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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 18 septembre 2011

Les neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian pour cloturer le festival Paysages de cinéastes

La soirée de clôture a débuté avec la traditionnelle remise des Prix, ponctuée de discours qui furent suffisamment courts pour qu'on ait envie de les écouter avec attention. Cette 10 ème édition restera dans les mémoire d'un public qui, jusqu'au bout aura vu sa curiosité récompensée.

Le Prix des jeunes scolaires a été attribué à un court-métrage, Le Gruffalo, des réalisateurs Jakob Schuh et Max Lang, avec Helena Bonham Carter et James Corden.

Le Prix du public - Courts métrages va à Ya Basta ! Ya Basta !, des réalisateurs Gustave Kervern et Sébastien Rost, avec Augustin Legrand et Stéphanie Pillonca. Les courts-métrages ont remporté un tel succès que promesse est faite de les reprogrammer d'ici fin 2011.

Le Prix jeune public a été annoncé par une enseignante de l'école Jules Verne qui a souligné combien les élèves de CP avaient pris leur rôle de juré au sérieux. Leur façon de regarder un film sera sans doute modifié durablement après cette expérience. C'est Le Vilain petit canard, de Garri Bardine, qui l'emporte.

Nouveau cette année, le Prix des Jeunes a été attribué au film de Bouli Lanners Les Géants, que le porte-parole de ce jury a qualifié étonnamment de "très drôle" (lire le billet du 16 sept)

Le Prix du Public, c'est-à-dire le film qui a remporté le plus de voix de la part des spectateurs venus tout au long de la semaine, a été révélé par Evelyne Peronneau, la présidente du Rex, pour Atmen, réalisé par Karl Markovics, avec Thomas Schubert et Karin Lischka, auquel le grand jury a décerné le Prix de la photo.

Le Grand Prix a été annoncé par Evlyne Dress, la présidente du festival, pour Atmen (titre français Contre-mouvement) du réalisateur Andrey Stempkovsky, avec Vladislav Abashin, et Olga Demidova. ce film russe attend encore un distributeur et le jury espère que cette récompense l'aidera.

Prix du développement durable fut difficile à donner, mais si on considère qu'il doit encourager un film sur la mémoire et la transmission, il est logique que ce soit Les Acacias, de Pablo Giorgelli, avec Germán De Silva et Narya Calle Mamani qui ait été retenu. (voir le billet du 13 sept)

Un Prix d'interprétation a été créé spécialement pour Franck Falise dans La fin du silence, qu'Evelyne Dress décrit comme le Brad Pitt français.
Le public a été invité à découvrir l'exposition de photos de Serge Assier dans le hall du cinéma. Il a photographié le quartier marseillais de l'Estaque alors que Robert Guédiguian y tournait Marius et Jeannette.

Marianne Piquet, la directrice artistique du festival, peut se réjouir d'avoir réussi, une fois de plus, à bousculer les consciences en faisant découvrir à un public "formidable" à ses yeux des courts et des longs métrages vers lesquels il ne serait pas allé spontanément. Aucune transition n'était nécessaire pour lancer les Neiges du Kilimandjaro, que nous avons découvert en avant-première, avant sa sortie nationale annoncée au 16 novembre 2011 par Diaphana.

Ce film faisait partie de la sélection Un certain Regard au Festival de Cannes 2011. Robert Guédiguian s'est entouré des mêmes acteurs qu'il dirige depuis si longtemps : sa compagne Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin dans 13.
Synopsis : Bien qu’ayant perdu son travail, Michel vit heureux avec Marie-Claire. Ces deux-là s’aiment depuis trente ans… Leurs enfants et leurs petits-enfants les comblent… Ils ont des amis très proches… Ils sont fiers de leurs combats syndicaux et politiques… Leurs consciences sont aussi transparentes que leurs regards.

Un bonheur qui va voler en éclats avec leur porte-fenêtre devant deux jeunes hommes armés et masqués qui les frappent, les attachent, leur arrachent leurs alliances, et s’enfuient avec leurs cartes de crédit … Leur désarroi sera d’autant plus violent lorsqu’ils apprendront qui a organisé cette brutale agression et pourquoi.
Ce film très touchant situe l'héroïsme dans des actions très quotidiennes et très simples, illustrant la phrase de Jaurès : le courage c'est de comprendre sa propre vie ... autrement dit d'assumer ses choix, ce qui, comme le dit joliment la femme de Michel y'a des jours où c'est fatigant de vivre avec un héros.

Autres billets consacrés à des films, tous programmés en avant-première pendant ce festival :
La source des femmes, de Radu Mihaileanu, vendredi 9 septembre
Noces éphémères de Reza Serkanian, samedi 10 septembre
Laïcité inch'allah de Nadia El Fani, dimanche 11 septembre
El Bulli, ou Cooking in progress, de Gereon Wetzel, samedi 17 septembre

samedi 17 septembre 2011

El Bulli, ou Cooking in progress, de Gereon Wetzel en avant-première au Festival Paysages de cinéastes

Ouvert en 1964 par Hans et Marketta Schilling, El Bulli n’a d’abord été qu’un simple restaurant de plage. Dans les années 1970, il se transforme en restaurant gastronomique, en servant principalement de la cuisine française, et réussit ainsi à gagner ses deux premières étoiles au Guide Michelin. En 1997, arrive la troisième étoile, 10 ans après que Ferran Adrià ait commencé à y développer sa cuisine “technicoconceptuelle” dite cuisine moléculaire et qu'il a élevée au rang de gastronomie.

Depuis, El Bulli est devenu non seulement le moteur de l’avant-garde culinaire espagnole, mais a également influencé l’évolution de la cuisine dans le monde entier.

Snobisme, talent, révolution ... les commentaires sont passionnés quand on évoque le chef catalan, couronné trois fois meilleur restaurant au monde. Cet homme est avant tout un chercheur qui passe, depuis 17 ans, la moitié de l'année dans son laboratoire de Barcelone pour élaborer une nouvelle carte.

L'équipe permanente d'El Bulli déménage donc, avec casseroles, éprouvettes et bagages pour s'immerger dans une atmosphère de création, un peu à l'image des troupeaux qui transhument avant de redescendre dans la vallée avec leurs productions estampillées chalet d'alpage. Ou à celle des moines qui vivent reclus pour mieux se concentrer. La conséquence économique est tout de même de perdre la moitié du chiffre d'affaires potentiel.

Faites le calcul. Un service unique, seulement 160 jours par an, à raison de 50 couverts pour donc 8000 heureux élus alors qu'ils sont plus de 2 millions à chercher à réserver chaque année. Une des règles est de ne jamais accepter des clients de dernière minute, même si une table reste libre.

Sachant que le nombre d'employés dépasse la soixantaine, la gestion est surveillée au centime près. S'il ne faut que 2 asperges ou 3 haricots pour tester une nouvelle recette le commis n'en achètera pas davantage sur le marché.

J'avais récemment mis en ligne une recette du grand chef, un couscous de chou-fleur, et j'étais impatiente de découvrir comment il travaille, ou plutôt "travaillait" puisqu'il a fermé les portes de son restaurant depuis le tournage, sans qu'il y ait une quelconque relation de cause à effet.

El Bulli est un documentaire contemplatif, jamais donneur de leçon. Et l'enseignement qu'on en tire est davantage humain que culinaire. Ferran Adria travaille avec une rigueur toute scientifique. Avec radicalité. Le moindre détail est consigné, photographié et enregistré. Qu'un de ses adjoints craigne d'avoir perdu son disque dur et c'est la crise.Chaque test est décliné en modifiant un à un chacun des paramètres de la recette, cuisson ou assaisonnement, sans laisser rien au hasard. Avec exigence et intransigeance.

On ne sait jamais d'où peut surgir un vrai travail de création explique Ferran Adria dont le vocabulaire semble emprunté au domaine de l'alpinisme. Il ouvre des voies en visant la perfection et il s'est arrêté alors qu'il était arrivé au sommet de son art.
Le film de Gereon Wetzel est lui aussi à sa manière exemplaire en ce sens qu'il nous donne à voir sans jamais interférer dans la réalité. Pas d'interview. Aucun questionnement. Que des réponses, souvent muettes, simplement ponctuées d'un haussement de sourcil à peine perceptible sur le visage du patron.

Le travail du réalisateur n'est pas moins exemplaire que celui du chef. Le film a demandé 15 mois de tournage. Ce n'est qu'à la toute fin que le cinéaste a gouté les plats dont il avait filmé la conception. Il fallait bien tout de même qu'il perçoive concrètement le caractère magique de la nourriture travaillée par Ferran Adria.

Les clients n’ont pas le choix. La carte est unique. On sert à chaque convive environ 25 à 35 petites portions qui comprennent les cocktails, les snacks, les entrées, les tapas, les desserts, et les “morphs” (une invention d’El Bulli qui remplace les mignardises).

La préférence est donnée aux légumes et aux produits de la mer, avec une priorité aux produits laitiers, aux noix et autres produits qui ne sont que légèrement travaillés. Ces dernières années, la viande rouge et la volaille ont été très peu utilisées.

Le service lui aussi obéit à un timing extrêmement rodé. Deux minutes de retard entre deux plats et c'est un désastre d'une heure de décalage à la fin.

Le samedi 30 juillet 2011, Ferran Adria a servi un dernier dîner à El Bulli avant d’entreprendre la transformation de son restaurant en fondation. Elle sera placée sous la devise : «Liberté pour créer» et devrait accueillir le public à partir de 2014.

El Bulli sortira sur les écrans français le 12 octobre 2010. Il a été présenté en avant-première et en compétition au Festival Paysages de cinéastes. C'est un rituel de ce festival que d'associer un film à une cuisine, en images et dans les assiettes. La projection de ce matin a été suivie d'une dégustation de plats méditerranéens préparés par Christian Limare, le chef du restaurant chatenaisien, le Chateaubriand.

Ce dieppois d'origine avait sélectionné des vins espagnol, tunisien et italien pour accompagner un échantillonnage de recettes typiques du Sud parfois revisitées : tielle sétoise, blinis d'olives noires et son caviar d'aubergines, tartelette aux oignons pour commencer.
En plats chauds il y eut des lasagnes aux fruits de mer, un ragout de canard au chianti et des pommes de terre rôties au romarin.

Comme desserts, des pâtisseries orientales, une crème brûlée à l'amande amère et une tarte aux pignons dont il a donné la recette à tous les convives. Rien à voir avec les créations épurées du chef catalan mais ce fut réellement bon.

Photos www.zootropefilms.fr sauf mention A bride abattue

Hôtel restaurant Le Chateaubriand, 418, avenue de la Division Leclerc, 92297 CHATENAY-MALABRY Cedex, Tél.: 01.46.29.98.20

Pour tout savoir de la 10 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

vendredi 16 septembre 2011

Les géants de Bouli Lanners, en avant-première au Festival Paysages de cinéastes

( mis à jour le 18 octobre )
Bouli Lanners a présenté les Géants à la Quinzaine des réalisateurs cannoise dont il est reparti avec deux prix. Le voici maintenant en compétition au Festival de Chatenay (92) où il arrive précédé de l’excellente réputation que lui a valu son précédent film, Eldorado.

Bouli est un surnom, diminutif de Bouboule qui a été artistiquement condensé. Philippe Lanners a en effet un physique d’ogre, un peu rond, et si le titre était au singulier, le géant ce serait lui. Mais contresens, ce sont trois jeunes garçons. Cet homme qui n’a pas d’enfants a imaginé une histoire d’une grande humanité.

Vous l’avez forcément vu au cinéma où il fait l’acteur régulièrement, parfois aux cotés de Gérard Depardieu dont il a la même corpulence. Il a été Bruno Vanuxem, douanier, comme son père dans la vraie vie, dans Rien à déclarer de Dany Boon. Roi grec pour Astérix aux Jeux Olympiques. Silhouette massive du caporal Chardolot dans un Long dimanche de fiançailles.

Eldorado était un road-movie métaphysique, tragi-comique et émouvant. Le dernier film est encore une épopée, mais plutôt cette fois version Inferno. Faute de gravir des montagnes, le trio d’ado descendra le courant d’une rivière à la rencontre de leur destinée.
C’est l’été, Zak et Seth se retrouvent seuls et sans argent dans la maison de campagne de leur grand-père. Les deux frères s’attendent encore une fois à passer des vacances sans histoires. Mais cette année-là, ils rencontrent Danny, un autre ado du coin. Ensemble, à un âge où tout est possible, ils vont commencer la grande et périlleuse aventure de leur vie.
Il faut considérer cette histoire comme un conte, initiatique du passage de l’adolescence à la vie adulte. Parce que sinon, vous passerez à côté de la poésie et de la tendresse qui infusent les images pour ne retenir que la violence du scénario (coécrit avec Elise Ancion) et la causticité des dialogues qui ne manquent pourtant pas d’humour : par exemple cette justification du grand frère pour excuser son comportement devant les deux autres alors qu’il tire à bout portant dans une nichée de volatiles : On tue pas un canard, on essaie un flingue. Faut bien une cible, çà bouge pas un arbre. (d’autant plus dérisoire que le revolver est chargé en balles à blanc, ce que les trois gosses l’ignorent).

Bouli est belge, ce qui n’est pas une information anecdotique quand on sait combien les habitants de ce pays ont intégré le sens de l’absurde. Écrire sur la démission des adultes alors qu’on vit dans un pays qui n’a pas de gouvernement, ne peut pas relever du hasard métaphorique.

Je sais qu’il n’apprécie pas qu’on le compare aux frères Dardenne, eux aussi présents à Cannes, mais il est difficile de nier que son cinéma a quelque chose à voir avec le leur. Même si sa version de l’enfance en manque d’affection est plus colorée que celle qu’ils illustrent avec leur Gamin au vélo.

Chez les Dardenne c’est le père qui ne joue pas son rôle. Avec Lanners c’est la mère qui est défaillante. Cécile de France campe une marraine réaliste. Le personnage de Marthe Keller relève plutôt de la bonne fée. Le vélo est vecteur de liberté pour Cyril alors que la voiture ou la barque sont les moyens d’évasion de Zak, Seth et Danny. De part et d'autre les enfants sont confrontés à des adultes impitoyables qui se comportent en prédateurs.

Bouli Lanners aime probablement les grands espaces et on pourrait aussi penser au Paris-Texas de Wim Wenders. Il filme la Wallonie comme si elle était un morceau du Montana et que sa rivière coulait dans l’ouest américain. Le titre de son prochain film, Tenderville, résonne avec davantage d’optimisme et devrait cette fois nous balader dans un milieu plus urbain.

Les Géants, de Bouli Lanners, sortira en salles en France le 2 novembre 2011

Pour tout savoir de la 10 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

mise à jour du 18 octobre 2010 : Le jury des Jeunes de Paysages de cinéastes vient de décerner son Prix à ce film qu’il a trouvé très drôle. Ce n’est pas le qualificatif que le public adulte aurait employé spontanément même si, après la projection, on devait se retenir de voir des nains à chaque coin de rue et qu’on avait une furieuse envie faire l’expérience de rouler dans un champ de maïs pour voir l’effet que cela peut faire.

jeudi 15 septembre 2011

Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil pour voir la vie en rose après la rentrée

La rentrée vous aurait-elle exténué, agacé, laminé ?
Il est temps de recharger vos batteries en bonne humeur.

Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil pour voir la vie en rose vous aidera à passer le cap.

Raphaële Vidaling a comme à son habitude, réussi à décliner le thème sous toutes les coutures possibles de la pensée positive et du rire. Elle a pensé à tout, y compris à vous suggérer quelques modèles de dédicace si l'inspiration vous fait défaut.

On choisira selon sa sensibilité. Ma préférence va à cette pensée de Lao Tseu : il n'y a pas de chemin vers le bonheur : le bonheur, c'est le chemin.

Tout est à construire, en somme. Et les plans ne manquent pas. Dans le registre de la dérision, en détournant par exemple les paroles de la chanson de Serge Gainsbourg que vous reconnaitrez derrière cette version revue et corrigée :
Je suis venu te dire que je reviens A tes charmes j'ai enfin succombé Comme dit si bien Bécaud je t'appartiens Je suis venu ...
Non seulement la lecture remonte le moral des dépressifs mais elle dope l'humeur des optimistes. On y glanera même quelques définitions et expressions qu'il sera facile et amusant de recaser dans la conversation pour amuser la galerie. Avouez que c'est tout de même plus fun de soupirer qu'on est décalicé de la vie que d'avouer qu'on a le moral dans les chaussettes.

On s'amusera à retrouver les noms de stations du métro parisien et on augmentera son bagage culturel. Je savais que le sous-sol de Montmartre avait été exploité pour son plâtre. Mais j'ignorais que les voitures chargée de cette poudre blanchissaient la chaussée du quartier autour de la station Blanche.

Le proverbes sont là pour nous mettre du baume au cœur. Les chinois sont champions en matière de persévérance : pourquoi se jeter à l'eau avant que la barque n'ait chaviré ?

Mais si vous ne voulez vraiment pas sortir le bout du nez et affronter la (dure) réalité quotidienne vous trouverez dix bonnes excuses pour rester au chaud sous la couette le matin. Et si par le plus grand des bonheurs vous n'êtes pas dans la minute jaune rassurez-vous, ce petit livre ne vous donnera pas le blues.

Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil pour voir la vie en rose de Raphaëlle Vidaling, Tana éditions, août 2011

mercredi 14 septembre 2011

Le Code noir et ses musiques, par Mimi Barthélémy et Amos Coulanges au Lavoir Moderne

C’est peut-être le spectacle le plus personnel que Mimi Barthélémy a fait avec son grand complice Amos Coulanges. On devine qu’elle cache une vérité très personnelle sous la perruque mais ce n’est qu’à la toute fin qu’on en a la certitude.

Et pourtant c’est avec distance qu’ils racontent et chantent ce Code noir, dont les jeunes pourraient faire une lecture distanciée en ignorant qu’il s’agit d’un texte historiquement authentique tant les propos semblent surréalistes aujourd’hui.

La plume danse, le parquet grince. Si veut dieu, si veut le Roi … si veut la loi ... Colbert, alias Mimi, met en forme les desiderata de Louis XIV, alias Amos.

Notre sensibilité laïque est heurtée d’entendre que la religion catholique a été imposée mais là n’est pas l’aspect le plus choquant.

L’article 44, déclarant les esclaves êtres meubles et entrant comme tels dans la communauté de biens de leur propriétaire est accablant. Le tableau faussement naïf qu’Elodie Barthélémy a placé en fond de scène ne retranche rien à la dureté de l’affirmation.
Humiliations, punitions, fouet, fleur de lys tatouée sur l’une ou l’autre épaule, tout est prévu pour faire régner l’ordre dans un pays dont la devise n’est pas encore liberté , égalité, fraternité.

Le mouvement est lancé, désormais irrépressible. Comme l’a dit Toussaint Louverture à Saint–Domingue : en me renversant on a abattu l’arbre de la liberté des noirs. Mais l’arbre repoussera par ses racines parce qu’elles sont nombreuses et profondes.

Les choix musicaux sont superbes. Amos est un guitariste de génie. Ses reprises de thèmes connus et ses créations personnelles ont été applaudies avant d’attendre la fin de la représentation. Particulièrement la chanson nègre de Jean-Jacques rousseau qu’il a interprétée en duo et en créole avec Mimi et dont les paroles sont très touchantes : moi perdu petit bonheur à moi …

Mimi Barthélémy qui a tant l’art de nous faire voyager avec Ti Jean, une cane, un crapaud, un âne ou un tigre n’était pas ce soir dans l’espace du mythe. Les formules consacrées, cric, crac, yé misticric, yé misticrac ,ne furent pas de mise. Inutile de vérifier si la cour dormait. Elle écoutait à pleine oreille.

On ne pouvait pas non plus être insensible au combat d'Hervé Breuil, le courageux directeur de la salle qui s'est lancé depuis déjà neuf jours dans une grève de la faim pour défendre ce territoire culturel si important dans le quartier de la Goutte d'or. L'inscription lumineuse éclairant la porte lançait un étrange message : c'est décidé je change de planète.

Le code noir et ses musiques, par mimi Barthélémy et Amos Coulanges, mise en espace de Renaud de Manoël
Du 14 au 18 septembre 2011 à 21h
Au lavoir moderne parisien - 35 rue Léon Paris 18ème - Métro Château Rouge
Reprise à La Vieille Grille, 1 Rue du Puits de l'Ermite, 75005 Paris
Mercredi 12 octobre, jeudi 13, vendredi 14 à 21h, dimanche 16 octobre à 17h30

mardi 13 septembre 2011

Les acacias de Pablo Giorgelli, en avant-première au Festival Paysages de cinéastes

(mise à jour 18 septembre 2011)
Il a déjà été récompensé en recevant la caméra d'or au Festival de Cannes 2011 et le prix Acid de la Semaine internationale de la critique. Il a su toucher le public chatenaisien par la tendresse, la simplicité et l'authenticité du scénario, modeste et captivant.

Il est rare qu'un film si économe de dialogues et d'action soit aussi captivant.
Rubén est un routier solitaire qui transporte du bois depuis des années d’Asuncion à Buenos Aires. Mais un matin, sur une aire d’autoroute, il rencontre Jacinta qui fait du stop avec son bébé, Anahi. Une relation va naitre entre ces trois personnes.
Le film commence avec le bruit fracassant des tronçonneuses qui tranchent les acacias dans le vif. La scène est douloureuse comme un massacre, laissant des troncs abimés dans une forêt dévastée et enfumée. Comparativement, la cabine du camion qui transporte les grumes va sembler un havre de paix.

Le réalisateur aborde le thème de la paternité sous l'angle du souvenir. Le bébé semble donner la réplique à Ruben. Le travail de montage (entrepris par le réalisateur) est évident mais réussi et nécessaire au scénario. On voit Jacinta s'embellir au fil des kilomètres et Ruben semble, lui, rajeunir.
Un trajet de 1500 km, cela laisse du temps pour s'apprivoiser. Le voyage sera initiatique pour chacun.

Pour un premier long métrage c'est une vraie réussite, débordant de sensibilité et de délicatesse.
Le film sortira en salle le 4 janvier 2012. Il a obtenu le Prix du développement durable au Festival paysages de cinéastes.

lundi 12 septembre 2011

Du vent dans les branches de sassafras de René de Obaldia au Ranelagh

Le sassafras est un arbre remarquable par les couleurs qui le colore en automne. Il n’est pas seulement ornemental, car il est aussi utilisé dans nos cuisines. Les racines parfument aussi la root-bear ou une infusion qui fait penser à l'orange et à la vanille. Elles aromatisent aussi les crèmes glacées, les dentifrices, … et même le tabac.

Son feuillage aromatique au parfum d’agrume peut être employé jeune en salade avant de devenir le gumbo un peu plus tard en saison. Les feuilles sont alors séchées, broyées et broyées pour obtenir une poudre incontournable de la cuisine Cajun.

René de Obaldia a choisi cet arbre avec perspicacité pour donner une tonalité exotique à sa pièce qui est un western contemporain. C’est de l’histoire ancienne, mille fois jouée. Mais revue et corrigée par l’auteur soi-même, et mise en scène par Thomas le Douarec (qui lui aussi a repris le travail à zéro) cela devient une comédie musicalement déjantée et furieusement alerte, et le public ne peut pas regretter une minute d’être venu la voir.

Dès le lever de rideau qui s’ouvre sur les trois coups, tirés à coups de revolver, on est heureux d’être là. Pour entendre ce texte qui fait fuser les répliques, tantôt souffles, parfois bises ou brises composant un ensemble truculent, brillant, très drôle et superbement bien écrit.
Nous sommes dans le Kentucky, chez de pauvres fermiers qui s’appellent … Rockfeller. Le patriarche a un tempérament fougueux. Caroline, sa femme, adorée, quoique … a des talents ménagers et celui de lire l’avenir dans une boule de cristal. Les enfants, Tom et Paméla se chamaillent. Le docteur Butler, l’ami de la famille, s’incruste à la table.

Surgit Œil de Lynx qui terrorise les fermiers jusqu’à l’arrivée d’une prostitué au grand cœur et un shérif justicier comme il se doit. Tous les ingrédients du western y sont, mais n’allez pas croire qu’on est dans un schéma classique. La parodie est à son comble.
Cette histoire abracadabrante frôle le « trop » sans jamais l’atteindre, avec ses répliques savoureuses : l’œuf d’autruche ne fait pas le printemps. (…) J’aurai la peau du dernier des mohicans. On nage en plein western, avec toute son imagerie : portes de saloon, robes volantées, chapeaux et plumes, Indiens, cow-boys et shérifs.

Les dialogues sonnent justes malgré leur coté dérisoire : Ah si j’avais 20 ans comme y’a 50 ans ! Ou une misogynie caricaturale et intentionnellement comique : Occupe-toi, tricote ! Mais toujours ciselés dans une langue riche.
Les acteurs sont de vraies tornades. Avec une mention spéciale pour Patrick Préjean qui reprend le rôle de John-Emery Rockefeller, jadis interprété par Michel Simon et Jean Gabin. Un rôle physique qui ne laisse pas une minute de repos mais qui doit combler le comédien. Sans oublier tous les autres (voir distribution en fin de billet).

On aimera aussi la pièce pour les danses et les chants, les soupirs et les hurlements. Pour la musique en clin d'œil à Ennio Morricone.
René de Obaldia en fut lui-même un heureux spectateur en compagnie de Michèle Morgan, marraine du festival, et cousine de l’auteur par alliance (cela ne s’invente pas). Il déclarait avoir passé une soirée formidable, se disant enchanté, et touché, de la présence et de la ferveur d’un public lui aussi conquis : c’est très réconfortant d’être en chair et en os parmi vous.

La réciproque était vraie : il était très agréable d’être à coté d’un si jeune homme !

Le théâtre du Ranelagh célèbre cet auteur jusqu'au 19 novembre en proposant plusieurs spectacles et lectures au cours d'un festival dont vous trouverez le détail sur le site du théâtre.

Du vent dans les branches de Sassafras de René de Obaldia
Mise en scène : Thomas Le Douarec assisté de Michèle Bourdet et Philippe Maymat
Jusqu’au 19 novembre 2011 A 21h du mercredi au samedi - Dimanche à 17h
Théâtre Le Ranelagh - 5 rue des vignes - 75016 Paris - 01 42 88 64 44

Avec Patrick Préjean, Isabelle Tanakil, Michèle Bourdet, Marie Le Cam, Charles Clément, Philippe Maymat ou Thomas Le Douarec, Christian Mulot, Mehdi Bourayou. Lumières : Pascal Noel - Costumes : Argi Alvez pour les Mauvais Garçons. Décor : Claude Plet - Musique : Mehdi Bourayou

Photos Lot sauf mention A bride abattue

dimanche 11 septembre 2011

Laïcité inch'allah de Nadia El Fani

Le film sort sur les écrans français ces jours-ci et le festival Paysages de cinéastes a effectué une projection unique aujourd'hui et en avant-première de ce documentaire.

On dit partout que le monde bouge, qu'il avance, que le progrès ne cesse de se manifester. Certes les téléphones portables sont accessibles en Tunisie comme ailleurs mais tous ceux qui ont connu ce pays il y a trente ans mesureront combien la liberté a reculé sous la pression religieuse.

Je me souviens d'un été à Tunis en plein ramadan, marqué par la tolérance qui dispensait les personnes âgées, les malades, les jeunes enfants, de cet interdit de ne pas boire ni manger avant le coucher du soleil. Je me rappelle combien nous étions joyeux de nous retrouver le soir autour de la longue table familiale. Le repas commençait toujours par la citronnade qui venait d'être faite avec les fruits du jardin. On partageait ensuite les nombreux plats que les femmes de la maison avaient préparés dans l'allégresse tout au long de l'après-midi.

Garçons et filles discutaient sans barrières. On sortait dans le patio fumer une cigarette dans une relative discrétion, les anciens faisant comme s'ils ne voyaient pas les jeunes, surtout les filles. Cela m'amusait.

L'organisation de ce qui ressemble a posteriori à des banquets ne s'improvisait pas. Dans la journée on allait au marché central. Et si je protégeais mon corps d'un grand voile (blanc) c'était autant pour passer inaperçue que pour éviter de rentrer les vêtements pleins de poussière, et aussi de diminuer le feu des rayons du soleil. Quand on avait fini on laissait les marmites mijoter doucement et on partait pour le hammam. C'était la récréation.

On passait la moitié de nos journées au bord de la mer sans se soucier de la superficie de nos maillots de bain. La plupart de mes amies travaillaient. Certaines avaient obtenu le divorce sans vivre de déchirantes procédures. Je découvrais un pays où il était facile de vivre et où tout semblait possible.

Autant vous dire que le film de Nadia El Fani m'a plutôt secouée.
Août 2010, en plein Ramadan sous Ben Ali et malgré la chape de plomb de la censure, Nadia El Fani filme une Tunisie qui semble ouverte au principe de liberté de conscience et à son rapport à l'Islam… Trois mois plus tard, la Révolution Tunisienne éclate, Nadia est sur le terrain.
Tandis que le Monde Arabe aborde une phase de changement radical, la Tunisie, ayant insufflé le vent de révolte, est à nouveau le pays laboratoire quant à sa vision de la religion.
Et si pour une fois, par la volonté du peuple, un pays musulman optait pour une constitution laïque ? Alors, les Tunisiens auraient vraiment fait "La Révolution".
J'ai entendu dire que la réalisatrice avait enregistré son travail sur une clé USB qui était arrivée à Cannes , dissimulée dans un gâteau -mais c'est peut-être une de ces légendes urbaines qui alimentent les conversations. Ce qui est certain c'est qu'elle a reçu des menaces précises sur sa personne et qu'elle se déplace désormais sous protection. Il est hors de question qu'elle retourne dans son pays tant que la situation politique ne se sera pas apaisée. J'ignore comment la Tunisie va évoluer mais ce que je sais c'est que le tabou de la question religieuse ne concerne pas que les pays du Maghreb.

Sait-on par exemple que dans des écoles de la République française et laïque on prive, sur simple demande orale des parents, les petits enfants de viande au motif qu'elle est impure ? Qu'un garçon de 4 ans peut saliver à la vue d'une cuisse de poulet dont se régale son voisin de table et auquel il n'a pas le droit de toucher ? Qu'il lui faudra hurler qu'il a faim pour fléchir un animateur de cantine, lequel demandera ensuite le soir pardon à la mère d'avoir fauté ?

Au nom de quelle liberté ? Pour maintenir quelle paix ? La réponse est bien entendu politique, au sens strict du terme puisqu'il s'agit de réglementer la vie de la cité. Il est bon que des films nous interpellent sur ce qui se passe "loin" de chez nous mais il est tout aussi crucial que nos yeux regardent la réalité sans se voiler la face, comme le dit la sagesse populaire.

Pour tout savoir de la 10 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

samedi 10 septembre 2011

Noces éphémères de Reza Serkanian

Noces éphémères est le premier des films de la compétition officielle du festival Paysages de cinéastes et j'ai déjà l'intime conviction qu'il pourrait l'emporter.

Reza Serkanian nous donne à voir un paysage humain, très intime, qui révèle l'Iran d'aujourd'hui, pays tiraillé entre la modernité et la tradition.

Les thèmes abordés sont proches de ceux que traitent Radu Mihaileanu dans la Source des femmes, en particulier le poids des interdits religieux et le prix à payer pour sa liberté de penser, et encore plus pour sa liberté d'action.

Le réalisateur filme une société qui d’un coté étouffe les désirs et les aspirations individuelles et qui de l’autre a légalisé une étrange coutume : le mariage à durée déterminée dont on se demande à qui cela profite. Peut-il être une solution quand on est jeune et fougueux et qu’on éprouve des sentiments pour sa belle-sœur ? Surtout lorsque le statut de veuve de la femme pourrait lui couter son enfant… dans une société où vivre seule est péché.

Le film est traversé aussi de petits moments délicats, subversivement drôles, particulièrement quand il s’agit du respect ou du contournement des principes religieux. Cela commence avec le générique (de début et de fin) qui défile sur un tableau de Breughel montrant un couple d’amoureux derrière une fenêtre. Ce sont les petits mots que s’échangent Kazem et Maryam grâce à la complicité de la petite fille. C’est aussi lorsqu’en cuisine on s’interroge sur la question de servir ou non un plat dans lequel de l’alcool a été versé (plus ou moins par mégarde) on estime que l’alcool va s’évaporer à la cuisson et qu’il ne faut plus y penser.

Les femmes les plus âgées ne peuvent pas prendre les choses avec autant de légèreté. Elles exigent de s’en remettre au jugement du mollah, le grand-père garant de la religion. On s’aperçoit que cet homme si respecté et si craint est plus sage et plus tolérant qu’il n’y parait par son verdict plein de bon sens : ne jouez pas avec la foi des gens. Si vous êtes dans le doute servez le repas sans rien dire, mais rincez-vous la bouche après.

L’intelligence de ce jugement est emblématique de l’esprit coranique, quand il n’est pas interprété avec fanatisme ou misogynie. Car l’enfermement de la femme enferme l’homme.
La réalité et la fiction se rejoignent puisque la comédienne principale a été arrêtée pour son engagement. Ses papiers lui ont été retirés et elle a fait 30 jours de prison. Aujourd'hui elle va mieux. Et comme le dit Reza Serkanian avec lucidité à propos du cinéma : tout est possible mais difficile, en tout cas pas officiellement. Et à propos de la vie quotidienne en Iran : malgré toutes les contraintes les gens arrivent à obtenir leurs petits bonheurs.

Il a fallu quatre années au projet pour aboutir. Il a été filmé en grande partie à Téhéran et dans une ville religieuse parce qu’il tenait à des décors réels. Le cinéaste a jonglé entre autorisations et interdictions pour mener à bien la préparation d'un film impossible à envisager clandestinement mais il va de soi que le scénario n’a pas été donné sans « aménagements » et les extraits qu’il fournissait pour obtenir les renouvellements d’autorisation étaient les plus neutres possible.

Noces éphémères a été présenté au Festival du Film romantique de Cabourg où il a reçu une distinction. Il sortira en France le 9 novembre prochain.

Pour tout savoir de la 10 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

vendredi 9 septembre 2011

La source des femmes enchante la soirée d'ouverture du 10ème festival paysages de Cinéastes à Chatenay-Malabry (92)

Elles sont quatre jeunes femmes , joyeuses, à s'élancer à l'assaut d'un chemin escarpé. A regarder leurs pieds équipés de simples claquettes on les croirait en route pour la plage. Mais leur mission, très ordinaire, est d'atteindre le sommet de la montagne , d'y remplir chacune deux seaux d'eau à la source et de les redescendre au village.

Ce n'est pas une promenade de santé. Un pied se tord sur une pierre. La chute est brusque. Un filet de sang coule le long de la jambe. Une vie de moins. C'est tout, banal.

En bas, une voisine accouche. Elle est bénie : c'est un garçon. Une vie de plus. Autre normalité. Le village peut se préparer à festoyer.

Il en va ainsi depuis des décennies sans aucune raison pour que cela change. Même si les hommes sont désormais majoritairement sans travail ils restent dans leur tête chasseurs et guerriers et ont peur de la paix. Il leur faut du temps pour accepter de considérer les choses autrement.

La tradition garantit la continuité de la tranquillité masculine et il ne peut être question de remettre en cause cette domination. Jusqu'à ce qu'une goutte de sang de trop décident les femmes à allier leurs forces. Plus question d'accepter la fatalité, de se tuer à la tâche tandis que les maris tapent le carton en sirotant une boisson fraiche. Elle vont mener la révolution avec les moyens du bord, en chantant et en dansant, avec à leur tête Leila, la jeune, qui a tout à perdre, et Vieux fusil, la vieille qui n'a rien à gagner.

Le scénario emprunte la forme d'un conte oriental situé dans le temps, par la présence d'un téléphone et d'une télévision, mais peu repérable géographiquement. Le tournage a eu lieu dans l'Atlas, à 50 km au sud de Marakech, et la source n'est pas un décor de fiction. L'eau courante n'alimente le village que depuis quatre ans. Le point de départ a été une grève de l'amour qui a eu lieu en Turquie en 2001 pour une histoire d'eau et qui s'est terminée grâce à un journaliste qui a publié un article dans Libération.

Les actrices comme Leila Bekhti, Biyouna ou encore Hiam Abbass (qui était merveilleuse dans the Visitor de Thomas Mac Carthy en 2008) ont été inspirées par les habitantes du village. Ce sont des femmes ouvertes, dont la vivacité, l'humour, la joie de vivre et la poésie transcendent les souffrances quotidiennes.

Le réalisateur est persuadé que la beauté et l'intelligence de la femme sont les seules armes possibles contre l'intégrisme et la bêtise. Il s'est appuyé sur la tradition berbère de la poétesse, presque chroniqueuse, quasi slameuse, qui dans chaque village improvise des chants pendant les fêtes avec une âme de justicière.

Le personnage de Vieux fusil a 70 ans aujourd'hui. Elle doit son nom à la force de ses paroles, puissantes comme des balles, qui ont permis d'obtenir un nombre conséquent de divorces. Pour gagner il faut savoir employer les métaphores, et ne jamais attaquer l'adversaire frontalement car on ne gagne rien d'un ennemi qui perd la face.

Après Va, vis, deviens, puis le Concert, c''est tout le talent de Radu Mihaileanu, d'avoir conçu un film en forme de plaidoyer féministe qui ne soit pas une caricature de la société marocaine. Comme il l'a expliqué aux spectateurs de la soirée d'ouverture du Festival Paysage de cinéastes, il a voulu que le cri des femmes soit entendu comme une main tendue aux hommes. Le public a été unanimement séduit.

Le festival démarrait en beauté avec ce film qui s’inscrivait parfaitement dans le double thème du paysage et de la Méditerranée. Le cinéaste a conquis la salle par ses propos humanistes. On m’a dit que les comédiennes avaient à cœur que le message principal soit entendu et serve la cause, non seulement des femmes mais de tous ceux qui croient aux valeurs d’égalité et de progrès. Elles scrutent les commentaires de la page facebook du film qu’elles lisent régulièrement depuis New York où elles sont actuellement en tournage. Alors n’hésitez pas à laisser vos impressions. Ne cherchez pas , la voici.

Pour tout savoir de la 10 ème édition, horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

jeudi 8 septembre 2011

Tatin de tian pour rester en été encore un peu

Habituellement on fait le tian dans un moule à gratin. Je connais d'ailleurs quelqu'un qui le réussit à merveille.

Loin de la copier j'ai choisi de procéder différemment, selon la technique des sœurs Tatin, qui vécurent en Sologne, une région que je connais bien.

Et je souris à l'idée d'une guerre sur ce sujet (cf les billets des deux jours précédents).

Le mot tian désigne non seulement le gratin lui-même mais aussi le plat en terre cuite dans lequel il est cuit. Pour certains linguistes le nom aurait une origine commune avec tajine, mot d'origine berbère désignant aussi le plat et le mets. Pour d'autres le mot « tian »est emprunté d'un mot d'ancien provençal désignant un plat de terre. Quoiqu'il en soit c'est un plat méditerranéen qui s'accorde avec le thème du Festival qui se poursuit ces jours-ci à Chatenay-Malabry.

Le succès dépend de la longueur de la cuisson qui doit être lente et effectuée dans un four. Autrefois on insérait des lamelles de fromage de chèvre, remplacées depuis une trentaine d'années par de la mozzarella, aussi onctueuse, mais plus fade.

J'ai fait revenir les légumes séparément dans une poêle avec un peu d'huile d'olive. Je les ai ensuite disposés en cercles concentriques dans le fond de la tourtière. J'avais choisi de la courgette, de l'aubergine, de la tomate et du poivron jaune. J'ai saupoudré de parmesan., salé, poivré.

La pâte à tarte a ensuite été posée dessus et le tout a été mis au four une trentaine de minutes.

J'ai retourné sur une assiette plate pour servir, avec du basilic haché.

mercredi 7 septembre 2011

La guerre de la guerre des boutons est déclarée

Les guerres se suivent et ne se ressemblent pas. Hier c’était un combat pour la vie que je célébrai sur le blog avec le merveilleux film de Valérie Donzelli. Aujourd’hui c’est un hymne à la jeunesse, mais pas que, avec le film signé par Yann Samuell.

Autant vous le dire tout de go, çà va être une rude bataille puisqu’ils sont deux producteurs, deux réalisateurs à s’affronter sur le terrain cinématographique avec strictement le même titre. Du jamais vu ! On raconte que l’un a cru que l’autre se retirerait. Que la sortie du second a été avancée pour coller aux basques du premier.

Je déteste la guerre. Je supporte mal les polémiques alors je ne vais pas m'engouffrer là-dedans. Je sors du film d'Yvan Samuel que j'ai énormément apprécié et cela me suffit pour clore le débat. Et s’il est un tout petit peu vrai que je puisse avoir une quelconque influence comme mes lecteurs me l’assurent en message privé je ne vais pas tergiverser pour clamer haut et fort que c’est un excellent boulot !

D’abord parce que le cinéaste a réalisé une adaptation personnelle de l’œuvre publiée par Louis Pergaud en 1912 sans plagier le film d’Yves Robert que les anciens ont vu à sa sortie et que les plus jeunes d’entre nous ont emprunté dans les médiathèques.

Ensuite parce qu’il place très astucieusement ses personnages dans les années 60 alors qu’Yves Robert les situait au début du siècle par fidélité au roman. Ce glissement est juste parce qu’il renvoie d’une part au contexte historique d’une autre guerre, la guerre d’Algérie, et indirectement à l’enfance des parents des jeunes adultes d’aujourd’hui. En ce sens le film devient une sorte d’épopée pagnolesque sur l’école.

Avec une reconstitution fidèle du quotidien d’il y a déjà un demi-siècle, jusqu’aux cageots de légumes que l’on vend sous la halle du marché. Sans oublier les encriers, les blouses grises, les images Rossignol et les cartes de géographie Vidal-Lablache dans les salles de classe. Et les questions de fond sur l’éducation et les sacrifices que l’on consent pour assurer un avenir à ses enfants quand on a besoin de bras parce qu’on les élève seule. Mathilde Seigner compose une magnifique mère Lebrac autoritaire, et découvrant la sensibilité.
Il a tourné en Limousin, à quelques lieux de Rochechouart, dans le village préservé et ensoleillé de Biennac. L’usage de caméras portées confère au film un aspect documentaire qui est d’un heureux effet.

Les dialogues ont été soignés pour atteindre la saveur de la version originale sans en copier les plus fameux. Même ceux qui ne l’ont pas visionné connaissent les répliques les plus célèbres comme le populaire « si j’aurais su j’aurais pas venu » que Petit Gibus pleurniche à chaque déconvenue.

Le gamin, toujours aussi candide, mais plus facétieux rêverait de devenir « ratiboiseur ». A son frère lui intimant qu’à trois on y va, il répond d’une petite voix étonnée « mais on est que deux ».

Et puis, surtout, Yann Samuel élargit le débat en stigmatisant la naissance des querelles de clocher. Les enfants ne font que reproduire les rivalités qui assaillaient leurs parents ou leurs maitres. Le cercle pourrait rester infernal et continuer de tourner en rond s’il n’y avait pas l’intervention d’un nouveau personnage pour faire progresser les idées. En vertu du principe que la femme est l’avenir de l’homme c’est une fille qui sauvera la situation.
Nom de code, Lanterne, magique et lumineuse, garçon manqué ou fille réussie, tel Robin des bois au féminin, elle mènera le groupe à la victoire sans précipiter les autres dans la défaite. Et le nom de Salomé Lemire est à retenir.

Vous aurez compris qu’on peut aller voir le film avec des yeux neufs. Pour en ressortir avec de nouvelles phrases culte dont j’anticipe le succès :
- La goutte d’eau qui va mettre le feu aux poudres,
- On va les enterrer vivants avec un A majuscule
- Les avis c’est comme les trous de balle, chacun le sien.
Il me semble aussi que l’explication de l’instituteur à propos de la fonction de l’oxymore (juxtaposition de deux termes d’apparence contradictoire comme un clair-obscur) va susciter des vocations d’avocat à tour de bras.

On va redécouvrir le plaisir de faire des ronds dans l'eau et les concours de ricochets. La rivalité entre les deux instituteurs (Alain Chabat et Eric Elmosnino) réjouira sans doute Frédéric Beigbeder et lui rappelera les parties endiablées auxquelles il se livrait avec son grand-père sur la plage de Guéthary.

J’espère aussi que le film (comme l’album Dessine ! auquel je consacrais un billet avant-hier) inspirera les enfants d’aujourd’hui pour embellir les cours de récréation en dessinant à la craie tout l’automne. Il donne en tout cas envie, en ces temps de rentrée scolaire, de reprendre le chemin des écoles le cœur léger et c’est pas bidon … comme pourrait le chanter Alain Souchon.

Sortie nationale le 14 septembre de « La guerre des boutons » de Yann Samuell avec Mathilde Seigner, Alain Chabat, Fred Testot et Eric Elmosnino.
Sortie remasterisée de la version d'Yves Robert annoncée pour le 12 octobre

mardi 6 septembre 2011

La guerre est déclarée de Valérie Donzelli

L'affiche rose tyrhien ne vous aura pas échappé. Elle éclate sur les bus avec la promesse d'une joyeuse soirée. Et ce n'est pas mensonger. Valérie Donzelli a réussi à faire au cinéma un miracle comparable à celui qu'elle a vécu dans sa vie personnelle, à savoir transformer un drame en évènement porteur de vitalité.

Ni drame, ou comédie, pas davantage que comédie dramatique, ceux qui le disent « inclassable » avancent sur une fausse piste. Disons qu’il est le premier d’un nouveau genre : la tragédie musicale. Et à tous ceux qui s'interrogent sur l'issue du film, je dirais qu'au terme de happy end je préfère créer celui de hoppy end.

La bande-son occupe une place déterminante, faisant partie intégrante des dialogues. Jérémie Elkaïm a une culture musicale immense et il a su conseiller Valérie dans le choix des titres avec un éclectisme remarquable. Il est certain que le CD du film fera un carton et qu’il ouvrira les oreilles des auditeurs vers des registres qu’ils ne sont pas enclins à écouter, le classique pour les uns avec un menuet de Bach, ou une cantate de Vivaldi, le contemporain d’il y a trente ans pour d’autres, avec le son distordu , très expérimental, de O Superman de Laurie Anderson, Rectangle, le titre de Jacno, le pape de la pop électronique, ou encore l’électro-dance d’aujourd’hui avec Break Ya mixé par Yuksek pour l’album Away of the see, ou le hard-rock Blind, chanté en anglais par les 5 parisiens du groupe Frustration.

On redécouvrira aussi des standards indélébiles de notre mémoire collective comme la guitare d’Orfeu Negro égrenant Matin de carnaval, les violons de l’Hiver de Vivaldi ou les voix haut perchées de la Vie parisienne d’Offenbach.

On aura tous dans la tête The bell tolls five du premier album de Peter von Poehl (Going to where the tea-trees en 2006 ), entrepris après des collaborations avec Alain Chamfort, ou Vincent Delerm. On redécouvrira Je ne peux plus dire je t'aime, chanté initialement par Jacques Higelin avec Isabelle Adjani. Et le générique composé par Georges Delerue pour lancer les Radioscopies cultissimes de Jacques Chancel va devenir universel.

Coté images on pensera à François Truffaut, à Claude Sautet, à tous ceux qui ont initié la Nouvelle vague. Sauf que Valérie et sa monteuse Pauline Gaillard surfent plus haut, plus loin, avec un talent exceptionnel. Et on n’a pas fini de s’extasier de l’usage cinématographique qu’on peut faire avec un simple appareil photo.

L’affiche ne triche pas. Si la vie n’est pas toujours rose bonbon c’est bien de ce coté là qu’il faut piocher sans relâche pour gagner la guerre. Celle de la vie bien sur, sans craindre des dommages collatéraux inattendus comme l’explosion du couple.

Valérie Donzelli ne s’appesantit pas sur l’aspect technique et médical de la maladie qui a réellement touché son fils. Quand elle tourne dans les hôpitaux, en décor réel, c’est uniquement pour situer l’action et non pour la décrire. Il n’y a pas une image qui pourrait heurter la sensibilité, ou effrayer. Ce n’est pas la douleur physique qui est filmée mais la violence qui secoue le psychisme dans le contexte de la maladie dite « mortelle ». S’il y a de la pédagogie à débusquer c’est dans la manière dont les personnages s’y prennent pour résister.

Comme avec cette mise en garde de Roméo à Juliette : pas de spéculations foireuses et pas d’Internet ! La maman fera confiance aux médecins, dont les noms sont exacts, et résistera à l’envie d’en apprendre plus sur les sites médicaux.

Il y aussi une très jolie scène, la nuit précédent l’intervention chirurgicale, où les parents conjurent leur angoisse en se disant tous les trucs qui font peur pour après se sentir mieux. Le dialogue est accumulatif comme une randonnée en ajoutant à chaque fois un souci de plus. Ils craignent que leur enfant se réveille sourd, muet, aveugle … et dérapent vite dans l’irrationnel (je ne vais pas vous raconter, laissons le suspense) jusqu’à en éclater de rire.

On sent que tout est vrai mais qu’on se situe tout de même dans la fiction. C’est en cela qu’il n’y a rien d’impudique, aucun ressort mélodramatique, aucune complaisance. Mais une énorme pulsion de vie. Un hymne à la solidarité. Une leçon d’invincibilité offerte à un spectateur qui n’est jamais pris en otage.

Ils ressortent de l’aventure détruits, mais solides. Nous on quitte la projection avec une pêche incroyable. Libre et sans peur … de rien.

La Guerre est déclarée a été projeté en ouverture de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2011. Le film a remporté le Grand Prix du Festival de Cabourg, puis le Prix du jury, le Prix du public et le Prix des blogueurs au Festival Paris Cinéma 2011.

lundi 5 septembre 2011

Dessine ! de Bill Thomson et quelques autres albums pour adoucir la rentrée des classes

Si la rentrée littéraire bat son plein depuis le 18 août, par contre la rentrée scolaire, la seule qui devrait mériter cette désignation, est programmée aujourd’hui.

Il faut avoir vu les yeux mouillés des parents confiant leur enfant à une maitresse inconnue comme s’il s’agissait d’un enlèvement pour réaliser combien ce jour est déterminant dans la vie familiale. Que ceux qui pensent que j’exagère aillent faire un petit tour sur facebook ce soir. Je vous parie que plusieurs de vos copines auront épanché leur cœur gros. Mais le mot pourrait sans exagérer s'écrire au masculin.

Pour apprendre quoi que ce soit il faut en avoir envie. Et ce ne sont pas les larmes des parents qui aideront les enfants à s’engager sur le (long) chemin des études. C’est le meilleur moyen de leur adresser un message négatif.

Certaines lectures pourront vous aider à passer le cap. Je ne songe pas aux traités de psychologie. J’espère que vous n’en êtes pas là. Non, plus simplement à cette catégorie qu’on désigne sous le nom d’albums. J’en parle très peu sur le blog. Et pourtant je leur dois d’énormes plaisirs.

C’est en regardant la rentrée littéraire de ce point de vue que j’ai découvert Dessine ! Idéal pour petits, grands et plus-que-grands puisque c’est un livre sans texte. On ne va donc pas s’énerver parque que le cépéiste ânonne les syllabes ou que, pire, le céiste a tout oublié durant l’été.(explication de texte en fin de billet si nécessaire)

Avez-vous remarqué que les écoles ont la plupart du temps judicieusement été construites en bordure d’un jardin public ? Anatole France traversait celui du Luxembourg pour aller à l’école. Les trois camarades que Bill Thomson met en scène dans son livre empruntent un parc extraordinaire. Leur aventure commence sous la pluie, devant une balançoire de type culbuto, en forme de dinosaure tenant entre ses mâchoires acérées un sachet-cadeau étoilé.
A l’intérieur, des craies de couleurs pastel qui vont intensifier les minutes suivantes. Pour une fois l’hyperréalisme de ce papa de trois enfants ne sert pas un sport spectaculaire, comme le karaté ou le baseball, mais une activité plus calme qu’il serait bon de réintroduire dans les cours de récréation.

C’est l’École des loisirs, éditeur spécialisé au service de la cause des enfants, qui a débusqué son talent pour vous offrir cet album spectaculaire qui se feuillette comme un story-board de cinéma.

Dans un autre style, toujours chez cet éditeur, j’ai beaucoup aimé le Bison, qui raconte le défi que le jeune Billy, futur grand kid, va s’échiner à relever pour épater son père, à savoir attraper un bison au lasso. Une prouesse pas si impossible que cela pour Catharina Valckx qui imagine là de nouvelles péripéties avec humour et tendresse.
L’Ecole des loisirs est symbolisée par un lecteur à tête de papillon (cf illustration en début de billet). Cette image a été la couverture – révolutionnaire pour l’époque – du premier recueil de morceaux choisis de littérature française post-68. André François est ce peintre, sculpteur, graphiste, affichiste et illustrateur génial qui l'a conçue, devenant en quelque sorte le Folon de la littérature jeunesse. Il est aussi l’auteur d’albums, dont celui-ci – d’abord écrit en anglais et publié en 1970 sous le titre français de Qui est le plus marrant ? – ressort aujourd’hui avec une nouvelle traduction et un titre plus proche de l'original qui était YOU ARE RI-DI-CU-LOUS.

Les facéties du Polichinelle aideront les bambins à réviser ou à intégrer les notions fondamentales de droite et de gauche, d'endroit et d'envers, sans que personne ne perde la tête à vouloir les leur inculquer de force ou de gré.

Les parisiens trouveront tous ces livres, et bien d'autres, chez Chantelivre, cette librairie qui est une caverne d'Ali Baba pour tous les âges de la vie et où personnellement j'adore me perdre. Elle a des annexes à Issy-les-Moulineaux, Cachan et même à Orléans. Elle est aussi consultable sur le net. Ses rubriques sont fort instructives.

Le site de l'École des loisirs offre aussi beaucoup de ressources, et pas seulement pédagogiques, pour les lecteurs de tous les âges.

Dessine ! de Bill Thomson, le Bison de Catharina Valckx et RI-DI-CU-LE ! d'André François figurent parmi les nouveautés parues en septembre 2011 à l'Ecole des loisirs, tous disponibles chez Chantelivre, 13 Rue Sèvres, 75006 Paris, 01 45 48 87 90.

J'ai inventé les néologismes de cépéiste et céiste en référence aux classes de CP et de CE , qui sont les abréviations de Cours préparatoire et de Cours élémentaire.

Le dernier article que j'avais écrit à propos d'un album, est lisible ici. Il s'agissait de Max et les Maximonstres de Maurice Sendak.

dimanche 4 septembre 2011

Pieds nus traverser mon coeur de et par Michèle Guigon

Michèle Guigon poursuit son exploration du sens de l’existence. Après la Vie va où ? Elle abandonne le mode interrogatif pour nous donner des amorces de réponses dans ce nouveau spectacle, écrit dans le prolongement du précédent.

La comédienne nous reçoit dans un chez-soi encombré de pensées. Le tri s’effectuera en direct sur le plateau. Les idées brouillonnes seront jetées au panier. Les idées fraiches seront accrochées avec des pinces à linge. Seules les idées claires seront lues au public.

Toujours avec la spontanéité, l’humour et la vitalité qui caractérisent cette artiste qui, décidément gagne beaucoup à vieillir. Le mot est lâché comme un chien dans un jeu de quilles. Elle secoue le panier des a priori sur la cinquantaine qu’elle se décide à aborder sereinement et fièrement.

Le cancer est probablement une épreuve comparable au feu pour le fer, assurant une solidité hors norme aux vainqueurs. Michèle est de cette trempe. Elle s’est débarrassée des tics qui handicapaient sa relation avec les autres. Elle a lâché beaucoup. Mais elle a gagné énormément. Le jeune clown est devenu un beau poète.

Ceux qui la connaissent retrouveront la verve et la sensibilité des trois précédents solos. Puissent les autres venir nombreux pour découvrir cette artiste unique … dans une catégorie où elle me semble être la seule. Mais puisqu’il faut développer des arguments pour motiver les indécis je dirais qu’elle a quelque chose de Desproges, en moins caustique, en plus doux. Exemple : avoir une maladie mortelle c’est la chance de se préparer à la mortalité de la vie. C’est comme enchainer maths sup, maths spe.

Qu’elle a aussi quelque chose d’Anne Roumanoff, en plus philosophique. Exemple : Généralement quand on voit le problème c’est que la solution n’est pas loin. C’est quand on ne voit pas le problème qu’il n’y a pas de solution.

Qu’elle a quelque chose de Muriel Robin, en moins dérisoire. Dans sa façon de sauter apparemment du coq à l’âne pour faire diversion alors que c’est une autre manière de traiter le sujet. Exemple (alors qu’elle classe des papiers comme on trierait du linge sale elle s’empare d’un flacon de détergent) : Un moment, je lance une machine … (sort de scène, puis réapparait). Ce qui est pratique avec ces nouveaux bouchons c’est que quand on les revisse on n’a pas les mains qui glissent.Qu’elle a quelque chose de Raymond Devos, en plus accessible. Exemples : On a inventé la grammaire pour se comprendre bien, nous explique-t-elle preuves à l’appui sur les règles d’accord du participe passé.

Qu’elle a quelque chose de Guy Bedos, en moins satirique. Vivre est un tel travail, pourquoi en faire un autre ? Vieillir est un verbe avec lequel on ne se sent pas concerné jusqu’à la dernière minute. Vieillir c’est mettre de plus en plus de temps pour aller de moins en moins loin. C’est pas le temps qui passe, c’est nous.

Qu’elle a quelque chose de Jean-Marie Bigard, en moins animale. Ce n’est pas la chauve-souris qu’elle nous mime mais la mouche incapable de s’échapper par une fenêtre ouverte. Et quand elle nous raconte la fable du hérisson et de la gazelle on entend Cyrano de Bergerac, consolant Roxane au soir de sa vie, la remerciant que grâce à elle une robe était passée dans sa vie.

Qu’elle a quelque chose de Michel Boujenah, en moins familial. Mémé Oïa et son corset aux dix-neuf crochets n’est là que fugitivement pour servir la démonstration de la psychologie du grand âge et justifier qu’en somme ce sont les vieux qui ont inventé le hip-hop.

Je vous promets un spectacle complet, musical, gestuel, philosophique, personnel et authentique, tissé du matériau autobiographique des années Cronembourg (oui avec un C) d’un après-guerre qui ne fut pas tout rose si on le scrute sans mélancolie. La grande leçon à retenir c’est qu’on ne reviendra jamais à comme avant et qu' il ne faut pas avoir peur de vivre.

Michèle Guigon n’a pas embrassé une profession qui convenait à son père. Elle a choisi poète pour rendre en beauté ce que la vie nous impose en difficulté. C’est la fonction de l’artiste de canaliser la force de la vengeance sans la transmettre en héritage. Le boulot n’est pas terminé et c’est heureux car il va y avoir encore bien des soirées aussi belles et généreuses à vivre avec elle.

Il est évident qu’elle n’a pas fini de nous dire tout ce qu’elle a dans le cœur.

Pieds nus traverser mon coeur, au Théâtre Noir du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris.
Standard : 01 42 22 26 50, réservations : 01 45 44 57 34
Du mardi au samedi à 20h jusqu'au 23 octobre, les dimanches à 17h
www.lucernaire.fr

Le texte de la pièce est disponible à la Librairie du Lucernaire et je vous le recommande tout autant que le spectacle.

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