un tel sujet.

On peut poursuivre sur la voie contemplative en ouvrant Soufi mon amour dont j’ai récemment fait la critique. Ou aller au cinéma voir Another Year, ou les Petits mouchoirs.

On nous ressasse le même principe, dit avec d'autres mots (p. 13) : la capacité d’apprécier le présent, sans se laisser parasiter par des regrets du passé ou des craintes du futur, provoque un bien-être capable d’entrouvrir la porte du bonheur. Évacuer les pensées négatives est un conseil basique que j 'avais exposé il y a plus d'un an avec la technique du pas japonais.

Apprécier le présent est facile quand ce présent est agréable. Sinon il faudra anticiper un avenir et se réjouir à l'avance. Le rêve est un emprunt fait au bonheur (j'assume la formule tout en vous alertant sur les intérêts à payer en cas d'échec).

La fuite dans les tâches ménagères est un excellent palliatif à la morosité. D’une part parce qu’il est satisfaisant de voir un résultat positif quand on a le moral en déroute. D’autre part parce qu’il faut bien consacrer du temps au ménage et au rangement. Autant donc que cela profite au moral.

Tricoter est un dérivatif incroyablement efficace parce que la régularité du rythme des aiguilles évacue le stress, et ralentit la pensée tout en la structurant. Je n'ai pas le temps de développer ici mais croyez-moi sur parole, et faites votre propre expérience, ce qui ne coûtera pas grand chose.

Prendre le petit déjeuner au lit est une façon de démarrer agréablement la journée, surtout en semaine. Programmer son réveil beaucoup plus tôt que nécessaire permet de disposer d’une belle marge pour savourer café ou thé avec quelques tranches de brioche maison (j’ai publié des recettes faciles pour tous les gouts). Pour peu que vous ayez à portée de mains un (bon) livre une heure de lecture vous mettra de bonne humeur pour aborder la « vraie » journée de travail. Et le soir il suffit de ne pas veiller alors que vos yeux se ferment malgré vous. C’est une simple question d’organisation du temps.

Si on dîne seul(e) le principe du plateau repas est applicable au-delà du sandwich. Rien n’empêche de faire de belles présentations avec des plats qui ont mijoté plutôt que d’avaler n’importe quoi n’importe comment. Être heureux passe aussi par la satisfaction de besoins apparemment anodins.

Tout ce qui permet en quelque sorte de scénariser sa vie, est bon à explorer parce que c’est le moyen de se prendre en mains. Ceux qui ont conscience de chercher le bonheur vivent probablement un épisode dépressif. Le premier signe est l’absence de projets, ou du moins l’incapacité à se projeter dans l’avenir. C’est bien pourquoi la phrase de Socrate arrive comme une épingle dans le cœur. Comment savoir où l’on veut aller quand on n’a goût à rien.

Peut-être qu’en se fixant un premier objectif, même tout petit, même dérisoire, comme passer l’aspirateur ou aller chercher une baguette de pain serait une première étape ?

Je m’étais dispensée de lire le carnet personnel glissé dans la couverture. On nous y fait le coup de la bouteille à moitié pleine ou vide (comme quoi elle était bien là). Il se termine par "aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie". Magnifique promesse comme titre de film, plombant comme devise personnelle.

Livre chroniqué dans le cadre du partenariat avec Babelio.

mercredi 12 janvier 2011

Rencontre avec Sophie Adriansen devant une rame du métro

On change d’année le soir du 31 décembre et on fait des vœux avec la certitude qu’une énergie nouvelle a rechargé miraculeusement nos batteries. A défaut de changer les choses, c’est peut-être notre regard qui aura évolué.

Au seuil de 2011 j’ai rencontré Sophie Adriansen qui a accepté de se poser quelques instants pour jeter un coup d’œil en arrière et répondre à mes questions à propos de son livre, que j'ai chroniqué à la mi-décembre.1. Comment s’est effectuée la sortie de Je vous emmène … ?
Le texte a été finalisé en juin, pour une sortie du livre en librairies début novembre, donc nous étions tranquilles très tôt de ce côté-là. Il nous a fallu plus de temps, en revanche, pour arrêter la couverture avec l’éditeur, car les pistes étaient multiples : photo, illustration, montage…
Rodolphe et moi étions impatients, le temps nous a donc paru bien long notamment en septembre et octobre. Et le jour de la sortie, c’est à peine si nous y croyions, tant nous avions attendu de vivre cela…

2. Comment vous êtes-vous partagé les tâches avec Rodolphe ?
Rodolphe a été davantage sollicité pour la promotion, ce qui est normal, c’est lui qui détient la matière, je n’ai fait que la transformer en livre. En revanche, je l’ai accompagné chaque fois que cela a été possible pour les interviews. J’ai aussi eu droit à mes interviews « perso » … comme celle-ci !
Quant aux signatures, nous les avons faites ensemble, ce qui rend la chose plus agréable et permet de répondre à toutes les questions des personnes que nous rencontrons – car certaines veulent en savoir davantage sur le métro, et d’autres sur l’écriture.

3. En tant que bloggeuse et critique avisée on doit d’autant plus être sensible aux avis. Quel fut le plus positif ? Un négatif ? Une réaction inattendue ?
Dès la sortie, un blog qui chronique les couvertures des livres a parlé de celle de « Je vous emmène au bout de la ligne » de façon un peu négative – mais argumentée. Nous avons donc tout de suite réalisé que l’ouvrage ne nous appartenait plus, que chacun était désormais libre de le juger.
A cette exception près, les avis sont unanimement positifs. Les articles qui m’ont le plus touchée sont évidemment ceux qui, au-delà du sujet, font référence au style. Et le plus étonnant a peut-être été cet article de 3 pages (sur les 8 que compte un numéro) qu’a consacré le quotidien pour jeunes « L’Actu » à l’ouvrage et au métier de conducteur … Mais il est vrai que comme les trains ou les avions, le métro fascine aussi les enfants …

4. L’accueil des collègues de Rodolphe ?
Il a été, il est très favorable. Dans l’ensemble, ils se reconnaissent dans son témoignage, qui exprime ce que certains n’ont pas osé ou pas su dire. Au-delà de ça, le conducteur de métro est une personne qu’on entend peu, mais qui est montrée du doigt quand cela ne va pas, en cas de grève notamment. Avec « Je vous emmène au bout de la ligne », il devient un individu à part entière, et un professionnel de son métier.

5. Est-ce que cela a changé quelque chose dans son travail ?
En pratique, rien mais il est vrai que ses collègues, ou d’autres agents, viennent souvent le voir pour lui parler du livre. Des personnes extérieures à la RATP (des particuliers, des enfants) ont aussi demandé à le rencontrer suite à la lecture de l’ouvrage. Et puis, ses supérieurs ont lu « Je vous emmène au bout de la ligne », avant sa sortie pour certains, alors j’imagine qu’eux ne le voient plus tout à fait exactement de la même manière …

6. Est-ce que tu perçois toi-même les choses différemment quand tu prends maintenant le métro ? Et dans tes activités d’écriture ?
Depuis que je connais Rodolphe, je prends le métro en ayant la sensation d’en savoir un peu plus sur son fonctionnement que les autres passagers de la rame. Ce sentiment est désormais partagé par d’autres, qui me l’ont confié.
Malgré tout, je sais que je parle le même langage que les conducteurs, et cela peut parfois s’avérer utile. Cela a été le cas récemment, lorsque j’ai eu à tirer « mon » premier signal d’alarme, pour une altercation violente entre usagers.

7. As-tu beaucoup voyagé toi-même sur cette ligne 2 ?
Depuis que je vis à Paris, j’habite sur la ligne 2 ; alors oui, je l’ai prise et la prends en tant qu’usagère, et surtout je n’hésite pas, de temps à temps, à faire un détour ou à « attendre » mon conducteur favori pour monter dans sa cabine.
J’aime particulièrement l’endroit où la ligne devient aérienne, après la station Colonel Fabien en direction de Porte de Dauphine. La sensation de sortir de terre pour, l’instant qui suit, dominer la ville et son agitation est à chaque fois aussi incroyable.

8. Ta station préférée (ligne 2 ou pas) et pourquoi ?
Sur le plan esthétique, il s’agit sans nul doute de la station « Arts et métiers » sur la ligne 11 : car si j’aime beaucoup les carreaux de faïence qui sont une des caractéristiques du métro parisien, j’avoue que le revêtement en cuivre de cette station lui donne un cachet fou !
Plus généralement, j’aime le côté « surprise », « intrus » des stations différentes : les décors à Assemblée nationale (ligne 12), le « grillage » à Parmentier (ligne 3), l’hommage à la Déclaration des Droits de l’Homme à Concorde (ligne 12) …

9. Tu nous as surpris avec ce livre au ton un peu « documentaire ». L’idée d’une fiction romanesque ou policière ne t’a –t-elle pas titillée ? pourquoi avoir choisi cette voie-là ?
Que ça me titille est un faible mot ! J’avais écrit plusieurs textes de fiction avant de me lancer avec Rodolphe dans l’aventure de « Je vous emmène au bout de la ligne ». L’un d’eux, un roman intitulé « A sa place », verra d’ailleurs le jour prochainement …
Mais le métro est dans l’ère du temps, c’est indéniable, il suffit de voir le succès du « Métronome » de Lorànt Deutsch : c’est un livre d’histoire, mais l’accroche est celle du métro ! Et puis, c’était l’occasion de concrétiser un projet à quatre mains …

10. Tes projets pour 2011 ou au-delà ?
M’occuper de ce premier « bébé » avant tout ! Le défendre dans les médias, sur les salons, rencontrer ses lecteurs … La vie de « Je vous emmène au bout de la ligne » ne fait que commencer !
Préparer, ensuite, la sortie de mon roman « A sa place », qui devrait être une autre belle expérience.
Et toujours, tenir mon blog, me promener sur des salons du livre, rencontrer d’autres auteurs, lire, écrire …

Je vous emmène au bout de la ligne de Rodolphe Macia, écrit avec Sophie Adriansen, Max Milo, 2010
Pour suivre l'actualité du livre : http://www.auboutdelaligne.fr/
Et celle de Sophie : http://actualitte.com/blog/sophielit/

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