vendredi 5 novembre 2010

L'effet Larsen de Delphine Bertholon

(billet mis à jour le 16 novembre 2010)
Delphine Bertholon fait partie des auteurs de la rentrée présents au Salon du livre sur la place à Nancy. Son allure est aussi juvénile dans la réalité que sur la photo du bandeau de son livre précédent, Twist, que j'avais beaucoup apprécié.

Ne vous fiez pas au sourire angélique. Le roman est assez sombre. Cet affichage en couverture suggère un roman autobiographique, (c'est juste une impression) renforcé par un récit à la première personne bien que l'auteur désigne le père et la mère en employant leurs prénoms. D'autres éléments troublent la représentation que le lecteur se fait de la situation narrative. Et c'est intéressant que le lecteur ait des doutes sur sa propre perception.

L'essentiel de l'histoire se passe théoriquement l'été 1998, qui fut torride nous dit-elle. Mais les grandes canicules sont celles de 1975 et surtout 2003, référence historique, laquelle a provoqué de nombreuses morts partout en France. Après vérification l'été 98 fut effectivement très chaud jusqu'à la mi-août dans de nombreuses régions.

Nous avons perdu l'habitude de compter en francs et leur surgissement surprend. C'est que l'euro n'a été institué qu'en 2002. On ne doit donc pas s'étonner de relever des prix en francs. Par contre là où j'ai cru voir un véritable anachronisme c'est quand elle fait référence au coup de tête de Zizou (page 85) qui s'est produit en 2006. Je sais maintenant que Delphine se souvenait d'une tête qui permit aux bleus de marquer un des buts les plus importants, et non au fameux "coup de boule" plus récent. Je suis d'accord avec sa petite remarque reçue par mail depuis la première publication de ce billet : C'est qu'il nous en fait, ce Zizou !

J'ai ressenti le télescopage des évènements comme une forme supplémentaire d'effet Larsen. Le roman ne se cantonne pas à la description du handicap auditif de la mère de Nola, consécutif à un traumatisme psychologique et aux conséquences de cette particularité. C'est l'entièreté du déroulement de l'histoire qui résonne en grinçant. Delphine Bertholon superpose les retours en arrière, multiplie les points de vue, reprend l'analyse de scènes familiales, ressuscite des souvenirs ... tout en poursuivant une quête de LA vérité.

Avec ce quatrième livre la jeune femme s'affirme comme spécialiste des relations humaines et des rapports de force familiaux. Si l'on accepte de suivre Nola dans sa révolte et dans son enquête on pénètre dans un univers qui accorde une jolie place à une forme de surréalisme. On se demande sans cesse si tel ou tel personnage pourrait réellement exister. Harriet Mc Bean, sa voisine excentrique est l'exemple le plus emblématique.

Suite au décès brutal de son mari la mère de Nola doit quitter le pavillon de Montreuil qui, malgré sa simplicité, avait quelque chose de merveilleux. Le déménagement constitue un traumatisme supplémentaire et fatal. Ce fut l'exil de trop, écrit-elle.

La vie de la mère et de la fille bascule. Isolement, privations, manque d'argent et de distractions, immersion dans le monde du travail dans une ville étouffante alors que les copines de lycée, partent au bord de la mer, voilà quelques-unes des contraintes difficiles à supporter pour une jeune fille. Mais le pire est sans doute la constatation de la dégradation de la santé mentale de sa mère.

Une des thèses les plus intéressantes de Delphine Bertholon est qu'il existerait un mimétisme réciproque entre les logements et leurs habitants. Notre personnalité pourrait modeler nos lieux de vie à notre image tout comme inversement l'endroit où l'on habite serait susceptible d'influencer nos humeurs, voire notre santé mentale.

Ne dit-on pas que certaines maisons ont une âme ? On a tous fait l'expérience d'une mauvaise nuit dans une chambre inconnue où l'on ne se sentait pas à l'aise, sans pouvoir expliquer pourquoi. Il y a par contre des endroits où l'on aurait envie de prendre racine.

Impuissante à trouver du positif dans un présent si âpre Nola va tenter de remonte le cours de l'histoire pour mieux comprendre ce qui a pu se passer. A force de guetter le moindre indice elle va penser que son existence est au cœur d'un secret de famille qu'elle éclaircira par tous les moyens, une fois qu'elle sera parvenue à prendre de la distance, physiquement et psychiquement

C'est une fresque sociale et familiale dans laquelle on se reconnait par instants. On suit Nola sans la lâcher comme si elle était notre petite sœur dans sa quête du père et de la mère, se demandant qui si l'un et l'autre sont bien ceux que l'on croit, puisque c'est bien connu, les choses n'existent que par la perception qu'on en a.

Un roman fort et une belle écriture qui aurait pu valoir à Delphine Bertholon d'être retenue dans des sélections. Bientôt sans doute ...

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