Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 14 février 2012

Dans le laboratoire de Fauchon ...pour apprendre à réaliser un Paris-Brest

Une lumière bleu nuit ruisselait sur les murs de la Manufacture de Sèvres alors que je roulais vers Courbevoie, très tôt ce matin-là de janvier, pour aller prendre une leçon de pâtisserie auprès d'un des plus grands chefs, Fabien Rouillard qui conçoit et supervise toutes les créations de la maison Fauchon.

En succédant à Christophe Adam en juin 2011, il a repris le travail de création selon les codes chers à la maison : beaucoup de couleurs, de belles images, un renouvellement constant des gammes.

Ainsi les éclairs suivent les saisons avec une version actuelle à l’orange et la fleur d’oranger. Ce gâteau est un des succès de Fauchon qui lui dédie un week-end en septembre en régalant alors pas moins de 6000 personnes.

Les macarons sont proposés en permanence en 12 à 15 variétés, en assurant une rotation tout au long de l’année. Le praliné coulant est actuellement très apprécié. En juillet reviendra le pêche-mirabelle.

On fabrique à Courbevoie le salé comme le sucré, sur 1000 m², mais dans deux parties distinctes. On met aussi au point les créations pour le monde entier. Une trentaine de personnes travaille aux cuisines, dont 7 à 8 pour Fauchon réception, capables d’assurer une réception pour 5 personnes aussi bien que pour 6000 en maintenant l’identité gustative et visuelle de la maison au même niveau d’excellence, et une quinzaine pour fabriquer la pâtisserie tandis que 4 autres sont en poste à la Madeleine où l’on cuit le pain et les viennoiseries.
C’est essentiellement la nuit que le personnel est aux fourneaux, surtout pour la pâtisserie. Le travail s’effectue en flux tendu. Les « Carrément mangue ou chocolat » et les Opéras qui sont en cours de finition seront en vitrine place de la Madeleine dans moins d’une heure.
Nous arrivons en fin de fabrication. Et nous pouvons tout de même jeter un œil pour apprécier avec quelle dextérité les ouvriers déposent les bulles de nappage mangue ou feuille d’argent sur les biscuits à la vanille, la noisette et la mangue.

L’ambiance est lunaire, fraiche, comme ouatée, par le glissement de nos surchaussures bleues sur le sol. On est tous très "beaux" avec nos charlottes sur la tête, à tel point que je ne publierai aucune photo de notre armada portant des blouses de protection flottant comme des voiles. Encore une chance d’être dispensés de masque puisque ce que nous allons faire n’est pas destiné à la vente. La première salle est à température de 10 degrés pour travailler les pâtes au beurre. On vient d’y réaliser des milliers de galettes, exactement 3400 familiales et 3000 individuelles.

La maison revisite aussi les classiques. En attendant de voir ce qu’il adviendra du Saint Honoré c’est le Paris Brest qui a été depuis quelque temps revu et corrigé en le présentant sous la forme d’un éclair. A l'origine il ressemblait à une roue de bicyclette pour célébrer la fameuse course cycliste Paris-Brest.

Fabien a accepté fort gentiment de donner une leçon de pâtisserie à une vingtaine de bloggeurs en nous montrant comment s’y prendre pour réaliser une recette haut de gamme avec un produit aussi sensible que la pâte à choux.

Honnêtement, je ne m’imagine pas capable de reproduire ce que j’ai fait dans leur laboratoire. Je n’aurai jamais les mêmes ingrédients, le même matériel et surtout le même coup de main. Ce serait illusoire de croire qu’il suffirait de voir une fois pour atteindre le niveau des professionnels. Mais, outre le plaisir d’avoir partagé avec eux un excellent moment il y a tout de même quelques astuces que nous pouvons réinvestir et que je vous livre bien volontiers.

Commençons par la pâte à choux. D’habitude c’est un mélange d’eau, de sel, de sucre, de farine et d’œufs. Le chef ajoute du lait en poudre de manière à avoir moitié eau-moitié lait. Théoriquement on compte un poids de 250 grammes d’œufs entiers (environ 5 oeufs) pour 150 de farine, 100 de beurre, 5 de sucre semoule, 4 de sel fin et 1/4 de liquide (moitié eau-moitié lait). Quant aux œufs, le chef ne les casse pas un par un dans la pâte, mais il les verse petit à petit, en ayant pris soin de les battre auparavant.

Et le reste me direz-vous ? Et bien vous pourrez l’adjoindre à une omelette.

Quand on nous recommande classiquement de faire des 8 avec la spatule pour mélanger une préparation il faut ici battre la pâte en effectuant des allers retours très énergiques sur une trajectoire rectiligne à l’intérieur de la casserole. Aucun grumeau ne résistera.

On transvase la pâte dans une poche à douille dentelée, non pas pour faire joli mais parce que l’humidité sortira plus aisément de l’éclair qui n’éclatera pas au four. On les espacera de 7 à 8 cm pour ne pas gêner la ventilation. Il faut pousser régulièrement la pâte en prenant son temps, et revenir sur la forme pour couper, sinon on aura une espèce de pointe en virgule, inacceptable en haute-pâtisserie. Et c'est le chef lui-même qui passe d'un groupe à l'autre pour s'assurer que nous avons compris le tour de main.Compter 40 minutes de cuisson à 200° pour un résultat impeccable :
La finition s’effectuera en deuxième étape, une fois les coques refroidies. On nappera la moitié supérieure de l’éclair dans un nappage neutre d’eau, de sucre et de pectine, de manière à pouvoir ensuite y faire adhérer des éclats de noisettes grillées. Et en plus l'éclair brille. On les tranchera ensuite dans le sens de la longueur, aux deux tiers de la hauteur.

Troisième étape, il s’agira de les remplir avec une crème pralinée. Chez Fauchon on associe trois préparations : une crème au beurre et meringue italienne (pour la légèreté), une crème pâtissière vanillée aux jolis points noirs, et une prâlinoise. Tout est préparé séparément avant d’être rebattu et associé. Nous avons gouté et regouté tant c'était bon et nous avons manié la corne (une sorte de raclette) comme jamais pour ne pas perdre un gramme de la précieuse gourmandise, pas trop grasse, ni trop sucrée.

Puis nouvelle douille pour remplir les choux en déposant 5 jolis petits monticules. Le secret est de coucher auparavant une épaisseur raisonnable de prâlinoise dans le fond de l’éclair qui procurera davantage de saveur en bouche.

Il suffira ensuite de reposer le couvercle sur le gâteau, de l'installer dans sa barquette et de piquer un carré siglé du nom de la marque. Et de ne pas oublier de déguster en ayant la patience d’attendre deux heures.

Ce n’est pas tout à fait fini. Une vaisselle monstre s’est accumulée dans le bac. Mais chanceurs que nous sommes, nous éviterons la corvée. Nous n'aurons eu que le plaisir d’avoir pu passer quelques heures dans les coulisses du laboratoire et de rapporter à la maison quatre Paris Brest aussi bons que s'ils arrivaient de la boutique ... et pour cause !

Jamais nous ne referons aussi bon, mais on connait l'adresse, et vous aussi, pour vous réapprovisionner. N'oubliez surtout pas le week-end des 1-2 septembre pour connaitre le nirvana gustatif.

Rien n'empêche néanmoins de se faire plaisir à la maison en mettant vous-même la main à la pâte en vous s'inspirant d'un livre de recettes, comme celui qu'a publié Thomas Feller chez Hachette pratique en octobre 2011, dans la collection cuisine : 50 best, Éclairs et profiteroles au prix de 6,95 €

Fauchon, 24-26-30 place de la Madeleine, 75008 Paris, 01 70 39 38 00

lundi 13 février 2012

Anniversaire

(mis à jour le 9 mai 2012)
Je m'étais fait une joie d'écrire ce billet pour le quatrième anniversaire du blog, qui est aussi le mien (d'anniversaire) rêvant qu'il coïnciderait peut-être avec le millième article. Faut-il multiplier le nombre des années par 7 pour mieux rendre compte de leur poids comme on le fait pour l'âge d'un chien ou d'un chat ? En tout cas, entrer dans la cinquième année, je vous assure que cela ne s'est pas fait d'un claquement de clavier.

Je voulais un billet sensible, qui marque, qui soit un bilan et qui vous fasse plaisir, qui maintienne votre désir de lecture et qui vous récompense de vos visites. Et puis la vie, façon de parler, en a décidé autrement. Un lecteur particulier a disparu, et même si je savais que des milliers d'autres restaient, mon énergie s'est effondrée. Comme si continuer d'écrire était une trahison envers lui qui fut le premier à découvrir les articles, décrocher le téléphone pour les commenter, et surtout encourager, encourager, encourager, jusqu'à ce que le blog ait atteint une vitesse de croisière lui permettant de voguer sans ce carburant quotidien.

La croisière a cessé brutalement de m'amuser.

J'avais encore tout frais à la mémoire les derniers de Vigan, Foenkinos, Blondel, Fontanel, Brisac et compagnie ... Que la compagnie me pardonne, elle comprendra. Il a fallu encore que je me précipite sur le Pas d'inquiétude de Brigitte Giraud et maintenant sur le J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates dont le récit est plus puissant et plus doux à la fois qu'une plaquette de Bromazepan.

Il a fallu aussi que j'alourdisse mon poignet de la montre qu'il m'avait réclamé, l'ayant oublié dans sa précipitation à rejoindre l’hôpital, dans ce service qui lui avait sauvé la vie à trois reprises, et qui sans ménagement estima ce coup là que son cœur était en bout de course et qu'il n'y aurait pas de prolongation à espérer. Trente ans après la première charte d'humanisation de cet hôpital je découvre, effarée, qu'un médecin peut sans sourciller commenter le dossier d'un "patient" -jamais le mot ne fut si juste- en affirmant devant lui qu'après être sorti du coma, le cœur étant désormais stable dans sa médiocrité, le retour à domicile est prévu sous peu, avec une simple prescription de Doliprane et d'un léger anxiolytique ... après avoir déprescrit (j'ignorais le terme jusque là) l'anti-hypertenseur et tous les autres médicaments nécessaires à sa survie depuis dix ans.

Le patient a tenu au-delà de ce qui était pensable mais pas davantage. A nous d'effectuer maintenant le travail de deuil, comme on dit, ne sachant peut-être pas l'origine étymologique du mot qui signifie torture. Rien d'étonnant à ce que le poids de sa montre, qui continue d'avancer de seconde en seconde me soit d'une aide réelle pour accepter tout en maintenant le lien.

Chacun son truc, son rite, pour conjurer, enjamber, passer le cap, rester à flots ... ce vocabulaire marin combiné à la révolte que je ressens me suggère d'illustrer ce texte par la couverture du livre de Maurice Sendak, Max et les maximonstres, avec lequel certains proches verront aussi une allusion personnelle.

Plus surprenant est ce sentiment de culpabilité qui m'a paralysée. Je savais que les rescapés d'un attentat, d'une guerre, d'un grand sinistre, avaient du mal à accepter d'être resté en vie. J'ignorais qu'à une autre échelle, ce malaise pouvait me toucher dans cette circonstance de mort naturelle qui ne l'est pas tant que çà.

Les messages de condoléances ont été suivis de vœux d'anniversaire, venant la plupart de personnes différentes. Se sont ajoutés des coups de fils inquiets suite au silence du blog. Est arrivé par la Poste, alors que je ne m'y attendais pas, la Petite Fêlée aux allumettes, de Nadine Monfils, qui vient de sortir chez Belfond. Moi qui ne suis pas friande de roman policier je me suis surprise à adorer celui-là, à le savourer, à tourner les pages avec délices, à rire du culot de cette écriture qu'on attribuerait à une San Antonio féminine, et à me dire que je discuterais avec plaisir avec cette auteure que j'avais trop vite croisée l'an dernier au Salon du livre.

L'envie de partager cette découverte avec vous m'amène à revenir ici.

J'avais pensé que continuer d'écrire était trahir. J'ai compris qu'arrêter durablement le serait davantage.

Citations :
Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan, roman aux éditions Jean-Claude Lattès, en librairie depuis le 17 août. Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, roman publié chez Buchet-Chastel, en librairie le 1er septembre 2011. Les souvenirs, David Foenkinos, Éditions Gallimard, 272 pages, août 2011, Une année avec mon père, Geneviève Brisac, Editions de l'Olivier, mars 2010, Grandir, Sophie Fontanel, Robert Laffont, 2010, La Petite Fêlée aux allumettes, de Nadine Monfils, Belfond, 2012, Pas d'inquiétude, de Brigitte Giraud, Stock, 2011, J'ai réussi à rester en vie, de Joyce Carol Oates, chez Philippe Rey, 2011, Max et les maximonstres, Maurice Sendak, École des loisirs, première édition 1967
Premier anniversaire du blog février 2009
Deuxième février 2010
Troisième février 2011

Information du 9 mai 2012 :

Maurice Sendak, l’auteur de ce mythique album Max et les maximonstres (Where the Wild Things Are), dont j'ai utilisé la couverture pour illustrer ce billet, et récemment adapté au cinéma, est mort hier, à 83 ans, à l’hôpital de Danbury, dans le Connecticut.

Selon le New York Times, il aura « libéré les livres illustrés du monde aseptisé et rassurant de la garderie d’enfants pour les plonger dans les recoins sombres, effrayants et magnifiques de la psyché humaine ».

« Chaque parent doit être un peu en deuil aujourd’hui et, pour chaque enfant ayant grandi avec ce livre, Max et les Maximonstres, c’est un triste jour », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche. Cet album était en effet un livre fétiche pour nombre d'américains, et les présidents en faisaient régulièrement des lectures applaudies.

Ces dernières années, Maurice Sendak  avait travaillé comme créateur de costumes et de décors pour l’opéra et le ballet au Royaume-Uni et aux États-Unis. Il disait détester vieillir et voir ses amis partir. Concernant sa propre mort, il disait : « Je suis prêt».

dimanche 15 janvier 2012

Léna de Virginie Deloffre

(billet mis à jour 17 mars 2012)
C’est une jolie histoire agréable à lire, mais c’est aussi une manière d’éclairer un pan de l’histoire de l’Union soviétique et de nous expliquer la Perestroika sous l’angle d’un conte.

Lena est une jeune femme dont l’âme est russe au-delà de ce qui nous est montré dans les romans de Tolstoï. Elle est pure comme le pays d’où elle vient. Elle porte le nom d’un fleuve de Sibérie. Elle est née dans le grand nord, et elle est habitée par l’immensité blanche et interminable, de ce que peuvent être ces paysages de banquise quand la mer s’arrête parce qu’elle est figée par l’hiver ...

Assise sur sa chaise, la jeune femme attend les retours de mission de son pilote de mari, Vassia. Elle écrit à ses parents nourriciers, restés dans le grand nord sibérien en revivant le monde de son enfance, à tel point que sa nourrice Varia, finit par se demander si ce n’est pas l’absence qu’elle préfère à la présence. Mais en fait non.

Le roman commence en 1988 pour s’achever 4 ans plus tard. L’utopie communiste avait fait long feu. Le système n’a pas marché mais on avait eu le mérite d’essayer (p. 213). L’époque fut porteuse d’espoir. Perestroïka signifie reconstruction, comme si on pouvait bricoler une réparation de fortune dans un état aussi vaste. La métaphore architecturale est filée à l’extrême (p. 99) quand un fourbi est mal fichu et qu’il tient debout quand même y’a drôlement intérêt à pas y toucher.

Le pays traverse une crise profonde. L’effondrement du monde soviétique est en toile de fond du roman. Ces personnages, tous assez différents, vont vivre l’écroulement du monde qu’ils ont construit, pour les plus vieux, Varia et Dimitri, du monde dans lequel ils ont grandi pour le jeune couple, Lena et Vassia. Le terrible écroulement d’un des pays les plus puissants du monde en quelques mois, faisant plusieurs millions de morts, économiques mais réels.

Virginie Deloffre combine la dimension philosophique à l’aspect politique, tout en respectant la trame historique. Sorti l’année dernière, alors que le système libéral et la mondialisation font autant de dégâts qu’autrefois le communisme … son livre prend une autre résonance.

Comme tous les russes, les héros de cette histoire raccrochent à un rêve, soit celui de vivre dans son monde interne, soit celui de partir là haut voir d’autres images. Dans les deux cas il s’agira de trouver une place tout de même dans ce monde qui s’effondre. Ils y parviendront parce que ce sont des gens dignes, nous offrant ainsi un message finalement optimiste.

Une autre épopée est narrée parallèlement, bien réelle au demeurant, à partir de la page 146, en remontant il y a quatre millions d’années pour justifier le désir de l’homme à vouloir conquérir l’espace. Seront bien entendu évoqués le Spoutnik (compagnon en russe), premier satellite artificiel en octobre 1957, suivi un mois plus tard par le lancement de Spoutnik 2 emportant la petite chienne, Laïka, premier être vivant à voler dans l’espace, précédent Youri Gagarine et son légendaire sourire, le premier homme à avoir volé.

Une aventure « incroyable » retransmise par les télévisions du monde entier, gagnée par un peuple de rêveurs et de fous comme le nôtre, dira Vassia (p.153) pour guérir d’une certaine manière le pays de la défaite de la guerre froide remportée par l’ennemi de toujours, l’Amérique. C’était à celui qui le premier ferait la conquête de l’espace. Parce qu’on croyait alors que la vie y serait possible et ouvrirait vers d’immenses développements économiques.

Léna est une jeune femme sensible qui supporte mal les changements, disant qu’elle ne sait rien faire en l’absence de Vassia, sauf les files d’attente devant les magasins et regarder l’orme de la cour (p.68). Le bonheur est-il comme la pâte dont on fait le pain, qui se lève, puis bientôt se rassit ? (p.13) La première ligne du roman annonçait le conte, la dimension philosophique du récit, le mouvement au rythme des allers-retours de son mari, supportables somme toute tant qu’ils sont aléatoires. Léna a peur de perdre son âme, son mari, son espace terrestre. Écrire à ceux qu’elle désigne sous le nom de mes tendres et chers vieux mes amours est nécessaire pour mettre à distance les sentiments qui l’effraient.

Il ne faut pas quitter la terre pensent les vieux comme Mitia, le père adoptif de Léna. Tous deux font partie de ceux qui croient que l’espace intersidéral est et doit rester du domaine du mystère. De quoi craindre les foudres, en quelque sorte divines, pour qui oserait braver l’interdit. Alors quand Léna comprend que son époux va intégrer l’élite de la Cité des Étoiles elle s’effondre … à l’image de la chute du monde soviétique.

Le récit est alternativement épistolaire pour nous placer du point de vue de la jeune femme, longtemps empêchée de tracer sa route, puis de celui de ses parents adoptifs, lesquels n’ont d’ailleurs pas la même façon d’analyser les choses, tantôt enfin du coté de la stricte narration des faits.

La paix semble s’installer à la fin du roman, avec l’instauration d’un nouvel équilibre. Les deux époux sont devenus très proches. Léna sera institutrice dans un village perdu au bout de la Russie. Il assure le gardiennage d’une station. La vie continue …

Encore un premier roman, pour lequel les bibliothécaires du Plessis ont eu raison d’avoir un coup de cœur, parce qu’on aurait pu passer à coté de cette jolie histoire. Le livre a été couronné en mars 2012 du Prix des Libraires en obtenant 142 voix, devant Opium Poppy, d'Hubert Haddad (Editions Zulma), 132 voix et Eléctrico W, de Hervé Le Tellier (Editions JC Lattès), qui en a totalisé 92.

Léna de Virginie Deloffre, chez Albin Michel, 2011
Livre chroniqué dans le cadre du Prix robinsonnais.

samedi 14 janvier 2012

Dominator, tableautins et Roundballer au Micro Onde


(billet mis à jour le 22 avril 2012)

Le Micro Onde accueille depuis ce soir une terrible machine, baptisée Dominator. On dirait un nom inventé pour l’occasion mais c’était bien la dénomination réelle d’une moissonneuse batteuse, construite dans les années 80 avec, pour la première fois, une barre de coupe adaptée aux petites exploitations. Pascal Rivet en a réalisé une copie à l’échelle 1, donc en taille réelle, qui investit majestueusement l’espace d’exposition, tel un bijou serti dans un écrin, ou comme s’il s’agissait d’une salle des ventes souhaitant décider le plus grand nombre de personnes à l’étudier dans l’espoir d’en convaincre une d’acheter.

Les passants sont ainsi visuellement interpelés depuis l’esplanade par un surgissement théâtralisé.
Ceux qui s’étonneront d’un tel geste artistique devront comprendre que la fragilité de l’objet fait écho au titre frissonnant donné à la machine par la marque allemande Claas et qui fut bien le nom réel de l'engin comme on peut le voir sur la photo ci-dessous prise avec le matériel en pleine action.
L’œuvre d’art interroge le réel et la valeur des choses. C’est un paradoxe extrême car dans la réalité ce matériel a posé beaucoup de problèmes et sa solidité n’a pas été, à ce qu’on m’a dit, à la hauteur de la promesse. Enfin le siège social de la marque se trouve à Vélizy. Des invitations ont été lancées mais personne n’a pu curieusement se déplacer pour le vernissage.

L’artiste n’a pas voulu saturer l’espace avec d’autres objets. Dominator est juste confronté à un minuscule contrepoint, Kervaër 2010. C’est une pyrogravure sur une simple plaque de contreplaqué d’okoumé au format d’une feuille de papier.
Le sujet frappe par sa sobriété autant que par la délicatesse de l’exécution. Le poinçon du fer à souder est si léger que l’on pense d’abord à l’emploi de ciseaux à bois de précision. Les tracés se distinguent à peine des veines du bois. C’est à un tatoueur que Pascal Rivet s’est adressé pour obtenir un tel résultat.

Il présente aussi, et cette fois en série, des tableautins au point compté qui sont exposés sur des lutrins mettant en valeur le rembourrage.

La tapisserie se révèle de près alors que l’on dirait réellement des photos lorsqu’on se place à distance. A telle enseigne qu’on pourrait considérer qu’il s’agit de peinture à l’aiguille (une technique qui emploie des points de longueurs différentes).

Les œuvres sont réalisées par une femme passionnée qui parvient à traiter une image par mois, des visuels récoltés sur Internet en suivant l’occurrence du tracteur accidenté, puis imprimés sur toile. La brodeuse n’a plus qu’à reproduire la pixellisation d’origine en respectant les couleurs.

Loin d’offrir le statut d’un show-room la rue mettant en valeur des machines triomphant des éléments, la rue Traversante témoigne de l’échec de la technologie. Une terre lourde, de la neige, une fausse manœuvre et l’engin est vite sur le flanc, renversé dans le paysage.

Pascal Rivet vit dans une contrée rurale, dans les environs de Brest. Il traite depuis une dizaine d’années toute une typologie autour du monde agricole, capable de se rendre aux Comices pour en revenir avec une série de portraits d’agriculteurs. Mais le cœur de son travail est abordé sous l’angle du déplacement.

Il avait commencé en 2001 avec un tracteur Massey Ferguson, montré dans une ferme. Il enchaina avec des véhicules utilitaires liés à une fonction manuelle ou un métier. Ce fut un utilitaire Darty pour le FRAC de Bretagne, le camion de la boucherie Meneur, reconstitué avec la cochonnaille et les couteaux, installé face à son modèle sur les marchés en 2004.

Dominator a été conçu en 2009 pour le FRAC Languedoc Roussillon pour être présenté dans l’abbatiale de Villeneuve-lez-Avignon. Il faut une semaine pour monter la machine qui voyage bien entendu en 200 « petits » morceaux, tous en bois.

En 2010, à Chamarande (Loiret) avec Procession, il avait exposé en file indienne trois tracteurs de marque différente qu’il avait choisi délibérément de ne pas peindre. Aucun n’était « reconnaissable », témoignant de l’importance de la couleur pour distinguer une marque d’une autre, alors que dans le secteur automobile la forme d’une calandre ou de la ligne est plus représentative.
De la même façon je n’avais pas remarqué la mention John Deere affichée sur le mur et coupée en trois morceaux. Le logo épuré, dépouillé en quelque sorte javellisé, pourrait être considéré comme le nom d’un acteur ou d’un coureur … comme le suggère le casque placé au pied du mur. La référence à la course automobile est amusante quand on sait la vitesse des machines agricoles et la situation de concurrence que se livraient les fabricants. Egalement quand on connaît son slogan « Nothing runs like a deere » ce que l’on peut traduire par « rien ne court comme un Deere », en conservant le jeu de mots entre deer (daim) et le nom de la marque, qui est aussi celui de son fondateur, né il y a 200 ans et qui a commencé comme apprenti forgeron. Le premier outil qu’il fabriqua sous son nom fut bien sur une charrue.

John Deere est une des plus vieilles entreprises américaines. Elle était et reste le leader mondial de la machine agricole et des travaux publics, avec toujours une longueur d’avance en appliquant le principe que si ses ingénieurs n’améliorent pas eux-mêmes les produits de la marque d’autres le feront à leur place. Après avoir travaillé en Allemagne à la conception de nouveaux tracteurs mon père a été responsable de la formation continue des concessionnaires au Centre de ressources humaines d’Ormes (Loiret). Autant dire que les couleurs jaune et verte me sont familières.

Pascal Rivet a invité un jeune artiste breton lui aussi, Martin Brune, à montrer dans l’espace la Boite, une vidéo montrant la rencontre, qualifiée d’inattendue, entre un ballot de paille et un radeau de jerrican en plastique. Martin est élève à l’EESAB, l’Ecole Européenne supérieure d’Arts de la Bretagne. Par un geste poétique il a voulu témoigner d’une possible échappée du monde rural sur le territoire maritime. Et qu’importe si la fuite est illusoire.Micro Onde – centre d’art contemporain de l’Onde 8 bis, avenue Louis Bréguet 78140 Vélizy-Villacoublay Tél : 01 34 58 19 92 du mardi au vendredi de 13h à 19h - le samedi de 10h à 16h et les dimanches de 15h à 18h
Pascal Rivet, Dominator et Tableautins du 14 janvier au 17 mars 2012
Martin Brune, Roundballer, jusqu'au 3 mars

vendredi 13 janvier 2012

On est tous portés sur la question au Théâtre Mélo d'Amélie

Un seul thème, la sexualité, un seul metteur en scène, Rodolphe Sand, 5 auteurs, 4 comédiens. Secouez le tout sur la scène d’un minuscule théâtre et voici … un succès qui se dessine déjà, dans la veine de Mission Florimont et/ou du Tour du monde en 80 jours.

On est tous portés sur la question est un exercice de style savoureux sur le plan de l’écriture et réjouissant sur le plan de l’interprétation.

Un couple en décrue de libido cherche conseil auprès de deux coachs qui n’ont qu’un remède à décliner sur tous les tons : Parlons cru pour réveiller la bête qui s’est endormi au bout d’une décennie de mariage. On frôle la vulgarité. On flirte avec la provocation mais on rit franchement.

Changement de décor et de rôles. Tout est dans le jeu … de mots. Chapeau bas aux comédiens qui ont du étouffer bien des fou rires en répétition avant d’arriver à ce niveau de fluidité dans l’art des actes manqués, enfin des Lape-suces comme ils disent. Avec une mention spéciale pour Elisa Sergent, confondante de naturel en bourgeoise coincée et gaffeuse.

Sujet délicat de celui de la Première fois qui apporte une pause avant le feu d’artifices que représente Musicalix. Ce serait dommage de vous révéler les choix de costumes faits par Laure Becquignon. D'ailleurs le cliché qui illustre ce billet sont des photos de répétition qui préservent la surprise. Oser à ce point c’est du jamais vu et on applaudit.

Une comédie joyeuse qui vous fait passer une soirée légère mais de qualité comme on aimerait en trouver davantage dans les programmations. Les auteurs préconisent 15 ans et trois mois révolus pour goûter un tel niveau d’humour et de dérision. Soit ! N’attendez pas de vieillir pour en profiter.

On est tous portés sur la question, quatre pièces en un acte, mises en scène par Rodolphe Sand
Au Théâtre Mélo d’Amélie, 4 rue Marie Stuart, 75002 Paris, tel 01 40 26 11 11
Plus de renseignements sur le site du théâtre ou de la compagnie
© photo Lot

jeudi 12 janvier 2012

Au pays des kangourous de Gilles Paris

Je ne suis pas sure que le titre évoque parfaitement le sujet mais passons outre. Une fois installé dans l’histoire (il faut comprendre que c’est le point de vue d’un enfant de neuf ans que l’auteur adopte) on éprouve une vive empathie pour les personnages à qui l’on pardonne vite leurs excentricités. Le père Paul, écrivain à domicile et papa poule, la mère Carole, directrice marketing en Australie les trois quarts du temps, la grand-mère Lola et sa bande de copines … et d’autres tous hauts en couleurs.

Les droits, les interdits et les habitudes diffèrent dans chaque famille, chacune se trouvant d’ailleurs parfaitement « normale ». Peu importe alors que cette histoire ne soit pas très réaliste, ce qui l’est bel et bien c’est la tenaille de la dépression qui nous est racontée au masculin.

C’est peut-être parce qu’il fait parler des enfants que Gilles Paris parvient à expliquer le phénomène en mots simples : C’est un peu comme si quelqu’un entrait en toi et te faisait faire des choses dont tu n’as pas l’habitude. (…) Tu te réveilles un matin et tu n’es plus comme avant. Celui qui est entré en toi saute par la fenêtre, ou avale trop de médicaments, et tu ne peux rien faire pour l’en empêcher. (…) C’est comme un poison qui se répand partout en toi. (p.72)

Il aide à comprendre aussi pourquoi les adultes réagissent mal face à un dépressif. C’est un miroir devant lequel personne n’a envie de s’arrêter. (p. 102)

Le livre se déroule au rythme (lent) convenant à ce type de situation, dans une atmosphère très contemporaine où le jeu de Milles Bornes, les Petits chevaux et le Monopoly ont laissé place à The Recruit sur Nintendo DS. Mais les petits garçons craignent toujours autant le noir en ayant la frousse des monstres cachés sous les lits et dans les placards.

Les grandes personnes sont faites de tas de petits morceaux que Lily, la petite fille autiste, n’arrive pas à relier les uns aux autres (p.128). C’est pourtant elle qui aidera Simon à surmonter les non dits, l’implicite et les secrets de famille. Petit à petit, aidé par Lily ou par son ange gardien, le lecteur croira ce qu’il voudra, le petit garçon élaborera une pensée de plus en plus structurée, directement ou par la voie du rêve éveillé. Il démêlera l’écheveau familial passé et présent pour entrevoir comment l’avenir va pouvoir se construire.

Au pays des kangourous de Gilles Paris, Don Quichotte Éditions, 2012

mercredi 11 janvier 2012

Le bourgeois gentilhomme de la Compagnie Marcel Maréchal au Théâtre 14

J’avais réagi avec humeur : encore Molière, encore le Bourgeois Gentilhomme … comme s’il n’y avait que cela à monter. Et j’avoue y être allée pour voir Marcel Maréchal plus que pour le texte. Quelle belle surprise. Ce n’est pas un Bourgeois comme les autres.

Le décor de Thierry Good est simple. Mais on aurait tort encore une fois de se fier à l’apparence. Les murs portent le chiffre du propriétaire ainsi que la toile qui recouvre son fauteuil. Le J de Jourdain est net.

Les costumes de Bruno Fatalot sont somptueux. Mais pas seulement. La robe de chambre de Monsieur Jourdain est rembourrée au niveau des hanches. Elle bat les mollets. Conçue dans un tissu bleu nuit parsemé de broderies de plumes de paon qui brillent comme des étoiles elle fait penser au costume d’un clown.

Étymologiquement le clown est un rustre, un balourd … comme l’est notre bourgeois comparativement aux courtisans de la cour royale. Il ne s’agit pas de l’Auguste au nez rouge et aux chaussures trop grandes, mais plutôt d’une sorte de clown blanc, à l’instar de celui qui se tient toujours au bord de la piste et qui annonce les numéros.

C’est que tout bien considéré le théâtre de Molière est un vrai cirque. Maitres à danser, d’armes, de philosophie, de musique exécutent leur scène comme des artistes circassiens. Monsieur Jourdain est tour à tour debout tel Monsieur Loyal surveillant le déroulement des exhibitions et assis sur son fauteuil comme s’il en était (aussi) le spectateur. Il faut alors le voir sourire aux anges comme un enfant.

La soubrette en talons hauts (Flore Grimaud) danse avec plus de modernisme que Lully. La fille de monsieur Jourdain, Lucile (Laetitia Godès) porte une robe de petite fille modèle. Dorante (Michel Demiautte) semble avoir été habillé par Karl Lagerfeld et Madame Jourdain (formidable Agnès Host) n’est pas engoncée dans une tenue entravante. Elle évolue avec énergie, tenant un discours qu’on découvre féministe : ce sont mes droits que je défends et j’aurai pour moi toutes les femmes.

Je croyais connaitre la pièce et n'avoir rien à découvrir. Quelle surprise donc d’entendre du nouveau dans un texte dont on connaît par cœur des tirades entières. Quel bonheur d’assister à un spectacle aussi plaisant. Quel régal de les voir tous vivre le théâtre en dégageant tant de joie de vivre. Je sais qu’il y a en ce moment l’embarras du choix en matière de Bourgeois gentilhomme. Je n’ai pas vu celui de Catherine Hiégel mais celui –ci est de nature à combler tous les publics. Vous pouvez sans crainte d’ennui entrainer votre progéniture comme vos ascendants à voir celui-ci. Chacun y trouvera son compte.

Le Bourgeois gentilhomme de Molière, du 10 janvier au 25 février 2012
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
contact@theatre14.fr
Mise en scène Marcel Maréchal
collaboration artistique Michel Demiautte
dramaturgie François Bourgeat
musique François Fayt
décor Thierry Good
costumes Bruno Fatalot
lumières Jean-Luc Chanonat
Chorégraphie Patricia Delon
assistant à la mise en scène Antony Cochin

Avec Marcel Maréchal, Jacques Angéniol, Bertrand Sinan, Antony Cochin, Michel Demiautte, Philippe Escande, Flore Grimaud, Liana Fulga, Laetitia Godès, Agnès Host, Antou Prégnan-Martinez, Henry Valette.

© photo Lot sauf mention A bride abattue

lundi 9 janvier 2012

Les morues de Titiou Lecoq

Non, ce n'est pas une nouvelle recette intrigante. C'est le titre d'un roman dans lequel je me suis laissée glissée avec un délice comparable à un bain moussant après une journée harassante.

On est dans la veine du feuilleton. Le temps de faire connaissance avec les personnages et on n’a plus envie de les lâcher. Qu'ils appartiennent ou pas au club des morues (une poignée de copines à la vie à la mort et un mec, parce qu'elles sont tout sauf sectaires ces filles là). Le ton est actuel. Les sujets abordés sont ceux dont on pourrait discuter avec nos propres collègues, voisins ou amis : le boulot, les amours, les emmerdes ... pardonnez l'expression mais il va falloir vous y faire, le style de l'auteur est plutôt "nature". Contrairement à ce que la couverture suggère la demoiselle ne fait pas dans la dentelle.

A défaut de nous livrer une analyse très fouillée sur les réalités économiques et sociologiques que nous subissons (et qui aurait été illisible par la néophyte que je suis), Titiou Lecoq aborde tout de même des questions qui sont très actuelles comme cette révision générale des politiques publiques. Cette RGPP n'est hélas pas une invention littéraire mais une stricte réalité préoccupante, préfigurant le désengagement de l'État dans bien des domaines, tous annoncés sur le site officiel de la réforme. Comme quoi on peut écrire un roman alerte et sérieux à la fois.

Les puristes critiqueront l'auteur pour son mélange des genres. Il est vrai que le politique l'emporte, puis le policier, puis le romanesque, et que çà recommence mais très vite cette catégorisation n'a aucune importance parce que c’est très agréable à lire. Malgré la sourde angoisse de s'interroger sur la nature de la sauce, forcément piquante, dans laquelle cette RGPP va nous faire mariner.

Je ne raconterai pas l'intrigue, fort bien menée, pour vous laisser le plaisir intact de la découvrir. J'ai trouvé ce livre un peu dans la veine du Diable s'habille en Prada. Et quand on apprend que c'est un premier roman on a encore davantage envie de faire savoir combien on l'a aimé.

A noter que Titiou Lecoq anime le blog Girls and Geeks, dont l'intitulé annonce le programme.

Les morues, de Titiou Lecoq, Éditions Au Diable Vauvert, 2011
Livre chroniqué dans le cadre du partenariat avec Babelio.

dimanche 8 janvier 2012

Sans attendre les beaux jours ... une maison d'hôtes à Soissons

C’est dans la veine du développement durable et du souhait de vivre confortablement et plus humainement. Les maisons d’hôtes ont leur public, et celle-ci est régulièrement réservée par une clientèle qui n’est pas que familiale.

Beaucoup de chefs d’entreprises préfèrent s’y reposer entre deux séances de congrès plutôt que de réserver dans un hôtel classique. Il n’y a que 4 chambres (dont une très vaste et accessible aux fauteuils roulants en rez-de-chaussée), c’est l’assurance du calme dont l’adresse constituait déjà un avant-goût, rue du Paradis …Une fois franchi le portail et son véhicule garé sur les gravillons du parking intérieur on se croirait en pleine campagne alors qu’on se trouve toujours en bordure du centre ville. On se sent vite comme chez soi, je dirais même « mieux » puisqu’on sera délivré de tous les soucis quotidiens.

La maison est un ancien relai de poste. Le bâtiment existait avant la révolution française comme l'attestent les bas-reliefs à couronne et fleurs de lys encore visibles sur le montant de la porte.

Le bâtiment a été incendié et la propriétaire l'a relevé avec le gout de l'authentique. Elle habite elle-même dans les anciens communs, eux aussi rénovés.Le jardin est sobre mais encore fleuri malgré la saison. La décoration intérieure est soignée et personnelle, avec nombre d’objets chinés dans les brocantes. La cuisine reconstituée avec des objets d'époque donne envie de s'y attarder ...
Le petit déjeuner continental sera copieux et savoureux, dressé de manière à ouvrir l’appétit.Tranquillité assurée, la maitresse de maison étant d’une discrétion absolue. Qui donne envie de s'installer durablement dans le salon.

Une adresse à conserver car des endroits aussi agréables en pleine ville sont plutôt rares.

Le relai du paradis :

Elisabeth Janodet
60 rue du paradis
02200 Soissons
+33(0)609472604
aurelaisduparadis@gmail.com

On peut réserver aussi sur le site.

samedi 7 janvier 2012

Norma Jean adapté et mis en scène par John Arnold au Théâtre des Quartiers d'Ivry

Si je vous dis blonde, célèbre, pin up … que je précise que son nom commence par M …vous allez inévitablement penser à Marilyn Monroe, peut-être plus vite qu’en lisant le titre du spectacle, Norma Jean qui est pourtant sa véritable identité. Précisément Norma Jean Baker.

Le roman que Joyce Carol Oates lui a consacré a provoqué chez John Arnold l’irrépressible désir d’en faire une adaptation pour le théâtre et d’en assurer lui-même la mise en scène tout en intégrant des éléments provenant d’interviews et d’entretiens que la star avait donnés.

Il en résulte une vision assez nouvelle sur la Cendrillon américaine du XX° siècle qui nous est montrée sous un angle un peu différent, celui que John Arnold aurait aimé voir en tant que spectateur.

Le bébé est beau mais on comprend tout de suite que la mère n’a pas la fibre et que l’enfant n’échappera pas à la névrose. Pléthore de personnages, débit rapide, le plateau est un jeu de cartes où la partie sera difficile. Quand on nous donne à entendre l’hymne américain il résonne comme une comptine aigrelette.

La société de consommation engloutira la star et ses rêves. Surtout celui de la maternité. Ce ne sont pas Di Maggio, Kennedy ou Zanuck qui ont l’étoffe d’un père potentiel. Arthur Miller aurait pu le devenir. Sauf que le mariage n’est pas un tour de manège ; c’est un stand de tir … et la musique d’évoquer alors une ambiance de corrida.

Le metteur en scène qualifie lui-même la pièce de conte carnivore. La férocité est récurrente mais elle n’exclue fort heureusement pas la cocasserie renforcée par un jeu d’acteurs extrêmement enlevé.Marion Malenfant est successivement l’enfant, la jeune fille, la femme, l’actrice, la star. Toujours juste. Simplement magnifique ! Et on rêve pour elle que la cérémonie des Molières ait bien lieu cette année pour qu'elle puisse recevoir un trophée.

Norma Jean d'après Blonde de Joyce Carol Oates
Adaptation et mise en scène John Arnold
Au Théâtre des Quartiers d’Ivry du 3 au 29 janvier 2012
Un cycle Marilyn Monroe est proposé parallèlement au cinéma Luxy d'Ivry
Tournée le 3 février à La Piscine de Chatenay-Malabry (92) , le 9 mars au Centre culturel Jean Arp de Clamart, le 13 sur la Scène nationale d'Alençon à Mortagne au Perche, le 1er avril au Théâtre Jean Vilar de Suresnes et les 5 et 6 avril au Théâtre national de Toulouse.

Photos © Bellamy

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