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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 20 avril 2026

A voix basse de Leyla Bouzid

À voix basse est le troisième long métrage de Leyla Bouzid. C'est lui que l'AFCAE a retenu comme film-surprise d'avril.

Tourné surtout en Tunisie, ce film français, écrit par la réalisatrice en hommage à sa mère, a été présenté en avant-première le 13 février 2026, en compétition à la 76e Berlinale.
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, la jeune femme se retrouve confrontée à un secret de famille qui va faire écho à sa propre situation.
L'action se déroule essentiellement dans une sorte de huis clos, au sein d'une (vaste) maison où cohabitent trois générations de femmes. C'est sans surprise que le spectateur comprend le risque de la révélation de son homosexualité dans un pays où elle est encore répréhensible par la loi même si l'opinion commence à évoluer et que, paradoxalement les femmes sont plus épargnées du fait que les institutions susceptibles de les sanctionner ne croient pas ce type de relations possibles et concluent à une plaisanterie.

Faut-il pointer qu'en Tunisie le code pénal prévoit jusqu’à trois ans de prison pour punir les relations intimes entre personnes de même sexe ? On peut comprendre que cela favorise les non-dits.

Lilia est venue accompagnée d'Alice qui compte bien profiter de son séjour pour s'affirmer officiellement dans la vie de sa compagne. Lilia craint la réaction de sa mère et cherche à préserver sa grand-mère, si ébranlée par la mort de son fils chéri.

Les souvenirs reviennent à la surface, joliment évoqués par des apparitions ou plus concrètement par la découverte de courriers qui n'ont jamais été expédiés. Leila va entreprendre un vrai travail d'enquête qui va faire bouger les lignes. La prise de conscience est progressive quoiqu'on devine que le secret n'en était pas véritablement un, même si l'aïeule avait réussi à imposer le mariage à son fils.

Cette contrainte est subtilement racontée par le prisme de photographies qui en disent plus long que bien des dialogues et par une caméra qui s’approche au plus près possible des visages. Et un équilibre délicatement négocié entre la ville et la campagne dans un champ d'oliviers.

Le film se déploie dans une grande sensibilité et un profond respect, parvenant à instaurer une forme d'optimisme. Il est malgré tout dommage (mais je sais que c'est une réalité linguistique) que les dialogues sautent du français à l'arabe, et vice versa, au sein d'une même conversation, voire à l'intérieur d'une phrase, avec pour conséquence la perte de la pensée dans la langue d'origine.

Certaines actrices sont bien connues comme Hiam Abbass qui interprète la mère, et Marion Barbeau (Alice) que l'on avait remarqué dans le film de Cédric Klapisch, En corps. Il est certain qu'on entendra parler de Eya Bouteraa parfaite dans le rôle difficile de Lilia.

À voix basse
Réalisation et scénario : Leyla Bouzid
Avec Eya Bouteraa : Lilia, Marion Barbeau : Alice, Hiam Abbass : Wahida, Fériel Chammari : Hayet, Salma Baccar : mamie Néfissa, Lassaad Jamoussi : Moncef, Karim Rmadi : Daly
Musique : Yom
Date de sortie nationale annoncée pour la France : 22 avril 2026

dimanche 19 avril 2026

Roberta Cecchin : Una Roberta a Parigi

J'en avais entendu parler depuis très longtemps mais n'avais jamais trouvé de créneau pour aller voir Roberta Cecchin, … cette italienne à Paris qui circule à Vespa en portant en bretelle les trois couleurs verte/blanche/rouge de son pays et qui seront celles de son éclairagiste.

L'humorist, pétillante comme le Prosecco,  reconnue pour son regard affûté et son énergie scénique, propose au Grand Point Virgule son spectacle Una Roberta a Parigi devant un public conquis d'avance, et pour cause puisque la salle était pour moitié occupée par des italiens … qui étaient ravis d'interagir avec leur compatriote tout au long du spectacle.

Il s'agit d'une édition spéciale de la version d'origine, au cours de deux soirées, les 9 avril et 3 juin 2026, pour célébrer sur scène l’amitié entre Rome et Paris (j'en précise le contexte en fin d'article). Le public peut à cette occasion découvrir ou redécouvrir le regard humoristique d’une artiste dont le parcours se construit entre l’Italie et la France.

Elle a en effet ajouté à son woman show un nouveau sketch qu'elle teste en ce moment et qui a été écrit à l’occasion des 70 ans du jumelage officiel entre les deux capitales européennes. Pour cette édition spéciale, certains passages ont été adaptés afin d’évoquer les références historiques et culturelles qui les approchent. Le spectacle propose ainsi des clins d’œil à la culture parisienne, à la culture romaine, ainsi qu’aux symboles qui caractérisent cette relation entre les deux villes.
Bien sûr elle raconte également son histoire d'Italienne qui débarque à Paris sans parler français, et qui se retrouve confrontée aux interminables querelles à propos de la langue, de la cuisine et des coutumes. Amoureuse de l’Italie, passionnée de Paris (elle est devenue citoyenne française en 2022), elle nous initie sur les différences culturelles en termes d'apéro, de bise, de drague, de bidet, de taille d'appartement, de culottes, sans oublier la (bonne et unique) manière de cuisiner les pâtes Carbonara et notre penchant ridicule pour les pizzas "chèvre et miel" (n'empêche que sans nous les indiens seraient passés à côté de leur désormais spécialité de Cheese naan). Il sera tout de même utile de savoir qu'en Italie on ne se fait pas la bise à tout bout de champ, on se serre la main.

Munie d'un tableau d'orthophoniste elle va détailler les différences de prononciation et dénombrer les voyelles d'un côté et de l'autre en nous alertant que, non, l'italien ce n'est pas du français avec des a ou o à la fin. Et elle nous rappelle au passage que jusqu'en mars 1861 (date de la proclamation du royaume) on y parlait 250 langues différentes.

Elle se moque de nos travers (il est vrai que nous croyons dur comme fer que Panzani est une marque italienne) autant que de ceux de son pays d'origine. Jusqu'à son patronyme. Roberta, nous dit-elle est un prénom vieux et moche en français, à consonance masculine malgré son a final. Quant à Cecchin, il ne se termine pas par une voyelle alors qu'on le prononce Tche-chi-ne.

Depuis sa création, Una Roberta a Parigi a déjà dépassé 215 représentations dans sept pays et dans plus de 50 villes. La mise en scène de la "seule humoriste italienne proposant un spectacle en français en tournée en France" est assurée en collaboration avec l’artiste italien Stefano Pepemauro, par Christophe Averlan qui, en plus de son activité d'auteur et de réalisateur, a cofondé une boîte de coaching pour acteurs et actrices. Il a travaillé. 

Roberta Cecchin : Una Roberta a Parigi
Mise en scène Christophe Averlan
Le grand Point Virgule, 8 bis rue de l'Arrivée 75015 Paris
jeudi 9 avril et mercredi 3 juin à 19 h15
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"Seul Paris est digne de Rome ; seule Rome est digne de Paris". L'affirmation a scellé en 1956 le jumelage exclusif qui unit les deux capitales européennes dont les maires ont renforcé leurs liens en 2022 afin de relancer les voyages culturels.

samedi 18 avril 2026

Potiche dans la mise en scène de Charles Templon

Très forte est la probabilité d’avoir déjà vu Potiche, soit au cinéma avec le film de François Ozon (2010) où Catherine Deneuve interprétait le rôle titre en compagnie de Gérard Depardieu et Fabrice Luchini, ou au théâtre, bien que la création du rôle titre par Jacqueline Maillan remonte tout de même à 1980.

On connait tous l’histoire dont il est impossible de ne pas avoir visionné un extrait de l’une ou de l’autre version.

Nous voici au Théâtre Libre, à deux pas du théâtre Antoine où l’immense Maillan officiait. Par chance la comédie pétillante écrite par Barillet et Grédy il y a plus de 45 ans reste tout à fait entendable, ce qui dénote que nous n’en avons pas fini avec le machisme bien que les femmes ne se laissent plus cantonner à une telle vision (sauf peut-être une certaine épouse d’un certain président outre-Atlantique mais là n’est pas la question. Et c’est sans doute au final une idée judicieuse que d’avoir quasiment repris le décor d’origine, tout à fait daté et ponctué de parapluies. On est en terrain de connaissance …
Dans la ville tranquille de Sainte-Gudule, rien ne semble pouvoir troubler la vie bien rangée de la famille Pujol. Et pourtant… Quand Robert, patron austère d’une usine de parapluies, est victime d’un malaise, son épouse Suzanne se voit contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise. Docile et dévouée, Suzanne se révèle finalement une cheffe d’entreprise brillante et inattendue !
Au-delà du décor la super bonne idée est d’avoir fait une distribution au petits oignons, ce qui a sans doute pesé dans la nomination de la pièce aux prochains Molières au au titre de Meilleure Comédie. Avec en tête Clémentine Célarié qui combine intelligemment comédie et sérieux.

On ne se souvient pas de Patricia Karim qui était la Nadège d’origine. Par contre Karin Viard avait fait du personnage une parfaite secrétaire dans la version cinématographique. Ici c’est  l’excellentissime, Hugo Bardin alias Paloma (remplacée dans le rôle de Nadège par Kameliya Stoeva le 23 avril), qui fait le job et qui aurait bien mérité une nomination comme Molière de la révélation. Quel vent de folie douce !

Philippe Uchan, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher se donnent admirablement la réplique avec une belle énergie et une complicité évidente … jusqu’aux lapsus et petits incidents rattrapés avec une dextérité jouissive.

On se surprend à trouver que des répliques cultes qui n’ont (malheureusement) pas tant que ça vieilli :
- Ton avis ? Tu as un avis ? Je te demande de partager le mien.
- Je n’ai pas à m’excuser d’être femme.

Côté bande-son, on s’amusera de reconnaître le générique d’Aujourd'hui madame, qui était d’ailleurs utilisé dans le film, et qui « date » l’époque. Ce magazine destiné aux femmes au foyer, ces fameuses « ménagères » a été diffusé sur la deuxième chaîne de 1970 à 1982. Le grand succès de Dalida, véritable ode à la liberté, qu’est Laissez-moi danser, lui fait en quelque sorte contrepoint.

On entend bien à la fin que la France est une grande baraque qui manque de femmes au pouvoir. On pourrait reprocher à Charles Templon de n’avoir pas osé dépoussiérer les dialogues en écrivant une adaptation qui aurait résonné avec les préoccupations actuelles. Et pourtant je lui donne raison. Tout en conservant l’action en 1977 le réalisateur avait glissé dans son film des allusions politiques contemporaines à la sortie du long métrage (se moquant aussi bien de Sarkozy que deSégolène Royal) qui ont terriblement mal vieilli, si bien qu’il en devient incompréhensible. Le journal La Croix avait d’ailleurs titré cruellement à l’époque Potiche un film cruche.

On remarque malgré tout que si au début le chemisier de Suzanne la confond avec le tissu vert des coussins du canapé, signifiant combien elle est ravalée à un niveau d’objet, à la fin elle resplendit en rouge alors que le mari a revêtu un blouson … vert.

Elle est brillamment ressuscitée au Théâtre Libre jusqu’au 14 juin 2026 où le rire contamine la salle entière et ça fait du bien sans prendre la tête.
Potiche de Barillet et Grédy
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Avec Clémentine Célarié , Hugo Bardin (Paloma), Philippe Uchan, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher
Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté 
Perruques : Dorian Jollet
Au Théâtre Libre - 4 bougnats de Strasbourg - 75010 Paris
Du 12 février au 14 juin 2026

vendredi 17 avril 2026

Annonce de la Sélection Hors Concours 2026


(mis à jour le 18 août 2026)
Je suis le Prix Hors concours depuis sa naissance, il y a plus de dix ans désormais. C'est au Festival du livre, qui se tient au Grand Palais, 7 Avenue Winston Churchill, 75008 Paris que Gaëlle Bohé avait choisi d'annoncer les titres de la sélection 2025.

Ce festival, qui se déroulera sur trois jours jusqu'au 19 avril 2026, a pour thème le voyage et pour invitée d'honneur la bande dessinée, en annonçant rencontres, lectures, dédicaces et expériences inédites pour célébrer la lecture et la BD sous la verrière et dans le Salon Seine. 

Le festival annonçait plus de 1 200 auteurs, 450 maisons d’édition et 14 pays en promettant la diversité des cultures et des récits à travers une programmation riche et accessible à tous mais force est de constater que des acteurs majeurs du livre sont absents. N'oublions d'ailleurs pas l'appel au boycott qui avait été lancé par le syndicat de la librairie française, qui fédère près de 850 librairies, en raison du partenariat avec Amazon et mettant en cause la cohérence du Syndicat national de l'édition. L'e-commerçant s'est, depuis, retiré de la manifestation.

Le Grand Palais est magnifique mais horriblement bruyant, déconseillé aux agoraphobes, et la signalétique y est très compliquée malgré un nombre considérable de bénévoles (ne sachant pas tous lire le plan).

J'ai été surprise par l'abondance des lectrices de romance, considérablement majoritaires, faisant d’énormes queues pour des dédicaces. Par la faible représentation des enfants, mais il est vrai que nous en sommes pas au Salon de Montreuil.

Une exposition était dédiée à la romance (ceci expliquant donc cela) et une autre au 9ème art où je en fus pas surprise de retrouver, presque en chair et en os, du moins en habits, la Bécassine du film réalisé en 2018 par Bruno Podalydès.

Beaucoup de rencontres affichaient "complet" mais, vus d'en haut, les espaces n'étaient pas non plus gigantesques.

Les stands des éditeurs un peu conséquents m'ont semblé bouclés comme des forteresses et les équipes occupées à discuter entre elles n’étaient pas accessibles.

Heureusement que les "petites" maison, entendez par là l'édition indépendante, sont présentes avec parmi elles 16 qui s'avèreront avoir été sélectionnés pour le Prix Hors Concours, soit près de la moitié des 40 candidats, ce qu'il faut rapprocher de l'aide de la Région Ile-de-France qui en rassemblent beaucoup sur ses 4 grands kiosques représentant une surface totale de 112 m².

Hors Concours est une académie vivante, vibrante, qui oeuvre pour le collectif. Le Prix reste dédiée au soutien et à la promotion de l’édition indépendante d’autant plus nécessaire après le limogeage d'Olivier Nora chez Grasset. On constate que l’actualité rappelle à quel point il est important de conserver la diversité littéraire.
La salle de la Reine fut le lieu idéal pour Anne-Laure Linay, éditrice, conseil et suivi éditorial (depuis 2023, ci-dessus à l'extrême droite) pour annoncer les couleurs de la bibliothèque 2026, dans des tonalités de rose et de rouge tout à fait raccord -mais c'est un pur hasard- avec l'affiche du festival. Elle sera disponible fin juin et espérons qu'elle donne envie de vibrer et surtout de garder l’esprit libre. A noter qu’elle existera désormais en langue anglaise, et on peut imaginer que cela donnera envie à d’autre pays d’acheter les droits des ouvrages y figurant.
Il fut rappelé que les grands gagnants avaient été annoncés le 25 novembre dernier à la Maison de la Poésie : 
Karim Kattan (à gauche) pour L’Éden à l’aube, publié aux éditions Elyzad. 
La mention du public revenait à Justine Arnal (à droite) pour Rêve d’une pomme acide, publié par Quidam éditeur.
Il restait à annoncer le coup de coeur des clubs de lecture dont Clara Piccinno (ci-dessus en veste noire) est administratrice et coordonnatrice. Ce fut Sans nouvelles depuis Drancy de David Hury, aux éditions Riveneuve.
Il était en lice avec 4 autres finalistes :
- Trois noyaux d'abricot de Patrice Guiaro, Au vent des iles
- Le coeur quand il explose de Claire Griois, chez Quartier libre
- Les sacrifiés de Myab de Luce Belmontec, chez Caméléon
- Ne reste que la nuit de Rose Maillai, éditions du Gros Caillou

Si on considère les 5 livres retenus pour le Prix et qu'on les ajoute à ces 5 là ce sont donc 10 livres qui sont distingués, soit une proportion de 1 sur 4.

Nous attendions tous l'annonce de la sélection. Les organisatrices ont souligné que l'objet-livre est de plus en plus beau au fil des années, traduisant un travail d'édition soigné. Il y eut 60 candidatures présentées par les éditeurs. 40 ont été retenus.

Elles ont convenu que cette année les coups de coeur ont été nombreux, facilitant en quelque sorte leur travail puisqu'il était inutile de soutenir l'un ou l'autre, leur inscription allant de soi. A ceci près que lorsque leur nombre dépasse la quarantaine il faut bien trancher. L’arbitrage s’effectue alors selon des critères tels que la répartition Paris/région, entre sujets, les âges des auteurs… autant d'éléments qui tout en étant objectifs peuvent sembler injustes pour les refusés.

jeudi 16 avril 2026

Le poulet de Pinde dans un menu étincelant

Après la pomme et le poivron, la maison Mavrommatis continue à promouvoir les produits grecs de qualité. Cette fois il s'agissait du Poulet de Pinde (Pindos en grec) que nous étions invités à découvrir au Laurier Maison Mavrommatis.

Mais d'abord, et comme toujours dans un de leurs établissements, nous avons été accueillis avec beaucoup d'attention. On nous proposa eau, jus de fruits ou vin, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
Un plateau de merveilleux amuse-bouches surgit comme par magie, composé des mythiques olives "Kalamata - sablé parmesan, romarin, citron de Menton" et d'autres gourmandises salées.

Pour accompagner ces merveilles j'ai choisi un vin blanc sec produit par le Domaine Nerantzi. Il est réalisé avec l'Asprouda, un cépage indigène extrêmement rare, préservé et cultivé exclusivement dans ce domaine, à Pentapolis, dans la région de Serres. 

L'histoire de vin a commencé en 1998, lorsque le cépage a été identifié comme cépage local et que sa culture a commencé. Dès lors, son ascension a été fulgurante et est couronnée de multiples récompenses et de distinctions. Son succès est l'affaire d'une femme, Evanthia Mitropoulou, qui a fait des études d'œnologie en Bourgogne. Elle est parvenue à créer un vin qui reflète parfaitement le microclimat de la région. Ce cépage vif et aromatique a mûri pendant quatre mois en fûts de chêne de 500 litres. Un vieillissement de deux ans en bouteille a forgé sa complexité, son équilibre et ses arômes.

Joliment doré à l'oeil il révèle un nez dominé par des arômes d'agrumes confits, d'orange amère et de kumquat. En bouche on dénote l’abricot sec, la pomme douce, la poire, le miel et la cannelle avec malgré tout une minéralité subtile, et une acidité fraîche. la finale est longue et agréable.

Il s'accorda aussi avec une jolie assiette de bouchées chaudes délicieuses composée, de bas en haut, avec des boulettes de Melitzanokeftédès - friture d’aubergine au kasseri (fromage de brebis) et aneth, d'Eliopita - feuilleté aux olives Kalamata, tomate séchée et manouri (fromage frais de brebis), de la traditionnelle Spanakopita - feuilleté aux épinards, féta et aneth et des non moins celèbres Keftédès - boulette d’agneau et de veau à la menthe.

Je ne vais pas écrire que le menu qui suivit, pensé autour du fameux poulet, était d'un niveau étoilé car je dois respecter la législation mais j’aurais pu.

Avant de vous le décrire, je reviens sur les caractéristiques du poulet PINDOS, produit par la Coopérative Agricole d’Élevage de Volailles d’Ioannina de haute qualité dont elle assure la promotion au travers d'une campagne de trois ans qui était décrite dans le film institutionnel que nous avons regardé et que vous retrouverez sur leur site.
Il en ressort que cette coopérative est depuis 67 ans leader de l’élevage de volailles en Grèce et occupe la première place dans le cœur des consommateurs. Tout a commencé en 1958, lorsque 7 agriculteurs de la région d’Ioannina ont décidé de se lancer dans la production de volailles pour compléter leurs revenus. Ils sont aujourd'hui 600 producteurs membres, et c'est la plus grande coopérative du pays, la plaçant en position de leader de l’élevage de volaille en Grèce.

Les poules sont élevées dans des fermes montagneuses dans un paysage complètement naturel, nourries avec des aliments 100% végétariens. Les spécifications et les réglementations européennes sont bien entendu respectées à chaque étape de la production, aussi bien en matière de sécurité et de haute qualité des produits, que d'engagement social actif et de reconnaissance d’organisations significatives. Associées à un goût inégalé ceci explique pourquoi la confiance des consommateurs a été gagnée.

Le secteur avicole européen répond ainsi à la demande mondiale croissante de poules de qualité exceptionnelle, riches en protéines et en autres nutriments bénéfiques pour la santé, donc sans graisse, tout en respectant des réglementations strictes en matière de sécurité alimentaire, de bien-être animal et de protection de l’environnement.

Le goût s’explique par les pratiques agricoles traditionnelles et un nourrissage exclusif avec des aliments 100 % végétariens certifiés de l’agriculture biologique. Les poules sont élevées lentement et naturellement pendant 65 jours, et en plein air, à une altitude de plus de 700 m, offrant une viande totalement saine, sans graisse et avec une saveur unique des montagnes.

L'entrée annonçait un Pâté en croute printanier de volaille de Pindos, condiment au kéfir, aux herbes et à l'épine-vinette.

mercredi 15 avril 2026

Voyage en milieux humides au Parc Zoologique de Paris

Le Parc Zoologique de Paris a fêté son dixième anniversaire le 12 avril 2024 au cours d'une saison mettant en lumière le rôle du Parc pour la protection des espèces menacées avec une dizaine d'actions dans les 5 biozones du parc.

Ils illustrent l’engagement scientifique puissant et original du Muséum d'histoire naturelle en termes de recherche et conservation. Si le zoo émerveille, il a aussi la force d’action d’une institution pluricentenaire, détentrice d’une solide expertise.

Le site a bien changé depuis sa réouverture. Une véranda de glycine embaume l'entrée. Le côté minéral s'est estompé. Les plantes ont poussé. Avec la conséquence que les animaux, certes plus nombreux, ont plus de possibilité pour se cacher. 

L'accent est porté cette année sur le Voyage en milieux humides. Le Parc zoologique de Paris (que par raccourci je nommerai Parc) participe à une campagne européenne dédiée aux zones humides (dont je donne la définition en fait d'article pour ne pas alourdir le texte) et nous invite à explorer ces milieux entre terre et eau riches en biodiversité et malheureusement parmi les plus menacés. 

Un parcours d’exploration a été mis au point à travers le Parc, avec plusieurs escales pour découvrir la diversité des milieux humides du monde et leurs espèces emblématiques. Ces écosystèmes sont en danger parce qu'environ 21% de leur surface totale a disparu depuis le XVII°. Pierre-Yves Bureau, Directeur du Parc, a souligné qu'elles représentent aujourd'hui 6% de la surface terrestre et accueillent près de 40% des espèces végétales, comme animales, de notre planète. Ils abritent 50% des oiseaux et 30% des espèces végétales remarquables et menacées.

De mon point de vue l'intention est davantage de sensibiliser que d'émerveiller et surtout de motiver à soutenir les actions vitales entreprises par le muséum d'histoire naturelle dans la préservation d'écosystèmes fragiles et ô combien essentiels.

Pour compléter, on peut se rendre à l’Aquascope, pour y voir une sélection de spécimens, en particulier des insectes, et d’objets issus des collections du Muséum national d’Histoire naturelle. L'idée était bonne mais le petit chalet est au bout du parc et finalement très décevant parce que les vitrines sont totalement à contre-jour. et que les cartels en deviennent illisibles. pourtant j'ai apprécié qu'on y présente un bec de spatule, deux visons, une musaraigne, une chauve-souris et qu'on y retrouve la cistude dont il sera question plus loin. Dehors un immense hôtel à insectes devrait permettre de voir des osmies, des chrysopes, des coccinelles …

Juste à côté, et en bordure de la vaste aire de pique-nique, un parcours pieds nus a un certain intérêt pour les enfants, leur faisant découvrir ce que sont le sable de la savane africaine, l'humus de la forêt humide, les rochers volcaniques. Evidemment on se lave les pieds à la sortie. Enfin un livret-jeu pour observer, s’interroger et explorer les milieux humides de manière ludique en famille a été conçu pour les 6 ans et plus.

Dans la mesure où le visiteur ne sera pas exclusivement focalisé sur cet aspect son parcours s'adaptera aux horaires de nourrissage qui garantissent de voir les animaux, surtout s'il vient en famille. Notre circuit suivait une autre logique et nous avons commencé par la Serre Tropicale qui, étant toujours abritée, offre d'ailleurs une protection aussi bien contre la pluie que les rayons ardents du soleil estival. Mais il y fait une chaleur humide typique de cet écosystème et là aussi la végétation s'est développée ce qui fait qu'on aperçoit plus difficilement certains oiseaux, surtout ceux qui sont en liberté. Pourtant on peut y trouver 40% des espèces présentées dans le Parc.

Impossible évidemment de manquer le Lamantin des Antilles  (Trichechus manatus manatus) qui est le plus gros mammifère vivant en eau douce, de deux mètres de longueur, sur un vaste territoire, de l’Est des États-Unis au Nord Est du Brésil et que le vétérinaire, Alexis Lécu, directeur scientifique du Parc nous a présenté.

Strictement herbivore, il se nourrit d’algues et de plantes aquatiques et peut passer 6 à 8 heures par jour à s’alimenter, ingérant jusqu’à 50 kg de végétaux. Il est amusant à serrer un coeur de salade entre ses nageoires pour le porter à sa bouche que les soigneurs-plongeurs lui ont apporté par guirlandes. Il se régalera aussi de betteraves, de pommes de terre cuites, de céleri branche … sans perturber ses compagnons poissons qui eux sont carnivores.

Il a besoin d’eau douce pour s’hydrater. Ses vibrisses (poils sensoriels sur le museau et le corps) lui permettent de percevoir les vibrations et de s’orienter, y compris dans des eaux peu visibles ou troubles. L’espèce a fortement décliné sur une partie de son aire historique, particulièrement aux Petites Antilles, sous l’effet de pressions humaines (trafic maritime, pêche, dégradation de la qualité de l’eau, destruction des herbiers). Classée Vulnérable (UICN) et comptant moins de 3000 individus au monde, la sous-espèce est intégrée à un Programme de conservation ex-situ de l’EAZA (EEP), auquel participe le Parc zoologique de Paris, qui accueille 3 lamantins, afin d’améliorer les connaissances et les méthodes de suivi et de soutenir un projet de réintroduction en Guadeloupe.

L'apparition d'algues est favorisée dans le bassin par la luminosité et la chaleur de l'eau (24 °C). Même si ces algues font partie de l'environnement naturel des animaux, les soigneurs les aspirent régulièrement pour éviter qu'elles ne deviennent envahissantes. Au zoo comme dans la nature, les algues se développent aussi sur le dos des lamantins. Leur peau se renouvelle vite, ce qui les aide à s'en débarrasser. On peut aussi les voir entre deux repas se frotter contre les racines immergées pour "faire peau neuve".
Le Caïman nain de Cuvier (Paleosuchus palpebrosus) est le plus petit de tous les caïmans et on a du mal à considérer l'animal ci-dessus comme un adulte. Olivier Marquis, le curateur reptiles/amphibiens/ arthropodes du Parc nous explique qu'il est à l'aise sur l'arbre comme dans l'eau. C'est une espèce forestière de Guyane, qui vit dans des milieux ombragés, peu exposés au soleil, mais avec de l'eau.
De multiples tortues toutes petites sont étonnantes.

mardi 14 avril 2026

Visite des tours de Notre-Dame

J'aurais pu focaliser cet article sur l’escalier à double révolution en chêne massif dessiné par Philippe Villeneuve, l’architecte en chef de la restauration de Notre-Dame, parce que c'est un chef d'oeuvre mais je préfère commencer "en douceur" en vous rassurant sur l'exercice qui, de loin, s'apparente à une prouesse sportive. Je veux parler de l'ascension des Tours de Notre-Dame dont le nouveau parcours de visite a été inauguré le 19  septembre 2025.

Je mesure ma chance d'avoir eu l'opportunité d'en avoir fait une visite exclusive avec cet architecte et Marie de Laubier, directrice des monuments de l’île de la Cité, parmi un groupe de Journalistes du Patrimoine et je vous renvoie à leur site pour en savoir davantage sur la restauration du monument. En particulier l'article de Catherine Lalanne qui a suivi l’intégralité du chantier pour Le Pèlerin. Bien entendu, vous trouverez d'autres publications, plus détaillées, sur le site de l’hebdomadaire.

Rendez-vous avait été donné au pied de la Tour Sud (à droite quand vous êtes face à la cathédrale) à une heure très précise parce que les montées sont limitées en nombre pour des raisons évidentes de sécurité (il faut d'ailleurs réserver son créneau de quart d'heure en quart d'heure). L'émotion était palpable pour tous ceux qui se rappelaient de cette fin de journée du lundi 15 avril 2019 et dont chacun avait un souvenir particulier. Pour ma part j'avais appris la nouvelle par une notification venant de l'étranger alors que je me trouvais aux Invalides pour la représentation d'une pièce de théâtre, Le désir attrapé par la queue et la visite en avant-première de l'exposition Picasso. L'information s'était propagée avec effroi alors que nous vérifions nos sources, tant c'était incroyable.

Nous étions prévenus que l'ascension nécessitait une bonne condition physique en annonçant  424 marches (donc 848 au total, auxquelles il faut ajouter celles du RER si on ne prend pas garde à le quitter par l'ascenseur qui émerge au 2 rue Xavier Privas et que je recommande tout particulièrement, et puis celles d'un retour arrière parce que les premiers d'entre nous étaient montés trop haut, trop vite, oubliant de s'arrêter en salle dite basse, soit une addition qui frôle le millier de marches).

Vrai et faux parce que très franchement la régularité des marches et le fait qu'il n'y ait qu'un seul sens de circulation (on monte par une tour, on redescend par une autre) atténue l'effort pourvu de progresser régulièrement. Et surtout, des indications mentionnent régulièrement où l'on se situe dans le parcours ce qui a un effet très encourageant. Vous remarquerez que sur l'exemple ci-contre il "ne" reste que 246 marches à grimper, sachant que les 178 premières n'ont pas provoqué d'essoufflement. Il existe aussi des bornes SOS pour appeler à l'aide en cas de besoin.

Enfin des arrêts intermédiaires ont été prévus qui permettent de "découper" le trajet en plusieurs étapes mais il n'est pas question pour autant d'y prendre racine, leur capacité d'accueil étant limitée à vingt personnes.

En dernier recours le personnel présent prévient de la difficulté de l'ascension du dernier étage par un escalier de pierre (plus étroit) et proposent de le court-circuiter en traversant directement la cour des Citernes, ce qui malgré tout prive du panorama du sommet à 260°.

C'est vraiment une "excursion" que je recommande. D'abord pour l'émotion de retrouver la cathédrale quasi comme on la connaissait, avec la vue saisissante sur la flèche restaurée et sur les silhouettes d'une hauteur 3,4 mètres des 12 statues des apôtres et 4 évangélistes réalisés par le sculpteur Geoffroy de Chaume à la demande de l'architecte Viollet-le-Duc en 1857, (par chance préservées puisqu'elles avaient été déposées juste avant l'incendie  en avril 2019 et rénovées entre 2019 et 2021 en Dordogne). L'une d'elles en particulier est émouvante, celle de Thomas -saint patron des architectes- aux traits de Viollet-le-Duc.

La flèche médiévale avait été démontée à la Révolution. Une nouvelle fut réalisée à partir de 1858, sous la direction de Viollet-le-Duc. C'est elle qui s'est effondrée lors de l'incendie de 2019, avant d'être fidèlement rebâtie en chêne et en plomb.

Leurs ombres se découpent joliment sur l'ardoise et on comprend que le remplacement des vitraux de six chapelles sur sept du bas-côté sud soit jugé scandaleux. L’hypothèse de leur remplacement n’a jamais été examinée par la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture parce qu'ils n'ont pas été détériorés par la catastrophe même si le chantier de restauration a intégré leur nettoyage et leur consolidation.

Ils composent un ensemble cohérent conçu par Viollet-le-Duc, en fidélité à l’origine gothique de la cathédrale et quel que puisse être le talent de Claire Tabouret, connue pour être proche du collectionneur (et mécène) François Pinault, est-il acceptable que la volonté d'un président de la république soit supérieure au Code du patrimoine car évidemment ces vitraux sont "classés" ? L'histoire dira s'ils seront remplacées en décembre 2026, pour d'ailleurs la "modique" somme de 4 millions d'euros qui auraient pu être utilisés autrement.

lundi 13 avril 2026

Valjean ! avec Christophe Delessart

Christophe Delessart est habité par l’histoire de Jean Valjean depuis plus de quarante ans. Il ne se lasse pas d’en explorer les failles et les vertiges. Il est en ce moment sur la scène du Théâtre de l'Essaion.

Après une décennie de représentations au Festival d’Avignon et à Paris, la pièce revient dans une version revisitée, plus profonde et contemporaine. Avec un titre qui ressemble à une injonction. Une évidence. Ce retour marque une volonté d’offrir une immersion totale dans l’univers des Misérables et l’intimité extrême de son héros pour toucher un public toujours plus large. .

On a oublié en effet qu’il n’y a pas si longtemps on pouvait être condamné au bagne pour avoir volé une miche de pain. Aucun scénariste n’oserait écrire aujourd’hui une vie aussi dure.

L’homme multiplie les emmerdes autant que les succès. Il parvient malgré tout à s'élever dans l'échelle sociale, du bagne à la gloire discrète et éphémère, de l’ombre à la lumière, et surtout en passant de la haine à l’amour. Valjean est un des personnages principaux du célèbre roman Les Misérables de Victor Hugo que Christophe Delessart a adapté et réadapté, ce qui est une bonne chose pour nous qui avons une image de cet homme sans pour autant en connaitre toute l'humanité.

C'est ce à quoi s'attache le comédien, depuis la première version intitulée "La passion selon Valjean" en 1987. Il cherche à nous faire partager les luttes intérieures de ce personnage complexe, à la fois colosse solide et homme profondément vulnérable, sa recherche de justice et vivre son parcours de réparation.
Il en a la carrure et s'il a choisi délibérément le seul-en-scène il interprète aussi dans un décor épuré tous les rôles, faisant d'ailleurs joliment surgir Cosette avec sa poupée.

Christophe Delessart est aussi l'auteur de plus d’une dizaine de pièces et il a été notamment Rembrandt dans "Rembrandt sous l’escalier" de Barbara Lecompte. Enfin il participe à la transmission du goût des mots et de leur interprétation au sein de la société Le Quatrième Mur dont il est le fondateur. 

La mise en scène est d'Elsa Saladin qui fut d'abord assistante de Daniel Mesguich, Stéphane Bierry, Marion Bierry … Elle a mis en scène des classiques et du contemporain et a aussi une activité d'enseignante.

Valjean ! sera donné dans une version surtitrée en anglais pour permettre aux anglophones d’entendre le texte dans la langue d’Hugo avec une traduction simultanée en anglais mais je ne l'ai pas vu sous cette forme.
Valjean ! de et avec Christophe Delessart
Mise en scène Elsa Saladin
Recommandé à partir de 14 ans
Du 1er avril au 18 juin 2026 : mercredi et jeudi à 19h00
Du 3 au 25 juillet 2026 : vendredi et samedi à 19h00
Au Théâtre Essaion - 6, rue Pierre-au-Lard - 75004 Paris

dimanche 12 avril 2026

Avec CLING ! la Bande dessinée parle cash à la Monnaie de Paris

C'était avant-hier, dans les salons historiques de l’Hôtel de la Monnaie de Paris. Qui aurait dit qu'on oserait y accueillir avec les honneurs Tintin, Astérix, Lucky Luke, Picsou, Batman, les Schtroumpfs, Gaston Lagaffe sans compter aussi les Freak Brothers, Lupin III, Blueberry, Corto Maltese ou encore des figures majeures du manga et de la BD "underground" ?

La Monnaie de Paris reste un lieu de production dans une usine parisienne en plus de celle de Bordeaux. C'est aussi un lieu patrimonial et culturel où l'on tire le fil de symboles comme vecteurs de lien social.

Avouez qu'elle est saisissante, en haut de l'escalier d'accès, la première reproduction, celle de Winsor McCay (1867-1934 aux États-Unis) Pennies into Dollars, Encre de Chine sur papier de 1933, publiée dans The Omaha Bee-News !

La raison en est que depuis plusieurs années, la programmation culturelle de la Monnaie de Paris explore les multiples dimensions de l’argent et la monnaie, qu’elles soient économiques, symboliques, artistiques ou sociales. En choisissant aujourd'hui la bande dessinée comme médium, on affirme la volonté de croiser les disciplines et surtout de s’adresser à tous les publics.

Cette fois, sur 650 m², le visiteur est invité à une traversée visuelle de plus de deux cents œuvres, issues d’une grande diversité de supports : planches originales, couvertures, films, œuvres patrimoniales et créations contemporaines qui dialoguent dans une scénographie signée Marine Brunet (Agence Soplo), avec un graphisme de Roman Gigou.

Sans verser dans les stéréotypes, on lui propose un récit transversal de l’histoire de la bande dessinée éclairé par huit figures archétypales commandées spécialement (de gauche à droite) à Ugo Bienvenu, Blutch, Coco, Florence Cestac, Nicolas de Crécy, Anouk Ricard, Thomas Ott et Catherine Meurisse et qui structurent le parcours et en constituent le fil narratif et scénographique à travers les archétypes "aventuriers, voleurs, épargnants, marginaux, milliardaires,  joueurs, faussaires et alchimistes".
C'est un des moments forts que de les découvrir en oriflammes, dans le Salon d'honneur (qui se fait aussi bibliothèque pour les visiteurs) si on songe que la Bande dessinée est entrée pour la première fois dans un musée (celui des Arts Décoratifs) seulement en 1964. Et le catalogue de l'exposition permettra d'en saisir tous les rouages.

samedi 11 avril 2026

Le Bourgeois Gentilhomme mis en scène par Jérémie Lippman

Les trois coups résonnent sous le plafond du Gymnase Marie Bell qui est tout à fait raccord avec le décor du Bourgeois Gentilhomme, magnifiquement mis en scène et dépoussiéré par Jérémie Lippman et une troupe formidable, danseurs y compris. Mention particulière à la merveilleuse Marie Parouty en Madame Jourdain même si son mari, interprété par Jean-Paul Rouve est touchant de candeur, tout autant que de ridicule, lui valant une nomination comme meilleur comédien aux Molières.

L’ensemble est moderne, respectant malgré tout les codes du passé. La musique est baroque. Les cannes martèlent la mesure. Le lustre brille. Les perruches sont ébouriffées. Costumes et mimiques évoquent joliment Lagerfeld chez le tailleur, et quand la musique suggèrera celle des défilés le public ne retiendra pas ses battements de mains. Les intermèdes dansés sont tous très jolis. Les chorégraphies sont épatantes, et leur place est légitime puisque la pièce est une comédie-ballet.

Jérémie Lippman dit avoir envisagé l'espace scénique comme une arène pour évoquer à la fois la piste d’un cirque et le manège des apparences. De fait chaque personnage y vient, tour à tour, présenter son numéro pour défendre ses intérêts. Ce cercle infernal, s’accélère au fil des scènes (et même les saluts sont personnalisés). La scénographie évolue, puis se métamorphose, suivant ainsi l’aveuglement grandissant du protagoniste.

Les costumes, fidèles à l’époque de la pièce, incarnent les travestissements, les ambitions et les mensonges de ceux qui les portent. Tantôt apparats, tantôt déguisements, ils sont au cœur de la supercherie collective.

La musique omniprésente, emprunte à Lully ses fondations baroques. Elle se jouera, elle aussi de ce double jeu : elle guide, suggère, trahit, fait éclater le comique. À des moments clés, elle s’échappe du XVII° pour glisser vers des sonorités plus contemporaines, soulignant par contraste l’absurdité ou la modernité des situations.

Les ballets, accompagnent ces compositions et accentuent la frénésie et l’exaltation du ridicule, où le corps exprime ce que les mots dissimulent. Ils portent à leur paroxysme les illusions de grandeur de Monsieur Jourdain.

Est-ce que les gens de qualité font ci ou çà, portent ci ou çà, aiment ci ou çà ? Ne raillons pas les interrogations de ce bourgeois qui ressemble à s’y méprendre à tous les moutons qui suivent les influenceurs des réseaux sociaux.
"On veut toujours être quelqu'un d'autre, on aspire toujours à ce qu'on nous trouve mieux", a dit en interview Jean-Paul Rouve. Il confie avoir lui-même connu un sentiment d'imposture en arrivant de Dunkerque à Paris et avoir nourri son personnage de son propre parcours : "Tu as l'impression que tu es d'un milieu inférieur, c'est d'autres codes sociaux, d'autres façons de parler, d'autres goûts, d'autres rapports à tout. Donc il m'arrivait de mentir en disant 'oui, j'ai vu ça', de dire 'ça j'ai aimé, alors que je n'avais pas aimé', et de cacher mes véritables goûts".

Le comédien établit un parallèle avec la saga des Tuche, tout en nuançant : "Jeff Tuche ne change pas. Il vient dans un monde qui n'est pas le sien et au lieu de vouloir s'adapter, il vient avec son monde à lui et il va perturber le monde de l'autre. Alors que le Bourgeois, lui, veut s'adapter. Il a l'impression qu'il y a un monde qui est mieux que le sien et il veut appartenir à ce monde. Mais ils ont quand même tous les deux une part d'enfance très présente."

Combien de pères aujourd’hui ne pourraient pas se reconnaître dans le reproche : vous n’êtes pas gentleman, vous n’aurez pas ma fille quand leur progéniture annonce une union en dehors des attentes familiales ? Le désir de s’élever socialement n’est pas aussi ridicule qu’il y parait. C’est universel et près de quatre siècles après sa création au château de Chambord en 1670, Le Bourgeois Gentilhomme continue de faire rire et de questionner notre rapport aux apparences et à la légitimité sociale.

On déguste la conversation débattant de prose et de vers. Le rire de Nicole est contagieux quand elle estime que la maison est Mardi-Gras tous les jours. Le travail sur les voix et les accents est excellent. C'est un très beau travail de troupe longuement applaudi par un public conquis de scène en scène.
Traité avec une forte originalité, des parti-pris esthétiques tranchés sans pour autant dénaturer la pièce que nous connaissons bien. Il ne fait pas de doute que Jérémie Lippmann assisté de Sarah Gellé et Sarah Recht (qui ont également travaillé avec lui sur Les souliers rouges et Bungalow 21) sait s'entourer de talents.

Il n’y a pas longtemps, trois ans seulement Le Bourgeois gentilhomme, mis en scène par Christian Hecq et Valérie Lesort à la Comédie-Française, avait reçu le Molière du Théâtre public. Je me souviens de celui de Marcel Maréchal que je qualifiais de "régal". Il n’empêche que ceux qui bouderont la version de Jérémie Lippman se priveront d’un grand plaisir.
Le Bourgeois Gentilhomme mis en scène par Jérémie Lippman
Scénographie et décors : Jacques Gabel
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Chorégraphies : Tamara Fernando
Perruques : Catherine Saint-Sever
Musiques : David Parienti
Lumières : Jean-Pascal Pracht
Avec Jean-Paul Rouve, Jean-Louis Barcelona, Gauthier Battoue, Julien Boclé, Taylor Chateau, Michaël Cohen, Hugues Delamarlière, Eleonora Galasso, Audrey Langle, Joséphine Meunier, Florent Operto, Marie Parisot, Marie Parouty, Héloïse Vellard
Au Théâtre du Gymnase jusqu'au 2 mai 2026
Mais aussi pour une date exceptionnelle à l’Olympia le 24 janvier 2027

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est une photo de © Tanguy Mendrisse, prise à la création de la pièce au Théâtre Antoine, en septembre 2025.

vendredi 10 avril 2026

Et les nominations aux Molières 2026 sont …

(mis à jour le 4 mai 2026)
Jean-Marc Dumontet, président des Molières, a profité de la conférence de presse d'annonce des nominations pour rendre hommage au soutien indéfectible de France Télévisions qui diffuse la cérémonie en prime.

Cette prochaine soirée qui aura lieu lundi 4 mai sur France 2, à 21 h 10 et qui sera réalisée par une femme, Patricia Rimond des Anges (Production toujours  Act4 Productions) est plus utile que jamais pour mettre en avant toute la créativité, certes forte, mais malmenée comme jamais avec les coupes budgétaires qui ont lieu un peu partout …

Jean-Marc Dumontet, producteur de théâtre pointilleux et reconnu, possède le théâtre Antoine, le Théâtre Libre, Le Point-Virgule, Le Grand Point-Virgule, Bobino et la Salle Gaveau (où avait lieu la conférence de presse). Il est co-propriétaire des Folies-Bergère. Et surtout, il préside depuis 2013 l’association des Molières. Il considère que malgré tous les aléas le spectacle est plus vivant que jamais autant dans le public que le privé mais que le besoin de relai reste essentiel. Il a souligné aussi qu’un théâtre populaire n’était pas incompatible avec l’exigeance.

De son côté Anna Holmes, directrice des programmes de France télévisions, a confirmé l’investissement du service public avec 150 pièces diffusées -dont 25 inédits- sur l’ensemble de ces chaînes, soit une augmentation de 15% par rapport à l’an dernier. C’est très important puisque chaque diffusion touche environ 7 millions de "spectateurs". Et on peut se réjouir que l’audience de France 4 connaisse en la matière une croissance de 35%.

Après Courgette, Les gros patinent bien, Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 on peut citer, rien que pour la semaine du 3 mai Bungalow 21, Une idée géniale, Du charbon dans les veines, Le repas des fauves, Un pas de côté et L’école de danse de Carlo Goldoni, avec la troupe de la Comédie-Française (tout le programme est détaillé ici).

Elle a confirmé qu’étant la vitrine de la création théâtrale française, en mettant à l’honneur celles et ceux qui font vibrer les scènes, la retransmission de la Cérémonie des Molières était le point d'orgue de la place du théâtre sur les chaines publiques. Mais comme dit précédemment l’action ne se limite pas à cet évènement, loin s’en faut. Cette seule soirée vise 1 millions de téléspectateurs, ce qui serait l’équivalent de 840 représentations aux Folies Bergère. Elle sera diffusée en léger différé, à 21 heures, depuis ce magnifique théâtre mais rien ne filtrera de le remise des premières statuettes avant 22 h 30 sur les réseaux sociaux.

Pour la troisième fois (non consécutive) Alex Vizorek en sera le présentateur et s’il n’a rien voulu révéler de particulier nous avons deviné qu’il y aurait des surprises de taille, et de l’humour bien entendu. Pour l’instant tout est encore à l’état de pistes et nous savons simplement que Jim Carrey ne pourra pas venir. faisons confiance à celui qui est tout de même à longueur de temps un jour sur trois sur une scène.

L’assemblée étant impatiente de connaitre les nominations ce sont Hugues Leforestier, directeur général et Gaëlle Billaut-Danno, une des administratrices, qui ont donné la liste des 46 spectacles distingués parmi les 225 éligibles et vous constatez que 7 d’entre eux figurent dans 3 catégories. On est loin du trust de certaines années par des pièces qui allaient jusqu’à 7 nominations comme Edmond, Courgette ou encore Le canard à l’orange …

Ce sont les 3800 électeurs qui votent, en s’exprimant généralement à 60% au premier tour et 70-75% au second, qui se déroule sur quelques jours, du 13 au 18 avril à 21 h. Il faut savoir qu’on n’est pas votant à vie et qu’on est exclu si on ne vote pas pendant deux ans. Les règles sont, on le constate, très strictes et rigoureusement appliquées.

Il y a des surprises dans la liste des nominations du fait que les spectacles sont soumis par les théâtres ou les producteurs, en justifiant du nombre de dates de représentations nécessaires. Certains ne souhaitent pas le faire et c’est leur liberté. Et s’il n’y a que 3 nominations dans la catégorie spectacle musical c’est parce que les titres proposés cette année étaient au nombre de 5. Il aurait été déraisonnable de tous les retenir.

Suite à la mise à jour du 4 mai 2026, 23 h 30, les gagnants apparaissent en rouge.

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