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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 21 novembre 2024

Le syndrome de l’Orangerie de Grégoire Bouillier

J’avais tant entendu parler de ce livre présenté comme l’analyse de la série des Nymphéas peints par Claude Monet que je voulais comprendre ce que Grégoire Bouillier avait décrypté de ce chef d’œuvre.

On me l'avait vendu comme une enquête passionnante et virtuose toute en imbrications et superpositions de temps, de personnages célèbres, de lieux, à partir des toiles Nymphéas de Monet.

Si je me souvenais parfaitement des tableaux que j’ai admirés récemment aussi bien à la fondation Vuitton qu’au musée Marmottan Monet, il ne me restait que la vague impression d’une immensité de bleu troué de taches roses et vertes dont j’ignorais si je l’avais vue à la National Gallery de Washington (qui dispose de 28 oeuvres, dont Le Pont) ou au Musée de l’Orangerie que je n’étais plus certaine d’avoir visité.

Le sujet était passionnant car il est effectivement troublant de savoir que l’artiste avait pu peindre 97 mètres linéaires en délayant (le mot plairait à Grégoire Bouillier) le même thème pendant plus de trente ans. Une telle obsession méritait qu’on se penche dessus, au risque d’y sombrer. Le musée de l’orangerie devient pour lui une scène de crime. Il raconte son cheminement (intellectuel) avec humour en faisant preuve d’un lexique très contemporain, sans craindre la moindre vulgarité.

Certes, il y a de l'amusant dans l'échafaudage de Bouillier. Par exemple quand il décrypte (p. 70) la première apparition du professeur Tournesol en 1944 dans Le Trésor de Rackham le Rouge quand il vient sonner proposer à Tintin un petit sous-marin en forme de requin pour explorer sans danger les profondeurs de l'océan. 
Il en déduit (quelle imagination !) que si les Grands Panneaux cachent un Grand Secret, s’ils sont comme le professeur Tournesol qui, sous son déguisement, dissimule un fantôme du passé, il va le découvrir. Car la méthode est infaillible. Elle a fait ses preuves. Elle possède l’œil et le bon. (Tonnerre de Brest et foi de bachibouzouk).

Si on est tout à fait honnête, on se lasse de toutes les pistes empruntées par l’écrivain, y compris la traversée d’Auchwitz-Birkenau dont je n’ai pas compris le sens, peut-être parce que j’ai moi-même arpenté ce camp qui m’a laissé une horrible vision : tout y semble entretenu de telle sorte qu’il suffirait d’un (autre) fou pour qu’il reprenne son activité mortifère, malgré la verdure de l’herbe semée de pâquerettes le jour de ma venue.
C’est peut-être ce contraste qui a frappé Grégoire Bouiller en l’inversant aux Nymphéas. Sous la beauté de la composition se cacherait donc une pourriture ? Ce serait en premier lieu les morts d’une autre guerre mondiale, la première, puisque Monet offrit son travail à la France le 12 novembre 1918, au lendemain d’un armistice qu’il voulait célébrer. Et oui il a raison de voir que dans nymphéa, il y a le mot hymne (p. 35). Également de pointer que peindre 400 nymphéas, que jamais il n’appela nénuphars, c’est bien plus qu’une tocade (p. 86).

Toujours est-il que le voyage autobiographique que nous livre l’auteur s’étire comme la lave d’un volcan qui n’en finirait jamais de lancer de nouvelles cendres. Quant aux pistes d’explication que l’écrivain nous offre comme si c’était les siennes, je n'ai pas eu besoin de faire une enquête comparable à celles que lancent les profilers aguerris. Tout est expliqué au musée de l’Orangerie et de nombreux ouvrages ont déjà abordé ce thème, comme par exemple Deux remords de Claude Monet de Michel Bernard, paru à La Table Ronde en 2016.

Grégoire Bouillier ne pouvait pas l'ignorer mais il a cependant beaucoup investigué sur Internet. Il l’écrit noir sur blanc en nous rappelant la phrase d’André Breton : L’imaginaire, c’est ce qui tend à devenir réel (p. 186). Est-ce que cela justifie que nous prenions pour argent comptant les hypothèses que l’auteur échafaude ? Même et surtout lorsqu’il les tricote avec des faits avérés ? Même aussi en argumentant avec Beckett qui disait que tous les tableaux sont des "aveux" (p. 132) ?

Il m'avait donné la nausée en alternant ses réflexions sur Auchwitz et Giverny (que je connais aussi) en prétendant avoir songé qu’Auschwitz-Birkenau avait été une tentative absolument machiavélique d’effacer le jardin de Claude Monet (p. 152).

Est-ce bien utile aussi de s’appesantir sur ses énervements concernant (je le cite et vous remarquerez le style familier de ses termes) : cette "famille polonaise", à propos de laquelle je n’ai rien découvert sur Internet, pas même son nom, pas même la date de son installation dans la villa ? Pas même un post fielleux, une polémique, que dalle ! Bizarre, non ? Alors que le moindre pet-de-nonne dégénère en buzz planétaire ? (J’espère que le site Fortitude ne raconte pas des cracks ! En plus d’avoir l’air idiot, j’aurais l’air malin !) Si je m’écoutais, je mènerais bien ma petite enquête sur les mystérieux occupants de la "villa Höss".  (p. 191).

Il en rajoute une couche plutôt vulgaire un peu plus loin : fuck la famille, qu’elle aille se faire foutre, qu’elle crève, comme tous ces connards du Salon et tous ceux qui semblent sur Terre uniquement pour vous mettre des bâtons merdeux dans les roues (p. 204).

Des parenthèses, des mots du langage parlé, carrément orduriers, Grégoire ose tout, pensant sans doute que de son accumulation de pistes il finira par tirer le bon fil. Il m'est inutile de patienter jusqu'à l’ultime page pour brûler d’une envie dévorante, claquer le clapet de mon IPad (je lis en numérique) et partir pour l’Orangerie.
De retour, et un peu déçue, sans doute parce que les élucubrations de Grégoire Bouillier avaient brouillé ma fraicheur je dirais malgré tout qu'il est néanmoins intéressant de constater (je cite encore et toujours l’auteur) : Monet est à la fois simple et radical. Actant la mort de Camille, il supprime toute présence humaine dans sa peinture. (Pas de quartier !) Il fait le vide dans ses tableaux. Parce que personne ne peut remplacer Camille. Ce n’est peut-être pas conscient (p. 217).

Mais quand il compare Camille à Ophélie (p. 246) cela ne m'étonne pas le moins du monde, je me demandais quand cela allait arriver. Pas plus que je hausse le sourcil en lisant : Tout était en ordre et j’allais m’en aller, lorsque la pensée m’a traversé que c’était un nénuphar qui tuait Chloé dans L’Écume des jours de Boris Vian. Un nénuphar ! Vian avait imaginé le cancer sous la forme d’un nénuphar ! (p. 301)

Le roman, car c'est vraiment cela, s'étire sur 432 pages. C'est long, comme les panneaux, et même s'il y a des citations qui méritent d'être notées (vous les découvrirez en cliquant sur "plus d'infos") je ne trouve pas que ce livre mérite le succès qu'on lui accorde.

Le syndrome de l’Orangerie de Grégoire Bouillier, Flammarion, en librairie depuis le 21 août 2024
NB : la première photo n'est pas celle d'un tableau de Monet

mercredi 20 novembre 2024

L'adaptation d'Hamlet par Chela de Ferrari

J’ai vu 4 ou 5 versions d’Hamlet, toutes différentes, chacune réussie en ce sens que le chef-d’œuvre shakespearien y était donné dans ce que l’on croit être l’essentiel mais avec malgré tout un point de vue particulier. Je n’étais guère partante pour un autre. Et puis, très franchement, l’annonce appuyée sur la caractéristique de la distribution d’être composée de huit acteurs handicapés, dont sept atteints de trisomie 21, avait plutôt provoqué un rejet de ma part parce que je déteste me trouver en position de voyeurisme.

Inversement je ne suis pas quelqu’un qui reste campée sur ses positions. Et puis j’étais allée à la présentation du festival Imago et j’avais été surprise de constater combien le handicap peut être une force. Ce qui m’intéresse n’est pas l’aspect physique mais la performance.

Comme le souligne un des comédiens de cet Hamlet, ce qui compte pour lui est de jouer (le mot espagnol actuar ne permet pas la confusion avec s’amuser et le public applaudit sa confession). C’est là qu’est tout le sérieux de notre vie, et c’est la réponse à la question existentielle : être ou ne pas être …

Je suis heureuse d’avoir passé outre le sujet (je croyais Hamlet usé, sans surprise possible), la langue (c’est en espagnol surtitré) et le contexte (une telle pièce en 1h30 ne serait-elle pas dévoyée ?). J’ai assisté hier soir à un spectacle lumineux. Cet Hamlet a été présenté pour la première fois en France en 2023 et ce soir je comprends pourquoi tant de salles de spectacle se disputent pour obtenir une ou deux dates. Quelle chance pour le public que l'Azimut rejoigne cette année le festival Imago qui est riche de nombreuses belles propositions et particulièrement avec ce spectacle qui n'est pas un choix de complaisance.

Les premières secondes sont hallucinantes car c'est une scène d'accouchement, et manifestement filmée sans trucage. Sans doute une évocation de la "Sala de Parto", créée en 2013 par Chela De Ferrari au sein du théâtre La Plaza à Lima où depuis 2003 - et après 20 ans de dictature- plus de 120 pièces ont été produites parmi lesquels figurent des relectures d’œuvres classiques et créations contemporaines. La metteuse en scène et dramaturge d'origine péruvienne a développé un programme visant à stimuler la naissance d'une nouvelle écriture théâtrale en posant des questions-clés afin de mieux comprendre le monde contemporain et la nature humaine. En 2017, le titre de P.M.C (Personnalité Méritante de la Culture) lui a été décerné, marquant sa contribution au développement de la culture dans ce pays.

Le handicap ne l'effraie pas. Sans doute ne le voit-elle pas comme souvent nous le stigmatisons. C’est si vrai qu’au dernier festival d’Avignon elle a présenté La gaviota, d'après La Mouette avec une troupe d’interprètes principalement malvoyants et non-voyants qui ont donné un souffle très intime à cette œuvre majeure d’Anton Tchekhov.
Si c'est Jaime Cruz qui a impulsé chez la dramaturge le désir de reprendre Hamlet, alors qu'il était ouvreur de La Plaza, et si on le voit se couronner en priant le spectre de le regarder, il n'est pas le seul à interpréter le rôle titre et la troupe a raison de nous mettre en garde : Ne vous attendez pas à voir le Hamlet que vous connaissez.
Plusieurs garçons incarnent le prince du Danemark, et plusieurs filles seront Ophélie, tour à tour, prouvant que chacun de nous a quelque chose de l'un ou de l'autre de ces héros, dans la continuité de ceux qui les ont incarnés. On remarque à un moment sur le mur du fond les visages de grands comédiens dont on pense qu'ils ont joué le rôle. Pourtant j'ai nettement reconnu Gérard Philipe, mort le 25 novembre 59, dont je sais que le plus grand regret est de n'avoir pas eu le temps de l'interpréter sous la direction de Peter Brook. On aurait pu ajouter des femmes comme Anne Alvaro qui m'avait bouleversée dans la mise en scène de Gérard Watkins. Par contre nous serons d'accord pour estimer que le plus grand acteur à avoir eu ce privilège -mais au cinéma- est Laurence Olivier … dont Jaime Cruz reprendra les poses si caractéristiques.
Ça pourrait être caricatural mais c'est "juste" immensément joyeux. Le résultat est époustouflant et ce ne sont pas les bandes de jeunes (collégiens ou lycéens) qui diront le contraire. Ils ne se sont pas fait prier pour descendre sur la scène y danser avec les comédiens aux saluts. Il est vrai qu’à L'Azimut on a le sens de la fête depuis l’origine. 

Ces comédiens sont faits de l’étoffe de leurs rêves et la metteuse en scène Chela De Ferrari l’a bien compris. Il faut les remercier de les partager avec nous avec leurs questions, leurs doutes et leur joie de vivre si communicative.
Si c'était un pari il est réussi car on a bien sous les yeux l'essentiel de la pièce-fleuve de Shakespeare, apportant la preuve qu'il n'est pas nécessaire d'engager une trentaine d'axteurs (sans compter les figurants) pour restituer les questions universelles autour de l’amour, la relation aux parents comme la recherche de sa place dans le monde face à des personnages qui comme Claudius les qualifierait d'erreur de la nature.

Les huit acteurs ont commencé en se présentant tour à tour, et en prévenant de leurs différences, et de leurs difficultés éventuelles : nous allons parler le mieux possible et … vous avez les sous-titres ! Ce qui est inouï est que même le bégaiement va apporter une crédibilité supplémentaire aux paroles de l'acteur qui porte les interrogations existentielles. Il eut été impossible de faire jouer quelqu'un d'autre avec une telle intensité si authentique.

Leur demande arrive comme une vague : on demande à la société de respecter nos droits, sans préjugés et idées reçues. Et ils ont raison de vouloir le meilleur pour eux. Ils le méritent. Leurs paroles ont le pouvoir de nous émouvoir aux larmes en dissolvant le voile d'ignorance qui les recouvre. Nous les regardons et nous comprenons qu'ils sont notre miroir.

Les genres sont multiples. L'utilisation de la camera est originale, permettant d'enrichir une scène d'intimité jouée sur le sol, ou en multipliant les gros plans pour nous faire comprendre combien les sens peuvent être perturbés. En plus de jouer, ils dansent très bien et chantent avec talent. On reprend avec eux les paroles de leur rap au fur et à mesure qu'elles s'affichent sur l'écran.

Leur adresse au public est remarquable parce qu'elle évite de nous faire la morale. La célèbre scène de théâtre dans le théâtre imaginée par Hamlet pour confondre son oncle est interprété en faisant appel à des spectateurs (qui ne se font pas prier d'ailleurs). Leur sérieux est leur faiblesse et les "handicapés" interrompent ces amateurs brutalement, leur faisant comprendre qu'il faut jouer un arbre d'une autre manière, les guidant vers un jeu moins formaté : tu ne sauras pas faire comme nous !

Le drame, étymologiquement, est une action jouée sur scène, une pièce de théâtre et dans ce sens Hamlet en est l'archétype. Il est donc plus que normal que l'adaptation de Chela de Ferrari, co-élaborée avec sa troupe (où les filles sont autant admirables que les garçons), soit une démonstration admirable. J'en repars en estimant que de toutes les versions que j'ai vues, c'est la sienne qui est la plus forte.

Hamlet, librement adapté de William Shakespeare
Écriture et mise en scène Chela De Ferrari
Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie – Claudia Tangoa, Jonathan Oliveros et Luis Alberto León
Avec Octavio Bernaza, Jaime Cruz, Lucas Demarchi, Manuel García, Diana Gutierrez, Cristina León Barandiarán, Ximena Rodríguez et Álvaro Toledo
Formation vocale – Alessandra Rodríguez
Chorégraphie de Mirella Carbone
Images de Lucho Soldevilla
Création lumière – Jesús Reyes
Vu le 19 novembre 2024 au Théâtre La Piscine de l'Azimut à Châtenay-Malabry (92)
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de ©Teatro La Plaza

mardi 19 novembre 2024

Juré N°2 de Clint Eastwood

Un film de Clint Eastwood, ça ne se manque pas. Surtout quand il est annoncé comme étant son dernier en raison de son grand âge (94 ans). Et je n'étais pas la seule à le penser puisque la salle était comble en pleine après-midi.

Juré N°2 commence avec un plan sur la statue de la justice, les yeux bandés, tenant un glaive et une balance. Il se terminera d'ailleurs au même endroit.

L'affiche est très sombre et de fait ce film est assez noir. L'action se déroule en Géorgie et selon les lois américaines, un peu différente de celles qui régissent les débats en France et que je connais à travers l’excellent film de Daniel Auteuil, Le fil et le livre La jurée de Claire Jéhanno.

La sélection des jurés ne s'opère pas de la même façon d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Par contre le point commun est l’interdiction de refuser d'être juré. La seule façon d’y échapper est de se faire récuser, à condition de suggérer qu’on sera incapable de donner un avis en toute impartialité.

Justin Kemp (Nicholas Hoult), jeune homme marié à Allison (Zoey Deutch) qui subit une grossesse difficile demandera à être excusé en raison de la situation de sa femme, mais la juge Hollub refusera sa demande. Il va devoir suivre cette affaire d’homicide.

Le procès débute par l'exposé des faits. Après une violente dispute avec son petit ami James Sythe dans un bar, la jeune Kendall Carter s'est enfuie à pied sur la route Old Quarry, par une nuit extrêmement pluvieuse. Le lendemain matin, un randonneur a retrouvé son corps en contrebas d'un petit pont. Sythe est rapidement arrêté. L'affaire est confiée à la procureure adjointe Faith Killebrew (Toni Collette), qui se présente au même moment à l'élection de procureur de district et espère rallier l'électorat avec une condamnation très médiatisée pour violence domestique.

Le dossier de la procureure est solide. Un faisceau d’indices devrait permettre de condamner Sythe sans état d’âme. Mais Justin va soudain se rendre compte qu'il est personnellement impliqué dans cette affaire. Le spectateur va le voir se débattre entre plusieurs dilemmes, dire ou pas toute la vérité, en premier lieu à sa femme au risque de compromettre sa grossesse, avouer sa responsabilité à la cour au risque d'être condamné à une peine de trente ans, laissant ainsi seuls sa femme et leur bébé à naître, faire en sorte que le suspect ne soit pas jugé coupable à condition de faire tomber un à un les arguments à charge. Mais peut-on se protéger sans porter préjudice ?

Pour cela un des jurés et Justin aussi vont enquêter en parallèle des délibérations du jury, ce qui est formellement interdit. Et contrairement à l’habitude des américains d’avoir recours au profilage, ici il est peu question de psychologie pour résoudre l’énigme. Elle est là pour une autre raison.

On pense évidemment à 12 hommes en colère, la pièce de théâtre au cours de laquelle un seul des jurés est convaincu de l’innocence de l’accusé et parvient à retourner tous les autres. On est sans cesse partagé entre le souhait de permettre au héros de s’en sortir mais aussi celui que l’accusé puisse s’en tirer, d’autant qu’il ne semble pas si violent qu’on voudrait nous le faire croire. Mais l’annulation du procès semble in envisageable en raison de sa médiatisation. On réalise combien il est difficile de rendre la justice si on a quelque chose à perdre ou à gagner dans cette situation.

On entend alternativement la parole de l'accusation et celle de la défense pour décrire les faits et je me suis interrogée si c'était un artifice de montage ou la réalité. Cela se reproduit plusieurs fois et que défense et accusation progressent main dans la main est plutôt troublant. Est-ce typique des Etats-Unis ?

Cela devient gênant parce que cela nous rappelle qu’on est vraiment au cinéma, donc face à une fiction alors qu’on a envie d’y croire. Heureusement le scénario est à la hauteur de ce qu’on attend du réalisateur et l’interprétation est parfaite.

Alors on se prend au jeu et on se passionne en se demandant comment les choses vont évoluer. Un des intérêts du développement est de nous interroger sur la capacité (ou non) de l’être humain à avoir changé ou à s’être amélioré. Il y aura évidemment des hauts et des bas, des alliances et des retournements de situation, des moments d’émotion, jusqu’à la fin qui est (semi) ouverte, tout à fait opportune pour un réalisateur dont la filmographie concerne essentiellement des affaires de justice.

Sans révéler l’issue on peut dire que parfois la vérité n'est pas la justice.

Juré N°2 de Clint Eastwood
Scénario : Jonathan Abrams
Avec Nicholas Hoult, Toni Collette, J. K. Simmons, Zoey Deutch, Kiefer Sutherland, Chris Messina …

lundi 18 novembre 2024

Dégustation de Vins du Vendômois

(mise à jour le 30 mai 2026)
Suite à un gros retard de la date des vendanges à cause de la pluie, les vignerons de l'appellation Coteaux du Vendômois avaient reporté à aujourd’hui la dégustation de leurs crus car ils souhaitent tous être présents. Finalement ce sont huit (sur les dix de l’appellation) qui ont pu présenter à Paris dans le sous-sol du Cloître Ouvert, 222 Rue du Faubourg Saint-Honoré. Six d’entre eux étaient physiquement sur place.

Je n’ai relevé que les noms des vins que j’ai pu goûter, et il va de soi qu’il faut consommer avec modération. Les cuvées apparaissant en rouge sont celles que j’ai préférées. Et si je ne me soucie pas du prix pendant que je déguste afin de ne subir aucune influence je tiens à souligner le rapport qualité-prix très favorable de cette appellation qui se situe très souvent entre 5 et 10 € la bouteille.

Cette AOP Coteaux du Vendômois s'étend sur 125 hectares, répartis sur 28 communes dans le pays des boucles du Loir, entre Vendôme et Montoire. Les vignerons (9 font des vins en AOC dont la cave coopérative créée en 1929, qui en regroupe 3) produisent des vins blancs à base de Chenin, les Gris sont issus uniquement du Pineau d’Aunis, cépage à forte identité, authentique de la région, et les vins rouges peuvent être issus avec ce cépage ou le résultat d’assemblage avec le Cabernet Franc, le Pinot noir et éventuellement le Gamay.

Très attachés à la culture de la vigne, ils pratiquent néanmoins la polyculture pour la plupart. La production en année pleine est d’environ 5 000 hectolitres en A.O.P. Coteaux du Vendômois.

Il faut rappeler que le Pineau d’Aunis est rare, particulier, unique et spécifique à sa région. Il est mentionné par les historiens dès le IXème siècle en Anjou si bien qu’on le cultive donc dans la vallée du Loir depuis plus de mille ans. Aujourd’hui, il n’est d’ailleurs plus guère cultivé que dans cette région - mis à part quelques communes de la Vallée du Cher… car le Cabernet franc l’a supplanté en Anjou. Sa production se répartit sur environ 140 hectares répartis sur 28 communes dans le pays des boucles du Loir, entre Vendôme et Montoire, composant l’aire géographique de l’AOP Coteaux du Vendômois et Vins de Pays (41).

C'est un très beau cépage qui revient au goût du jour pour des consommateurs avertis. En terme de volume, on le produit davantage en rouge qu'en rosé. Pour simplifier, il se reconnait au nez par ses nuances poivrées, parfois mentholées, et toujours épicées. En bouche se mêlent les petits fruits rouges et/ou noirs et des saveurs animales, autour d'une charpente aux tanins très agréablement fondus.

Commençons par La Cave du Vendômois, avec Nicolas Parmentier, venu avec une dizaine de bouteilles :

- Blanc Montagne Blanche 2022– AOP Coteaux du Vendômois - 100 % Chenin, élevé en cuve inox
- Blanc Les Coutis 2022– AOP Coteaux du Vendômois - 100 % Chenin – sans sulfite ajouté (qui a ma préférence comparativement au précédent)
- Blanc doux Montgreffier 2022 - AOP Coteaux du Vendômois - 100 % Chenin. Ce vin moelleux, bien évidemment sucré, est surprenant par un arôme étonnant de coing caramélisé.
- Gris Montagne Blanche 2023– AOP Coteaux du Vendômois - 100 % Pineau d'Aunis : un vin léger très agréable
- Gris Le Cocagne 2023– AOP Coteaux du Vendômois - 100 % Pineau d'Aunis, provenant de vignes poussant sur des argiles plus profondes que celles du vin précédent
- Rouge Le Haut des Coutis 2021 – AOP Coteaux du Vendômois - 100% Pineau d'Aunis – Sans sulfite ajouté. J’ai goûté le 2021 dont j’ai appris (et je comprends pourquoi) qu’il était le vin le plus vendu actuellement. Il est léger mais parfumé de fruits rouges, en particuliers la groseille. Parfait pour la charcuterie. J’avais chez moi un 2022, peut-être un peu plus aromatique encore, tirant sur la griotte, que j’ai associé avec de belles tranches de chapon farci aux pistaches et au foie gras.
Je l'ai ensuite associé avec un rôti de porc cuit en cocotte avec des oignons, carottes, un chou blanc, du laurier et un petit piment fumé mexicain Morita … en donnant à mes convives une idée de cadeau pour les fêtes de fin d'année …

dimanche 17 novembre 2024

Avant que ça commence de Marie-Laure Brunel et Valérie Péronnet

Avant que ça commence raconte sous forme de fiction réaliste les débuts de Marie-Laure Brunel. Cet opus (un second roman a été publié sous le titre Serrer les dents) est consacré aux mois qui ont précédé la création du premier service.

C’est en découvrant l’implication de Clarice Starling (interprétée par Jodie Foster) dans Le silence des agneaux réalisé à partir du roman de Thomas Harris en 1988 (p. 42) que cette femme a eu la vocation de devenir profileuse.

Puisqu’il ne s’agit pas de trouver un tueur par intuition en se basant sur des impressions, mais après une analyse pointue de ses motivations Marie-Laure Brunel entreprend des études de droit et se spécialise en enquêtes criminelles et criminologie. La profession n’existait pas en France et elle était prête à passer par la case Gendarmerie pour l’exercer. Et on verra au fil des pages combien elle apprécie ses collègues, à une exception près, un supérieur macho dont elle réussira à se débarrasser, … sans avoir recours à la force.

Le parcours de Marie-Laure Brunel est totalement atypique et on comprend qu’elle ait fasciné Valérie Péronnet, venue l’interviewer pour Psychologies Magazine. Née en 1964 à Dakar, cette journaliste indépendante travaille régulièrement pour cette revue et a été nègre pour une trentaine de récits, essais et témoignages. Son premier roman, Jeanne et Marguerite, paru aux éditions Calmann-Lévy en 2011, a été adapté au théâtre avec succès en 2013.

Dans le portrait qu’elle a fait d’elle, Valérie réussissait à lui faire dire des choses inédites sans la trahir, ce qui a instauré la confiance. Elles se sont rejointes sur leur attention extrême au moindre détail, même si leurs cadres de travail sont différents.

Etant également autobiographe, Valérie a l’habitude de prêter sa plume à des gens qui racontent leur vie. Si celle de l’officière en gendarmerie était tentante à raconter il y avait le barrage du secret professionnel. D’où l’idée de créer un personnage inspiré de cette femme hors-normes qui écrit au directeur de la gendarmerie, sans se rendre compte que ce n’est pas comme ça qu'on fait, en lui proposant son projet et qui est finalement embauchée.

Voilà pourquoi est née Mina Lacan jamais cynique, ni désabusée, davantage au service des vivants que désireuse de sanctionner les coupables, bien loin de l’image qu’on a de la profileuse qui, dans les séries est totalement allumée ou alcoolique. Si le tempérament de Mina est bien le sien il est évident que, dans la vraie vie, Marie-Laure n’a pas de sœur jumelle. Peut-être a-t-elle malgré tout une passion incommensurable pour toutes sortes de thé, à l’instar d’Amélie Nothomb bien connue pour aimer le champagne.

Les références ne laissent aucune place au doute. Je vérifierai en goûtant l’Empress Grey de Marks & Spencer dont elle dit le plus grand bien, à moins de me laisser tenter par ces deux spécialités de Mariage frères, le Blue Valentine, qui associe des parfums fleuris à des accents zestés d’agrumes, ou encore le Chandernagor, un thé noir enrichi d'épices parmi lesquels on reconnaît clou de girofle, cannelle, gingembre, cardamome et poivre. Pour ce qui est du très segmentant Lapsong Souchong (un thé noir fumé) je l’utilise personnellement pour parfumer une huile dans laquelle je fais mariner des coquilles Saint-Jacques. Plusieurs détails montrent une gendarme gourmande, généreuse à donner ses bonnes adresses comme Chez Marianne pour les amateurs de falafels, même si le restaurant ne se situe pas exactement rue des Rosiers (j’ai vérifié et cela m’est facile parce que je me souviens de la peinture murale du tigre sur la façade adjacente) mais tout près, à l’angle, au 2 rue des Hospitalières Saint-Gervais.
Était ce parce que c’était le premier d’une longue série que le débit des premières pages brouille les pistes ? Je me suis accrochée parce qu’on m’avait dit le plus grand bien de ce livre. Une fois l’affaire Courchon enclenchée c’est devenu un vrai page-turner à la hauteur de la réputation que les co-autrices ont désormais, non seulement à la gendarmerie (qui n'est jamais critiquée) mais aussi dans le milieu littéraire du polar dont elles respectent les codes. Et je ne serais pas surprise que ça déborde vers le cinéma.

La spécificité est la fidélité à des faits (hélas) réels, bien que modifiés afin de préserver les protagonistes dans le respect du réalisme, par égard aux victimes, pour qu’elles ne reconnaissent pas leurs affaires, et parce qu'il ne s'agit pas de faire un divertissement avec la douleur des familles. Seuls les professionnels impliqués s'apercevront des modifications qui, toutes, doivent rester cohérentes jusqu’à la dernière ligne. Impossible au passage qu'ils ne remarquent pas le lien très fort que la la lieutenante-colonelle entretient avec les équipes de terrain qui sont composées d'êtres passionnés dignes d’admiration et bien entendu de respect.

Je n’avais pas compris que le projet était de raconter toute la carrière de Mina, ce qui peut justifier de commencer par la fin, quand elle a 65 ans et de montrer l’évolution de carrière, avec des enquêtes de plus en plus conséquentes, en témoignant aussi des changements de son univers professionnel. Il est logique de dépeindre comment, petit à petit, les sciences du comportement, qui n’étaient pas encore utilisés dans la gendarmerie quand Marie-Laure y est entrée, sont devenues si essentielles.

On ne peut qu’admirer cette femme qui à 22 ans décide d’écrire directement sa volonté et son dynamisme au patron de la gendarmerie à qui elle propose de monter une équipe d’analystes du comportement. Elle a réussi à convaincre un univers très masculin de lui confier la création du Département des Sciences du Comportement au sein de la gendarmerie nationale à l’instar de ce qui existait au FBI. Elle deviendra le 9 octobre 2020 chef la division “cold cases“, renommée au printemps 2021 la DIvision des Affaires Non Elucidées (DiANE).

Le principal changement est d’avoir basculé de point de vue en essayant de comprendre le crime pour le résoudre. On peut présumer d’autres mutations comme le laisse entendre le personnage de fiction : L’informatique est vraiment en train de révolutionner les techniques d’enquête ! Et même si aucun ordinateur en pourra jamais remplacer la bouteille et l’intelligence d’un enquêteur, la finesse de ses perceptions, et la capacité à prendre en compte aussi, les inconcevables turpitudes et contradictions dont l’être humain est capable, c’est vraiment très excitant, ce qui est en train de se développer (p. 227).

Tout cela est bel et bien passionnant. A tel point que vous avez peut-être vu l’une ou l’autre dans une émission populaire ou dans une librairie (ci dessous Marie-Laure Brunel, à gauche, et Valérie Péronnet en dédicace).

samedi 16 novembre 2024

Anne Brouillard publie un nouvel opus du Pays des Chintiens

Je ne suis pas une grande lectrice de bandes dessinées, et tant qu’à faire je préfère cet art en littérature jeunesse. Sans doute parce que j’adore les albums et que je trouve que les auteurs jeunesse sont aussi des philosophes.

Anne Brouillard est de cette veine. Son premier album, Trois chats (paru au Seuil Jeunesse en 2015) était une histoire sans texte, dans laquelle des chats noirs et blancs, perchés sur une branche (comme des oiseaux), observaient une rivière coulant au pied de leur arbre et désiraient échanger leur place avec des poissons.

Sa sensibilité lui valut cette année-là le Grand prix triennal de littérature de jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles en Belgique. Suivi La grande forêt en 2016 à l'Ecole des loisirs), Les Iles en 2019, et maintenant Les châteaux disponible depuis le 23 octobre 2024, qui tous les trois appartiennent à la série du Pays des Chintiens.

La Chintia existe dans le cerveau d’Anne Brouillard qui, lorsqu’il déborde d’imagination, se déverse sur un (nouvel) album qui tient aussi de la bande dessiné. Régulièrement, l’auteure belge revient parmi nous avec une aventure qui se déroule ailleurs (là où on n'est pas) dans cet univers dont on découvre la cartographie dès l’ouverture. Comme il est divisé en 11 pays on peut s’attendre à une longue série.

Tout a commencé avec et dans La Grande Forêt, située au Pays du Lac tranquille. On y a fait connaissance avec ses habitants : Killiok, le chien noir, ami de Vari Tchésou, le magicien rouge, et de Veronica avec qui il s'enfonce dans la forêt où il rencontrera Pikkeli Mimou dans son refuge, le Chat Mystère qui va au festival de vol (on reconnait bien là l'amour de l'auteure pour les chats), Susy le cheval… et tous ces Bébés Mousse avec qui ils prendront le train ! Tout est possible et a l'air réel, peut-être parce que les dessins sont créés à partir de photos.

On a ensuite découvert le Pays des Îles dans Les Îles. Killiok et ses amis ont embarqué à bord du Nilvaranda, un bateau de croisière pour assister au spectacle du magicien rouge. Bien vite, ils ont découvert que les Nuisibles s’étaient mêlés aux passagers et que des bébés Mousse avait réussi à s’introduire clandestinement. Ce voyage ne fut donc pas de tout repos et les conduisit dans les abysses du Pays Noyé et sur le sol du Pays Comici dont les habitants nous ressemblent et où les chiens avancent sur leurs quatre pattes.

Voici venu le temps d’une troisième grande aventure avec Les Châteaux et j'ai choisi celui que mon fils avait imaginé en mosaique à 7 ans pour illustrer cet article. Cette fois Killiok, Véronica son amie et Pikkeli Mimou (dont Anne savait dès le début qu’elle en raconterait l’histoire) partent à la recherche du Château des Mimous qui s’ouvrira sans doute grâce à la clé que Pikkeli a reçue dans un mystérieux courrier et qui se profile discrètement sur la couverture. Le trajet sera encore semé d’embûches comme on peut s'en douter. Les trois amis feront des rencontres plus ou moins agréables avant de retrouver les souvenirs enfouis de Pikkeli.

Anne Brouillard est née en 1967 à Louvain en Belgique, d’un père belge et d’une mère suédoise. Elle s’est formée à l’illustration à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles. Elle est auteure et illustratrice d’une quarantaine de livres dans lesquels on retrouve une observation délicate de la nature et de la place de l’être humain et qui reflètent aussi son attirance pour le voyage. On peut estimer qu’elle projette beaucoup d’elle-même dans le personnage de Veronika qui partage son amour pour les cartes.

J’ai pensé, en lisant ses trois derniers albums à l’auteur japonais Mitsumasa Anno (1926-2020), lauréat en 1984 du prix Hans Andersen avec qui j’aime tant partir en voyage en compagnie du cavalier solitaire et silencieux de l’album (sans texte) Ce jour-là pour y débusquer les légendes, les coutumes, traditions et œuvres d’art représentatives de l’univers européen. Il y a aussi chez elle quelque chose qui la relie au dessinateur britannique Martin Handford, le créateur de Charlie de sa plume né en 1987, nous amenant à scruter et scruter encore ses dessins à la recherche d’indices.

Le scénario de ce troisième album a pris racine dans la demande de résidence d’auteur qu’Anne a adressée à Berlin-Wannzee, accompagnée de plusieurs croquis et dessins qui ressemblaient à s’y méprendre à la “véritable“ résidence alors que la dessinatrice n’avait pas pu la voir au préalable. Autant dire que sa candidature ne posa pas de problème. Anne se retrouva bientôt à Berlin-Wannzee, au milieu d’un décor de rêve, entre lacs et châteaux... propice à dessiner des lieux imaginaires inspirés par des lieux existant vraiment, en Suède (La Grande Forêt), à Venise (Les îles) ou en Allemagne (Les châteaux).

Plus tard, en 2021, Anne fut accueillie pour une nouvelle résidence d’auteur, cette fois près de Perpignan, dans le château de Lesparrou, un édifice en cours de restauration qui lui inspirera le Château de Bertille, du prénom de la directrice de ce lieu culturel. Elle apprécie les édifices un peu abandonnés, habitables mais pas habités, dégageant un potentiel romantique et inspirant. Leur nombre est immense puisque la France compte près de 45000 châteaux, et le département de la Dordogne en dénombrerait plus de 1000 comme le suggère son surnom.

La musique tient une place importante dans ce dernier album. Un air doux accueille les trois amis à leur entrée dans le Château de Mon Cœur. On peut envisager de feuilleter l’album en écoutant avec des enfants :
• John Eccles : The Mad Lover, par Théotime Langlois de Swarte et Thomas Dunford
• Les sonates pour piano de Beethoven par Alfred Brende, comme par exemple la Sonate n° 23 ou la Sonate n° 32.
• Les Moments musicaux et Klavierstücke de Schubert par Alfred Brendel.

J’ignore si Anne Brouillard s’intéresse personnellement au tricot mais il est frappant de constater son importance dans ce dernier album. C’est une activité qu’elle fait pratiquer aux Nuisibles pour développer leur confiance en eux. Certaines pédagogies, comme celle des écoles Steiner s’appuient sur lui pour entraîner les enfants à la patience et à la concentration. J'avais été frappée par le potentiel de résilience que cette activité développait et je ne suis pas surprise qu'Anne Brouillard dise qu'il faut se donner le droit de ne pas réussir, en avouant lors d'une rencontre à laquelle elle participait, qu'elle ratait beaucoup de fois ses dessins.

Je me souviens en avoir appris les bases à l’âge de 7 ans, avec ma grand-mère paternelle qui maniait aussi le crochet et m’a initiée à la même période à la dentelle. La mode était alors au tricotin d’où sortaient des tubes de laine avec lesquels on bricolait des fleurs, des porte-clés, des bijoux de pacotille, avant que le scoubidou ne détrône ce loisir. Plus tard, j’ai étudié les freins et motivations à tricoter et le sujet est passionnant, surtout quand on sait que cette activité était à l’origine interdite aux femmes.

Toutes ces réflexions démontrent combien voyager avec les personnages créés par Anne Brouillard nous emmène loin et ce n’est pas prêt d’être fini car il reste de nombreux pays à découvrir.

Les Châteaux, Le Pays des Chintiens d'Anne Brouillard, collection Pastel, 8-11 ans, L'Ecole des loisirs, en librairie depuis le 23 octobre 2024

vendredi 15 novembre 2024

Les hommes manquent de courage de Mathieu Palain

Voilà un livre que j’ai découvert à la faveur d’une mise en avant à la médiathèque d’Antony (92). Je me souvenais encore très bien du premier roman de Mathieu Palain lu pendant le festival d’Avignon en 2019. Sale gosse m’avait marquée, par son thème et son côté militant car l’auteur l’avait écrit en se basant sur l’expérience d’éducateur de son père complétée par un stage en immersion en brigade policière.

Être journaliste et écrivain lui permet peut-être de mieux parvenir à alerter les consciences, en usant soit de vérité dans la première configuration, soit en s’autorisant la fiction comme écrivain. Il a poursuivi dans la même veine et présente aujourd’hui son quatrième ouvrage, Les hommes manquent de courage, lui aussi rédigé à partir de faits réels, mais comme il le qualifie lui-même “déployé dans la fiction“ pour respecter l’anonymat de la femme qui lui a confié son histoire après avoir entendu les six épisodes d’un podcast intitulé Des hommes violents, qu’il avait créé sur France Culture en 2019 sur le thème des violences conjugales.

Je l’ai commencé en me disant que je le terminerais plus tard mais je n’ai pas réussi à quitter la voiture de Jessie dans laquelle j’avais le sentiment d’être bouclée sous la ceinture de sécurité. Ou alors juste le temps de bricoler un sandwich avec les restes trouvés dans le frigo avant de reprendre la lecture en hâte.

On ne peut pas dire que ce soit haletant, distrayant, romantique, feel-good ou dans l’air du temps. Mais impossible de décrocher des paroles de cette femme qui se confie avec tant de sincérité. On sait depuis l’avertissement qui précède le début qu’il s’agit d’une histoire vraie alors ça inspire le respect et impose en quelque sorte d’aller jusqu’au bout sans se débiner.

Au cours de la longue -très longue- confidence de la mère à son fils de 15 ans, elle tente de justifier ses propres erreurs en l’alertant sur le nombre de filles qui couchent avec des connards parce qu’elles crèvent d’être regardées (p. 124). Derrière la brutalité de l’analyse on doit admettre qu’on ne fait pas toujours -loin de là- les bons choix, pour tout un tas de mauvaises raisons, à commencer par le manque d’estime de soi. Il n’y a qu’un pas pour en déduire qu’il suffirait d’aimer nos filles pour qu’elles soient vaccinées de s’offrir aux hommes qui font semblant de les apprécier pour obtenir juste ce qu’ils veulent.

On ne dira jamais assez à nos enfants qu’on les aime. S’il y a un risque éducatif ce n’est pas celui-là qu’il faut craindre. Il serait plus salutaire de s’interroger sur tout ce qu’on induit avec les contes qui conditionnent les filles à croire que l’homme de leur vie, nécessairement charmant, les attend quelque part.

Mathieu Palain attire notre attention sur des comportements qui peuvent être faussement interprétés. Comme celui de feindre le consentement pour éviter la violence (p. 104) et ne pas se plaindre au motif qu’il serait légitime d’être punie pour sa connerie. Une mise en garde qui résonne avec force à une époque où la question du consentement est à l’ordre du jour.

A la réflexion l’auteur a bien raison de stigmatiser les mères qui nous mettent dans le crâne cette sale idée. Andersen, Perrault, Walt Disney, et tous les conteurs d’histoires de filles sauvées par l’homme qui allait donner un sens à leur existence (…) mon existence aurait été moins chaotique sans cette obsession pour le prince charmant (p. 163).

Le fils a appelé sa mère au secours en pleine nuit. Pour qu’elle le tire d’un mauvais pas. Surtout pas pour qu’elle lui déballe son passé. Elle a compris les enjeux et même si elle accepte de l'aider elle va s’acharner à lui ouvrir les yeux, et le chemin passe par la révélation de son propre passé, et l’aveu de chacun des épisodes qui l’a anesthésiée. L’addition est terrible et laisse apparaître combien les hommes manquent de courage, comme elle nous le dira en conclusion dans la page finale en comprenant qu’ils n’assument pas la naissance de leur enfant, le vieillissement de leurs parents, et cette habitude qu’ils ont de fuir les problèmes au lieu de les affronter, et de se donner -peut-être- une opportunité de les régler.

Le gosse n’est pas prêt à entendre malgré l’adrénaline de la curiosité. Pose pas de question si tu n’es pas capable d’encaisser les réponses (p. 121).

N’ouvrez pas ce roman si vous non plus vous n’êtes pas disposé à recevoir cette vérité qui claque comme alarme.

Les hommes manquent de courage de Mathieu Palain, L’Iconoclaste, en librairie depuis le 22 août 2024

jeudi 14 novembre 2024

Salon du petit format d’artistes professionnels à Châtenay-Malabry

Je vous encourage à pousser la porte du Pavillon des Arts et du Patrimoine de Châtenay-Malabry pour y découvrir le Salon du petit format d’artistes professionnels, créé en 2018, qui s’y déploie jusqu’au 30 novembre prochain.

Les oeuvres sont petites par la taille (en dessous de 30 cm de côté, et il ne faut pas se fier à la dimension des photographies) mais les 39 artistes présents se distinguent par leur sens esthétique, faisant de leurs tableaux des oeuvres d’art à part entière, même si j’ai surpris un visiteur s’enthousiasmer pour ”le truc, là, à la warhol”.

Ils sont peintres, graveurs, sculpteurs, photographes … et combinent, pour un tiers d’entre eux, des techniques mixtes. Dans leur grande majorité ils travaillent en hautes couleurs.

Ils ont été choisis par Anne Meiffret, galeriste de La Cour des Artistes, 7 rue de l’Eglise à Antony (92). Elle entretient des rapports de fidélité avec les exposants. Certains ont déjà marqué le Pavillon. D’autres s’y présentent pour la première fois.

C’est une excellente idée d’avoir retenu pour chacun 3 ou 4 oeuvres qui sont accrochées de manière à instaurer le dialogue.

Il serait stupide de chercher à dresser ici le catalogue exhaustif. Mon intention est surtout de vous donner envie de vous déplacer et de vous confronter aux oeuvres qui étant toutes à vendre pourraient constituer de jolis cadeaux pour les fêtes de fin d’année.

Vous pouvez aussi profiter de votre passage pour bénéficier d'une initiative de la ville, pionnière en matière artistique avec son Artothèque. Le dispositif permet à ses habitants de louer, pour seulement 5 € par mois une œuvre à choisir sur un catalogue éclectique d'une dizaine d'artistes proposant toiles, aquarelles, photos ou sculptures. 

Je ne vais pas m’attarder sur les photographies que vous trouverez au premier étage. Certaines évoquent de toute évidence l’art abstrait et il y a de quoi être étonné.
Quand on sait que Pierre Bastaroli s’est adonné au piano pendant le confinement on n’est pas surpris de repérer la silhouette d’une touche noire ou blanche sur une de ses aquarelles sur papier, marouflé sur carton entoilé composant la série Klassis.

mercredi 13 novembre 2024

Quoi associer à Élixir d’Automne de Capdepon ?

Le nom est romantique et donne immédiatement envie de goûter cet Élixir d’Automne, en toute modération comme il se doit.

C’est une Vendanges Tardives qui ne vient pas d’Alsace mais du département de l’Aude et qui n’est pas faite avec un Gewurtztraminer, on n’en doute pas, mais avec un Sauvignon blanc.

La vinification a été réalisée avec des raisins sur-mûris sur les souches enracinées sur un sol argile-calcaire de coteaux bien exposés, à une altitude comprise entre 350 et 450 mètres à Villelongue-d'Aude, situé à une dizaine de km à l’ouest de Limoux.

Ils ont été vendangés à la main au cours de plusieurs passages, à partir de fin novembre et avant les premières gelées. C’est donc un vin qui se prépare dès maintenant mais qui ne sera pas disponible avant longtemps.

Le résultat est surprenant, dans le bon sens du terme. Le vin est aromatique, un peu moelleux mais pas trop. Si bien qu’il va s’associer à merveille avec un roquefort comme celui.
Sa couleur jaune d’or évoque les soirées ensoleillées d’une fin d’automne indien. Des senteurs de miel et de pommes caramélisées se déploient immédiatement. En bouche elles seront complétées par des arômes vanillés. On pourra le sortir pour les fêtes de fin d’années en accompagnement d’un pain d’épices toasté avec un foie gras. Mais ce serait dommage de le limiter à une telle occasion puisqu’il se marie élégamment avec d’autres plats.
Par exemple, et c'est de saison, avec une soupe de potiron, une blanquette de veau sauce poulette (comme celle dont j'ai donné la recette avant-hier), ou, si on est pressé, une pizza au chèvre arrosée de miel.
Quant au dessert n’importe lequel au chocolat conviendra. Autant dire que la bouteille peut accompagner tout un repas.

mardi 12 novembre 2024

L’album 88 d’Eva Marchal

Voilà une jolie surprise que cet album 88 d’Eva Marchal, riche de 14 titres aussi simples que puissants. Autant de morceaux réellement différents les uns des autres qui installent des ambiances particulières.

Cette chanteuse atypique n'est pas une débutante. Elle est de retour avec des titres portés par sa voix si particulière dans un album qui pourrait faire la différence dans le paysage musical hexagonal.

Parce qu'elle elle sait où le beau se situe. Avec 88 -déjà son 7ème album et peut-être le plus personnel- elle porte un regard acéré sur la vie et toutes ses nuances de gris qu’elle retranscrit en mots et en émotions mais c’est malgré tout un album orienté vers l’espoir. Les titres ont tout de la simple évidence, avec l’évocation de doutes et de fêlures qui marquent la psyché et en font la beauté. La référence aux années 80, chères à beaucoup d’entre nous, est plutôt claire. Et surtout pour elle puisque c'est à cette période qu'elle a voulu devenir chanteuse.

Comme les nuages ont de beaux costumes / C'est là devant moi sur écran géant/ Les chaos de mon âme se consument / J'ai laissé venir, il était temps de grandir. Le titre Je plane (piste 1) évoque les vertus de la résilience et de l’acceptation d'une voix fluette,

Cigarettes en papier (piste 2) revient sur les souvenirs de l’enfance d'une petite fille de dix ans. J’voudrais être vieille et pleine de rires /avec une bouche qui garde le goût des souvenirs / Je voudrais être vieille et pleine de rides / Avec des yeux qui disent que la vie est aride /Mais pas tout de suite, non pas trop vite / Un autre jour à la limite (piste 3) est un texte magnifique sur l'acceptation difficile du temps qui passe, la peur de vieillir et surtout celle de devoir quitter la scène de la vie un jour, ce que traduit parfaitement l'accélération du rythme de paroles qu'on entend comme une confidence. En contrepoint les photos de l'album montrent Eva petite fille.

Crush (piste 4) est une déclaration d'amour aux Etats-Unis, chantée en anglais comme il se doit.

La piste suivante commence avec le bruit d'une bande qu'on rembobine, progressivement supplantée par des chants d'oiseaux qui reviendront à la fin du morceau. Peine perdue évoque les efforts nécessaires pour clôturer une histoire avant d’en commencer une autre. La voix est lentement modulée sur des notes de piano claires, et enveloppée de réverbération, évoque - évidemment les Peines d'amour perdues de Shakespeare. Dix mois dis-moi que j'ai mal à l'amour … Que je déteste çà. Une voix s'élève comme un choeur et on pense davantage encore à Claire Diterzi que sur les autres chansons. Aucun doute qu'elles sont d'une même famille, et que toutes deux aiment chanter les notes dièse.

Voici On s'est gardés (piste 6), sans doute ma préférée. Les paroles s'enchainent, magnifiques, à partir d'expressions bien connues, dont la plus célèbre est la ritournelle qu'on fredonne en amoureux en effeuillant une marguerite : on s'est aimé un peu, beaucoup, passionnément, à la folie et plus que tout. Ou on s'est détesté … avec le même enchainement, sur une voix portée très haut dans les aigus. C'est splendide émotionnellement parlant.

L'amer (piste 7) offre un jeu de mots ponctué de notes qui résonnent comme une houle. Quand ils sentiments sont lourds à exprimer la chanteuse choisit l'anglais. Pour raconter par exemple la rencontre avec son père biologique dans Who I am (piste 8).

Rupture de ton avec Hacker mon coeur (piste 9), bulle de douceur. Changement de focale encore (mais pas de ton) avec Tu regagnes le port (piste 10), si bel hommage à un aïeul qui plonge dans l'oubli provoqué par la maladie d'Alzheimer, et dont on se hâte de profiter à la moindre accalmie précieuse. Les paroles sont très cinématographiques et la voix se tord à l'instar d'une chanson rock.

Sans émoji (piste 11) es-tu happy ou sad, sommes nous crazy ? Quel humour pour décrire le bal des mots semblants. En interview Eva Marchal estime en riant que si elle devait se représenter par un émoji ce serait un visage un peu timide avec les pommettes rouges.

 Other shore (piste 12) une nouvelle fois en anglais car on remarquera que lorsque le français devient impudique la chanteuse sautille sur une autre langue. Et voici la reprise de This Woman's work (piste 13) qui démarre -comment cela aurait pu être autrement ?- sur un cri, mais qui se poursuit avec la voix à laquelle on s'est maintenant habituée, soufflée, acidulée, en restant fidèle à la structure d’origine et au phrasé de Kate Bush tout en lui donnant un côté plus actuel, notamment par les arrangements de cordes composés par Claude Salmièri. Cette chanson très typée années 80 a été composée par Kate Bush pour le film "La vie en plus" qui est sorti … en 1988.

Et pour finir Tout roule (piste 14) une ballade prônant la réconciliation et célébrant l'apaisement, et qui donne furieusement envie de réécouter Je plane.

Les morceaux sont des petites capsules douces amères portées par une voix enjôleuse qui prend possession de l’esprit de l’auditeur. A ses côtés, Eva Marchal s’est entourée de Denys Lables à la guitare et Claude Salmièri pour les parties piano, batterie, entre autres.

88 devient vite un album dont on a du mal à se passer, en raison de l’équilibre entre douceur et amertume et un travail soigné sur la langue, le choix minutieux du meilleur mot, enchaînant les distorsions d'une expression et avec des jeux de mots habiles et légers. Par exemple avec
sur le tarmac délester mon sac (piste 1)
hacker (piste 9)
traviole et plus-que-tout (piste 6)
roule, tout roule (piste 14)

Eva Marchal est originaire de Béziers où elle est née dans les années 1970 avant de grandir plus au nord à La Rochelle où elle a écumé les piano-bars de la région. Elle a connu la glorieuse époque du trip-hop, celle de Portishead et Goldfrapp et en gardé des souvenirs qui imprègnent sa musique. Elle a fait des premières parties de Francis Cabrel au Canada, est apparu aux Francofolies et a réalisé une tournée au Japon en 2008.

L’artiste conçoit et compose sa musique à la maison, en autodidacte éclairée avec un piano, une guitare et quelques outils électroniques. Son home studio lui permet d’expérimenter et d’agrémenter son inspiration au fil des trouvailles. A l'exception des pistes 3 et 5 (et bien entendu la chanson de Kate Bush) elle a composé la musique et écrit les paroles.

On pourra voir la chanteuse en concert début 2025. Il y aura prochainement plusieurs clips à découvrir et aussi des live sessions. Elle travaille également toujours sur des spectacles pour le jeune public pour lequel elle a sorti deux disques et créé un court-métrage tout en ombres chinoises.

Eva Marchal - Nouvel album 88
Sortie le 25 septembre 2024 chez Les Contes de Roméo

lundi 11 novembre 2024

La collection permanente du musée de l’Orangerie

Voici le dernier article d’un tryptique consacré au musée de l’Orangerie, où il sera question cette fois de ses collections permanentes (hormis bien entendu les mythiques salles où sont exposés les Nymphéas de Claude Monet), et l'exposition temporaire actuelle Heinz Berggruen.

J’ai choisi de l’illustrer par le Portrait de Madame Paul Guillaume au grand chapeau une huile sur toile (vers 1928-29) réalisée par André Derain (1880-1954) dont Paul Guillaume fut le marchand exclusif à partir de 1923. 

Derain représente ici Domenica Guillaume (1898-1977), son épouse. Son élégante capeline et les luxueuses étoffes évoquent son statu de femme mondaine. Le jeu de fluidité des différents tissus contraste avec la pose presque sculpturale du modèle. Il faut savoir que le peintre et son galeriste ont lié une forte amitié.

On trouve dans cette partie des Matisse qui n’appartiennent pas à l’époque des papiers découpés. Comme cette Odalisque à la culotte grise, huile sur toile (1927)
Matisse avait aménagé l'atelier niçois dans lequel il s'est installé en 1921 comme une scène de théâtre où se trouvaient objets et modèles. Cette variation sur le thème de l'odalisque se caractérise par l'orthogonalité rigoureuse de sa composition, et la profusion de motifs colorés. Le critique Waldemar-George (1893-1970) écrit, dans le livre commandé par Paul Guillaume pour mettre en valeur sa collection que Matisse "rivalise avec la grande rosace de la cathédrale de Chartres, ce joyau où rubis et saphirs, émeraudes et améthystes, enchâssés dans un mur, lancent des feux fulgurants d'un éclat maléfique". Il est vrai que le peintre associe des motifs de façon étonnante pour composer le décor. On dirait qu’il s’est s'intéressé autant aux courbes des fleurs et des carafes qu'aux lignes verticales.

On voit aussi plusieurs Soutine. Né dans l'Empire Russe, en actuelle Biélorussie, Chaim Soutine (1893-1943) s'était installé à Paris en 1913, où il s'était lié avec les artistes installés à Montparnasse, dont le peintre Amedeo Modigliani. Il rencontre Paul Guillaume en 1922, qui acquiert de nombreux tableaux et le présente au collectionneur américain Alfred C.Barnes qui fera rapidement, lui aussi, l'acquisition de nombreuses de ses toiles, assurant au peintre une renommée internationale.
Le peintre a représenté tout déformé Le garçon d'étage, huile sur toile (vers 1927) avec des bras qui semblent tordus, des mains à peine dessinées qui ont été travaillées semble-t-il par de grands mouvements avec une peinture qu’on remarque épaisse.

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