Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 8 novembre 2010

Bibeles Käse comme en Elsass

Voilà un plat typiquement alsacien : du fromage blanc avec des pommes de terre sautées et une salade verte. Pour se régaler il faut réussir la cuisson des pommes de terre pour qu'elles soient fondantes sans être brûlées. C'est faisable.

La salade sera gourmande si elle est composée pour moitié de mesclun, pour le reste de laitue.

Pour le fromage blanc ce sera bien meilleur si vous le faites vous-même puisque oui c'est possible. La marche à suivre a été détaillée avant-hier. Il n'y a pas à hésiter !

dimanche 7 novembre 2010

Les fourberies d'Omar Porras au Théâtre la Piscine de Châtenay (92)

C'est superbement culotté !

Puiser chez un auteur du patrimoine la substantifique matière, donner libre cours à ses interprétations, pomper le texte (ce qui au passage est une idée géniale en terme de droits d'auteur pour les signataires de l'adaptation), entraîner une troupe d'acteurs comme des champions avant les jeux olympiques, s'entourer d'une énorme équipe technique ... sans parler du budget !

J'aurais pu écrire la même chose à propos d'Hamlet de la troupe Kolyada découvert et apprécié en février dernier sauf que ... précisément la différence des moyens financiers mobilisés est éclatante.

Les fourberies d’Omar Porras posent, oui, de vraies questions :
- qu'en est-il de la création aujourd'hui, la vraie, qui sort des tripes d'auteurs et qui vous interroge sur le monde ?
- qu'en est-il du rapport entre la scène et l'argent ?

Nikolaï Kolyada apporte sa réponse : "Je n'invente pas les spectacles sur un canapé à la maison, dit le metteur en scène. Et je n'essaye pas d'utiliser de nouvelles technologies. Pour faire du théâtre, on n'a pas besoin de décors, de costumes spéciaux ni d'effets de lumière. On pousse la porte, on entre sur le plateau et on joue."

Pour jouer, les comédiens engagés par Omar Porras sont des as. Dommage que les noms de ces neuf formidables acteurs nous sont livrés en vrac, ne représentant que deux lignes au générique alors qu'ils occupent toute la scène. Cette réduction a choqué plus d’une personne. C’est peut-être ce que je trouve moi-même le plus irrespectueux. Leur salut à visage découvert (ils portent des masques et des perruques) ne suffisent pas à nous les faire connaitre. J'entendais dans la coursive à la fin du spectacle : mais qui est donc Scapin ?

Le théâtre c’est avant tout des comédiens au service d’un texte. Ce soir je ne l'ai pas entendu. Trop à voir, trop d'images parasites, trop d'accents, trop de musiques. Peut-être étais-je mal placée, trop loin … mais dans une salle aussi belle que celle de la Piscine on devrait être tous en mesure de l'apprécier correctement. Omar Porras pense peut-être que Molière est si connu qu'on peut en mâchouiller les dialogues. Faudrait alors nous le surtitrer. Un comble !

Dans la salle un portable a sonné à plusieurs reprises. Le spectateur a écouté son message sur haut-parleur puissance max. J’ai cru qu’il faisait partie du spectacle jusqu’à ce qu’on l’expulse. Surréaliste !

Je ne freine pas mon enthousiasme quand je découvre des spectacles formidables, qu’ils soient créés par des célébrités ou par de modestes compagnies. Je ne vais pas censurer ma déception. Je ne suis pas contre les reprises. J’ai adoré la Double inconstance de Marivaux dans une version cinématographique très inventive. Je ne suis pas davantage opposée aux adaptations. J'ai applaudi sans réserve les Soliloques de Mariette, Kramer contre Kramer, les Trois sœurs, pour ne citer que des spectacles récents (et dont j'ai rendu compte ces jours derniers) mais ceux là étaient fidèles au texte. C'est capital.

Viendrait-il à l'idée d'un artiste de photocopier des morceaux de tableaux de Dali, de Magritte, ou Klee, d'en faire un montage et d’y apposer sa signature ?

Une minuscule coccinelle traverse mon bureau alors que j'écris ces lignes, s'arrêtant sur le front de Scapin. Dérisoire et jolie intervention ... Comme pour me livrer le message que je n'ai pas entendu l'autre soir : la raison du petit est toujours la meilleure. Le valet l'emportera sur le maître ...

Je me souviens d'un Palais de justice monté par Jean-Pierre Vincent qui avait secoué les esprits. Le théâtre peut se situer sur le terrain de la distraction s'il ne perd pas de vue qu'il puise sa force dans son engagement. Alors monsieur Porras, de grâce, arrêtez d'adapter. Écrivez ! Quand on a votre talent le monde actuel devrait être une source infinie d'inspiration. En regardant autour de soi avec un œil de metteur en scène il me semble impossible que les hôpitaux, les écoles, les administrations ne fournissent pas matière à monter un spectacle qui serait alors une vraie création. Suffirait d'oser, de vraiment oser !

Les fourberies de Scapin d’après Molière du 4 au 13 novembre 21010 au théâtre de la Piscine de Châtenay-Malabry (92) puis en tournée.

samedi 6 novembre 2010

Fromage blanc maison à l'ancienne

Je fabrique mes yaourts à la maison. Je pensais donc que faire du fromage blanc serait à ma portée. J'avais depuis un "certain" temps tout ce qu'il fallait pour imiter nos grands-mères, à savoir des ferments lactiques spécifiques (lactaline de Yalacta).

Sauf que j'étais atteinte du syndrome "demain je m'y mets" et que la perspective de patienter au moins 24 heures avant d'y plonger la cuillère me dissuadait régulièrement de me lancer dans l'expérience. Quand j'y pensais c'était pour regretter de ne pas avoir commencé ... l'avant-veille.

J'avais acheté du lait frais juste pasteurisé dont la date limite de consommation se rapprochait. Je me suis mobilisée in extremis et très franchement je m'en veux d'avoir tant rechigné. parce que c'est facile, rapide (les ferments travaillent en autonomie) et absolument incomparable avec ce qu'on trouve dans les boutiques.

Il vous faudra :
Un saladier ou récipient (en verre ou en grès) plus grand que la quantité de lait que vous allez transformer
Une passoire d'un volume équivalent à la moitié de la quantité de lait
Une louche et un fouet

Un morceau de tulle ou de tout autre toile ou tissu de préférence synthétique à fines mailles (le fromage collerait à du coton)
Du lait pasteurisé (donc pas UHT) de préférence entier, de vache ou de chèvre, à votre gout
Un ramequin ou une tasse
Un sachet de ferments lactiques
Et un endroit où la température sera d'au moins 25°, à l'abri des courants d'air. En été n'importe quelle pièce conviendrait. A cette saison la salle de bains est idéale, surtout devant un chauffe-serviette.

Voici maintenant pas à pas la marche à suivre :

Amener votre lait à température de 27 à 30 degrés.

Délayer dans un ramequin ou une tasse 1 sachet de ferments dans un peu du lait que vous allez transformer en fromage.

Verser le reste du lait (on peut aller jusqu'à trois litres) dans un grand saladier. Puis introduire le contenu de la tasse en remuant lentement la masse du lait pour répartir la préparation. poursuivre l'agitation au moins une minute.

Placer dans un endroit à 25°. Recouvrez d'un torchon propre. Et oubliez le 24 heures, voire 36. C'est la phase dite d'incubation.

Au bout de ce temps et quand vous soulèverez le torchon vous verrez ceci :
C'est inphotographiable tellement la blancheur est éclatante. Vous pouvez incliner le saladier. Rien ne bouge. Chez moi, encore plus drôle, le saladier était posé sur une chaise haute dont l'assise n'était pas horizontale. La surface du fromage s'était figée en pente, très remarquable sur la photo et plutôt étonnante.

C'est alors qu'on va mettre le bloc de caillé à égoutter dans la passoire recouverte d'un tulle préalablement mouillé. On regrette un peu de briser cette jolie masse blanche mais il le faut.

Encore quelques heures de patience, le temps au petit lait de se séparer du fromage. Je l'ai conservé, pensant l'employer d'une manière ou d'une autre mais je n'ai pas eu de bonne idée (je suis preneuse des vôtres, en dehors de le donner à manger à mon cochon, n'ayant pas d'animal dans ma cour).

Le fromage peut alors être versé dans une jatte. Il est préférable de le battre vigoureusement au fouet quelques minutes puis de le laisser reposer trois heures au frigo avant de le consommer.

Le résultat mérite vraiment la patience dont il faut faire preuve. Parce que ce que vous allez déguster aura le gout d'un fromage blanc battu avec la consistance d'une Chantilly. Nature, tel quel, c'est déjà divin.

Deux regrets : ne pas avoir commencé cet été et m'être limitée à deux litres pour cette première expérience. Je passe au stade 3 litres. C'est trop vite mangé !
Vous trouverez le ferment lactaline de Yalacta en pharmacie, ainsi que des ferments pour vos yaourts ou encore pour faire cette boisson merveilleuse qu'est le kéfir (soit fruits soit lait). Celle-là je m'y mets ... bientôt évidemment ...

vendredi 5 novembre 2010

L'effet Larsen de Delphine Bertholon

(billet mis à jour le 16 novembre 2010)
Delphine Bertholon fait partie des auteurs de la rentrée présents au Salon du livre sur la place à Nancy. Son allure est aussi juvénile dans la réalité que sur la photo du bandeau de son livre précédent, Twist, que j'avais beaucoup apprécié.

Ne vous fiez pas au sourire angélique. Le roman est assez sombre. Cet affichage en couverture suggère un roman autobiographique, (c'est juste une impression) renforcé par un récit à la première personne bien que l'auteur désigne le père et la mère en employant leurs prénoms. D'autres éléments troublent la représentation que le lecteur se fait de la situation narrative. Et c'est intéressant que le lecteur ait des doutes sur sa propre perception.

L'essentiel de l'histoire se passe théoriquement l'été 1998, qui fut torride nous dit-elle. Mais les grandes canicules sont celles de 1975 et surtout 2003, référence historique, laquelle a provoqué de nombreuses morts partout en France. Après vérification l'été 98 fut effectivement très chaud jusqu'à la mi-août dans de nombreuses régions.

Nous avons perdu l'habitude de compter en francs et leur surgissement surprend. C'est que l'euro n'a été institué qu'en 2002. On ne doit donc pas s'étonner de relever des prix en francs. Par contre là où j'ai cru voir un véritable anachronisme c'est quand elle fait référence au coup de tête de Zizou (page 85) qui s'est produit en 2006. Je sais maintenant que Delphine se souvenait d'une tête qui permit aux bleus de marquer un des buts les plus importants, et non au fameux "coup de boule" plus récent. Je suis d'accord avec sa petite remarque reçue par mail depuis la première publication de ce billet : C'est qu'il nous en fait, ce Zizou !

J'ai ressenti le télescopage des évènements comme une forme supplémentaire d'effet Larsen. Le roman ne se cantonne pas à la description du handicap auditif de la mère de Nola, consécutif à un traumatisme psychologique et aux conséquences de cette particularité. C'est l'entièreté du déroulement de l'histoire qui résonne en grinçant. Delphine Bertholon superpose les retours en arrière, multiplie les points de vue, reprend l'analyse de scènes familiales, ressuscite des souvenirs ... tout en poursuivant une quête de LA vérité.

Avec ce quatrième livre la jeune femme s'affirme comme spécialiste des relations humaines et des rapports de force familiaux. Si l'on accepte de suivre Nola dans sa révolte et dans son enquête on pénètre dans un univers qui accorde une jolie place à une forme de surréalisme. On se demande sans cesse si tel ou tel personnage pourrait réellement exister. Harriet Mc Bean, sa voisine excentrique est l'exemple le plus emblématique.

Suite au décès brutal de son mari la mère de Nola doit quitter le pavillon de Montreuil qui, malgré sa simplicité, avait quelque chose de merveilleux. Le déménagement constitue un traumatisme supplémentaire et fatal. Ce fut l'exil de trop, écrit-elle.

La vie de la mère et de la fille bascule. Isolement, privations, manque d'argent et de distractions, immersion dans le monde du travail dans une ville étouffante alors que les copines de lycée, partent au bord de la mer, voilà quelques-unes des contraintes difficiles à supporter pour une jeune fille. Mais le pire est sans doute la constatation de la dégradation de la santé mentale de sa mère.

Une des thèses les plus intéressantes de Delphine Bertholon est qu'il existerait un mimétisme réciproque entre les logements et leurs habitants. Notre personnalité pourrait modeler nos lieux de vie à notre image tout comme inversement l'endroit où l'on habite serait susceptible d'influencer nos humeurs, voire notre santé mentale.

Ne dit-on pas que certaines maisons ont une âme ? On a tous fait l'expérience d'une mauvaise nuit dans une chambre inconnue où l'on ne se sentait pas à l'aise, sans pouvoir expliquer pourquoi. Il y a par contre des endroits où l'on aurait envie de prendre racine.

Impuissante à trouver du positif dans un présent si âpre Nola va tenter de remonte le cours de l'histoire pour mieux comprendre ce qui a pu se passer. A force de guetter le moindre indice elle va penser que son existence est au cœur d'un secret de famille qu'elle éclaircira par tous les moyens, une fois qu'elle sera parvenue à prendre de la distance, physiquement et psychiquement

C'est une fresque sociale et familiale dans laquelle on se reconnait par instants. On suit Nola sans la lâcher comme si elle était notre petite sœur dans sa quête du père et de la mère, se demandant qui si l'un et l'autre sont bien ceux que l'on croit, puisque c'est bien connu, les choses n'existent que par la perception qu'on en a.

Un roman fort et une belle écriture qui aurait pu valoir à Delphine Bertholon d'être retenue dans des sélections. Bientôt sans doute ...

jeudi 4 novembre 2010

Le Chocolat tient salon Porte de Versailles

Le Salon du Chocolat s'est terminé il y a trois jours. Le cru 2010 fut savoureux.

L’édition 2009 avait été critiquée pour des motifs qui ne me reviennent pas mais qui, en leur temps, avaient suffi à détourner mon intérêt. J’abhorre les jugements à l’emporte-pièce. Vérifier ses sources in situ est une règle d’or. J’y suis donc allée. L’ambiance franchement agréable a conjuré les grisailles de la Toussaint. Le mérite est-il affaire d’atmosphère, de personnes, de produits ? Sans doute tout cela à la fois.

J’entends les protestations, s’appuyant sur l’aspect marketing du salon. Mais ils sont tous commerciaux, plus ou moins. Celui-ci est convivial, intelligent et de taille humaine. Distribuons les bons points :

Aux fondateurs et commissaires du Salon François Jeantet et Sylvie Douce, pour leur capacité à mobiliser célébrités et méconnus, marques internationales et artisans sur le premier critère du talent.

A ces grands noms qui ont été physiquement présents, et accessibles, n’éludant pas les questions des néophytes, soit à l’issue des démonstrations (comme Christophe Michalak du Plaza Athénée & Taïg Khris) soit en dédicace. Honte à ceux qui envoient leur nègre signer à leur place ! (les chefs visés se reconnaitront).

mercredi 3 novembre 2010

Venise sous la neige au Point Virgule

(spectacle critiqué le mercredi 4 août 2010)
Ne me dites pas que vous avez oublié ce qu'est la neigenboulophilie ? Je vous rappelle la définition donnée le 21 juillet dernier : la manie de collectionner les boules à neige (snowdome disent les anglo-saxons). Il y en existe pour tous les goûts. En ce moment ce sont les personnages Dora qui reçoivent une pluie de paillettes sur la tête quand on les retourne. Une société spécialisée en conçoit pour immortaliser des évènements publicitaires. Classiquement ce sont des paysages comme celle-ci (que je n'ai pas choisie au hasard puisque je suis souvent en Lorraine) avec la superbe place Stanislas nancéenne, que j'aimerais toujours dénicher au détour d'un vide-grenier...

La plus romantique serait une vue de Venise qui, inondée par les débordements marins ou même sous la neige fait toujours rêver.

Destination indissolublement associée au voyage de noces, Venise est tout un symbole et a inspiré des kyrielles d'écrivains et de metteurs en scène. Gilles Dyrek n'a pas échappé à son emprise. Il a écrit une joyeuse comédie qui a été prestement jouée au Petit Hébertot jusqu'au 8 août avant d'y être reprise (ouf) du 24 août au 12 septembre. Puis de s'exporter en quelque sorte au Point Virgule jusque fin décembre.

La soirée s'annonce orageuse : Patricia n'a pas envie de faire bonne figure auprès des amis de son "fiancé". Elle boude méchamment mais elle accepte un apéritif sans piper mot. On la croit étrangère. Au 3ème ou au 4ème verre elle est devenue le personnage qu'on a projeté sur elle. puisque ses hôtes s'apostrophent à coups de chouchou par ci et par là elle endosse la robe d'une chouvène arrivant directement de Chouvénie sans un chou en poche.

Et c'est parti pour un enchainement de quiproquos plus ou moins féroces mais toujours drôles. La pièce est devenue un classique du genre. Elle est programmée en juillet sur une chaine de télévision (dans une autre mise en scène que celle de Christian Bujeau). Personnellement je la préfère au naturel, interprétée par une jeune compagnie au talent prometteur.

Derrière l'ironie percent des prises de position humanistes qui pourraient faire réfléchir une fois qu'on s'est bien amusé. Qui est le plus naïf en fin de compte : celui qui va au bout de ses engagements ou celui qui change d'avis en fonction de la force de conviction de son entourage ?

Les rôles féminins sont formidables. Ce sont les femmes (comme souvent) qui sont le moteur du changement. Alexandra Moussai est une "chouchou" aussi talentueuse qu'Alexandra Lamy, qui fut chouchou bien avant elle. Son interprétation fait aussi penser à Corinne Benizio (la Shirley compagne de Dino) sans que ce soit de l'imitation. Maud Dreyer est naturellement bilingue et habituée des doublages. C'est un régal de l'entendre parler le chouvène.

Les garçons ne sont pas en reste. La troupe se connait bien. Ils ont tous suivi la même école d'art dramatique, le cours Jean Perimony et vous feront passer une soirée aussi distrayante que l'équipe du Père Noël est une ordure il y a quelques années de cela.
A défaut de prendre un billet d'avion pour Venise le Point Virgule est une destination que je préconise. Vous passerez une excellente soirée en étant certain de ne pas rester en rade à l'aéroport pour cause de grève, ou sur une aire d'autoroute pour cause de manque de carburant.

Le POINT VIRGULE, 7 Rue Sainte Croix de la Bretonnerie – 75004 Paris – M° Hôtel de ville à partir du 2 Novembre 2010 et pour deux mois tous les Mardis et Mercredis à 22h30
Avec deux représentations supplémentaires les Samedi 11 et 18 décembre à 17h30

Toutes les infos et la bande annonce ici

crédit photos En Vie 2 Scène sauf mention A bride abattue

mardi 2 novembre 2010

Dinette chic à la maison : saumon, artichaut et pain aux graines

C'est une nouvelle tendance et je n'y échappe pas. Plutôt que d'aller au restaurant on dépense la moitié de la somme et on se régale autant, voire plus.

Cette fois pas question de chercher dans les compilations du type "comment faire à manger pour 10 personnes à moins de 10 euros". On ne vise pas les économies, du moins pas directement.

Pour l'occasion j'avais acheté des chutes de saumon (qui sont tout de même vendues moitié prix, mais la moitié de près d'une centaine d'euros c'est encore très cher) dans une grande maison spécialisée. L'intérêt c'est qu'on reçoit des morceaux de saumons, d'excellente qualité, cela va de soi, et de diverses origines ce qui permet de déguster des goûts différents.

Des fonds d'artichaut préalablement décongelés, puis dorés à la poêle avec de l'aneth ont constitué un accompagnement réussi.

J'ai ajouté quelques tranches du pain maison aux graines (recette le 18 octobre) qui s'accordait bien dans l'assiette.

J'ai servi avec un joli vin après avoir allumé une bougie merveilleusement odorante de Nuit d'Ivoire.

lundi 1 novembre 2010

Les soliloques de Mariette par Anne Danais au Petit Montparnasse

On peut être « petit » et accueillir de grandes comédiennes. Rappelez-vous au printemps dernier Hélène Vincent, nominée aux Molières pour son interprétation d’Alexandra David-Néel.

Emilie Dequenne était à ses côtés, et nous faisait découvrir la personnalité et l’importance de la place que sa bonne avait eue dans sa vie. Surnommée affectueusement Tortue, Marie-Madeleine Peyronnet a joué un rôle capital avant de prendre la direction de la Fondation David-Néel.

Le Petit Montparnasse programme de nouveau une pièce où le rôle de la bonne est primordial et où il est incarné là encore par une actrice formidable. La critique s’accorde unanimement pour saluer le travail d’Anne Danais. Et je m’incline tout autant.

Comédienne, poète, auteur-compositeur interprète, metteur en scène, Anne Danais assure la direction artistique de la Maison du Chat bleu créée en 2002, association loi 1901 à vocation culturelle en milieu rural qui crée et reçoit des spectacles : théâtre, poésie, lecture, musique, organise des stages de chant, de théâtre, … des expositions… un travail sur la mémoire locale… Elle est installée dans les murs de l'ancienne école du village des Garlopeaux à Saint-Savinien en Charente Maritime.

L’actrice a attendu d’avoir l’âge du rôle pour interpréter Mariette, l’employée de maison au service d’Ariane. Après avoir joué dans des cuisines, en appartement, fait des lectures, remporté un joli succès au festival d’Avignon l’année dernière, la rencontre avec Anne Quesemand a permis de concrétiser le spectacle.

J’avais manqué la rencontre avec Mariette quand j’ai lu il y a quelques années le livre d’Albert Cohen, paru chez Gallimard. La sublime Ariane, alias Belle du Seigneur, éclipse les autres femmes. Les apparitions de sa bonne m’avaient échappé.

Depuis que j’ai entendu Anne Danais je me suis replongée dans les 845 pages du livre pour vérifier si la comédienne n’avait pas inventé ses soliloques. Je ne suis sans doute pas la seule à avoir cherché à vérifier. Tout y est, à la virgule près. Et cette relecture est encore plus savoureuse après l'avoir entendu de vive voix. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de connaitre le texte original pour gouter ses paroles.

Albert Cohen a réussi à merveille à rendre la densité du caractère bien trempé de cette femme, qui porte à Ariane un amour quasi maternel mais jamais aveugle. Elle a un avis sur tout et ne se prive pas pour le dire à voix haute. A l’instar d’Annie Girardot dans un film qui est resté dans nos mémoires… Mariette cause :

J’aime bien discuter quand même je suis seule. Cà tient compagnie quand on travaille. (…) les proverbres c’est la connaissance des vieux.

Le fait est qu’elle s’est approprié les formules, battant l’ouvrage, faisant tiptop, de saribe en chilla, soupçonnant anguille sous cloche, puisque, nous le savons tous, l’amour est enfant de poème.

Elle s’exprime parfois avec sagesse. Souvent en maltraitant vigoureusement la syntaxe et enrichissant le lexique : la remplaceuse, la grande cachotteuse, la barbouillance, semblant faire peu de cas de sa dyxlexie (elle remplace la lette l par un r, ce qui donne mérancolie, térégramme), elle déroule le fil de sa pensée au petit bonheur et pour notre plaisir.

On la suit dans ses pérégrinations. Elle démontre ses compétences ménagères avec un talent qui séduirait n’importe quel recruteur. On s'attendrit de la voir exécuter les gestes familiers de nos grand-mères, comme briller l'argenterie, moudre le café. Ses commentaires font sourire. On rit aussi malgré qu’elle nous défend de le faire, rapport à que çà va la retarder. Voilà que sa façon de parler déteint et que l’accent des Deux-Sèvres de ses grands-parents maternels risquerait bien de se faufiler dans nos futures conversations.

Toutes les raisons sont bonnes pour aller voir et entendre Anne Danais sur scène, que ce soit par amour de la littérature ou du théâtre. On peut lire ou relire Albert Cohen avant ou après. Le plaisir sera égal. On souhaite à Mariette d’attendre le plus longtemps possible avant de prendre sa retraite !

Du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures au Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaité, 75014 Paris, 01 43 22 77 74

Après Paris, elle ira à la rencontre des habitants de Saint-Julien-en-Born (40) le 29 janvier 2011, du public de La Coursive de La Rochelle (17) du 1er au 10 février , celui de l’ATP des Vosges d’Épinal (88) du 13 au 16 février, puis de Firminy (42) le 18.

Elle sera au Théâtre Alexandre Dumas (Saint-Germain-en-Laye - 78) le 8 mars , La Talaudière (42) le 29, et enfin les 22 et 23 avril 2011 à Montreal-de-L'Aude (11).

dimanche 31 octobre 2010

Brioche aux bouchons de champagne

J'ai fait le ménage dans mes placards avant de partir pour le Salon du chocolat (dont je vous parlerai bientôt).

J'avais un peu oublié ces petits chocolats et la surface avait blanchi. Des bouchons au champagne ! Ils étaient bien sûr toujours comestibles, mais peu présentables en l'état. N'aimant pas perdre de bonnes choses je décidai de les recycler dans un pain brioché. Ce fut un régal.

Voilà la recette dont vous pourrez vous inspirer pour l'accommoder avec des chocolats de toutes sortes.

On met dans la cuve de sa machine à pain dans l'ordre :
100 ml d'eau
200 ml de lait de coco
20 grammes de beurre
50 grammes de noix de coco râpée
40 grammes de sucre
1 cuillerée à café de sel
500 grammes de farine spéciale pain (type 55)
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 80 grammes de bouchons coupés en morceaux.

Autres recettes de pain sur le blog en 2009 : le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche),18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao), 11 août (Brioche des Reines)

En 2010 : le 7 octobre pain de seigle aux dattes, le 11 octobre pain d'épices, le 18 octobre pain aux graines, le 29 octobre pain aux noix

samedi 30 octobre 2010

Les trois soeurs dans une mise en scène inventive de Volodia Serre

(billet mis à jour le 9 nov 2010)
Quand vos parents vous ont donné, à vous et à vos sœurs, des prénoms qui sentent l’origine russe, que vous êtes tous acteurs dans la famille et que vous cumulez vous-même les fonctions de comédien et de metteur en scène … arrive forcément un jour où vous ne pouvez plus résister.

C’est ce qui est arrivé « en toute logique » à Volodia Serre avec la célèbre pièce de Tchekhov, les Trois sœurs. Il était venu expliquer ses motivations au public du Centre culturel de l’Onde de Vélizy (78) au mois de juin.
Tchékhov écrivait pour nourrir sa famille. Il estimait avoir proposé fondamentalement une comédie Sa propre femme jouait le rôle de Macha. La particularité c’est qu’il se passe peu de choses. La vie se déroule entre les actes. Le destin imprime sa marque inexorablement sur la famille où le malheur arrive de façon imprévue, en quelque sorte à l’insu des personnages.

Volodia Serre utilise sa propre histoire familiale pour éclairer cette pièce sous un jour plus intime, courant le risque d’une mise en danger. Il aurait pu assumer jusqu’au bout sa logique et titrer « Alexandrine, Joséphine, Léopoldine, Volodia … et les autres ». J’ai vu ce spectacle un peu particulier à Vélizy juste avant qu’il ne soit exporté au théâtre parisien de l’Athénée.

S’ils n’ont aucune origine russe, l’influence fantasmatique a joué à fond et le résultat, original, est néanmoins très respectueux dans l’esprit et nous offre une jolie réflexion sur ce qu'est une famille.

Alors que les trois sœurs sont souvent interprétées par des actrices plus âgées les trois comédiennes ont exactement l'âge des trois sœurs au début de la pièce. C’est peut-être un détail mais cela renforce l’oscillation constante entre souvenir et réalité, entre vie réelle et vie d’avant, entre passé idéalisé et avenir hypothéqué

Un projecteur Super-8 envoie sur un rideau des vrais extraits de films d’enfance de leur propre famille, dans lesquels apparaissent chacun dans des moments choisis, intenses et rendus “heureux” par la magie surannée de la texture du Super-8, ramenant le spectateur à la notion d’une époque et d’une certaine insouciance révolues.

Les images, un peu floues et ondulantes, sont rétroprojetées sur un voile fin et translucide, qui ouvre ou ferme la scène au tout premier plan, créant ainsi une perspective temporelle entre la ligne du passé, au bord du cadre. L’avenir, lointain et incertain, est symbolisé par un ciel changeant au gré des lumières du cyclorama clôturant l’espace scénique.

Ces “séances” de projections amorcent et ferment les différents actes de la pièce, suspendant le temps dans un retour des personnages vers leur paradis perdu, ellipses menant vers l’épisode suivant. La vie passée, qu’elles se projettent, est éternellement regrettée dans une sorte de fuite en avant, une logique du “toujours pire” qui n’est pas spécifique au théâtre russe. Écoutons ce que dit Alexandrine : « Jadis on vivait mieux. La vie aujourd'hui est bien pire qu'autrefois »
Le théâtre de Tchékhov touche à l’universel. Et on pourrait multiplier les extraits qui résonnent étrangement. Olga se plaint : Depuis quatre ans que je travaille, je me sens devenir une vieille femme.

La difficulté de vivre, la peur de la mort, la crainte de l’avenir pour nos enfants dont on redoute le nombre des épreuves qu’ils auront à traverser, toutes ces angoisses sont encore d’actualité.

Qui d’entre nous n’a pas cru à 20 ans comme Irina que le monde s’offrait à lui. Alors qu’au soir de la vie on se dit que rien ne s’est déroulé selon nos plans ?

C’est que, comme le regrette Irina, on ne sait pas pourquoi on vit et à quoi servent nos souffrances. C’est peut-être que nous n’existons pas et que nous donnons simplement l’impression d’exister …
Volodia Serre et sa troupe ne font pas illusion. Ils mènent le spectacle tambour battant. Le texte est respecté. La liberté scénographique réside ailleurs : dans les décors, aussi inventifs qu’un jeu de Mecano qui se plie et se déplie selon les besoins. Dans les costumes aussi, appartenant à plusieurs époques. Et surtout par la place centrale donnée à la musique, avec l’introduction d’airs d’opéra du XIX° et des chansons des années 1960/80.

On reconnait pêle-mêle le célèbre air de Rigoletto, la Donna è mobile (Comme la plume au vent), le très romantique Temps de l’amour, chanté par Françoise Hardy depuis 1980, l’irrésistible In the mood de Glenn Miller, le si nostalgique Sound of silence de Simon et Garfunfel, (1966) imperceptiblement murmuré.

A la fin la télévision remplace le piano. Le film de la scène d’anniversaire d’Irina succède au super 8 historique. Tout change mais l’humanité elle, n’a pas bougé. Volodia Serre a réussi ce tour de force de relifter les Trois sœurs en conservant toute la force de la pièce. Le pari était osé. Bravo !

Après l’Athénée - Théâtre Louis Jouvet jusqu’au 20 novembre (01 53 05 19 19), ce sera le Centre culturel Boris Vian des Ulis (91) le 23 novembre (01 69 29 34 90).

Le Théâtre Romain Rolland de Villejuif, (01 49 58 17 00) producteur, du spectacle, qui l'accueillera du 25 novembre au 6 décembre, puis le Centre culturel des 3 Pierrots de Saint-Cloud le 9 décembre, et ce Centre Culturel des Portes de l'Essonne d’Athis-Mons (91) le 11 décembre.

Les photos non mentionnées A bride abattue proviennent de la page Facebook du spectacle, sauf la troisième (crédit photo : Dominique Gubser)

vendredi 29 octobre 2010

Velouté de butternut et pain aux noix

Voilà la recette de pain aux noix qui a accompagné le pavé de céleri au Bleu de Gex dont je vous vantai le gout il y a quelques jours:

On met dans la cuve de sa machine à pain dans l'ordre :
200 ml de lait
100 grammes de beurre
4 cuillerées à soupe de sucre
1 cuillerée à café de sel
500 grammes de farine spéciale pain (type 55)
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 80 grammes de cerneaux de noix

Le résultat est proche d'un pain brioché


Quant à ce velouté, il provient des restes de la butternut cuite à l'étouffée pour la fondue de légumes que je suis devenue. Comme vous voyez ... rien ne se perd. Tout se recycle, chez moi comme chez vous.

J'ai épicé le velouté avec de la fève Tonka. J'adore cet ingrédient qui n'est pas encore très fréquent.

L'année dernière j'avais déjà réalisé une soupe avec de la butternut, mais aussi un délicieux crumble au potimarron qui demeure d'actu. Si cela vous tente, c'est par là.

Autres recettes de pain sur le blog en 2009 : le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche),18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao), 11 août (Brioche des Reines)

En 2010 : le 7 octobre pain de seigle aux dattes, le 11 octobre pain d'épices, le 18 octobre pain aux graines

jeudi 28 octobre 2010

Chateau en péril à Hombourg-Budange (57920)

(mise à jour 28 novembre 2010)
Norbert Guirkinger a réalisé une série de photos aériennes du château qui nous éclairent sur sa beauté mais aussi sur son état critique, résultat de depuis plusieurs décennies de laisser-aller. La photo resplendit des couleurs automnales mais il ne faut pas la regarder longtemps pour voir que la toiture prend l'eau, et que bientôt il ne restera de ce qui fut un des joyaux de l'époque Renaissance qu'un gros tas de pierres.
D'autres avant moi se sont émus de cette ruine. Avec ténacité ils ont ameuté les médias et lancé une pétition. Mais il n'est pas certain que leur folle énergie ne suffise à faire un miracle. Car on est proche de la catastrophe.

C'est Anthony Koenig, rédacteur du blog du Comité régional du Tourisme de Lorraine, Lorraine de cœur (auquel on sait que je collabore régulièrement depuis deux ans) qui m'a alertée. Il me semble plus que nécessaire d'élargir la prise de conscience et j'espère que les lecteurs de A bride abattue iront signer la pétition pour la sauvegarde de l'édifice. Car ce n'est pas parce que l'émission dominicale de Chef d'œuvres en péril a disparu de nos écrans qu'il faut croire qu'il n'y a plus péril en aucune demeure.

Ancien château fort au 13ème siècle, il est reconstruit à la Renaissance comme en témoignent encore trois de ses quatre ailes ou encore les meneaux présents même sur les parties communes.
Une magnifique aile classique est venue compléter l'ensemble au XVIII° siècle avec un beau fronton qui la surplombe pour en devenir la façade principale. C'est une propriété privée qui appartient au comte Charles Louis de Rochechouart de Mortemart. L'édifice est classé Monument Historique en grande partie, ce qui confère des droits mais aussi des devoirs au propriétaire.

La DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) est "attristée" de cette situation. Mais les finances manquent et Monsieur le Comte ne fait rien ... Les moyens coercitifs existent pourtant mais ils ne sont pas mis en œuvre malheureusement alors que nombre de sites ont été sauvés via des associations et d'autres initiatives (citons en Lorraine le Château de Freistroff, la Forteresse de Chatel-sur-Moselle, l'Abbaye de Villers-Bettnach...).

Le propriétaire du château ne serait-il pas conscient de la perte inexorable qu'il "offre" à la Lorraine en se refusant à tout sauvetage de son concentré d'architecture, d'histoire et d'art en péril ?

Les institutions doivent donc faire réaliser d'office les travaux d'urgence, comme la loi le prévoit.

En signant comme moi cette pétition vous contribuerez (il faut l'espérer) à sauver un trésor du patrimoine de Lorraine, de France, d'Europe ... que les enfants de nos enfants seront heureux de découvrir au détour d'une balade dans cette jolie vallée de la Canner, en révisant, qui sait, une page de l'histoire de France que traversa Charles Quint.

Pour signer et tout savoir sur la pétition cliquez sur ce lien :
http://www.mesopinions.com/Sauvons-le-chateau-d-Hombourg-Budange--Moselle--petition-petitions-46b19f47d72c22efa678169b083b21ef.html

Et pour en apprendre davantage sur le patrimoine lorrain je vous recommande d'aller visiter le blog d'Anthony, La lorraine se dévoile.

Communiqué en avant-première de la conférence de presse officielle qui sera donnée le 7 décembre 2010.
J''apprends qu'Arthur de Mortemart, le fils du comte, reprend en main l'intégralité du château avec à la clé une restauration totale de l'édifice. Les travaux d'urgence vont démarrer et s'accélérer d'ici le printemps pour stopper toute dégradation de l'édifice. Ensuite il sera temps de songer à la restauration proprement parlé. Si le sauvetage immédiat a pu trouver des aides auprès des collectivités locales, nul doute que ce projet d'envergure de restauration totale à long terme devra probablement faire appel au mécénat.

A ce jour, ce que nous pouvons dire, c'est que le château d'Hombourg-Budange est sauvé et on ne peut que remercier Arthur de Mortemart pour sa prise en charge importante et passionnée et le lancement de ce très beau projet qui est loin d'être achevé, cela va sans dire ...

mercredi 27 octobre 2010

Facebook, livre, film et plus si …

Facebook, MySpace, Skyblogs, Twitter ... Deux internautes sur trois s’y connectent régulièrement, alors que ces sites étaient encore quasi inconnus il y a deux ans. Pas une semaine sans que les médias ne se fassent l’écho de ce succès... ou n’en rapportent les dérapages. Car par leur nature même, les réseaux sociaux mettent à mal la notion de vie privée.

Risques pour les mineurs, escroqueries, usurpations d’identité, utilisation commerciale de données privées... Comment ces sites ont-ils organisé leur ascension ? Qu’est-ce qui poussent les internautes à s’y mettre à nu au vu de tous ? Comment Facebook et Myspace gagnent-ils de l’argent en vendant les profils des internautes ? En interrogeant sociologues, avocats, policiers, psychanalystes, et bien sûr, les dirigeants de ces sites ainsi que ceux qui en ont été victimes, Olivier Levrard et Delphine Soulas promettent de nous dévoiler la face cachée des réseaux sociaux dans le livre qu’ils ont publiés au début de l’année 2010 aux éditions Michalon, Facebook : mes amis, mes amours ... des emmerdes !

Sauf qu’en utilisant le nom d’une série télé qui revient sur les antennes … et qui a sa propre page sur Facebook les auteurs ajoutent encore de la confusion là où très franchement il n’y en avait pas besoin.

En résumé et pour « faire utile », incitations incontrôlées, fichages de toutes origines, escroqueries, actes délictueux, enfermement informatiques… sont effectivement des dangers réels. La lecture du livre pourra renforcer une prudence élémentaire que nous oublions parfois de suivre. Ces réseaux « sociaux » ne sont pas des pièges dangereux pour nos libertés si on les utilise en gardant la mesure.

Être sur Facebook c’est devoir assumer une visibilité
Il ne nous viendrait pas à l’idée de faire disparaitre tous les couteaux de la cuisine au motif qu’un assassin a employé cet outil pour tuer sa femme. Il ne faut pas confondre l’objet et son usage. Ce n’est pas non plus parce qu’on a un blog qu’on étale sa vie privée. Autrement dit ce qui importe, ce n’est pas le média, mais le contenu qu’il véhicule et dont nous sommes parfaitement maitres, ne l’oublions pas.

Un désir de reconnaissance insatiable
FB étymologiquement signifie trombinoscope. Inscrivez-vous et vous aurez à coup sûr la possibilité de recontacter toutes les personnes que vous avez approchées de près ou de loin. C’est en quelque sorte une formidable machine à remonter le temps, qui répondrait au fol espoir de pouvoir recommencer sa vie. La tentation est forte d’établir un parallèle avec le nombre croissant de mariages avec son premier amour … quelques décennies plus tard ?

Ce qui est drôle c’est que nous avions été des milliers à exiger l’inscription de notre numéro de téléphone sur la fameuse liste rouge de France Telecom pour ne pas risquer d’être repéré dans l’annuaire téléphonique. L’opérateur est devenu Orange. Et depuis le réseau bleu, alias Facebook, a ouvert ses pages. Et voilà que les mêmes qui se protégeaient hier s’y affichent maintenant sans retenue. Faut-il vraiment être en manque de communication pour agir de manière aussi écervelée ?

Tout le monde ne s’inscrit pas sous son vrai nom. Mais dans ce cas les chances de se (re)lier à des connaissances perdues de vue sont minces, par définition. Les malins qui se cachent derrière un pseudonyme publient souvent des photos compromettantes qui projettent leurs frasques en pleine lumière.

Facebook, ou “The” Social Network
Le film est annoncé comme une histoire vraie, mais « librement » adaptée de la vie de Mark Zuckerberg, le créateur du réseau social Facebook. Les scénaristes ont puisé leurs ingrédients dans le livre de Ben Mezrich "The accidental Billionaires", titré en France "La revanche d'un solitaire" et qui retrace la création de Facebook dans un dortoir de Harvard par Mark Zuckerberg aidé de son ami Eduardo Saverin.

D’après mes sources le livre décrypterait davantage les origines de Facebook. Je suis ressortie déçue de la projection, avec l’amère impression de m’être fait hameçonner. Le visionnage de la bande-annonce est un résumé qui m’aurait suffit. Je n’en ai guère appris davantage en deux heures 30 sur « le » réseau social par excellence, si ce n’est que son créateur a suivi le conseil d’un collaborateur de retirer l’article.

L’anecdote est exacte mais incomplète. A l’origine le réseau s’appelait Friendster avant de devenir Facemash.com puis ce qu’on sait.

A l’image de « faites entrer l’accusé » le film juxtapose une reconstitution du procès opposant le créateur du site à ses détracteurs (pour une histoire de gros sous) à des flash-backs censé narrer la création et l’ascension d’une poignée de geeks, entendez par là des mordus d’informatique.

Le film écrase le mythe. J’y ai vu un post-ado qui ne s’épanouit jamais, même par simple mégalomanie, même pas antipathique, simplement apathique. Tout le contraire de ce que font ses fans. Vous pourrez toujours me dire que c’est cela qui est génial. Qu’un étudiant frustré ait conçu ce formidable outil de communication en réponse à son handicap. On ne fera jamais assez l’apologie de la frustration !

Au final rien n’est éclairci, ce qui était peut-être voulu. Mark Zuckerberg peut dormir tranquille. On me dirait qu’il n’a jamais existé que je le croirais tant le personnage semble n’avoir aucun affect. J’ai donc vérifié.

C’était un jeu d’enfant que de taper son nom sur Facebook et je vous offre la photo de son « mur ». Son sourire m’a plu davantage que le nombre de ses « amis », plus d’un million trois cent mille.

Car la diction hachée et le regard inexpressif de l’acteur interprète Jesse Eisenberg m’avaient grandement donné envie de fermer mon compte, ne me reconnaissant pas plus dans cette communauté, que je n’aurais apprécié autrefois avoir eu un compte à la Société générale ou au Crédit Lyonnais.

Me voilà rassurée. Et je consens à admettre que le film fait (un peu) connaitre le mode de fonctionnement de ces grandes universités américaines où naissent les success-stories. L’accent harvardien des détracteurs de mark est assez savoureux. C’est le seul intérêt à choisir la V.O. parce que le débit est tellement rapide qu’il ne faut pas espérer le soutien des sous-titres pour affiner la compréhension des dialogues.

Où s’arrête le virtuel, où commence le réel ?
Facebook est également décrié comme faisant concurrence aux sites de rencontres qui avaient le vent en poupe il y a seulement quatre ou cinq ans. La rencontre virtuelle n’est pas née d’Internet. Longtemps le courrier, les petites annonces, ont médiatisé les rencontres. Ce fut le « réseau » dans les années 70, quand plusieurs personnes composaient au même moment des numéros non attribués qui les mettaient en relation au petit bonheur. Il y eut aussi les CB (cibi), le minitel … De tous temps hommes et femmes ont eu envie d’entrer en contact sans être trop vite confronté au corps, parce que seul le corps peut mettre en péril une rencontre. Et pourtant seul le corps permet une résonance émotionnelle ...

Or Internet permet d’augmenter sa surface sociale en engageant moins le corps. Du coup il ne faut pas s’étonner (ni regretter) que la réintroduction du corps soit un quitte ou double. Au-delà de l’étonnement, de l’inattendu, il pourra y avoir malgré tout une agréable surprise, et pourquoi pas l'exaltation.

Le désir est-il compatible avec Internet ?
La chirurgie esthétique améliore l’ordinaire corporel … parce qu’on nous serine qu’on le vaut bien. Alors la tentation est grande de maquiller (aussi) son profil au lieu de prendre le risque d’aller authentiquement à la rencontre de l’autre. Remarquons au passage que la manière dont on se perçoit n’est pas forcément en adéquation avec celle avec laquelle les autres nous voient ou vont nous regarder.

On ne peut pas échapper au formatage des fiches mais l’erreur, entretenue par les sites de rencontre, est précisément de chercher quelqu’un à qui on ressemble et dont on partagerait les goûts. La mythologie de la ressemblance, qui voudrait que chacun cherche son alter ego n’est pas un critère a priori valable. Comment vivre (heureux) à deux si on sait à l’avance qu’on aimera les mêmes choses ? Une vie sans surprise devient vite fade. La réassurance conduit à l’immobilisme.

Les gens s’entendent (ou pas) pour une manière de bouger, de sourire, un ton de voix, des odeurs, … et cela ne se met pas en fiches. Le corps (ému) fait la rencontre de l'autre ... parce que c'était lui, parce que c'était moi ... comme l'écrivait Montaigne, comme l'a chanté Michel Sardou.

Serge Tisseron a exploré ce que devient le désir sur les sites de rencontres. L’écouter remet les ordinateurs à l’heure.

Il était venu discuter de cette question du désir le samedi 9 octobre à l’invitation de l’association Autrement à la médiathèque d’Antony (92). Ce psychanalyste, docteur en psychologie, directeur de recherche (CNRS, Université Paris X) est d’ailleurs cité par les auteurs du livre consacré à Facebook. Il fait désormais référence dans le domaine des nouvelles technologies et qui plus est sa pensée est limpide.

L’épreuve de réalité est incontournable
Tout commence à partir du moment où on va se voir « pour de vrai ». La confrontation avec cet autre que l'on croit connaitre est déterminante. Et s’il y a un conseil à retenir c’est bien de ne pas tarder à programmer la « rencontre », laquelle ne démarre réellement que la première fois qu’on se voit "pour de vrai". Même si personne n’a enjolivé son portrait, le face à face sera forcément une découverte.

Au XIX° siècle on se repérait aux fêtes familiales. On se revoyait aux fêtes de village et petit à petit on nouait une relation. Désormais on veut une réponse sans délai et Serge Tisseron nous rappelle qu'il est de plus en plus difficile de supporter le refus de l'autre. D'autant plus que nous vivons dans une culture fâchée avec le corps réel qui nous invite à idolâtrer le corps éternellement jeune.

Des dérives existent. Certaines personnes se marient par leur avatar, sur le site second Life. D'autres utilisent Internet pour assouvir leurs instincts sans conscience. Michel Houellebecq a écrit sur le sujet. Les adolescents déploient une sexualité extrême qui s'apparente à des rites de passage. Ils semblent intervertir le mode d'emploi de la rencontre, d'abord le sexe, plus si entente. Derrière cet usage se cache toujours la même angoisse, celle de la confrontation au refus.

Après tout est-ce que la façon de draguer des anciens, promettant le mariage alors qu'ils n'y songeaient pas un instant était plus morale ?

Les jeux vidéo, c'est bon pour la santé
C’est la question qui soulève le plus de polémiques. Vous êtes légion à vilipender Internet à ce propos. Je n’étais pas loin de penser comme vous. Et si je vous dis maintenant que les jeux vidéo ne sont pas condamnables vous allez croire que je suis victime d’un drôle de virus informatique. Mais non !

Serge Tisseron a bousculé mes représentations. Il connait très bien cet univers, y compris de l’intérieur. Il a notamment publié "L’intimité surexposée" (2001), - "Virtuel mon amour : aimer, penser, souffrir à l’ère des nouvelles technologies" (2008), - "L’empathie au cœur du jeu social" (2010).

S’il s’insurge contre les chaines de télévision dédiées aux enfants de moins de trois ans c’est qu’il en mesure les risques. Il fait l’apologie des jeux de rôles en maternelle. Les adultes croient que les élèves jouent mais ils ne font pas que cela. Les jeux d’imitation permettent de se structurer et de se socialiser, ce qui n’est pas un acquis négligeable.

Selon lui les jeux vidéo constituent (et jamais avant six ans) dans une certaine mesure un apprentissage des règles, d'abord celles du jeu, qui le plus souvent sont à découvrir en jouant, ce qui n'est jamais facile. C'est aussi le moyen de manipuler symboliquement son double narcissique et extérioriser ses conflits inconscients. Ou une élévation de la confiance en soi. Mais l'aire du jeu ne doit être qu'un territoire de simulation et d'entrainement. sans reprise par la parole de ce qui a été ressenti, l'effet thérapeutique sera limité.

Les nouvelles technologies ont bel et bien changé les règles. Le risque n'est pas d'y faire de mauvaises rencontres mais de perdre l'esprit critique qui se nourrit de la confrontation et de la discussion.

Avez-vous remarqué que sur Facebook on peut manifester sa satisfaction ou son accord en cliquant sur l'icône pouce levé signifiant j'aime mais que la réciproque n'est pas prévue.

Hier on bouclait la bouche des filles avec l'injonction sois belle et tais-toi ! Aujourd'hui on a mis tout le monde sur le même pied en prônant aime ou tais-toi !

C’est dans le cadre du partenariat avec Babelio que j’ai lu Facebook : mes amis, mes amours ... des emmerdes ! La vérité sur les réseaux sociaux d’Olivier Levard et Delphine SOULAS
Éditions Michalon - 34, rue de Lancry - 75010 Paris, 192 pages, 16 €

Pour connaitre les prochains débats de l’association Autrement : consulter leur site

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)