Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 14 juin 2023

Mes recommandations pour Avignon 2023

Je n’ai pas reçu cette année la programmation du If et je ne l’ai pas cherchée parce qu’il est peu probable que j’aille en Avignon cet été.

Je vais concentrer mes recommandations sur le In et le Off et ce sera déjà énorme.

Commençons par le In dont les « grands » spectacles sont donnés dans la cour d’honneur du Palais des papes. Voilà pourquoi j’illustre cet article par ce tableau peint en 1900 par Paul Signac, que j’ai récemment découvert au Musée d’Orsay.

L’exposition de Christophe Raynaud de Lage reste accessible et je vous encourage à aller la voir à la Maison Jean Vilar.

Le bleu est cette année la couleur du In, si bien qu’avec les trois clés toujours rouge et le fond blanc du papier nous sommes sous les auspices du drapeau national.

Comme j’aurais aimé programmé dans mon agenda :

Welfare mis en scène par Julie Deliquet dans la cour d’honneur (et revoir à cette occasion la comédienne Evelyne Didi que j’ai vue jouer sur cette même scène quand j’étais attachée de presse du Théâtre national de Strasbourg).

Retourner dans la carrière Boulbon (encore un souvenir !) pour Le jardin des délices par Philippe Quesne. C’est une chance que Arte en ait prévu la captation.

J’avais très envie de découvrir Carte noire nommée désir de Rébecca Chaillon au lycée Aubanel parce qu’on m’a beaucoup parlé d’elle, à tel point que ma curiosité est attisée.

La Maison Tellier & Friends pour Emily Loizeau à l’Opéra Grand Avignon

Et bien entendu By Heart de Tiago Rodrigues dans la Cour d’honneur. Ainsi que Dans la mesure de l’impossible, également deTiago Rodrigues, qui sera programmé à 16h à l’Opéra Grand Avignon suite à l’annulation du spectacle Les Émigrants de Krystian Lupa.
Passons donc maintenant au Off qui, encore cette année, approche les 1600 propositions comme je le notais après la conférence de presse de lancement.

Je donnerai d'abord mes coups de coeur, les spectacles que je serais prêtes à défendre envers et contre tous, parce que je les ai déjà vus, appréciés, et chroniqués (donc les liens bleus conduisent vers mes publications), en les classant par horaire, du plus tôt au plus tardif, car je sais ô combien ce critère est essentiel pour organiser sa journée.

Je n’ai sans doute pas tout noté et pourtant, même en restant dix jours, vous ne pourrez pas voir toutes mes recommandations, ne serait-ce que parce que les horaires se chevauchent, et que beaucoup ont choisi le mercredi comme jour de relâche. Il serait donc stupide d’en donner plus encore mais bien entendu ma sélection n’est pas limitative.

mardi 13 juin 2023

L'Odyssée de James Joyce

Avez-vous lu Ulysse de James Joyce ? Pas davantage que La recherche du temps perdu de Marcel Proust ? Je ne me moque pas, j'étais moi-même dans cette situation. Et pourtant ces artistes ont modifié notre façon de voir le monde.

Mais j'ai été séduite après avoir écouté -en avant-première- le premier podcast de la série L’Odyssée de James Joyce de Laura El Makki, autrice de romans, de biographies, de podcasts et scénariste et David Federmann, ingénieur du son et réalisateur pendant huit ans à France Inter et France Culture.

James Joyce, de son nom de naissance James Augustine Aloysius Joyce (1882 à Dublin – 1941 à Zurich), est un romancier et poète irlandais, considéré comme l'un des écrivains les plus influents du XX° siècle. Ses œuvres majeures sont un recueil de nouvelles, intitulé Les Gens de Dublin (1914), et des romans tels que Portrait de l'artiste en jeune homme (1916), Ulysse (1922), et Finnegans Wake (1939).

Bien qu'il ait passé la majeure partie de sa vie en dehors de son pays natal, l'expérience irlandaise de Joyce est essentielle dans ses écrits. Elle est la base de la plupart de ses œuvres. Son univers fictionnel est ancré à Dublin et reflète sa vie de famille, les événements, les amis (et les ennemis) des jours d'école et de collège. Ainsi, il est devenu à la fois le plus cosmopolite et le plus local des grands écrivains irlandais.

C'était un plaisir d'avoir été informée de la sortie de ce podcast sur le plus français des auteurs irlandais dont le lancement a eu lieu, en toute légitimité, à l'hôtel de Breteuil sous le patronage de Niall Burgess qui est l'Ambassadeur d'Irlande.

Il nous rappela que Joyce était venu en France à l’âge de quarante ans pour une semaine et qu’il y est resté 20 ans. A l’instar de Beckett et malgré un fort accent, il s’exprimait lui aussi en français (et pouvait écrire dans notre langue).

Le lien entre les deux auteurs est manifeste. L’ambassadeur conserve une carte manuscrite du dramaturge et il possède une édition ancienne d’Ulysse reste à portée de main :

lundi 12 juin 2023

Le Musée archéologique d'Héraklion

Le musée national archéologique d'Héraklion est l'un des principaux musées de Grèce, parfois considéré comme le deuxième plus grand musée du pays. Il reçoit environ 5 millions de visiteurs par an.

Situé dans le centre-ville, il se trouve dans un bâtiment de style Bauhaus et abrite des trouvailles qui datent du Néolithique à l’époque romaine.

Il a été construit entre 1937 et 1940 par l'architecte grec Patroklos Karantinos (1903-1976) sur un site précédemment occupé par un édifice qui a été détruit par un séisme en 1926, lui-même déjà bâti sur les ruines vénitiennes du monastère catholique de Saint François ayant subi les ravages d'un tremblement de terre en 1856 et dont on aperçoit des restes dans le jardin du musée.

Il a été restauré et a pu réouvrir en mai 2014 après 8 années de travaux.

J’ai remarqué, en face du musée, la statue que Manolis Tzompanakis a faite de Stefanos Xanthoudidis (1864-1928). Il étudia la philologie et l'archéologie à l'université d'Athènes et devint enseignant. En 1988, après avoir mené d’importantes fouilles à Messara et Nirou Hani il est nommé surintendant des antiquités et directeur du musée archéologique d'Héraklion qui a été créé à partir d'une collection personnelle de découvertes archéologiques. Cet homme a donné une dimension quasi mystique à l’archéologie en la reliant à la vie et à l’émotion. 

La rénovation qui a été faite pour correspondre aux normes et exigences actuelles va dans ce sens et on comprend que les employés se battent pour qu’il demeure public (il appartient au ministère de la culture) alors que des menaces de privatisation s’accentuent. D’où la présence d’une banderole sur la façade. 
Sa visite est quasi indispensable pour qui voudra ensuite comprendre le site de Knossos. La collection minoenne est exceptionnelle avec des pièces marquantes et emblématiques de cet art comme le disque de Phaistos, les déesses aux serpents et le rhyton en forme de tête de taureau de Knossos, le pendentif en or des abeilles de Malia, ou le magnifique Sauteur du taureau (photo en haut de l’article) et le sarcophage d’Agia Triada...

Il faudrait disposer d’au moins 3 heures pour cette visite. J’ai eu l’immense chance de le parcourir en compagnie d’une guide ultra compétente qui m’a montré l’essentiel en un temps record tout en me donnant les informations nécessaires à la compréhension du contexte historique et dans la perspective de visiter ensuite le palais de Knossos d’où proviennent certaines oeuvres.

La rénovation a respecté la construction des années 50 et conservé tous les matériaux d’origine, en particulier les sols de marbre qui sont superbes et qui sont les mêmes qu’au Parthénon. Par contre la distribution a été revue de manière à ce que la présence des visiteurs (nombreux) ne résonne pas et les vitrines ont été repensées avec un éclairage qui magnifie les objets.

En voici quelques-un parmi les plus beaux :
Impossible de rendre compte de la visite en quelques lignes et je vous invite à pendre le temps de lire ce qui suit et que j’ai résumé au mieux.

dimanche 11 juin 2023

Orsay, un musée accessible gratuitement le premier dimanche du mois

Le bon plan de dimanche dernier c'était la gratuité des musées nationaux car on était le premier dimanche du mois. Nous avions le choix. Ce fut Orsay.

Il faut y venir régulièrement pour sa muséographie, les œuvres, son histoire(on n’aura qu’un aperçu des collections permanentes en trois heures de temps). L’espace est impressionnant par son cadre. Et on n’est pas à l’abri de grosses surprises avec certains tableaux des années 1890 de peintres inconnus qui sont splendides de modernité. 

Quelle bonne idée eut Valéry-Giscard-d'Estaing de faire un musée de cette ancienne gare, devenue théâtre et vouée à la démolition. Il est tout à fait légitime qu’enfin une partie du quai porte son nom (depuis mars 2023) entre le croisement avec la rue du Bac et celui avec la rue de Solférino.

Accueillis par une des statues de la liberté qui se trouvent à Paris, nous avons déambulé au rez-de-chaussée avant de monter directement au 5ème étage, où sont exposés mes peintres préférés.

J’ai été étonnée de la quantité de photos que prennent les visiteurs. Cela doit représenter des millions de clichés qui sont stockés quelque part, et peut-être jamais revus. Mais certains, méconnus méritent d’être gardés en souvenir comme ce pastel, aquarelle et fusain sur papier, intitulé  Départ pour la pêche de Pietr Mondrian (1900) dans de subtiles tonalités de bleu, gris et rose pâle, où l’eau, blanche comme du lait, semble dormir.
J’ai donc décidé de ne pas appuyer sur le déclencheur devant chacun des tableaux qui me plaisaient. C’est vrai qu’ils sont nombreux : L’enfant au berceau de Berthe Morisot, de nouvelles oeuvres de Caillebotte, les dindons de Monet et aussi les champs de tulipes qu’il a peints en Hollande.

J’ai essayé de me focaliser sur mon regard en faisant travailler ma mémoire. Tous les peintres ont été inspirés par l’été et l’hiver plus que par les saisons intermédiaires. Beaucoup reprennent les mêmes thèmes. Ainsi Gaugin a lui aussi peint des Meules jaunes comme Monet et, des natures mortes à l’instar de Cézanne.

A ce propos, j’ai admiré une fois de plus, dans la salle qu’il partage avec Renoir, ses Pommes et oranges et Les joueurs de cartes qui dans mon souvenir était un tableau plus grand.
On est surpris par le découpage du Déjeuner sur l’herbe de Claude Monet (1865-66). Ces personnages élégants qui piquent-niquent en forêt de Fontainebleau sont Camille Doncieux, sa compagne, les peintres Bazille (en costume clair) et Courbet.
Il a voulu se mesurer au Déjeuner sur l’herbe de Manet (placé sur le mur d’en face), dit aussi le bain, puis La partie carrée (1863) qui fut présenté au salon des refusés en 1863 où il fit scandale par son sujet, sa technique, la violence des contrastes et son traitement de la perspective. Monet aurait voulu  faire grand effet au salon de 1866. Mais il ne parvient pas à terminer la toile qu’il doit abandonner, faute d’argent pour payer d’abord son loyer. Il la laisse en gage. Quand il la rachètera elle est très abimée et il décide de la découper pour sauver ce qu’il peut.
Certaines œuvres ont une valeur de témoignage. La campagne peinte par Pissaro n’existe plus du tout alors que les coquelicots reviennent dans les champs. Je ne me lasserai jamais de contempler ceux de Monet, sur ce tableau dit aussi La promenade, peint en 1873 dans les environs d’Argenteuil, désormais proche de Paris grâce au chemin de fer.
J’aime toujours autant admirer La Petite danseuse de 14 ans, seule sculpture exposée du vivant de Degas. Le premier exemplaire fit scandale à l’exposition impressionniste de 1881 parce qu’elle intègre vrai tulle, chaussons, ruban et cheveux véritables. On voyait aussi dans son regard une forme de consentement à la prostitutuion.
Presque en face je découvre la charmante Julie Manet, dit aussi L’enfant au chat peint par Pierre Auguste Renoir (1887).

samedi 10 juin 2023

Le concert extraordinaire Pop Legends

Il s’appelle « le concert extraordinaire : Pop Legends «  et de fait c’est une soirée vraiment exceptionnelle qui est proposée après Lyon, Brest et Paris en tournée à travers les grandes villes de France (Tours, Limoges, Caen, Rouen, Lille, Longuenesse, Saint Etienne, Chambéry).

Elle est dédiée pendant plus de trois heures trente à trois des artistes et groupes majeurs de la musique pop : The Beatles, Elton John, et ABBA.

J’ai assisté au concert du 8 juin au Dôme de Paris, Porte de Versailles et j’ai été conquise.

La soirée est organisée en trois parties qui pourraient être indépendantes et qui s’enchaînent avec un entracte d’une dizaine de minutes. Les techniciens font un travail efficace pour mettre en place les changements d’instruments et les éclairagistes sont rodés pour composer les ambiances adéquates. Quant aux Tribute Bands (en français groupes de reprise) qui ont été retenus, ils sont tout simplement formidables. Ils sont les incarnations saisissantes et plus vraies que nature de trois phénomèneset d’une époque que nous n’avons jamais cessé d’adorer. On comprend, après les avoir entendus, que ce soit les plus reconnus dans le monde.

The Bestbeat fait revivre les Beatles
Le groupe mythique a vendu plus d’un milliard d’albums à travers le monde. Ils ont à eux seuls inventé la Pop Music et marqué à tout jamais des générations de musiciens et de fans à travers ce qu’on a appelé la Beatlemania et qui n’a jamais cessé de secouer le monde. The Bestbeat s'est formé en 2005, dans le plus pur esprit du tribute band. Il joue sur les mêmes instruments et amplificateurs que leurs modèles utilisaient à l'époque (Rickenbacker, Höfner, Gretsch, Epiphone, Vox, Ludwig). Ils portent les mêmes costumes, jusqu’aux mémorables coiffures « mop-top ».

Chaque chanson est interprétée avec la volonté de recréer parfaitement l'univers imaginé par les Beatles. Le timbre de voix est identique. On est projeté des décennies en arrière. Quand ils chantent I miss you nous sommes saisis par l’émotion. Car ils nous manqueront toujours.
Les lumières sont bleues pour la mythique et entraînante chanson : A hard day's night dont le public reprend les paroles : 
It's been a hard day's night
And I've been workin' like a dog
(…)
When I'm home 
Everything seems to be right
When I'm home 
Feeling you holding me tight, tight, yeah

Elles deviennent rouges pour Help, qui est sans doute la plus connue du groupe. Le public se lève pour danser dans les travées. Retour avec le bleu pour Yesterday  (1965)  qui provoque une certaine mélancolie. Les téléphones lancent des lumières dans le noit. Le rythme reprendra avec d’autres titres ultra connus comme Can't buy me love,  Ob-la-di, ob-la-da ou Twist and shout.

Mais c’est peut-être Hey Jude  (1968)  qui aura provoqué le plus de réactions, avec l’envie d’un rappel … hélas impossible car la suite du programme ne permet pas de débordement.
C’était bien. C’était fort. Le set est excellent même si chacun ressentira un peu de frustration de n’avoir pas eu « sa » chanson préférée, pour moi la douce et moins connue While My Guitar Gently Weeps (1968) ...

The Rocket Man est un Elton John plus vrai que nature
Une voix puissante, des costumes extravagants et une attitude excentrique... pas de doute, quand Jimmy Love est sur scène, on se demande si l’on n’est pas à un concert du vrai Elton ! Véritable légende aux multiples Grammy Awards, cet artiste est, avec plus de 400 millions d'albums vendus à travers le monde et une centaine de tubes incontournables, une des icônes de la variété internationale.

vendredi 9 juin 2023

Balades à vélo sur l’île d’Oléron

Avec (seulement) 35 km de long et 8 de large, l’île d’Oléron se prête aux balades à vélo, d’autant que les dénivelés sont rares. Le seul ennemi sera le vent, mais avec un peu de chance vous ne le subirez pas à l’aller et au retour.

Philippe et Joëlle Lafon proposent dans un "petit" guide qui se glisse facilement dans une poche, 14 boucles à faire à bicyclette, 2 pouvant être faits à vélo ou à pieds, et 2 autres enfin sur le tout proche continent, après avoir passé le pont qui, pour le moment, ne connait pas de péage.

Passionné par l’île d’Oléron, Philippe Lafon s’intéresse à l’histoire de son île depuis plus de 25 ans. Il a rédigé les parties sur l’île d’Oléron dans le Guide de la Charente-Maritime et le Guide des îles de la Manche …

Trésors de l’art et de l’histoire, personnages tels qu’Aliénor d’Aquitain, Vauban, Pierre Loti, pratiques ostréicoles, pêche, vignes, villages, plages, forêt  Les 18 balades proposées par ce guide vous fera découvrir tous les aspects de l’île, grâce à des balades accessibles à tous.

Il y en a pour toutes les conditions physiques puisque le plus court fait 8 km et le plus long 26. Le seul inconvénient sera de disposer d’un véhicule permettant d’assurer le transport des engins roulants jusqu’au départ de chaque boucle, sinon … ça rallongera le trajet.

Je recommande de flâner d’une cabane à l’autre dans le port ostréicole du Château (c’est le nom de la petite ville p.9). Des sculptures insolites y sont accrochées un peu partout et on peut faire un vœu en accrochant une coquille d’huître supplémentaire sur le pont de bois.
Et, surtout si vous roulez avec des enfants, faites tourner le très vieux manège qui fonctionne encore à la force humaine. Ses drôles d'animaux vont réjouir les petits, surtout l'âne culotté qui rappelle combien ils travaillaient dans les marais.

jeudi 8 juin 2023

Promenade dans Heraklion, en Crète

Située à la jonction de deux plaques tectoniques, la Crète progresse de 6 cm par an vers l’Afrique. Voilà pourquoi, et les guides n’insistent pas sur ce point, Heraklion est le siège de très fréquents tremblements de terre, souvent peu intenses, mais que l’on ressent néanmoins. Plusieurs habitants m’ont montré l’application qu’ils ont sur leur téléphone pour suivre les secousses qui sont finalement quotidiennes.

La ville a été plusieurs fois détruite et ne subsistent que peu de vestiges, comme le fort vénitien qui illustre toutes les revues touristiques.

Il est peu accessible car placé au bout de la jetée et masqué le plus souvent par d’énormes paquebots.

J’aurais aimé suivre les remparts ceinturant la vieille ville, vestiges de la période vénitienne. Ils ont été achevés vers la fin du XVII° siècle alors que pendant plus de 100 ans, les Crétois participèrent à leur édification. C’est grâce aux derniers murs que Candia, comme s’appelait alors Heraklion, fut capable de résister au siège des Ottomans durant 20 ans (de 1648 à 1669).

Quoique miraculeusement très bien conservés ils souffrent, à certains endroits, d’un manque d’entretien mais offrent de superbes vues sur la ville. On peut visiter, au-dessus du bastion Martinengo, la tombe de l’écrivain Nikos Kazantzakis (1883-1957) qui est peut-être la figure la plus marquante de la littérature grecque au XX° siècle. Né à Heraklion, étudiant et disciple de Bergson à Paris, son roman le plus célèbre est Zorba le Grec, adapté au cinéma en 1964.
On peut voir une sculpture le représentant avec deux autres célébrités crétoises devant la banque Pancretan. Cette composition réalisée par Aspasia Papadoperaki, en cuivre (2003-2006) le montre en discussion fictive car anachronique avec le poète Vitsentzos Kornaros (1558-1613) et le peintre Domenikos Theotokopoulos (El Greco) – (1541-1614), né à Fodele, près d’Héraklion. Il profita vraisemblablement de l’enseignement de Damaskinos, avant de séjourner quelques années à Venise, puis dans toute l’Italie où il bénéficia de l’influence de Bassano et du Tintoret, pour ensuite travailler dans l’atelier du Titien.

mercredi 7 juin 2023

Prune Nourry place le Fauteuil d'artiste #11 à la Scala

La tradition perdure à la Scala. Après celui de Buren voici le Fauteuil d'artiste #11 qui est le Fauteuil d'Atys, fait de corde et de métal (courtesy Galerie Templon) imaginé par Prune Nourry.

Offert au regard du public dans le hall du théâtre, depuis le 16 mai 2023, il est en accès libre.

Née en 1985 à Paris, Prune Nourry vit et travaille entre New York et Paris. Diplômée de l’École Boulle en sculpture sur bois, elle est représentée par la Galerie Templon (Paris, Bruxelles, New-York) et Simon Studer Art en Suisse.

L’artiste soulève dans ses projets des questions éthiques liées à la notion d’équilibre au sens large : le corps et la guérison, le déséquilibre démographique dû à la sélection du sexe et les dérives scientifiques, l’écosystème et l’interdépendance entre les espèces vivantes. Sa pratique associe sculpture, installation, performance et vidéo. Elle collabore avec des artisans, travaille des matériaux divers et explore de nouvelles techniques. Les œuvres qu’elle produit sont principalement de grands volumes réalisés in situ, qu’elle détruit, enfouit ou met en scène dans des rituels documentés, à travers la photographie et la vidéo. Ses projets sont internationaux et basés sur des rencontres avec des spécialistes, psychanalystes, généticiens, anthropologues ou encore chercheurs.

mardi 6 juin 2023

Les paysages et la flore crétoise

Si j'ai sillonné la Crète en bus c'était pour me rendre à des rendez-vous programmés -hormis une exception pour voir de près une plante endémique, l'ébénier de Crète (Ebenus Cretica ci-contre)- je n'ai pas eu le loisir d'arrêter le véhicule et de me promener dans la campagne.

C’est une des fleurs très répandues spécialement de la région de Sitia. Ses fleurs roses composent un épi pyramidal. Il n'est ni consommable, ni buvable, ni aromatique. Mais, autrefois on ramassait ses fleurs pour garnir  des coussins. Sa période de sa floraison s’étend de fin mars jusqu'à fin mai.

Malgré sa couleur rose tyrhien il ne faut pas le confondre avec le laurier-rose qui borde quasiment toutes les routes et qui est en pleine fleur de mai à août. Cet arbuste y est très développé et a même réussi à s'implanter jusque dans les ravins.

Il fut hors de question d'approcher la fleur crétoise par excellence qui est l’orchidée et que l'on peut trouver aussi bien au niveau de la mer qu’à une altitude de 2 000 m, avec une plus forte densité à mi-montagne.

Toutes les photos de paysage ont été faites à travers la vitre et peu furent exploitables. Je trouve néanmoins dommage de faire un reportage sur cette île sans montrer à quoi elle ressemble. Voilà pourquoi je me suis résolue à en publier quelques-unes malgré leur piètre qualité.
Ce sont principalement des montagnes bordées par la mer. Qu'il aurait été rafraichissant d'y mettre que le bout d'un doigt de pied ! De cela aussi nous fûmes privés mais je sais que les plus belles plages sont au sud-ouest si par bonheur j'avais l'occasion d'y revenir.

La végétation est essentiellement celle qu'on trouve dans les forêts méditerranéennes, composée de buissons et d'arbustes. Avec beaucoup de pins.

L'arbre qui domine est sans conteste l'olivier. On le repère quelle que soit la direction de notre regard. Sa culture remonte à l’époque minoenne. Les plus vieux font l'objet d'un culte. Il parait que certains sont si énormes qu'il faut être trois personnes pour en ceinturer le tronc en se donnant la main. L’olivier de Kavoussi, village à proximité d’Ierapetra, serait l’olivier le plus ancien au monde avec ses quelque 3 500 ans d’âge. Déclaré monument naturel protégé, cet arbre a donné l’idée de créer, dans une ancienne maison voisine datant du XIX ème siècle, le Musée de l’Olivier, que je signale comme détour valant certainement la peine.

Nous sommes probablement passés à proximité puisque nous sommes allés chez un revendeur d'huile et de miel basé sur la commune d'Ierapetra que nous n'avons pas eu le temps de visiter. Je n'ai aperçu que de loin les cultures sous plastique qui permettent d'avoir toute l'année les légumes nécessaires à la réalisation de la salade crétoise. Et je m'interroge sur leur éventuelle caractéristique bio car il n'est pas possible d'avoir de tels rendements par des méthodes naturelles.

Les fenêtres sont fleuries. Au sol, des jarres sont plantées de géraniums et le moindre récipient contient des crassulacées (Aeonium pourpre ci-dessous au premier plan). Le Pelargonium citronnelle (Geraniaceae) dégage un parfum sublime (rose clair ci-dessous à droite).
Autour du monastère de Toplou que nous avons eu la chance de visiter (ce qui fera l'objet d'un article spécifique) nous avons apprécié aussi le parfum de la Santoline petit cyprès aux minuscules fleurs jaunes.

lundi 5 juin 2023

Ma tempête d’Eric Pessan

L’année n’est pas finie et on parle déjà de rentrée. C’est toujours la même collusion début juin entre année scolaire et année civile, la première s’articulant autour d’un été prometteur de vacances et la seconde, officielle et se voulant plus sérieuse.

Je digresse ? Pas tant que ça parce qu’Eric Pessan met notre œil face aux arcanes administratives et pressions de toutes sortes, notamment en nous confiant qu’il a passé deux fois plus de temps à remplir des dossiers de subvention qu’à se tenir debout sur une scène de théâtre (p. 51).

Derrière le « il » de son personnage, auquel il ne lui aura pas échappé qu’il a donné le prénom de son éditeur, David Meulemans, la personnalité de l’auteur est si présente pour qui le connait un peu qu’on a le sentiment de lire un récit autobiographique bien qu’il n’est pas certain qu’il faille tout le temps chercher les clés d’une œuvre dans la biographie de son auteur, (…) ce serait sous-estimer l’invention (p. 99).

On peut malgré tout parier sans risque qu’il a raconté des milliers d’histoires à ses enfants, à l’abri sous une montagne de couettes (p. 37) comme le faisait la petite Clarisse dans La tempête de Florence Seyvos dans le joli album illustré par Claude Ponti en 1993, publié à l’Ecole des loisirs.

Ma tempête est un roman qui se savoure à plusieurs niveaux de lecture. On peut le lire sans rien savoir du parcours de l’auteur ni sans même connaître la pièce de William Shakespeare. Cela étant, on perdra une certaine saveur car les multiples références (accessibles même pour un néophyte puisqu’elles sont explicitées, et en cela on reconnaît le souci d’Eric Pessan d’être accessible à ses lecteurs sans sacrifier le fond).

Le lecteur est, à l’instar des enfants à qui on aurait tort de ne pas raconter d’histoires sous prétexte qu’il n’est pas capable de les comprendre (comme je l’approuve de fustiger cette opinion fréquemment répandue chez les professionnels de la petite enfance (p. 18) et heureusement que Françoise Dolto nous a convaincu du contraire). Mais le chemin est étroit entre l’élitisme et en dire trop, en multipliant les explications. Sur ce point il me semble que l’équilibre est parfait.

La citation qu’il place en exergue est une des plus célèbres, mais aussi une des plus justes :
Nous sommes de l’étoffe 
Dont les rêves sont faits, et notre vie
Infime est couronnée par un sommeil

Elle justifiera qu’au début de l’acte II du roman, il note que les pensées des enfants sont un grand mystère, on ne sait dont est tissée cette étoffe là (p. 39).

Un papa prend prétexte de profiter d’un jour de grève de la crèche, et tandis que la maman part travailler à l’extérieur, pour raconter La tempête à sa fille. C’est l’occasion pour lui de partager un moment d’intimité avec son enfant, de lui dire combien il l’aime et de lui donner confiance dans l’avenir, malgré tous les soucis qu’il doit affronter. C’est donc une fable, comme l’est l’histoire imaginée par Shakespeare.

C’est sous forme d’un jeu (p. 14) qu’il annonce que la journée se déroulera. Et c’est aussi sous cette forme qu’il engage un dialogue avec le lecteur, puisqu’il nous prend souvent à parti au cours du récit après nous avoir mis clairement en garde : mettons qu’elle se nomme Miranda et que ses parents aient puisé dans cette vieille histoire de tempête la musique de son prénom (p. 15).

Il pousse le bouchon aussi loin que possible en nommant la mère Anne, une coïncidence de plus si l’on pense à Anne Hathaway (qui était l’épouse de Shakespeare p. 22). C’est contagieux puisque je viens d’en faire autant (la preuve ici) et j’ai adoré la discrète allusion à un de ses meilleurs romans de littérature jeunesse avec l’allusion au petit parc où un jardinier avait été blessé par une bouteille de bière lancée depuis la terrasse de leur immeuble (p. 54).

On apprend beaucoup de choses. Par exemple qu’il fallut attendre à Londres l’hiver 1660 pour qu’une femme (Margaret Hughes) incarne le rôle d’une femme, Desdémone dans Othello (p. 59) mettant fin à la discrimination voulant que seuls les hommes avaient le droit de jouer au théâtre. Je ne le sais moi-même pas depuis longtemps, depuis Belles de scène que j’ai vu l’an dernier au festival d’Avignon.

Outre les parallèles constants avec le monde théâtral en général et l’œuvre de Shakespeare en particulier, on perçoit combien être artiste peut soulever des jalousies dans le cadre familial, ce qui est justifié par cette affirmation d’un comédien comme quoi le passage de la bible qui revient le plus souvent est le meurtre d’Abel par son cadet (p. 43). On ne s’étonnera donc pas que le frère de David, élu à la culture, lui ai coupé les subventions pour ne pas être accusé de faire du favoritisme (p. 84). On comprend que le père ait besoin d’expliquer (p. 44) les disputes, les colères, les zizanies, les inimitiés et les ruptures (familiales).

A plus grande échelle cela donne lieu à critique par ceux qui se plaignent des trop nombreuses aides accordées à une culture qui ne serait pas essentielle dès lors qu’elle n’est pas consensuelle.

Le roman est aussi prétexte à nous interroger sur les moteurs de la création et sur les conditions nécessaires pour parvenir à un résultat satisfaisant. Comme il est rassurant de lire que qui veut inventer doit apprendre (d’abord) à imiter (p. 102). Et, mais on pourrait convenir que c’est un avis personnel que je partage avec Eric Pessan (et Bossuet), que les gens qui ne rangent rien (le rien est sans doute excessif) sont plus intelligents que ceux qui classent. C’est le résultat d’une étude sans doute réalisée par des chercheurs désordonnés (p. 69).

Au risque de me répéter, il n’est pas nécessaire d’avoir lu les livres d’Eric Pessan pour apprécier le dernier, ni de tout savoir de la vie de l’auteur qui nous offre néanmoins son texte le plus personnel, presque un manifeste dont on pourrait penser qu’il l’a construit pour se venger du réel, ce que permet la fiction, en une sorte de consolation pathétique mais qui n’en est pas moins nécessaire (p. 30).

Le commun des mortels sait peu de choses du quotidien des artistes dont l’image glamour entretenue (souvent volontairement sur les médias car il faut faire envie pour attirer les spectateurs, comme les lecteurs) est aux antipodes d’un quotidien marqué par les tracas administratifs, juridiques et financiers. Le personnage principal, David, a perdu depuis six mois son statut d’intermittent, il n’a pas su trouver de rôle de remplacements, pas d’ateliers, pas de combines, pas le moindre casting en vue, il est un poids (p. 25). Voilà pourquoi il « peut » (doit ?) garder son enfant.

Ce statut, remis en question depuis des années par les institutions, a été créé pour répondre à un besoin du marché alors qu’on pense que c’est un avantage accordé aux artistes, lesquels ont d’ailleurs été les derniers à en bénéficier puis qu’à l’origine, en 1936, il devait permettre aux artisans, aux petites mains comme aux cadres du cinéma de recevoir une indemnité entre deux tournages et donc de demeurer disponibles pour l’industrie cinématographique sans chercher à obtenir un emploi permanent (p. 52). Les techniciens de l’audiovisuel l’obtiennent en 1965, les entreprises de spectacles en 68, et les artistes interprètes un an plus tard (alors que ce sont eux qu’on entend le plus le revendiquer aujourd’hui). J’ai d’ailleurs lu un message émouvant d’un comédien que j’aime beaucoup demander de l’aide sur Facebook pour rassembler urgemment le nombre de cachets nécessaires et qui se propose pour n’importe quelle figuration.

Comprendrait-on que Ma tempête est un plaidoyer pour dénoncer qu’un jour les acteurs et les metteurs en scène ne seront plus intermittents, c’est la pente de l’époque, on veut de la rentabilité, du retour sur investissements, du profit, on ne veut plus indemniser des créateurs lorsqu’ils créent. La pandémie des années 2020 et 2021 n’a apporté qu’un sursis (p. 52) ?

Plus qu’une tempête ce sera un tsunami. Espérons qu’Eric Pessan n’aura pas écrit dans le vide.

Ma tempête d’Eric Pessan, Aux Forges de Vulcain, couverture d’Elena Vieillard.
Lu en format numérique de 112 pages dans le cadre du challenge Netgalley 2023
En librairie le 25 aout 2023

dimanche 4 juin 2023

J'ai découvert les pâtes à la caroube

Je ne vais pas vous vanter un goût extraordinaire, mais plutôt la couleur originale et appétissante qui, de plus est naturelle puisque ces pâtes sont réalisées avec de la farine de caroube qui fut longtemps un substitut au chocolat jusqu'à ce qu'il soit découvert au Mexique.

C'est un des produits que j'ai ramené de mon récent voyage en Crète et j'avais hâte de le tester parce que le producteur, avec qui j'ai eu l'opportunité de discuter, Caroub Creta, m'avait vraiment convaincue.

Si j'avais grignoté et apprécié ur place des petits gâteaux à base de cette farine je m'interrogeais sur son intérêt en version salée.

L'emballage vante la rapidité de cuisson (3-4 minutes à l'eau bouillante) mais il ne faut pas négliger qu'amener l'eau à ébullition demeure encore plus de temps.

Je dirais qu'en terme de goût c’est un avantage que ces pâtes aient une saveur plutôt neutre, douce et agréable, qui permet de les aromatiser de diverses manières. Leur forme de fusilli est autant favorable à une dégustation nature qu'avec une sauce qu'elle enroberont facilement.
Personnellement, je les ai aimées arrosées d'un peu d’huile d’olive vierge et d’herbes crétoises juste saupoudrées que j'ai choisies chez Grelia, un autre producteur crétois qui propose huile, olives et condiments de grande qualité. Et elles ont été accompagnées d'une ratatouille avec des légumes de saison.
Puis j'ai assez vite mélangé le tout parce que cela s'accordait bien.

Le plus gros bénéfice est en terme de santé car elles permettent de varier les repas pour ceux qui ne peuvent pas manger les pâtes traditionnelles (mais dans la mesure où elles contiennent de la semoule je ne suis pas sûre qu'elles soient exemptes de gluten). La caroube est très nutritive et contient des vitamines B1, B2, E et A, et de multiples oligo-éléments, notamment le calcium et le phosphore.

Elle a la réputation de faciliter la digestion, d'avoir une action anti-diarhéique, anti-oxydante, antiseptique et même antivirale. On comprend qu'avec autant de qualités ce soit un de longue date des éléments du régime crétois depuis bien avant Jésus-Christ même si la caroube elle est peu connue en Europe.

Quelques rares commerces (surtout en ligne) commercialisent ce type de produits dont je pense que le développement va s'accélérer. Beaucoup d’autres choses sont proposées par Caroub, pas forcément disponibles en ce moment en France.
Creta Carob - Idas Manousakas www.cretacarob.com
Grelia - Antonis Miliarakis www.goldgrelia.com
Pour lire tous les articles rédigés à mon retour de Crète suivre le lien ici.

samedi 3 juin 2023

Braconniers d’Eric Bouvron

Le Mois Molière a été lancé jeudi soir par François de Mazières, maire de Versailles, avec la nouvelle création d'un habitué des lieux, Eric Bouvron qui présentait Braconniers dans la cour de la Grande Ecurie, avenue Rockfeller.

Le metteur en scène est connu pour ses succès avec Les Cavaliers, Molière du meilleur spectacle privé en 2018, et Lawrence l'année dernière, poursuit dans le registre de l'épopée situant la nouvelle en Afrique subsaharienne, loin de l’Afrique que nous connaissons  celle du Roi Lion, de Out of Africa ou de Tarzan.

De fait, il a écrit une sorte de road movie- thriller psychologique où, même si le thème du braconnage est bien entendu au coeur de l'histoire il est aussi question de solidarité familiale, d'honneur, de vengeance, et d'interrogation en terme de pardon.

L'écriture est puissance avec des actions qui s'enchaînent sans répit. Chaque scène est chorégraphiée dans un rythme soutenu. Le décor est réduit à sa plus simple expression, ce qui est parfait pour stimuler l'imagination. Il suffit de quelques caisses de bière pour installer l'atmosphère et permettre un bruitage ingénieux. IL faut voir ce que les comédiens parviennent à suggérer avec deux bouteilles de bière vides et une roue de cariole. Le jeu est nerveux, abondamment mimé, ce qui contribue à détendre l'atmosphère et faire entrer progressivement le spectateur dans le monde impitoyable du braconnage. La musique est omniprésente et participe à l'avancée de la résolution de l'intrigue.

On en a une image caricaturale de gros revenus, qui est justifiée par le prix exorbitant de la vente de l'ivoire, même si celle-ci n'est "que de la kératine" comme dit Paul Wright (Yannis Baraban). Mais on oublie que pour des africains qui vivent dans une zone où l'eau courante n'existe pas, cela représente l'opportunité de financer une pompe à eau au village.

Suite à l'abattage atroce de Princesse, une femelle rhinocéros sur le point de mettre bas, Paul éleva le bébé Humba dont il prend soin dans sa réserve privée. Mais quand celui-ci est tué à son tour, il est saisi d'une rage inconsidérée. L'opinion du public va osciller entre le parti de Paul et celui d'un autre homme de son âge,  James Ngobo (Jean-Erns Marie-Louise) qui est à la recherche de son fils Lindelani (Francis Bolela). La fille de Paul, Cynthia (Aurélia Poirier) arbitrera le débat. 
Eric Bouvron ayant grandi en Afrique du Sud, il est légitime pour nous faire toucher du doigt l'ensemble des problématiques, y compris l'exploitation de la nature locale au sein de lodges pour un tourisme haut de gamme et exigeant.
Meurtre ou légitime défense ? On ne pourra que s'incliner face au choc des cultures et des destins. Le bilan est tragique malgré les sursauts d'humour qui émaillent la soirée, apportant de salutaires respirations et témoignant qu'il n'y a sans doute pas de réponse toute faite à ces problématiques dont on pourrait avoir envie de débattre en bord de scène après la représentation.
Braconniers d’Eric Bouvron en co-écriture avec Benjamin Penamaria
Mise en scène, chorégraphie et scénographie d’Éric Bouvron assisté d’Elena Michielin
Composition musicale et sound design : Romain Trouillet
Création costumes : Nadège Bulfay
Création lumière : Romain Titinsnaider
Avec : Yannis Baraban, Jean-Erns Marie-Louise, Mexianu Medenou ou Francis Bolela (en alternance) et Aurélia Poirier.
Deux musiciens en live : Marie-Anne Favreau, Christophe Charrier et Raphaël Maillet (en alternance)
Les 1er et 2 juin 2023 à 20h30 aux Grandes Écuries de Versailles (78)
Du 7 au 26 juillet 2023 à 21h30 au Théâtre des Halles (relâche les jeudis 13 et 20 juillet) dans le cadre du Festival d'Avignon Off.
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Le mois Molière (toute la programmation est ici) dans le cadre duquel a eu lieu cette création est une très belle proposition de la Ville de Versailles qui s'adresse à tous les publics à travers une programmation très variée, qui résulte de choix assumés par François de Mazières qui n'a pas oublié ses années en tant qu'adjoint à la culture et qui maitrise parfaitement le sujet.

Il a raison d'avoir la volonté de forger un "festival" qui ait une identité, et qui ne soit pas un théâtre de stars (même s'il accueille des artistes de grande renommée) dans une logique de la détection des talents et l'envie de créer des affinités, dans une mission d’ouverture et d’éducation populaire en direction de tous les publics, y compris ceux des trois quartiers moins favorisés, et quand bien même le château draine le monde entier. Voilà pourquoi les places sont au tarif (symbolique) de 2 € seulement.

Il fait le pari que le public validera ses choix. Pour ma part, tout est attirant, même ce que je ne connais pas. Je peux néanmoins recommander les spectacles que j'ai déjà vus et appréciés et/ou les artistes dont je suis le travail comme :

- Richard III pour la mise en scène (et l’interprétation de William Mesguich) les 7 et 8 juin
- Rentrée 42-Bienvenue les enfants pour la création de Xavier Lemaire et l’interprétation (entre autres) d’Isabelle Andreani les 9 et 10 juin
- Le journal d’un fou pour la création de Ronan Rivière les 13 et 19 juin
- Les lauriers rose de Sidi Bel Abbés pour le thème de Roméo et Juliette en Algérie les 14 et 17 juin
- Dolores pour la mise en scène de Virginie Lemoine le 15 juin à paris d'une histoire vraie

Et bien entendu Cyrano pour l’interprétation formidable de Iana-Serena De Freitas, Louisa Decq et Mathilde Guêtré-Rguieg le 23 juin
Lorsque Françoise parait pour la mise en scène d’Eric Bu et l’interprétation (entre autres) de Sophie Forte le 29 juin
Monsieur Motobécane pour Bernard Crombey les 12 et 20 juin
Conseil de classe pour Geoffrey Rouge-Carassat le 22 juin
Les Contes de Grimm pour le cadre du Potager du Roi et pour Stéphanie Tesson les 10, 11, 17 et 18 juin

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