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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 4 mai 2026

Connaissez-vous la Maison CHAPEAU K ?

On pourrait croire à une erreur orthographique où la lettre X aurait été remplacée par une autre mais non, rien n’est hasard chez CHAPEAU K, la marque fondée par le designer Laurent Karst en octobre 2025, alliant élégance sur mesure et engagement écologique.

Depuis le logo évoquant une maison blottie sous son toit, métaphore du chapeau, jusqu’à la boite en carton carrée qui abrite chaque création.

Tout est né de la volonté de redéfinir le port du chapeau urbain en y intégrant une prise de main latérale pour bien le placer sur la tête. On aurait pu y voir un effet de style mais c'est d'abord une démarche de designer nourrie par le bon sens et l'observation du quotidien. 

Cette innovation distinctive ajoute une dimension esthétique unique et originale, alliant fonctionnalité, ergonomie et élégance, en visant l'excellence dans chaque détail.

La Maison CHAPEAU K valorise le savoir-faire français en collaborant avec des artisans passionnés. Chaque chapeau est confectionné par Dandurand, un des derniers grands chapeliers français, avec une précision artisanale, utilisant des matériaux de première qualité pour assurer une durabilité et un confort exceptionnel.

Et si je vous en parle aujourd'hui c'est parce que je suis en ce moment en salle presse de la cérémonie des Molières, contrainte au respect de l'embargo quant à l'annonce de la remise des premières statuettes. Je me retiens évidemment de ne pas crier "chapeau l'artiste" à ceux que j'admire. Alors, de fil en aiguille je vais vous raconter l'histoire de cette marque que j'ai découverte il y a une quinzaine de jours.

Le design est épuré et intemporel. Les pièces sont en édition limitée, et pour cause puisqu'elles sont réalisées dans des fins de série de créateurs qui, si elles n’étaient pas utilisées, risqueraient d’être reléguées au rang de déchets industriels, ce qui autorise la marque à affirmer un statut éthique et un positionnement éco-responsable. La conséquence est de ne proposer que des séries limitées et l'étiquette de chaque modèle mentionne un numéro de 1 à 20.

En milieu urbain, la visière d'une casquette se révèle souvent superflue ou encombrante, facilement remplaçable par le port de lunettes. La nuit elle n'est plus nécessaire et réduit de surcroît le champ de vision. D'où la création d'un chapeau au design intemporel sans visière, adapté à toutes circonstances, de jour comme de nuit, en extérieur, en intérieur, au quotidien mais aussi en soirée, s'adressant aussi bien aux femmes qu'aux hommes.

Le bandeau profilé descend sur la nuque, assurant une protection accrue et un maintien idéal. La forme légèrement conique du chapeau épouse la tête de manière naturelle, et on remarquera un discret pli d'aisance sur le dessus pour apporter de la souplesse. La prise de main se fait latéralement et avec naturel pour ajuster le couvre-chef.

Il est semi-rigide, grâce à un entoilage qui le maintient en forme. Il ne s'effondrera pas lorsqu'on l'enlève et qu'on le pose, ou qu'on l'accroche, prenant alors un statut d'objet-sculpture.

Par sa sobriété et sa polyvalence, CHAPEAU K tend à devenir un nouvel archétype contemporain de la modernité. Le créateur donne des noms de ville à ses chapeaux qui s'appellent ici Formentera fleuri),  Tokyo ou Salina (modèles gris), dont la vente s'effectue uniquement par Internet.
Laurent Karst est architecte/designer, diplômé de l’école d’architecture de Strasbourg et en design industriel à la Domus Académy de Milan. En 1995, il fut lauréat du prix Villa Médicis pour une recherche intitulée "mobiliser les déchets industriels un défi lancé à l’architecture et au design". 

Il travailla ensuite comme chef de projet en tant que designer et architecte dans différentes agences internationales d’architecture, notamment au sein de l’agence Jean Nouvel et de l’agence des gares AREP, filiale de la SNCF.

En 2006, il créa Atelier 16 – architectures, agence d’architecture et de design dont un des projet phare est l’aménagement du nouveau Musée des Civilisations du Vin à Bordeaux. Il réalise l’aménagement des espaces commerciaux tels que la boutique du Musée, les bars et la cave à vin, véritable cathédrale présentant 14000 bouteilles, ainsi que le restaurant panoramique. Plusieurs projets de mobiliers et luminaires spécifiques accompagnent cette réalisation prestigieuse et sont édités auprès de fabricants français et étrangers Alki, France – Contrast, Canada – Essilight, France – Jayso, Espagne.

Atelier16 - architectures a également dessiné l’aménagement des cabines du futur paquebot "Le Nouveau France", projet actuellement en recherche de financement et qui sera le fleuron du savoir-faire français en matière de design.

L’agence développe depuis plus de 10 ans une production de maisons et de micro architecture en ossature bois, avec une forte empreinte environnementale. Laurent Karst est aussi appelé régulièrement à produire des conférences sur la question des Interfaces Art/science dans différents contextes universitaires et artistiques.

dimanche 3 mai 2026

Accord avec le Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru qui plus est cuvée 2019

J'ai revu avec grand plaisir, et sans l'avoir anticipé, Angélique Picard – Oenologue 
au Château Patache d’Aux en Médoc avec qui j'avais fait connaissance au cours de la soirée de Rouge aux lèvres mettant en lumière des femmes vigneronnes.

Elle m'y avait fait déguster, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, la cuvée 2019 du Château Patache d’Aux, que j'ai de nouveau goûté au Grand Tasting le 13 avril dernier … après le Sauvignon blanc des Chevaux de Patache d'Aux 2024.

Angélique façonne au Château Patache d’Aux des vins élégants, structurés, auxquels je n'ai aucun reproche à faire.
Mais c'est un autre vin qui m'a semblé conjuguer le mieux la tradition bordelaise et la contemporanéité. Il s'agit du Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru, qui plus est cuvée 2019.
Château Capet Guillier se situe sur la commune de Saint Hippolyte, aux portes de Saint-Emilion. Le vignoble d’une quinzaine d’hectares se dote de cépages emblématiques du libournais : Merlot, Cabernet Franc et Malbec. Les vignes de Château Capet-Guillier se situent sur la côte sud de Saint Émilion qui bénéficie d’une exposition parfaite sur un terroir de molasse du Fronsadais avec son calcaire actif. Son drainage naturel et ses pentes en font un endroit idéal pour la culture du Merlot, le cépage roi de la propriété avec sa richesse aromatique, sa couleur et son croquant. Vient s’ajouter le Cabernet Franc dont le bouquet frais et les tanins soyeux contribuent à construire une structure parfaite. 

Cette cuvée (comme d'ailleurs le second vin du château Tour de Capet mais que je n'ai pas gouté) est exploitée et vendangée avec soin, vinifiée au cœur d'un même chai de vinification et d’élevage, au Château Capet-Guillier. Les raisins sont vinifiés en cuves en bois tronconiques et par la suite élevés en barriques de chênes français (50% en barriques neuves, 50% en barriques d’un vin) entre 12 à 16 mois.
Je l'ai présenté sur des brochettes d'agneau, les premières du printemps, donc celles qu'on apprécie le plus pour peu qu'on les déguste avec un vin aux tannins soyeux.

N'aimant pas l'agneau "trop" cuit j'intercale la viande avec des tranches d'oignons et de poivron que j'ai pré-cuits au micro-ondes et des champignons-boutons qui ont macéré dans l'huile. J'ajoute dans les assiettes des fleurs d'ail des ours qui sont de saison et qui apportent une saveur à la fois piquante et douce.
Château Capet-Guillier est une cuvée emblématique et caractéristique des Grands Crus de Saint Emilion, issue d’une sélection intra parcellaire rigoureuse. La robe est profonde et intense, déclinant des reflets violacés. Le nez offre des parfums de fruits noirs croquants, sublimés par un bouquet frais et des saveurs de sous-bois. La bouche est structurée et riche avec une finale longue et croquante. Certes (et heureusement) les tanins sont présents (mais absolument pas agressifs) et ils se bonifieront avec le temps. C'est une cuvée de garde, représentative des grands vins de Saint Emilion.

En 2019, le printemps a été très humide et plus frais qu’en 2018 avec trois matinées de gel, phénomène de plus en plus fréquent sur le vignoble bordelais mais qui n’a engendré aucun dégât sur la propriété. A suivi un été marqué de quelques petites pluies qui ont été bénéfiques au vignoble mais la saison fut dans son ensemble caniculaire, avec des températures avoisinant parfois les 45°C. Quelques précipitations en septembre ont permis de limiter le degré alcoolique et d’affiner la structure tannique. Les rayons de soleil qui ont suivi ont assuré un bon état sanitaire des vignes.

S'agissant de ce millésime le fruit noir est très présent,  cerise mûre et cassis, les épices également. J'ai apprécié l'élégance de ce vin et sa finesse tannique qui ont participé au succès du déjeuner.

Il faut signaler que la propriété - qui appartient désormais à Antoine Moueix- a débuté sa conversion bio sur le millésime 2020, une démarche logique et naturelle pour un château et des hommes engagés. Des pratiques biodynamiques sont également mises en place depuis 2021.

Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru 2019
AOC : Saint Emilion Grand Cru
Assemblage : 90% Merlot, 10% Cabernet-Franc
Température de service : entre 14 et 16 degrés
Potentiel de garde : entre 5 et 15 ans
Château Patache d'Aux - 1 rue du 19 mars 1962 - 33340 Begadan

samedi 2 mai 2026

London 53 de Sophie Prat

J'ai rencontré Mathilde Bonte-Joseph, éditrice et fondatrice des éditions Quartier Libre, à l'occasion du Festival du Livre de Paris, juste après l'annonce des finalistes du Prix Hors concours 2026.

J'avais remarqué que London 53 figurait dans la liste et j'avais souhaité en savoir un peu plus sur ce livre qui se trouve être un premier roman, écrit par Sophie Prat.
L'histoire se passe à Audruicq, près de Calais dans les années 2010. Josiane, esthéticienne, y mène une vie aussi lisse que la peau qu’elle promet à ses clientes. Sa meilleure amie réussit à la convaincre de faire avec elle un grand voyage à l'étranger. Le jour où elle demande son passeport biométrique, elle fait une découverte qui la bouleverse… Administrativement tout se complique, mais c’est surtout Josiane qui vacille. Peu à peu, le quotidien se craquelle, les souvenirs refont surface, révélant la femme qu’elle n’a jamais cessé d’être.
Quartier libre est une maison d'édition indépendante de littérature générale, très jeune puisque créée en janvier 2025, par une femme de solide expérience comme éditrice en littérature jeunesse, et qui a vocation à publier de la littérature francophone contemporaine et à révéler de nouvelles plumes en accord avec la promesse de soutenir des "voix nouvelles qui ravivent le réel". La ligne éditoriale est donc construite autour de textes littéraires qui allient l'intime et l'universel.  La maison publie relativement peu de textes afin d'accompagner auteurs et autrices, souvent primo-romanciers, en amont de leur publication, et de défendre leurs livres au mieux.

Le tout premier roman publié par Quartier Libre fut un premier roman, écrit par une jeune scénariste de cinéma, Claire Griois, Le cœur quand il explose, un long monologue adressé à un amour disparu à la suite de violences policières. Il fut présent à la Première sélection du Prix Aznavour 2025, au Festival du premier roman et des littératures contemporaines 2026, et dans la Sélection du Prix Hors Concours 2025 où il se classa parmi les 5 finalistes des coups de coeur des clubs de lecture.

La présence de London 53 dans le catalogue de cette maison d'édition ne me surprend aucunement. J'éprouve énormément d’enthousiasme pour ce texte dont la qualité littéraire est immense. A tel point qu'il est difficile d'imaginer que c'est un premier roman. Commencer à plonger dans la lecture des auteurs sélectionnés pour Hors Concours avec ce livre place la barre très très très haut.
Il m’arrive de raconter (un peu) un roman dans le but de vous convaincre de l’ouvrir. Cette fois je me freine parce que je ne voudrais pas émousser votre envie de découvrir l'histoire extra-ordinaire qui nous est racontée et dont le titre porte celui d'un vernis à ongles que je croyais ne pas connaitre alors que j’avais simplement oublié que j’en avais un exemplaire.

Est-ce parce que l’action se déroule dans le Nord, parce que le personnage principal est une femme, et qu’elle aussi en quelque sorte tient boutique mais je me suis sentie immergée dans un univers proche de celui de la mercière de Grégoire Delacourt ?

En terme de contexte il y a en effet quelque chose de La liste de mes envies, ou de Vénus beauté … En terme de style on est proche de Marie-Hélène Lafon, de Florence Seyvos, de Joyce Maynard … d'auteurs/trices qui subliment le quotidien.

Toujours est-il que j’ai adoré ce livre qui est admirablement écrit, composé comme une oeuvre d’art. Sophie Prat a le talent d’une naturaliste.

London 53 ne dénonce pas un monde de violences, ne secoue pas les consciences, ne bouleverse pas nos préjugés, ne remet pas en cause notre mode de vie. Ce roman fait bien plus. Il nous invite à changer de peau.

Née en 1975 et vivant à Paris, Sophie Prat a fait des études d'histoire médiévale avant de s'engager pour la défense de la culture électronique et de participer à l'organisation de la première Techno Parade en 1998. Grande voyageuse, conceptrice-rédactrice free-lance depuis 10 ans, elle se forme aujourd'hui à la biographie hospitalière.

London 53 de Sophie Prat, Editions Quartier libre, en librairie depuis le 11 mars 2026

vendredi 1 mai 2026

Et pourquoi pas un Corn Bread ?


Je crois bien que c'est la visite de l'exposition d'Henry Taylor au musée Picasso en début de mois combinée à une invitation à une pendaison de crémaillère dans un jardin qui m'a poussée à me lancer dans l'expérience d'un Corn Bread.

Le peintre a réalisé un tableau montrant le plat à sa sortie du four et s'il a encadré les lettres COR et A c'est parce qu'elles composent le prénom de sa maman.

Voilà un plat emblématique de la Soul Food du sud des États-Unis, associée aux traditions culinaires afro-américaines depuis les années 60, et qui est encore un mouvement culinaire très populaire de nos jours, comme le poulet frit, les macaronis au fromage, le chou vert, les gombos panés et frits … 

Le pain de maïs était préparé depuis des siècles par les amérindiens qui étaient les populations autochtones, bien avant l’arrivée des chercheurs d’or qui se sont approprié la recette. La farine était locale et moins chère que celle de blé. C'est un dessert populaire au Mexique où on l’appelle Pan de Elote (gâteau de maïs) alors que pas du tout aux USA bien qu’il contienne du sucre. On le propose en accompagnement d'une viande grillée ou d'un plat en sauce. Il est donc idéal pour un barbecue.

Une scène mémorable du film La ligne verte, adapté de l'oeuvre de Stephen King, montre Paul Edgecombe (Tom Hanks), le gardien de la prison, offrir ces petits pains de maïs (faits par sa femme) au détenu John Caffey (Frank Darabont). Une autre scène culte se déroule dans le film Life (dont le titre français est Perpète) réalisé par Ted Demme, en 1999 avec Eddie Murphy et Martin Lawrence montre une bagarre dans le pénitencierdu Mississippi dans les années 1930 suite à la convoitise d'un morceau de corn bread par un détenu à un autre.

Le cornbread peut être soit frit, soit cuit à la vapeur, soit cuit au four, comme je vous en livre la recette aujourd'hui, en préconisant moitié farine de maïs (que j'ai ramenée du Mexique) et moitié farine de blé, pour un résultat plus proche de nos habitudes culinaires parce que la farine de maïs est granuleuse, un peu comme la polenta quoique en bien plus fin. Il peut se manger dès la sortie du four ou réchauffé le lendemain, voire à température ambiante.

J'ai adapté les proportions à 3 oeufs ce qui m'a demandé :
- 420 grammes de farine (moitié maïs, moitié blé)
1 cuillère à café de levure chimique ou de bicarbonate
- 150 grammes de beurre mou
- 160 de sucre
- 350 ml de babeurre/lait fermenté/lait Ribot

J'ai fait fondre le beurre que j'ai fouetté avec les œufs entiers et le sucre. Puis le lait qui aurait dû être fermenté (j'avais ajouté un jus de citron, ça n'a pas marché, mais sans nuire pour autant au résultat).

J'avais à part mélangé les farines et la levure. J'aurais mis une pincée de sel si je n'avais pas utilisé du beurre demi-sel. J'ai incorporé le contenu des deux saladiers en trois fois jusqu’à obtenir un appareil homogène (et pour une fois j'ai employé la feuille K de mon robot). Le four a été placé en préchauffage à 175°.

J'ai versé dans un moule carré de 25 cm sur 25 cm, mais on peut prendre un rectangulaire de surface équivalente, beurré et fariné… Je n'ai en tout cas jamais vu de Corn bread dans un moule rond.
J'ai enfourné pour une quarantaine de minutes jusqu'à ce qu'il soit doré sur le dessus. Il se découpe en carrés avec un couteau à pain. Si ma photo témoigne d'un résultat esthétiquement "moyen" c'est parce que j'ai voulu le démouler trop tôt et qu'il s'est brisé. Il faut soit le découper dans le moule soit placer un torchon dessus avant de démouler … à moins que j'ai insuffisamment beurré le moule. On peut aussi par précaution verser la pâte sur du papier sulfurisé.

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