mercredi 3 mars 2021

Dahlia de Delphine Bertholon

C'est au bord de la mer que j'ai fait la connaissance avec Dahlia alors que l'actualité résonnait de multiples affaires ayant marqué l'adolescence de personnes plus ou moins connues.

Les révélations sur les violences sexuelles faites aux enfants ne sont pas nouvelles. Mais on en parle davantage depuis notamment la pièce (et le film) Les chatouilles.

J'avais lu peu de temps auparavant l'excellent ouvrage de Vanessa Springora, Le consentement. Curieusement peut-être, c'est surtout avec un film que je ferai un rapprochement, La fille au bracelet de Stéphane Demoustier.

Car, le sujet principal du roman de Delphine Bertholon me semble être la question de la vérité … ou du mensonge.
Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué.
Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, en la conjurant (Tu dois me promettre de ne jamais en parler à personne- p. 58) Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats.
L'éditeur interroge sur la quatrième de couverture. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

C'est exactement la question inverse que je me suis posée tout au long de ma lecture : et si Dahlia disait vrai ?

Difficile d'aller plus loin en évitant de donner une piste sur l'une ou l'autre voie. Ce roman est un thriller, certes psychologique, mais puissant. Delphine Bertholon y explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

La couverture est particulièrement bien pensée. La jeune fille se tient au bord de l'océan, et son corps exprime une indécision extrême. Dire ou ne pas dire … L’injonction de se taire est à double tranchant. Elle pourrait constituer un test, celui de l’épreuve de la loyauté de Lettie. C'est une torture que l'auteure décrit avec la précision d'un scalpel : Les mots de Dahlia faisaient des petits paquets givrés dans mes veines, empêchant mon sang d’irriguer mon cœur, ma tête.

Dahlia a martelé l'interdiction en poursuivant : Ne le dis à personne. Si quelqu’un l’apprend, je te jure, je me tue. Quel désarroi et quel malentendu pour Lettie qui s’attendait (espérait ?) une déclaration d’amour.

J'ai pensé aussi au film de Guillaume Canet (Ne le dis à personne) et j’ai imaginé le pire des scénarios, tout en étant persuadée que je sous-estimais ce qui allait se passer car je connais l’appétence de Delphine pour ce type de rebondissement.

Le roman brûle en trois parties. L’étincelle a eu lieu. Suivra L’embrasementdu fait que la confidence, comme on s’en doutait, n’est pas restée secrète, mais surtout parce qu’elle rencontre le passé de sa mère.  Lettie, la fille sans père, accuse celui de son amie. Puis La combustion et les brûlures, autrement dit les dommages collatéraux.

Lettie n’est guère fière de son comportement. Elle raconte l’histoire des années plus tard et en ayant "peur à présent de ce qui aurait pu lui arriver" parce qu’elle mène une vie sans frein. On peut déplorer le défaut de communication entre les deux filles. Toujours est-il que la situation se fige et devient irréversible.

C’est vaguement pour se punir d’avoir trahi son amie qu’elle tombe dans les bras d’un copain qui n’aurait pas dû être plus qu’un simple flirt (p. 116). L’été suivant se déploie dans l’insouciance et la joie. La bande d’amis compose au fond de la mer d’étonnantes compositions de galets que les journalistes qualifient de Land art. Mais il sera écrit que l’insouciance sera éphémère. Une fille de la bande a failli se noyer. 

Lettie sera elle-même victime du mensonge d’un de ses pseudo amoureux. Tout le monde triche dans le roman malgré une évidente envie d’authenticité. Soit par intérêt, soit par négligence, comme si pour les uns, rien n’était grave, trop pour les autres.

Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende (p. 200). Dans la vraie vie aussi, parfois, les histoires l’emportent sur les faits…

Dahlia de Delphine Bertholon, Flammarion, en librairie le 17 mars 2021

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