jeudi 11 mars 2021

La tragédie d'Hamlet mise en scène par Guy-Pierre Couleau

Le texte français de cette version a été co-écrit par Marie-Hélène Estienne et Jean-Claude Carrière, lequel sera éternellement absent désormais.

Je ne sais pas si c’est une référence à la pièce mais on m’a dit que tout ce qu’il écrivait, il le faisait en ayant près de lui une cabeza mexicaine, alors je rédige mon texte en faisant de même.

Guy-Pierre Couleau nous a exprimé à travers quelques mots de bienvenue sa joie de pouvoir au final parvenir à jouer 3 jours même si ce n'est que devant à chaque fois une vingtaine de spectateurs, et qu'on est loin des six semaines prévues initialement.

Il a insisté sur l'expérience collective de réflexion sur le monde que nous offre le théâtre. Une autre est celle de la maladie (et j’ajouterai de la mort). La troupe a répété sous ce double signe de l’inquiétude et de l’espoir. Il n'est pas inutile de le savoir.

Quant à l’avenir, personne ne le connaît actuellement. Je vous invite donc à consulter le site de la compagnie pour connaître les dates de la tournée que l’on espère prochaine. Elle passera notamment par le Théâtre d'Auxerre, la Scène nationale de Château Gontier, et au printemps 2022 par le Théâtre Victor Hugo de Bagneux, avant de revenir au Théâtre 13 Jardin. 

Je fais partie de ceux qui saluent le travail de ce metteur en scène qui a monté plusieurs pièces de Shakespeare. On retrouve d'ailleurs dans la distribution plusieurs comédiens que j'avais remarqués dans Le songe d'une nuit d'été au Théâtre du Peuple de Bussang. Pour lui le théâtre est (aussi) une question de fidélité : vingt ans après y avoir joué Le Baladin du monde occidental de JM Synge, et à l’invitation de sa directrice Colette Nucci, le revoici sur la scène du Théâtre 13 (lequel a connu de gros travaux) pour cette Tragédie d’Hamlet​ de William Shakespeare.

Il reconnait que le choix de cette pièce peut paraître paradoxal​, parce que pour beaucoup, ​Hamlet reste l’incontournable. Cependant, comme dans tous les grands textes, l’appel du sens est un chemin nécessaire pour qui souhaite avancer.
Je suis diversement réceptive aux parti-pris de décor et de costumes. Avoir choisi des vêtements contemporains ne me dérange pas mais si j’approuve ceux des hommes je m’étonne de ceux des personnages féminins. J'ai également été peu sensible aux scènes dansées par Sandra Sadhardheen, à l'exception de celle de la mise au tombeau d'Ophélie qui est sublime. Et je salue la magnifique chorégraphie des combats réglée par Florence Leguy.

Je dois dire que je suis forcément influencée, il ne pourrait en être autrement, par le très récent Hamlet que j’ai vu, il y a un mois, à la TempêteJ’ai essayé d’en effacer le souvenir, ce qui fut complexe et j’avoue qu’il subsistait pendant la représentation, malgré l’interprétation très sensible et admirable de Benjamin Jungers. Il est difficile d'être autant enthousiaste pour l'un et l'autre à si peu de distance. Je peux cependant affirmer que je les ai tous deux appréciés, pour des raisons différentes.
Sans être une spécialiste j'ai tout de même vu une dizaine d'Hamlet. Difficile dans ces conditions d'être encore surprise. Etais-je cependant sous influence d'une récente lecture, celle de l'Enfant céleste ? J'ai remarqué une profusion d’allusions botaniques qui ne m'avaient pas semblé aussi nombreuses jusque là. Et autant porteuses de sens. Par exemple celle-ci qui infuse la question centrale du doute : C’est un jardin non désherbé, monté en graines.

Cet Hamlet ne déroge pas aux précédents. Il interroge sur la quête de vérité et le refus des faux-semblants : Un homme peut sourire et n’être qu’un salaud. Du moins il en est ainsi au Danemark. Et sans cesse sur la folie et sur la vengeance à l'aune de cette vérité, dont on accepte qu'elle soit bafouée momentanément pour compromettre les coupables : je mens, Horatio, le reste est silence. Mais inceste et adultère, qui sont des sujets éminemment contemporains, pèsent lourd également. 

Sur le plan de la mise en scène, on notera que le public est presque partie intégrante du dispositif tant les comédiens vont et viennent à travers les escaliers, ce qui nous rend très attentifs aux changements de ton.
La tragédie d'Hamlet de Shakespeare
Adaptation : Peter Brook
Texte français : Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne
Mise en scène : Guy-Pierre Couleau
Avec Emil Abossolo M’Bo, Bruno Boulzaguet, Marco Caraffa, Benjamin Jungers, Anne Le Guernec, Nils Ohlund, Thomas Ribière, Sandra Sadhardheen
Présentations professionnelles : Mercredi 10 mars, jeudi 11 mars et vendredi 12 mars 2021 à 14h30
Au Théâtre 13, Jardin, 103 A, Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est © Laurent Schneegans

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