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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 4 septembre 2010

Lumière de Paysage dans le parc de la Maison de Chateaubriand

C'était hier soir la soirée d'ouverture du 9 ème édition du Festival du film de Châtenay-Malabry (92) et, une fois n'est pas coutume, je publie aujourd'hui deux billets sur la manifestation (alors que je m'étais donné pour règle de n'en faire qu'un par jour, ce qui est déjà un joli travail pour un blog).

Chaque année voit revenir les fidèles mais aussi, toujours plus nombreux, des personnes qui ne sont jamais entrées dans le parc dont on doit l'initiative à Chateaubriand. J'espère que ces quelques photos en décideront d'autres à venir l'an prochain (entrée libre mais sur réservation). Jacques Tati avait grimpé la côte à Solex pour s'installer aux premières loges de cette soirée de fête.

L'écrivain planta lui-même des espèces parfois rares lui rappelant ses souvenirs de voyage : cèdre du Liban, platane de Grèce, cyprès chauve de Louisiane, tulipier, catalpa, magnolia, hêtre pourpre ... Il raconte dans les Mémoires d’outre-tombe comment il allait muni d’une paire de sabots, planter mes arbres dans la boue, passer et repasser dans les mêmes allées, se cacher partout où il y avait une broussaille, se représentant ce que serait le parc dans l’avenir.

La projection, en avant-première, du film de Xavier Beauvois, Des Dieux et des hommes, a été précédée d'une déambulation dans ce lieu magique, hantée d'ombres amicales, justifiant pleinement la spécificité de ce festival de Paysages de cinéastes.

La Tour Velléda, où Chateaubriand installa son bureau et sa bibliothèque, semblait attendre le retour du grand homme.Un trio de fantômes a tenté sans succès de nous effrayer alors que la voix de Lino Ventura perçait derrière un rideau de bambous ...
... mais ce sont des applaudissements fournis qui ont fait presser le pas à Georges Siffredi, Député-maire de Châtenay, Président des Hauts-de-Bièvre, et Marianne Piquet-Ducourneau, Déléguée du Festival. Le tour de chant d'Anne-Marie Perret a enchanté l'assistance.

J'aurais voulu joindre un extrait pour illustrer ce doux moment mais je n'ai pas résolu le problème technique d'insertion de fichier mp3 (ce sera fait dans une prochaine mise à jour du billet). Il faudra se contenter d'une photo ...

Nous aurions écouté cette chanteuse rare et discrète la nuit entière mais nous avons été tirés de l'enchantement pour rallier les transats et assister à la projection du film Des dieux et des hommes, quittant aussi les arbres à regret. Ce n'est pas fréquent de les regarder sous de tels éclairages.

Pour lire ou relire les articles consacrés aux éditions précédentes, vous pouvez naviguer à partir de cette page ci.
Pour tout savoir de la 9 ème édition,
horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

Le Festival du film de Châtenay-Malabry est revenu

La 9ème édition de Paysages de cinéastes a glissé dans le calendrier. Les autres années, nous partions en vacances avec dans la tête les images de films que de moins chanceux que nous ne découvriraient sur les écrans qu'à la rentrée. Cette fois-ci nous démarrons en septembre, et ce festival est comme une pause avant le grand rush.

Les dieux étaient de la fête hier soir. Le temps (un peu frais j'en conviens aux environs de 19 heures) s'est adouci en fin de soirée et la séance de cinéma se déroula en plein air sous un ciel clément.

La programmation de Marianne Piquet-Ducourneau, déléguée générale du Festival, est toujours épatante. Elle possède un septième sens pour élire les courts ou long métrages qui vont à la fois distraire et secouer le public.

Quand je vous dis long je ne plaisante pas. Les deux heures de bobine des Hommes et des dieux pèse une quarantaine de kilos. Ils ont gentiment descendu l'allée du parc de la maison de Chateaubriand en rattrapant les derniers spectateurs vers 1 heure ce matin, doublant un chat peu sauvage mais surpris par cet objet fantastique.

Le film de Xavier Beauvois a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes 2010 et on comprend que le jury ait tenu à lui décerner une récompense. Sur un sujet très difficile (l'enlèvement et l'assassinat de 8 moines du Monastère de l'Atlas en Algérie en 1996) tant sur le plan politique que religieux et humain il a réalisé une œuvre qui se situe exactement à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Le choix des acteurs n'est pas anodin. Reconnaître Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Perrier ... introduit la juste distance qui nous permet de ne jamais oublier que nous sommes exposés à un film. Mais ils sont tellement justes qu'ils restituent le bouleversement vécu par les véritables protagonistes.

On peut ainsi partager a posteriori un peu de ce que la population algérienne a subi dans les années 95 : surprise, incompréhension, désarroi mais aussi courage et espérance. Et bien au-delà mesurer quels sont le sens et la valeur d'une vie.

Céder, résister, fuir, voilà les trois prises de position entre lesquelles les moines vont hésiter longuement. Combattre serait hors de question pour eux ... et pour les populations civiles qui n'en auraient pas les moyens pratiques. Les temps de concertation marquent leur chemin de croix :

La scène du dernier repas magistralement orchestrée par la musique du Lac des cygnes évoque certains plans du Titanic. Toutes les émotions filtrent sur les visages des acteurs saisis par une caméra exigeante : la joie contenue qui explose malgré la crainte, l'angoisse qui sourde, les larmes qui montent aux yeux derrière la buée des lunettes. Tout est dit sans un mot.

Les extérieurs ont été filmés au Maroc, dans une région située entre les villes de Fès, Meknès et Azrou et les paysages sont d'une beauté qui tranche avec la sauvagerie des terroristes et la violence des militaires. L'harmonie et la paix n'étaient pas compromis là-bas par la pratique de religions différentes. Partager les mêmes valeurs était l'essentiel. Les moines étaient donc acceptés par la population musulmane. Ils participaient naturellement aux fêtes locales, mariages comme funérailles. Ce sont les liens tissés avec eux qui les ont décidé de rester en Algérie, plutôt que de céder aux injonctions des terroristes (et des autorités locales) leur demandant de quitter le pays.

C'est auprès des moines des abbayes de Tamie en Savoie et d'Aiguebelle dans la Drôme que les acteurs se sont imprégnés de la vie monastique des Cisterciens, exercice peut-être plus facile pour Michael Lonsdale dont on se souvient qu'il a interprété un abbé bénédictin dans le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, il y a un quart de siècle tout de même.

La sortie officielle du film est imminente. Il ne faut pas le manquer.

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Pour tout savoir de la 9 ème édition,
horaires et programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

jeudi 2 septembre 2010

Philippe Claudel mène l'Enquête et Nathalie Kuperman le suit dans cette entreprise

Delphine de Vigan avait tracé la route l'an dernier avec les Heures souterraines. Ce sont maintenant, et dans des styles radicalement différents, Philippe Claudel et Nathalie Kuperman qui s'attaquent au monde de l'entreprise.

L'univers de Claudel est baigné du même brouillard que celui qui nappait déjà les Âmes grises (prix Renaudot 2003). Mais c'est dans un univers radicalement surréaliste que son Enquête nous immerge.

Les protagonistes n'ont pas de nom. Leur profession vaut identité, nom commun d'habitude qui, ici, reçoit une majuscule pour en faire du propre.

Les paragraphes sont taillés au cordeau. Aucune émotion ne sourd. Les descriptions sont si précises qu'elles ne laissent pas de place à l'imaginaire du lecteur qui, se sentant saisi dans un étau n'a qu'un moyen de s'échapper : surtout ne pas se projeter, ne rien ressentir, garder la distance.

C'est précis et c'est nulle part. Çà pourrait être un récit historique. Ou au contraire un roman d'anticipation s'il avait été écrit par Huxley (le Meilleur des mondes, 1931) ou Exbrayat. Une sorte de Charlie et la chocolaterie (publié en 1967 par Roald Dahl) pour adultes, et sans chocolat.

Philippe Claudel sait manifestement où il veut nous embarquer. Ses mots ne souffrent aucune erreur de sens. Le terme d'avitaillement (p. 21) évoque l'imminence d'une catastrophe. Quelques lignes plus loin (p.25) il nous tend la main : la situation tournait à l'absurde.

Prenons garde. Maintenons le cap au degré zéro de l'empathie. Cette "situation" risquerait de nous rattraper. Heureusement que nous ne vivons pas dans "ce" pays dont il est question. Soyons rassuré d'être dans un ailleurs, ou plutôt que ce soit les personnages qui s'y trouvent.

On s'était fait à cette idée et voilà que le "héros" (désigné par le terme d'Enquêteur) émet l'hypothèse qu'il doit être mort. Formulée au passé la petite phrase (bas de la page 35) déstabilise comme ces croquis d'escalier montant et descendant à la fois, comme ces illusions d'optique qui échappent à la logique.

Philippe Claudel excelle dans la distorsion de la réalité. Ce qu'il raconte serait-il pire ou moins inquiétant que les images qui investissent les écrans des téléviseurs et qu'on nous présente comme de l'"information" ?

Le terrorisme administratif, le harcèlement commercial, la surveillance électronique, les formulaires abscons ... nous nous y sommes habitués sans nous rebeller. N'existent-ils pas des papillons qui ont modifié leur code génétique pour qu'on les confonde avec la couleur des écorces des arbres que la pollution a irrégulièrement noirci ?

C'est le propre de l'homme de s'adapter
(p.61). D'accord mais jusqu'où ? Amélie Nothomb tire à sa manière la même sonnette d'alarme dans son dernier livre (Une forme de vie). la perte de l'espoir mène droit au suicide, qu'on soit soldat en Irak ou employé, par exemple chez un opérateur téléphonique.

En plus de savoir qu'il n'était rien, il se rendait compte soudain qu'il n'était personne
.(p.73) Alors que je prends des notes en lisant, crayon à la main, la vérité soudain m'apparait clairement : je suis l'Enquêtrice et je suis entrée dans une métaphore. Il me reste 200 pages pour m'en sortir ... ou pas.

Serais-je plus forte que le Responsable qui, lui-même se considère comme un ciron (p. 109) ? Cet acarien, parasite du fromage et qui est le plus petit animal visible à l'oeil nu est le symbole de ce qui est le plus petit au monde.

Ne suis-je pas une souris de laboratoire (p. 119) placée sous les feux d'un projecteur qui serait Très-haut ? Un numéro sur une liste de personnel ? Rien. Dans un monde colossal aux pieds d'argile. Il n'est plus temps de descendre dans les rues et de couper la tête aux rois. les monarques d'aujourd'hui n'ont plus ni tête ni visage. Ce sont des mécanismes financiers complexes, des spéculations sur les pertes et les risques, des équations au cinquième degré. Leurs châteaux sont devenus des banques de données (... p. 137 ).

L'écrivain dresse la liste (p.234) de tous les supplices inventés par les hommes pour d'autres hommes avant de nous "rassurer" : le malheur est un poids qui devient finalement assez léger à mesure qu'il s'accentue ou prolifère (p. 264)

Le roman est noir et blanc. Noir comme les images et l'analyse socio-économico-politique qui le compose, blanc comme ... rien.

Nous étions des êtres vivants sort aujourd'hui en librairie. On ne peut pas dire que l'entreprise qui sert de toile de fond est plus humaine que celle de Claudel, ni que les protagonistes soient moins coriaces.

De Nathalie Kuperman j'avais déjà lu et beaucoup apprécié Rue Jean Dolent (2000), J’ai renvoyé Marta (2005) qui m'avait bien amusée, et j'étais dans l'attente d'un plaisir de lecture identique. L'humour y est encore. Mais le sujet ne prête pas à la rigolade. Et toute ressemblance avec des situations réelles est totalement voulue. L'entreprise ne s'appelle pas Mercandier Presse par pur hasard. Ce groupe mercantile est sur le point d'être repris par un certain Paul Cathéter dont on a tout à craindre malgré un nom médicalement rassurant.

La vie de l'auteur n'a pas dû être drôle tous les jours. Si elle recycle ses déboires personnels sa force est de parvenir à pointer ce qui s'inscrit dans l'universel. Une sensibilité à fleur de peau ne l'empêche pas de se laisser surprendre par ses personnages. On se laisse embarquer par l'un puis par l'autre, sans parvenir à choisir notre camp. Le livre a l'apparence d'un documentaire mais c'est bien un roman.

A qui Nathalie Kuperman fera-t-elle peur ?
Sûrement pas aux emplois protégés (il en existe encore un peu) qui, pour éviter de savoir qu'ils ont une chance insolente vont y voir une œuvre de pure fiction.
Sûrement pas aux sièges éjectables (de plus en plus nombreux) qui, pour éviter de savoir qu'ils n'ont pas de chance vont y voir la preuve qu'il ne sont pas les seuls au monde.

Combien sont-ils à s'efforcer de moutonner avec le troupeau, et puis, sortir du lot ? (p.31) Tout y est : le rachat qui camoufle un plan social, le déménagement, le changement d'organigramme, les entretiens de cadrage, les crocs en jambe et les placards, les règlements de compte et les espoirs déçus, les chantages, la mauvaise foi qui confine à la cruauté mentale ... La scène de reproche au moment où la Directrice Générale, réduite aux initiales de sa fonction, se fait sermonner pour abandon de poste alors qu'elle installe son père en maison de retraite est un moment d'anthologie. Ceux qui ont vécu semblable violence apprécieront !

Tous iront finalement là où on leur dira d'aller pour y faire ce qu'on leur demande de faire (p.107) avec, et c'est sans doute là le pire, le sentiment d'être encore des privilégiés, comme autrefois les mineurs qui venaient d'échapper à l'effondrement d'une galerie.

On aimerait refermer le livre sur une note optimiste mais on ne trouvera pas davantage d'espoir que dans le livre de PhilippeClaudel. C'est à nous de conclure. Nathalie Kuperman nous délègue le boulot, ce qui chez elle finit par être une marque de fabrique.

L'Enquête, de Philippe Claudel, éditions Stock
Nous étions des êtres vivants, de Nathalie Kuperman, Gallimard

Comme Amélie Nothomb, Philippe Claudel et Nathalie Kuperman seront à
Nancy au Salon du Livre sur la Place du 17 au 19 septembre prochains ... J'y serai également et rendrai compte de la manifestation sur le blog comme je l'ai fait l'an dernier.

lundi 30 août 2010

Boudin noir entre ciel et terre

Avoir un budget serré n'empêche pas de faire du gastronomique. Manquer de temps se compense par un excès d'imagination. Pallier l'absence de matières grasses est rendue possible par une combinaison de cuisson sans salir nombre de casseroles. Bref, on ne créé jamais aussi bien que sous la contrainte.

Démonstration :
1) Cuisson deux minutes au micro-ondes et successivement de
- 2 pommes de terre fendues comme sur la photo- une grosse tête de brocolis découpée en bouquets (elle conservera une belle couleur verte)
- l'équivalent de deux pommes reinette épluchées et coupées en morceaux

2) Dans un wok, jeter une échalote épluchée , une feuille de laurier et les graines de son choix (j'ai pris de la courge et du lin) puis lorsqu'elles sont grillées, ajouter les pommes de terre qui auront été coupées en suivant les entailles. Les brocolis seront ajoutés plus tard. Couvrir.
3) Ajouter du raz el hanout (qui va réhausser sa couleur), de la cardamone, de la réglisse, de la fève de Tonka et de la cannelle à la compotée de pommes fruits.

4) Faire cuire un beau morceau de boudin noir à la poêle puis en retirer la peau et le couper en gosses rondelles.5) Soigner la présentation sur assiette pour avoir une version moderne du traditionnel boudin noir aux deux pommes

dimanche 29 août 2010

Une forme de vie d'Amélie Nothomb

Bonne élève, Amélie Nothomb arrive à l'heure le jour de la pré-rentrée avec un nouveau livre précédé de ce qu'il convient d'appeler "une bonne presse". Normal, c'est une bonne prose !

Elle raconte avec une sincérité étonnante un échange épistolaire (fictif) entretenu plusieurs mois avec un militaire américain basé en Irak. Il est désormais admis que cette guerre était injustifiée, ce dont les soldats se sont immédiatement rendu compte. Coincés entre leurs obligations de service et leur conscience certains n'ont rien trouvé de mieux que de peser sur la conscience de leurs compatriotes en abusant (bien réellement) de la nourriture, jusqu'à en mourir.

Une forme de vie est facile à lire, mais difficile à caractériser. Il se situe précisément en terre Amélie, un espace où tout est simplement mais savamment dit.

J'ai découvert que je pratiquais sans le savoir une forme très particulière d'ospithographie. Cette manière d'écrire consiste à employer des feuilles recto verso, ce qui pour Amélie est une élémentaire forme de respect à l'égard de nos forêts.

Certes, mais je trouve que la lecture s'en trouve ralentie et qu'on peut vite se perdre. Je n'écris donc que sur les verso ... en toute bonne conscience puisque ce sont des feuilles de récupération, déjà imprimées au recto. Ouf !

J'ai aussi appris l'étymologie du mot diplomate, ce qui va grandement m'aider à améliorer mes relations : au lieu de dire une parole qui pourrait être mal interprétée je l'écrirai désormais ... sur un papier plié en deux (diploma en grec ancien).

En ma qualité de bloggeuse influente on peut dire que je tente de persuader une personne à faire quelque chose. Je me demande combien de lecteurs auront été ambiancés par ce billet. Et je loue Amélie d'avoir enrichi mon lexique de cette expression argotique (p.100).

Au pays d'Amélie nous trouvons des petites formules merveilleuses et puis des tournures plus grossières, comme celle-ci que chacun aura envie de répéter : le gras humain sera à Georges W. Bush ce que le napalm fut à Johnson. Inutile de s'offusquer : la fine mouche se raille elle-même d'une telle audace juste au moment où nous nous apprêtions à la condamner (p. 84).

Inutile aussi d'aller vérifier si elle a bien publié un éditorial dans le New York Times le 6 avril 2009 à propos de la venue d'Obama à Paris. Quelques pages plus loin (p.67) elle donne le titre de l'article pour faciliter la recherche googolienne. Elle rappelle aussi qu'elle a déjà livré 65 livres (page 66). Le compte est bon. Et avec celui que nous avons entre les mains cela fait ... 66, ce qui place définitivement le livre dans une veine oulipienne.

C'est un roman à clés qui ouvre de grosses serrures comme celles-ci mais aussi de toutes petites comme les discrètes référence à des titres d'ouvrages précédents autour des mots attentat, sabotage, tubes, ennemi, antechrista, journal ... Comme encore quelques confidences personnelles, son amour des avions où elle voyage systématiquement coté fenêtre, sa passion pour les nuages, sa façon d'ouvrir son courrier avec des ciseaux (c'est drôle j'aurais cru qu'elle le déchirait avec les dents pour mieux le dévorer) et surtout les rapports qu'elle entretient avec les flots de courriers quotidiens dont elle est carrément "addicte".

On savait la jeune femme courriériste. Il ne semble pas faire de doute qu'elle reçoive effectivement des sacs postaux de courriers en tous genres et qu'elle prenne beaucoup de plaisir à les dépouiller, ce qui ne l'empêche pas d'estimer que les bons épistoliers ne sont pas légion. Avoir du répondant (épistolaire) n'est pas donné à tout le monde, certes ; il n'empêche que cela s'apprend et que beaucoup de gens y gagneraient.

Dans le roman, son correspondant s'appelle Melvil Mapple, une distorsion de Devil et d'Apple, le diable et la pomme, symbole new-yorkais et subtile clin d'œil au mapple store parodique des Simpson. L'Amérique fascine toujours mais différemment. On parle d'Obama comme d'un lieu commun, et dans nombre de livres ces derniers temps.

A défaut de s'attirer des ennuis avec l'Amérique, Amélie Nothomb va susciter les déclarations. Une mine peut-être. Les soldats de toutes les guerres imbéciles vont la plébisciter comme marraine. Les boulimiques lui demanderont conseil et les anorexiques lui confieront leurs angoisses. Cela va faire beaucoup de monde !

Elle en connait un rayon sur les deux extrêmes et pose sur le plateau des révélations inquiétantes : la matière grise est constituée essentiellement de gras ; en cas d'amaigrissement excessif la cervelle subit des séquelles. J'ai bien fait de ne pas entreprendre de régime avant l'été.

Les anorexiques ont besoin que leur mal soit non pas condamné, mais constaté.

Amélie ne nous dit pas tout mais elle a beaucoup déclaré. On pourrait lui attribuer le cri d'alarme "je veux exister pour vous" (p. 57) qu'elle place sous la plume du soldat.

Amélie analyse. Amélie philosophe. Dans le dictionnaire Nothomb l'écrivain se situe en dehors de tout et proche des autres. La rencontre : un autre aussi autre et aussi proche à la fois (...) les gens sont des pays (...) bousculés par une tectonique des plaques qui n'a d'issue que dans la guerre ou la diplomatie (page 71) ... On voudrait lui souffler une autre voie, celle de la fuite, à laquelle elle songe brusquement toute seule quatre pages plus loin.

Qu'elle se rassure, son cerveau n'a pas un petit caillou dans la chaussure (comme elle le craint p.164) et nous vibrons sur la même longueur d'onde.

Amélie Nothomb sera à Nancy au Salon du Livre sur la Place du 17 au 19 septembre prochains ... et vibrera au rythme de la douceur nancéenne, qui n'est peut-être pas si éloignée de la douceur de vivre bruxelloise dont on la sent nostalgique. (p.121) J'y serai également et rendrai compte de la manifestation sur le blog comme je l'ai fait l'an dernier.

Une forme de vie d'Amélie Nothomb, chez Albin Michel, 2010
La photo d 'A. Nothomb est signée Sarah Moon.

samedi 28 août 2010

Yves saint Laurent en nocturne ce soir au Petit Palais

(billet mis à jour en octobre 2011 puis en janvier 2014 :
pour lire ma critique du film de Jalil Lespert consulter ce billet)
Après-demain vous ne pourrez plus accéder à l'exposition et trouverez porte close. Libre à vous de penser vous consoler en regardant des photos mais vous feriez une grossière erreur. A quelques rares exceptions les modèles sont présentés hors vitrine et non derrière une glace (comme c'était principalement le cas pour la pourtant très belle Exhibition Rykiel au musée des arts décoratifs l'an dernier). Les voir de près suscite une émotion très forte. Elles sont bellissimes et semblent parfaitement portables, à quelques exceptions près. Leur créateur n'a jamais cherché à faire de la "haute-couture" et cela se sent encore aujourd'hui. Son style était sûr et il a été une mine d'inspiration pour beaucoup.

C'est le portrait qu'Irving Penn fit de lui en 1983 qui donne le la. Yves Saint-Laurent, grand timide, vous regarde sans souffrir d'être vu. Ses lunettes démesurées n'ont jamais été un handicap pour juger un drapé, choisir une couleur, ajouter un élément ... jusqu'à son rituel "çà suffit !" qui le faisait arrêter avant la surcharge.

1958/59/60 il démarre chez Dior qui lui doit quelques modèles toujours furieusement tendances comme le blouson Chicago en crocodile, imaginée pour la collection "Souplesse, Légèreté, Vie" en 1958. (La fourrure revient en force cet hiver.)

L’introduction d’un blouson de cuir noir dans un défilé de mode deux ans plus tard a choqué le monde de la couture. Appelé modèle Chicago, il était en crocodile verni, bordé de vison. Derrière lui se profilaient d’autres images : celle du mythique blouson de cuir porté par les stars du rock’n’roll et des acteurs hollywoodiens, l’image aussi de ceux qu’on appela les « blousons noirs ».

C'est pour cette maison de haute-couture qu'il dessina la fameuse silhouette trapèze annonçant les années 60.

Au printemps-été 1958 il présente sous la signature Dior cette robe du soir de tulle blanc (photo de gauche, signée © Alexandre Guirkinger)

La salle suivante est consacrée à la collection réalisée pour le Bal Proust donné par les Rotschild en 1971, pour le centenaire du grand écrivain. Saint Laurent créa pour cette soirée privée de somptueuses toilettes inspirées de la mode du XIX° siècle comme celle-ci (photo de droite), en crêpe georgette ivoire, rehaussée de guipure blanche et d'une ceinture de satin saumon, offerte par Jane Birkin à la fondation.

Une interview en voix off nous apprend que la faute pour laquelle le couturier a le plus de complaisance serait la trahison (grand bien lui fasse : il a tant été copié), que sa couleur préférée est le noir (mais il a si bien su la faire éclater de couleurs) et que son peintre préféré est Picasso.

Plus loin, le studio du 30 bis de la rue Spontini, dans le 16ème arrondissement est reconstitué avec son bureau tout simple : une planche sur deux tréteaux. A peine a-t-il la place pour y ouvrir un cahier à esquisses tant il est surchargé d'un gentil capharnaüm (je serais mal placée pour le railler, comprenne qui sait) : des pots de crayons, des cœurs-presses papier en pâte de verre, ses lunettes, un vase avec des épis d'orge à longue barbe, Moujik en porcelaine, et encore des crayons.Une corbeille d'osier blanc en dessous, les ciseaux d'or sur l'étagère, des photos (on reconnait son ambassadrice Catherine Deneuve), encore Moujik, en affiche, en statue. Yves Saint Laurent était fou de son chien, mort d'une piqure de scorpion dans sa villa marocaine. Andy Warhol fit un portrait très touchant de l'animal comme du maitre d'ailleurs.

La première collection présentée en son nom marque la révolution des genres. Chanel avait commencé à libérer la femme de ses carcans vestimentaires. Saint-Laurent ira plus loin. Elle va désormais progressivement s'autoriser à porter le caban, le trench, la vareuse, la saharienne (1967). Et surtout le smoking dès 1966, mais avec un jabot de dentelles et un ruban de soie noire remplace le nœud papillon. Chaque saison, le smoking, chic et sophistiqué, devait être réinterprété par son créateur qui en créa plus de deux cents variations.

Ce qui était alors révolutionnaire c'était de proposer non pas une mode mais un style, donc des vêtements intemporels. Des smokings, Yves saint-Laurent en dessinera chaque année, toujours réinventé. Un mur leur est consacré à la fin de l'exposition avec au premier plan celui avec lequel tout a commencé.

Le tailleur pantalon apparait presque simultanément, veste croisée à huit boutons noirs, fines rayures blanches, cravate et pochette noires à pois blancs sur une chemise immaculée. Il n'empêche que cinq à six ans plus tard des femmes se faisaient encore renvoyer de leur travail si elles osaient se présenter devant la pointeuse en pantalon !

Ce sont les visiteurs qui avancent désormais le long de l’allée centrale entre une double rangée de mannequins assis comme les clientes d’un défilé de mode. On se sent jugé par ces ersatz de mme de Fontenay, toutes en lavallière, même si leur chapeau est un peu moins grand.

Le noir était sa couleur préférée mais il a osé l'associer avec des teintes éclatantes et même à juxtaposer des tons inhabituels : le vert et le rose shocking, le rouge et le violet. On se souvient de celle-ci dont le nœud de satin rose clair répond au décolleté du dos, dessinée pour le lancement du parfum Paris, sur une fragrance de roses évidemment.

Un dressing reconstitue la garde-robe de La Chamade et de Belle de jour, deux des films où Catherine Deneuve est habillée en Saint-Laurent. Elle porte ses nouveautés depuis 1965 avec une fidélité comparable à celle qui unissait Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy.

L'actrice parait bien sage dans sa petite robe noire mais ses pensées ne le sont pas : les vêtements d'Yves sont si parfaits qu'il faudrait être nue dessous, disait-elle.

Yves Saint-Laurent aimait les femmes. Loulou de la falaise fut son égérie. Il habilla Paloma Picasso, Grace de Monaco, Hélène Rochas, Elsa Schiaparelli, Lauren Bacall et tant d'autres. Mouna Ayoub avait commandé une robe de dentelle noire, fermée sur le coté par une paire de rubans de satin rose. Il fallait oser marcher avec !

Il est amusant de voir combien le modèle numéro 70 est tendance cette année. C'était la robe de daim, (très courte) bordée de franges, sertie de bijoux et aux emmanchures échancrées au carré que portait Françoise Giroud en 1968. Elle travaillait alors dans la mode et n'était pas encore entrée en politique. La future première secrétaire d'état à la condition féminine affichait néanmoins déjà sa liberté.

Mais le couturier a aussi provoqué des scandales, souvent involontairement. Comme la collection 40, dessinée pour l'été 1971, rappelant trop ouvertement une période marquée par la collaboration, seulement trente ans plus tôt. Qu'importe, les chaussures à semelles compensées reviennent en force. Plusieurs années de suite les collections surprendront par leur audace. Et Laetitia Casta s'est affichée à la cérémonie des César de 2010 avec une robe pareillement transparente au modèle de 1968 (robe numéro 87), avec juste quelques paillettes en plus.

C'est vrai qu'elle aurait pu se couvrir davantage en jetant sur ses épaules ce manteau de fourrure verte (1971) dans lequel Naomi Campbell a défilé à l’occasion de la rétrospective Yves Saint Laurent, organisée à Paris en 2002.

On peut ensuite observer la série de photos commandées à Jean-Loup Sieff pour le lancement de son eau de toilette "Pour homme" en 1971, visionner le film où Pierre Bergé parle de leur travail, écouter le disque qu'Alain Chamfort, (pianiste de Jacques Dutronc à ses débuts, puis de Serge Gainsbourg et de Claude François) a composé en hommage sous le titre Une vie Saint-Laurent.

On commence à repérer ce que nombre de grands couturiers lui doivent. Les larges jupes froncées et les robes sévillanes chez Christian Lacroix, sans compter le châle jaune du modèle 94, les grosses fleurs et les motifs de paillettes rebrodées chez Sonia Rykiel, sans oublier les bouches toutes différentes brodées sur le velours noir du modèle 91 (observez bien : il y en a même une d'où pend une cigarette), les seins proéminents chez Jean-Paul Gautier et tant d'autres détails encore ...

Saint-Laurent avait lui-même largement puisé dans le patrimoine artistique en s'inspirant de Braque, Picasso, Van Gogh ... On se souvient tous de la petite robe mythique en jersey de laine multicolore de l'automne-hiver 1965, dite « Hommage à Mondrian », 1965, (collection Mondrian, Poliakoff) portée de nouveau par Diana Gartner, à l’occasion de la rétrospective YSL.

Cette robe a contribué à faire connaître Piet Mondrian en France.

Alors que dans les défilés on ne perçoit qu'une impression d'ensemble l’exposition permet de s’approcher de très près des modèles. On remarque que les coutures qui permettent d’incruster les lignes noires et les plages de couleurs sont si fines qu’elles en deviennent invisibles. La mise en volume de la toile (plane) est parfaitement réussie. C'était un résultat comme celui là dont le peintre rêvait.

Il y eut aussi cette robe de cocktail en jersey de laine (photo de droite) de la collection Automne-Hiver 1966, en hommage à Tom Wesselmann.

Et puis ces magnifiques vestes de la Collection haute couture 1988, Hommage à Vincent Van Gogh, brodées par les mains de fées des ouvrières du brodeur Pierre Lesage en hommage aux « Iris » et « Tournesols » de Van Gogh. Chacune a demandé près de 700 heures de travail de broderie. C'est un tour de force technique pour obtenir l’impression d’une peinture. Les paillettes et les perles ont été cousues une à une, parfois sur du ruban de manière à donner une sensation de relief.

Saint-Laurent s'était lancé le défi de réinterpréter des chefs d'œuvre de grands maitres de la peinture et de traduire en vêtements de grands écrivains. Comme le dit Pierre Bergé la démarche était à la fois anti-conformiste et savante.
Ses robes de mariées firent scandaleusement rêver : Laetitia Casta habillée de quelques boutons de fleurs, ... une babouchka de tricot de laine et rubans de satin pour clôturer la collection Stravinsky en 1965, une autre toute de noir vêtue.Je ne me souvenais pas de celle-ci, portée par une Carla Bruni radieuse lors du défilé organisé sur les pelouses du Stade de France, en 1998, avant la finale de la Coupe du monde France- Brésil ... La robe avait été créée pour la collection Cubiste du Printemps-été 1988, et s'appelait "Hommage à Braque"
© Reuters/Desmond Boylan.

C'est avec une tenue plus simple, griffée Hermès, messager d'un autre style que la colombe, qu'elle s'est mariée en février 2008 avec qui l'on sait.

Le seul pays où il séjournait régulièrement était le Maroc (il était né en 1936 en Algérie et y avait passé sa jeunesse). Il avait acheté avec Pierre Bergé une petite maison dans la médina de Marakech en 1966. Plus tard, en 1980, il fit l'acquisition de la demeure du peintre Jacques Majorelle dont les jardins ont, depuis, été restaurés. 600 000 personnes les visitent chaque année et beaucoup se font photographier devant le mémorial «Yves Saint Laurent, couturier français».

Mais Yves Saint-Laurent n'avait pas besoin d'aller dans un pays pour en saisir la quintessence. On l'a qualifié de « voyageur immobile ». Il a su rendre l'atmosphère indienne (dès 1962), asiatique, russe (triomphe en 1976), espagnole (le modèle 113 en taffetas noir est une merveille ainsi que la tenue de torero 114) et même africaine sans jamais y avoir mis les pieds. Et l'idée de les montrer au public sur des mannequins bleus est formidable.
Il pouvait aussi dessiner des modèles futuristes. Ci-dessous la robe de crêpe bleu est portée par Ifke Sturm, et celle de crêpe noir portée par Christelle Saint-Louis Augustin. La taille et le buste en cuivre sont issus de moulages du sculpteur Claude Lalanne.C'est directement sur le corps des mannequins qu'elle moulait des ceintures, des bustiers … comme encore ce "buste" de cuivre galvanisé (photo de droite) sur une robe du soir en crêpe georgette présentée pour la collection Tapis persan et Robe lamé oriental de l'Automne-Hiver 1969.

Claude Lalanne avait aussi composé des miroirs immenses pour le salon de musique de l’appartement parisien qu’il habitait avec Pierre Bergé. Tous deux furent de grands collectionneurs des Lalanne et Claude a honoré de multiples commandes pendant une quinzaine d’années. Le bar de maillechort acquis en 1965 a été acheté 2 700 000 euros lors de la vente aux enchères qui a suivi le décès de YSL par Mme Fendi qui l’a prêté au musée des Arts décoratifs le temps d'une magnifique exposition aujourd'hui terminée. (voir le billet de mars dernier)

Et bien entendu la maison Saint-Laurent produisait aussi des robes de bal "incroyables" comme celle-ci pour la Collection haute couture automne-hiver 1990 photo © Alexandre Guirkinger.

Après une robe de cette facture les dernières semblent réduites à des oriflammes qui flottent dans des alcôves illustrant une douzaine de classeurs d’échantillons de tissus épinglés par couleur, composant un jeu de dominos géants, un vrai choc de couleurs, à moins que ce ne soit la palette d’un artiste.

Dans une ultime vitrine on découvre le bijou dessiné pour la première collection (1962), la broche-cœur que Saint-Laurent faisait porter à chaque collection sur le modèle qu'il aimait particulièrement. C'était son fétiche, un cœur qui bat, énorme comme la paume de sa main.

Dans le hall du Petit Palais un téléviseur permet de voir la rétrospective Yves Saint Laurent, organisée à Paris en 2002 au Centre Pompidou. Claudia Schiffer y apparait successivement en saharienne et en smoking. Naomi Campbell était spécialement venue (le couturier avait été le premier a faire défiler des mannequins à la peau noire). Catherine Deneuve avait chanté "ma plus belle histoire d'amour" ...

Yves Saint Laurent trouvait regrettable que la haute couture n'habille que des femmes riches, et c'est pour cela qu'il a créé le prêt-à-porter. Il a été le premier à s'intéresser à la rue, à dialoguer en prise directe et constante avec son époque. Faire des robes importables était sans intérêt à ses yeux. Qu'il repose en paix : nous avons envie de toutes les porter !

Courez vite les admirer sans délai et puis lisez en revenant les (excellentes) Lettres à Yves signées de Pierre Bergé (livre paru chez Gallimard en 2010) et dont je vous parlerai plus en détail très prochainement.

Yves Saint-Laurent au Petit Palais du 11 mars au 29 août 2010, sauf lundis et jours fériés.
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
(fermeture des caisses à 17h).
Nocturne le jeudi jusqu'à 20h.
Nocturne exceptionnelle le samedi 28 août de 18h30 jusqu'à minuit. Dernier accès à 23h. Achats en ligne uniquement sur fnac.com.
Pour aller plus loin : Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent
Sauf mention contraire, les photos sont © Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent
Une biographie intitulée Pierre Bergé, Le faiseur d'étoiles, Béatrice Peyrani, essai, éditions Pygmalion, 382 pages a été publiée en septembre 2011, et chroniquée sur le blog le 4 octobre 2011

mardi 24 août 2010

Manolo Valdès expose à Chambord

Un des plus grands artistes contemporains espagnols a disposé ses plus beaux trophées, invitant le visiteur à une chasse dans l'histoire de l'art qui se poursuit jusqu'au 12 septembre.

Déroutantes de prime abord les sculptures monumentales de Manolo Valdès apprivoisent doucement l'atmosphère du château pour y prendre une place que l'on se surprend à souhaiter définitive.

L’exposition se déploie à l’extérieur et à l’intérieur du monument. Elle a été conçue autour de plus de 70 sculptures et peintures comme une rétrospective des vingt dernières années de la production de Valdés.

On y retrouve ses thèmes de prédilection déclinés sur différents matériaux comme la réinterprétation des oeuvres de Velásquez (Dama a caballo, caballeros, Méninas), les têtes monumentales (Dorothy, Régina, Colosos, Mariposas, Ivy, Clio…) ou encore les natures mortes en bois massif (bureaux avec livres, bibliothèques).

La diversité des matériaux employés est grande : bois, marbre, granit, albâtre, fer, zinc, plomb, carton, toile polychrome, argent où l'artiste joue avec l’oxydation du métal, tessons de céramique et morceaux de fer. De même qu’il reprend un thème pour en décliner des variations, il utilise différents matériaux sur un même thème, ce qui lui permet d’obtenir des sculptures totalement différentes.

Valdès réinterprète les œuvres de Velásquez

Pour Valdés, copier est un aspect naturel et nécessaire de l’histoire de l’art et de la création. Sa "copie" n'est pas une photo mais un autre regard sur une peinture quitte à en faire ... une sculpture. Jugez plutôt :

Saluons d'abord le Caballero I et la Dama a cabalo I qui montent la garde de part et d'autre de l'entrée principale. Allons sans attendre au second étage où d'autres cavaliers nous attendent sous les voûtes à caissons ornées des emblèmes de François Ier : la salamandre et le F.
La Dame à cheval s’inspire du portrait d’Isabelle de Bourbon (vers 1629), que Valdès réinterprète encore différemment en 2009 sous le titre d'Isabel de Francia II.Les têtes monumentales
Depuis 1998, Valdés chosifie en quelque sorte le portrait qu'il convertit, avec ses chapeaux extraordinaires, en nature morte.

De monumentales têtes de femmes en bronze chapeautées d’extravagants couvre-chefs sont présentées sur le parterre sud (de haut en bas et de gauche à droite : Regina, Clio, Mariposas et Ivy) . Nous allons en retrouver d'autres à l'intérieur, en version réduite.
On les avait frôlées en entrant dans la cour. On les revoit depuis une balustrade. L'idée m'est venue de les photographier de dos, de révéler leur nuque, pour changer d'angle de vue.
Certes il faut faire un travail d'imagination pour reconnaitre Cloe (photo de gauche)


et Mariposas (photo de droite)

Cette fois ce sont les influences de Matisse, Picasso ou Dufy qui se font sentir.














Daphné
et sa couronne d'épines pourrait être la petite sœur de Clio

Les natures mortes en bois massif

Au milieu des années 90, Valdés crée une série de bibliothèques en bois, de tables et de natures
mortes, objets qu’il transforme en scénographies, en trompe-l’oeil d’étagères chargées de livres.

Ces meubles qui n'en sont pas ne sont pas moins étonnants. De loin l'objet représenté est une évidence, mais de près ... le matériau reprend ses droits :
Il faut reculer pour que la bibliothèque s'impose comme une évidence. Comme si elle avait toujours été là rendant jalouse le secrétaire qui croule sous un savant échafaudage ... C'est à peu près le volume de livres que j'ai à lire d'ici le premier Salon littéraire de la rentrée, le Livre sur la place où je suis officiellement invitée cette année. Aller à Nancy à la mi-septembre est un bonheur comparable à une journée au domaine de Chambord, prouvant une fois de plus que nature et culture peuvent se conjuguer.

Valdès utilise la planche de bois en guise de tôle, comme s’il assemblait des plaques en fer ou en cire. Et comme l’on ne peut souder les planches de bois, il y met des clous, des clous en bois (des chevilles). Dans les Bibliothèques, il pose des morceaux de bois les uns sur les autres, puis les polit et les reconstruit.

Il a toujours en tête l’idée de l’empreinte du doigt, du modelage.

La chasse se termine au second étage du donjon avec quatre Ménines de différentes tailles difficiles à saisir tant les visiteurs tournoient autour d'elles. Elles semblent prises de vertige dans un incessant ballet. Mais il y a un instant de répit.
Décontextualisée, individualisée dans sa solitude de bronze, l’image prend une autre valeur, pour se transformer en autre chose, en une évocation supplémentaire du poème de Victor Hugo bien que ces infantes là n'aient point de rose à la main. Et pourtant,
On voit un grand palais comme au fond d'une gloire,
Un parc, de clairs viviers où les biches vont boire,


Pour lire le précédent article consacré à une journée à Chambord cliquer ici.

Mes conseils de visite :
Le château est ouvert toute l’année sauf les 1er janvier, 11 novembre et 25 décembre.
Du 02/01 au 31/03 : 9h - 17h15 ; du 01/04 au 10/07 : 9h - 18h15
Du 11/07 au 16/08 : 9h - 19h00 ; du 17/08 au 30/09 : 9h - 18h15
Du 01/10 au 31/12 : 9h - 17h15
L'entrée est gratuite pour les moins de 25 ans et les enseignants.
Deux expositions sont incluses dans le prix du billet : 1939-1945 Otages de guerre à Chambord qui est prolongée, et Manolo Valdés à Chambord, chasse et traques dans l'histoire de l'art jusqu'au 12/09/2010
Le domaine est ouvert tous les jours. La période du brame commencera le 11 septembre et vous aurez jusqu'au 3 octobre pour participer à vivre dans l'intimité des animaux vers 6 heures du matin ou du soir.
Enchainez à la nuit tombée jusqu'au 18 septembre avec la représentation du rêve de lumières, en sachant que Chambord fut précurseur en matières de spectacle de sons et lumières.
Pour en savoir plus tel : 02 54 50 40 00 ou par Internet http://www.chambord.org/
Le spectacle équestre (qui fera l'objet d'un billet spécial) est présenté à 11 heures 45 et 16 heures 30 jusqu'à fin septembre. Renseignements au 02 54 20 31 01 ou sur le site des écuries de Chambord

Les photos qui ne sont pas mentionnées
A bride abattue m'ont été fournies par le Domaine national de Chambord, que je remercie.

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