
Il y a de beaux et excellents spectacles. Mais il en existe de temps en temps qui relèvent de l’exceptionnel. Et qui vous marquent à jamais. Ne vous arrêtez pas au titre qui ne parle qu’aux connaisseurs.
Ni à l’affiche sombre comme le serait le visage d’un gosse des rues en pleine Commune et qui en fait est celui d'une petite fille sans abri, photographiée en Angleterre par Lee Jeffries.
Rossignol à la langue pourrie est un écrin dans lequel étincelle Agathe Quelquejay.
Je n’exagère pas le moins du monde. Je suis même en dessous de la vérité. Allez-y. Vous verrez que je dis vrai ! Vous entendrez que je n’ai pas menti. Cette langue magnifique claque comme un élastique et les choix musicaux sont totalement appropriés. D’abord Patrick Watson et le superbe morceau Lighthouse, (de l’album Adventures in your own backyard, 2012) puis Placebo … Chaque intermède musical permet autant à la comédienne de quitter un personnage pour rejoindre le suivant qu’à nous de reprendre notre souffle.
Nous sommes emportés dans le monde injuste des petites gens au cœur gonflé par des sentiments qui ne s’étaient pas dits. Alors forcément, ce sont les coups qui ont plu sur leurs carcasses.
Depuis, les mots se sont faufilés dans leur bouche écorchée. Ils expriment comme ils peuvent l’ampleur de leur souffrance et de leurs rêves aussi. Et dieu sait qu’ils étaient grands hier quand tout était encore envisageable. Aujourd’hui, je ne vais pas vous le cacher, la mort rôde qui sera probablement une délivrance mais il reste quelques minutes pour partager tout l'amour qui a fait leur embarras.
La mise en scène a été pensée avec justesse et intelligence par Guy Pierre Couleau dans une installation puissante et sobre de Laurent Schneegans invitant à un voyage en au-delà. Dans un monde d’hier qui affleure encore aujourd’hui parce que le malheur des faibles est universel. Les costumes sont déposés au sol, comme autant d’enveloppes à remplir. La dernière, dessinée par Delphine Capossela, est sculpturale à l’instar des statues qui se dressent dans les cimetières.
Agathe se glisse dans la peau et l’âme de six personnages qui ne sont plus en quête que de spectateurs.
C’est elle qui parle et nous qui haletons, dans un dialogue intérieur avec chaque héros retenu parmi la cohorte des invisibles mettant en place une symphonie en 6 mouvements. On en oublie que ce sont des poèmes en octosyllabes issus du recueil "Le Cœur populaire" et que leur auteur Jehan-Rictus (1867-1933) est parti il y a presque un siècle. Les scolaires jurent à leur daron que sa syntaxe est fichtrement moderne et qu’il ferait bien lui aussi d’aller écouter ça : Ta "Vieille" : qu’alle est v’nue aujord’hui / Malgré la bouillasse et la puïe / Et malgré qu’ça soye loin …
Ça se passe sous les voûtes de pierre de l’Essaion jusqu’au 1er avril. Après, il vous faudra aller au Théâtre du Balcon pendant le festival d’Avignon. Remarquez …. C’est un tel chef-d’œuvre que ça vaut le déplacement.

Mise en scène de Guy-Pierre Couleau
Avec Agathe Quelquejay
Lumière Laurent Schneegans
Costume final Delphine Capossela
Avec Agathe Quelquejay
Lumière Laurent Schneegans
Costume final Delphine Capossela
Du 04 février au 01 avril 2025,
Les lundis à 21h et les mardis à 19h15
Au théâtre Essaion - 6, rue Pierre au Lard (à l'angle du 24 rue du Renard) - 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
Les lundis à 21h et les mardis à 19h15
Au théâtre Essaion - 6, rue Pierre au Lard (à l'angle du 24 rue du Renard) - 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
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