Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 19 mars 2011

L'amour d'une femme de Claudine Galea, par Fabienne Lucchetti au TEP

Elle dit qu’il n’y a pas assez de la vie pour l’aimer. Qu’elle portait des chaussures rouges.
Qu’elle a fait entrer la douceur dans sa vie.
Que maintenant qu’elle n’est plus là le manque est une blessure à vif.

Elle, la comédienne, regarde le public droit dans les yeux. Elle dit un TU qui vaut un JE. D’ailleurs des chaussures rouges rutilent sous son pantalon noir, curieuse coïncidence.

Alors quand elle les retire peut-être est-elle aussi l’Autre. On est interpelé et pourtant jamais mal à l’aise. Le rapport est quasi séducteur. Fabienne Lucchetti est davantage qu'une comédienne. C'est aussi un instrument de musique, vocalement et physiquement. On la voit ressentir la musique à bras le corps et tressaillir comme si la foudre lui tombait dessus.

Aidje Tafial exécute en direct bien davantage qu’un accompagnement. Sa musique se fait soutien, étayage, sorte d’écho sonore à la parole, tantôt tendre comme un murmure, tantôt déchirante comme un cri. Magnifique !

L'amour d'une femme de Claudine Galea
Conception et jeu Fabienne Lucchetti
Musicien Aidje Tafial
Mise en scène Thierry de Carbonnières

En alternance avec Mal de pierres du 2 mars au 2 avril 2011
Du 2 mars 2011 au 2 avril 2011.
Les mardi et jeudi à 21h.
Les mercredi, vendredi et samedi à 19h30 et à 21h.
Théâtre de l'Est parisien
159 avenue Gambetta, 75020 Paris, tél 01 43 64 80 80

vendredi 18 mars 2011

La Permission de minuit

Le réalisateur annonce le sujet du film comme étant une histoire d’amitié hors normes entre David 50 ans, professeur en dermatologie, et Romain qu’il soigne et opère régulièrement depuis qu’il a diagnostiqué une déficience génétique rare qui le contraint à vivre à l’écart de la lumière du jour.

En sortant de la salle on peut s’interroger sur le message qu’on a voulu transmettre, s’il y en a un. Vincent Lindon interprète avec un immense talent, là n’est pas la question, un médecin border line qui, sur le plan déontologique, n’est pas à sa place. Il se laisse constamment manipuler par son jeune patient, lequel n’a pas forcément conscience des conséquences de ses exigences.

On ne peut pas accepter qu’au nom de l’amitié l'adulte mette l'enfant en danger pour réaliser ses propres rêves d’enfant comme lorsqu’il l’embarque en pleine nuit et sans prévenir personne dans une grotte pour l’initier à la spéléologie. On se dit que Fugue de minuit aurait été un titre plus adéquat car ce n’est pas exactement de « permission » dont il est question ici.

En tant que parent on comprend mal aussi que David ne s’intéresse pas une seconde à son propre fils. Il a bien de la chance d’avoir une épouse aussi compréhensive, encline à s’attendrir à le voir incapable de mettre une pièce dans un caddy alors qu’on nous le montre capable de prouesses à un championnat de France de dominos.

On peut admettre que cet "enfant de la lune" soit un adolescent qui ait les mêmes envies de tester les limites que les autres jeunes de son âge. On peut aussi comprendre qu’il ait besoin de se confronter à une figure paternelle. Mais les adultes doivent rester à leur place sous peine de provoquer de graves désordres dans la personnalité des enfants, un peu à l’instar de l’architecture des dominos dont la chute de l’un entraine celle des autres.

Par chance, la mutation de David, présentée comme une catastrophe, deviendra salutaire car elle permettra à Romain de grandir. Emmanuelle Devos interprète le médecin qui aura la lourde charge de prendre la succession. Son personnage se situe strictement dans les rails, avec néanmoins ce qu’il faut d’empathie pour assurer un certain confort de vie au jeune ado, et sans pour autant le mettre en péril. Comme quoi écouter l'autre ne signifie pas céder à tous ses désirs.

Par chance le scénario nous épargne une histoire d’amour entre les deux médecins, se limitant à la stricte rivalité homme-femme et à la querelle de pouvoir par rapport au patient.

Pour illustrer parfaitement cette question du cadre, au sens thérapeutique comme au sens cinématographique, le réalisateur privilégie les gros plans qui précipitent le regard du spectateur dans l’intime des personnages. Les éclairages, forcément en demi-teintes puisque l’enfant vit à l’ombre, confèrent une atmosphère de thriller.

Cette orientation aurait pu faire glisser le film carrément dans le registre de l’horreur si les scénaristes avaient un tout petit peu poussé le bouchon de ce coté là. Certaines scènes expriment une grande violence. L'accident de voiture du chirurgien (dont on ne suppose même pas qu'il puisse en réchapper) aurait pu être coupée au montage.

D'autres sont, de mon point de vue, plus subtiles et leur message est plus fort. Par exemple au début du film, alors qu'on ne sait presque rien de Romain, celle qui nous le montre se projetant bruyamment sur la vitre de la salle à manger, dessinant une longue silhouette blanche et fantomatique alors qu'il se laisse glisser sur le sol. On découvre ensuite seulement que cette trainée a été laissée par son corps recouvert de crème solaire.

Plus tard sa balade à l'air libre et sans aucune protection dans une rue piétonne, banale pour une personne ordinaire, suicidaire pour un garçon comme lui, a quelque chose d’effroyable.

Mais si l'ado grandit au cours du film il apparait que l’adulte lui, reste au même stade, incapable de lâcher prise comme le révèle la scène finale. Et on se surprend à se demander s’il en existe beaucoup des toubibs comme cela.

jeudi 17 mars 2011

Le Salon du Livre de Paris rouvre ses portes

Je ne suis pas encore blasée d’être invitée à l’inauguration d’un Salon aussi prestigieux. En faire le compte-rendu est un exercice imprévisible : on n’a pas tous les ans la chance de saisir une photo un peu décalée ou d’entendre une confidence amusante. Difficile de prévoir où aller pour cueillir cette perle.

L’an dernier j’avançais au petit bonheur. Maintenant que je connais beaucoup d’écrivains ma motivation a changé. Ce qui me plait c’est de les revoir et de pouvoir échanger quelques mots en dehors du contexte un peu stressant (pour eux) de la sortie de leur dernier titre.

J’aime aussi mettre un visage sur les voix des attachés de presse, surtout quand on a échangé de multiples mails. J'aurais pu mitrailler les "people" avec qui j'ai discuté ou que je reconnaissais dans les allées, une coupe de champagne d'une main, un toast de l'autre, un livre coincé sous le bras. Mais ce n'est pas mon style de jouer les paparazzi.

Ce sont les éditions de l'Épure qui m'ont donné envie de sortir l'appareil photo. Ces créations de pièces montées de Frédérique Decré avec des chutes de cartons d'imprimerie ont séduit tous les visiteurs. Des gâteaux comme cela, on en croquerait volontiers. Cet éditeur accomplit par ailleurs depuis 20 ans un superbe travail éditorial dont je parlerai bientôt avec plus de détails.

La soirée n'est pas pour autant une complète partie de plaisir. Parce qu’il y a du bruit, une foule bigarrée, que la signalétique est toujours aussi étonnante, si bien qu’on se perd et qu’on finit par renoncer à chercher le stand de X ou de Y. Levez les yeux au plafond et votre regard flottera entre les panneaux. Faisons un test : quelle est la rangée que j’ai photographiée ?

Non ce n’est pas la I comme Imprimerie, mais L comme Livre. Et vu que certaines allées sont en pointillés le plan n’est pas mentalisable sans effort. On est vite dans la position d’un véhicule que son GPS fait tourner en rond, sujet que j'aborderai bientôt sur le blog. Je vous promets du vécu.

C’est ainsi que je me suis retrouvée devant le stand Michelin. Figurez-vous que Michel Houellebecq n’avait jamais contacté la marque pour demander l'autorisation de citer son nom en long, en large et en travers de la Carte et le territoire. Loin de se plaindre, Michelin apprécie une publicité aussi intense, et dopée par le Prix Goncourt.

Juste en face, le stand de l’ECPAD, ce qui m’a permis de régler en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter le problème que m’a causé hier la frilosité de la Maison des arts d’Antony (92). En résumé on m’avait demandé de modifier le compte-rendu d’une exposition de photos de l’ecpad pour intégrer une mention de copyright ecpad dans chacune des photos que j’avais prises, ce que j’avais refusé de faire parce que je mentionnais l’origine des clichés et que surtout « mes photos de leurs photos ne pouvaient pas être leurs photos ». Leur responsable partage mon point de vue, a lu l'article d'origine et l'a jugé immédiatement publiable en l'état, sans aucune modification. Ce sera fait sous peu.

Sans divulguer des scoops indiscrets je peux dire que les visiteurs ne verront pas Claire Castillon qui est à l'étranger, que Martin Provost fera un saut rapide mais que ce soir il ne relèvera pas le nez de ses papiers car il est en train d'écrire un nouveau roman (comme Delphine de Vigan). Je parlerai du prochain film de Martin Provost très bientôt. Il a tourné en avril 2010 « Où va la nuit » dans l'Avesnois, une très belle région que j'ai eu l'occasion de mieux connaitre lors de mon passage à Aiguilles en fête . Le film retracera les mésaventures d'une femme recluse, régulièrement battue par son mari, et qui finit par le tuer pour échapper à son emprise... C'est Yolande Moreau, césar de la meilleure actrice en 2009 pour « Séraphine » qui interprète le rôle principal et qui m'a donné l'occasion d'écrire une de mes premières critiques. Sortie annoncée en salles le 4 mai. Rendez-vous sur A bride abattue pour une chronique dans la semaine du 6 avril.



Vanessa Caffin
, dont le 3ème roman "Rossmore Avenue" vient juste de sortir (et que je suis en train de lire) s’est déjà remise elle aussi à écrire, dans un style qui renoue avec celui de Mémoire vive. L’action se situera de nouveau en France, et même à Paris. Le sujet est (encore) en lien avec un travail sur la mémoire dans une atmosphère de suspense. Vanessa adore l’univers du polar où elle plongera sans doute un jour à son tour. Ceux qui pensent que les écrivains sont égocentrés se trompent furieusement. Chacun m'a donné ce soir des conseils de lecture. Vanessa m’incite à entrer dans la caravane de Nadine Monfils qui s’amuse de la proposition. Le héros des Vacances d’un serial killer est plutôt déjanté, me prévient-elle. Fabienne Jacob est elle aussi entrée en écriture mais je n’en saurai pas davantage sur le sujet que le double indice « ni femme ni lorraine ».

Sophie Adriansen
, coauteur avec Rodolphe Macia de Je vous emmène au bout de la ligne, passe du témoignage au roman. Nous découvrirons son premier livre personnel d'ici la fin de l'année. A sa place sera publié chez Laura Mare. Une histoire de destins croisés de deux jeunes femmes que tout oppose. J'ai apprécié la nouvelle forme de communication, imaginée par Anne Cazaubon, journaliste radio et télévision, avec ses Textopolitains (Collection : Cause toujours, Casterman, 2011). Chaque livre est un carnet de tickets à découper, à distribuer ou à abandonner derrière soi sur un fauteuil dans les transports en commun. Une phrase très courte en forme de clin d’oeil, d’aphorisme, d’invitation, de question, de sourire… comme par exemple celle-ci : Notre histoire touche à sa fin ... je descends là. Ce n'est pas parce qu'on a l'habitude d'écrire des scénarios pour la télévision qu'on se sent de faire le travail sur son propre livre.

Delphine Bertholon
ne signera pas le scénario de Twist pour France 2. Je suis impatiente de voir la version filmée de ce livre qui fut un coup de cœur. Les discussions avec les auteurs sont informelles le soir de l'inauguration. Le public apprécie par contre les quelques mots qu'il échangera au moment d'une rituelle séance de dédicace. Les organisateurs en ont programmé 3800, de quoi satisfaire les 2 millions de visiteurs attendus.

Même s'il manque toujours celui dont on vient d'apprécier le livre et avec qui on aimerait échanger. Par exemple j'aurais aimé converser avec Jean Echenoz dont les Eclairs (éditions de Minuit) m'ont touchée. Ou encore avec Bruno Tessarech qui, après le magnifique témoignage des Sentinelles, s'est plié à l'exercice de la lettre avec Vincennes pour Nil-Editions.

J'ai par contre bavardé cuisine et bonheur avec Akli Tadjer, Prix de la révélation littéraire en 2000, qui traitait de l'amour paternel avec Il était une fois, peut-être pas. On parlait aussi de la rentrée prochaine (eh oui déjà …) dans les coursives. Par exemple chez Buchet-Chastel il y aura un brusque changement de registre pour Jean-Philippe Blondel. Avec G 229, il nous embarquait joyeusement dans une salle de classe. Il poursuit sur le chemin de l’autobiographie en revenant cette fois sur un passé forcément douloureux. L’auteur a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture dont son père fut le seul rescapé. Jean-Pierre part brutalement à San Francisco avant de rallier Morobe. (la suite en septembre …)

Également à découvrir à la rentrée, et après le Tigre blanc, le nouveau roman d'Aravind Adiga. Il replantera ses griffes dans une petite ville indienne d’aujourd’hui avec Les ombres de Kittur. Pas besoin d'attendre au-delà du mois de mai on pourra savourer la Modiste, une comédie à l’italienne très dialoguée écrite par Andrea Vitali. Cet auteur nous brossera le portrait des habitants d’un village du bord du lac de Côme dans les années 1950, véritable clochemerle italien. Parmi eux une jeune veuve mettra ses voisins en panique avec ses projets de remariage.

La communauté de lecteurs Babelio (dont je fais modestement partie) était présente pour la première fois.

Le Salon est aussi un lieu de remise de prix. J'ai choisi de relayer un des moins médiatiques, le Prix poésie des lecteurs Lire et faire lire, décerné pour la neuvième année en 2011. Ce sont les Zanimaux Zétonnants de Constantin Kaïteris (Editions Corps Puce, 2009) qui ont reçu les plus grand nombre de suffrages de la part des 245 bénévoles de l'association qui lisent auprès d’environ 4250 enfants de 42 départements français. J'ai beaucoup d'admiration pour le travail des bénévoles de Lire faire lire dans les écoles élémentaires ou maternelles. Ces passeurs d'histoires sont un peu des substituts de grands-parents qui maintiennent de précieux liens intergénérationnels et qui, au quotidien, déclinent la citation de Marcel Proust figurant en tête du dossier de presse du Salon : la lecture est une amitié.

Le Salon du livre de Paris est aussi le moment de faire le point sur l'édition et les tendances du marché. On prédisait que l'e-book signait la mort du livre. Que nenni puisque les ventes qui progressent sur Internet sont ... des ventes de livres papier. Certes la profession de libraire est en souffrance mais ce sont les plus gros qui semblent résister le moins bien. Il faut croire que les lecteurs sont attachés à la relation de proximité quand celle-ci est de qualité. Attendons quelques jours pour dresser le bilan de ce salon nouvelle mouture : moins de jours d'ouverture mais sur des plages horaires plus étendues.

Principaux ouvrages des auteurs cités dans le billet : Vanessa Caffin pour Mémoire vive et Rossmore Avenue (lecture en cours) Claire Castillon pour les Bulles Martin Provost auteur de Bifteck Delphine de Vigan avec les Heures souterraines Delphine Bertholon pour Twist et pour l'Effet larsen Jean Echenoz et Des Eclairs Bruno Tessarech avec les Sentinelles, et Vincennes (lecture en cours) Akli Tadjer, pour Il était une fois, peut-être pas Rodolphe Macia et Sophie Adriansen avec Je vous emmène au bout de la ligne Fabienne Jacob pour Corps Michel Houellebecq pour la Carte et le territoire (lecture en cours) Anne Cazaubon avec Les Textopolitains

mercredi 16 mars 2011

Les acteurs de bonne foi, mis en scène par Jean-Pierre Vincent

La pièce était joué à l'automne dernier au théâtre des Amandiers de Nanterre (92) que Jean-Pierre Vincent a dirigé après avoir quitté la Comédie-Française. Mais c'est en fin de tournée, à Saint-Quentin-en-Yvelines que je suis venue la découvrir.

Le metteur en scène connait si bien l'univers de Marivaux qu'il peut se permettre de doubler la mise en insérant des extraits de la controverse sur le théâtre qui opposa Rousseau à d’Alembert. C'est si bien brodé que le détour ne se remarque pas.

Madame Argante et madame Hamelin se disputeront et nous verrons laquelle l'emportera. La première capitulera-t-elle devant les exigences de la seconde, désireuse de voir jouer un petit spectacle devant distraire les invités de la noce de son neveu ?

Jean-Pierre Vincent excelle à interroger le réel et le théâtre. Il y a trente ans il avait monté au théâtre national de Strasbourg un Palais de justice plus vrai que nature. Les juges y reconnaissaient les travers des avocats. Ceux-là avaient pointé les défauts des premiers. Les prévenus étaient noyés dans les joutes verbales tandis que l'horloge égrenait les heures et que lentement le jour déclinait alors que les bruits de la rue s'étouffaient.
Avec les Acteurs de bonne foi c'est le théâtre lui-même qu'il interroge dans un décor clairement stylisé, conceptualisé par Jean-Paul Chambas. La bande-son restitue les cris des animaux. Le tas de fumier s'élève à cour alors que la paille fraiche accueille la bourgeoisie à jardin. Pour un peu on se croirait à Versailles alors que surgissent des évocations de Courbet (jolie scène de l'angélus) ou de Watteau (les costumes de Patrice Cauchetier semblent décrochés d'un de ses tableaux).

La mise en scène est extrêmement dynamique et les comédiens sont d'excellents interprètes. Ils se bagarrent comme au cinéma, enchainant des coups que l'on voit rarement sur un plateau. Les paysans s'expriment avec un accent à couper à la bêche. L'action s'accélère ou se ralentit suivant des effets cinématographiques pour nous offrir une vraie comédie sans évacuer le débat de fond : qu'est-ce qui est fiction, qu'est-ce qui appartient à la réalité ?
A vouloir faire semblant de faire semblant chacun risque de perdre gros. Mais tout est bien qui finit bien et on se surprend à avoir envie de bayer une petite franchise (un baiser) à toute la troupe pour la peine qu'elle s'est donnée et la superbe soirée qu'elle nous a offerte.

Les spectateurs cherchent souvent des certitudes. L'un d'entre eux ce soir croyait fermement que les pommes qui sont déversées sont toutes de vrais fruits.

Et pourtant non, ce ne sont que des accessoires. N'oublions pas que nous sommes au théâtre !


mardi 15 mars 2011

Pluie d'enfer de Keith Huff au Théâtre de la Pépinière

(billet mis à jour le 23 mars 2011)
Les deux comédiens, Olivier Marchal et Bruno Wolkowitch sont autant copains dans la vie que sur les planches. C'est dire combien ils devraient être heureux de jouer à la Pépinière. Le seul hic c'est qu'ils ont tellement interprété des rôles de policiers qu'ils en ont, comme ils disent, "soupé des poulets". Pourtant des flics comme ceux-là ils n'en avaient jamais rencontré.

Avec Pluie d'enfer ils nous embarquent dans les bas-fonds de Chicago, pour une balade qui n'a rien d'une promenade touristique.

Leur déambulation les aspire dans la spirale de la déchéance. La frontière entre le bien et le mal s'avère perméable. On s'interroge vite sur la place de la "ligne jaune" qui met à distance le flic du voyou.
Ils nous font éprouver de la compassion pour ces êtres qui ne sont en rien des héros et qui sont chaque jour confrontés au pire de l'espèce humaine. On ressent leur solitude et on assiste, impuissant, à leur huis-clos sous une pluie lancinante. Alcool, drogue et sexe sont les ingrédients d'un piège infernal.

Flashbacks après flashbacks les portraits se précisent sur une mise au point terrible. Les destins se figent au fond d'une descente aux enfers évitant de justesse les clichés et le mélo. On est saisi par Denny et Joe, mais on rit aussi. C'est un spectacle d'une rare intensité.

Pluie d'enfer au Théâtre La Pépinière
7 rue Louis-Le-Grand 75002 Paris, 01 42 61 44 16
Du mardi au vendredi à 21 heures, le samedi à 16 et 21 heures
www.theatrelapepiniere.com


Le spectacle obtient une nomination aux Molières pour les lumières qui ont été crées par Patrice Kebour.

lundi 14 mars 2011

Madeleines briardes

On suit la recette de base des madeleines :

On fouette 2 œufs avec 4 cuillères à soupe de lait
On ajoute 125 de farine et 1 sachet de levure chimique
Puis 75 grammes de beurre fondu refroidi







On remplit aux trois quarts les alvéoles de moules à madeleine. J'ai utilisé des plaques en silicone qui dormaient dans mon placard malgré leurs couleurs qui me rappelaient à l'ordre à intervalles réguliers.

On enfonce un petit morceau de Brie Bons Mayennais à l'intérieur.

On enfourne pour 10 minutes à th 8.

dimanche 13 mars 2011

Patricia Pittet et Oliver Schneider au Centre d'art et de culture de Meudon (92)

Je suis revenue à Meudon (92) pour assister aux Nouvelles brèves de comptoir, brillamment interprétées par les comédiens qui ont créé la pièce l'an dernier au théâtre du Rond-Point.

Jean-Marie Gourio est le digne successeur de Pierre Desproges en recueillant des phrases prononcées réellement dans des bistrots et des cafés. Jean-Michel Ribes en fait une mise en scène alerte. Le succès ne se relâche pas. La tournée s'achèvera le 2 avril après 120 représentations.

La prouesse est également technique pour les 8 comédiens qui endossent les 140 costumes des 56 personnages qu'ils interprètent sans souffler tout au long de 7 tableaux composant une semaine ordinaire pour nous montrer ce qu'ils appellent la "partie visible du glaçon" dans un estaminet lambda.

On y chante, on y danse aussi. A déguster sans modération sur scène ou en regardant le DVD de la captation qui en a été réalisée par la COPAT. Ou encore en lisant le texte des tableaux dans les trois publications d'Actes Sud- Papiers, avec les sous-titres une Journée, une Année puis le dernier (actuellement ...) une Semaine.

Le centre d'art et de culture y accueille en ce moment une exposition colorée, joyeuse et élégante que je vous invite à aller voir. Ce sont des peintures d'Oliver Schneider et des sculptures de Patricia Pittet.
Il travaille la couleur, la lumière et le geste quand elle se consacre aux éléments organiques et à percer l'enveloppe des choses...
Les œuvres se répondent dans un écho assez troublant, témoignant probablement que les artistes forment aussi un couple dans la vie. Comme celle-ci (ci-dessous) qui s'intitule Rive de nacre.





Patricia Pittet donne elle aussi des intitulés poétiques à ses sculptures, comme ce Murmure de lune et cette la Bouche en cœur, qui est une résine minérale montée sur galet.

Oliver Schneider est installé en Suisse.

Il entretient un lien fort avec Meudon puisqu'il succède à Christine Ray à la présidence de l'association "Artistes à Meudon".
Il est en outre le fils du plasticien meudonnais Fred Schneider décédé en 2006.

Centre d'art et de culture
15 boulevard des Nations Unies
92190 Meudon
jusqu'au 27 mars 2011, du lundi au vendredi, de 15h à19h, les samedis et dimanches de 14h30 à18h30. Entrée libre

samedi 12 mars 2011

La littérature nordique expliquée aux lecteurs de la médiathèque d'Antony (92)

Les auteurs nordiques sont à l'honneur au Salon du livre de Paris et plusieurs médiathèques ont programmé des rencontres, débats et présentations autour de ce thème qui n'est pas très facile à décrypter même si c'est en France que ces écrivains comptent le plus grand nombre de lecteurs.

J'ai assisté à un café-littéraire à Antony (92). Ma prise de notes est un peu trop phonétique pour être directement utilisable. Je prends date pour relater ce panorama fort passionnant.

Je vous parlerai notamment de Sofi Oksanen, qui sera au Salon vendredi 18 mars pour Purge, le livre publié chez Stock.

Mais pour l'heure, je dirais un peu à l'instar des vitrines voilées de noir "article en construction".

Merci de repasser ...

vendredi 11 mars 2011

J moins 15 avant le nouveau Grand Troc de livres du Plessis

Je vous le disais lundi 4 octobre : çà bouge beaucoup dans les médiathèques. Leur programme s'allonge d'année en année, obéissant quasiment à une programmation qui s'approche de plus en plus de celle d'un espace culturel. Je ne suis pas sure que la plaquette du théâtre municipal d'une sous-préfecture de région soit plus fournie que celle d'une bibliothèque de la région parisienne.

Imaginez le dilemme quand on cumule 4 cartes : la bibli la plus proche de son domicile, celle qui jouxte son lieu de travail, celle du lieu de travail du conjoint, celle qu'on renonce à quitter depuis son déménagement ...

Dans un futur proche la "carte d'agglomération", valable sur plusieurs communes, simplifiera les démarches (pour l'usager) en facilitant la circulation des emprunts. On envisage déjà d'une dématérialisation du prêt, avec téléchargement de films à domicile. On se demande même si l'objet livre continuera d'exister.

En attendant cette (r)évolution et dans l'esprit toujours plus en terme d'offre et toujours mieux en terme de service la ville du Plessis-Robinson(92) avait expérimenté le troc un week-end d'automne.

Les habitants étaient appelés à amener les livres, CD et DVD dont ils étaient prêts à se séparer. A les poser sur de grandes tables. Puis à prendre ce qui les tentait. Impossible de faire plus simple !

Les règles (implicites) étaient de bon sens : tout devait être en bon état et de "qualité". L'année d'édition n'était pas un critère.

Il y eut des va-et-vient toute la journée. Le hall n'a pas désempli, une cohorte chassant l'autre. Les abonnés s'amusaient de voir leurs livres partir entre les mains d'autres personnes qu'ils croisaient de temps en temps dans la salle de prêt. Des conversations s'engageaient. Les échanges allaient bien au delà du simple troc.

Ne ragez pas d'avoir manqué le rendez-vous cette véritable action de développement durable. Une réédition est programmée pour le samedi 26 mars 2011 de 10 heures 30 à 19 heures.

Alors mettez d'ores et déjà de coté ce que vous allez donner ou troquer ... et surveillez les annonces de vos équipements culturels. Il se pourrait bien que le mouvement gagne d'autres villes.

Médiathèque du Plessis-Robinson (92) 2, rue André-Le Nôtre Tél. : 01.46.01.44.70
Courriel : bibliotheque@plessis-robinson.com
Site Internet : http://www.plessis-robinson.com Rubrique « Vivre au Plessis » – « Culture »

jeudi 10 mars 2011

Le sort du Dedans revient à Antony (92)

Ce fut un coup de cœur absolu lors qu'ils avaient été programmés dans le cadre du Festival Solstice il y a deux ans. Du cirque, de l'opéra, du dressage, des percussions corporelles, des acrobaties complexes et élégantes sans aucun trucage. Des éclats de rire. Des applaudissements énormes tout au long de la représentation. Que dire de plus ? Que j'avais suggéré de supplier Marc Jeancourt de les reprogrammer une autre année.
Je suis heureuse que cette partition pour une contrebasse, un cheval, un musicien, un homme et une femme, soit de nouveau accessible, et pour plusieurs jours à l'Espace cirque. Ne manquez pas ce spectacle intime et poétique.
Baro d'evel Cirk Cie, Le Sort du dedans à l'Espace Cirque d'Antony (92) du 18 mars au 3 avril
Rue Georges Suant -92160 Antony
Les vendredis et samedis à 20 heures, les dimanches à 16 heures.
Le mercredi 30 à 15 heures

Sur www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
Réservations au 01 41 87 20 84

mercredi 9 mars 2011

Mal de pierres, de Milena Agus, interprété par Stéphanie Rongeot au TEP

Première ce soir de Mal de pierres dans la petite salle du TEP qui embaume le bois et qui semble en travaux inachevés. Décor ou réalité, toujours est-il que cela s’accorde parfaitement avec le sujet de la pièce. Une petite fille devenue adulte revient dans la maison où elle a vécu avec sa grand-mère, découvre des secrets de famille et fait le lien entre le passé et le présent.

J’avais lu le livre de Milena Agus (dans la sensible traduction de Dominique Vittoz) d’une traite à sa sortie en 2005, me disant que si j’étais productrice je miserais illico dessus pour une adaptation cinématographique. J’apprenais peu de temps après que Nicole Garcia avait acquis les droits et puis plus rien .... J’étais donc heureuse de venir au théâtre entendre ce texte magnifique.

En Sardaigne, après la Seconde Guerre mondiale, une femme mariée tard et sans amour souffre du « mal de pierres ». Lorsqu’elle part de son village pour aller se soigner, elle connaît le choc merveilleux du désir et du plaisir. C’est sa petite-fille qui nous transmet, longtemps après, cette histoire secrète.

Le plaisir fut intact. Il y a eu forcément des coupures pour que la pièce tienne dans l’espace d’une heure mais c’est si bien fait qu’on ne sent pas le travail des ciseaux.

Stéphanie Rongeot incarne superbement la petite fille devenue adulte, portant l’héritage familial avec émotion, respect, parvenant à mettre à distance les démons qui ont agité l’esprit de sa grand-mère.

Le mystère de l’enfantement est intact, comme dans le livre, avec un suspens entretenu sur la filiation. Le portrait de cette aïeule nymphomane contrainte d’épouser un homme qu’elle n’aime pas (un comble), rencontrant tardivement le grand amour de sa vie est vivant et crédible.

Les souvenirs sont alimentés par des objets sortis d’une valise comme dans le film de Clint Eastwood, Sur la route de Madison, qui présente une forte analogie avec Mal de pierres.

Dans les deux cas une histoire de coup de foudre, un secret familial, un amour contrarié, le devoir qui l’emporte, des sentiments qui survivent à l’épreuve du temps, une influence de l’un sur l’autre.

La différence ici est que rien ne nous est montré, que les paroles ne sont peut-être qu’un pur fantasme, même si une lettre, authentique, vient corroborer certains faits, certains … pas tous.

La comédienne, manifestement émue en ce soir de première, a trébuché plusieurs fois sur les mots. On ne peut pas lui en tenir rigueur et la fluidité va s’installer très vite. Un si long monologue est une véritable épreuve. Son sourire aux saluts faisait plaisir à voir.
Par contre j’ai été un peu dérangée par la mise en scène qui semble l'enfermer dans un monologue complètement intérieur. Aucun regard ne plonge dans les yeux des spectateurs. Ses orbites semblent fixer une ligne imaginaire au-dessus de nos têtes, comme s’il s’agissait d’une obsession.

Cela demeure néanmoins une très belle réalisation que je recommande vraiment d'aller découvrir.


Mal de pierres
Texte de Milena Agus
Conception et jeu de Stéphanie Rongeot. Mise en scène de Pascale Caemerbeke. Scénographie de Sigolène de Chassy.

Du 9 mars 2011 au 9 avril 2011.
Les mardi et jeudi à 21h.
Les mercredi, vendredi et samedi à 19h30 et à 21h.
Théâtre de l'Est parisien
159 avenue Gambetta, 75020 Paris, tél 01 43 64 80 80

mardi 8 mars 2011

We want sex equality

Au printemps 68, une ouvrière découvre que, dans son usine, les hommes sont mieux payés que les femmes. En se battant pour elle et ses copines, elle va tout simplement changer le monde ... C’est l'histoire véridique du soulèvement de 183 femmes de l’usine Ford de Dagenham (Essex) dans la banlieue Est de Londres. Un incident mineur au départ qui va prendre une colossale ampleur puisque les ouvrières décident de braver leurs patrons américains en annonçant trois semaines de grève. N’étant pas entendues elles demanderont encore plus avec une mise à égalité des salaires entre hommes et femmes.

Le film a remporté trois prix au festival de Dinard : le Hitchcock d'Or, le prix du meilleur scénario ainsi que le prix du public. Il est programmé depuis aujourd’hui au Rex de Chatenay-Malabry (92). En ce jour dédié aux femmes (même si on peut regretter d’avoir une journée comme si nous étions des animaux en voie de perdition) les projections sont gratuites pour la gente féminine.

Je salue surtout la programmation de ce film sur plusieurs semaines parce que j’en ressors avec la pêche. Tout y est brillant : les décors (une ancienne usine Hoover au Pays de Galles qui restitue la même atmosphère), les costumes, la reconstitution fidèle de l’atmosphère de ce tournant historique, les dialogues avec des répliques qui fusent et tombent comme des couperets. Qui nous font réfléchir que le combat n’est pas terminé loin s’en faut.

C’est aussi un film que les hommes doivent se précipiter d’aller voir (dites leur que les nanas y sont fichtrement bien roulées et ils y courront). Ensuite laissez le charme et la détermination de Rita et de ses consœurs (des rôles de composition mais directement inspirés de personnages réels) et observez la transformation à la sortie. Une des grandes forces du rélaisateur est d'avoir pensé à insérer les véritables protagonistes dans le générique de fin en leur donnant la parole. c'est très fort !

Ne vous arrêtez pas à l’affiche honteusement ridicule qui suggère une comédie machiste. C’est tout le contraire. Le titre fait référence aux banderoles qu'arboraient les ouvrières lorsqu'elles manifestaient en juin 1968 devant le parlement afin de se faire entendre par Barbara Castle, alors secrétaire à l'emploi et à la productivité. Surnommée "Battling Barbara" en raison de sa détermination, elle lutte pour le droit des femmes tout en refusant d'être étiquetée féministe. Elle incarne la femme politique moderne, sympathique et proche des gens, loin de l'image de Margaret Thatcher dans les années 80. Malheureusement on pourrait les confondre dans le film en raison de leur ressemblance physique.

Le producteur Stephen Woolley a eu l'idée de We Want Sex Equality grâce à l'émission de radio The Reunion dont le but est de rassembler des personnes ayant participé à un évènement par le passé :
"Cette histoire m'a fasciné, notamment parce que ces femmes étaient tellement innocentes et apolitiques au départ. Elles n'avaient pas de compte à régler. Elles voulaient simplement être traitées d'égal à égal. Pour elles, ce combat était avant tout une affaire de bon sens."
Nigel Cole a été choisi pour le réaliser car il a précisément grandi dans la région de Dagenham, à l'époque de la grève. Le plus fort c’est qu’il ignorait tout de l’affaire avant qu’on lui apporte le scénario. Il explique que « les histoires de femmes en général sont oubliées parce que ce sont les hommes qui écrivent l'histoire et qui ne parlent pas des femmes.» Mais, du coup, il s’est emparé avec rage de cette trame pour en faire quelque chose de parfait, s’inspirant de sa mère, une intellectuelle condamnée à faire de la figuration à la maison alors que ses compétences l'auraient propulsée très haut si elle avait été un homme. Il se projette dans un très beau personnage masculin de syndicaliste qui joue le rôle d’un détonateur.

Après Calendar Girls, sorti en 2003, le voilà de nouveau avec un scénario féministe :
"Les deux films font la part belle à des femmes ordinaires qui se retrouvent imbriquées dans quelque chose qui les dépasse et les fait évoluer. Elles apprennent à gérer des situations auxquelles elles n'ont pas l'habitude d'être confrontées. "
Le réalisateur signe un film très drôle, émouvant, admirablement interprété, mais aussi formidablement engagé. Les dialogues sont percutants et le verdict tombe sans appel : ce que les femmes réclament ce ne sont pas des privilèges, mais des droits.

N’oublions tout de même pas qu’après avoir remporté leur combat ces femmes sont ... retournées travailler en usine. Tout comme celles qui ont fait tourner l'industrie et tenu les rênes économiques au cours de la première guerre mondiale ont gentiment repris leur "tablier" quand les époux sont revenus du front, attendant encore des décennies pour avoir ne serait-ce que le droit de vote dont elles jouissent seulement le 29 avril 1945 en France.

Précisément les livres d'histoire se limitent à ce succès là ... probablement parce que les hommes pensaient ad vitam aeternam gagner des voix aux élections, étant certains (hélas) qu'elles ne voteraient pas pour l'une des leurs. Pour le reste les progrès demeurent à accomplir. Le principe : à travail égal, salaire égal n'est pas encore une réalité, d'autant que les hommes progressent plus vite dans la hiérarchie, accentuant encore les écarts.

Le vrai souci aujourd'hui c'est que les femmes n'ont guère de modèles positifs identificatoires (alors que dans l'Angleterre des années 80 il y avait la Reine et le Premier Ministre) autre que des actrices et des top-models. Les chirurgiens, les chercheurs, les scientifiques qui ont l'audience des médias sont tous des hommes. Les enfants des écoles continuent de chanter des ritournelles où la place de la mère est au foyer alors que le papa est pompier.

Vous n'êtes pas encore convaincu (es) ? Alors écoutez et de grâce allez le voir en V.O. car les hésitations vocales des uns et des autres sont à savourer :

lundi 7 mars 2011

Pastel fauve de Carmen Bramly

On sait d’elle qu’elle fait ses études au lycée Fénelon, que c’est son premier roman et qu’elle est la fille d’un écrivain (voilà c’est dit). Carmen Bramly écrit sans complexe ni peur des mots crus, mais devient pudique dès que cela ne compte pas pour du beurre.

Son style se situe en bordure du langage parlé, quoique la syntaxe soit irréprochable et que son lexique soit étendu. Le résultat est très dynamique, toujours spontané et résolument intelligent. Écrire un premier roman avec ce talent là n’est pas courant et je suis heureuse de n’être pas passée à coté.

Le résumé :
C'est la dernière nuit de l'année. Paloma, quatorze ans, s'apprête à réveillonner sur l'île de Bréhat, où ses parents ont une maison de vacances. Elle doit retrouver Pierre, de deux ans son aîné, qu'elle connaît depuis toujours. Ils ne se sont pas vus depuis l'été précédent, l'adolescente s'est transformée et les rapports sont à réinventer. C'est la dernière nuit de l'année et peut-être aussi un adieu à l'enfance.

Pierre est étudiant à l’Alsacienne (elle n’explique pas mais on sait que bien des célébrités sont passées dans cette prestigieuse école privée où Anne Sinclair fut la camarade de Véronique Sanson). Il habite le 6 ème, non pas étage, mais arrondissement. Plus bobo impossible.

Il crane qu’il veut plus tard devenir un intellectuel de gauche avec des idées de droite (p 40). Elle voudrait être actrice, mais n’ose pas le dire tant cela fait tarte. Se contente donc d’affirmer qu’elle veut dévorer la vie.

Paloma est ce qu’on appelle une romantique. Elle se complaît dans le passé. Elle fredonne des paroles de chanson des Kinks, un groupe mythique des années 60. Qui d’entre nous ne connait pas le rauque You really got me ou le suave Sunny afternoon ?

Parfois midinette, elle fantasme un trip avec Peter Doherty qui revient en boucle au fil des chapitres depuis qu’il a loué l’appart de sa tante dans le même immeuble. Mais pour ce qui est de l’amour elle craint surtout de s’en faire une idée fausse en le réduisant à un rapport de forces.(p.147)

Plutôt sportive elle fait du vélo (évidemment à 15 ans on ne pilote pas une décapotable comme Sagan … A 50 non plus d’ailleurs) et le vélo est un super moyen de transport même si le sien est une bécane défoncée , sa madeleine de Proust, version SM dont les barres du porte-bagage lui détruisent toujours autant les fesses (p.34)

Souvent très sérieuse, elle a grandi en adulte avec des adultes, sous l’influence de protestants dégénérés ayant connu des jours meilleurs. Dans un hôtel particulier qui s’effondre. Avec un jardin d’herbes folles et de statues grises aux visages tragiques (p 69). Elle a été scoute (sa sent le vécu). Son père est écrivain (dans la vraie vie aussi mais je me répète). Ses références sont Phèdre, Zola. Elle a lu la Vie devant soi à 7 ans (çà sent encore le vécu). A 20 ans dans sa tête, 14 dans son corps. Et ne croit pas penser comme une ado de base. Never complain, never explain.

Pourtant, en fille réaliste et pas bêcheuse, elle s’estime chanceuse par rapport au tiers-Monde même si son avenir, elle le voit déchiré, émietté, sanglant, à croire qu’elle devra toujours livrer bataille (p.35). Avec le recul, certainement, chaque combat lui semblera effectivement avoir été gai, joyeux et la nostalgie, à nouveau s’emparera d’elle, elle le sait d’avance. Et je l’approuve.

Au cours de cette dernière soirée de l’année, Pierre et Paloma cherchent des sujets de conversation. Par exemple autour de leurs préférences (p.110). Elle adore le noir, son livre fétiche c’est la vie devant soi (forcément), et ses films de prédilection, Boulevard du crépuscule et la Comtesse aux pieds nus. Elle aime le blues des années 60 en regardant le coucher du soleil.

Lui c’est le gris parce que ce n’est ni trop blanc, ni trop noir, et comme film, les Blues brothers. Il aurait adoré vivre lui aussi dans les années 60. Ils rêvent tous deux devant des films comme Good morning England tout en ne croyant pas que la période fut si belle et si heureuse que çà. Ni que tout le monde se baladait à poil en chantant.

Comme tout le monde ils abordent le sujet des bonnes résolutions pour 2011 (p.129), ce qui équivaut pour Paloma à lui fixer un ultimatum :
soit tu t’embarques avec une fille un peu barge dans l’aventure de ta vie, soit tu me perds à tout jamais. Vas-y, réfléchis, livre-toi à un monologue intérieur, tu as trois minutes pour te décider, je ne contesterai pas ta décision, je ne te bousculerai pas, ce sera ton choix, pas le mien.
A la fin ils seront apaisés, heureux d’avoir enfin réussi à se parler en adultes, sans problème d’amour-propre mal placé. Estimant qu’ils en ont fini avec les gamineries (p.171).

Je n’apprécie pas souvent les romans pour ado écrits par des adultes. Je les trouve gnan-gnan et je ne parviens même pas à écrire une chronique à leur propos. J’ai adoré ce livre pour adultes écrit par une ado. Et j’applaudis à ses derniers mots, en forme d’avertissement à ceux qui feront la fine bouche sur son talent :
Dans la vie il vaut mieux avoir des remords que des regrets ( …) si vous cherchiez une belle morale sur l’adolescence vous n’avez pas ouvert le bon bouquin, moi je parle de la vie, et dans la vie, il n’y a pas de morale, pas d’interprétation intello qui tiennent (p.176)
Je suis restée au plus près du texte et il me reste une jolie musique de cette lecture que je voulais partager avec vous.

Pastel fauve, Carmen Bramly, Éditions Jean-Claude Lattès, 2010

dimanche 6 mars 2011

Un dimanche au Père-Lachaise

Beau soleil et air frais annonciateurs du printemps provoquaient une affluence importante dans la capitale en ce dimanche après-midi. Les cimetières parisiens sont (aussi) des lieux de promenades. A voir le nombre de personnes scrutant le plan édité par la mairie de Paris c’était majoritairement des touristes qui arpentaient les allées.

Montparnasse est plat et aéré. Le Père-Lachaise se mérite, mais il offre de jolis panoramas.


La mort me flanque la trouille mais paradoxalement j’aime flâner dans ces lieux qui sont des livres d’histoire à ciel ouvert. On remarque vite que les tombes les plus visitées sont celles de musiciens. Les sépultures des grands noms du XIX° siècle ont la cote et sont bien entretenues. Il faut dire qu’aujourd’hui le nombre de people est en inflation et que les fans n’arrivent plus à assurer. Du coup ceux qui sont décédés au cours de la dernière décennie sont un peu désertés.

On s’étonnait de me voir photographier la grille entourant la tombe de Pierre Desproges, le buste de Ticky Holgado, la stèle de Sophie Daumier. Même Marie Trintignant et Gilbert Bécaud, voisins pour l'éternité, provoquaient des questions. J’ai volontiers résumé le sketch de « La Drague » (1972) avec Guy Bedos … Ah c’était elle …, cité des titres de films, lancé quelques traits d’humour, fredonné des chansons, ravivé les souvenirs.


Juste à coté, Toscan du Plantier fut le plus difficile à resituer. L'action dans le théâtre et le cinéma du directeur Général de la Gaumont puis président d’Unifrance, ex compagnon de Marie-Christine Barrault, Francesca Comencini, Isabelle Huppert et Isabella Rossellini …, pour ne citer que les plus célèbres, n’est pas connue du grand public.

Avez-vous remarqué aussi que les rues jouxtant les cimetières sont souvent baptisées rue du Repos, rue de l’Égalité ? Ici aussi l’égalité des chances est une utopie. Le résident logé en bordure d’allée principale recevra davantage de visites que celui qui est coincé au centre d’une division.













La tombe d’Annie Girardot, pourtant débordante de fleurs, est ainsi bien cachée.



On ne la découvrira pas par hasard, à l’inverse de celles de Chopin, ou du sculpteur Arman qui affiche un formidable humour. Ou encore de Claude Chabrol ou Mano Solo qui sont cote à cote.









J'ai longtemps cherché en vain celle de Baschung dont je sais maintenant qu'elle est en bordure de l'avenue de la Chapelle, un peu avant le rond-point Casimir-Périer.

La proximité avec d’autres célébrités double les chances. La Fontaine est à coté de Molière. On ne peut pas voir l’un sans l’autre. J'aime aussi les anonymes, les inconnus, comme cette œuvre de œuvre du sculpteur Adolphe Wansart pour Fernand Arbelot, tenant un masque, un architecte dont nous ne connaissons pratiquement rien, sinon ces deux dates 1880-1942.
J'aime me balader au hasard et me laisser surprendre par sculptures et têtes dressées vers le ciel,solitairesou groupées.
Pour préparer votre visite, je vous recommande de visionner des photos qui feront gagner un temps précieux à vos pas. Par exemple celles-ci. Et de vous documenter, par exemple là. Le site du cimetière est une source intéressante, à condition de savoir qui on cherche.
Quant à la brochure distribuée sur place c'est un non sens du point de vue de l'information puisque les tombes sont répertoriées par des numéros alors que la liste est classée par ordre alphabétique. Impossible de s'y retrouver à moins de tout lire. Une totale absurdité !

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