lundi 15 mars 2021

46 ème soirée des César

Ce fut vendredi 12 mars, et si j'ai suivi cette soirée des César parce que j'aime le cinéma j'avoue m'être souvent ennuyée.

Ce ne sont pas les blagues de mauvais goût de Marina Foïs qui m'ont dérangée en début de soirée. Ça démarrait avec vivacité.

Elle disait remarquablement son texte, alors que le président de la cérémonie peinait à lire le prompteur. Je me suis d'ailleurs demandé à quoi cela servait, un président …

Malheureusement elle ne joua que sur un seul registre et elle fut carrément stupide en traitant la pauvre Nathalie Baye de "mère de", en le disant si vite que franchement c'est odieux et inacceptable.

Cet épisode aura été peu remarqué. Le moment qui fit couler de l'encre, ce sera la scène de Corinne Massiero. Car c'était bel et bien une séquence cinématographique qu'elle nous offrit. Formidable d'à propos et d'audace comme seule une femme comme elle peut le faire. Capitaine Marleau courageuse dans la vie comme sur les plateaux, éprise de justice, et si intelligente.

Car oser revêtir la peau d'un animal pour remettre le César du meilleur costume, il fallait y penser. Vous souvenez-vous de cette publicité montrant des top models en manteau de fourrure d'où s'échappaient des flots de sang pour alerter sur la cruauté de cette pratique ? C'est dans le même état d'esprit que l'actrice portait en dessous la robe rouge sang de Carrie au bal du diable, un film d'horreur américain réalisé par Brian De Palma, sorti en 1976. Beaucoup l'ont oublié et n'ont donc pas compris la référence. Sa nudité ne me choqua pas. Je l'avais vue dans le film Louise Wimmer et je sais qu'elle n'a pas de fausse pudeur. Et puis elle est belle, n'en déplaise à ses détracteurs.

Corinne Massiero aura aussi en quelque sorte vengé les co-scénaristes d'Effacer l'historique qui repartit sans le César du meilleur scénario original. Et sa prestation n'est pas près de l'être … effacée.

Je regrette juste que la scène ait été trop rapide. Il manquait un peu de suspense. Mais j'imagine qu'elle a eu peur d'être tirée en coulisses. Il fallait prendre tout le monde de surprise. Bravo. Message bien envoyé, et sans doute reçu. Par contre se souviendrons-nous du film qui reçu ce César des meilleurs costumes ? De mon point de vue La bonne épouse aurait pu être distinguée dans une autre catégorie.

Le discours engagé de Jeanne Balibar était à souligner lui aussi mais, pardon de le dire, il résonne moins fort quand il est prononcé en exhibant une robe de grand couturier.

J'avais adoré en début de soirée la joie de Fathia Youssouf, meilleure espoir féminin pour Mignonnes, un film que j'avais salué à sa sortie. Egalement à la toute fin de la cérémonie, celle de l'orléanaise Laure Calamy. Comme elle a raison de souligner l'importance de la décentralisation dans la culture !

Evidemment il y eu un gagnant qui gagna plus que les autres. Adieu les cons, un titre qui semblait pensé sur mesure, rafla 7 statuettes. Certains s'étonnèrent de l'absence d'Albert Dupontel. Il a pourtant dit et redit qu'il n'accordait aucun intérêt à ce type de récompense. Seul le public compte à ses yeux.

Autre absente de taille, la ministre Roselyne Bachelot qui se montra devant les caméras en tout début de soirée pour réitérer son soutien aux artistes dans un bout de discours lénifiant avant de disparaitre en coulisses puisqu'elle n'avait pas de place légitime dans la salle, n'ayant aucun César à remettre ou à recevoir. Du coup elle ne put répondre à aucune critique et les paroles de ceux qui s'adressaient à elle sont tombées dans le vide. Est-ce que cela l'autorisait à estimer ensuite que la soirée avait été déplorable ?

Il me semble bien avoir entendu à plusieurs reprises que toutes les personnes présentes ce soir là avaient été testées au Covid même si les masques étaient portés en salle (plus ou moins …). Il n'empêche qu'on apprendra que, comme l'an dernier le malheureux ministre de la culture Franck Riester, elle aura assisté (en coulisses mais tout de même) à la soirée en étant atteinte du Covid. Espérons qu'elle aura respecté les gestes barrière.

Je me suis réjouie que le César du montage couronne un documentaire, car on oublie trop combien c'est essentiel. Il y avait moins de films en compétition cette année et bien entendu tous ceux qui le méritaient n'ont pas été récompensés. Comme Eté 85 qui est un film de qualité. Il était nominé dans de multiples catégories et repart bredouille. Ce sera le cas aussi de Petit pays. Quel regret. Comme aussi Dark Waters, qui pour moi est un film majeur sur la dénonciation des agissements des grandes firmes. Ce sera Drunk qui obtiendra le César du meilleur film étranger.

Il est probable que les annulations de sortie ont pesé sur le palmarès qui aura été resserré. Il me semble qu'il y avait moins de films que les années précédentes à pouvoir prétendre être au moins nominés. Un divan à Tunis ne pouvait pas lutter contre Deux, malgré ses qualités. Je n'ai par contre guère de regret pour De Gaulle, victime probable d'une sur-promesse.

J'avais vu plus d'une dizaine d'entre eux. J'aurais pu d'ailleurs améliorer le nombre si je n'avais pas été freinée par l'épidémie, notamment DeuxAntoinette dans les Cévennes et Adieu les cons que j'avais notés dans mon agenda. J'imagine qu'ils seront de nouveau à l'affiche à la réouverture des salles. Comme le documentaire Adolescentes que j'ai très envie de découvrir. Il ne doit pas être fréquent dans l'histoire des César qu'un documentaire reparte avec trois statuettes.

Je me rattraperai avec la Médiathèque numérique ou une version DVD. C'est ce que j'ai fait pour JosepMeilleur film d'animation. Cet émouvant travail de mémoire m'a conduite dans un pays cher à mon coeur, le Mexique et je me suis laissée porter par cette tranche historique que je connaissais mal.

Mon avis est plus mitigé sur Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait qui valut à juste titre à Émilie Dequenne d'être remarquée comme meilleure actrice dans un second rôle.

J'ai aimé les intermèdes musicaux. Catherine Ringer fut bouleversante de naturel et de noblesse avec un Je reviens te chercher qui sera mémorable. Benjamin Biolay parfait. J'hésite à commenter le choix du titre d'Alain Souchon, Quand je serai KO. Lui, nominé meilleur acteur en 1984 dans l'Eté meurtrier, avait dû céder la statuette à un comique, extraordinaire dans un rôle dramatique, Coluche dans Tchao Pantin.

Ce soir là, hormis Stéphane Demoustier, surpris, heureux, et fier de son pari d'avoir misé sur une actrice inconnue, pour interpréter le rôle principal de La fille au bracelet (dans lequel jouait Benjamin Biolay), il me semble que ce sont surtout les femmes qui se sont illustrées et qui portèrent le flambeau.

15 films se sont partagés 23 récompenses. Voici le palmarès intégral regroupé par film :

Meilleur film : Adieu les cons de Albert Dupontel
Meilleur réalisation : Albert Dupontel pour Adieu les cons
Meilleur scénario original : Albert Dupontel pour Adieu les cons
Meilleur acteur dans un second rôle : Nicolas Marié dans Adieu les cons
Meilleur photographie : Alexis Kavyrchine pour Adieu les cons
Meilleurs décors : Carlos Conti pour Adieu les cons
César des lycéens : Adieu les cons de Albert Dupontel

Meilleur film documentaire : Adolescentes de Sébastien Lifshitz
Meilleur montage : Tina Baz pour Adolescentes
Meilleur son : Yolande Decarsin, Jeanne Delplancq, Fanny Martin et Olivier Goinard pour Adolescentes

Meilleure actrice : Laure Calamy pour Antoinette dans les Cévennes
Meilleur acteur : Sami Bouajila dans Un fils
Meilleure actrice dans un second rôle : Émilie Dequenne dans Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait
Meilleur espoir masculin : Jean-Pascal Zadi pour Tout simplement noir
Meilleure espoir féminin : Fathia Youssouf pour Mignonnes
Meilleure adaptation : Stéphane Demoustier pour La Fille au bracelet
Meilleurs costumes : Madeline Fontaine pour La Bonne Épouse
Meilleure musique originale : Rone pour La Nuit venue
Meilleur premier film : Deux de Filippo Meneghetti
Meilleur film d'animation : Josep de Aurel
Meilleur court métrage : Qu'importe si les bêtes meurent de Sofia Alaoui
Meilleur court métrage d'animation : L'Heure de l'ours de Agnès Patron
Meilleur film étranger : Drunk de Thomas Vinterberg

Article illustré d'une photographie du cinéma Le Rex de Chatenay-Malabry (92) dont nous souhaitons la réouverture le plus rapidement possible.

3 commentaires:

AnneA a dit…

Bonjour Marie-Claire,
Concernant les filsm que vous n'aviez pas pu voir, n'êtes-vous pas inscrite la médiathèque d'antony ? par leur offre à la médiathqèue numérique vous pouvez visionner Antoinette dans les Cévennes et d'autres.
A A

marie-claire a dit…

Mais si bien sûr, c'est d'ailleurs à cette médiathèque que j'ai emprunté Josep.
Je n'ai pas pensé à vérifier sur le portail de la Médiathèque numérique si les films que je n'ai pas vu s'y trouvaient. C'est un peu stupide puisque je regardais souvent par ce media, alors merci. Je vais le faire.

marie-claire a dit…

Merci encore Anna. je viens d'ajouter à ma liste sur la Médiathèque numérique le court-métrage L'heure d l'ours, Antoinette dans les Cévennes, Deux et Adolescentes. Ilne me restera que Adieu les cons et j'aurai vu tout le palmarès. Vivement que les cinémas rouvrent !

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)