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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 21 juillet 2023

Un dernier été d'Elin Hilderbrand

Qui dit été dit Hilderbrand et l'année 2023 ne faillira pas au rituel. J'avais adoré, le mot n'est pas excessif, Eté après été que j'avais savouré l'an dernier.

En ouvrant Un dernier été j'espérais retrouver la même atmosphère. Certes nous sommes encore à Nantucket, à 12 heures d’ici, dans l’ancienne capitale mondiale de la chasse à la baleine, surnommée l’île des rumeurs (p. 132), une station balnéaire que l'auteure connait dans les moindres recoins depuis qu’elle y a élu domicile. Mais le thème qu'elle a choisi cette fois se concentre davantage sur l'amour d'une mère pour ses enfants.

C’est probablement, elle s’en explique dans les remerciements, le plus personnel de ses romans et ses motivations imposent le respect.

C'est aussi, il me semble, le plus américain de ses romans, à commencer par les titres des chansons mentionnées. Le mari du personnage principal engloutit au petit déjeuner une banane tartinée de beurre de cacahuète. On ne s'étonne pas qu'une personne de 80 ans doive travailler pour arrondir ses fins de mois en faisant un petit boulot d'agent d'entretien (p. 245). On consomme une quantité phénoménale d'alcools et de cocktails et on avale un anxiolytique aussi facilement qu'autrefois on mâchait un chewing-gum.

Je serai malgré tout indulgente puisque la tequila préférée de Vivian est la Casa Dragones, que j’ai eu le plaisir de savourer lors d’un repas spécial.

On se fournit en sandwichs dans des guinguettes spécialisées qui rivalisent en terme de recettes dont l'auteure ne se prive jamais de nous donner la liste des ingrédients. La description du petit-déjeuner pantagruélique (p. 103) suffit à nous caler. Et on respecte la coutume d'apporter des plats cuisinés chez les familles en deuil (p.181). Cette tradition est un témoignage d'empathie à l'égard de ceux qui ont beaucoup d'autres responsabilités et d'autres soucis que de se préparer des repas. Même si la conséquence est d'avoir souvent des réfrigérateurs et des congélateurs qui débordent de nourriture. Cela étant, la nourriture peut être laissée à disposition des visiteurs sur un buffet où l'on peut se remplir une assiette et s'installer sur un fauteuil, un canapé, ou même rester debout, pour manger. En tout cas on comprendra que c’est à travers la nourriture que Vivi exprime le mieux son amour à ses proches (p. 22).

Bien sûr les conventions sociales sont très présentes ainsi que les croyances. On ne s’étonnera pas de lire l’encouragement de l’ange gardien à « garder la foi » ( p. 265) y compris pour des choses somme toutes égoïstes comme le positionnement d’un roman en tête des ventes, à moins que ce ne soit à considérer au second degré. L’auteure ne manque pas d’humour comme en témoigne son allusion à notre président Mitterand  quand elle accuse son mari de se prendre pour lui avec sa jeune maîtresse (p. 145).

On s'étonnera par contre de l'usage abusif du téléphone au volant, notamment pour taper des textos (p. 185). Rien d'étonnant à ce que cette utilisation soit devenue la première cause de mortalité routière devant l’alcool, en provoquant en 2012 plus de 100 000 accidents et la mort de 3 000 jeunes conducteurs. C’est d’ailleurs cette population qui est la plus concernée par ce phénomène. 80% des jeunes américains avouent manipuler leur Smartphone en conduisant.

Pour tenter d’endiguer ce phénomène, des mesures législatives ont été prises dans certains états américains pour interdire l’envoi de SMS au volant. C’est le cas dans le Massachusetts où se situe Nantucket. Les appareils électroniques mobiles ne peuvent pas y être utilisés pour écrire, envoyer ou lire un message électronique (y compris les SMS, les courriels, les messages instantanés ou l’accès à l’Internet) pendant la conduite, et les contrevenants sont passibles d’une amende de 100 $, voire 500 à la troisième récidive avec un risque de retrait de permis. Ces mesures doivent être peu efficaces puisque les conducteurs persistent dans le roman.

Il y a d’autres choses très contemporaines comme l’usage (abusif et malsain) des réseaux sociaux, et la protestation d’une lectrice quant à la présence de points exclarrogatifs (interrobang en anglais) qui ne sont pas correctement typographiés (p. 139). J’ignorais le terme dont l’intérêt est de ponctuer une phrase qui est autant interrogative qu’exclamative, sans prédominance, et peut remplacer l’usage successif du ? et du ! dont la juxtaposition est inélégante. Mais qui a jamais vu ce signe, au demeurant absent dans ce roman ‽ Je ne suis pas peu fière de l’employer pour la première fois, et ce ne fut pas simple de trouver la combinaison de touches sur mon clavier …

J’ai adoré les touches d’humour d’Elin Hilderbrand (qui se complimente elle-même p. 140 à ce propos). Elle ironise à merveille à propos de la version britannique du Meilleur pâtissier (p. 178).  Elle n’abandonne pas le genre sentimental mais elle flirte cette fois avec le polar. On retiendra que tout contact laisse une trace (p. 133) comme le répète souvent l’inspecteur en recherche d’indice. Autrement dit on ne peut pas effacer tout. 

C’est un peu conventionnel et surtout très américain (pardon de me répéter) à propos des codes sociaux et de quelques a priori sur les noirs, même si on y glorifie à juste titre l’action d’Anna Gardner (1816-1901) native de Nantucket, enseignante et ardente abolitionniste (p. 144). Le roman est plutôt bizarrement construit, avec des retours en arrière désordonnés, et j’ai noté quelques incohérences. Mais l’art de l’auteur est bien reconnaissable à sa manière de procéder à des descriptions incomplètes de ses personnages pour garder le secret d’éléments cruciaux qui seront distillés au juste moment.
Vivian Rose, dite Vivi, s’apprête à faire la promotion de son nouveau roman quand elle est brutalement renversée par une voiture. Nous allons la suivre tout l’été dans un espace temporel très spécial puisqu’elle dispose de trois mois pour continuer à surveiller les gens qu’elle aime depuis le ciel où un ange l’accompagne, la soutient et lui a octroyé la possibilité de trois coups de pouce pour corriger la trajectoire de vie de ses proches.

Ses principales préoccupations se portent sur ses trois enfants, Willa qui va enfin être de nouveau enceinte après des fausses couches à répétition, Carson, barmaid excessive en tout, et Leo qui est tiraillé entre sa petite amie et son désir de liberté. On suivra aussi avec elle des personnages secondaires mais essentiels comme le père de ses enfants et sa nouvelle petite amie, son ex-compagnon, un amour de jeunesse, les amis de ses enfants et la high-society installée à Nantucket.
Il y a quelque chose de l’ordre des récits imaginés par Marc Levy, et pas seulement parce que l’au-delà occupe la plus grande place. Toute mère ne peut qu’être en affinité avec Vivian et souhaiter, comme elle, le meilleur pour ses enfants, malgré leurs défauts et leurs conduites à risques. Et malgré toutes les difficultés à leur prodiguer la meilleure éducation, qu’elle souligne dès les premières pages : être la mère de trois jeunes adultes requiert finalement autant de patience qu’élever de tout petits enfants. Personne n’en parle, comme s’il s’agissait d’un secret honteux (p. 19), ce qui est à mettre en lumière par rapport à la volonté de Vivi de détourner plus tard son fils de l’usage abusif des médicaments (p. 257). 

Les fidèles lecteurs des Escales remarqueront la citation que comportera la pierre tombale de Vivi (je en spoile rien quoique son décès est annoncé dans les premières pages), empruntée à Camus : Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible (p. 438) et penseront à Catherine Bardon qui l’utilisa pour le dernier opus de sa saga.

Un dernier été est une jolie histoire où les sentiments sont forts et qui a aussi le mérite de nous rappeler que l’amour que l’on porte à nos proches ne doit jamais être différé. L’ange gardien a raison de le souligner : vos trois enfants finiront bien par devoir apprendre à vivre sans vous. Pour le reste de leur vie. L’été va se terminer, Vivian. L’été se termine toujours. (p. 259) Mais d’ici là l’amour peut faire des miracles.

Un dernier été d'Elin Hilderbrand, traduit de l'américain par Alice Delarbre, Les Escales, en librairie depuis le 1er juin 2023

mercredi 19 juillet 2023

Gazpacho verde

Si celui-ci est totalement "Verde" par contre mérite-t-il le nom de gazpacho puisque le mot viendrait de la langue arabe ibérique pour signifier un "morceau de pain" ?

Or il n'en contient pas, pas davantage que de l'huile d'olive. Pas plus d'ail ou d'oignon, ni même de sel ou de poivre. En fait il est simplissime.

J'aurais dû laisser la peau des concombres pour assurer une couleur bien verte mais ils étaient trop abimés. Par contre les queues de persil ont sans doute coloré cette soupe froide.

J’ai donc passé au blender du persil, 2 concombres épluchés (en conservant leurs graines parce que lorsqu’elles sont broyées celles-ci sont digestes), 2 tomates épluchées, un bouquet de feuilles de céleri et un verre d’eau.

Et c'est tout.

On sert très frais de préférence, en ajoutant des glaçons si nécessaire.

On peut utiliser les herbes qu’on aime et qu’on a sous la main, comme en particulier le basilic. Et par contre éviter le céleri si on n'en apprécie par l'âcreté.
En suivant le même principe on obtiendra un gazpacho de poivrons, de tomates (on mettra alors davantage de ce légume par rapport au concombre) ou même de melon. Le gazpacho c’est le goût et la couleur à votre convenance … En forçant sur la tomate il devient rose soutenu. La teinte est plus clair avec l'association (très gouteuse) concombre-pastèque-menthe. Buen provecho !

mardi 18 juillet 2023

Ceux qui restent de Jean Michelin

Peut-être faut-il être encouragé pour lire Ceux qui restent parce que le sujet semble très masculin. La couverture donne immédiatement un indice et la quatrième de couverture est très claire :
Comme chaque matin, l’aube grise se lève sur l’immuable routine de la garnison. Mais cette fois, Lulu manque à l’appel, un caporal-chef toujours fiable, toujours solide, Lulu et son sourire en coin que rien ne semblait jamais pouvoir effacer. Aurélie, sa femme, a l’habitude des absences, du lit vide, du quotidien d’épouse de militaire. Elle fait face, mais sait que ce départ ne lui ressemble pas.
Quatre hommes, quatre soldats, se lancent alors à sa recherche. Trois le connaissent bien, le quatrième non mais ils sont du même monde et trimballent les mêmes fantômes au bord des nuits sans sommeil. Si eux ne le retrouvent pas, personne ne le pourra.
Jean Michelin, dont c’est le premier roman, a écrit plus qu’un roman policier sur la recherche d’un disparu. Il fouille de façon originale le thème du stress post-traumatique qui, bien entendu résonne encore plus aujourd’hui alors que la guerre s’invite à tous les journaux télévisés. Si la publication remonte déjà à un an, ce libre reste donc -hélas- d’une brûlante actualité.

Il connait très bien le contexte puisqu’il est lieutenant-colonel dans l'armée de terre, et qu’il a effectué des missions au Kosovo, en Guyane, en Afghanistan et au Mali, notamment. Il écrit très bien et est l’auteur de Jonquille, un récit autobiographique, paru en 2017 chez Gallimard. Sous-titré Afghanistan 2012, il y racontait le quotidien d’un régiment sous un angle documentaire.

Cette fois il a choisi la fiction pour témoigner de l’esprit d’équipe qui soude ceux qui endossent le treillis et qui subissent l’état de guerre, dans ce qu’elle a d’horrible, lorsqu’elle confronte à la mort, sur ce qu’on appelle un « théâtre d’opération », sauf que c’est tout sauf du cinéma.

Il démontre que le stress post-traumatique frappe sans crier gare et que nos mécanismes de protection sont personnels. L’armée tente pourtant d’en prévenir les dégâts en prévoyant un sas de décompression au retour de mission. Je me souviens avoir été impressionnée par Voir du pays, un film de Delphine et Muriel Coulin, sorti en 2016, racontant le retour de deux jeunes femmes militaires, qui, comme tous les soldats qui revenaient d’Afghanistan, devaient passer par un sas de décompression de trois jours dans un hôtel cinq étoiles, à Chypre. 

En cas d’incident grave en cours de mission l’armée a prévu un autre protocole, en confiant  à un(e) psychologue le soin d’identifier ceux qui sont potentiellement trop affectés pour continuer (…. parce que) un stress post-traumatique n’est pas forcément lié à l’ancienneté, ni à l’expérience ( p.41).

Ce roman est très lísible, facilement compréhensible malgré la présence de mots de lexique inhabituels pour nous civils. Je n’ai jamais été en appui sur une zone et j’ignorais le sens exact de traiter une cible, mais j’ai deviné l’essentiel. On est complètement inclus dans le groupe qu’on a le sentiment d’avoir infiltré. Mais on est autant dans l’intimité des femmes qui demeurent éloignées des actions.

Les chapitres sont courts et s’enchaînent entre l’ici, l’ailleurs et là-bas, autrement dit entre le présent, la recherche et le passé. On voyagera dans le temps mais aussi dans l’espace puisque nous irons jusque dan les forêts guyanaises.

De manière totalement différente de Stéphanie Hochet qui raconte la disparition de William Shakespeare, Jean Michelin nous présente une histoire de fuite qui n’a rien à voir avec la construction de soi. Il semblerait que les départs volontaires soient assez fréquents dans l’armée où l’administration finit assez vite par lâcher l’affaire, d’abord en suspendant la solde puis peu après en qualifiant l’homme de déserteur (p. 110). Ici, pas question, au motif qu’il faut toujours ramener « ceux qui restent ».

Ce qui est fort bien décrit c’est aussi la perte de motivation ressentie par exemple par Romain qui n’avait plus cet élan des premières fois, ni pour la guerre, ni pour rien du tout (p. 60) et qui songe à retirer sa candidature au concours d’officier. Stéphane, le plus ancien, a pris sa retraite. C’est rien de partir, C’est vivre avec, vivre après. C’est ça qui est difficile (p. 207).

On partage l’attitude des épouses, habituées à enfiler un masque devant les enfants, les amis, la famille alors qu’elles se rongent les sangs de savoir leur conjoint courir des risques et ne rien leur dire, puisque leurs actions s’effectuent dans le secret.

On est au coeur de la routine, la vieille routine, la saloperie de routine indispensable des camps contre laquelle viennent s’épuiser des régiments entiers, à répéter les mêmes gestes, apprendre des mêmes erreurs, mettant une brique par-dessus l’autre pour se construire quelques certitudes avant de partir pour une zone de guerre (p. 112). L’armée a ses codes mais c’est aussi un morceau de société où le racisme se manifeste. Marouane en fait les frais.

Jean Michelin nous raconte tout cela, en composant une histoire où l’entraide, l’amitié et l’amour prennent leur place. En interview il s’exprime avec modestie, sans revendiquer une filiation avec des écrivains soldats comme Pierre Schoendoerffer qui nous a laissé un témoignage très fort sur la guerre d’Indochine. Il minimise son mérite en rappelant qu’être militaire et écrivain n’a rien d’original depuis Jules César. Il n’empêche qu’il nous embarque bel et bien, que son écriture est belle et qu’on espère qu’il nous offrira d’autres romans, qu’ils soient ou non inspirés de l’exercice de son métier.

Ceux qui restent de Jean Michelin, Editions Héloïse D'Ormesson, en librairie depuis le 18 août 2022

lundi 17 juillet 2023

Tachan en toute intimité

Avec la chanson dont il avait écrit les paroles et composé la musique Daniel Balavoine exprimait ses espoirs de notoriété en 1978 :
Je m'présente, je m'appelle Henri
J'voudrais bien réussir ma vie, être aimé … etc

J’y pense aujourd’hui alors que nous a quitté un chanteur qui aurait pu en dire autant si ce n’est qu’il avait pris son parti de n’être pas célèbre mais sans renoncer à exprimer ses convictions.

Il s’appelle Henri Tachan, impossible de l’écrire à l’imparfait.

Hier et demain, je m’en fous, seul le présent vaut le coup … ou le coût peut-être. Cette maxime pourrait être donnée en sujet au Bac de français.

Allez donc écouter ses textes sur votre plateforme préférée, vous ne perdre pas votre temps. Je t’aime pour ça. Entre l’amour et l’amitié … Sa voix est un peu grave, presque rocailleuse mais capable aussi de s’élever avec agilité dans les aigüs.

Ses mots sont vrais, authentiques, un poil anarchistes, insolents mais uniquement à l’égard des méchants. Il est sympatoche envers les vieux. Il encourage à faire une pipe à pépé et une petite langue à mémé. Il écrit formidablement bien sur les sentiments. La tendresse est un bijou. Il enseigne qu’elle est tout ce qui nous reste encore pour faire un pied de nez à la mort. Qu’entre l’amour et l’amitié il n’y a qu’un lit de différence. Qui pourrait dire que les choses ont changé ?

Son parcours passe par une école hôtelière et par le Ritz où il fut serveur. Il part ensuite pour le Québec en 1962, chante dans des cabarets où un certain Jacques Brel le repère. Retour en France pour sortir son premier disque en 1965. Il remporte le prestigieux Grand prix de l’académie Charles Gros, une référence de qualité à l’époque. Et pourtant il sera quasiment ignoré des médias qui ont suffisamment d’artistes dans la catégorie (Nougaro, Brassens, Reggiani, Ferré …) des chanteurs dits à textes. Et quels textes ! Il est féministe bien avant que le mouvement #metoo ne s’indigne. Il glorifie le sexe féminin dans Ma femme autant qu’il s’indigne à l’égard de la mafia des Z’hommes.

Invité par le dessinateur Reiser, le dessinateur des couvertures de Charlie Hebdo l’encourage à rejoindre la bande avec laquelle il a la révolte en commun. Il en devient l’ami discret qui ne loupe la conférence de rédaction du lundi que lorsqu’il est en tournée. Cabu le qualifie de chanteur harakiriesque pour sa force à afficher ses convictions. Il n’en demande pas tant, lui qui s’estime « artiste dégagé » en reprenant une formule de la chanteuses Anne Sylvestre.

Il est sans limites, pouvant glorifier Mozart, Beethoven, Schubert et Rossini ou mettre en musique Demain dès l’aube de Victor Hugo, comme écrire ses propres textes. L’homme reste toujours libre. Jacques Brel prévient que sur scène il faut faire gaffe car le lion est lâché. Il rugira contre tout ce qu’il déteste, la chasse, la corrida, la guerre, jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’avait pas de temps à perdre à en parler. C’est qu’il alterne allègrement les coups de gueule et les coups de coeur, quitte à froisser les amis. Pierre Perret (dont il a fait plusieurs premières parties) s’énerve : Tachan, il est jamais d’accord. Il critique tout. Même Avignon où il ne va pas, préférant demeurer dans son jardin.

A-t-il accepté la leçon ? Toujours est-il qu’il laissera de côté les gueulantes pour se focaliser sur ce qu’il aime. Il est philosophe. Il sait que le temps nous est compté. J’ai pas peur de mourir, j’ai peur de plus vivre. Sa chanson fétiche était naturellement Pas vieillir, pas mourir. Elle résonne presque comme une comptine. Elle sera toujours d’actualité, plaisantait-il.

Demain, je serai mort, c’est tout.
Hier je naissais dans un chou, aujourd’hui j’ai peur, c’est tout.

Henri Tachan (2 septembre 1939 à Moulins - 16 juillet 2023 à Avignon).

jeudi 13 juillet 2023

William de Stéphanie Hochet

William Shakespeare est un dramaturge, poète et acteur anglais baptisé le 26 avril 1564 à Stratford-upon-Avon et mort le 23 avril 1616 dans la même ville. Il a étudié l’Antiquité latine qui sera pour lui une formidable source d’inspiration.

Si plusieurs auteurs se focalisent, à l’instar d’Eric Pessan sur La Tempête (en librairie le 25 août), Stéphanie Hochet a choisi Richard III parce que The Life and Death of Richard The Third sera l’une de ses premières oeuvres écrites, à environ 27 ans, et démontre combien il connait les rouages du pouvoir et de la manipulation (p. 102).

Elle décortique (p. 111) pourquoi un homme bascule et sous quelle influence Richard III prend le parti de l’obscur en allant jusqu'à éliminer ses neveux qui lui barrent le chemin vers le trône. Elle témoigne de toutes les horreurs qui ont habité son jeune cerveau, qui rappellent à l'auteure les excès de son oncle, … de la même façon qu’Eric Pessan compare régulièrement l’autre œuvre à sa propre situation familiale.

Il est toujours intéressant, pour nous lecteurs, de comprendre pourquoi une œuvre résonne dans un parcours de vie personnel et devient en quelque sorte universelle.

Le livre est sobrement intitulé William, avec un bandeau argenté très élégant où figure le crâne qui évoque discrètement Hamlet. C’est la période qui précède l’écriture de la première pièce du dramaturge anglais qu’elle décide d’éclairer (si tant est qu’on puisse la dater avec précision car il est difficile de dégager une chronologie exacte de ses oeuvres). Il semble néanmoins établi que les deux plus anciennes -Richard III et les trois parties de Henri VI, le roi deux fois couronné- remonteraient au début des années 1590, à une période de grande popularité pour le théâtre historique.
Que s’est-il passé dans la vie de William Shakespeare entre 1585 et 1592, de ses vingt et un à vingt-huit ans ? Personne ne le sait. Ce sont ces « années perdues » que Stéphanie Hochet se plaît ici à imaginer.
William, marié prématurément et père de trois enfants, étouffe dans le carcan familial. Il ne rêve que d’une chose : devenir acteur. Il se joint alors aux Comédiens de la Reine qui cherchent un remplaçant. Dans une Angleterre où sévit la peste, son sort bascule et sa vocation de dramaturge s’affirme. Ses rencontres avec le ténébreux Richard Burbage, qui lui inspirera le personnage de Richard III, et le fascinant Marlowe seront décisives. Elles dicteront son destin.
Le jeune William aurait-il filé à l'anglaise ? L'envie soudaine (ou la nécessité) de disparaitre n'est pas spécifique à ce pays. Le phénomène a même un nom au Japon. Ce sont les évaporés (p. 38). C'est que fuir provoque une ivresse. Stéphanie en parle en connaissance de cause en confiant les émotions ressenties quand elle-même fuguait. Se mettre à l'écart permet d'évoluer. C'est d'ailleurs la posture qu'elle a adoptée pour écrire ce livre.

Elle souligne à juste escient qu'au XVI° siècle, l'espérance de vie étant limitée, le besoin d'expérimenter de nouveaux horizons devait être d'autant plus pressant. On comprend combien le jeune homme de 23 ans a hâte de connaître Londres et ses théâtres des liberties (p. 86). Pourtant l'époque est violente. Il n'est pas rare de voir des pendus à la sortie des villages (p. 96). Nombreux sont les crève-la-faim qui mendient. On vole et on détrousse, surtout dans les théâtres en plein air. Stéphanie Hochet sait rendre ses descriptions aussi vivantes que des articles d’actualité.

Le roman est construit comme une pièce de théâtre, à tel point que la liste des personnages, inventés et réels, est placée au tout début. Elle y ébauche la reconstitution historique plausible de la vie de William, en faisant une place assez large à son épouse Anne Hathaway sur laquelle on apprend de multiples choses. 

Avec un art subtil du portrait, et une utilisation intelligente du miroir, Stéphanie Hochet fouille aussi en écho les thématiques et les passages de sa propre vie qui justifient son attachement à la figure de Shakespeare : l’androgynie, l’emprise des aînés, le désir de fuite, l’idée du suicide… chacun de ces points est support de fragments autobiographiques et elle confie que, comme le dramaturge anglais elle ne savait alors pas que faire de sa vie (p. 56). Ainsi s’achève la fin du premier acte.

Il est aussi souvent question de féminité et de masculinité, de sexualité aussi. Et à bon escient puisqu'au théâtre en Angleterre les rôles de femmes étaient alors joués par des hommes, ce que soulignait également Eric Pessan dans son roman. Et je rappelle que Belles de scène met ce sujet en lumière au festival d'Avignon.

Le théâtre doit rendre le jeu solennel. Il est le monde entier réuni en un espace clos. Tout y est faux (…) et pourtant rien n’est plus vrai (p. 86). En lisant ces lignes comment ne pas penser à un autre William, Mesguisch, qui met en scène et interprète en ce moment Richard III ?

William est, je crois, le quatrième roman de Stéphanie Hochet que je découvre. Née en 1975, elle a grandi en région parisienne, à Antony, et est écrivain et critique. Elle a publié son premier roman, Moutarde douce (Robert Laffont) à l’âge de 26 ans, puis chez d'autres éditeurs Le Néant de Léon (2003), L’apocalypse selon Embrun (2004), Les Infernales (2005), Je ne connais pas ma force (2007), Combat de l’amour et de la faim (Prix Lilas 2009), La distribution des lumières (Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres 2010 ), Les Éphémérides (2012), Sang d'encre, plus récemment chez Rivages Un roman anglais (2015), et Pacifique (2022).

William de Stéphanie Hochet, Rivages, août 2023

dimanche 9 juillet 2023

Rocky, dernier rivage de Thomas Gunzig

Thomas Gunzig est un auteur et une personne que j’apprécie énormément. Je l’ai interviewé pour la radio et j’en garde un excellent souvenir. Alors, forcément, même si son nouveau roman n’appartient pas à un genre que j’aime, la dystopie, je me précipite pour au moins le commencer.

J’ai ouvert Rocky, le dernier rivage, et je ne l’ai pas lâché, du matin à tard le soir, malgré le soleil, l’appel de la mer et les assauts des moustiques.

Bien sûr, c’est une fiction qui nous plonge dans un monde en fin de vie, d’une noirceur assez épouvantable mais en fin de compte quasi plausible pour qui observe avec discernement ce qui se passe depuis disons trois ans. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est effrayant parce qu’on reste dans la littérature et parce que l’auteur sait distiller ce qu’il faut d’humour pour qu’on tourne les pages en se disant qu’on peut poursuivre sans risquer que notre moral (déjà bien entamé par l’actualité nationale et internationale) ne tombe davantage en miettes.

Égoïstement, on se dit aussi qu’il y a peut-être une ou deux idées à grappiller … au cas où les choses tourneraient encore plus mal.

Et puis, il y a les quatre personnages principaux, avec qui on entretient une relation distanciée mais suivie. D’abord Fred, le milliardaire qu’on aimerait devenir si on avait, nous aussi, et pourquoi pas, une idée du tonnerre qui nous permettrait de faire fortune. Sa femme, Jeanne, qui se heurte à l’ennui sans parvenir à en sortir et qui d’abrutir à coups d’anxiolytique fabriqués par un laboratoire qui semble avoir sponsorisé l’écriture de cette œuvre. Les deux enfants qui traversent l’adolescence et qui sont démunis pour aborder l’âge adulte. Voilà des tigres en cage et leur férocité sera terrible.
Réfugiés sur une île déserte dans la villa de luxe que Fred a fait construire avec tous les éléments d’une vie heureuse et confortable - piscine, salle de sport, home cinema, nourriture et alcool pour des dizaines d’années, vêtements de rechange, médicaments et produits de beauté comme d’entretien, installations pour produire de l’énergie sans limite … - en compagnie d’un couple d’employés de maison argentins assurant le ménage, la cuisine et la maintenance.
Une pandémie décime l’humanité partout ailleurs. Partout sur terre, ceux qui ne mouraient pas du virus mouraient de l'anarchie causée par la peur. Et ceux qui ne mouraient pas de l'anarchie mouraient du virus. Le chaos est mondial sauf sur leur île. Pourront-ils y poursuivre une existence heureuse et insouciante ? Fred a-t-il vraiment tout prévu ?
La famille vit dans l’opulence, loin du mythe de Robinson dont l’auteur prend le contrepied. Il faut croire que la richesse rend naïf mais il sera vite démontré qu’elle ne fait pas le bonheur, c’est une évidence, surtout quand l’argent n’a plus de valeur. Et c’est historiquement prouvé, il suffit par exemple de penser au Palais de Knossos, détruit par un tremblement de terre et des incendies.

Aucune civilisation ne semble avoir le pouvoir de résister à l’épreuve du temps. Le roman est passionnant parce qu’au fond il est donc assez plausible. Le concept de fin du monde est dans tous les esprits et il est ici traité sur un ton plus optimiste que ne le fait Cormac Mc Carthy dans La route.

Thomas Gunzig a fait plus que construire une fiction. Il s’est manifestement documenté avec précision. Le lexique est parfois vertigineux, surtout lorsqu’il s’agit d’informatique, mais on en comprend l’essentiel. Le récit jongle entre des faits glaçants, inspirés par la catastrophe d’une prochaine extinction de masse, et qui parfois semblent même découler de l’actualité (lisez attentivement la p. 88) et des évocations poétiques. Ainsi les souvenirs sont des oiseaux de brume, des images fugaces, insaisissables et immatérielles (p. 160).

Il a recours à des métaphores explicites. La vérité c’est comme un sparadrap qu’on arrache, il vaut mieux faire ça d’un seul coup, ça fait moins mal (p. 253). Il soulève des questions d’éthique sur le civisme et l’obéissance, qu’il oppose à l’égoïsme du chacun pour soi. Parallèlement il nous interroge sur notre attitude : peut-on faire confiance à l’Etat-providence pour nous sauver, nous et notre famille ? Et nous invite implicitement à nous réfléchir à ce que nous emmènerions sur une île déserte si la question se posait vraiment.

Le huis-clos sera sanglant, un peu à l’instar des Confins d’Eliott de Gastines qui dépeint une autre forme de camp retranché.

Thomas Gunzig est journaliste à la RTBF, auteur de pièces de théâtre et scénariste pour le cinéma et la BD, et bien entendu aussi écrivain. Ceux qui voudraient lire de lui un feel-good absolu ouvriront le roman éponyme que j’ai adoré.

Rocky, dernier rivage de Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, en librairie le 31 août 2023

mercredi 5 juillet 2023

Des mains en or, film d'Isabelle Mergault

Isabelle Mergault nous avait secoués et séduits avec son premier film Je vous trouve très beau, en 2005, César du Premier Film.

Elle nous offre aujourd'hui une nouvelle histoire d'amour peu conventionnelle qui s'achève en évitant la happy end à laquelle on s'attendrait. Avec Des mains en or, nous sommes encore dans le décalage et le combat contre les idées reçues.

Ce n'est pourtant pas tant l'opposition entre médecine traditionnelle et traitements alternatifs que nous retiendrons mais celle qui se fissure entre deux mondes socialement différents qui n'ont pas les mêmes codes de comportement et qui, a priori n'ont pas les mêmes valeurs.
Philippe (Lambert Wilson) est un écrivain reconnu, dont la vie se déroulait sans accrocs : une épouse chirurgienne (Sylvie Testud), un cercle d'amis de haut rang, un manoir parisien... Et surtout, une entrée imminente à l'Académie Française. Sauf que Philippe souffre de terribles maux de dos qui lui empoisonnent l’existence. Lorsqu'il rencontre l'incroyable Martha (Josiane Balasko), qui le récupère après un accident de voiture sur les routes normandes, sa vision du monde change.
Avec sa douce folie et ses mains guérisseuses, cette femme qui parait si libre s'attache surtout à soigner les autres quitte à s'oublier elle-même. Entre ces deux personnages que tout oppose se tisse une amitié étonnante, avec l'occasion pour eux d'enfin saisir le meilleur que la vie peut leur offrir.
On assiste à tous les poncifs de la situation, aussi bien en paroles, qu'en attitudes, et jusqu'au choix des escarpins de la chirurgienne (des Louboutins bien évidemment). Alors que Philippe a la carrure d'un académicien Martha ignore ce qu'est un alexandrin. Pourtant elle est championne en communication sans même posséder de téléphone. Elle se dispense d'avoir un permis de conduire. Je m'permets toute seule fanfaronne-t-elle.

Il affronte la solitude de l'écrivain. Elle gère l'affluence de ses "patients" parmi lesquels j'ai eu le plaisir d'apercevoir Caroline Loeb. Le soir il dine avec sa femme, chacun à un bout de table alors qu'elle commence un tour de chant dans un café normand. Leurs mondes n'ont rien en commun. La rencontre est un choc. Isabelle Mergault réussit la prouesse d'en faire un feu d'artifices en combinant légèreté et profondeur. On pensera qu'elle a tout inventé parce que franchement un "loto bouse" ça semble sorti de nulle part et c'est pourtant bien réel. Son génie est d'avoir juxtaposé des situations dont elle a été le témoin et de les faire jouer par une bande d'acteurs qui sont totalement à l'aise dans leur rôle.

On partage avec eux une sorte de jouissance enfantine à danser devant les vagues au son de l'accordéon. Il fallait oser filmer Josiane Balasko tapant dans un ballon. Elle est époustouflante dans une séquence évoquant Marilyn. Son sourire est lumineux.

Le choix des chansons est tout à fait pertinent. Quelle bonne idée d'avoir repris des airs anciens que nous avons gardés en mémoire et qui dégagent immédiatement des ondes positives. Que ce soit Enmenez-moi de Charles Aznavour, ou Le p'tit bonheur de Félix Leclerc (qui nous oriente sur une fin plausible) et surtout le Tchin tchin tchin d'Hugues Aufray, superbe ode à l'amitié.

Le film a principalement été tourné en Normandie, la région chère au coeur d'Isabelle, en particulier à Tracy-sur-Eure. Également à Saint-Aubin-sur-Mer, dans le restaurant Le Crabe vert, rebaptisé Les Mouettes pour le film et dont la réalisatrice connait très bien le patron. Mais les parisiens auront reconnu une des salles de l'Institut dans la scène de l'investiture de l'académicien (même si ce n'est pas là que se déroule d'habitude la cérémonie, je le sais pour y avoir assisté) et puis un plan du parc départemental de Sceaux dont je connais si bien les arbres que leur silhouette m'est familière.

Ne manquez pas ces Mains en or. On passe un joli moment dont on ressort en respirant plus légèrement.

Des mains en or
, film réalisé par Isabelle Mergault
Scénaristes : Isabelle Mergault, Jean-Pierre Hasson
Avec Josiane Balasko, Lambert Wilson, Sylvie Testud, Béatrice Facquer, Jean-Louis Barcelona, Nicolas Briançon, Teresa Ovidio, Marie Petiot, Laurence Yayel, Yann Papin, Philippe Vieux … et Caroline LoebEn salles le 7 juin 2023

samedi 1 juillet 2023

Un destin sauvage, si sauvage d’Inga Vesper

Encore un livre que je n’aurais sans doute pas lu sans Netgalley … Et pourtant Inga Vesper est une auteure dont le premier roman a connu un succès considérable.

Après Un long, si long après-midi (publié l’année dernière en France à 25.000 exemplaires aux éditions de La Martinière), nous arrive Un destin sauvage, si sauvage. Il a été écrit pendant la pandémie mais il faut considérer que le temps de la traduction ralentit le processus de publication à l’étranger.

La couverture est élégante mais je ne pense pas qu’elle m’aurait attirée en librairie. La silhouette des trois héroïnes ne se distingue pas au premier regard.  Et je trouve aussi que la similarité entre les deux titres est un peu réductrice, connotant (à tort) une proximité de thème entre les deux romans. Leur construction est semblable aussi dans leurs versions originales avec The long, long afternoon et This wild, wild country.

Les traductions sont presque fidèles mais j’avoue préférer un monde sauvage à un destin sauvage … Les titres et les couvertures des livres semblent souvent obéir à une logique mystérieuse. On sait d’ailleurs que les auteurs ont rarement leur mot à dire à leur sujet.

Quoiqu’il en soit j’ai beaucoup apprécié l’écriture d’Inga Vesper et il ne fait pas de doute que sa plume va compter. C’est un roman qui est idéal pour la période estivale, qu’on soit en vacances … éloigné des séries télévisées, ou qu’on cherche un « bon gros » bouquin qui nous emporte loin, très loin d’un quotidien que l’on ne peut pas physiquement quitter pour le moment.

Il m’a détourné quelques jours de la rentrée littéraire et j’ai apprécié ce voyage dans le temps et dans une contrée dont je n’ai qu’une vision tronquée, l’ouest américain.

Un peu à l’instar de la narration d’Eliott de Gastines dans Les Confins on découvre l’entrecroisement du destin de deux personnes d’une même famille, en milieu montagnard, mais cette fois qui sont des femmes, et cela à quarante ans d’écart, entre 1934 et 1970. C’est encore l’appât du gain -cette fois la découverte d’un gisement d’or- et la vengeance qui sont les moteurs de l’action sur un fond d’utopie idéaliste.

Ce qui doit arriver, arrive. Cette phrase revient régulièrement et résonne comme une résignation, une fatalité ou une menace.

A mi chemin entre roman policier et historique (car on apprend beaucoup des relations entre indiens et américains et de la législation spécifique aux droits des uns et des autres) ce livre dégage une violence qui devient parfois insoutenable alors qu’on sait que ce n’est pas un documentaire mais un roman.

Ce n’est pas la première fois que le « rêve américain » est égratigné mais Inga Vesper le fait avec une acuité particulière. Sa grande force est de rendre ses personnages extrêmement vivants, nous poussant à les croire réels. On trouve dans ce roman des portraits de femmes qui dérangent, qui souffrent pour conquérir une émancipation qui ne va pas de soi dans une société dominée par les hommes blancs. C’est aussi l’occasion de revenir sur ces années marquée par un mouvement hippie qui a cru à la prise de pouvoir par la bonté humaine et à la paix.

Cet idéal de vie résonne forcément avec l’actualité que le monde connait aujourd’hui. A croire que les souffrances endurées par nos ancêtres ne mettent pas à l’abri les générations suivantes et que rien ne va mieux même si la fin ouverte se veut optimiste.

Inga Vesper est journaliste et écrivaine. Après avoir quitté l’Allemagne pour le Royaume-Uni, elle a travaillé quelques années comme aide-soignante, et on peut penser qu’elle y a développé des compétences fortes en empathie tant elle est animée par une volonté de réparation. Elle vit et travaille aujourd’hui à Glasgow où elle écrit en explorant de nouveaux horizons.

Un destin sauvage si sauvage d’Inga Vesper, traduit de l’anglais par Marc Sigala, La Martinière, en librairie depuis le 2 juin 2023
Lu en format numérique de 421 pages

jeudi 29 juin 2023

L'huile d'olive crétoise

Il était un peu délicat de traiter le sujet de l’huile d’olive alors que sortait la grande enquête de 60 millions de consommateurs dénonçant de grandes marques, jusqu’à présent réputées. Je n’entrerai pas dans le débat, n’ayant pas les cartes en mains, mais je sais que ce produit est un des trois sur lesquels il faut être vigilant comme faisant le plus l’objet de contrefaçons.

La culture de l’olivier s’est imposée en Crète, bien avant la Grèce, et dès le début de l’âge de bronze … même si une légende voudrait que le premier olivier ait été offert aux hommes par Athéna, déesse de l’intelligence, qui l’a planté sur l’Acropole.

Ce sont des branches d'olivier qui composaient la couronne, consécration suprême des vainqueurs des Jeux olympiques.

On voit en Crète des arbres au tronc énorme. Ils sont centenaires et parfois même millénaires. Le plus vieux au monde, encore vivant, serait celui de Kavoussi, près d’Iraepetra, et compte 3500 ans.

mercredi 28 juin 2023

Les Confins d’Eliott de Gastines

Avec Les Confins Eliott de Gastines nous raconte une histoire de monde à l'envers, comme la couverture le suggère si habilement.

Paradoxalement, le roman commence par la fin au détriment  apparent d'un suspense quant à l'issue du retour de l'enfant du pays. La tension est forte mais le doute sur ce qui va se produire s’amenuise dès qu’on aborde la seconde partie. D'ailleurs y a t’il une vraie différence entre les deux parties ?

On apprend très vite que l'arrivée de Bruno Roussin s’inscrit dans un double dessein : l'écriture d'un roman et la vengeance (p. 73). On sait immédiatement que celle-ci sera terrible et dévastatrice. Sauvage comme le furent les habitants autrefois à l'égard de son grand-père, Pierre Roussin.

Les références à Stephen King sont évidentes, aussi bien à  Shining avec le personnage de gardien d'hôtel dans un bled paumé en montagne que par le début du roman qui démarre comme de la science-fiction ou disons de l’histoire-fiction.

Il est amusant de placer une carte au début pour aider le lecteur à repérer Les Confins, un hameau dont la quatrième de couverture nous prévient qu’il n’a jamais existé. Croyons-y le temps de l’histoire.

Il n'empêche que l'intrigue est passionnante car elle est construite sur fond de vérité historique quand  l’utopie des sports d’hiver pour tous s’imposait. Rien n’arrêterait les classes moyennes dans la course au standing (p. 17). Les stations de sports d'hiver se développent dans le cadre du Plan Neige, dont il résultera Tignes, La Plagne, et autres énormes complexes "nouveaux" à 2000 mètres d’altitude (p. 64). L'histoire est alimentée par les souvenirs personnels de l'auteur dont le grand-père s’est vu en grand entrepreneur pour construire un télécabine à la Clusaz. Qu'on se le dise néanmoins, et fort heureusement, le drame qu'il nous raconte est une pure fiction.
En 1964, le village des Confins promettait d’être une station de ski florissante. Vingt ans plus tard, il n’en reste qu’une station fantôme. Les installations – remonte-pentes qui ne mènent nulle part, gares de téléphérique inachevées – sont peuplées de spectres et traversées par les vents glacials de haute montagne.
La route, jugée trop dangereuse, est fermée à partir du mois de novembre. Juste avant, au début de hiver 1984 le fils du promoteur qui jadis vit en ces lieux un Eldorado blanc revient au pays. Au village, il n’y a plus qu’une trentaine d’habitants habitués à passer l’hiver reclus. La tempête se lève. Dès les premiers jours, les lignes téléphoniques sont hors d’usage.
La montagne en hiver est un cadre très inspirant pour construire un thriller qui avancera symétriquement comme un pont entre 1964 et 1984. Les hommes aimaient mieux rêver que réfléchir (p. 71). Pour sa part Pierre rêvait en réfléchissant et ce personnage aux multiples talents m’a séduite avec la description que l’auteur fait du projet. Par contre celui de Bruno n'a pas gagné ma sympathie malgré ses malheurs et son tempérament résolument obsessionnel abîmé (à qui l’enfer ne faut pas peur). .Il me faut aussi reconnaitre que, au bout de plusieurs chapitres, le thème de la vengeance m'a lassée et l'alcoolisme prononcé de ces montagnards m'a rebutée. Il manque un petit quelque chose qui ferait de ce roman un livre totalement abouti.

J'aurais pourtant adoré dire d’Eliott de Gastines qu’il a énormément de talent (même si p, 74 il estime que ce serait trop de responsabilité engagée). Trêve de plaisanterie, il a quand même beaucoup.

Eliott de Gastines n'en est pas tout à fait à sa première expérience littéraire. Il a travaillé comme concepteur-rédacteur publicitaire après des études de graphisme. Il a été lauréat du Prix du Jeune Écrivain en 2012.

Les Confins d’Eliott de Gastines, Flammarion, en librairie depuis le le 09 février 2022
Sortie en poche aux éditions J’ai lu

mardi 27 juin 2023

Patte blanche de Kinga Wyrzykowska

En empruntant l’expression chez La Fontaine, Kinga Wyrzykowska a choisi de nous raconter avec Patte blanche une histoire sous forme de fable. On s’attend donc à trouver une morale à la fin du roman.

Mais d’abord, elle campe les personnages d'une famille qui connait grandeur et décadence, et dont chacun a un travers à cacher.
Les Simart-Duteil ont marqué l'actualité comme étant une famille parfaite. Paul, Clothilde, Samuel ont été des enfants rois. Leur père, magnat des autoroutes au Moyen-Orient, leur mère, Italienne flamboyante, leur ont tout donné. Leur nom si français, leur maison flanquée d’une tourelle – comme dans les contes –, leur allure bon chic bon genre ont imprimé sur le papier glacé de la mémoire collective.

Jusqu'à ce qu'un jour, un frère caché écrive de Syrie pour réclamer sa part de l’héritage. Si "l’étranger" montre patte blanche… il n’est pas pour autant le bienvenu. Paul, dont la notoriété d’influenceur politique commence à exploser, décide de prendre en main le salut de son clan. Une lutte pour la survie de la cellule familiale se met en branle. 

La famille s'affichera alors à la page des faits divers, les signalant reclus dans leur manoir normand aux volets fermés. La façade se lézarde. Les failles intimes se réveillent. Les souvenirs remontent et, par écran interposé, le lecteur plonge dans la généalogie d’un huis clos.
L'écriture de l'auteure, dont c'est le premier roman, est autant nerveuse qu'intelligente. On retrouve dans ce livre nombre de sujets qui ont fait, et qui pour certains continuent, les choux gras des médias sociaux.

Il est question de followers à qui Clothilde, la fille, 1036 amis sur Facebook, raconte le moindre épisode de son quotidien sa vie plutôt que de les savourer avec ses enfants. Elle comptabilise les likes attribués  à des photos prises dans des poses ridicules, mais tant pis, il  faut de l’effet. Paul, le fils ainé, a fait son coming-out. Claude, le père, mène une double vie. Isabella, la mère est adepte de la chirurgie esthétique.

La vie pas très nette de la famille s'étale sur le Net. L'analyse de la futilité est judicieuse (p. 155). Les répliques sont truffées d'expressions anglaises. Très vite, le lecteur s'interroge sur la vérité des sentiments. Tout semble artificiel, même les suppliques polies mais intéressées du rejeton syrien.

L'histoire se passe en Normandie, à Yvetot, et on pense à Guy de Maupassant qui, lui aussi dressait de noirs portraits de la bourgeoisie.  On a aussi en tête des images de Festen, ce film danois co-écrit et réalisé par Thomas Vinterberg, Prix du jury à Cannes en 1998, qui a pour sujet la révélation de vérités difficiles à entendre …

Pierre Desproges aurait pu en être l'inspirateur. C'est caustique et caricatural mais comme aucun personnage n’attire la sympathie on ne va pas bouder notre plaisir. La crise révèle la nature profonde des gens (p. 243) et bientôt c'est un vrai jeu de massacre.

Éric Zeimour apparait fugacement, dans un train, contre la poitrine duquel Clothilde s’écroule. Le lecteur tremble un peu parce que les références aux attentats de Charlie et du Bataclan se profile en toile de fond, décrivant un climat social que nous avons connu et d'où émerge la peur de l'autre, sans que l'on ait la capacité à déterminer avec justesse de quel "autre" il y a le plus à craindre, surtout dans une communauté où personne ne veut rien perdre ni même partager.

Ce qui est également très réussi c'est la porosité entre les bons et les méchants. Ainsi Clotilde, qui cherche à bien faire améliore chaque recette avec des épices (pour y mettre sa patte écrit l’auteure). Mais lorsqu'elle le fait pour des sandwichs qu’elle distribue porte de La Chapelle à des migrants on le lui reprochera au motif que "la fantaisie peut créer du conflit et de l’incompréhension. Et puis pas trop de familiarité (lui conseille-t-on). Les gens ne sont pas des anges, vous savez, ni ici ni ailleurs. Ni eux ni vous" (p. 190).

Sans devenir paranoïaque comme les membres de cette famille, retenez l'astuce du paquet de chips -vide et propre- pour brouiller les ondes et protéger ses données (p. 240). Je conserve mon passeport dans un sachet métallisé depuis des années.

Je n'ai qu'un (petit) reproche à faire à Kinga Wyrzykowska, c'est l'emploi erroné de l'expression mariage pluvieux comme signe de bonheur (p. 192). Même des auteurs français, qui n'ont pas comme elle l'excuse d'être né en Pologne (en 1977) le font. Il ne s'agit pas de météo mais d'âge. Lorsqu'on se marie plus vieux on est censé avoir eu le temps de mieux choisir et par conséquence d'être davantage heureux.

Patte blanche de Kinga Wyrzykowska, éditions du Seuil, en librairie depuis le 18 aout 2022
Prix Françoise Sagan 2023 

lundi 26 juin 2023

Vers la violence de Blandine Rinkel

Je ne sais pas si j’aurais lu Vers la violence s’il n’avait pas été reçu le Grand Prix des Lectrices de ELLE. Ayant été jurée une année, je suis toujours curieuse du palmarès de ce prix qui me semble particulièrement objectif.

Je ne connaissais pas Blandine Rinkel. A 32 ans elle a pourtant déjà publié deux romans, à un rythme plutôt soutenu, L’Abandon des prétentions (2017) et Le Nom secret des choses (2019), C’est, je crois, le titre de son troisième roman qui ne m’aurait pas encouragée.
Fort et fantaisiste, Gérard illumine l'enfance de sa fille, Lou. Mais il traîne avec lui des secrets et des fantômes. Est-ce de là que surgissent ses subits accès de cruauté, qui exercent sur Lou fascination et terreur?
Vers la violence rappelle comment nos héritages nous façonnent, entre chance et malédiction.
L’héroïne a donné à sa compagnie de danse le nom de La Meute et elle s’appelle Lou. On ne peut pas éviter de songer que ce prénom colle plutôt bien avec l'animal qui figure sur la couverture. Egalement que le type de danse qu'elle a choisi le Krump, (très bien analysé p. 213 ) n'est pas sans lien avec la violence même s'il la dénonce. Je remarque aussi que Blandine est le nom d’une sainte qui fut livrée à la voracité d’animaux sauvages, ours, sangliers, taureaux, lynx et bien entendu aussi de loups mais ceux-ci ne l’ont pas touchée. Son martyre n’en fut pas moins cruel mais dirigé par des hommes.

Quoiqu’il en soit, la narratrice raconte, de son enfance à l’âge adulte, combien le personnage de son père la façonne et conditionne ses choix, jusqu’à ce qu’elle s’en libère, si bien qu’à la fin le lecteur ne pourra pas trancher entre ce qui aura relevé de la malédiction et de la chance.

De l'enfance à l’âge adulte, Lou va découvrir et nous révéler une image de plus en plus précise de son père, Gérard. Un homme minable et violent. De lui elle écrit : il ne m’avait pas légué la douceur, la confiance ni la foi. Pourtant j’héritais de lui les trois choses auxquelles je tenais le plus au monde. J’héritais de lui l’absence, la joie et la violence. Au mieux, elle aura appris le sang-froid au contact d'un homme comme celui-là (p. 144).

L’imagination est plus importante que le savoir, les secrets plus précieux que les vérités (p. 95). Il n'empêche que c'est surtout parce qu'elle a une force de caractère hors du commun, innée ou acquise, la question se pose, que Lou va trouver son chemin. Et si nous n'avons pas le même parcours, plusieurs de ses réflexions peuvent faire écho en chacun de nous. Pour des raisons très personnelles ce qu'elle écrit à propos du rein me touche particulièrement (p. 314).

Le roman de Blandine Rinkel est formidablement bien structuré et justifie amplement l’obtention du prix.

Vers la violence de Blandine Rinkel, Fayard, en librairie depuis le 17 août 2022
Prix Méduse 2022
Grand Prix des Lectrices de ELLE 2023

samedi 24 juin 2023

TUTU par les Chicos Mambo

TUTU est ce qu'on appelle un spectacle culte et le qualificatif est amplement mérité. Vous le constaterez sans doute par vous même en visionnant la vidéo que j'ai jointe à la fin, même si on peut regretter qu'elle soit fortement sous-exposée. Les couleurs éclatent dans la salle sous les magnifiques pinceaux de lumières de Dominique Mabileau.

TUTU est une création de la compagnie Chicos Mambo qui a vu le jour il y a plus de 20 ans, en 1994 à Barcelone, suite à la rencontre de son directeur actuel Philippe Lafeuille avec deux danseurs : un catalan et un vénézuélien. Leur expérience et leur sens de la dérision ont donné naissance à l’esprit piquant des spectacles de la compagnie.

Après un succès prometteur avec la première création en Espagne et en France, le deuxième spectacle Méli-Mélo, créé en 1998, confère aux Chicos Mambo une renommée internationale jusqu’au Japon où il sera à l'affiche pendant 2 mois.

Méli-Mélo II sera présenté pour la première fois au Festival d’Avignon OFF en 2006 et remportera le prix du « Meilleur Spectacle International » au Festival Fringe d’Edimbourg. Il tournera régulièrement en Europe et Amérique du Nord jusqu’en 2013.

L'année suivante, Philippe Lafeuille imagine TUTU qui sera longtemps à l'affiche à Bobino. Il décrochera le prix du public « Danse » au 50ème Festival OFF du Festival d’Avignon en 2015 et le Prix de la reprise aux Trophées de la comédie musicale ce mois-ci en 2023. Au moins 500 000 spectateurs ont déjà assisté à une représentation dont le nombre dépasse les 600 dates et le public n’a pas fini de grandir.

Serait-il envisageable que ce spectacle ne vous plaise pas ? Ça commence doucement avec un air de boite à musique, comme celles qu’on déniche encore aux Puces et qui, lorsqu’on en soulève le couvercle, fait surgir une figurine en simple tutu blanc. La scène est en noir et blanc comme dans l’ancien temps.

Résonne ensuite la grande musique et nous découvrons un bouquet de tulle rose. Du floral on glisse dans l’animalier, et nous retrouverons cette figure de style à plusieurs reprises.
Les chorégraphies reprennent, en les détournant parfois, les codes de la danse classique et des ballets contemporains. Plus tard dans la soirée on sera surpris par l’évocation du style de la célèbre (et regrettée) Pina Bausch. Philippe Lafeuille a repris le principe de la ronde des danseuses, qu’elle faisait tourner en longue robe fluide, cheveux lâchés, sur la musique du Sacre du printemps en décalant le propos puisqu’il fait évoluer ses danseurs sur le morceau de violon Raquel de Bau en accentuant les mouvements capillaires et en leur demandant de prononcer quelques syllabes en langue germanique.

Par contre, il avait auparavant utilisé la musique du ballet de Stravisky pour en faire une sorte de danse infantile avec des danseurs en tutu-couche-culotte. La dérision est régulière mais jamais vulgaire et toujours au service du sourire, voire du rire alors que notre cerveau réalise combien il a fallu d’heures de travail pour en arriver à ce niveau de simplicité.

Voir les danseurs évoluer sur des pointes, exécuter des pas chassés et mimer un envol avec leurs bras nous semble totalement naturel. Ça ne se voit pourtant jamais sur la scène de l’Opéra. A peine a-t-on réalisé l’immensité de la prouesse que, par un effet d’illusion, on comprend qu’on assiste à une parodie dont, à la fin, on nous révèle le trucage en toute humilité.

Les danseurs mobilisent le moindre de leur muscle (et ils en ont !). Ils osent même danser de dos en demeurant gracieux. Leur corps entier est sollicité, jusqu’au bout des ongles. Les jeux de doigts sont fréquents, transformant les mains en becs de cygnes. Tulle ou plumes … l’illusion est revendiquée et réussie.

Les costumes participent à la construction des scènes. Les voici canards, exécutant des clowneries sur la musique de la Danse des cygnes, du lac des cygnes de Tchaikowsky. Puis en costume doré pour The sleeping beauty, du même compositeur. Après la valse, le tango sur Quejas de Bandonéon.

Quatre paires de jambes se croisent sur le Boléro de Ravel. Un seul interprète (Julien Mercier) évolue, pendu à une sangle sur  le rythme très soutenu de Easy Level de Itecz dans un numéro comme on pourrait en voir au Cirque su Soleil.
Le Danube bleu est dansé sur un rythme cubain. Et la rumba est prétexte à une évocation du concours télévisé Danse avec les stars en costumes paillettes.

Tous les styles de danse sont passés en revue, y compris des incursions dans l’univers du cirque, sur tous les styles de musique d’un très large répertoire. Outre Stravinsky, Tchaikowski, Johann Strauss, Camille Saint-Saens ou Ravel on a le plaisir d’entendre l’Etude en forme de Rythm and blues du Grand Orchestre de Paul Mauriat, The Time of my Life de Bill Medley et Jennifer Warnes (Dirty Dancing), les variations Goldberg,  et même … plus étonnant … la comptine Petit escargot. Ou encore The vegetable orchestra de Scoville avec des couvre-chefs en forme de fraise, chou-fleur, poivron, aubergine …
Tout est prétexte à délire, en restant respectueux de l’œuvre originale, et la salle ne cache pas sa joie. retour au calme avec le mélancolique Yumeji’s Them de In the mood for love avant une bataille de pompons filmée par une Zentaï.
Il n’y a pas à dire : c’est génial ! Ils restent au Théâtre libre jusqu’au 9 juillet mais je peux vous annoncer la bonne nouvelle : leur retour dans ce même théâtre du 8 au 26 novembre 2023 puis du 22 décembre au 4 février 2024.

J’aurai aussi le plaisir d’assister à  CAR/MEN (que je n’ai vu qu’en captation) qui revient du 14 décembre 2023 au 4 février 2024 … en attendant la nouvelle création qui s’appelle A4, encore un titre trouvé avec humour en référence au nom du concepteur.

   
Tutu : Conception / Chorégraphie : Philippe Lafeuille
Avec les danseurs : Marc Behra, David Guasgua M, Kamil Pawel Jasinski, Julien Mercier, Vincent Simon, Vincenzo Veneruso
Zentaï : Corinne Barbara
Conception lumières : Dominique Mabileau - Costumes : Corinne Petitpierre - Bande son : Antisten
Jusqu’au 9 juillet au Théâtre Libre 4 boulevard de Strasbourg - 75010 Paris 
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de © Chicos Mambo

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