Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 24 mai 2011

Volcan islandais au chocolat Kipety

Au départ c'est une pâte à tartiner que j'ai découverte au Salon Saveurs. Son créateur s'appelle Charles et se définit comme chocolatisan. Fils de traiteur il dit être né dans une casserole, ce qui ne l'a pas empêché de commencer par une école de commerce, option création d'entreprise, dont il est sorti major de sa promotion.

Il a eu l'idée de s'inspirer des méthodes de la cuisine moléculaire pour emprisonner des bulles de CO2 dans des petits cristaux de sucres et de beurre de cacao mélangés à du chocolat au lait et noisettes.

L'effet est saisissant au bout de quelques secondes quand elles explosent en bouche contre la boute du palais.

L'intensité est encore plus forte si on prend une petite quantité de pâte avec une matière liquide ou aqueuse parce que le bruit résonne davantage.

Il est donc plus amusant d'associer le produit que de le consommer "simplement" à la petite cuillère comme certains gourmands le font en plongeant dans un pot de N ... J'avais réalisé des verrines avec une crème de rose. J'aurais pu récidiver en superposant chocolat, mousse au mascarpone puis des fruits frais pour terminer. J'ai préféré un dessert simplissime qui étonnera d'emblée à la dégustation.

Un (excellent) fromage blanc et quelques cuillerées de cette pâte à tartine, commercialisée sous le nom de Kipety. D'autres variétés existent derrière des intitulés qui commencent majoritairement par la lettre K comme encore Karasel , une pâte "chocolat au lait" et noisettes aux éclats de caramel au beurre salé... ou Kikrousty, lait - noisettes à la feuilletine croustillante (crêpes dentelles émiettées).

Il n'est pas indispensable d'attendre un salon pour faire l'expérience. On peut commander sur le site de la marque, ce qui sera d'ailleurs moins onéreux compte tenu de l'offre spéciale qui contrebalance la moitié des frais de port, sans commune mesure d'ailleurs avec l'exorbitant coût du parking du salon. A signaler que ces pâtes à tartiner se conservent pendant environ 1 an à température ambiante même après ouverture ... sauf envie effrénée bien entendu.

Ces pâtes supportant une chaleur de 150° ne peuvent pas être employées pour sublimer des gâteaux classiques mais on peut réveiller avec elles des ganaches fourrant des macarons, ou des toasts sur baguette de campagne en associant avec un foie gras.

Charles CHOCOLARTISAN - 42110 PONCINS

lundi 23 mai 2011

Makom Cour Napoléon et à l'Espace culturel Vuitton

L'Espace culturel Vuitton présente Making of Makom en partenariat avec le musée du Louvre qui présente l’exposition Michal Rovner, Histoires dans les fossés médiévaux et le département des Antiquités Orientales du 19 mai au 15 août 2011, et dans la Cour Napoléon jusqu’au 24 octobre 2011.

Vous pouvez découvrir Making of Makom du 18 au 29 mai (seulement), à l’Espace culturel. On y dévoile les coulisses de la construction des deux monumentales structures de pierre qui sont déjà exposées dans la Cour Napoléon du Louvre. Le jeu de mots en forme d'allitération était fort tentant.

À travers une série de photos et de films, l’exposition révèle les multiples dimensions, tant humaines qu’architecturales, de cet extraordinaire projet qui porte bien son nom puisque Makom signifie « espace » en hébreu.


L’artiste israélienne Michal Rovner a édifié ces imposantes structures avec l’aide d’une équipe de maçons israéliens et palestiniens à partir de pierres collectées de maisons en ruine d’Israël et de Cisjordanie. ces ouvriers avaient été invités au vernissage à l'Espace culturel Vuitton et leur émotion était belle à voir. Ils se trouvaient pour la première fois dans la capitale parisienne pour vivre concrètement le projet de l'artiste et cette parole magique : parfois comme les oiseaux nous n'avons pas (plus) de frontières.

Le film qui est projeté rue Bassano témoigne aussi de la qualité de la communication entre Michal Rovner et les bâtisseurs, avec sensibilité et pudeur, rêvant ensemble d'une vie sans construction ni destruction.

On peut approcher des deux édifices dans la Cour Napoléon. Leur présence a proximité des pyramides de Pei est assez symbolique.
Le poids de Makom II est estimé à 40 tonnes. Il est construit en pierres blanches issues de décombres de maisons de Jérusalem, Haïfa, Galilée, Hébron, Naplouse et Bethléem… Préservant les différentes tailles des pierres originelles, l’artiste a décidé ne pas les retailler à la même dimension, mais de trouver un moyen d’assembler les pierres à la façon d’un puzzle en vue d’obtenir une structure cohérente. Malgré un processus d’installation complexe, l’édifice est un simple carré percé d’une longue fente verticale qui permet au visiteur de regarder à l’intérieur.
Makom IV, un édifice de près de 70 tonnes de pierres noires provenant de la frontière israélo-syrienne, laisse apparaître une fissure diagonale qui semble diviser le mur en deux. On pourrait croire que le mur défie les lois de la pesanteur.

Dans l’intention de permettre à ces constructions d’éprouver des changements de géographie, Michal Rovner utilise une technique classique en archéologie : la numérotation de chaque pierre, particulièrement lisible sur Makom II. Chacun des édifices peut ainsi être déconstruit et reconstruit n’importe où. Issu d’une zone de tensions et de fragilités, et interrogeant des notions de construction, de destruction et de re-création, ce projet installé au cœur de la Cour Napoléon du Louvre génère un dialogue plus large avec l’histoire.





Espace culturel Louis Vuitton, 60, rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
Ouvert du lundi au samedi de 12h00 à 19h00, le dimanche de 11h00 à 19h00. Entrée libre.

Makom II et Makom IV dans Cour Napoléon du Louvre à Paris jusqu’au 24 octobre 2011

dimanche 22 mai 2011

Verrines à la crème de rose

La veille on prépare une compotée très peu sucrée avec 1/2 bâton de vanille, 2 pommes, 3 pêches, 6 kumquats épépinés et une poignée de cerises.

Quand elle est refroidie on égoutte les fruits en recueillant le jus qui aura la consistance d'un sirop.

Le jour J on imbibe un biscuit de ce sirop que l'on place au fond d'une verrine.

On dépose ensuite les fruits en veillant à répartir les différentes variétés dans chaque contenant.

On recouvre d'une belle couche de crème de rose et on décore d'une cerise.
La crème de rose est une spécialité de Aix&terra qui existe aussi en version citron ou melon.

La marque provençale que j'avais découverte au Salon Papilles en fête innove en permanence.

Ces spécialités peuvent aussi bien se consommer à la petite cuillère (d'ailleurs le pot de crème à la rose est vendu avec, pour ne pas risquer de devoir y plonger le doigt) qu'être associées à des pâtes sablées, des génoises, un fromage blanc, avec ou sans fruits.

La combinaison que je propose permet de varier les parfums et les saveurs en conjuguant le sucré et l'amer, à condition de ne pas surcharger la compotée en kumquat et de les couper en deux ou trois morceaux.

samedi 21 mai 2011

Etienne Bierry poursuit les confidences à la Tempête

Quand d’autres s’allongent sur un divan, Etienne Bierry vient parfois le samedi s’asseoir dans le fauteuil voltaire que Philippe Adrien, le directeur du Théâtre de la Tempête, dispose sur une toute petite estrade, face à des spectateurs venus en amis au fil des séances, ayant dépassé depuis longtemps le stade de la curiosité.

La saison théâtrale s’achève (déjà) sans avoir tari le puits de souvenirs d’Etienne. Il lui faudra revenir l’année prochaine pour une séance de « rattrapage » qui, on en salive déjà, sera en réalité composée d’au moins trois rendez-vous …

Le samedi 30 avril, il avait laissé son auditoire au bord des années 50 et devait, théoriquement, balayer la période 1958 à nos jours. Nous avions bien compris combien l’histoire du Poche Montparnasse se confondait avec l’histoire familiale des Bierry et l’importance déterminante de Renée Delmas à partir de 1957.

Il avait déjà deux enfants quand il tombe amoureux de cette femme dont il était hors de question qu’elle put être ce qu’on appelle une « brève rencontre ». Sans doute parce qu' Étienne est d’une fidélité inébranlable. Il n’est pas le «mec d’une double vie». Mais surtout parce qu’un amour aussi simple et aussi beau porte très loin : j’étais pépère, elle a bouleversé ma vie !

Ces deux-là ont allègrement dépassé le cap des noces d’or. Le Poche sera en quelque sorte leur premier enfant. Le théâtre était délocalisé boulevard Rochechouart en 1957. Pendant un an Renée a remué ciel et terre avec des amis architectes pour restaurer l’endroit. C’est le père de Renée, électricien, qui concevra le jeu d’orgue. Étienne venait de vendre l’idée de la Vache et le prisonnier sans présager bien sur l’immense succès que ce sera.

Le baptême du Poche a lieu fin octobre 1958, sous le regard scrutateur de deux douzaines de personnes qui viennent vérifier si le vague studio bricolé par une bande de copains peut porter le nom de théâtre. On devait l’appeler Petit Montparnasse mais Jacques Hébertot insistera pour qu’il conserve le nom de Poche, suggérant simplement d’accoler Montparnasse pour le localiser.

Jacques Hébertot fut le directeur du Théâtre des Champs Élysées. Il était aussi critique et avait une grande influence. Lui-même portait un nom d’emprunt pour ne pas nuire à l’image de son père … scandalisé de constater la passion du fils pour le monde du spectacle … voilà pourquoi le Théâtre des arts qu’il a repris en 1940, au 78 boulevard des Batignolles ne s’appellera jamais le Théâtre Daviel. Jacques Hébertot lui a donné son nom de scène, composé du prénom d’un illustre ancêtre, premier chirurgien ophtalmologue a avoir réussi une opération de la cataracte, accolé à la petite ville normande d’Hébertot où la famille avait une propriété, mais c’est une autre histoire (NDLR).

La réouverture se fait dans la démesure avec une pièce de Ugo Betti, Éboulement au quai nord, interprété par 17 comédiens de la « première partie de la décentralisation de Colmar ». 17 comédiens et 3 « servants de scène » du nom dont on désigne les changements de décors.

Puis Tchin-Tchin, de et avec François Billetdoux, interprété aussi par Katharina Renn et Claude Berri inaugure le cycle des auteurs-acteurs.

C’était Claude Berri, tout jeune comédien, qui avait suggéré cette pièce de François Billetdoux, où il interprétera le rôle du fils. Sa mère roumaine lui avait donné le prénom de Berel qu’il transformera en Beri puis Berri parce qu’avec deux r cela faisait selon lui davantage nom d’acteur. Il conviendrait de vérifier dans l’immense documentation d’archives du poche s’il avait déjà doublé la lettre r de son nom. Sans l’aide financière de Katharina Renn il n’aura jamais pu réaliser son premier court-métrage. Le nom de Renn production lui rend hommage (NDLR).

Une critique dithyrambique de Jean Jacques Gautier dans le Figaro suivie d’une autre tout aussi élogieuse dans le Nouvel Obs font l’effet d’une bombe (les blogs n’existaient pas et quelques journaux avaient le pouvoir de vider ou remplir les salles comme des vases communicants). Les agences de théâtre achètent les places par paquets de dix. Du jamais vu au Poche.

François Billetdoux vend les droits de la pièce en fin de saison pour une adaptation cinématographique avec Anthony Quinn, et quitte la distribution, estimant n’avoir plus rien à attendre. Sauf que le théâtre doit continuer d’exister … Etienne Bierry se dévoue pour assurer la relève quand on lui demande de passer d’abord une audition.

On perçoit encore aujourd’hui l’énervement suscité par ce qui ressemble à un caprice : les auteurs me font chier, faut le dire, nous confie-t-il avec autant de regret que d’honnêteté. Il lève la main à hauteur de son épaule pour mimer la pile de lettres d’insultes qu’il a conservées.

Il se souvient aussi de la passion de Tania Balachova pour Roland Dubillard, dont la pièce, Naïves hirondelles allait être un des grands succès du Poche en 1961. La comédienne russe veut l’auteur pour partenaire, lequel ne sera pas prêt à jouer dans la pièce moins de dix jours après la première. Etienne, entre temps, assure comme de bien entendu la transition avec une Tania survoltée que Renée Delmas, bien en peine de la calmer, a failli lui mettre deux baffes pour refroidir ses ardeurs.

Parallèlement Etienne interprète le très beau rôle de Regan, dans le Client du matin, de Brendan Behan, traduit par Boris Vian, monté de façon étonnante par Georges Wilson au Théâtre de l’Œuvre, qui connaitra un énorme succès de presse.

Puis c’est le rôle d’Estragon que Roger Blin, pas rancunier pour deux sous (c’est moi qui le dis, Etienne avait refusé le rôle de Pozzo lors de la création) lui propose d’interpréter lors de la reprise de la pièce au Théâtre de France, devenu depuis Théâtre de l’Odéon. Avant de connaitre le très grand succès qui reste dans les mémoires la pièce a traversé « quelques problèmes », ce qui dans la bouche d’Etienne prend une saveur particulière.

D’abord parce que Roger Blin est absent : il est à Londres où il monte les Nègres. C’est Samuel Beckett lui-même qui assurera la direction d’acteurs pendant un mois. Lucien Raimbourg, alias Lucky est absent aussi parce qu’il tourne avec Fernandel. Pas grave, y’a Jean-Marie (Serreau) qui te donnera la réplique … comme sparring-partner, sorte de punching-ball parce qu’il a beau faire … c’est pas Raimbourg …
Je m’y connais en papillons. Y’a la piéride, le papillon blanc du chou, très commun. Rien à voir avec les libellules … Et Lucien c’est une extra-libellule … Alors il me faut imaginer pour être Estragon, une tonne de refus, une borne kilométrique immobile, des aphorismes, l’incarnation du drame existentiel, point barre … au milieu des blagues. Je pense qu’on n’a jamais dû l’interpréter comme je vais le faire. Il donnait très peu d’indications de jeu. C’était tout au plus : rappelle-toi quand t’étais gosse, tu pouvais t’amuser avec presque rien.
Beckett m’a fait retomber dans l’enfance, poursuit Etienne. Il aimait blaguer. Il pouvait être gentiment narquois. A Roger Blin lui demandant s’il avait appelé son personnage Godot en référence au Faiseur de Balzac, qui s'appelle ainsi il s’amusait à répondre que c’était pour signifier godillot.

C’est Giacometti qui a conçu le décor, un arbre sur une scène vide. Rien d’autre. Les échappées sont à vue et la scène avance de quatre mètres sur l’orchestre. Nous sommes sur un plateau qui pourrait aussi bien être celui de Millevaches. De temps en temps Giaco et Beckett montaient sur scène et endossaient les rôles. Cela nous faisait nos récréations.

Vingt ans plus tard, quand j’ai monté la Dernière bande avec Michel Dubois j’ai retrouvé Beckett au PLM St Jacques. Je lui annonce avec humilité qu’on a respecté les didascalies. Il me répond que je peux tout changer, refuse de venir aux répétitions et encore plus à la générale. Et puis soudain il me demande si j’ai ma voiture et alors l’emmener au Poche pour écouter l’enregistrement qui est diffusé en scène.

Je mets le magnéto sur le bord du plateau. Il écoute et progressivement devient le personnage de Krapp, celui qui, à la fin de sa vie réécoute les comptes-rendus des années antérieures. Au bout d’un long silence son œil très bleu s’éclaire et il lâche : çà fait mal !

Quand je jouais Godot je n’avais pas une minute de libre. Pourtant Renée me presse de me rendre à un casting pour un grand film avec Aznavour. A mon arrivée je constate que la salle d’attente est bondée. Je décide de patienter un peu avant de repartir en présentant mes excuses. Deux filles superbes arrivent en virevoltant. On entend vite des rires, des bruits de gorge. Cela devient gras et je sens l’adrénaline monter. Je veux bien bouffer de la chair de couleuvre, mais pas en collectivité. Donc je sors, j’appuie sur la sonnette et je fais une crise de parano. Puis comme le coyote de Tex Avery je stoppe net, devient froid, tends ma carte de visite : je suis Etienne Bierry; je joue Godot à l’odéon ; j’ai pas le temps d’attendre et je vous emmerde.

Après çà il me faut l’effet vasodilatateur de deux cognacs pour récupérer. Après le théâtre j’ai l’intention d’aller me ressourcer dans ma tourbière au milieu des loutres et des nénuphars parce que si je peux être très colérique je suis capable de verser dans le contemplatif aussi facilement.

- T’iras pas à la pêche, me dit Renée, t’es convoqué pour un bout d’essai.

J’avais sans le savoir joué le personnage d’Antoine Fabiani qu’André Versini m’a confié dans Horace.

Ensuite pendant presque 13 ans Etienne Bierry va enchainer plus de 25 films et des pièces de théâtre sans délaisser la radio. Rétrospectivement il se demande comment il a pu faire. C’est à croire que tant travailler conserve …

Puis brusquement RTL perdant ses annonceurs tout se ralentit et il devient difficile de boucler les budgets. Heureusement Europe 1 l’engage et lui confie trois émissions.

En 1963 nait son fils Stéphane. C’est comme une révolution. Étienne venait d’avoir l’idée du scénario des Culottes rouges que tournera Alex Joffé.

Cette année là Etienne Bierry constate que les problèmes sont semblables, qu’il joue au Poche Les Viaducs de Seine-et-Oise de Marguerite Duras, mise en scène Claude Régy, ou au Théâtre national de Chaillot, Les Enfants du soleil de Maxime Gorki, mise en scène Georges Wilson : c’est toujours la question de trouver la diagonale.

Roger Blin, grand blagueur, lui propose un rôle dans les Nonnes d’Edouardo Manet … celui d’une mère supérieure. Il n''est pas enthousiaste mais la fougue avec laquelle Renée lui lit le manuscrit l’emballe littéralement. Étienne parle beaucoup de Roger Blin dont il souligne le goût du simple, son calme et son horreur du théâtre dit théâtre du quotidien.

Il ne tarit pas non plus d’éloge quand il évoque le talent de Jean-Marie Serreau, qu’il qualifie de bâtisseur. On lui doit la fondation de la Tempête à la Cartoucherie et on peut se réjouir qu’une salle porte son nom à la rentrée (la seconde sera baptisée Copi). Serreau avait toujours le cerveau en ébullition. C’était un grand inventeur. C’est lui qui a eu l’idée d’instituer le spectacle « permanent » en enchainant les représentations au cours d’une même soirée.

Étienne devient clown quand il raconte comment il courrait d’un théâtre à l’autre. Un jour il accrocha une 2CV derrière sa DS, ne s’apercevant que fort tard de cet encombrant colis. Le plus délicat fut de rédiger un mot d’excuse au propriétaire pour justifier le déplacement …

Ou encore quand il explique comment Josiane Balasko, ouvreuse, a fait pou tenter de remplir une salle vide (car il vaut mieux jouer devant un invité que pas du tout). Elle appelait au hasard des numéros de téléphone, leur sifflait un air facile à reconnaitre (En passant par la Lorraine) et s’extasiait de la réponse en offrant deux places de théâtre en guise de récompenses aux heureux gagnants.

Une heure avec Etienne Bierry s’écoule très vite. Souvenirs et anecdotes s’enchainent sans relâche et il n’est pas possible d’en restituer la totalité. J’espère que ces lignes vous auront convaincu de venir l’écouter et le voir à la rentrée. La période 1950 à nos jours n'est pas achevée et il nous reste de beaux moments à partager.

Les paragraphes et incises mentionnées NDLR apportent des compléments d’information que j’ai volontairement ajoutés.

vendredi 20 mai 2011

Midnight in Paris, un film woodyallien par excellence

(billet mis à jour le 28 mai 2011)
Le mariage de Gil et Inès est prévu à l’automne mais les fiancés n’attendent pour effectuer une sorte de lune de miel de quelques jours à Paris, en présence des futurs beaux-parents. La magie de la capitale opérera sur le jeune homme plus amoureux de la Ville-lumière que d'Inès et qui, surtout, aspire à une autre vie que la sienne.

Woody Allen a deux amours, son pays … et Paris. C'est bien connu, quand on aime on ne compte pas (on conte). On gomme tous les travers, ne voyant aucun défaut.

Paris filmé par Woody Allen n’est pas tout à fait la ville que l’on connait : aucun d’embouteillages, ni souci de stationnement, pas de déviation pour travaux. On ne nous montrera pas les vitrines disparates, les murs tagués, les squats …

La famille américaine descendra au Bristol, et déjeunera au Grand Véfour. Quand elle fera du tourisme ce sera au musée Rodin et à Versailles et le shopping passera par les cases Dior et Chopard (le grand sponsor du festival de Cannes ... soit dit en passant).

Woody Allen est un excellent photographe qui ne craint pas les clichés. Il y va à fond dans les premières minutes de la projection qui démarre sur des images qu’on n’imaginerait même pas dans une campagne de communication commanditée par l’office de tourisme de Paris : le Fouquet’s, la pyramide du Louvre , les bords de la Seine, l’opéra, la Tour Eiffel, les toits de zinc, la Concorde sous une pluie fine, le palais royal, l’Arc de Triomphe, le square Jean Goujon, Notre-Dame, la place Vendôme, les Champs Élysées (sous une pluie plus forte), les rues pavées, Saint André des arts, les jardins du Trocadéro, la place Vendôme (cette fois de nuit), la Grande Roue, le métro aérien … Voilà de quoi en prendre plein les yeux. Quant aux oreilles elles sont envoutées par la musique de Sidney Bechet. Or on sait que Woody Allen est un clarinettiste reconnu.

On enchaine sur les nymphéas de Claude Monet filmés grandeur nature dans l’ancienne propriété du peintre. Gil tente à demi-mots de convaincre sa fiancée de s’installer à Paris où le jeune homme a vécu quelques années auparavant : on n’a jamais vu une ville pareille ! Imagine en 1920 … Je suis prêt à laisser Beverley Hills pour Giverny.

Le personnage principal du film est bien Paris. Une ville dont Hemingway disait qu’elle était une fête. Mais la jeune américaine ne partage pas l’enthousiasme de son compagnon. Elle n’a aucune envie d’aller manger une choucroute à la Brasserie Lipp en souvenir du goût de James Joyce pour les saucisses de Frankfort. Ce qu’elle souhaite, c’est arpenter les jardins de Versailles avec un couple d’amis plutôt pédants qui va insister sur l’absence de douches dans le château « à l’époque », comme s’il y en avait, des douches, au même moment en Amérique … Pour mieux nous ridiculiser ce bobo new-yorkais donne un cours d’étymologie dont il ressortirait que versailles signifie en vieux français « terrain désherbé ». Plus exactement un versail est une terre défrichée. Et dans le domaine, les US n’ont pas grand-chose à dire.

On encaisse aussi avec effroi les remarques désobligeantes au sujet de ces français qui n’aiment pas la politique et qui n’ont pas participé à la guerre d’Irak. Entendre le film en version originale permet de prendre de la distance et de rire du conformisme avec lequel les américains voient les parisiens, évidemment toujours avec la baguette sous le bras.

Le Penseur de Rodin et la voix caractéristique de la femme du président, Carla Bruni, font diversion pour le spectateur français. L’ami américain étale un savoir approximatif en invoquant l’influence de Camille Claudel sur le sculpteur dont elle aurait été la femme, forçant la guide à le contredire par une réplique qu’on s’amusera à répéter : Rose was the wife ! Il insiste lourdement en prétendant qu’il ne l’a jamais épousée. Rose Beuret fut son modèle, puis sa maîtresse et pourtant bien, à la fin de leur vie, son épouse.
Après l’art l’homme cumule les expertises. Le voici sur la terrasse du Meurice œnologue et méthodique jusqu’à en être encore une fois stupide en comparant les vins tanniques aux fumés. Owen a gouté gentiment tous les breuvages. Il a l’esprit embrumé et préfère laisser sa fiancée poursuivre la soirée sans lui. Un peu de marche à l’air frais lui fera du bien. C’est la scène qui a été utilisée pour l’affiche.

Si vous regardez rapidement cette affiche vous croirez reconnaitre la silhouette du réalisateur battre le pavé. Ce n’est qu’une illusion, le comédien Owen Wilson a sans doute été choisi pour sa ressemblance avec le réalisateur. Autre illusion avec un ciel emprunté à Van Gogh. Mais les références picturales ne sont pas très appuyées et traversent le film brièvement.

Dès les douze coups de minuit Paris résonne d’un air de jazz. La porte d’une berline Peugeot s’ouvre et incite à monter : come on guy ! La capitale devient la ville magique qui permet à Owen, sorte d’anti-Cendrillon, une plongée dans les années folles. Une époque qui probablement pourrait être considérée comme le troisième amour de Woody Allen.

Quand il met face à face Owen à une célébrité passée il place à égalité, coté écrivains Hemingway, Gertrud Stein (Kathy Bates), les deux Fitzgerald, (Francis Scott et Zelda), et coté peintres Salvador Dali (Adrian Brody), Henri Matisse, Toulouse-Lautrec, Paul Gauguin (Olivier Rabourdin), Edgar Degas, Pablo Picasso (Marcial Di Fonzo Bo, le metteur en scène de la Mère que l'on vit cette saison au théâtre de Paris et qui valut à Catherine Hiégel le Molière de la meilleure comédienne), ou encore côté 7ème art Man Ray, et Luis Buñuel, …

Le jeu des acteurs fait partie du régal, qu’il s’agisse de Marion Cotillard (la muse Adriana de Modigliani, Matisse et Picasso), l'apparition de Sonia Rolland, Miss France 2000 en Joséphine Baker, Léa Seydoux (Gabrielle), Carla Bruni (brève quoique excellente apparition ne justifiant tout de même pas de figurer en troisième ligne sur l’affiche), Manu Payet, Guillaume Gouix et Gad Elmaleh (le détective Tisserand). Un beau casting français que l’on doit à Stéphane Foenkinos, le frère de David, l’auteur de la Délicatesse, bientôt au cinéma d’ailleurs …

Chaque rencontre en appelle une autre sans que la galerie de peintres et d’écrivains ne deviennent une barbante énumération. Les américains apprendront sans doute beaucoup de notre culture, mais le spectateur français aussi. Et ce film pourrait utilement figurer dans les nouveaux programmes de l’école primaire au chapitre « culture humaniste » pour soutenir les enseignants dans cet axe qui les effraie tant.

On voit Jean Cocteau à une fête, ce qui témoigne du travail de documentation du scénariste. Le poète était en effet une des personnes les plus en vue à l’époque. On écoute Owen expliquer le surréalisme à Luis Buñuel et lui souffler des idées de film. On sourit à l’évocation de la passion de Dali pour les rhinocéros.

Plus prosaïquement on remarque qu’Hemingway boit un whisky sour (citron, whisky, sucre de canne). L’écrivain est connu pour son penchant vers l’alcool, que sa femme Mary désapprouvait. La légende voudrait qu’il ait demandé au barman du Ritz de lui inventer un cocktail qui ne charge pas son haleine. Ce serait ainsi que serait né le Bloody Mary, en 1921 à base de vodka et de jus de tomate.

Pour ma part j’ai été amusée de les voir se rencontrer chez Polidor, le restaurant du 41 rue Monsieur le Prince où j’ai moi aussi des souvenirs de jeunesse, mais loin des années 20 tout de même. Qu’on se rassure il existe toujours et n’a pas été remplacé par une laverie automatique comme Woddy Allen se plait à nous le faire croire.

Owen est un idéaliste, davantage passionné par le mouvement surréaliste que par l’expansion capitaliste. On avait immédiatement senti dès le début du film qu’il allait y avoir de l’eau dans le gaz entre lui et sa fiancée alors qu’au même instant la capitale recevait des trombes d’eau.
On ne s’étonne donc pas de voir le romantique américain arpenter le pont Alexandre III sous la pluie en compagnie de la brocanteuse Gabrielle, celle là qui lui a vendu un disque de Cole Porter au marché aux Puces, permettant une happy end au plus woodyallenien des hommages cinématographiques parisiens.

NB : Les photos illustrant le billet correspondent à ma vision très personnelle des toits de Paris, tels qu'on peut les apercevoir depuis la terrasse de l'Espace culturel Vuitton. Ces clichés ne sont là que pour apporter un peu de respiration dans un texte dont la longueur pourrait lasser.

jeudi 19 mai 2011

Les traditionnels pique-nique estivaux des bloggeurs culinaires et une recette de confiture de nectarines

C'est un "marronnier" de l'univers culinaire. Toujours à l'initiative de Dorian dont on se demande ce qu'il a mangé avant de lancer l'invitation rituelle 2011.
Lisez plutôt.

Vous trouverez la marche à suivre, qui n'est pas compliquée.

Moi je vous donne ma recette de confiture de pêches, enfin presque car c'était majoritairement des nectarines.

Poids pour poids de fruits (3 kilos avant d'en retirer la peau et les noyaux) et de sucre que j'abandonne une nuit ensemble avec une gousse de vanille et une cuillère à soupe de Sweet melange, avant de les cuire le lendemain jusqu'à ce que quelques gouttes sur une assiette froide "nappe", c'est-à-dire se solidifie.

J'avais déjà employé ce mélange pour réaliser un pain d'épices. La marque Saravane excelle dans les mélanges. Le dosage de cannelle, de clou de girofle, de coriandre, de piment de la Jamaïque et de muscade convient bien à ce fruit.

Il se pourrait, si tout n'a pas été englouti d'ici là, que j'apporte un pot de fromage blanc à consommer avec cette douceur ...

mercredi 18 mai 2011

Le Bal des Ingrates en provenance du festival Passages

C'est au festival Passages, dont l'édition se déroule actuellement en Lorraine, que l'on doit la découverte de très beaux spectacles comme ce Combat de Tancrède, suivi du Bal des Ingrates.

En allant assister à la présentation de la saison prochaine au théâtre du Rond-Point (dont je parlerai prochainement) j’ai remarqué qu’Obludarium allait être joué devant les parisiens du 24 mai au 2 juillet. Les nancéens ont pu le voir il y a deux ans. J’ai eu la chance d’y assister l’hiver 2010.



Je vous souhaite d’avoir de la place car la jauge est petite. Petr Forman justifie le parti-pris de mise en scène : l’espace est limité parce que nous sommes tous limités.

Vous vivrez vraiment des instants magiques en suivant par exemple des yeux les évolutions si particulières d'une écuyère en tutu rouge (voir ci-contre).

Je ne vais pas me plagier moi-même et j’invite les sceptiques à lire la critique que j’ai écrite en janvier 2010. Le voyage jusqu’à Paris se justifie pour les retardataires.

Revenons à Monteverdi.

Le spectacle, révélé l'an dernier au festival Passages et actuellement, encore en tournée, se compose de deux opéras courts, d'abord le Combat de Tancrède et Clorinde (non photographié ici) suivi du Bal des Ingrates. Le metteur en scène lituanien Gintaras Varnas a joué à fond la carte baroque en employant des marionnettes auxquelles il donne vie comme si c'étaient des personnages humains.

Il ne faut pas moins de quatre manipulateurs pour animer les chevaliers en armure et mimer le combat. Les Ingrates évoluent par contre devant une seule danseuse.

Observez les photos. Leurs têtes démesurées par rapport à la finesse de leurs bras (qui sont ceux des danseuses) apportent du merveilleux à ce ballet si particulier.

L'orchestre est toujours à vue sur un podium qui se détache sur fond de nuit étoilée.

La présence des chanteurs lyriques est parfaitement intégrée dans la scénographie. Mention spéciale aux lumières de Vilius Vilutis qui dirige le regard du spectateur juste là où il faut, faisant complètement oublier les manipulateurs.

Tout est magique avant d'être révélé au public au moment des saluts. Les applaudissement témoignent alors de notre enthousiasme.
Seul bémol, si je puis dire, le surtitrage en français qui est placé au-dessus de la scène alors qu'il serait plus lisible s'il apparaissait au niveau du plateau, c'est-à-dire juste où se situe l'action.

Car à naviguer alternativement entre le haut et le bas du cadre le spectateur perd un peu du texte ou de l'image. Sauf à parler couramment italien. C'est dommage.

Cette question du surtitrage mérite d'être posée. Le dispositif est généralement insuffisamment travaillé. Je me souviens d'une intégrale Ibsen en espagnol au théâtre de l'Onde, à Vélizy en mars dernier qui a fait fuir les trois quarts des spectateurs à l'entracte. Le surtitrage était pâle, les comédiens surexposés, et l'œil humain ne parvenait que très péniblement à faire les mises au point successives. Maux de tête assuré pour 48 heures.

Le théâtre Firmin Gémier la Piscine de Châtenay-Malabry clôturait en beauté une saison riche et variée. Sans nostalgie puisque le public sait qu'il y a un prolongement hors les murs avec le Festival Solstice qui démarre le 17 juin.

Pour lire ou relire les billets consacrés aux éditions précédentes, feuilleter ici.

mardi 17 mai 2011

Filet de poisson à la crème de soja


Une petite recette facile et rapide pour se régaler quand on souhaite manger diététique et malgré tout festif. Voilà l'histoire :

Une feuille de papier sulfurisé.

Une courgette épluchée (sauf si vous êtes certain de sa culture bio), râpée à la moulinette, une poignée haricots verts surgelés, une pincée de Curry des Philippines et une cuillère à soupe de crème de soja.

Une filet de poisson sorti du congélateur et trois rondelles de citron vert.

On ferme et on met au four pendant le temps qu'il préchauffe pour la cuisson d'un gâteau.

Ce procédé cumule les avantages. Le plat principal cuit à l'économie car en général la chaleur du four est "perdue" pendant ce temps de préchauffage. L'emploi du curry dispense d'ajouter du sel. La courgette change du sempiternel riz pour accompagner le poisson. Elle s'accorde avec les haricots en terme de couleur comme de saveur. La crème de soja est moins riche que la crème que l'on connait.

J'ai eu cette idée en préparant un gâteau au chocolat et à la courgette qui surgit sur une foultitude de blogs culinaires en ce moment et qui préconise cette crème là. Il m'en restait donc à utiliser.

Et le gâteau me direz-vous ? je ne suis pas assez satisfaite du résultat pour vous en donner la recette. Je suis bien la seule semble-t-il ... je ne remets pas en cause l'association des ingrédients, réussie ma foi, mais le temps de cuisson, la chaleur du four (j'ai suivi les prescriptions à 210 degrés et je trouve que c'est trop) et le type de moule (car vue la quantité de matières le gâteau n'était pas assez épais dans un moule à manqué). Je réessaierai moins chaud, moins longtemps et dans un moule à cake en augmentant les proportions.

Mais si vous voulez faire votre propre expérience, ne vous en privez pas. Allez voir chez Pupuce.

J'avais consacré un billet spécifique au curry en octobre 2010.

lundi 16 mai 2011

Le Prix Robinsonnais se poursuit jusqu'à mi juin

Le 2 janvier j'avais publié l'annonce des livres et des disques en lice pour le Prix Robinsonnais. J'ai régulièrement mis à jour le billet en ajoutant les liens vers les critiques des livres au fur et à mesure de mes lectures.

Je cale sur deux d'entre eux et je ne vais pas me forcer, n'ayant aucune obligation à être exhaustive.

On peut lire les critiques en cliquant sur les couvertures dans l'article récapitulatif.

Vous avez encore le temps de vous lancer dans cette belle aventure ... ou d'en choisir une autre. Je publierai bientôt la sélection commentée d'une autre médiathèque de la Petite couronne, celle d'Antony dont je n'ai plus que deux livres à lire.

Palmarès le 18 juin semble-t-il à la même heure dans les deux villes ... à vérifier.
Le vote sera ouvert d'ici là et il n'est pas nécessaire d'assister au dépouillement pour en connaitre le résultat.

dimanche 15 mai 2011

Hamid Tibouchi expose à Chatenay-Malabry (92)

Peter BARNOUW, directeur des Affaires Culturelles de la ville de Châtenay-Malabry, a été bien inspiré de se promener du coté de Brouage en 2005.

Outre la citadelle fondée au 16eme siècle, le célèbre site historique de Charente-Maritime abrite une Tonnellerie qui est le cadre d'expositions ouvertes régulièrement aux artistes contemporains. C'est devenu un lieu de découvertes très actif.

De Brouage à Châtenay il n'y a que quelques kilomètres qu' Hamid Tibouchi a franchi allègrement. Cet artiste conjugue de multiples talents dont on peut avoir un large aperçu à la Médiathèque municipale qui l'expose depuis hier dans le cadre de "Voyages en Livres".

Hamid Tibouchi est toujours dans le mouvement, comme l'évoquent les titres de ses œuvres, majoritairement nommées avec des intitulés toujours pluriels se terminant par le suffixe "ure" qui signifie une action : nervures, craquelures, giclures ...

Il est peintre autant que poète. Ces deux domaines n'en font qu'un à ses yeux. Dans un autre style car très figuratif, Jean Cocteau aurait exprimé la même pensée.

Hamid Tibouchi aimerait changer le monde, non pas par ambition, mais simplement pour offrir un univers meilleur à ses concitoyens. Il parle avec humilité de son travail : je fais des gris-gris pour faire du bien aux gens.

D'autres décriraient leurs tableaux en se référant à la calligraphie mais ses gestes, qu'il désigne sous le terme de "désécritures", sont absolument aléatoires et illisibles, d'un point de vue scriptural. Cette peinture s'adresse à tous ceux qui savent qu'on ne lit bien qu'avec le cœur.

Elle peut faire penser à l'arabe, au chinois, au japonais. Elle investit des supports riches de sens comme l'enveloppe kraft, un fond de cageot, la toile d'un sac postal, des matériaux destinés au rebus parce qu'ils ont servi, ce qui leur confère une richesse supplémentaire aux yeux de l'artiste.

Il les travaille avec art, sérieux et humour ... comme en témoigne un "Pas touche à rentes" réalisé sur un dépliant touristique du département dont on entend le nom dans l'intitulé.

Désécritures et autres traces
jusqu'au 28 mai 2011
au premier étage de la Médiathèque municipale, 7-9 rue des Vallées
92290 Châtenay-Malabry (entrée libre)

La photo qui n'a pas de mention A bride abattue a été prise par l'artiste que je remercie.

Le Salon Voyages en livres est programmé le week-end des 28-29 mai. Renseignements au 01 46 83 45 48 ou sur le site de la ville pour télécharger le programme complet

samedi 14 mai 2011

Pina 3 D, vue par Wim Wenders, un film qui promet

(billet publié du 3 mai, disparu suite à incident technique, rétabli le 14).
On pourrait hésiter à aller au cinéma voir le film, Wim Wenders et Pina Bausch ne sont pas connus du grand public. Pour moi, qui ai découvert l’univers chorégraphique de Pina à la fin des années 70 (Pina Bausch a fondé le Tanztheater de Wüppertal en 1976), ces images restituent la beauté, la force et l’intelligence du travail de cette artiste exceptionnelle qui a su fonder une troupe tellement soudée que la parole n’y était pas nécessaire pour communiquer.

Il faut souligner que Wim Wenders est lui aussi allemand, qu’ils étaient lié par une amitié longue de vingt-cinq ans et qu’ils ont partagé les mêmes points de vue artistiques. Le réalisateur aime les grands espaces et il a l’âme d’un poète. Pina aussi.

La technique de la 3 D n’est pas une fausse promesse. Le spectateur bénéficie d’un double avantage. L’action lui est restituée avec la qualité du cinéma, capable de focaliser l’objectif sur un visage, ou une main, et de lui montrer les choses en grand. La vision en relief procure la même émotion que celle qu’on ressent au théâtre. Sauf que depuis son fauteuil de cinéma on voit mieux qu’assis dans les derniers rangs d’une salle de spectacle.

PINA (3D) Un film de Wim Wenders - Extrait... par LosangeWeb
Le film est inclassable. Ce n’est pas une fiction, et pourtant il est soutenu par une part de rêve indéniable. Ce n’est pas un reportage, car il évite les interviews classiques, préférant ne donner que les réponses en voix off (ou sous-titrages) à des questions qui ont été posées hors caméra. Les visages impassibles de chaque danseur nous sont montrés plein cadre, avant de s’évanouir pour laisser apparaître leur corps en mouvement qui, lui-même, apporte une réponse dansée à la question qui n’a pas été entendue mais qui a été comprise.

Wim Wenders a filmé les trois quarts des ballets en extérieur, dans des décors naturels grandioses et surréalistes, ce que renforce encore la perception en relief. La troupe est installée à Wüppertal, une petite ville industrielle de la Ruhr, célèbre depuis 1901 pour son Schwebebahn. Ce monorail, suspendu à une dizaine de mètres du sol sous un viaduc ferroviaire de 13 km, est bien pratique pour circuler au-dessus de la vallée de la Wupper. La manière dont Wenders a filmé les wagonnets de couleur rouge vif rappelle le film le Cinquième élément.

Dans la liste des remerciements on lit le nom de Dominique Mercy, le plus proche collaborateur de Pina, qui est aussi son successeur, d’abord officieusement, à la tête du Tanztheater après la mort brutale de la créatrice le 30 juin 2009 (elle avait appris cinq jours plus tôt qu’elle avait un cancer en phase terminale). Dominique Mercy a eu avec la danseuse Malou Airaudo une fille, Thusnelda Mercy, qui appartient elle aussi maintenant à la troupe et que l’on voit dans le film.

Pina 3D se laisse regarder sans chercher à donner de leçon à quiconque, sans didactisme ni pédagogie. C’est un témoignage sur ce qu’est le Tanztheater voulu par Pina Bausch, c’est-à-dire, comme son nom l’indique du théâtre dansé. Sans prétention, sans chiffres, sans commentaires. Tout simplement vivant et magnifique, obéissant à l'injonction du sous-titre : dansez, dansez, sinon nous sommes perdus.

Photo et vidéo proviennent du site des Films du Losange.

vendredi 13 mai 2011

Pour la première fois des soucis sur Blogger

Par suite d'un incident indépendant de ma volonté l'article consacré au si beau film Pina 3 D de Wim Wenders a perdu sa visibilité sur le blog. Pendant les 24 dernières heures Blogger n'était plus accessible pour publier ou modifier quoi que ce soit. Les services techniques ont du retirer momentanément (ont-ils promis) les derniers articles pour résoudre le bug.

Il devrait réapparaitre dans les jours qui viennent si j'en crois leur message sur le forum d'aide : Nous
avons commencé à rétablir les postes qui ont été temporairement enlevés et attendent d'être Blogger retour à la normale sous peu.


Il est d'ailleurs toujours référencé sur Google :

Résultats de rechercheMais le message d'erreur apparait si on suit le lien.

J'avais écrit à la sortie de la salle, dans l'enthousiasme et sans en conserver de brouillon ... car au rythme soutenu d'un billet par jour depuis octobre dernier (à l'exception de novembre qui n'en enregistra "que" 18) j'ai fini par ne plus garder les projets.

J'avais ajouté un extrait du making off très illustratif du travail des artistes.

Blogger a assuré tout mettre en œuvre pour rétablir les articles des jours derniers aux 1,6% d'utilisateurs subissant encore des difficultés. J'appartiens à cette proportion si faible ... et je fais confiance.

Quand on m'avise d'une perte j'ai souvent cette formule : rien ne se perd, tout s'égare. C'est vrai aussi sur la toile. mes articles étant régulièrement repris sur divers sites d'information j'ai eu l'idée d'aller regarder sur Paperblog. Là apparait mon article dans son entièreté :

http://www.paperblog.fr/4466256/pina-3-d-vue-par-wim-wenders-un-film-qui-promet/

Bonne lecture, et bon film !

samedi 7 mai 2011

Un après-midi à la Cartoucherie de Vincennes ... et avec Etienne Bierry

Comme son nom l'indique, la Cartoucherie était un endroit où l'on fabriquait des munitions. Il faut dire que l'endroit est situé stratégiquement à proximité du Château de Vincennes.

Depuis un peu plus de 40 ans, les explosions et coups d'éclat y sont d'ordre culturel. Longtemps le nom de Cartoucherie fut synonyme de Théâtre du Soleil et de Mnouchkine puisque c'est Ariane qui, la première, y installa sa troupe avec notamment Philippe Léotard, Jean-Claude Penchemat ... qui prirent ensuite d'autres directions.

Je ne vais pas me répandre en explications historiques, juste partager avec vous quelques photos de ces hauts lieux de la création culturelle pour vous donner envie d'y aller. Ou du moins témoigner que ce n'est pas le bout du monde, même si c'est "en plus" un havre de paix.

Les soirs de spectacle une navette Cartoucherie assure les trajets jusqu'au métro de Vincennes.
Voici donc ce fameux Théâtre du Soleil, qui porte encore la marque de son dernier spectacle important, les Naufragés du Fol espoir, qui a remporté l'an dernier les Molières du théâtre public et des costumes.
Un rosier ancien tombe en cascades odorantes le long du mur de briques du pavillon qui abrite les services administratifs.



Il y a toujours de l'activité dans les environs.

Mais on n'est pas obligé de venir là pour affaire.

C'est un endroit propice au rêve ou à la lecture, en attendant l'heure du prochain spectacle.

A peine plus loin sur la gauche, voici le Théâtre de l'Épée de bois.
Et, de l'autre coté, le théâtre de l'Aquarium, qui va bientôt présenter sa dernière création, le Sang des amis, de Jean-Marie Piemme, d'après Shakespeare.
Plus loin, plus caché, c'est le Théâtre du Chaudron , et puis (non photographié) l'atelier de la chorégraphe Carolyn Carlson.
Le théâtre de la Tempête se trouve à l'entrée.
Fondé par Jean-Marie Serreau en 1971, il est dirigé par Philippe Adrien depuis 1996.
Les soirs de spectacle on peut dîner sur place, avec le choix à la Tempête, d'opter pour l'intérieur ou l'extérieur. Dès les beaux jours il y a sous la halle une atmosphère qui fait penser à la place des Lisses d'Avignon ... On se sent en province profonde, et c'est un compliment, à seulement quelques mètres de la grouillante cité parisienne, comme perdu en pleine nature. C'est délicieux.

Pour intensifier le dépaysement on peut accompagner son repas (léger mais bon), toujours à la Tempête, avec un verre d'une boisson tropicale au gingembre ou à l'hibiscus . Secret de fabrication de la charmante Mama Fanta.







Il faut guetter les après-midis où Etienne Bierry revient sur son aventure théâtrale.

Comédien, metteur en scène, directeur du Théâtre de Poche – Montparnasse, il incarnait la saison dernière Lebedev dans Ivanov mis en scène par Philippe Adrien.

Je suis venue à la séance du 30 avril et je n’ai pas l’intention de louper la suivante, parce qu’il est un des grands témoins de la création dramatique des 50 dernières années, et au-delà. C’est aussi un conteur formidable, animé d’une passion contagieuse. Et surtout c’est un vrai « honnête homme » qui ne cache rien de son aventure théâtrale.

Autant dire qu’il ne pratique pas la langue de bois. Je me suis régalée. J’ose à peine vous dire qu’il nous a parlé de ses rapports avec Roger Blin, Jean-Marie Serreau, Pierre Hiegel … ces noms ne parlent déjà plus à mes jeunes ami(es). C’est tout juste si celui de Jean Vilar leur dit quelque chose : c’est pas comme çà qu'on appelle un théâtre ?

Ouvrez donc votre agenda à la page du 21 mai et inscrivez « Etienne Bierry » à 16 heures à la Tempête ! Ensuite il suffira de vous laisser porter. Écoutez-le comme si c’était un spectacle (et en plus la place vous est offerte). C’en est un d’ailleurs. Ce cœlacanthe de comédien (je ne l’insulte pas, c’est lui qui se désigne ainsi) puise dans l’immense filet de ses souvenirs des anecdotes qui vous feront rire, que vous soyez ou pas un enfant de la balle.D’autant qu’il mêle les évènements publics et ses affaire privées, mieux que ce que ferait Voici ou Gala. Heureusement qu’il y a prescription. Qui se plaindrait de l’entendre critiquer Jean Genêt parce qu’il traitait les comédiens de zygotos ignorants de la cérémonie du théâtre, alors qu’il leur devait tout de même sa reconnaissance ? Ou encore Roger Blin lui proposant le rôle de Pozzo dans En attendant Godot en usant d’un drôle d’argument : j’te préviens c’est pas un western !

On rit de ses commentaires sur le jeu de Sylvia Montfort, poitrine en avant, qui le fait tousser et sortir de scène cyanosé. On rit aussi parce que sa femme, Renée Delmas, est parmi nous. Que l’on sait qu’ils dirigent tous les deux avec amour le Théâtre de Poche depuis 1958 à Montparnasse.
Etienne Bierry fait davantage que nous rappeler les mots de Jean-Marie Serreau : Tout est théâtre. Il le joue et on espère qu’il s’en amuse un peu. Avec malice et pudeur.
Je vous livre mes souvenirs comme ils viennent, peut-être incohérents, mais je vous garantis les anecdotes. C’est dur pour moi. Je les vis en même temps.
Les années soixante et suivantes ... sont au programme du quatrième épisode de Mémoire vive le samedi 21 mai à 16 heures. Ce serait dommage de le rater. Renseignements et entrée libre sur réservation au 01 43 28 36 36

Pour tout savoir de la programmation des différents théâtres et compagnies résidents à la Cartoucherie, et tous indépendants les uns des autres, cliquer ici. L'entrée se trouve Route du Champ de Manœuvre - 75012 Paris

vendredi 6 mai 2011

Jacus est l'invité d'honneur du Salon des Artistes Scéens

Jean Théobald Jacus est venu en voisin. Il s'amuse du nom de malakoffiot, attribué aux habitant de Malakoff (92) tout en nuançant son propos. C'est qu'il ne veut pas passer pour un étranger. Il affirme venir se promener au Parc de Sceaux trois fois par semaine et il y achète ses chocolats chez Patrick Roger, bien sur.
Comme tous mes copains sont morts, je suis le seul invitable. Je fais donc au moins deux salons par an.
C'est un homme, alors on peut dire son âge : 87 ans. Et rêver d'avoir la même énergie, le même sourire et autant d'humour que lui, sans parler de son talent parce que là, l'homme est inimitable. Toujours actif, sans doute hyperactif, il dit modestement faire "son petit travail".

En général, le peintre ne sait pas parler ... Il fait de la peinture. On est tous pareils, des amoureux de l'art, trouvant refuge dans nos ateliers. Chaque matin est une surprise.

Il a l'enthousiasme communicatif. On ne perd pas son temps à l'écouter, ni même à le suivre des yeux. J'avais remarqué qu'il portait une cravate assortie à la toile devant laquelle il attendait sagement qu'on le prie de faire un petit discours. Le tableau est poétiquement intitulé la Musique des sphères.

Est-ce la prémonition ou l'œil du photographe, amateur, que je suis, je suis restée à fixer l'artiste. Bientôt, il dénouait sa cravate ...
... pour la glisser "discrètement" au maire de Sceaux qui ne l'avait pas vu venir.
Évidemment j'ai perdu le fil de l'annonce des prix. Je n'ai eu que le temps de saisir le nom d'Andrea Uszynski dont j'avais remarqué une paire de tableaux.
J'ose la citer sans mentionner les autres artistes parce que je ne peux pas le faire pour tout un chacun et que je n'ai pas cette mission d'être exhaustive. je me borne à donner envie d'aller voir les œuvres de près parce que c'est tout de même le nez sur la toile qu'elles sont les plus belles.

Mais je frémis encore au souvenir de la rage d'une sculpteuse qui m'a insultée parce que je n'avais pas photographié son travail au cours d'un vernissage. Elle rageait que je parle de ses compagnons d'accrochage sans la citer, s'estimant lésée injustement de n'avoir pas été mentionnée dans les colonnes de marie-claire. Je crois qu'elle avait confondu avec la magazine féminin, ce qui était me faire trop d'honneur. Depuis, je ne vais pas aux vernissages avec la sérénité qu'il se doit.

Le salon des Artistes Scéens se veut éclectique et ouvert à tous les arts. Il expose cette année beaucoup de sculptures, et même une céramique réalisée par une artiste malvoyante. Jacus était visiblement heureux de pouvoir y discuter avec les exposants qu'il qualifie d'artistes "habités", ce qui n'est pas un mince compliment.

J'accorde une mention spéciale aux organisateurs qui ont pris la peine de mentionner le nom de chaque artiste sous chacune de leurs œuvres. Cela semble une évidence, mais c'est rarement fait. De plus le catalogue est à disposition des visiteurs, ce qui, là encore n'est malheureusement pas habituel.

Le Salon est ouvert tous les jours, du 5 au 15 mai, de 14 à 19 heures, dans la Halle des Blagis, place des Ailantes, 92330 Sceaux (parking de l'Hôtel des Ventes). Ne tardez pas !

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