Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 17 décembre 2010

Zola Jackson de Gilles Leroy

S'il ne figurait pas dans la sélection de la médiathèque du Plessis-Robinson (92) pour le Prix du roman 2011 je n'aurais probablement jamais été tentée par ce livre parce que je n'ai pas aimé Alabama Song quand bien même il a été couronné par l'Académie Goncourt en 2007. La plume de Gilles Leroy me fait l'effet d'une craie sur un tableau.

Venant de refermer avec force regret la Couleur des sentiments je restais dans la région en ouvrant Zola Jackson.
Août 2005, delta du Mississippi : l'ouragan Katrina s'abat sur la Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent au lac Ponchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent les secours qui mettront des jours à arriver, l'institutrice Zola Jackson s'organise chez elle pour sa survie. L'eau continue de monter, inexorablement. Depuis le ciel, les hélicoptères des télévisions filment la mort en direct. Réfugiée dans le grenier avec sa chienne Lady, Zola n'a peut-être pas dit son dernier mot.
Tout est presque dit dans ce résumé imprimé sur la quatrième de couverture. Après Emmanuel Carrère qui romance le tsunami de 2004 Gille Leroy s'empare de l'ouragan Katrina. Je ne m'explique pas ma réaction mais je trouve qu'il y a un certain voyeurisme à faire feu de ce bois là.

Ce n'est pas qu'il puise son inspiration dans sa vie ou celle des autres qui me dérange. Ce n'est pas la dimension historique. C'est peut-être trop court, trop noir avec une fin heureuse totalement prévisible bien que tirée par les cheveux. Un roman qui n'apporte aucune surprise ne mérite pas l'enthousiasme. Il me faut de la surprise, une écriture qui ait de la densité et une histoire qui comporte cette part d'universalité qui fait qu'on se sent concerné. D'autres auront peut-être été davantage secoués par cet ouragan là ...

Pour en savoir plus sur le Prix robinsonnais lire le billet de juin 2010.
Liste des livres en compétition prochainement sur le site de la ville.

jeudi 16 décembre 2010

Pain brioché aux pruneaux et au miel

Voici une nouvelle recette qui se situe elle aussi entre le pain et la brioche et que je trouve assez intéressante avec un foie gras quand on veut changer du pain d'épices.

On met dans l'ordre dans la cuve de sa machine à pain :

250 ml de lait
50 grammes de beurre
2 cuillerées à soupe de sucre
2 cuillerées à soupe de miel
1 cuillerée à café et demi de sel
500 grammes de farine spéciale pain de type 55
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 100 g de pruneaux dénoyautés

Autres recettes de pain sur le blog en 2009 : le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche), 18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao), 11 août (Brioche des Reines)

En 2010 : le 7 octobre pain de seigle aux dattes, le 11 octobre pain d'épices, le 18 octobre pain aux graines, le 29 octobre pain aux noix, le 31 octobre brioche aux bouchons de champagne, le 20 novembre pain aux noisettes, Beaujolais nouveau et magret de canard, le 28 novembre pain à l'épeautre et aux graines de courge.

mercredi 15 décembre 2010

Le mec de la tombe d'à côté (nouvelle reprise) au Théâtre du Petit Montparnasse

(billet mis à jour le 28 janvier 2012)
Ils sont voisins de cimetière. Elle vient régulièrement se recueillir sur la tombe de son mari, trop tôt enlevé par un malencontreux accident de vélo. Il vient fleurir la tombe de sa mère, emportée par un cancer. Elle est bibliothécaire, ne pense que culture et ne mange que bio, il est agriculteur, élève des vaches et n’imagine pas qu’on puisse lire «de son plein gré» ; l'apparence du mec de la tombe d'à côté agace la jeune femme autant que la tombe avec sa stèle tape-à-l'œil. Rien, a priori, ne rapproche ces deux-là, et pourtant…
Le spectacle a été créé le 7 novembre 2009 au Petit Saint Martin et il a été repris à la rentrée 2010 au Théâtre de la Renaissance avec une autre distribution.

J’avais adoré le livre de Katarina Mazetti, journaliste à la radio suédoise. Elle a rencontré un succès phénoménal : 5 suédois sur 100 ont lu ce livre qui a déjà été traduit en 12 langues et nominé en 2007 pour le Prix Cévennes qui récompense le meilleur roman européen. Je suis donc venue au Théâtre de la Renaissance en toute confiance. Le travail d’adaptation a été très bien fait et les acteurs composent un duo sympathique.

Vous aurez deviné qu’il y a un petit « mais » derrière ces compliments. Je n’ai pas reconnu le personnage féminin qui, dans le livre était une sorte d’hybride entre Mary Poppins et Jane Birkin, une femme-enfant, à la fois naïve et spontanée, ayant un fort manque de confiance en soi.

Sur les planches l’actrice semble au contraire forte et volontaire. Le couple ne dégage pas l’attendrissement qui grandit au fil des pages. L’issue ne fait alors aucun doute. Ces deux là ne termineront pas leur vie ensemble alors que dans le livre on espère jusqu’au bout la traditionnelle happy end.

N’empêche que la tendresse et la causticité font mouche à tous les coups. On rit beaucoup. Marc Fayet incarne le gaffeur sentimental idéal à qui l'on pardonnerait toutes les maladresses. Le public suit, apprécie et on passe un excellent début de soirée car le spectacle programmé à 19 heures permettait de ne pas rentrer tardivement. Attention l'horaire de reprise est à 21 heures !

Le Mec de la tombe d’à côté, D’après l’œuvre de Katarina Mazetti
Adaptation : Alain Ganas, Mise en scène : Panchika Velez
Avec Sophie Broustal et Marc Fayet (Didier Brice pour la reprise)
Du mardi au samedi à 21 heures,matinée le samedi à 16 h 30
Théâtre du Petit Montparnasse, 31, rue de la Gaité, 75014 Paris, 01 43 22 77 74
Photo de Marc Fayet et Sophie Broustal @ LOT


Le spectacle fut nominé aux Molières 2011 au titre de l'adaptation et du meilleur spectacle du théâtre privé. Il a été repris aux Bouffes parisiens et le sera au Petit Montparnasse cette fois à partir du 9 février 2012. Réservations au 01 43 22 77 74

mardi 14 décembre 2010

Connaissez-vous le Shropshire Blue ?

(mise à jour 23 déc 2010)
Ce n'est pas une race de chien ... mais un fromage très surprenant au premier regard et très attachant dès la première bouchée. Allez comprendre pourquoi il m'a fait envie : parce qu'il est orange comme une Mimolette, veiné de bleu comme un Roquefort, crémeux comme un Chaource, ou parce qu'il y a en lui de quoi surprendre comme l'humour anglais auquel m'a préparé le spectacle chroniqué hier ?

Je ne dirai pas qu'il n'y pas en France suffisamment de fromages pour satisfaire mes envies. Ni que les fromages anglais sont les meilleurs. Mais celui là est tout de même exceptionnel.

Je l'ai posé sur une épaisse tranche de céleri cuit à la vapeur. J'ai placé à proximité des quartiers de pamplemousse épluchés à vif pour que leur acidité vienne titiller le palais entre deux bouchées de l'association légume-fromage. J'ai attendu que la chaleur du céleri fasse couler naturellement le Shropshire. Inutile de faire davantage. Cela se déguste sans plus de discours.

C'est à la fromagerie du Marché Saint-Germain, alias la Ronde des fromages, 14, rue Lobineau - 75006 PARIS - tél : 01 43 26 01 44 que j'ai trouvé ce fromage, et quelques autres. Monsieur Sanders y propose un choix remarquable, d'une qualité et d'un affinage exceptionnels qui en font oublier le prix.

Ce marché est minuscule mais c'est une halte gourmande appréciable les jours de neige, qu'on se le dise ...

lundi 13 décembre 2010

Le Bob théâtre voyage avec Princesse K

Il était une fois, dans un joli château, une famille bien sous tous rapports ... sauf que si je vous dis que l'histoire est mise en scène par le Bob théâtre vous vous douterez qu'il va y avoir un traître aucunement sympa et des dérapages de l'intrigue toujours contrôlés …

C'est pour cela qu'on aime cette "petite" structure qui travaille à taille humaine, avec un décor qui tient en peu de place, des moyens techniques autonomes et un dispositif scénique qui autorise de jouer partout, en décentralisation, dans la plus «simple» salle des fêtes parce que, nous disent-ils, quand on n'est que dans des grosses structures, des vrais théâtres, on n’est plus dans la vraie vie ... On les adore aussi pour leur humour volontairement décalé, noir brillant, accessible même à des enfants qui ont l'oreille aiguisée (à partir de 7 ans).

On les attend au tournant de chaque nouvelle création en se demandant ce qu'ils vont nous servir comme références. Cette fois ce sont Dragon ball, Freddy Krueger, Kill bill, Star wars, le Kung Fu, les mangas, Blanche-neige ... et les Gendarmes à st Trop.

Je parle, je parle au lieu de vous proposer d'en goûter un petit morceau :

Princesse K - Bob Théâtre - Momix 2010
envoyé par stefburglin. - Futurs lauréats du Sundance.

Princesse K a été remarqué au Momix. Ce Festival, organisé par le Créa de Kingersheim, est l’un des 7 plus importants festivals jeune public en Europe. Il a aussi été applaudi au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières, qui ne cesse de prendre de l’ampleur au fil de ses éditions. Les pays agglo saxons sont tombés sous le charme caustique du Bob qui dégage un je ne sais quoi de Stanley Kubrick (encore un Monsieur K) … Denis Athimon n'était pas pressé de traduire la pièce, impossible à surtitrer pour des enfants. Mais la pression est si forte qu'il va s’y mettre.

On pourrait se demander pourquoi K et pas Princesse X ... sauf qu'avec les Bob on n'est pas sorti du château si on cherche à tout interpréter. J'ai quand même exploré la symbolique du K qui, ressemble d'ailleurs graphiquement au X. C'est une lettre puissante qui représente l'action. Elle provient du phénicien kaf (kaph) qui signifiait « paume de la main » ce qui nous ramène à Freddy Krueger, même si j'ai plutôt pensé au film de Tim Burton, Edward aux mains d'argent (quand bien même l'acteur n'agite qu'une seul main mécanique).

Lettre peu usitée dans la langue française, on la rencontre surtout sur les marchés quand on affiche les prix au kilo, et dans le spectacle où on bute sur une kyrielle de personnages dont les prénoms commencent tous par un K : Kevin, Kurt, Karl.

C'est Erwan K … qui nous accueille sous la lumière blafarde d'un lampadaire démesuré. Majordome de père en fils, il justifie la transmission de l'histoire par son départ en retraite (le mot déclenche l'hilarité des enfants). Il nous l'annonce en levant le pied et, marquant un temps assez long, appuie sur l'interrupteur en ne cachant pas la frayeur qu'il va nous transmettre.

Chaque détail compte. Tant visuellement que sur le plan sonore. Une incantation adressée au ciel : c’est pour toi murmure-t-il. Le ton avec lequel il fait référence à Notre mariage est le pluriel de majesté du domestique.

Denis Athimon joue évidemment tous les personnages en modulant sa voix. Il se transfigure sur il était une fois qui installe le registre du conte. Il les fait surgir en s'emparant d'un minuscule accessoire comme le font les conteurs. Mais il fait plus, car il est aussi celui qui interprète celui qui raconte, sans quitter sa chaise.

Je ne pense pas avoir vu quelqu'un d'autre capable comme lui de courir assis, de livrer des batailles et de mener des combats fratricides ... tout en me faisant croire qu'il n'y est pour rien et que tout peut déraper d'un instant à l'autre. l'acteur est un obsessionnel, prêt à bouger d’un millimètre le bazar hétéroclite qui tient lieu d'accessoires. Un décor modeste qui n'est pas revenu indemne des turbulences qui a secoué l'avion au retour de la Réunion et du Canada. Il a fallu appliquer des bandes de scotch en guise de pansement.

Tout tient surtout à un fil, celui de l'histoire, épopée fantastique où l'esquive se fait artistique. Les jeux de mots sont visuels. Les Bob jonglent avec des sentiments pas toujours avouables comme la vengeance, la traîtrise, la cruauté, le vice, l’appât du pouvoir, bref que des jolies choses qu’ils aiment bien. Et la fin n'est pas celle que les enfants s'attendraient à entendre. Le maitre Koala meurt. Parce que c’est dans l’ordre des choses et que dans le zen on ne transmet qu'à une personne. Ce maitre est la figure archétypale du référent. Pour les uns ce sera un bon pédagogue. Pour d'autres les parents.

Les enfants n'auront même pas eu le temps de crier, le noir étant trop bref. Ils ne se sont peut-être pas senti la possibilité de le faire.

Denis est drôle jusqu’aux saluts. Et même au-delà. Il s'attarde le temps qu'il faut pour répondre aux questions du public. Également pour calmer l'impatience des programmateurs venus découvrir la pièce dans l'espoir de l'accueillir la saison prochaine.

Le hic c’est de convenir d’une date. Deux ou trois ans en moyenne ... tant le Bob est réclamé par monts et par vaux. Alors que ce soit pour Hansel et Greutel, Princesse K ou le prochain (Peau d'arbre) ne remettez pas votre déplacement. Et voilà la page de leur site pour accéder directement à la cartographie des tournées.

Personnellement je n'ai pas hésité longtemps à affronter une volumineuse tempête de neige qui, ma foi, cadrait assez bien avec l'univers du Bob. J'avais encore en mémoire celle qu'il avait fait surgir dans Démiurges, le seul spectacle qu'ils ne peuvent présenter que dans les grands espaces.

Princesse K, théâtre d’objets
Bob Théâtre, Durée : 50 min, pas avant 7 ans

dimanche 12 décembre 2010

Je vous emmène au bout de la ligne

Si on prend les mots au pied de la lettre le titre est une publicité mensongère par les temps que nous subissons. Et il parait que l'hiver ne fait que commencer.

La neige bloque les autobus mais il arrive aussi que ce soit les métros qui "rament" sur leurs portions à l'air libre quand la neige tombe dru comme nous l'avons constaté ces derniers jours. Je vous laisse imaginer ce que cela va être dans la décennie à venir avec la mode (onéreuse) des tramways ...

C'est au chaud que j'ai lu le livre et il m'a fait voyager confortablement. Je vous avoue d'ailleurs que depuis je ne saute plus dans une rame avec désinvolture, sans jeter un œil à la cabine du conducteur. Loin de moi l'espoir d'apercevoir Rodolphe, n'ayant pas eu l'occasion de prendre la ligne 2, je ne risque pas d'obtenir de sitôt une gentille dédicace. Chaque chose en son temps.

J'apprécie théâtre, cinéma et littérature quand ils puisent dans le quotidien matière à le décrypter. J'avais cet été ouvert Métronome avec appétit. Le concept était alléchant mais l'écriture est d'une telle densité que j'ai lâché prise, me refusant à subir une thèse d'histoire de sixième cycle. J'étais restée en rade. Vous comprendrez que j'ai ouvert le livre de Rodolphe Macia avec appréhension. Je me suis laissée embarquée facilement et avec plaisir.

Rodolphe est conducteur de métro depuis des années, mais il n'en parle pas beaucoup. Il a fallu la patience et la ténacité de Sophie Adriansen pour qu'il se décide à révéler les dessous de sa vie professionnelle. Elle l'a poussé à écrire ses tribulations et à livrer ses secrets en lui prêtant main forte. Le récit, qui ressemble à un journal de bord, est tracé en pointillé d’une station à l’autre, sur toute la longueur de la ligne 2, Nation-Porte Dauphine.

J'ai apprécié le changement de point de vue. Prendre le métro en position de conducteur est radicalement différent de ce que je vivais. Les enfilades de couloirs et de tunnels m'ont paru moins anonymes. J'ai mesuré quelques aberrations comme celle-ci : être conducteur impose d'avoir son propre moyen de locomotion puisqu'on ne peut pas rentrer chez soi par le dernier métro (où le garerait-on ?)

J'avoue être de celles qui pressent le pas pour gagner quelques secondes. Mais si on est toujours à l'heure ... pour le métro suivant comme l'écrivent les auteurs avec sagesse, ce n'est pas tout à fait vrai du RER que l'on peut attendre plus de 30 minutes en fin de soirée quand on habite en banlieue, même proche.

J'ai appris beaucoup sur l'organisation du trafic, me disant que le métro c'est un peu comme nos appareils ménagers. On ne s'interroge pas sur leur fonctionnement tant qu'ils roulent et au moindre souci (qui deviennent de plus en plus récurrents me semble-t-il) on s'agace. Alors promis je ne m'énerverai plus. Je fouillerai dans l'obscurité pour regarder les tags qui colorent les tunnels. Je m'intéresserai au matériel. Et surtout il faudra que je suive spécialement un jour le trajet de la ligne 2.

Une petite voix me souffle que tout n'a pas été dit, loin de là, et je lirai volontiers une suite à ce premier voyage.

Je vous emmène au bout de la ligne de Rodolphe Macia, écrit avec Sophie Adriansen, Max Milo, 2010
Et pour suivre l'actualité du livre : http://www.auboutdelaligne.fr/

samedi 11 décembre 2010

Kiki Von Beethoven au Théâtre La Bruyère

La pièce se joue depuis le 21 septembre mais je l'ai découverte récemment et je vous la recommande sans réserve.

On ne se rend pas compte tout de suite que Danièle Lebrun est seule sur scène : elle réussit à incarner huit personnages sans artifices, en modifiant sa voix ou sa gestuelle, prouvant une fois de plus qu’elle est une grande et belle artiste que l’on est bien heureux de ne pas la voir prendre sa retraite.

Tout a commencé dans une brocante, quand Marie-Christine, pardon, Kiki, tombe en arrêt sur un masque de Beethoven qui ne la quitte pas de ses yeux implorants alors que d’autres se seraient laissées attendrir par un chien ou un chat.

Le moulage du visage du compositeur apparait en fond de scène en creux ou en plein selon l’éclairage. Étant fan absolue de Walter Wick (le photographe qui a révélé au public la couronne que forme une goutte en heurtant la surface de l’eau) je suis habituée à regarder des images avec un œil exercé. Allez faire un tour (il sera long tant c’est passionnant) sur son site et plongez-vous dans la série de ses livres Vois-tu ce que je vois. Peut-être percevrez-vous ensuite comme moi une ressemblance entre Beethoven et Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur de la pièce.

Armée de Ralph, un énorme lecteur-CD qui crache sans doute la musique comme un pitbull, voilà notre grand-mère indigne qui entreprend de faire découvrir son héros à la terre entière. Le résultat la désespère : elle vidange les lieux publics, ne comprend pas pourquoi son entourage est devenu sourd à cette musique et commence à réfléchir.

Danièle Lebrun bute un peu sur les mots, ce qui renforce l’émotion dégagée par les confidences. On sent poindre l’émotion sur une allusion anodine à l’âge qu’aurait eu son fils … et on commence à s’interroger sur le cataclysme qui a secoué la famille.

vendredi 10 décembre 2010

Dialogue avec mon jardinier de Henri Cueco

L'actualité littéraire fait caracoler nos envies de découverte et réactive nos désirs. Même si nous n'aurons jamais assez de temps pour lire tous les livres qu'on sélectionne après un sévère arbitrage.

Il ne faudrait pas oublier d'excellents ouvrages en croyant qu'ils ont vieilli. Ce qui est bon ne se périme pas et n'a pas de date limite de consommation. Dialogue avec mon jardinier est de ceux-là. L'offrir à Noël avec le DVD du film réalisé en 2007 par Jean Becker avec Daniel Auteuil et Jean-Pierre Darroussin serait une jolie idée de cadeau.

En fait de dialogue c'est le jardinier qui assure (dans le livre) l'essentiel de la conversation qu'il relance sans faiblir, avec candeur et intelligence.

S'il ne fait pas la révolution il exprime néanmoins avec nostalgie le désarroi d'un monde qui décline alors qu'il serait urgent de prendre appui sur la nature. Ce que l'un peint avec des couleurs l'autre l'exprime avec des mots et le lecteur accompagne doucement l'un et l'autre.

La connaissance du film n'est pas un handicap pour apprécier le texte où j'ai relevé quelques extraits assez représentatifs des différents registres.

Dans le fond on n'est pas mal dans notre HLM, là-haut. La vue y est belle et le soir, après la soupe, au lit. Mais le matin je suis debout avant le soleil. Je bois mon thé en regardant le soleil se lever. Je l'attends sur le balcon (...) il se passe toujours quelque chose quand tu regardes bien (...) Je regarderais jusqu'à la fin des temps, c'est mieux que du cinéma. (p. 48)

Quand il n'y aura plus personne dans les usines ou les ateliers, qui achètera ? (...) A mon époque, il y avait pas le chômage : quand on perdait un travail, on en cherchait un autre. (p. 51)
Il faudrait un costume à étagères et à tiroirs, comme une armoire (...) à Paris çà fait pas chic de charger les poches du pantalon. (p. 80)
Le jardinier occupe une posture tour à tour paternelle et fraternelle. Il apostrophe son compagnon d'un "fils de loup" affectueux, lui recommande d'avoir toujours sur lui un canif et de la ficelle, lui apprend les gestes du faucheur. Ses questions voilent des réponses qui arrivent en demi-teinte avec philosophie, humour ou une pointe d'ironie. Ses réflexions personnelles sont pleines de bon sens. On le sent investi d'un désir de transmission avant de quitter la scène comme nous devrons tous le faire un jour.

Apparemment plus solide, le peintre tente de lui donner une définition de la philosophe : ami de la sagesse, en grec (p. 136), mais comprend surtout la chance qu'il a d'avoir un tel ami. A nous de retenir la leçon : il est précieux de suivre de tels enseignements. Parce que, comme il le remarque avec perspicacité : l'avenir, personne ne le prédit. Déjà qu'on ne comprend rien au présent ...

Dialogue avec mon jardinier, de Henri Cueco, éditions du Seuil, 2000

jeudi 9 décembre 2010

Adèle au pays des merveilles, une création du théâtre de l'étreinte

C'est en allant voir Oh Boy que j'ai remarqué la gamine. Cela fait partie des regrets ... mais à court terme j'espère. Car si Adèle et les merveilles est créée au théâtre Victor Hugo de Bagneux (92220) dans une mise en scène de William Mesguich jeudi 16 décembre à 14h30 et vendredi 17 décembre décembre à 10h30 et 14h30 je vais devoir attendre pour découvrir le spectacle à un horaire compatible avec mes disponibilités. Aucune date n'est encore programmée avant le 9 février 2011 à Paris (Ciné 13 Théâtre)

Cette programmation en matinée la rend accessible au public scolaire et on peut s'en réjouir. Les équipements culturels ont leur rôle à jouer pour que l'accès au théâtre soit le plus démocratique possible.

La création clôture un compagnonnage de trois années entre le Théâtre Victor Hugo et le Théâtre de l’Etreinte. L'auteure, Charlotte Escamez, n’a aucunement l'intention de proposer une énième adaptation théâtrale du célèbre conte de Lewis Carroll.

Certes Adèle a des points communs avec Alice, dont elle serait un peu la cousine germaine… Disons qu'elle est journaliste, curieuse, indépendante et guidée vers la liberté … On ne se formalisera pas qu'elle s’étonne de tout car rien ne va de soi dans ce drôle de monde : qu’un lapin cherche son chat par exemple ou qu’une brebis galeuse médite sous un drap blanc, ou encore qu'un hérisson rose se colle des bouchons de champagne sur les pics …

Théâtre Victor Hugo, 14 avenue Victor Hugo, 92220 Bagneux, tel 01 46 63 10 54
À voir en famille à partir de 6 ans
Durée estimée : 50 mn

mercredi 8 décembre 2010

oh boy

Le spectacle a obtenu le Molière jeune public 2010 amplement mérité. L'adaptation que Catherine Verlaguet a faite du roman de Marie-Aude Murail est à la fois fidèle et synthétique, émaillé de formules imagées qui font mouche et dont voici un florilège :

Les enfants ont fait le jurement de n’être jamais séparés. Un orphelinat c’est un hôtel pour les enfants qui n’ont pas de parents. Un imprévu totalement imprévu que je pouvais pas prévoir. Je m’embrouille, Siméon me débrouille. En attendant on attend. La juge débrouille mon embrouille. Le docteur débarque et m’embarque. Pour que çà déséquilibre son équilibre familial.

Lionel Erdogan est l'unique interprète qui fait vivre tous les personnages grâce à la mise en scène astucieuse d'Olivier Letellier. Il incarne Bart, le grand frère qui découvre soudainement trois frères et sœur qui s'imposent dans sa vie pour échapper à l'orphelinat. Mais il prête aussi sa voix à son copain (intolérant), à sa grande sœur (rivale), au médecin (séduisant), à la juge des tutelles (menaçante) et à chacun des enfants dont le corps est symboliquement représenté par une chaise miniature.

On peut s'étonner qu'en devenant adultes les grandes personnes oublient l'enfant qu'elles ont été. Une amnésie qui les bloque et qui expliquerait leur désarroi : comment çà marche les gosses ?

Le décor se concentre sur une armoire à tout faire qui devient table, lit (d'hôpital), espace utérin ou cercueil. Léger quand le moral est au beau fixe, le meuble s'alourdit quand l'objectif parait inatteignable.

La salle du théâtre Victor Hugo de Bagneux (92) où je suis venue voir le spectacle ce matin était extrêmement attentive. Les jeunes des Centres de loisirs ne perdaient pas un mot, pas un geste de ce qui se passait sur scène, ce qui ne les empêchait pas de rire. La pièce ressemble à la vraie vie, passant du tragique au comique. Le public finissait les mots et assistait avec fascination à certains effets spéciaux simples mais efficaces (le moment du feu d'artifices est magique), n'hésitant pas à se lever d'un bond pour mieux capter ce qui se tramait sur le plateau.

De discrets bruitages intensifient les émotions : souffle du vent, pulsations cardiaques, sirène d'ambulance, réverbération, rendant utiles plusieurs intermèdes musicaux pour "décompresser" comme le dit Bart : Mika et Coco Rosie s'accordent avec Frère Jacques.

De mon temps on disait purée, purée de pois, purée de pois cassés. Oh boy ! est le juron que Bart lâche quand il s'énerve, quand il soupire ou qu'il s'affole. A la fin c'est aussi un soupir de soulagement. La traduction la plus fidèle serait "bon sang" ... Oh boy ! est aussi un subtil jeu de mots comme Marie-Aude Murail excelle à les faire. Son récit est tissé dans les limbes des secrets d'une famille déchirée avant de se recomposer. Elle n'hésite pas à traiter aussi des sujets que les journaux abordent plus froidement : la maladie, l'abandon, le suicide, l'homoparentalité et surtout les idées reçues, démontrant avec vigueur que les vraies valeurs demeurent éternelles : l'amitié et la fraternité.

Le spectacle est tout à fait adapté à être vu en famille avec des enfants à partir de 8/9 ans mais des adultes seuls y prendront autant de plaisir ... et d'émotion. J'en ai vu écraser une larme.

La tournée de Oh boy se poursuit sur Chatenay-Malabry à la Piscine le vendredi 10 décembre puis sur Angoulême, Bastia, Ajaccio, Cavaillon, Chevilly-Larue 94550 (le 28 janvier 2011) puis en février à Saint-Ouen l'Aumône, Kingersheim, Vannes, Alençon ...

Photo de Nicolas Franchot

lundi 6 décembre 2010

In Vino Musica

Cela résonne comme un cri du cœur, bien plus comme un credo, et le premier appel a été entendu le mardi 16 novembre par une centaine de personnes alors qu’il n’y avait que 80 places prévues initialement.

Difficile de juger de prime abord si le public le public de l'Onde – Théâtre Centre d’art de Vélizy-Villacoublay (78) était venu par amour de la musique ou par gout pour le vin, à moins que ce ne fut par curiosité. François Théberge annonçait modestement une espèce de tentative de partage et de découverte sur différents axes reliant les métiers de jazzman et de vigneron, lesquels ont plusieurs points communs qui convergent par François qui les pratique tous les deux.

Il est depuis une dizaine d’années propriétaire d’une parcelle en Ardèche où il a planté des vignes et où il élève du vin, un Gamay très agréable qu’il nous a fait déguster au cours de la soirée.

François Théberge parle avec l’accent chantant. Pas celui du Sud où il s’est installé depuis une dizaine d’années. Celui du Nord, son pays d’origine qui est le Québec. Et sa passion résonne avec encore plus d’authenticité. François est arrivé en France pour honorer un contrat d’un an. Il est resté. Il a découvert un pays et ses vins. Ce qu’il pensait être jusque là une affaire de snobs est devenu une seconde passion … après la première qui reste le jazz.

Ce soir-là il est venu avec deux amis, un complice contrebassiste, et son voisin ardéchois viticulteur, Hervé Souhault. L’homme cultive ses terres en respectant l’environnement. C’est bien plus que de faire de l’agriculture biologique. C’est accompagner la vinification en l’observant pour produire des vins qui conjuguent harmonie, esthétique, architecture et pureté.

Quelques mots (habituels quand il est question de vins) n’ont jamais été prononcés de la soirée : cru et argent n’étaient pas de mise. L’objectif était de partager un beau moment et si le bouche à oreille fait son bon office il sera encore moins facile de trouver une chaise mardi prochain pour la seconde édition de la série de quatre.

Je vous laisse imaginer ce que ce sera pour la troisième puis la quatrième. Mais l’Onde est un espace qui a sans doute de la ressource en terme de place, même si l’auditorium est un lieu fort agréable pour une telle entreprise, ne serait-ce que parce que son acoustique est excellente.

Papilles, pupilles et oreilles furent réjouies.

Il y avait à voir. La complicité des musiciens, leur gestuelle, la connivence qui progressait entre eux et la salle … les éclats dorés du trombone, le mouvement de la coulisse qui a quelque chose de comparable à la gestuelle du matador, la transparence cramoisie des verres …

Il y avait à entendre. L’ascension dans les aigüs, la surprise des juxtapositions, la cueillette d’une super belle dernière note.

Il y avait à déguster. Loin de l’atmosphère lourde des foires aux vins. En toute modération (il ne faut pas l’oublier, voilà c’est dit). Le Pinot noir et le Chardonnay sont partout. Ils ont colonisé les vignobles comme les tourterelles turques ont envahi nos parcs et jardins publics. Il existe pourtant d’autres cépages.

Ainsi le Gamay offre une belle harmonie et une structure équilibrée entre légèreté et acidité. Il n’est pas conçu pour être consommé comme un vin nouveau. Pourtant celui que nous avons eu le privilège de boire n’avait que 15 jours et personne ne l’aurait critiqué. Et chacun savourait doublement puisque la date officielle des vins nouveaux est fixée au troisième jeudi de novembre, donc dans deux jours. Qu'on se rassure : les bouteilles qui ont été ouvertes ont été offertes. Car ce qui est interdit c'est la commercialisation du vin nouveau avant l'heure, mais pas sa dégustation.

Conçu pour gagner en caractère et se développer au fil des années, ce vin exhalait des arômes très fruités. On pourrait dire qu’aux vins biens nés la valeur n’attend pas le nombre des années. Ou plus sérieusement, comme l’écrivait Curnonsky : il a le goût de ce qu’il est …

Pour l’apprécier à sa vraie valeur, il est préférable de ne pas avoir d’attentes et de rester ouvert, sans a priori. Ce n’est pas un secret et c’est applicable au vin comme à la musique et aux rencontres.

Avec un vieux thème de la musique de la Nouvelle-Orléans François Théberge nous a placé en territoire familier et nous a préparé à tentativement goûter son Gamay à lui. Il le trouve rigolo, alors qu’il est plus sérieux qu’il n’y parait. Léger, bien évidemment puisqu’il est jeune, laissant de jolies coulures sur la paroi du verre, attestant sa teneur en glycérol, avec un support calcaire qui se laisse vite deviner et une douce saveur de réglisse en fin de bouche.

François Théberge ne jure que par les vins naturels. Il hait les sulfites quand ils sont rajoutés. Hervé Souhault explique son travail, uniquement avec des levures indigènes du raisin. Avec néanmoins une dose de soufre qu’il qualifie d’homéopathique avant la mise en bouteille et rien d‘autre.
La conversation entre les deux hommes est savoureuse. Il faut entendre François apostropher son ami d’une tirade difficilement interprétable pour nous autres néophytes comme : Du Merlot en Ardèche on est sur la lune Hervé ?

Le vigneron répond en spécialiste, pesant ses mots pour être juste. On devine que tout est question de mesure et d’harmonie, … comme au final en musique.

Le blues se fait angulaire, très beau, très lent, en si bémol. C’est Mistérioso de Thelonious Monk. On peut bien qualifier le duo de saxophone agricole et de trombone rural pourvu que ce soit avec tendresse. On aura tous compris qu’ériger la simplicité en credo est un art.

La prochaine édition de la série In vino musica est programmée le mardi 14 décembre. François Théberge invite ce soir là Catherine Breton, vigneronne de la Loire.

l'Onde - Théâtre et Centre d'Art, 8bis, av. Louis Breguet, 78140 Vélizy-Villacoublay
Tél 01 34 58 03 69, fax 01 34 58 03 39, www.londe.fr

jeudi 2 décembre 2010

Jusqu'au bout de leurs rêves d'Olivier et Patrick Poivre d'Arvor

Écrire ensemble se fait naturellement pour les frères d'Arvor qui en connaissent un rayon en matière d'aventures et de voyages.

Leur dernière production est l'illustration grand format de leur admiration pour celles et ceux qui ont concrétisé leurs ambitions. Bien sur il y a (peut-on le regretter ?) davantage de portraits masculins mais les héroïnes qui ont été sélectionnées méritent une mention spéciale.

Chaque chapitre est chapeauté d'une citation sur le thème du rêve. Celle d'Alexandra David-Néel est amère : c'est en rêve seulement que les êtres nous sont doux et qu'il est bon de les avoir près de nous ... Dans la vie réelle, ils sont les pierres aux angles aigus desquelles on se heurte et on se blesse.

La femme qui a révélé le Tibet aux occidentaux est née avec le goût des voyages. Elle ne s'est jamais lassée d'écrire pour relater ses périples. Elle a été interprétée cette année au théâtre par l'époustouflante Hélène Vincent.

L'exploratrice se refusait à accepter la défaite comme définitive, point commun avec Ella Maillart ou Isabella Bird qui ne se sentait bien qu'à cheval sur les volcans hawaiens ou dans les Rocheuses. Elle a rapporté de ses voyages en Asie des photographies qui lui ont valu d'être la première femme élue à la Royal Geographic Society. A plus de 70 ans elle arpentait toujours les contrées lointaines sans être freinée par les tempêtes ou les émeutes. Ce qui est un exploit aujourd'hui l'était a fortiori dans les années 1890 !

Isabelle Eberhardt a des motivations différentes. Ses voyages obéissent à une autre logique. L'errance est une forme de quête des origines. C'est le Maghreb qui l'attire et l'apaise.

Surnommée la dame de la mer, Anita Conti est elle-même sur et dans les océans. Elle a travaillé avec le commandant Cousteau, prônant le développement durable bien avant qu'on lui donne ce terme là : nous sommes les gérants de terres et d'eaux qui devront nourrir les foules de l'avenir.

Toutes les personnalités choisies conjuguent le rêve à leur manière, souvent dans un engagement qui à lui seul provoque l'admiration. L'emploi d'une abondante iconographie d'archives ajoute de la vie aux textes qui s'appuient sur de nombreuses citations.

Un livre facile d'accès qui à lui seul nous fait voyager et qui a sa place au pied du sapin pour celui qui n'ose pas bouger comme pour le baroudeur invétéré.

Jusqu'au bout de leurs rêves d'Olivier et Patrick Poivre d'Arvor
Editions Place des Victoires (octobre 2010) 242 pages

mercredi 1 décembre 2010

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

(mise à jour 2 juin 2011)
C'est une surprise de choc que je dois à la médiathèque du Plessis-Robinson (92) qui m'en a prescrit la lecture. Dès les premières pages j'ai compris que La Couleur des sentiments allait figurer au panthéon de mes préférences. A l'instar d'Autant en emporte le vent autrefois. Un cran au-dessus de Un pied au paradis et de l'Année brouillard lus l'an dernier dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE.

Si on cherche à résumer le propos on dira que c'est un témoignage sur la réalité quotidienne des bonnes (noires) chez les familles (blanches) qui les emploient dans l'Amérique des années 60, alors que Rosa Park lance un mouvement de résistance contre les lois ségrégationnistes et que Martin Luther King fait le rêve qui pour lui personnellement tourne au cauchemar.

Mais c'est bien plus que cela. Le vrai sujet, à mon sens, est l'analyse des rapports de force entre des personnes que la société sépare et que la fraternité rassemble, à force de résistance et de courage, où l'amitié est le carburant qui fait triompher les valeurs humaines.

On connait tous l'évolution de la société américaine. On devine comment les faits vont s'enchainer. Ce n'est pas le propos du livre de nous faire revivre l' Histoire mais plus simplement une histoire. L'auteur réussit formidablement à entretenir notre intérêt. On a du mal à réaliser que c'est son premier ouvrage. Il faut croire qu'elle l'a conçu avec ses propres souvenirs. Le roman se lit comme un thriller avec des retournements de situation toutes les vingt pages. Il est trop gros pour être lu sans faire de pause et croyez-moi c'est un vrai effort que de glisser le marque-page et de l'abandonner quelques heures.

Le titre original, the Help, aurait du être traduit par le Secours. Il correspond à l'esprit du livre mais le traducteur a réussi la prouesse de restituer l'esprit plus que la lettre. La manière particulière de s'exprimer dans la région de Jackson est fidèlement rendue et chacune des trois voix résonne de façon particulière.

Tout commence par une question anodine posée par la "dame blanche", Miss Skeeter, à Aibileen : Vous n'avez jamais envie de ... changer les choses ? Aibileen répond par la négative. Pourtant elle a remarqué que lorsqu'elle inscrivait le nom de quelqu'un sur sa liste de prières son vœu se concrétisait. Mais changer Jackson, Mississipi, c'est pas aussi simple que changer une ampoule.(p.34). Se parler à cœur ouvert est inconcevable entre personnes qui ne sont pas du même rang social.

C'est vraiment bizarre ce qui se passe ici parce que personne parle et on arrive quand même à avoir une conversation. (p.41)

Suit Minny, l'amie fidèle d'Aibileen, qui s'interroge sur l'opportunité et le danger de dire la vérité : ce mot là me rafraichit comme de l'eau qui coulerait sur mon corps tout collant de sueur. Qui refroidirait la chaleur qui m'a brûlée toute ma vie. (p.158) Il faut avoir connu les États du Sud en pleine canicule pour saisir la métaphore. Dans un de mes premiers billets j'écrivais que l'enfer est sans doute plus frais qu'une nuit tropicale new-orléanaise.

Ce qui nous semble banal comme un simple remerciement prend dans cette société une valeur inimaginable et provoquer de la reconnaissance en retour. Dire merci quand on le pense pour de bon, quand on se rappelle que quelqu'un a vraiment fait quelque chose pour vous, çà fait tellement de bien (p. 308)

Bob Dylan chante Times they are a changing. Les protagonistes passent sept mois à attendre que l'eau boue dans une casserole invisible (p.457) Rien ne se passe. On dévore les lignes en redoutant l'explosion qui va inévitablement se produire comme l'orage après un calme trop profond. Mais ce n'est pas exactement comme cela que les évènements vont s'enchainer. C'est drôle comme les gens ont des façons différentes de montrer leurs sentiments (p. 465) et je n'en dirai pas davantage. Le livre a déjà reçu un prix aux USA.

Lisez-le ! Offrez-le ! Vous ferez des heureux. Dépêchez de goûter ce bonheur littéraire avant que l'adaptation cinématographique ne vous en dissuade car c'est toujours plus commode d'aller au cinéma que d'ouvrir un livre.

Ce sera un succès comme en 1985, le fut La Couleur pourpre, réalisé par Steven Spielberg avec Danny Glover, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Oprah Winfrey… nominé 11 fois aux Oscars en 1986. DreamWorks a acquis les droits de The help. L'adaptation a été confiée à un ami d'enfance de l'auteure, Tate Taylor, qui sera également réalisateur du film.

Les anglophones pourront en apprendre davantage sur le site de l'auteur.

Début juin 2011 on apprend que le livre a reçu le Grand prix des Lectrices de ELLE 2011, ce qui n'est pas étonnant en soi quand on relit le premier paragraphe de cette critique.

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Editions Jacqueline Chambon,pour le compte des éditions Actes Sud, septembre 2010, 526 pages

dimanche 28 novembre 2010

Pain à l'épeautre et aux graines de courge

Les courges sont de merveilleux légumes avec lesquels on peut cuisiner des plats très parfumés.

J'avais proposé un crumble et un potage il y a deux ans.

Cet été j'ai découvert les graines de courge, un délice quand on les sert caramélisées à l'apéritif. Cette fois je les ai simplement associées à une pâte à pain.

On obtient quelque chose qui se situe entre le pain et la brioche.

On met dans l'ordre dans la cuve de sa machine à pain :
300 ml d'eau
1 cuillerée à soupe d'huile d'olive
1 cuillerée à soupe de sucre
1 cuillerée à café de sel
350 grammes de farine spéciale pain de type 55
150 grammes de farine d'épeautre type campagne T80
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 3 cuillères à soupe de graines de courge

Autres recettes de pain sur le blog en 2009 : le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche), 18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao), 11 août (Brioche des Reines)

En 2010 : le 7 octobre pain de seigle aux dattes, le 11 octobre pain d'épices, le 18 octobre pain aux graines, le 29 octobre pain aux noix, le 31 octobre brioche aux bouchons de champagne, le 20 novembre pain aux noisettes, Beaujolais nouveau et magret de canard.

samedi 27 novembre 2010

Vus en vitrine, prenez-en de la graine ...

C'était une des expressions qui me faisaient rire quand j'étais enfant. Je ne comprenais alors pas que prendre de la graine signifiait suivre un conseil, ou s'inspirer de l'expérience d'un ancien.

Mon œil a été attiré il y a quelques jours par une orchidée blanche en vitrine d'une boutique au nom prometteur de Graine d'intérieur, dans le quartier parisien des Halles. La marque est également présente en province.

J'ai énormément de mal à conserver en vie cette espèce florale, pour dire vrai je n'y suis jamais parvenu au-delà de trois semaines. L'idée d'acheter un pot qui ne va pas me désespérer rapidement m'a enchantée, surtout au même prix que chez un fleuriste. Et puis on est en plein dans le développement durable avec un tel investissement.

Je suis entrée pour voir s'il n'y avait pas quelques autres heureuses découvertes à faire. Ce que j'ai vu m'a donné envie de faire une sorte de page "cadeaux-déco", ce qui n'est pas fréquent du tout sur le blog.

On devine au lointain un rideau de franges argentées qui reste une valeur sûre. Mais ce sont surtout ces bougies qui m'ont fait rêver ...
Les parfums des bougies du Grand Carrousel sont d'une intensité gourmande qui frôle la perfection. L'intitulé Praline n'est pas mensonger. Pomme d'amour et Barbe à papa ne dénotent pas. A s'offrir pour se consoler de n'avoir pas le temps d'aller sur un vrai marché de Noël, alsacien en l'occurrence, et pas dans ces baraques peintes en blanc que villes et villages se croient obligées de planter durant l'Avent.

Ces bougies, de fabrication française, sont présentées dans un design élégant rappelant les baraques foraines. On en trouve dans des boites à musique. D'autres sont plus tournées vers la cuisine avec des senteurs de gâteaux.

Il y a eu pour finir ce duo de tasses, retenues pour leur motif pied de poule, avec un petit rappel orange sur le bord de la soucoupe.

Elles sont posées sur un plaid en velours, en fausse fourrure (encore un bon point écologique) de 140x190 cm.

Ce billet n'est absolument pas sponsorisé. J'indique néanmoins les prix qui sont ceux que j'ai relevés le jour de mon passage et qui donc ne sont pas contractuels.

l'orchidée : 10, 95 euros
le rideau : 29,90
le plaid : 89
la bougie Grand Carrousel parfum praline : 24,95
les deux tasses : 14, 95

Sur le site de Graine d'intérieur vous connaitrez la liste des points de vente et les produits distribués.

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