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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 13 mars 2021

Volia Panic d'Alexis Forestier, de la Compagnie les Endimanchés

Volia Panic aurait dû être présenté dans le cadre du Festival MARTO ! 2021 mais la crise sanitaire en aura décidé autrement.

Ce festival Hauts-Seinais dédié à la marionnette et au théâtre d'objets m'a fait découvrir depuis de nombreuses années le travail de multiples compagnies exceptionnelles, en particulier dans le domaine de la marionnette, pour enfants comme pour adultes.

La compagnie les Endimanchés était très heureuse de présenter le spectacle créé en 2015. Pourtant sa reprise est un tour de force parce qu'il n'avait pas été joué depuis un certain temps et que cette discontinuité pénalise les comédiens. On le comprend au fil de la représentation qui est une immense performance que j'ai vue hier sur la Scène nationale du Théâtre 71 de Malakoff.

L'action a déjà commencé quand on pénètre dans la salle. On peut considérer que les machines chauffent sur un fond de musique tsigane. Le plateau est encombré d'objets de toutes sortes et ce n'est rien comparativement à ce qui va suivre. Nous voici déjà embarqués dans l’histoire et les méandres de l’exploration spatiale, sur fond de chansons et de musique postpunk, aux accents hard-rock, emportés par des textes dits et chantés parfois en français, parfois en russe.

Au début, je me suis demandé s'il s'agissait d'une histoire réelle ou fantasmée parce que j'ai reconnu des outils agricoles comme une cardeuse et un fléau. A ma décharge je n'avais pas lu en détail le dossier de presse (pour ne pas être influencée) et j'étais encore sous le coup des émotions des images reçue de l'expédition en cours sur Mars.
On a sous les yeux un théâtre d’installation (et de désinstallation) fabriqué à vue avec des objets issus du monde rural et de la société industrielle naissante, machines et outils pour tenter le décollage d’une fusée. Alexis Forestier et Itto Mehdaoui se penchent sur le Cosmisme russe, courant de pensée du début du XXe siècle qui visait à intégrer l’homme au cosmos et qui aura influencé les pionniers de l’aventure spatiale soviétique. Un vaste sujet pour une pièce inclassable, en orbite entre performance et concert bricolé. Les interprètes y sont tour à tour musiciens, voltigeurs, machinistes ou comédiens pour donner vie à une scénographie minutieuse et pourtant joyeusement bordélique. Derrière l’absurde des situations et le chaos du paysage scénique, les Endimanchés révèlent les contradictions entre le désir originel de l’homme de comprendre le cosmos et sa volonté de maîtrise totale de l’environnement terrestre et extraterrestre.

L'ensemble tient du cabinet de curiosité et d'un musée qui "réunirait tout ce qui a fait son temps ne peut plus servir, et qui serait pourtant espoir d'un avenir". L'emploi de scènes d'actualité d'époque est judicieusement ficelé. Il est émouvant d'entendre les tonalités de voix sorties du passé. Quant aux passages chantés par Itto Mehdaoui ce sont de purs joyaux tant sa tessiture est belle.

C'est une sorte d'oxymore théâtrale témoignant que le progrès pourrait (aussi) correspondre à une fin de monde. Une forme d'angoisse enveloppe quelques scènes tant il est vrai que la conquête spatiale aura provoqué comme dommages collatéraux.

Je suis sortie bouleversée par le travail de ce collectif, aussi bien chez les comédiens (mais comment peuvent-ils mémoriser un tel texte ?) que dans l'équipe technique. D'ailleurs les artistes sont tout autant régisseurs. Réussir à résumer un siècle d'aventures en une heure trente est une prouesse. Je n'ai que quelques bémols : l'absence de surtitrage et l'usage (que je comprends néanmoins) de micros HF qui, parfois, ont fait que je ne repérais pas qui parlait.

Je souhaite à la compagnie de pouvoir bientôt reprendre sa tournée. Leur spectacle peut décemment être étiqueté comme essentiel. Scrutez l'apparition d'un calendrier sur leur site !
Volia Panic d'Alexis Forestier 
Conception Alexis Forestier en hommage à Jean Paul Curnier
Ecriture et montage des textes Samuel Eymard, Alexis Forestier, Itto Mehdaoui
Avec Alexis Forestier, Itto Mehdaoui, Christophe Lenté, Jean François Favreau, Barnabé Perrotey, Alexis Auffray, Perrine Cado
Compagnie les Endimanchés
En représentation professionnelle le vendredi 12 mars sur la scène nationale du Théâtre 71, 3 place du 11 novembre, à Malakoff 92240
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Perrine Gamot

vendredi 12 mars 2021

L'Enfant céleste de Maud Simonnot

Si vous avez entendu parler de l’Enfant céleste ce fut sans doute en bien. Je n’imagine pas qu’on puisse écrire une critique négative sur ce livre au charme léger et délicat.

On devine combien Maud Simonnet a mené des recherches pour nourrir l’intrigue, habilement nouée avec les recherches que Tycho Brahe entrepris sur l'île de Ven où il imagina un observatoire prodigieux depuis lequel il redessina entièrement la carte du Ciel.

Et combien il fallut de travail à l'auteure pour que tous ses effort ne se sentent pas. Il en résulte un récit empreint de délicatesse et de légèreté qui coule de source.

A la dérive, l’île, un dernier rivage, ces trois parties aux intitulés marins racontent l'histoire de plusieurs voyages, autant réels qu'intérieurs, qui mèneront la mère, Mary, et l'enfant, Célian, à envisager des horizons plus sereins.

Il me plaît de croire, même si je sais que c’est une illusion, que la couverture est une aquarelle tirée de l'herbier que Mary peint pour illustrer les plantes que lui rapporte son fils (p. 16). Ce choix obéit en tout cas à une grande logique puisque la nature et les plantes sont très présentes dans le livre. On pourra croire aussi à une toile du vieux pêcheur qui (p. 98) peint la flore de l'île lorsque la météo l’éloigne de l'océan.

J'ignorais cet endroit, d'à peine la moitié de la superficie d’Ouessant, si loin de Paris et de nos soucis. Maud Simonnet la décrit si finement que, si nous n'étions pas interdits de lointains voyages, je bouclerais illico une valise pour l'arpenter moi aussi et me laver de ces jours en creux qui accompagnent les chagrins (p. 113) que Mary n'est pas unique à devoir traverser.

Je ne suis pourtant pas à plaindre, ayant la chance de me rendre régulièrement sur Oléron, une île certes moins exotique, mais qui possède un immense potentiel de variétés de paysages sur quelques kilomètres de distance, et de ciels aussi.
L'adjectif figurant dans le titre étonne. Il sera associé à la voûte autour de Mary et Bjorn (p. 154). Il qualifie avant tout Célian, qui signifie "lune" en grec et "querelleur" en celte est en quelque sorte tombé du ciel pour la mère comme pour le lecteur qui ignore qui est son père (information sans importance au demeurant pour le roman). Il est victime -ou chanceux- de surdouance, selon le point de vue qu'on adopte. Maud Simonnot pointe ce que cette spécificité à de joli, cette aptitude si particulière à être en connexion sensuelle avec les éléments. Et bien sûr l’incompréhension de la part des personnes dites normales. On devrait exiger une proportion d'enseignants surdoués dans les établissements scolaires. Cela changerait beaucoup les choses mais c'est bien entendu inenvisageable : aucun ne passerait le cap des sélections.

L'auteure explique ce qui marque la surdouance (p. 35) en particulier une hypersensibilité. Elle nous donne plus loin un indice qu'elle qualifie de caractéristique déroutante pour repérer un surdoué (p. 119) : une pensée arborescente qui ne cesse de faire des liens entre les choses les plus improbables. J'ajouterai que ce qui est vrai d'un enfant l'est tout autant d'un adulte parce que la surdouance est une spécificité qui ne disparait pas. Elle reste dérangeante à tous les âges.

Les allers-retours entre le ciel et la terre sont constants. La dimension écologique est récurrente, parfois à travers quelques mots, mais qui sont essentiels. Par exemple en pointant (p. 84) combien la sauvegarde des semences est un combat . Et je recommande fortement de regarder le documentaire Les Liberterres qui en fait la démonstration. 

Je ne soupçonnais pas que Shakespeare se soit inspiré de la vie de Tycho Brahe alors que je ne cesse, en ce moment, d'aller voir des spectacles autour d'Hamlet ou de l'astronomie. Quel hasard ! Guy-Pierre Couleau,  qui a mis en scène plusieurs pièces de Shakespeare, dont la dernière est La tragédie d'Hamlet, au Théâtre 13, m’a appris que le théâtre du Globe, construit à Londres pendant la nuit de Noël 1598 par Shakespeare et ses comédiens, n'a pas seulement été nommé ainsi parce que "le monde entier est un théâtre" mais aussi en référence à ce bouillonnement des idées qui allait se répandre alors que Galilée, n'a pas encore l'idée de tourner une lunette vers le ciel. Il le fera en 1609, inventant alors la lunette astronomique.

L'analyse argumentée (p. 79) autour de ce que Maud Simonnot appelle des convergences troublantes est absolument passionnante, surtout pour quelqu'un qui a travaillé dans l'univers du théâtre.

On peut songer à diverses figures spectrales, comme celle du résident dit invisible (p. 75). De nombreux personnages célèbres traversent cet ouvrage et il faut remercier l'auteure de nous en donner les principales références p. 165. Elle y avoue un travestissement, celui du titre du poème de Tennyson, sans doute par humilité puisqu'il porte son propre prénom, Maud.

Ce premier roman (après avoir signé une biographie remarquée) nous parle de résilience avec élégance. Mary voudrait "oublier" Pierre en se débarrassant de l'imprégnation qui subsiste dans sa mémoire. Elle s'appuie sur ce qu'elle a lu de Proust (p. 137), un spécialiste en la matière pourrait-on dire. Elle a aussi recours à une forme de dénigrement en lâchant (p. 81) l'étrangeté de cet homme qui se tenait au bord de l’amour comme un échassier au bord de l’eau. Comme s'il existait un risque à être ou ne pas être emporté par des sentiments.

Curieusement et alors qu'elle avait placé en lui un fol espoir d'éternité, Mary ira mieux quand elle réussira (p. 101) cet exercice périlleux : J'essaie de refouler cette pensée que le bonheur présent est un moment volé. A la fin, elle sera sans doute parvenue à traverser à l'envers tous les sentiments. Elle pourra revenir sur les lieux de son défunt amour, y déposer des fleurs (p.160) et se sentir enfin prête à rejoindre ce rivage où l’on guérit du mal d’aimer.

On observera qu'elle n'était pas seule sur ce chemin de la désensibilisation (comme on pourrait le dire d'une allergie soudaine). Elle aura été accompagnée par sa mère, par les habitants de l'île et surtout par Björn, un homme réparateur agissant comme un onguent, précisément parce qu’il ne lui promet rien. Elle aura compris que les promesses ne servent à rien, ou peut-être à faire du mal quand elles ne sont pas tenues.

Quand Mary reprend l'escalade, ce sport lui fait l'effet d'une remontée d'un abysse. Le livre s'achève sur cette citation célèbre de Shakespeare, figurant dans La Tempête : Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves (p. 162). Il m’aura manqué de la musique pour qu’il soit parfait. Qu’importe, j’ai entendu le bruit des vagues.

L'Enfant céleste de Maud Simonnot, éditions de l'Observatoire, en librairie depuis le 19 août 2020
Choix Goncourt des lycéens de l’Italie

jeudi 11 mars 2021

La tragédie d'Hamlet mise en scène par Guy-Pierre Couleau

Le texte français de cette version a été co-écrit par Marie-Hélène Estienne et Jean-Claude Carrière, lequel sera éternellement absent désormais.

Je ne sais pas si c’est une référence à la pièce mais on m’a dit que tout ce qu’il écrivait, il le faisait en ayant près de lui une cabeza mexicaine, alors je rédige mon texte en faisant de même.

Guy-Pierre Couleau nous a exprimé à travers quelques mots de bienvenue sa joie de pouvoir au final parvenir à jouer 3 jours même si ce n'est que devant à chaque fois une vingtaine de spectateurs, et qu'on est loin des six semaines prévues initialement.

Il a insisté sur l'expérience collective de réflexion sur le monde que nous offre le théâtre. Une autre est celle de la maladie (et j’ajouterai de la mort). La troupe a répété sous ce double signe de l’inquiétude et de l’espoir. Il n'est pas inutile de le savoir.

Quant à l’avenir, personne ne le connaît actuellement. Je vous invite donc à consulter le site de la compagnie pour connaître les dates de la tournée que l’on espère prochaine. Elle passera notamment par le Théâtre d'Auxerre, la Scène nationale de Château Gontier, et au printemps 2022 par le Théâtre Victor Hugo de Bagneux, avant de revenir au Théâtre 13 Jardin. 

Je fais partie de ceux qui saluent le travail de ce metteur en scène qui a monté plusieurs pièces de Shakespeare. On retrouve d'ailleurs dans la distribution plusieurs comédiens que j'avais remarqués dans Le songe d'une nuit d'été au Théâtre du Peuple de Bussang. Pour lui le théâtre est (aussi) une question de fidélité : vingt ans après y avoir joué Le Baladin du monde occidental de JM Synge, et à l’invitation de sa directrice Colette Nucci, le revoici sur la scène du Théâtre 13 (lequel a connu de gros travaux) pour cette Tragédie d’Hamlet​ de William Shakespeare.

Il reconnait que le choix de cette pièce peut paraître paradoxal​, parce que pour beaucoup, ​Hamlet reste l’incontournable. Cependant, comme dans tous les grands textes, l’appel du sens est un chemin nécessaire pour qui souhaite avancer.
Je suis diversement réceptive aux parti-pris de décor et de costumes. Avoir choisi des vêtements contemporains ne me dérange pas mais si j’approuve ceux des hommes je m’étonne de ceux des personnages féminins. J'ai également été peu sensible aux scènes dansées par Sandra Sadhardheen, à l'exception de celle de la mise au tombeau d'Ophélie qui est sublime. Et je salue la magnifique chorégraphie des combats réglée par Florence Leguy.

Je dois dire que je suis forcément influencée, il ne pourrait en être autrement, par le très récent Hamlet que j’ai vu, il y a un mois, à la Tempête. J’ai essayé d’en effacer le souvenir, ce qui fut complexe et j’avoue qu’il subsistait pendant la représentation, malgré l’interprétation très sensible et admirable de Benjamin Jungers. Il est difficile d'être autant enthousiaste pour l'un et l'autre à si peu de distance. Je peux cependant affirmer que je les ai tous deux appréciés, pour des raisons différentes.
Sans être une spécialiste j'ai tout de même vu une dizaine d'Hamlet. Difficile dans ces conditions d'être encore surprise. Etais-je cependant sous influence d'une récente lecture, celle de l'Enfant céleste ? J'ai remarqué une profusion d’allusions botaniques qui ne m'avaient pas semblé aussi nombreuses jusque là. Et autant porteuses de sens. Par exemple celle-ci qui infuse la question centrale du doute : C’est un jardin non désherbé, monté en graines.

Cet Hamlet ne déroge pas aux précédents. Il interroge sur la quête de vérité et le refus des faux-semblants : Un homme peut sourire et n’être qu’un salaud. Du moins il en est ainsi au Danemark. Et sans cesse sur la folie et sur la vengeance à l'aune de cette vérité, dont on accepte qu'elle soit bafouée momentanément pour compromettre les coupables : je mens, Horatio, le reste est silence. Mais inceste et adultère, qui sont des sujets éminemment contemporains, pèsent lourd également. 

Sur le plan de la mise en scène, on notera que le public est presque partie intégrante du dispositif tant les comédiens vont et viennent à travers les escaliers, ce qui nous rend très attentifs aux changements de ton.
La tragédie d'Hamlet de Shakespeare
Adaptation : Peter Brook
Texte français : Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne
Mise en scène : Guy-Pierre Couleau
Avec Emil Abossolo M’Bo, Bruno Boulzaguet, Marco Caraffa, Benjamin Jungers, Anne Le Guernec, Nils Ohlund, Thomas Ribière, Sandra Sadhardheen
Présentations professionnelles : Mercredi 10 mars, jeudi 11 mars et vendredi 12 mars 2021 à 14h30
Au Théâtre 13, Jardin, 103 A, Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est © Laurent Schneegans

mercredi 10 mars 2021

Vous êtes à deux doigts du bonheur de Françoise Spineux

La fiche technique de Vous êtes à deux doigts du bonheur était extrêmement attractive. Comment refuser une telle promesse ?
L'auteure nous propose un ouvrage fondé sur la pleine exploitation de ses dons, le soutien permanent et indéfectible du monde spirituel ainsi que la joie et le bonheur qui accompagnent immanquablement l'état d'éveil.
Son but est d'éveiller les consciences, afin que chacun soit bien persuadé que cet état et ce bonheur sont accessibles dès lors que l'on décide de cheminer dans leur sens. Cet ouvrage décrit la manière dont chacun peut trouver en lui la plénitude et le bonheur lorsqu'il se dirige vers l'éveil de son âme.
L'auteure y développe les étapes-clés nécessaires pour atteindre l'état d'éveil et de béatitude qui résulteront d'un processus de "nettoyage" de l'âme. Pour quelle puisse rayonner, il est nécessaire de travailler à soigner nos blessures, découvrir puis suivre notre chemin de vie, et exploiter nos dons ainsi que nos compétences innées.
À cette recette du bonheur, elle incorpore ses ingrédients essentiels que sont l'amour et la foi en une force supérieure qui guide et soutient ceux qui la sollicitent. L'auteure, préfacée par Geneviève Delpech, médium reconnue, et le Dr Gilles Dubois, neurochirurgien, nous plonge ainsi dans son univers de médium-guérisseuse où les valeurs d'amour, de coeur, de lumière, d'énergie, de couleurs, de joie, de foi et d'espoir vous permettront d'incarner la bonheur attitude…
J'ai déjà chroniqué sur le blog des ouvrages qui traitent du bonheur. En particulier celui-ci de Florence Servan-Schreiber, auquel je me réfère souvent et qui m'a vraiment amenée à modifier ma vision des choses, il y a dix ans déjà. J'estimais avoir encore à apprendre et c'est dans cet état d'esprit que j'ai ouvert celui de Geneviève Delpech.

Outre les préfaces, l’auteure met en garde dans un préambule, du caractère très spirituel (et c’est à souligner) de son ouvrage qui comporte de multiples références religieuses. J’apprécie qu’elle le précise,  de la même façon que sa suggestion de découvrir un parcours d’âme (p. 38). Ces passages m’ont néanmoins suffisamment dérangée pour tempérer ma motivation à chroniquer cet ouvrage. Je le fais malgré tout pour respecter mon engagement.

Suivent une introduction et une présentation avant que la médium-magnétiseuse, comme elle se désigne elle-même, n’aborde réellement le sujet. Nous voici rendus page 39. J'y apprends, façon de parler, qu'on  est le seul générateur de son propre bonheur. Là je m’inscris en faux en pensant aux enfants maltraités, aux adultes abusés, ou sous emprise de pervers narcissiques.

Nous sommes pollués par nos blessures écrit-elle plus loin (p. 47), et sur ce point je lui donne raison. Il est vrai que la position d’impuissance est une stratégie pour éviter de se confronter à la responsabilité de son mal-être. Encore faut-il en avoir conscience. Et la diplomatie s’impose avant de parvenir à en faire prendre conscience à quelqu'un qui est dans ce déni et qui s'est construit sur cette base.

Il me semble trop réducteur de prétendre que tout individu est libre de refuser un héritage que l'auteure reconnait comme enfoui dans notre génome. Il est faux de croire que notre bonheur ne dépend que de nous. je me souviens de Coluche raillant qu'il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade.

Soyons cohérent, si ce qu'avance Françoise Spineux était si simple à mettre en oeuvre alors pourquoi proposerait-elle ses services de médium ? 

Il n'empêche que plus nous avons l'esprit positif, plus nous diffuserons autour de nous une énergie (elle aussi) positive qui sera perceptible par les autres. C'est ce qu'on appelle un cercle vertueux. Mais la seule (bonne) volonté ne suffit pas. Et j'aurais aimé découvrir des pistes d'évolution plus concrètes que dire merci tous les matins à la vie (p. 148), éviter les substances addictives (p. 159), pratiquer la méditation (dont tant de livres font état bien avant elle) et surtout la prière pour entrer en communication avec son "guide" ou son "ange-gardien". Y croire ne serait-il pas une forme de déni ? Quant à l'achat d'oracles (p. 105) cette confidence courageuse me rend perplexe.

En conclusion l'auteure prône d'avoir confiance en notre potentiel divin …et donne son mail et l'adresse de son site. 

Vous êtes à deux doigts du bonheur de Françoise Spineux, préfaces de Geneviève Delpech, Médium et du Dr Gille Dubois, neurochirurgien, éditions Kiwi, en librairie depuis le 8 Octobre 2020
Livre reçu dans le cadre d'une Masse critique de Babelio

samedi 6 mars 2021

Impossible de Erri De Luca

Petit par la taille, comme toujours chez Erri De Luca, mais fort par la teneur des propos qui servent l'engagement de l'auteur comme il nous y a habitué. Cet élément est important à connaître pour apprécier la joute verbale qu'il relate.
Un homme est tombé dans le vide. La chute s'est produite sur un sentier escarpé des Dolomites. Derrière lui, grimpait un autre homme qui donna l’alerte. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Le magistrat chargé de l’affaire est persuadé que la rencontre n'est pas fortuite. Il va tout tenter pour faire avouer au suspect un meurtre prémédité.
J'ai mon intime conviction à la toute fin de cette lecture, mais je ne vous la donnerai pas, respectant la façon particulière de l'auteur de nous faire vivre cet interrogatoire qui prend souvent des allures de débat (p. 101). C'est d'ailleurs selon moi le grand intérêt de ce roman.

Le texte nous invite naturellement à réfléchir sur la question de la vengeance, comme sur celle de la fidélité à ses idées et à ses amitiés, y compris à ses amours avec quelques lignes magnifiques sur la jalousie (p. 67) et la solitude. Mais il aborde aussi d'autres notions. Comme la subtile différence entre égalité et équivalence, ou la peur, qui serait l'alarme du corps qui sait qu'il est en danger (p. 23). On pourrait en dire tout autant de la douleur.

Impossible, c'est la définition d'un évènement jusqu'au moment où il se produit (p. 42). En lisant cela je ne pouvais que la rapprocher des paroles d'un de mes amis dans la bouche duquel le terme s'entendait comme "Un possible". Et, très franchement, j'ai tant vu de coïncidences étonnantes que je pourrais tout croire.

Plus loin (p. 81) il est question de rencontre accidentelle. Rien n'est plus juste, même si on peut penser à une formule de la traductrice. Et plus loin encore (p. 65) cet adverbe, impossible, qualifiera le café dont il ne peut se passer au réveil.

Le lecteur qui ne chercherait qu'à connaitre le fin mot de l'histoire ne peut qu'être déçu. Il tentera de percevoir où la vérité se cache. Sortira-t-elle de l'ultime joute oratoire des dernières pages ? Est-elle dans les dialogues de l'interrogatoire ou enfouie entre les mots des lettres qui ne seront pas envoyées à celle que le suspect désigne comme l'Amoremio.

La récurrence du terme d'inculpé m'a poussé à vérifier si la présomption d'innocence existait en Italie. C'est bien un principe constitutionnel mais en tant que présomption de non-culpabilité. Elle est insérée à l'article 27 de la Constitution du 22 décembre 1947 qui précise au § 3 : "L'inculpé n'est pas considéré comme coupable jusqu'à sa condamnation définitive". Cette subtilité se perçoit en permanence dans le face à face où le magistrat exerce une pression à la limite du chantage pour provoquer des aveux, quitte à suggérer une légitime défense.

On s'interroge sur les intentions d'Erri de Luca. Son personnage principal a appartenu à un mouvement révolutionnaire quand il était âgé de 19 à 30 ans. Il écrit à la femme aimée le passé commence avec nous deux. Celui que j'étais avant t'importe peu (p. 33). Mais s'agissant d'autre chose que de sentiments s'exprime-t-il aujourd'hui par idéologie ou par conviction intime et philosophique (p. 106) ? Sa façon de porter l'estocade en cherchant à qualifier d'homicides les accidents du travail qui se produisent dans les usines est assez signifiant.

Il a une jolie formule pour nous alerter : Prendre connaissance des éléments d'une époque à travers les documents judiciaires, c'est comme étudier les étoiles en regardant leur reflet dans un étang (p. 40). Et dans une lettre, il fait allusion à la vérité qui est au fond du puits (p. 100). Celle-ci reflète-t-elle la justice ?

La personnalité du suspect est complexe. Il est de glace quand on l'accuse, ne manifestant alors aucune émotion sans qu'on puisse imputer cela à son caractère ou à l'identité de la victime. On observera inversement sa compassion pour un toxicomane écroué à quelques mètres de lui (p. 57). Ce à quoi le magistrat répondra avec froideur : il fait abstinence tout seul et, s'il ne se tue pas avant, il survivra.

Les phrases sont envoyés dans une terrible partie de ping-pong qui doit satisfaire les deux combattants. Surtout l'ancien révolutionnaire qui avoue un vif intérêt pour le tennis.

Au début, il avance, en guise de défense, que la montagne est un mobile suffisant (p. 20) en faisant allusion à sa dangerosité. Au moins aura-t-il réussi à la toute fin à convaincre le jeune juge de s'initier à l'ascension de voies difficiles. Et donc, en quelque sorte, à avoir réalisé un retournement de situation.

Né à Naples en 1950, Erri De Luca est écrivain, poète et traducteur. Il est l'auteur d'une oeuvre abondante publiée en France par Gallimard. Il a reçu en 2013 le Prix européen de Littérature et le Prix Ulysse (pour l'ensemble de son œuvre).

Impossible, de Erri De Luca, traduit de l'italien par Danièle Valin, collection Du monde entier, Gallimard, en librairie depuis le 20 août 2020
Prix André Malraux 2020

jeudi 4 mars 2021

Voyage au pays des monstres de Claude Ponti

Hier je présentais Dahlia. Aujourd'hui je vais parler du Voyage au pays des monstres de Claude Ponti. Hier un livre pour adultes. Aujourd'hui un album jeunesse.

On pourrait trouver des points de convergence entre eux parce que ce n'est pas pour faire "joli" que cet auteur jeunesse dessine des personnages parfois terribles.

Ce n'est pas un secret. Son premier roman destiné aux adultes (1995) est bouleversant. Il abordait dans Les Pieds Bleus, aux éditions de l'Olivier, le thème de la violence des adultes envers les enfants et notamment les agressions sexuelles. Cette fiction lui permettait de revenir sur les sévices sexuels que son grand-père lui avait infligés enfant.

Il n'empêche que Claude Ponti est devenu, en quelque soixante-quinze publications pour les enfants, ce qu'on peut appeler un monstre sacré. Il règne en maitre dans le monde de la littérature jeunesse pour le plus grand bonheur des petits comme des grands.

Voyage au pays des monstres est une proposition. Celle d'embarquer dans une aventure magique, à bord du bus 84, en se glissant dans une coquille pour visiter un Paris transformé. Le lecteur voyagezraur une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, et partera à la découverte de monstres – dont ceux de Léopold Chauveau qui furent exposés au Musée d’Orsay, lequel co-édite l'ouvrage. Une exposition complétait la parution, hélas fermée très vite au public pour raison sanitaire.

Certains lui reprochent qu'il faille une large culture pour pour apprécier les allusions glissées par l'auteur au fil des pages. En ce sens, lire pont est davantage une entreprise familiale que l'enfant est invité à faire avec ses parents -en espérant qu'eux-mêmes ont un bagage culturel conséquent.

C'est encore le cas ici bien sûr, mais la liste des hommages figure en fin d'ouvrage pour qu'on puisse compléter nos connaissances. Et il me semble qu'un enfant pourrait tout seul sauter de joie en remarquant le lapin d'Alice ou celui de Beatrix Potter et surtout Max dont la présence relève de l'évidence s'agissant de monstres.

J'en ai vu d'autres, croyant jusqu'à démasquer Blaise, le poussin préféré de l'auteur. Merci monsieur Ponti, vous m'avez fait découvrir la perspective de nouveaux enrichissements et d'autres voyages, en bus et en esprit !

Outre les clins d'oeil littéraires, on se réjouit de reconnaitre des monuments, l'Orangerie, la Tour Eiffel, et des sites remarquables comme les falaises d'Etretat, que l'on pouvait gagner en train lorsque la gare d'Orsay appartenait encore à la SNCF. J'ai parfois pensé à Ce jour là de Mitsumata Anno, paru en 1978 à l'Ecole des loisirs et qui est une référence dans le domaine.

Le livre, non paginé, est donc à glisser entre les mains de tous, avant ou au retour d'un trajet, pour aiguiser le regard sur le paysage urbain.

Et puis, aussi, à se plonger dans l’œuvre protéiforme et fascinante de Léopold Chauveau (1870-1940). Il fut à la fois sculpteur, illustrateur et auteur de livres pour adultes et enfants. l est longtemps resté oublié de l'histoire de l'art, avant qu'une donation de son petit-fils au musée d'Orsay en 2017 (18 sculptures et 100 dessins) ne remette son nom en lumière. J'ai lu plusieurs de ses histoires, parues chez Memo. Un pur régal !

Vous pouvez trouver, en téléchargement gratuit chez cet éditeur, deux exemples de la créativité de cet auteur, L'histoire d'un boa qui pense faire un bon repas, mais dont le repas en question n'a pas dit son dernier mot... Et l'histoire d'un ogre à l'appétit dévorant. 


Voyage au pays des monstres de Claude Ponti, en coédition entre l'Ecole des loisirs et le Musée d'Orsay, en librairie le 4 mars 2020


mercredi 3 mars 2021

Dahlia de Delphine Bertholon

C'est au bord de la mer que j'ai fait la connaissance avec Dahlia alors que l'actualité résonnait de multiples affaires ayant marqué l'adolescence de personnes plus ou moins connues.

Les révélations sur les violences sexuelles faites aux enfants ne sont pas nouvelles. Mais on en parle davantage depuis notamment la pièce (et le film) Les chatouilles.

J'avais lu peu de temps auparavant l'excellent ouvrage de Vanessa Springora, Le consentement. Curieusement peut-être, c'est surtout avec un film que je ferai un rapprochement, La fille au bracelet de Stéphane Demoustier.

Car, le sujet principal du roman de Delphine Bertholon me semble être la question de la vérité … ou du mensonge.
Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué.
Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, en la conjurant (Tu dois me promettre de ne jamais en parler à personne- p. 58) Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats.
L'éditeur interroge sur la quatrième de couverture. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

C'est exactement la question inverse que je me suis posée tout au long de ma lecture : et si Dahlia disait vrai ?

Difficile d'aller plus loin en évitant de donner une piste sur l'une ou l'autre voie. Ce roman est un thriller, certes psychologique, mais puissant. Delphine Bertholon y explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

La couverture est particulièrement bien pensée. La jeune fille se tient au bord de l'océan, et son corps exprime une indécision extrême. Dire ou ne pas dire … L’injonction de se taire est à double tranchant. Elle pourrait constituer un test, celui de l’épreuve de la loyauté de Lettie. C'est une torture que l'auteure décrit avec la précision d'un scalpel : Les mots de Dahlia faisaient des petits paquets givrés dans mes veines, empêchant mon sang d’irriguer mon cœur, ma tête.

Dahlia a martelé l'interdiction en poursuivant : Ne le dis à personne. Si quelqu’un l’apprend, je te jure, je me tue. Quel désarroi et quel malentendu pour Lettie qui s’attendait (espérait ?) une déclaration d’amour.

J'ai pensé aussi au film de Guillaume Canet (Ne le dis à personne) et j’ai imaginé le pire des scénarios, tout en étant persuadée que je sous-estimais ce qui allait se passer car je connais l’appétence de Delphine pour ce type de rebondissement.

Le roman brûle en trois parties. L’étincelle a eu lieu. Suivra L’embrasement, du fait que la confidence, comme on s’en doutait, n’est pas restée secrète, mais surtout parce qu’elle rencontre le passé de sa mère.  Lettie, la fille sans père, accuse celui de son amie. Puis La combustion et les brûlures, autrement dit les dommages collatéraux.

Lettie n’est guère fière de son comportement. Elle raconte l’histoire des années plus tard et en ayant "peur à présent de ce qui aurait pu lui arriver" parce qu’elle mène une vie sans frein. On peut déplorer le défaut de communication entre les deux filles. Toujours est-il que la situation se fige et devient irréversible.

C’est vaguement pour se punir d’avoir trahi son amie qu’elle tombe dans les bras d’un copain qui n’aurait pas dû être plus qu’un simple flirt (p. 116). L’été suivant se déploie dans l’insouciance et la joie. La bande d’amis compose au fond de la mer d’étonnantes compositions de galets que les journalistes qualifient de Land art. Mais il sera écrit que l’insouciance sera éphémère. Une fille de la bande a failli se noyer. 

Lettie sera elle-même victime du mensonge d’un de ses pseudo amoureux. Tout le monde triche dans le roman malgré une évidente envie d’authenticité. Soit par intérêt, soit par négligence, comme si pour les uns, rien n’était grave, trop pour les autres.

Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende (p. 200). Dans la vraie vie aussi, parfois, les histoires l’emportent sur les faits…

Dahlia de Delphine Bertholon, Flammarion, en librairie le 17 mars 2021

jeudi 25 février 2021

Visite de la Maison paysanne de Grand Village à Oléron

Après la Salorge, que j'avais visitée en septembre 2020 nous restons sur la commune de Grand Village pour découvrir le lendemain, juste à côté de la mairie, la Maison paysanne (qui bien entendu est fermée en ce moment au public pour cause de crise sanitaire).

Nous sommes le dernier jour de l'été mais le temps est encore magnifique.

Un  édifice très contemporain (photo ci contre) abrite un centre d’interprétation, pour favoriser les multiples regards sur l’habitat écologique, d’hier à demain. Des stages d'éco-construction, ateliers enfants, balades commentées, conférences… y sont proposés pour donner envie à chacun d’agir au quotidien, et d'utiliser des écomatériaux qui, parfois, ne sont pas locaux.

Les autres bâtiments sont anciens et authentiques même s'ils ont été remontés pierre par pierre, pour rappeler ce qu'était la vie d'une famille de petits cultivateurs oléronnais dans un passé qui n'est pas si lointain.

C'est si bien fait qu'on a l'impression qu'ils ont toujours été là. C'est à des passionnés qu'on doit cette performance entreprise de 1971 à 1981, les Déjhouqués, du Groupe Folklorique de l'Ile d'Oléron à Grand Village Plage, fondé par André Botineau. Son ambition était de faire connaître et d'éviter l'oubli des coutumes locales, le patois, les danses et les chants. Une statue à leur honneur les célèbre anonymement dans le parc voisin.

Ils s'y sont mis après la construction du pont (1963 à 1966) qui, entre autres, entraina une augmentation du tourisme. Mais à ce moment-là cette périphérie du bourg de Grand Village était presque encore entièrement entouré par la nature, avec juste le camping comme voisinage.

L'association existe toujours, et l’expression est encore employée dans la région. Se déjhouquer signifie se lever. L'origine de ce verbe provient des poules qui dorment toujours sur un perchoir, un "juqueux" en patois. Dire se jouquer comme les poules indique qu'on se couche de très bonne heure.

Ils ont uni leurs forces, rassemblé des dons, trouvé du mobilier (lequel est en restauration) et des outils. La restauration est terminée à moitié, suite à des chantiers, des stages de formation, de peinture, ou de vernis sur meubles. L’ensemble est donné en 1994 à la municipalité, puis à la Communauté de communes, comme le port des Salines, et s'accompagne d'un changement de nom et de l’adjonction du terme "éco".
La maison paysanne est simple et comporte peu d'ouvertures, percées sur la façade sud, pour des raisons évidentes de salubrité. Il n'y a qu'une pièce dans la maison, à la fois chambre, salle à manger et surtout cuisine, d'où son nom de thieuzine emprunté au patois charentais.

mercredi 24 février 2021

Les digitales de Fabienne Legrand

Les Digitales est un ouvrage qui a une double vocation, la première de distraire puisque l'auteure est avant tout une illustratrice, et la seconde de nous alerter sur la présence des femmes dans le monde du numérique.

Le trait de Fabienne Legrand est fin et élancé. Ses personnages vivement colorés se détachent sur un fond suggéré en noir et blanc.

Dans la préface qu'elle a rédigée pour présenter l'ouvrage, Aurélie Jean ne cache pas que les femmes restent minoritaires dans le milieu numérique alors que les opportunités offertes sont incroyablement attirantes.

Espérons que ce livre, qui met la focale sur les femmes qui ont des responsabilités dans ce domaine, servira de déclencheur de vocations ! Elles sont nombreuses à témoigner, insuffisamment en France, me semble-t-il, mais prenons cela comme un début. Et il ne fat pas se priver de mettre ce recueil entre les mains des jeunes étudiantes.

En effet, 85 % des métiers de 2030 n'existent pas encore. Ils seront digitaux eul doute que la crise sanitaire amplifiera le phénomène. Nouveaux besoins, nouveaux outils, tout est à inventer. Le potentiel fait rêver et représente une formidable opportunité pour les femmes, mais aussi pour les hommes. On apprend qu'ils se sont engouffrés dans le domaine de l'informatique dès que celui-ci s'est avéré prospère. Comme dans bien d'autres, les femmes ont pourtant été pionnières.

Le lecteur découvrira moult possibilités de ces métiers grâce aux témoignages de celles qui les ont choisis et qui disent les aimer. 

Fabienne Legrand est aussi l’auteure d’Un été au Cap Ferret (2012), J’ai deux amours, mon sac et Paris (2013), Belle dans mon assiette (2017), Absolument fabuleuse (2018), Belle dans mes recettes (2020) et Kourrage Antoine (2020), tous au au cherche midi.

Les digitales de Fabienne Legrand, préface d'Aurélie Jean, au cherche-midi, à paraitre le 4 mars 2021

mardi 23 février 2021

Le Phare de Chassiron et le Nord de l'île d'Oléron

La première photo annonce le double sujet de cet article.

Il sera question de ce phare, le seul qui s'élance à 43 mètres de hauteur au-dessus de l'île d'Oléron, à la pointe septentrionale, et la subsistance d'étranges constructions marines que sont les écluses à poissons. C'est une spécificité régionale qui est en cours de disparition, pour de multiples raisons et ce n'est pas la force de l'érosion qui arrangera les choses.

Le Phare de Chassiron est situé près de la ville de Saint-Denis-d'Oléron. Il se découvre de loin, depuis les terres en toute logique mais il a été bâti sur une falaise rocheuse pour alerter les marins et leur permettre de rentrer sans trop de crainte dans les eaux du pertuis d'Antioche, lieu semé de récifs et réputé pour ses nombreux naufrages.

Il fut électrifié en 1930 et il est aujourd'hui équipé d'une lampe halogène 1 500 de 28 miles de portée (52 km).

C'est d'ailleurs toute l'île qui est dangereuse, même si on ne saurait la comparer au Finistère. J'ai vu des épaves au sud.
Un voilier s'est récemment échoué sur la plage de Saint-Trojan en se fracassant sous la dune qui soutient la voie de chemin de fer du petit train touristique.
Chassiron est le plus ancien phare de France encore en activité après celui de Cordouan. La première tour du phare de Chassiron, de 33 mètres de haut, a été construite sur ordre de Colbert en 1685. C'est le second feu bâti sur les côtes française après celui de Cordouan, élevé lui en 1355. À l'époque, Rochefort était un arsenal militaire de la marine royale. Ce dernier avait une position stratégique car il était protégé côté terre par la Charente et côté mer par les pertuis charentais et les fortifications maritimes (Fort Louvois, Fort Enet, Fort de Fouras, …).

De nombreux naufrages ont eu lieu sur la côte découpée du nord de l'île. Il devenait alors essentiel de construire un phare pour orienter les marins et pour baliser l'entrée du pertuis. De façon à le différencier de ses voisins, que sont le phare des Baleines sur l'île de Ré et le phare de Cordouan dans l'estuaire de la Gironde, la tour Colbert était éclairée par deux feux de bois.

Deux siècles passèrent. La tour Colbert n'était plus assez efficace pour faire face au trafic maritime qui augmentait. Elle se situait trop près de la falaise qui recule très rapidement à cause de l'érosion à cet endroit de la côte, comme on le voit sur la photo ci-dessus.

Le deuxième phare de Chassiron, tel qu'on le connaît aujourd'hui, a été construit en 1834 et mis en service le 1er décembre 1836. Les fondations ont 18 mètres de diamètre et 3 mètres de profondeur sous le rocher. Les pierres proviennent de la carrière de Crazannes (Charente Maritime). Les marches, les perrons et la plate-forme sont des blocs de granit de Vendée. Ces matériaux ont été acheminés par gabares jusqu'au port de Saint-Denis.
La tour Colbert était blanche. Chassiron fut peint en 1926 de 3 bandes noires de 6 mètres de hauteur pour le rendre plus visible par mauvais temps, en particulier en cas de brouillard. Elles permettent aussi d'éviter de le confondre avec le phare des Baleines, situé à la pointe ouest de l'île de Ré, et qui est demeuré tout blanc.

Depuis 1998, il n'est plus gardé à demeure mais automatisé et contrôlé à distance. Il est entretenu par le bureau des phares et balises et surveillé par un contrôleur des Travaux Publics de l'État.

Ses 224 marches en colimaçon ne m'effrayaient pas et je me serais réjouie d'admirer les villes de La Rochelle, l'île de Ré, ainsi qu'une partie nord de l'île d'Oléron. J'aurais aimé visiter la rotonde qui abrite un musée. Les six salles du musée s’orientent, d’une part, autour de la découverte des pêches traditionnelles (pêche embarquée, pêche à pied, pêche à la courtine et pêche aux écluses à poissons) et d’autre part, elles évoquent l’agriculture partagée entre maraîchage et viticulture ainsi que les difficultés que rencontraient les paysans face aux vents et aux embruns qui brûlaient les récoltes. La crise sanitaire bloque tout, y compris les visites pédagogiques et les animations-spectacles. Une grosse déception pour les 165 000 visiteurs annuels. Heureusement que la reconstitution de l'écluse est à ciel ouvert, sinon nous en aurions été privé.
On peut juste tourner autour de ce monument et apprécier les plate-bandes qui s'organisent en étoile, comme celle d'une rose des vents. 
Il se compose de quatre bassins, de mobilier pédagogique, d'une partie jardin de type contemporain avec des graminées et autres plantes d'ornements, et d'une partie jardin traditionnel avec 21 variétés de roses, un potager et de la vigne.

L'endroit est labellisé Jardin remarquable, comme celui de la Boirie, créé il y a 25 ans par un acharné, à Saint-Pierre-d'Oléron, fermé pendant la pandémie, et qui abrite une étonnante collection de sauges, notamment la Salvia leucantha, la sauge de brousse mexicaine aux hampes violettes. A cette saison (nous sommes encore en hiver) il y a peu de fleurs. Ce sont surtout les jonquilles qui balancent leurs clochettes.
On remarque les palmiers qui suggèrent un climat d'une relative douceur car le vent doit souffler très fort sur le littoral à en juger par l'inclinaison des pins.
Des panneaux informatifs donnent les noms de chacun des vents et leurs actions.
En repartant on est saisi par la beauté des massifs d'euphorbes dont la couleur tranche avec le gris bleuté des pieds de lavande.
Un chemin côtier, abrité des courants d'air permet de longer (prudemment) la falaise et d'apprécier le grondement des vagues sous lesquelles affleurent deux ou trois écluses, dont on devine les murs après avoir étudié le modèle réduit (mais conséquent) qui a été reproduit sur la terre ferme.


Cette construction en forme de croissant convexe face à l'océan est une réduction des pêcheries à poissons qui existaient à l'époque médiévale et dont 17 sont encore en service sur l'estran rocheux d'Oléron. Mais, attention, la pêche y est interdite pour le commun des mortels.
Recouvertes à chaque marée, les écluses, d'où la mer se retire à marée basse par des portes grillagées, positionnées au milieu du croissant, sont de véritables pièges à poissons sur la foue, plus bas que le niveau inférieur de la grille. Jusqu'au milieu du vingtième siècle, leur exploitation procure une part conséquente de la nourriture des populations insulaires.
Elles font partie du patrimoine maritime historique des îles charentaises. Leurs murs de pierres sèches doivent résister lors des tempêtes à des chocs de 20 tonnes au mètre carré. la construction et l'entretien des murs représentent un savoir-faire que les hommes se sont transmis jusqu'à nos jours.
On peut en voir un exemple encore quasi intact sur la commune de Saint Georges (ci-dessus) aux Sables Vignier. La dernière écluse, en descendant la côte, se trouve à  l'Ecuissière. Les photos ci-dessous ont été prises à marée basse.

lundi 22 février 2021

Le Rendez-vous de Rangoon d'Evelyne Dress

Vous le savez, je connais Evelyne Dress depuis quelques années. Je n'ai cependant découvert son quatrième roman qu'après en avoir lu plusieurs autres.

J'ai eu du mal à détacher sa personnalité de celle du personnage principal, Thérèse, qui, même si elle est présentée comme une animatrice de la télévision, a des traits de caractère si proches de ceux que je connais d'Evelyne que je ne peux pas croire qu'il ne s'agit pas d'elle. Vous devinerez que ma lecture n'en fut que plus agréable.

À trente-trois ans, lasse des faux-semblants, des préjugés et de la superficialité de la vie parisienne, cette femme encore jeune et sans enfant, décide de tout plaquer. Elle prend un billet pour le bout du monde. Elle atterrit en terre inconnue, la Birmanie, où elle a accepté de remplir une mission risquée, celle de remettre une importante somme d'argent à Aung San Sur Kyi, Prix Nobel de la Paix, fraichement sortie de prison.

Ce livre est d'abord un voyage dans les profondeurs d'un pays dont j'ignorais les spécificités, ce qui, alors que nous sommes bouclés en France et soumis à des restrictions de liberté, apporte une belle bouffée d'oxygène.

C'est aussi une démonstration politique, bien que tempérée, qui résonne hélas encore cependant avec l'actualité des derniers jours, et une analyse comparative appliquée des grands principes religieux, sans pour autant être donneur de leçon. Comme Marc, un des personnages du roman, on aimerait comprendre pourquoi les hommes n'arrivent pas à s'entendre, alors que leurs principes de vie sont les mêmes quelle que soit leur religion, leur culture, leur couleur de peau ou leur philosophie (p. 276). C'est enfin également un roman d'amour (comment pourrait-il en être autrement ?).

La carte et la liste des personnages aident à suivre les différents périples de l'héroïne dans ce pays où la seule ambition est la survie. Les chapitres défilent à un rythme soutenu, tissant une histoire incroyable (très bien documentée comme en témoigne l'imposante bibliographie figurant en annexe) ponctuée de petites touches d'humour avec la liberté de ton si plaisante à laquelle Evelyne aura habitué son lectorat.

Jusqu'au bout nous pourrons hésiter à désigner quel est le personnage que Thérèse va rencontrer dans Le rendez-vous de Rangoon : une dissidente, un homme, ou en enfant, à moins que ce ne soit surtout au devant d'elle-même qu'elle progressera.

Elle aura longuement balancé entre deux hommes mais elle n'aura aucune hésitation à devenir mère d'un seul enfant. Elle accomplira avec détermination et courage les objectifs qu'elle s'est fixés. Elle assimilera les codes du savoir-vivre birman et la culture du pays sans perdre la sienne. Elle apprendra une forme de lâcher-prise en mettant en application le conseil de sa psy : Arrêtez de prévoir, vous allez provoquer ce que vous redoutez (p. 236). Nous devrions la suivre.

Le Rendez-vous de Rangoon d'Evelyne Dress, éditions Glyphe, 2016
Première publication aux Editions Alphée en 2009

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